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Colin-tampon (s’en moquer comme de)

France, 1907 : N’avoir pas le moindre souci d’une personne ou d’une chose.
Colin-tampon était le sobriquet donné aux élèves tambours des régiments suisses au service de la, France, et pour lesquels les soldats des autres régiments professaient un grand mépris.
Dans les Courriers de la Fronde en vers burlesques, on lit :

Les gardes qu’on avait postées
Sur le Pont-Neuf sont tapotées ;
Et dessus tous les autres ponts
On frotte les colins-tampons.

On dit aussi : s’en moquer comme de l’an quarante, sous-entendu : de la République, expression employée par les royalistes pour signifier que l’on ne verrait jamais l’an quarante de la République.
Claude Le Petit, dans Paris ridicule, appelle Colin-Tampon le Luxembourg.

Donnons des éloges idoines
Au noble Palais d’Orléans,
Colin-Tampon, Dieu soit céans,
Et le diable chez tous les moines !
Quand j’admire solidement
Cet admirable bâtiment
Qui semble au Louvre faire niche,
Je dis : Est-il possible enfin
Que celle qui l’a fait si riche
Soit morte, à Cologne, de faim ?

Allusion à Marie de Médicis, qu’une tradition erronée fait mourir dans la misère à Cologne.

Débine

d’Hautel, 1808 : Mot fait à plaisir, et qui signifie, délabrement, déchéance, misère, pauvreté.
Être dans la débine. Être déchu de sa condition ; être déguenillé ; réduit à une extrême indigence.

M.D., 1844 : Dispute.

un détenu, 1846 : Misère, indigence.

Larchey, 1865 : Mot qui signifie déchéance, misère, pauvreté (d’Hautel, 1808).

La débine est générale, je suis enfoncé sur toute la ligne.

(Montépin)

Delvau, 1866 : s. f. État de gêne, misère, — dans le même argot [des faubouriens]. J’ai entendu dire Dibène (pour malaise, dépérissement) sur les bords de la Meuse, où l’on parle le wallon, c’est-à-dire le vieux français. Tomber dans la débine. Devenir pauvre.

Rigaud, 1881 : Grande misère, misère noire.

La Rue, 1894 : Misère. Se débiner, tomber dans la misère ou s’affaiblir, devenir malade.

Virmaître, 1894 : Se prend de manières différentes. Être dans la misère la plus complète.
— Je suis dans la débine.
— Je m’en vais, je me sauve, je me débine (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Misère.

France, 1907 : Misère, pauvreté.

Le paletot râpé abrite autant de souffrances que la blouse, mais il les montre moins apitoyantes. La débine de l’employé est sans issue, sans espoir. La redingote, cuirasse de détresse, supporte des assauts et cache des blessures secrètes et profondes que ne connurent jamais veste et bourgeron.

(Edmond Lepelletier)

Une vraie potée d’asticots, un groupe d’enfants malingres et vicieux, champignons vénéneux poussés sur le fumier civilisé, s’amusaient à se tordre et à se mordre tout en grattant des peaux de lapin. Filles et garçons, demi-nus, grelottants, s’égayaient et s’échauffaient en paroles cyniques et en ébats infâmes : pullulation de l’égout social, fleurs de crapule et fruits de potence, gâtés en germe, et mûrissant dans cette serre chaude de la débauche et de la débine pour les récoltes du bagne et les moissons de l’échafaud.

(Félix Pyat, Le Chiffonnier de Paris)

Déshabiller

Delvau, 1866 : v. a. Donner des coups, battre quelqu’un à lui en déchirer ses vêtements, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Donner à quelqu’un une telle tripotée qu’on en déchire ses vêtements.

Emporter le chat

Delvau, 1866 : v. a. Se mêler d’une chose que l’on ne connaît pas, et recevoir pour sa peine une injure, ou pis encore. — Argot du peuple.

France, 1907 : Se mêler des affaires du voisin et recevoir la tripotée légitime ou des injures méritées.

Empoté

Delvau, 1866 : s. et adj. Paresseux, maladroit, — dans l’argot du peuple, qui trouve volontiers têtes comme des pots tous les gens qui n’ont pas ses biceps et ses reins infatigables.

France, 1907 : Paresseux, maladroit.

Le massier était parti, après deux semaines de traitement, réconforté par les bouillons et le claret séveux des deux sœurs, une grosse fille de cinquante-six ans, sœur Angélina, ragote, empotée dans une graisse pâle et boulante de vieille vierge.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Et s’adressant à moi, cet ivrogne, qui avait trouvé de l’eau-de-vie on ne savait où et s’en était largement gargarisé, écumant de colère me dit :
— Je te croyais plus débrouillard que ça ! bougre d’empoté !

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Il ne s’agit pas d’être empotée de rester là comme une grosse mère, les pieds sur une chaufferette, devant le guichet d’abonnements, et de s’exclamer à chaque malheur nouveau qu’on signale. On n’a pas le temps de s’attendrir, de disserter — il faut se mouvoir !
La mort gratte à la porte de tous les taudis sans feu ; on dirait qu’un troupeau de loups dévorants a envahi nos faubourgs…

(Séverine)

Éveiller

d’Hautel, 1808 : Il est éveillé comme une potée de souris. Pour il est alerte, diligent ; il est d’une grande vivacité.
Il ne faut pas éveiller le chat qui dort. C’est à-dire, revenir sur des aventures fâcheuses qui sont passées.

Flaquer

d’Hautel, 1808 : Jeter avec colère quelque chose au nez de quelqu’un.
Il lui a flaqué une potée d’eau au nez.

Vidocq, 1837 : v. a. — Aller à la selle.

un détenu, 1846 : Mettre bas, déposer.

Larchey, 1865 : Aller à la selle (Vidocq) — Onomatopée.

Delvau, 1866 : v. n. Alvum deponere, — dans l’argot des voyous. Se dit aussi pour Accoucher, mettre un enfant au monde.

Virmaître, 1894 : V. Déballer.

Hayard, 1907 : Satisfaire ses besoins.

France, 1907 : Accoucher. « Elle a flaqué un gros gosse. »

Gin

Delvau, 1866 : s. m. Genièvre, — dans l’argot des faubouriens, qui s’anglomanisent par moquerie comme les gandins par genre.

France, 1907 : Fausse eau-de-vie de baies de genièvre, que l’on fabrique en Angleterre avec des résidus de la distillation du whisky et aromatisé aux huiles de genièvre et de térébenthine. Le gin est la boisson ordinaire des femmes qui fréquentent les cabarets : c’est avec le gin qu’elles s’enivrent.

… Des pauvresses maigres à longues figures hâves et des gouges enluminées passent la tête et entrent. Elles avalent des potées de gin ou de bière, en silence, puis ressortent s’essuyant la bouche du revers de la main, ou du coin du tablier. Groupées, d’autres bavardent, essuyant des bouts de chansons ou des pas de gigue. Des jeunes de quinze ans et des vieilles de soixante hoquètent au même pot, et saoules de la même ivresse, hébétées, trébuchantes, sortent, se poussant, faisant place à d’autres, et ainsi jusqu’à minuit, l’heure où se vident les tavernes, où le publicain aidé du policeman pousse dans la rue, comme des paquets d’ordure, les clientes ivres-mortes.

(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)

Fils du genièvre et frère de la bière,
Bacchus du Nord, obscur empoisonneur,
Écoute, ô gin ! un hymne en ton honneur.

(Auguste Barbier)

Laissons à l’Angleterre
Ses brouillards et sa bière !
Laissons-là dans le gin
Boire le spleen !

(Théodore de Banville)

Gobet

d’Hautel, 1808 : C’est un bon gobet. Se dit en plaisantant d’un enfant difficile à conduire, d’un petit polisson.
Des gobets de Montmorency. Nom qu’on donne aux cerises qui viennent de la vallée de Montmorency.
Prendre quelqu’un au gobet. Le prendre au collet, au moment où il y pense le moins.

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de viande quelconque. — dans l’argot des bouchers, qui emploient ce mot à propos delà viande non encore détaillée.

Delvau, 1866 : s. m. Polisson ; ouvrier qui se débauche, — dans l’argot du peuple. Mauvais gobet. Méchant drôle.

Rigaud, 1881 : Quartier de viande, — dans le jargon des bouchers.

Rigaud, 1881 : Vaurien. C’est-à-dire individu qui gobe, qui trouve bon… à prendre tout ce qu’il voit.

Virmaître, 1894 : Morceau de viande, bœuf ou mouton entier.
— Je ne veux pas de cette viande coupée, elle a été tripotée.
— Je vais vous en couper dans un gobet, répond le boucher (Argot des bouchers).

France, 1907 : Morceau que l’on gobe ; pièce de viande, dans l’argot des bouchers.

— Laisse-moi faire, nous mangerons de bons gobets ensemble.

(Hauteroche, Crispin médecin)

France, 1907 : Polisson, ouvrier débauché ; méchant gobet, mauvais drôle.

Goualante

Vidocq, 1837 : s. f. — Chanson.

Delvau, 1866 : s. f. Chanson, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chanson. Goualer, chanter. Goualeur, goualeuse, chanteur, chanteuse. Vient de gueuler. Goualer à la chienlit, crier au voleur.

La Rue, 1894 : Chanson. Goualer, gueuliber, chanter. Signifie aussi avouer à la justice.

Rossignol, 1901 : Chanson.

France, 1907 : Chanson.

Des bandits chez les Angliches y en a eu des tripotées, et c’est à force de crapuleries que la gouvernance, aidée des curés, a fait disparaître cette bonne graine. Y a des quantités de goualantes, là-bas, qui vantent les coups de main de Robin Hood.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

anon., 1907 : Chanson.

Moudre du poivre

France, 1907 : Faure des reproches, injurier.

La commandante ne perdait aucune occasion de m’agoniser, me traitant de petite empotée, de petite andouille. À la fin, impatientée et furieuse de m’entendre toujours traiter de la sorte, je me promis de lui river son clou. Ça ne tarda pas. Le lendemain, comme elle recommençait à me harceler parce qu’elle trouvait que je n’allais pas assez vite, me disant : « Mais remuez-vous, petite momie ; vous ne saurez donc jamais vous trémousser ! » je lui ripostai : « Ce n’est pas ce que votre mari me dit. » Ce qu’elle en a moulu, du poivre !

(Les Propos du Commandeur)

Potée

d’Hautel, 1808 : Elle a une potée d’enfans. Pour dire un grand nombre d’enfans.
Éveillé comme une potée de souris. Se dit d’un enfant vif, agile, alerte, et très-turbulent.

Rigaud, 1881 : Litre de vin. — Enfiler sa potée, boire son litre.

France, 1907 : Mesure d’un litre. « Enfiler sa potée », boire un litre ; expression populaire.

France, 1907 : Quantité, grand nombre.

Les pauvres ne font point tant d’embarras pour un môme qui leur vient : quand il leur en viendrait même une potée, on beurre un peu moins son pain, voilà tout ! et la graine monte, va comme je te pousse ! à la façon du blé dans les champs.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Potée, litrée

La Rue, 1894 : Litre.

Tripot

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; maison de débauche ; académie de jeu.
Battre un homme dans son tripot. Le surpasser, lui en revendre dans les choses qu’il sait le mieux, dans les détails de sa profession.

Halbert, 1849 : Garde de police.

Rigaud, 1881 : Garde municipal. Dérivé, de tripotée.

La Rue, 1894 : Garde municipal. Maison de jeu de dernier ordre.

France, 1907 : Garde municipal ; argot des voleurs.

France, 1907 : Lieu de réunion d’escrocs, de gens mal famés, de tripoteurs.

Le tripot parlementaire dégringole aux extrêmes limites de la déconsidération et du ridicule ; ses conducteurs, ses défenseurs attitrés, ses ministres, au lieu de le retenir sur la pente des chutes, l’y poussent plus avant. La société française est aujourd’hui divisée en deux parties. D’un côté, la nation ; — de l’autre, un millier d’hommes qui prétendent être ses directeurs et ses maîtres. Ils ne se recommandent au pouvoir ni par le prestige du talent, ni par l’intégrité de leur existence ; ils s’y sont juchés sur la lassitude et l’indifférence des électeurs.

Tripotée

Larchey, 1865 : Correction. — Du vieux mot tripeter : fouler aux pieds. V. Roquefort.

Oh ! quelle tripotée je vous ficherais, ma poule !

(Gavarni)

Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Grande quantité de choses.

Rigaud, 1881 : Arrangement à coups de poing ; scène de pugilat domestique.

La Rue, 1894 : Pugilat.

Virmaître, 1894 : (En donner ou en recevoir une).
— Il a reçu une rude tripotée.
On dit aussi tripotée pour beaucoup.
— J’ai une tripotée d’enfants qui me font perdre la tête (Argot du peuple).

France, 1907 : Coups. « Recevoir une tripotée », être battu.

Lorsque la cantinière trouva la petite Victorine couchée avec le fourrier, elle ne cria pas, de crainte de réveiller son mari, mais elle lui administra une fameuse tripotée.

(Hector France, Les Joyeusetés du régiment)

France, 1907 : Quantité, foule. « Une tripotée d’imbéciles écoutait l’énergumène. »

— J’ai jamais fichu grand’chose ; à seize ans, comme mes parents voyaient bien que je n’arriverais jamais à rien, on m’a mise en apprentissage chez une couturière ; tu comprends, mon chéri, qu’ça n’a pas duré longtemps ! Il y avait tous les jours une tripotée de troubades qui passaient devant le magasin et qui faisaient de l’œil aux ouvrières ; il y en a un qui m’a trouvée gentille, moi j’étais bébête, j’ai fait attention à lui… j’ai marché ; comme il n’avait pas le rond, il m’emmenait deux fois par semaine hors la ville dans les champs… ça ne m’a pas empêchée d’être enceinte presque tout de suite.

(Jules Lévy, Fin-de-Siècle)

Tripoter

d’Hautel, 1808 : Manier indiscrètement et sans précaution ; intriguer, manigancer, tramer.
Tripoter le vin. Le mélanger, le falsifier, le couper à la manière des marchands de vins.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Toucher à tort et à travers, aux choses et aux gens ; farfouiller. Tripoter une femme. S’assurer, comme Tartufe, que l’étoffe de sa robe — de dessous — est moelleuse.

Delvau, 1866 : v. n. Hanter les tripots, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Palper, manier les formes d’une femme, augmentatif de peloter. Tripoter, c’est peloter indécemment et sans réserve.

Déjà quelques farauds attendaient çà et là différentes jeunes filles, mais je diminuais leurs chances par la position stratégique que j’occupais : je savais en tous cas que j’arriverais à elle le premier. Je ne voyais rien de plaisant à ce que ma future femme soit tripotée sous une couverture par une succession de Peaux-Rouges.

(Hector France, Chez les Indiens)

Chacun voulant, avant tout, avoir en mariage une femme non seulement vierge mais intacte dans tous les sens du mot, une femme, comment dirai-je ? qui n’ait point été… tripotée.

(Marcel Prevost)

Tripoter la couleur

Delvau, 1866 : v. a. Peindre, — dans l’argot des artistes.

France, 1907 : Peindre avec maitrise. Une peinture tripotée. Un tableau de maître.

Comme c’est tripoté !… Quel beurre ! Il est impossible d’être plus chaud et plus grouillant !

(Théophile Gautier, Les Jeunes-France)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique