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Bataclan (tout le)

France, 1907 : Tout ce qui s’ensuit ; argot populaire.

J’ai vu de petits commerçants (nous laissons de côté, n’est-ce pas, les vagabonds, mendiants, miséreux, ouvriers, et autre populo suspect de partialité), j’ai vu de modestes négociants condamnés en trois minutes, à la correctionnelle, sur le témoignage de sergots dont le serment faisait loi.
— Il vous a appelé ci et ça ?
— Parfaitement, monsieur le président !
Un marmonnement de cheminée gorgée de suie… Et ça y était : un mois, deux mois de prison, l’amende, le casier judiciaire — et tout le bataclan, comme disait je ne sais quel magistrat folichon !

(Séverine)

Caisse d’épargne

Delvau, 1866 : s. f. La bouche, dans l’argot du peuple, qui a l’ironie amère, parce qu’il sait que les trois quarts du salaire sont absorbés par ce gouffre toujours ouvert. Il l’appelle aussi, en employant une image contraire, Madame la Ruine.

Rigaud, 1881 : Bouche. — Mettre à la caisse d’épargne, manger.

Virmaître, 1894 : Le marchand de vin. C’est là, en effet, que les ouvriers placent non seulement leurs économies, mais souvent l’argent de la paie (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Bouche ; marchand de vin. Argot populaire. Dans la bouche, en effet, le « populo » fait de nombreux versements de liquide, et chez le marchand de vin il place une partie de sa paye.

Campo

Delvau, 1866 : s. m. Congé, — dans l’argot des écoliers et des employés, qui ne sont pas fâchés d’aller ad campos et de n’aller ni à leur école ni à leur bureau. Avoir campo. Être libre.

France, 1907 : Congé, argot des employés, de ad campos, aller aux champs.

Les jours où j’avais campo, j’allais, en bon père, promener mes deux mioches aux Champs-Élysées… Je ne dépensais pas un sou…

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

Partant de Saint-Malo,
Je file à Chicago ;
L’Europe est rococo
Et dure au populo !
Tandis qu’on a campo,
Détalons subito
Vers cet Eldorado
Où fleurit le coco !

(Paul Ferrier)

Casaquin

d’Hautel, 1808 : Diminutif de casaque, pour dire le derrière de la poitrine, le dos.
On lui a donné sur le casaquin. C’est-à-dire, il a reçu une volée de coups de bâton.
Traîner son casaquin. Mener une vie disetteuse et pénible.

Larchey, 1865 : Corps (d’Hautel 1808).

Je te tombe sur la bosse, je te tanne le casaquin.

(Paillet)

Delvau, 1866 : s. m. Le corps humain, — dans l’argot du peuple. Sauter ou tomber sur le casaquin à quelqu’un. Battre quelqu’un, le rouer de coups. Avoir quelque chose dans le casaquin. Être inquiet, tourmenté par un projet ou par la maladie.

France, 1907 : Le corps humain. Avoir quelque chose dans le casaquin, être mal à son aise. Tomber sur le casaquin de quelqu’un, le battre.

Un de ces quatre matins, le populo tombera sur le casaquin de toute cette vermine, et la foutra en capilotade.

(Père Peinard)

Se faite crever le casaquin, se faire tuer.

Si s’rait parti pour el’ Tonkin,
L’s’rait fait crever l’casaquin
Comm’ Rivière…

(Aristide Bruant)

Se faire crever le casaquin se dit aussi pour se fatiguer.

Chouetto batifolo

France, 1907 : Nec plus ultra du chouette.

— Où allous-nous ? demanda Olga.
— Chez Lunette !… tu verras comme c’est chouetto batifolo rupin aux oignes ! dit gaiement Peau-de-Zébi…

(Edmond Lepelletier)

On dit aussi chouetto suiffard.

Turbiner neuf jours d’affilée, on n’en pince pas : c’est déjà trop de faire six jours. Dans cette division du mois en décades, le bout de l’oreille bourgeoise des conventionnels perce rudement : ils voulaient que le populo trime dur. Bast, foutre ! on peut tirer des plans : au lieu de flânocher le décadi seul, on se reposera aussi le quintidi, — le cinquième et le dixième jour de la décade. La semaine sera donc de cinq jours. Chouetto suiffard !

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Coram populo

France, 1907 : En public ; latinisme.

Coup de gueule

France, 1907 : Injures. Discours furibonds comme en font, dans les réunions publiques, les orateurs de mastroquets qui gueulent plus qu’ils ne parlent.

— Vois-tu, Jean, le progrès social… les grandes phrases à panache, les théories allemandes, brumeuses, les coups de gueule ronflants des empaumeurs du populo, ça ne vaut pas ma petite recette : se soutenir, s’entr’aider, aimer les faibles, les petits… sans pose, sans embarras, à la bonne franquette !

(A. Roguenant, Le Grand soir)

Où est Thérése, l’étrange artiste avec ses strideurs de clairon qui dominaient le bruit de l’orchestre, ses inflexions gouailleuses, inouïes qui soulevaient des traînées de rires d’un bout à l’autre du beuglant, avec ses tyroliennes inrendables, ses coups de gueule et ses coups de croupe impudiques et endiablés, ses grimaces de pîtresse laide qui saturaient chaque refrain comme d’une pincée de Cayenne ?

(Riquet, Gil Blas)

As-tu fini d’être bégueule !
Assez d’azur, de sacrés monts ;
Pour qu’on t’entende, à pleins poumons,
Lance, Muse, un bon coup de gueule !

(André Gill, La Muse à Bibi)

Embistrouiller

France, 1907 : Embarrasser.

La politique c’est tout l’opposé du socialisme ; c’est l’art d’embistrouiller le populo, de lui faire avaler des couleuvres, de le mener par bout du nez, de l’abrutir, de le mater s’il se rebiffe… tout ça s’exprime d’un seul mot, gouverner.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Feignasse

Hayard, 1907 : Fainéant.

France, 1907 : Fainéant. Autre forme de feignant.

C’est vous dire, les aminches, que les autorités n’aiment pas beaucoup que des gas à poil viennent troubler la digestion des feignasses en goguette, en parlant au populo de ses intérêts.

(Père Peinard)

— Vous savez, cria-t-elle, moi, je pompe en vous attendant, tas de feignasses ! avais lai pépie ! Je viens de dépenser de la salive avec un vieux type qui voulait monter sans payer d’avance. Ce que je l’ai remballé !

(Oscar Méténier, Madame La Boule)

Ficher dedans

Larchey, 1865 : Tromper. V. Dedans.

France, 1907 : Tromper. Les politiciens, quels qu’ils soient, ficheront toujours dedans le populo.

Enfin, la politique ramassait, plus particulièrement, pour Barsac, en une synthèse, le monde et les hommes ; il y voyait l’éternel caméléon qui change de couleurs selon ses intérêts, tout en couvrant lesdits intérêts des grands mots de patrie, république, morale, bien du peuple, — La Marseillaise ! zim ! boum ! boum ! — Il était, avec une façon plus délicate et plus intelligente de s’exprimer, de l’opinion de l’ouvrier qui criait :
— La politique, c’est l’art de ficher tout le monde dedans et de se réserver à soi et aux siens l’assiette au beurre.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Fourbi

Vidocq, 1837 : s. m. — Toute espèce de jeu qui cache un piège.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Clémens, 1840 : Poste, emploi ; on le dit assez aussi quand on a un mauvais jeu : Quel mauvais fourbi !

Delvau, 1866 : s. m. Piège ; malice, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le fourby (le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua. Connaître le fourbi. Être malin. Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.

Rigaud, 1881 : Petite filouterie ; peccadille ; maraudage ; pour fourberie. — Connaître le fourbi, connaître une foule de petites ficelles, de trucs à l’usage des militaires peu scrupuleux, — en terme de troupiers.

Merlin, 1888 : Du vieux mot français fourby, espèce de jeu. Fourbi a deux acceptions : tantôt il veut dire : détournement, gain illicite ; tantôt : choses, travaux, matériel, etc.

La Rue, 1894 : Piège, malice. Métier. Jeu. Ficelle. Truc. Petit bénéfice plus ou moins licite.

Virmaître, 1894 : Piège, malice. A. D. C’est une erreur. Cette expression très usitée vient du régiment, où le caporal chargé de l’ordinaire gratte sur la nourriture des hommes. Fourbi signifie bénéfice (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Ce que l’on possède.

J’ai mis tout mon fourbi dans une malle.

Hayard, 1907 : Voir flambeau et flanche.

France, 1907 : Affaire, travail. Connaître le fourbi, être malin, habile.

Oui, ça prouve, nom de Dieu ! que quoi qu’on dise, les idées ont marché. Le populo en a plein le cul, de turbiner pour les richards, il voudrait à son tour flânocher un brin. Seulement il s’y prend mal ; sale fourbi que celui de huit heures.
Comprends-moi bien, petit : je ne suis pas contre. Foutre non ! moins les pauvres bougres bûcheront, plus il leur restera de temps pour ruminer sur leur sort.

(Père Peinard)

Y en a qui font la mauvais’ tête,
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À Biribi.

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Petit larcin, volerie, rapine : mot rapporté par les soldats d’Afrique.

— Dans les hospices ils s’entendent bien pour faire du fourbi aux dépens des malades ! dit Peau-de-Zébi sentencieusement, renversant en arrière sa chéchia comme pour accentuer son opinion.

(Edmond Lepelletier)

Les fourriers qui, en faisant la distribution de vin ou d’eau-de-vie, mettent leur pouce dans le quart distributeur, commettent un petit fourbi.
Mais il en est de gros et ils ont des conséquences graves. Je pourrai citer l’exemple des godillots à semelles de carton qu’on donna à plusieurs régiments pendant la malheureuse guerre de 1870 ; mais ces temps sont encore trop proches ; qu’il me suffise de raconter celui que rapporte le Mémorial de Sainte-Hélène pendant la campagne d’Égypte.

C’était l’apothicaire en chef de l’armée. On lui avait accordé cinq chameaux pour apporter du Caire les médicaments nécessaires pendant l’expédition de Syrie. Cet infâme eut la scélératesse de les charger de vin, de sucre, de café, de comestibles qu’il vendit dans le désert à des prix très élevés. Quand le général Bonaparte sut la fraude, il devint furieux, et le misérable fut condamné à être fusillé. C’était beaucoup trop d’honneur, il devait mourir sous la bastonnade pour assassinats prémédités, car il avait spéculé sur la vie des malades. Des centaines d’entre eux ont péri faute de médicaments. On leur donnait une boisson nauséabonde, faite avec des feuilles, pour leur faire croire qu’ils prenaient quelque remède…

(A. Longuet, Méditations de caserne)

Frousse

Larchey, 1865 : Peur, frisson. — Du vieux mot frillouseté : sensibilité au froid. V. Frileux.

Delvau, 1866 : s. m. Peur, frissonnement, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Peur, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Peur.

Virmaître, 1894 : V. Taf.

Hayard, 1907 : Peur.

France, 1907 : Peur, corruption du veux français frillouse, frisson.

Ces braves parlementaires ont, à l’heure qu’il est, une telle frousse des socialistes qu’ils se résigneront peut-être, quand même, à de petites concessions.
Essayons toujours de leur mettre le feu sous le ventre. Répétons-leur sur tous les tons, cornons-leur aux oreilles que c’est un devoir élémentaire pour un gouvernement d’occuper les travailleurs ; que, lorsqu’il y a foule sur les chantiers, le désert se fait dans les syndicats et dans les boites à discours, et qu’un état social, où des gens qui ne demandent qu’à travailler, qui sont vigoureux, intelligents et honnêtes, n’ont pas la certitude de gagner le pain quotidien, est une honte pour la civilisation et ne peut finir que par un chambardement général.

(François Coppée)

C’était la pâtée et la niche,
Soit ! Mais être comme un caniche,
Caressant du soir au matin,
Et caressé ; n’avoir la frousse
Ni des pantes ni de la rousse ;
De caniche passer mâtin.

(Jean Richepin)

En France, aussi, on a vu des zigues pareils, Mandrin, Cartouche, etc. On connait leur histoire. On sait la frousse qu’ils foutaient aux richards, et combien ils étaient dans les papiers du populo.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

On dit aussi sainte frousse : être pris d’une sainte frousse.

Ô joie immense ! immense joie !
Voici le premier jour de l’an !
À ce bonheur que Dieu m’envoie
Je réponds… sans le moindre élan.
Mais pourtant la chose m’est douce
De songer que chacun chez lui
Se lève avec la sainte frousse
De cette fête d’aujourd’hui.

(Jacques Rédelsperger)

anon., 1907 : Peur.

Galbeux, galbeuse

France, 1907 : Personne mise à la dernière mode.

— Tu es très galbeux, Symphorien. Monte encore un peu ton pantalon, car on ne voit pas assez tes chevilles et tes élastiques ! La mode est aux élastiques.

(Dubut de Laforest, L’Homme de joie)

Le mot est employé adjectivement, dans le sens de bon, excellent.

Les cambrioleurs de notre époque n’ont plus ces galbeuses façons : ils sont trop égoïstes et ne s’attaquent pas assez aux riches. — aussi, y a pas à dire, ils sont mal vus du populo.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Comment cela finira-t-il ? — Oh ! ce n’est pas bien compliqué ; ça finira, comme toutes les sociétés décrépites, par un cataclysme qui démantibulera le vieux monde. Et de ces ruines sortir une société galbeuse où sera inconnu le vol, — légal ou illégal — où nul n’exploitera son voisin, où chacun turbinera à sa guise, ou personne n’aura intérêt à faire des mistoufles à son semblable.

(La Sociale, 1896)

Gnioleries

France, 1907 : Bizarreries, sottises.

Les gas ayant plein le cul de toute discipline, en pinçant pour les avaros et les aventures, voudront réagir de vive lutte contre les gnioleries de la société qui les étouffe bêtassement. Oui, cré tonnerre ! dans le populo y aura des bougres râblés qui se foutront dans le banditisme par amour de l’art ; histoire de prouver leur audace et leur nerf, en attendant de povoir foutre en jeu, à la bonne franquette, leurs riches qualités, grâce à la sociale anarchote.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Goulot

Delvau, 1866 : s. m. Bouche, gosier, — dans l’argot des faubouriens. Trouilloter du goulot. Fetidum halitum habere.

Rigaud, 1881 : Bouche, gosier. Repousser du goulot, sentir mauvais de la bouche.

France, 1907 : Gosier, bouche. Jouer du goulot, se rincer le goulot, boire. Avoir le goulot en étanche, être altéré. Voir Étanche.
Repousser du goulot, avoir mauvaise baleine.

Mon n’veu, agent qui s’enivre,
Repousse le populo ;
Ma nièce, au concert, pour vivre,
Pousse un refrain rigolo ;
Mon p’tit frèr’ repouss’ du cuivre,
Ma sœur repouss’ du goulot.

(Scie de café-concert)

Hure

d’Hautel, 1808 : Au propre, tête du sanglier ; au figuré et incivilement, tête, visage, figure de l’homme.
Se ratisser la hure. Pour, se faire la barbe.

Halbert, 1849 : Riche.

La Rue, 1894 : Tête. Figure.

Virmaître, 1894 : La tête (Argot du peuple). V. Tronche.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Nom que le populo donne irrespectueusement à la figure des gens qui lui déplaisent, principalement à celle du patron qui le paye ou du maître qui l’emploie ; les ouvriers, quand ils sont ivres, emploient également ce mot en parlant du visage de leur moitié.

On dirait la gueule à ma femme ;
C’est tout craché… sauf el’bandeau
Qu’a s’coll’ chaqu’ fois su’ l’coin d’la hure
Après qu’nous nous somm’s expliqués.
C’est pas qu’j’aime y taper dans l’nez ;
J’haï’ ça ; c’est cont’ ma nature.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Du populo, le mot hure est passé dans les classes supérieures, car il ne faut pas oublier que c’est le peuple, et non les savants, qui fait les langues. Les distingués pipos de l’École polytechnique l’emploient pour désigner non seulement la tête de leurs supérieurs, mais celle de leurs camarades.

On dit très bien à son voisin, écrivent les auteurs de l’Argot de l’X : « Fais-toi faire ta hure » pour « Fais-toi photographier »… Lorsqu’on est mécontent de quelqu’un, on demande à grands cris sa tête ! ou bien sa hure ! platoniquement s’entend, d’où l’on a fait le verbe hurer, synonyme de conspuer.

(Albert Lévy et S. Pinet)

anon., 1907 : Tête.

Jean-Jean

Larchey, 1865 : « On qualifie de Jean-Jean en France le jeune indigène que la conscription a arraché à l’âge de vingt ans d’un atelier du faubourg, de la queue d’une charrue, etc. Le Jean-Jean est reconnaissable à sa tournure indécise, à sa physionomie placide. » — M. Saint-Hilaire.

Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des vieux troupiers, pour qui tout soldat novice est un imbécile qui ne peut se dégourdir qu’au feu.

Rigaud, 1881 : Niais. — Conscrit.

France, 1907 : Homme simple, naïf, facile duper.

Vraiment, quand on songe au grouillement de misère, à l’inondation de dèche qui attige le populo, on est à se demander comment il se fait que les Jean-Jean aient le cœur à la rigolade.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Surnom donné autrefois aux conscrits.

On qualifie de Jean-Jean le jeune indigène que la conscription a arraché, à l’âge de vingt ans, d’un atelier ou d’une charrue.

(Émile Marco de Saint-Hilaire)

Kif-kif

Delvau, 1866 : adv. Ric-à-ric, — dans l’argot des faubouriens qui ont servi dans l’armée d’Afrique.

Boutmy, 1883 : Expression qui vient des Arabes, importée assurément dans l’atelier par quelque zéphyr ou quelque zouave typographe. Dans le patois algérien, kif-kif signifie semblable à : kif-kif bourricot, semblable à un âne. Les compositeurs l’emploient pour dire qu’une chose est la même qu’une autre : C’est kif-kif, c’est équivalent, c’est la même chose.

Merlin, 1888 : Synonyme à identique, de semblable, — de l’arabe.

France, 1907 : Même chose. Mot arabe rapporté par les troupiers d’Afrique. Il s’emploie toujours pour indiquer la similitude.

Ya dix ans les pauvres bougres que les Versaillais avait envoyés à la Nouvelle radinaient. Y avait eu d’abord des grâces, puis l’amnistie. Le populo mené en bateau par les politicailleurs commencait à ruminer : jusque-là on avait cru qu’une fois Grévy président de la République, les 363 devenus les maîtres de tout, ça allait marcher comme sur des roulettes.
Ah ouat ! Kif-kif comme sous Mac-Mahon.

(Le Père Peinard)

L’exemple ? On s’en moque, remoque et contre-moque ! Avoir le cou tranché net on crever des boyaux vides, c’est kif-kif ! Au moins, avant de mourir, on est nourri !

(Séverine)

On dit aussi dans le même sens kif-kif bourico, comme le baudet.

Que ce soit le printemps rose
Où tout dit : « J’aime ! » à l’écho,
Que ce soit l’hiver morose,
Pour eux : kif-kif bourriko !

(Octave Pradels)

Jules Jouy, dans sa chanson des Gardiens de la paix, qui fit jadis les délices des habitués du Chat Noir, termine par ce couplet sur l’air des Canards tyroliens :

Quand les sergots restent chez eux,
À mon avis, ça vaut bien mieux,
Qu’ils s’occupent de leurs conjungos,
Car, des sergots, ou pas d’sergots,
Pour nous, c’est kif-kif bourrico,
Tralalalala, tralalala !
Paix ! paix ! paix ! paix !
Voilà les gardiens de la paix !

Je ne sais pourquoi Dubut de Laforest a, dans la Femme d’affaires, dénaturé l’orthographe pourtant si rationnelle de kif-kif :

— Laissez-moi là, puisque je ne suis pas un homme !
— Un singe, c’est quif quif !

Laisser pisser le mérinos ou le mouton

France, 1907 : Attendre patiemment le résultat d’une affaire.

Il ne faut qu’un rien pour faire sortir le populo de ses gonds !
Qui nous dit que ce que certains qualifient d’avachissement et d’abrutissement n’est pas du recueillement ?
Quand le lion, avant de sauter sur sa proie, s’aplatit et rase le sol, celui qui ne le verrait qu’ainsi conclurait que cet animal est un taffeur, qu’il se fait petit pour s’effacer et se cacher…
Il n’en est rien, pourtant !
Done, que les écœurements de l’heure présente ne nous découragent pas ; faisons notre turbin de propagande, éparpillons les idées aux quatre vents et laissons pisser le mouton.

(Père Peinard)

Malin de la rue de la Plume

France, 1907 : Habile, savant. Avant l’instruction gratuite et obligatoire, celui qui avait une belle écriture passait, aux yeux du peuple, pour un savant.

L’orgueil a perdu les types : ils se sont crus les pauvres fourneaux, des malins de la rue de la Plume. Une seule idée les a tarabustés : lâcher l’atelier pour vivre en marlous sur le dos du populo.

(Le Père Peinard)

Mario, mariole, mariolle

France, 1907 : Malin, rusé. Les écrivains qui emploient ce mot ne se sont pas encore entendus sur son orthographe.

Il y a deux camps parmi les petits colons, deux camps ennemis.
Le pante, en argot ordinaire, c’est la dupe, la victime. Le mariolle, c’est le malin, celui qui sait se tirer d’affaire. Donc, à la Colonie, le pante et le mariolle sont tout simplement le bon et le mauvais sujet. Le pante, flétri de ce nom par les autres comme d’un ridicule et d’une infamie, se soumet sans résistance à la dure discipline, tâche de faire de son mieux, est laborieux et obéissant. Il est rare ; et, parfois, il faut le dire, le pante n’est qu’un hypocrite, qui fuit le chien couchant auprès des gardiens, dénonce et trahit ses camarades…
Quant aux mariolles, ce sont les indomptables, les incorrigibles. Pareils aux fruits véreux que l’entassement achève de corrompre, ils sont entrés vicieux dans le bagne ; ils en sortiront scélérats. C’est l’histoire de presque tous ces malheureux enfants, et c’est la condamnation de l’absurde régime de promiscuité qu’on leur impose. Les pénitenciers d’enfants sont des pépinières de voleurs et d’assassins. On les enferme, pendant de longues années, avec l’espoir — oh ! bien faible — de les amender ; puis, un beau jour, on les lâche, exaspérés contre le sort, perfectionnés dans le mal, mûrs pour le crime.

(François Coppée, Le Coupable)

Toujours le même fourbi : se dispenser d’agir et croire à une intervention supérieure et extra-humaine.
Et donc, il n’y eut rien de changé : les prêtres de l’État remplacèrent les représentants de Dieu. À leur tour, ces birbes-là bénéficièrent de la nigauderie populaire, vivant bien et tirant riche profit des préjugés et de l’ignorance.
Or, de même que, dans le cours de la kyrielle de siècles que l’humanité a égrenés, les hommes avaient changé de Dieu, — croyant tomber sur le vrai, — le seul, l’unique — assez mariol pour faire leur bonheur ;
De même, quand ils eurent changé d’idolâtrie, remplace la croyance en Dieu par la superstition de l’État, ils changèrent de « forme » gouvernementale, comme ils avaient souvent changé de « forme » divine.

(Le Père Peinard)

I’s aurons beau fair’ leur mariole
Sous prétesque qu’i’s ont l’pognon,
J’en ai soupé, moi, d’leur sal’ fiole.
En attendant d’leur fout’ des gnons
Sur la gueul’, j’vais crier c’que j’pense !
Tant que l’populo sommeill’ra,
J’emmerd’rai les ceuss’ qu’a d’la panse ;
Et l’jour d’la révoltes on verra.

(Aristide Bruant)

Mèche

d’Hautel, 1808 : Découvrir la mèche. Éventer un complot, un dessein, une entreprise, que l’on tenoit secrète.
En terme typographique, lorsque les ouvriers viennent proposer leurs services au prote de l’imprimerie, ils demandent, s’il y a mèche, c’est-à-dire, si on peut les occuper. Les compositeurs demandent s’il y a mèche pour la casse ; et les pressiers, s’il y a mèche pour la presse.

Bras-de-Fer, 1829 : Demi-heure.

Halbert, 1849 : Moitié, demi-heure.

Larchey, 1865 : Moitié. — À six plombes et mèche : À six heures et demie. V. Momir. — Être de mèche : Être de moitié (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. f. Intrigue, secret. Découvrir la mèche. Tenir les fils d’une intrigue, connaître à temps un dessein fâcheux.

Delvau, 1866 : s. f. Moitié, demi, — dans l’argot des voleurs. Être de mèche. Partager un butin avec celui qui l’a fait. Signifie aussi Demi-heure. D’où, sans doute, l’expression des faubouriens : Et mèche.

Delvau, 1866 : s. f. Possibilité de faire une chose. Il y a mèche. Il y a moyen. Il n’y a pas mèche. Cela n’est pas possible. On dit aussi elliptiquement : Mèche !

Delvau, 1866 : s. m. Travail, ouvrage à faire, — dans l’argot des typographes. Chercher mèche. Chercher de l’ouvrage.

Rigaud, 1881 : Complicité ; de moitié. Être de mèche, être complice, partager, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Moyen. — Y a-t-il mèche, y a-t-il moyen ? — Il n’y a pas mèche. Beaucoup d’ouvriers, quand ils demandent à un patron s’il a de l’ouvrage à leur donner, disent :

Y a-t-il mèche ?
J’ n’ai plus un rond de c’ que j’avais d’ pécune,
Tu vois, ma fille, n’y a plus mèch’ de lamper.

(Sénéchal, Le Retour de Croquignet, chans.)

Rigaud, 1881 : Plus, davantage. — Combien avez-vous perdu, au moins vingt francs ? — Et mèche. Par allusion à la mèche d’un fouet.

La Rue, 1894 : Plus, davantage. Moyen, possibilité de faire : Y a-t-il mèche ? Intrigue, secret : Découvrir la mèche. Travail : Chercher mèche. Complicité, de moitié : Être de mèche. Signifie aussi un quart d’heure.

Virmaître, 1894 : Les mauvais ouvriers qui voyagent sans cesse demandent mèche dans les ateliers qu’ils rencontrent sur leur route :
— Y a-t-il mèche de travailler ?
Mèche pour moyen (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Moyen, possibilité.

Y a-t-il mèche d’aller au théâtre a l’œil. — Non, il n’y a pas mèche.

Hayard, 1907 : Moyen (pas mèche : pas moyen); de mèche, de connivence.

Hayard, 1907 : Quart, être de moitié.

France, 1907 : Cordage embrasé suspendu au plafond dans un récipient en cuivre, qui sert à allumer les pipes et les cigares ; argot de l’École navale.

France, 1907 : Possibilité de faire une chose. Il y a mèche, c’est possible ; il n’y a pas mèche, c’est impossible.

Toutes les vieilles étiquettes, c’est de la gnolerie : boulangistes, badinguistes, royalistes, républicains… fumisterie que tout ça. Y a qu’une chose, c’est que nous sommes tous des richards et des patrons : conséquemment, nous tenons l’assiette au beurre et nous voulons la garder. Faut être à l’œil pour que le populo ne la casse pas… Donc y a mèche de s’entendre !…

(Le Père Peinard)

Quoi ! j’verrais les mecs d’la finance
S’engraisser avec not’ argent,
Quand y’en a d’aut qu’ont pas d’pitance
Et s’cal’nt des briqu’s de longs mois d’temps !
J’verrais passer dans leurs calèches
Tous ces salauds, ces abrutis,
Quand el’ purotin y a pas mèche
Qu’i’ fass’ boustifailler ses petits…

France, 1907 : Travail. Chercher mèche, chercher de l’ouvrage.

Même tabac

France, 1907 : Même chose, synonyme de kif-kif.

À Saint-Denis, même tabac : la jeunesse s’est fendue d’une chouette manifestance devant le buste de la République ; quand les patriotes bourgeois ont eu fermé leur égout à paroles et cessé de célébrer en phrases macaroniques la prise de la Bastille, un riche fieu s’est fendu d’un discours démoucheté que le populo a applaudi.

(Le Père Peinard)

Mince

d’Hautel, 1808 : Des minces. On appeloit ainsi vulgairement le papier monnoie, connu sous le nom d’assignats, quand il étoit en émission ; c’est maintenant le nom que le peuple donne aux billets de banque.
Mince comme la langue d’un chat. Se dit par mépris d’une chose peu épaisse, qui n’a de valeur qu’autant qu’il y a beaucoup de matière.
Il est assez mince. Pour dire, il n’est pas trop à son aise.
Avoir l’esprit mince. Pour avoir peu d’esprit, être borné.

Ansiaume, 1821 : Papier.

Pour chomir les bocaux, il faut appliquer du mince bien plaqué pour ne pas attirer la raille.

Vidocq, 1837 : s. m. — Papier à lettre.

Larchey, 1865 : Papier à lettres (Vidocq). — Allusion d’épaisseur.

Delvau, 1866 : s. m. De peu de valeur, morale ou physique, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses. Mince alors !

Delvau, 1866 : s. m. Papier à lettres, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Papier à lettres, billet de banque, papier. — Le mot mince pour désigner papier date de la création des assignats.

Boutmy, 1883 : adj. Pris adverbialement Beaucoup, sans doute par antiphrase. Il a mince la barbe, il est complètement ivre. Commun à plusieurs argots.

La Rue, 1894 : Papier. Billet de banque. Mince ! Beaucoup, très.

Virmaître, 1894 : Rien. Mais, dans le peuple, cette expression sert à manifester l’étonnement.
— Ah ! mince alors, elle en a une nichée dans la paillasse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ce mot sert à marquer l’étonnement, et signifie beaucoup.

Vois ce que j’ai pris de poisson ! Mince alors. — Le patron offre à dîner : mince ce que nous allons nous les caler.

France, 1907 : Beaucoup. Mince de chic ! Mince de potin ! Mince de colle ! Mince de rigolade ! Mince de pelle !

Depuis qu’nous somme on république,
On fourr’ ces mots un peu partout.
Nos gouvernants sont ironiques,
Ils la connaiss’nt pour s’fout’ de nous,
Sur les monuments, les écoles,
Les mairies, on voit ces trois mots,
Comm’ si qu’c’était vrai. Minc’ de colle !
C’qu’on te gourr’, mon vieux populo !

(Le Père Peinard)

Je r’viens d’un’ noce aux Batignolles,
Minc’ de rigolade ! Ah ! chaleur !
Les invités avaient des fioles
À fair’ pâmer un saul’ pleureurs 
Y avait d’quoi rir’ comm’ un’ baleine
En voyant parents et mariés.

(Jeanne Bloch)

France, 1907 : Papier à lettres ; argot des voleurs.

Mistoufles

Virmaître, 1894 : Faire des misères, causer des désagréments à quelqu’un (Argot du peuple).

France, 1907 : Désagréments, ennuis.

Les médecins de nos jours, avec leurs théories parasitiques, ne voient plus que microbes partout, que microbes acharnés à nous faire des mistoufles, comme on dit à Montmartre.

(Armand Silvestre)

Le deuxième me fit des « pouffes »,
Le troisièm’ me fit tatouer,
L’quatrièm’ me fit des mistoufles
Et le cinquièm’ me fit suer,
Le sixième fit des manières,
L’septièm’ me fit du boniment,
Le huitièm’ me fit des misères,
Le neuvièm’ me fit un enfant.

(René D’Esse)

Employé au singulier, mistoufle signifie misère.

Et fichtre, c’est très légitime que l’appétit vienne enfin au populo : il a un ventre, c’est pour l’emplir ! Il a parfaitement raison de vouloir jouir de l’existence et de n’en plus pincer pour confire dans la mistoufle.

(Le Père Peinard)

Monter le job

Hayard, 1907 : Même sens — cambrioler.

France, 1907 : Tromper, duper, mentir.
Job est l’abréviation du vieux français jobelin, niais, sot ; monter le job est donc faire une dupe, un sot.

Ah, si le populo se doutait combien on lui monte le job ! S’il savait que les gas d’attaque qu’on guillotine, qu’on déporte, qu’on persécute jusqu’à plus soif, ne sont pas les bêtes méchantes que racontent les marlous de la haute… ça changerait de face !

(Le Père Peinard)

Occase

Halbert, 1849 : Occasion, rencontre heureuse.

Larchey, 1865 : Occasion.

Deux francs cinquante de bénef, profitez de l’occase.

(A. Second)

D’occasion : De mince valeur. — Allusion. — On dit : une vertu, un héros d’occasion.

Ces Desgrieux de carton, ces Lucien de Rubempré d’occasion.

(Delvau)

Maria, qui se case, Au mois, Fait sa tête d’occase, Parfois.

Ce couplet, extrait du Prado, de Privat d’Anglemont, 1846, peut se traduire ainsi en langue vulgaire : Maria, à laquelle un amant paie chaque mois son entretien, fait parfois sa tête d’occasion, c’est-à-dire sans avoir de quoi légitimer cet orgueil.

Delvau, 1866 : s. f. Apocope d’Occasion, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Occasion. Un objet d’occase, un objet qui a servi. — Châsse d’occase, œil de verre.

Hayard, 1907 : Aubaine.

France, 1907 : Occasion ; argot des faubouriens.

Les jeunesses qui ont des guibolles d’acier ont gambillé sur les pavés pendant une ou deux nuits.
Cela ne prouve rien, nom de dieu !
Ceux-là ont profité de l’occase et ils ont bougrement bien fait. Dans la garce de société actuelle, on n’a que les plaisirs qu’on se donne or la vie y est si dégueulasse que quand il se présente un brin de jubilation, on aurait tort de cracher dessus…
Oh mais, faut pas croire que la participation du populo aux fêtes des Jean-foutres prouve qu’il ait ces derniers à la bonne. Le populo est peu éplucheur de sa nature : il ne voit dans les fêtes qu’une occase de plaquer le turbin, de foutre les frusques du dimanche, de tordre le cou à quelques chopines, — bref, de se donner du bon temps.

(La Sociale)

Mère d’occase, prétendue mère ; argot populaire. Œil ou chose d’occase, œil de verre.

Œil (s’en battre l’)

Rigaud, 1881 : S’en moquer. Voir une chose, entendre une proposition avec indifférence. — Je m’en bats l’œil, ça m’est bien égal. On dit aussi : s’en battre la paupière.

France, 1907 : S’en moquer. On dit aussi dans le même sens : s’en battre les fesses.

Le roi dit : Je m’en bats les fesses.

(Scarron, Virgile travesti)

Or, puisque le populo parisien en vient à oublier les horreurs de la semaine sanglante, — qui pourtant le touchent de près ! — y a rien d’épatant à ce qu’on se batte l’œil de l’écharpement des cent mille chrétiens d’Arménie… Des types qu’on a jamais vus, qui se frusquaient autrement que nous, et baragouinaient une langue incompréhensible !
Leur plus grand tort a été de se lasser écharper.
Dans l’histoire, — aussi bien dans l’histoire d’hier que dans celle d’il y a deux ou trois mille ans, les vaincus ont toujours été mal vus et peu considérés.

(Le Père Peinard, 1897)

Pantouflard

France, 1907 : Bourgeois ; individu qui aime ses aises. Pendant le siège de Paris en 1871, l’on donna ce sobriquet à la garde nationale sédentaire, dont le service consistait à monter la garde dans l’intérieur de la ville.
C’est aussi le nom que donnent les élèves de l’École polytechnique à ceux d’entre eux qui démissionnent soit après le classement de sortie, soit après le cours de l’École d’application de Fontainebleau.
Le mot parait remonter à 1830, où les Jeune-France traitaient les bourgeois de pantouflards ou de philistins.

Théophile Gautier, disent MM. A. Lévy et G. Pinet, eut un jour avec l’École un démêlé comique, à la suite duquel il fut traité de pantouflard. C’était au moment de l’inauguration du fronton du Panthéon : critiquant le bas-relief où David a représenté d’un côté un élève de l’École normale, de l’autre un élève de l’École polytechnique, il s’était moqué de « ces deux embryons d’immortalité ». Les promotions lui dépêchèrent deux anciens qui le trouvèrent en pantoufles, en robe de chambre et coiffé d’une calotte grecque et qui s’en revinrent dire à leurs camarades : « Il n’y a rien à faire avec ce pantouflard ! » Le Charivari prétendit que Gautier était fort peu rassuré et n’osait plus sortir de chez lui.

France, 1907 : Imbécile ; de l’expression populaire « raisonner comme une pantoufle » ou du vieux mot pantoufler.

Le populo a tellement été accoutumé à l’inaction qu’il ne peut s’en dépêtrer ; il voudrait que la ritournelle du passé continue, — que d’autres fassent toujours sa besogne !
Pourtant, faut tout dire : petit à petit il se dessale ! Il est déjà moins pantouflard : la clairvoyance lui vient. Il a la compréhension qu’un sacré coup de trafalgar est indispensable pour que les choses aillent mieux.

(Le Père Peinard)

Pantouflerie

France, 1907 : Bêtise, veulerie, lâcheté.

On devrait foutre la pierre aux fausses couches qui se laissent mettre le grappin sur le râble et, au lieu de les plaindre, leur dire :
— « Si vos poings n’étaient pas assez durs pour résister à l’ennemi que n’avez-vous aiguisé vos griffes et ramassé les cailloux du chemin ? Aussi fort et si puissant que fût votre antagoniste, y avait mèche de rétablir l’équilibre et de l’empêcher de vous dévorer !…
Puisque, au lieu d’agir, vous avez courbé l’échine, supportez-en les conséquences !… »
Mais foutre, les bons bougres n’ont pas cette rigidité de raisonnement : ils comprennent que la pantouflerie du populo résulte beaucoup de la masturbation séculaire que, de génération en génération, lui font endurer les grosses légumes.

(Le Père Peinard)

Parigo, parigot

France, 1907 : Sobriquet que les provinciaux donnent aux Parisiens.

Pour lors, dans la nuit du 17 au 18 mars, ce charognard bas-du-cul (Thiers) fit envahir par une chiée de troubades, afin de désarmer le populo pendant qu’il roupillait.
Il restait des canons et une quantité énorme de flingots.
Turellement, les Parigots ne voulurent rien lâcher, sachant bien qu’une fois désarmés, les bandits de la haute les feraient virevolter à leur gré, kif-kif une toupie hollandaise.

(Le Père Peinard)

Parigo, quoi !… des Batigneule,
Toujours prêt à coller un paing,
Mais j’comprends pas qu’on s’cass’ la gueule
Pour gagner d’quoi s’y fout’ du pain.
El’travail, c’est ça qui nous crève,
Mêm’les ceux qu’est les mieux bâtis,
V’là pourquoi que j’m’ai mis en grève.

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Peau de zébi

France, 1907 : Rien. Même sens que peau de balle, peau de tambour. Argot rapporté des troupiers d’Afrique. Zébi est en arabe le membre viril.

À Biribi c’est là qu’on marche,
Faut pas flancher ;
Quand l’chaouch crie : « En avant ! marche ! »
I’faut marcher,
Et quand on veut fair’ des épates,
C’est peau d’zébi :
On vous fout les fers aux quat’ pattes,
À Biribi !

(Aristide Bruant)

Allons, y a trop longtemps qu’on t’gourre !
Vieux populo, soupé cett’ fois.
Dis au politicard qu’il t’courre
Sur l’haricot avec ses lois !
Dis-lui : J’ai maré d’la pestaille,
Frocards, jugeurs et autr’ fourbis
Du mêm’ tonneau, qui font ripaille,
Quand moi que j’trim’ j’ai peau d’zébi !

(Le Père Peinard)

Père des mouches

France, 1907 : Dieu ; argot faubourien.

Dans les temps anciens, le pauvre monde endurait la mistoufle sur terre, et il prenait patience, convaincu qu’un de ces quatre matins le Père des mouches, à califourchon sur les nues, s’amènerait pour chambarder la vieille société et établir le paradis de l’Apocalypse.
Et le populo coupait, se roulant les pouces, croupissant dans la misère et se dispensant d’agir !…
Un jour vint où cette bourde idiote de la révolution opérée, grâce à l’intervention divine, ne fut plus de saison : le populo trouvait enfin la couleuvre trop dure à avaler.
Jusque-là les ratichons et toute l’engeance qui se posait comme représentant Dieu sur la terre y avaient seuls trouvé leur bénef : ces salops avaient fait leurs choux gras de la bêtise humaine.
Hélas, le populo n’avait pas fini de croire !
Il ne sortait d’une erreur que pour piquer la tête dans une autre : désormais toute la puissance, toute la force, tous les espoirs qu’il avait accumulés sur cette vesse-de-loup baptisée « Dieu », il allait les reporter sur une abstraction terrestre, — une sorte de Dieu visible : l’État.
C’est l’État qui allait faire les miracles que le Père des mouches avait été impuissant à réaliser.

(Le père Peinard)

Picolo

France, 1907 : Petit vin suret.

Les sales charognes qui trouvent le joint d’utiliser les progrès de la chimie pour fabriquer vinaigres et vins sans y foutre un grain de raisin, empoisonnent le populo qui n’a pas les moyens de s’offrir du picolo nature — et s’enrichissent vivement.
Car foutre, c’est à remarquer : les plus grands bandits, les plus grands assassins, sont — dans la société actuelle — les mieux cotés et les plus riches.

(Le Père Peinard)

Pisse-froid

d’Hautel, 1808 : Mot injurieux et satirique, qui se dit d’un homme flegmatique, sombre et sournois, sans vigueur du tempérament.

Delvau, 1864 : Bande-à-l’aise.

Où diable Valère a-t-il raccroché ce pisse-froid-là ?

(Comte de Caylus)

Delvau, 1866 : s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas volontiers, — dans l’argot du peuple, ennemi des flegmatiques.

France, 1907 : Individu qui manque d’ardeur, de chaleur dans ses opinions, un pusillanime. S’emploie dans le Centre dans le sens de méticuleux. On dit aussi pisse-froid dans la canicule et pisse-verglas.

La question n’est pas de travailler tant d’heures, de toucher tant… mais plutôt de ne pas être exploités ! C’est ce qu’ont tout à fait perdu de vue les pisse-froids : ils ne parlent plus de faire rendre gorge aux capitalos, c’est passé de mode.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Y a pas à tortiller, si on veut que le populo gobe les idées révolutionnaires, les gas d’attaque doivent s’aligner de façon pour que leurs manières de vivre soient en concordance avec leurs opinions.
Et c’est pourquoi les anarchos ne doivent pas suivre l’exemple de ce triste socialo pisse-froid qui, à l’atelier, est un infect contre-coup et qui, dans la rue, parle d’émancipation.

(Le Père Peinard)

Poique

Delvau, 1866 : s. m. Auteur, faiseur de pièces ou de romans. Argot des voleurs.

France, 1907 : Écrivain, littérateur, poète ; corruption de pouic, rien, celui qui n’a pour outil qu’une plume n’étant aux yeux du populo qu’un feignant, un rien.

Politicaillerie

France, 1907 : La politique.

N’est-il pas temps que le populo foute au rancart les politicailleries et s’occupe de la vraie question : du boulottage et de tout le fourbi qui s’en suit ?

(Le Père Peinard)

Politicard

France, 1907 : Individu vivant de la politique comme rat en fromage, ou espérant en vivre.

Comment, les politicards socialos qui, presque tous, sont des renégats de la révolution opérée par le peuple et qui, précédemment, avaient affirmé et démontré que le populo doit faire ses affaires lui-même et ne compter sur personne, sont-ils parvenus à embistrouiller à leur tour le pauvre monde ?

(Le Père Peinard)

On dit aussi, mais plus rarement, politiculard.

Y a pas… C’est un rude homme tout de même que l’Bismarck qui vient de gueuler comme un tonnerre au Reichstag… En v’là z’un qui leur z’y parle comme y méritent, à ce troupeau de politiculards allemands, presque aussi tocs que les nôtres, au fond, je m’imagine.

(Le Cri du Peuple, janvier 1887)

Populo

d’Hautel, 1808 : Pour dire un petit enfant, un nouveau né.
Elle a fait un petit populo. Se dit par dérision d’une fille qui s’est laissé séduire.

Delvau, 1866 : s. m. Le peuple, — dans l’argot des bourgeois, qui disent cela avec le même dédain que les Anglais the mob.

Delvau, 1866 : s. m. Marmaille, grand nombre d’enfants, — dans l’argot des ouvriers.

France, 1907 : Le peuple, le monde des prolétaires.

Je me méfie un peu de ceux qui équilibrent le budget devant un picon-curaçao, ou qui résolvent la question sociale en faisant une partie de tourniquet sur le comptoir, bien que l’expérience m’ait démontré que, dans tout orateur de brasserie et dans tout beau parleur de cabaret, il y a l’étoffe d’un député ou d’un conseiller municipal. Et, pour qu’on ne m’accuse pas de dédaigner la démocratie, je me hâte d’ajouter que, dans de riches salons, où les hommes avaient des cravates plus blanches que les glaciers des Alpes et où les dames étaient décolletées que c’en était indécent, j’ai entendu débiter autant de sottises politiques qu’on en rabâche dans la bohème et dans le populo.

(François Coppée)

La Seine s’endort en marais…
Prostrés, vautrés, vie abymée,
Ils dorment sous les ardent rais,
Haillons d’où monte une fumée,
Soyez bénite, heure enflammée,
Par qui le triste populo
Peut, l’âme de rêves charmée,
Dormir dans l’herbe au bord de l’eau !

(Catulle Mendès)

Râble

d’Hautel, 1808 : Il a le râble épais. Se dit par railleries en parlant d’un homme vigoureux et robuste ; d’un butor, d’un grossier personnage.

France, 1907 : Dos. Se mettre sur le râble, se mettre sur le dos, endosser, prendre la responsabilité d’une chose. Se mettre quelqu’un sur de râble, se faire un ennemi.

Ça ne faisait pas la balle de Bonaparte. Le grand bandit, voulant serrer fortement la vis au populo, rétablit tout ce qu’il put de l’ancien régime. Turellement, les ratichons furent remis en place et, comme leur garce de religion ne pouvait pas faire bon ménage avec les décades, le calendrier esclave nous fut à nouveau collé sur le râble.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Radicaille, radicanaille, radigaleux

France, 1907 : Le parti radical.

Le cheval noir de Boulanger caracola à la revue de 14 juillet, Paulus débita quelques couplets sur « le brav’ général » et le bon populo — toujours gobeur — se laissa empaumer à nouveau.
Et toute la griserie des premiers quatorze juillet lui troubla la caboche encore un coup : « Ce que les politiciens, opportunards et radigaleux n’avaient pas fait — n’avaient même pas essayé — Boulanger le mènerait à bonne fin ! C’est lui qui ferait la grande lessive… »

(Le Père Peinard)

Ragougnasse

Rigaud, 1881 : Mauvais ragoût, et, par extension, tout objet de très peu de valeur. C’est de la ragougnasse.

France, 1907 : Mauvais ragoût et, par extension, mauvaise chose.

Par le temps qui court, nul n’a plus — sinon avec beaucoup d’efforts — sa saine faculté de raisonnement : chacun se fait trop une opinion qui n’est que le reflet des ragougnasses imprimées dans le quotidien du matin.
Or, comme les quotidiens prennent leur mot d’ordre chez les jean-foutre de la haute et orientent leur girouette suivant les intérêts des chameaucrates, il est tout simple que le populo raisonne de travers !

(Le Père Peinard)

Rapapilloter

Virmaître, 1894 : Un ménage désuni se rapapillotte. Mot à mot : se raccommode. La chanson populaire dit : Je me rapapillote Avec Charlotte. (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Réconcilier.

Bougrement d’eau a coulé sous les ponts depuis que les républicains français, pour détourner les prolos de la Sociale, bouffaient du calotin à chaque repas et faisaient un battage des cinq cents diables avec l’anticléricalisme.
Oui, foutre, nous sommes loin de l’apostrophe de Gambetta à Romans : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi ! » de la laïcisation à outrance, de l’article 7, du simulacre d’expulsion des jésuites qui, chassés par la porte, rentraient subito par la fenêtre, et de toutes les autres couillonnades gambettistes et ferrystes.
Aujourd’hui, ces beaux merles, curés et républicains à la flan, sont cul et chemise. La républicanaille qui a pris du ventre à exploiter jusqu’à la gauche le populo, et lui voyant — par-ci, par-là — des velléités de rouspétance, s’est rapapillotée avec les sacs à charbon qui, aucun bon bougre ne l’ignore, sont les maîtres abrutisseurs.

(Le Père Peinard, 1897)

Rapapioter

France, 1907 : Réconcilier.

Les autoritaires veulent conserver ce qui existe et tenir le populo sous leur coupe. Ils varient bougrement de couleur des uns aux autres : des fois même, ils se chamaillent, — mais, en fin de compte ils se rapapiotent sur le dos des prolos.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Rapia, rapiat

France, 1907 : Avare, grippe-sou ; argot populaire.

Au moyen âge, sais-tu quels étaient les banquiers, les tripoteurs d’argent, les rogneurs d’écus ?
Ce fut, pendant un sacré temps, des types venus de la Lombardie. Et, nom de dieu, on les exécrait ferme, car ils étaient bougrement rapias. Le populo avait du cœur à gueuler : « Mort aux Lombards ! »
Les Lombards ont cessé d’être banquiers, et nous n’avons pas cessé d’être exploités !

(Le Père Peinard)

Refileurs de comète

France, 1907 : Vagabonds, gens sans asile.

Le jour où le populo aura soupé de crever la faim, ce jour-là il pourra s’arranger, sinon une vie tout plein heureuse, mais du moins exempte de toute incertitude du lendemain. Plus on va, plus c’est faisable ; à l’heure actuelle, c’est pas la croustille qui manque, — y a à bouffer pour tout le monde ! — Les piôles non plus ne font pas défaut. Y en a des vides et en assez grande quantité, pour y mettre à roupiller tous les refileurs de comète.

(Le Père Peinard)

Repousser du goulot

Fustier, 1889 : V. Delvau : Repousser du tiroir.

Virmaître, 1894 : Puer de la bouche. L’image est typique ; ceux qui sont affligés de cette infirmité repoussent en effet tous ceux qui les approchent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Sentir mauvais de la bouche. Entre artistes de la Comédie-Française : « Dis donc, X…, vous dites toutes que je repousse du goulot à tuer les mouches à quinze pas ; en voilà une qui est sur ma glace pendant que je me maquille, elle ne bouge pas. — Oh ! oui, ma chère, ça se comprend, tu n’as sans doute pas vu que c’était une mouche à m… iel. »

Hayard, 1907 : Avoir mauvaise haleine.

France, 1907 : Avoir mauvaise haleine, On dit aussi repousser du Parlement, du tiroir.

Mon n’veu, agent qui s’enivre,
Repousse le populo ;
Ma nièce, au concert, pour vivre,
Pousse un refrain rigolo ;
Mon p’tit frèr’ repouss’ du cuivre,
Ma sœur repouss’ du goulot.

(Sulbac)

Rezzou

France, 1907 : Razzia, pillage ; mot arabe importé par les soldats d’Afrique.

Le Touareg en pince pour le rezzou.
Il préfère ça que d’aller à la Mecque !
Apprend-il le passage d’une caravane où d’un convoi, le Touareg s’embusque dans un pli de terrain et pige l’arrivée des voyageurs pour les détrousser, — c’est le rezzou !
Nom de dieu, y a pas que le Touareg qui pratique le rezcsou ! Sans sortir de France, toute l’engeance patronale s’en paie dans les grandes largeurs : qu’est l’exploitation du populo, sinon un rezzou perfectionné — plus hypocrite que le pillage pratiqué par le Touareg — et pratiqué sans danger par les richards sur les pauvres bougres ?
Eh donc, les jean-foutres de la haute sont bougrement mal venus à trouver vilain chez les autres ce qu’ils opèrent chez nous avec une férocité impitoyable.

(Le Père Peinard)

Risette (faire)

France, 1907 : Faire des agaceries, sourire.

Vous faites mille misères aux pauvrettes qui, ne sachant encore rien de l’existence, se laissent aller à la bagatelle et font des gosses sans vous demander la permission.
Mais voilà, vous êtes plus furieux de leur désobéissance que joyeux de voir naître un môme qui deviendra votre proie !
Tas de crétins !
Or, si vous en pincez réellement pour que le populo repeuple, faites risette aux filles-mères et supprimez la misère.

(Le Père Peinard)

Rupinskoff

France, 1907 : Très bien, excellent.

En province, c’est un peu comme à Paris : les souteneurs de l’autorité ont l’habitude d’assommer — le plus qu’ils peuvent — tous les pauvres diables d’ouvriers et de trimardeurs qui leur tombent sous la coupe.
Aussi, en province comme à Paris, le populo a-t-il dans le nez toute l’engeance policière.
Et même, nom de Dieu ! ce qui est rupinskoff, c’est que ce sentiment de répulsion pour la pestaille paraît être international.

(Le Père Peinard)

Socialo

France, 1907 : Socialiste.

Espérons et souhaitons que, malgré tous les mic-macs de ces socialos assiette-beurriers, le populo ne se laissera pas embobiner.
Sans quoi y aurait plus de limite !
Un de ces quatre matins, messieurs les élus se déculotteraient et présenteraient leur postérieur aux nigaudins électoraux, leur ordonnant d’embrasser, sous prétexte que — mieux que la bague de l’évêque — ça porte bonheur.
Et, aux soupçonneux qui ne marcheraient pus, les birbes prouveraient que de pareilles baisades sont nécessaires pour l’émancipation humaine.
Ce courant de crétinisme n’est pas nouveau c’est le résidu de la masturbation autoritaire dont, depuis des siècles, nous sommes — de père en fils — les malheureuses victimes.

(Le Père Peinard)

Qu’on enterre un socialo,
Il sabre le populo
Et s’y montre fort habile,
L’sergent d’ville.
Puis, l’soir, aux autres, dans l’poste,
Il va dire, s’rengorgeant,
Comment au Peuple riposte
Le parfait agent (bis).

(É. Blédort)

Soupe (en avoir)

France, 1907 : En avoir assez, en être dégoûté, las.

Le populo en a radicalement soupé d’être exploité, de même qu’il ne veut plus être gouverné — pas plus par des opportunards, des radicaux que des socialos.
De même il n’en pince plus pour être exploité — pas plus par les richards chrétiens que par les capitalos juifs.

(Le Père Peinard)

On dit dans le même sens : souper de la fiole de quelqu’un.

Mais j’ai mon plan, ej’ suis mariolle :
Quand les jug’ auront assez d’moi
Et qu’i’s auront soupé d’ma fiole,
Faudra ben qu’i’s m’appliqu’nt la loi ;
Vous savez ben, la loi nouvell’
Qui condamne l’gouvernement
À m’envoyer à la Nouvelle…

(Aristide Bruant)

Cette expression n’est pas récente, on la trouve dans un couplet de Désaugiers :

Mais c’est quand nous quittons la ville
Qu’il faut voir l’effet des adieux…
Et toutes les femm’s à la file
Se lamenter à qui mieux mieux.
C’est un’ rivière que leurs yeux :
« Reviens donc bien vite…
— Oui-da, ma petite. »
Le plus souvent !
J’ai soupé pour le sentiment.

Sucer les pissenlits par la racine

France, 1907 : Être enterré.

Il y a beau temps que le fameux Machiavel suce des pissenlits par la racine. Mais, l’animal n’est pas mort tout entier ! Il a laissé un cochon d’héritage que les gouvernants italiens se transmettent précieusement et dont ils usent avec un sacré culot : sa roublardise crapuleuse et ses manigances scélérates, grâce auxquelles ils ont, jusqu’ici, réussi à écorcher le malheureux populo italien.

(Le Père Peinard, 1898)

Tête (bonne)

France, 1907 : Personne naïve, facile à duper.

À l’Aquarium les bouff’-galette
Auront bientôt fini leur temps ;
Au populo qu’est bonne tête
Ils vont lâcher leurs boniments,
Minc’ de crachoir ! Que d’jaspinages
Ils vont faire ! Ohé, les gobeurs,
V’nez écouter et soyez sage,
Pis après, voter tous en chœur !

(Père Peinard)

Se dit aussi pour exprimer un visage grotesque :

— Mon pauvre vieux ! si je vous disais que vous avez une bonne tête !
— N’achève pas, ô ange, tu me la mettrais à l’envers.

(Journal amusant)

Trafalgar

France, 1907 : Bataille, bouleversement ; allusion au célèbre combat naval de ce nom ; argot faubourien.

Le jour du grand trafalgar, il faut désormais être à hauteur. Le populo doit faire ses affaires lui-même et envoyer rebondir les ambitieux à la langue bien pendue et à l’appétit insatiable, qui tenteraient de nous museler à nouveau.

(Le Père Peinard)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique