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À la corde (logement)

France, 1907 : Abri de nuit où les clients n’ont pour tout oreiller qu’une corde tendue que l’on détend au matin.

Dans Paris qui dort, Louis Bloch et Sagari donnent des détails fort intéressants sur les pauvres diables qui n’ont pas de gite :
Parmi les vagabonds, les uns couchent en plein air, les autres sous un toit hospitalier. Suivons d’abord ces derniers : les garnis ne leur manquent pas à Paris ; la rue des Vertus, près de la rue Réaumur, leur en offre un certain nombre, parmi lesquels il faut citer : Au perchoir sans pareil, À l’arche de Noé, À l’Assurance contre la pluie, Au Parot salutaire, Au Lit, dors (au lit d’or), Au Temple du sommeil, Au Dieu Morphée, Au Matelas épatant. Ce dernier garni est ainsi appelé parce que les matelas étaient garnis de paille de maïs, et qu’un matelas, mais un seul, était véritablement bourré de laine. Il est vrai qu’il n’avait pas été cardé depuis le règne de Louis XIII.
Ces garnis sont aristocratiques à côté de ceux à la corde que l’on trouve rue Brisemiche, Pierre-au-Lard, Maubuée, Beaubourg, et, sur la rive gauche, dans les quartiers Maubert et Mouffetard. Il y a là des grabats à six sous sur lesquels on peut rester couché toute la nuit, des grabats à quatre sous sur lesquels on ne peut dormir que jusqu’à quatre heures du matin ; enfin la dernière catégorie de clients paye deux sous et même un sou avec le droit de dormir une heure ou deux.
Des garnis, il y en a de toute espèce et de tout genre ; les auteurs de Paris qui dort nous disent qu’il en existe dix mille dans la capitale. Mais tout le monde ne peut, hélas ! se payer le luxe de coucher à couvert. Aussi les fours à plâtre, les carrières, les quais de la Seine sous les ponts, les bancs des promenades publiques, les arbres mêmes sont transformés en dortoirs. Il n’y a pas d’accident de terrain, de tranchées ouvertes, de constructions délaissées, de cavités abandonnées qui ne deviennent pas un asile improvisé : on a souvent trouvé des vagabonds dans les énormes tuyaux en fer bitumé posés sur la voie publique pendant l’exécution des travaux d’égout. Les pauvres diables se couchent là sur de la paille trouvée ou volée et passent tranquillement la nuit sans souci des courants d’air.
Mais c’est encore les carrières qui reçoivent le plus grand nombre de clients.

(Mot d’Ordre)

Abatage

d’Hautel, 1808 : Avoir de l’abatage. Locution figurée et populaire, qui signifie être d’une haute stature ; être fort, vigoureux, taillé en Hercule.
En terme de police, ce mot signifie l’action de tuer les chiens errans ; c’est aussi un terme reçu parmi les acheteurs de bois vif.

Rigaud, 1881 : Action d’abattre son jeu sur la table, en annonçant son point, — dans le jargon des joueurs de baccarat. Il y a abatage, toutes les fois qu’un joueur a d’emblée le point de neuf ou de huit. — Bel abatage, fréquence de coups de neuf et de huit. — Il y a abatage sur toute la ligne, lorsque le banquier et les deux tableaux abattent simultanément leurs jeux.

Les abatages se succédaient entre ses mains, drus comme grêle.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Rigaud, 1881 : Développement du bras, haute stature d’un joueur de billard. C’est un avantage qui lui permet de caramboler avec facilité et de se livrer, en été, à des effets de biceps.

Rigaud, 1881 : Forte réprimande. Écoper un abatage, recevoir une forte réprimande, — dans le jargon des ouvriers.

Le lendemain, tout le monde sur le tas. Avant de commencer, j’ai écopé mon abatage.

(Le Sublime)

Rigaud, 1881 : Ouvrage vivement exécuté. — Graisse d’abatage, ardeur à l’ouvrage.

Hayard, 1907 : Réprimande, de patron à ouvrier.

France, 1907 : Abattre son jeu au baccara, argot des joueurs.

Ainsi qu’un bon comptable, il laissa passer les premiers coups sans risquer aucun enjeu ; il attendait sa main. Quand les cartes lui vinrent, il poussa trois louis, et abattit huit ; mais, en consultant son point, ses mains tremblaient de plus en plus, et de la sueur lui coulait des cheveux sur les tempes. Il fit ce qu’on appelle paroli, et, toujours plus convulsif, abattit neuf.

(Maurice Montégut)

L’autre soir, au cercle. Le banquier perdait beaucoup. Un ponte qui venait de passer quatre fois prend les cartes pour le cinquième coup, et tombe sur le tapis, foudroyé par une attaque d’apoplexie.
Le banquier (très tranquillement). — Allons bon ! encore un abatage !

On appelle aussi abatage un ouvrage rapidement exécuté, d’après l’expression bien connue : abattre de la besogne.

Abbaye des s’offre-à-tous

Delvau, 1866 : s. f. Maison conventuelle où sont enfermées volontairement de jolies filles qui ne pourraient jouer le rôle de vestales que dans l’opéra de Spontini.
Cette expression, qui sort du Romancero, est toujours employée par le peuple.

France, 1907 : Couvent pour les jeunes personnes dénuées d’argent autant que de préjugés.

Abbaye ruffante (four chaud)

Vidocq, 1837 : s. f. — Ce mot appartient au vieux langage argotique, il est précédé d’un astérisque ainsi que tous ceux qui sont empruntés à un petit ouvrage très-rare, publié au commencement du seizième siècle, et qui est intitulé : « Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne, comme il est à présent en usage parmi les bons pauvres ; tiré et recueilli des plus fameux argotiers dece temps ; composé par un Pilier de Boutanche qui maquille en molanche, en la vergne de Tours ; à Troyes, et se vend à Paris, chez Jean Musier, marchand libraire, rue Petit-Pont, à l’image Saint-Jean. »

Aiguiller, aiguiller la brème

Rigaud, 1881 : Disposer, corner une carte de façon à ce qu’elle dépasse légèrement les autres ; cela facilite le coupage dans le pont. La carte ainsi disposée s’appelle l’aiguille. Elle conduit au pont la main de celui qui coupe, comme une aiguille de chemin de fer conduit un train sur telle ou telle voie.

Âne

d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier les ânes se battent. Locution proverbiale qui signifie que la mésintelligence et la discorde se mettent bientôt dans un ménage où l’indigence se fait sentir.
Un roussin d’Arcadie. Pour dire un baudet ; un âne.
Faire l’âne pour avoir du son. Feindre d’ignorer une chose dont on est parfaitement instruit, à dessein de se moquer ensuite de celui à qui on veut la faire raconter.
Méchant comme un âne rouge. Proverbe qui se dit d’un enfant espiègle et mutin, capable de toutes sortes de malices.
Il y a plus d’un âne à la foire qui s’appelle Martin. Se dit à celui qui, par la ressemblance des noms de deux personnes, a commis quelqu’équivoque.
Brider l’âne par la queue. Faire une chose à rebours ; la commencer par où elle doit finir.
Faute d’un point, Martin perdit son âne. Signifie qu’il s’en est fallu de bien peu de chose, que l’on ne gagnât la partie au jeu.
Chercher son âne quand on est dessus. Chercher une chose que l’on tient sans y prendre garde, comme il arrive quelquefois que l’on cherche son chapeau lorsqu’on le tient à la main ou qu’on l’a sur la tête.
Tenir son âne par la queue. Prendre ses mesures, se précautionner pour ne pas perdre ce que l’on ne possède que d’une manière incertaine.
Un âne bâté. Mot injurieux qui signifie sot, stupide, ignorant.
Sangler quelqu’un comme un âne. Au propre, le serrer dans ses habits à l’étouffer ; au figuré, le traiter avec la dernière rigueur.
C’est le pont ou la poste aux ânes. Pour dire qu’une chose est très-facile à faire lorsqu’on y est habitué ; que ce n’est qu’une routine.
Des contes de peau d’âne. Des discours dénués de vraisemblance : vieilles histoires dont on berce les enfans.
Il est bien âne de nature, celui qui ne peut lire son écriture. Dicton usité en parlant d’un homme excessivement ignorant ; ou de celui qui écrit tellement mal, qu’il ne peut lui-même se déchiffrer.
Elle ne vaut pas le pet d’un âne mort. Se dit d’une personne que l’on méprise extrêmement, et d’une chose à laquelle on n’accorde aucune espèce de valeur.
Monter sur l’âne. Pour dire, faillir, faire banqueroute, mettre la clef sous la porte.
Avoir des oreilles d’âne. Au propre, avoir de grandes oreilles ; et métaphoriquement, être d’une lourde ignorance.
L’âne du commun est toujours le plus mal bâté. Signifie qu’on s’inquiète peu de tout bien qui n’est pas particulier.
Boire en âne. Locution bachique qui équivaut à faire du vieux vin ; ne pas vider son verre tout d’un trait.
Têtu comme un âne, comme un mulet. Extrêmement opiniâtre.
On ne sauroit faire boire un âne, s’il n’a soif. Façon de parler incivile, pour dire qu’il n’est pas aisé de contraindre un obstiné à faire quelque chose contre sa volonté.

Arroser

d’Hautel, 1808 : Arroser ses créanciers. Leur donner à chacun de petits à-comptes, afin de les rendre plus traitables et arrêter leurs poursuites.

Delvau, 1864 : Éjaculer dans la nature de la femme — un charmant petit jardin dont nous sommes les heureux jardiniers. Pluie ou sperme, quand cela tombe à propos, cela féconde.

Pourquoi ne voudraient-elles pas être arrosées ?

(Cyrano de Bergerac)

Rigaud, 1881 : Ajouter de l’argent à une somme engagée après un coup gagné à la ponte. — Risquer une nouvelle mise en banque après décavage, — dans le jargon des joueurs. Ordinairement, à la ponte, on arrose après le premier coup de gain. C’est mot à mot : arroser le tapis avec de l’argent tiré de la masse. À force d’arroser sans succès, on finit par être à sec.

Rigaud, 1881 : Donner un à-compte à un créancier.

À quoi bon arroser ces vilaines fleurs-là ?

(V. Hugo, Ruy-Blas)

Virmaître, 1894 : Donner un accompte sur une dette. Un huissier cesse les poursuites commencées quand le débiteur arrose. Donner de l’argent à un fonctionnaire pour obtenir un privilège, c’est l’arroser. Nos députés le furent largement par Arton pour l’affaire du Panama. Martingaler son enjeu c’est arroser le tapis (Argot du peuple). JV.

Rossignol, 1901 : À la suite d’un achat on va boire une consommation pour arroser l’objet acheté.

Hayard, 1907 : Payer, donner des acomptes.

France, 1907 : Faire des dépenses. Arroser le tapis, terme de joueur à la roulette pour couvrir le tapis d’argent. Arroser ses galons, terme militaire, payer sa bienvenue dans son nouveau grade. Arroser un créancier, lui donner des acomptes.

Attaque (d’)

Larchey, 1865 : Vivement, spontanément. — Un homme d’attaque est un homme d’action.

Rigaud, 1881 : Avec ardeur, avec courage. — Un d’attaque, c’est-à-dire un homme d’attaque, déterminé, courageux, bon travailleur. — Être d’attaque, ne pas bouder à l’ouvrage.

Il est arrivé de province, c’est un de nos pays qui est d’attaque.

(Le Sublime)

Attrape-science

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Avant

d’Hautel, 1808 : Avant que cela arrive, il passera bien de l’eau sous les ponts. Signifie qu’une chose sur laquelle on fait fonds est douteuse et fort éloignée.
En avant. Terme militaire, dont le peuple se sert fréquemment, et d’une manière impérative.

Baba

Rigaud, 1881 : Pour ébahi, — dans le jargon du peuple ; en ôtant la première et les deux dernières lettres et doublant la syllabe BA.

Rossignol, 1901 : Étonné, surpris, ne savoir quoi répondre.

Il était tellement épaté, qu’il en est resté baba.

France, 1907 : Ébahi, stupéfait. Rester baba, rester bouche bée. Baba, en russe, veut dire vieille. Peut-être ce mot a-t-il été rapporté de la campagne de Russie, où les vieilles, sur leurs portes, regardaient d’un air ahuri passer nos soldats.

Donner du travail aux ouvriers, ce n’est pas bien difficile. Il suffirait, pour cela, d’une poussé de générosité, d’un élan du cœur, chez les marchands de paroles, là-bas, au bout du pont de la Concorde.
Vous m’objecterez que ce serait la première fois, depuis plus de vingt ans, qu’ils s’occuperaient sérieusement du pauvre monde et que nous en resterions tous baba.

(François Coppée)

Battre

d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier, les ânes se battent. Voyez Âne.
Ils se battent comme chiens et chats. Pour ils sont toujours à se quereller ; ils vivent dans la plus mauvaise intelligence.
Il vaudroit autant se battre contre un mur. Pour dire que la peine qu’on se donneroit pour faire entendre raison à un obstiné, seroit absolument inutile.
Battre quelqu’un comme plâtre. Le battre fréquemment ; l’abîmer de coups.
Battre le pavé. Mener une vie oisive et vagabonde ; ne faire œuvre de ses dix croigts ; rôder perpétuellement.
Battre le fer. Ferrailler, s’escrimer souvent. On dit d’un homme très-exercé dans une profession, qu’Il y a long-temps qu’il bat le fer.
Battre aux champs. S’esquiver, prendre la fuite, se sauver à toutes jambes.
Il faut battre le fer tandis qu’il est chaud. Signifie qu’il ne faut pas laisser échapper une occasion favorable, lorsqu’elle se présente.
Battre le chien devant le loup. Reprendre d’une faute un subalterne devant un supérieur qui s’en rend fort souvent coupable, à dessein de lui donner indirectement une leçon.
Battre le grand prévôt. Ne savoir que faire ; être d’une apathie, d’une paresse insupportables.
Se battre de l’épée qui est chez le fourbisseur. C. à. d. d’une chose qui est incertaine et éloignée.
Battre la campagne. Avoir le transport ; ne savoir ce que l’on dit ; tenir des propos ridicules.
S’en battre l’œil, les flancs ou les fesses. Se mettre peu en peine du résultat d’une affaire ; n’avoir aucune considération pour quelqu’un ; s’inquiéter nullement de lui être ou non agréable.
Se battre les flancs. Ne savoir que faire, être à charge aux autres et à soi-même.
Battre la semelle. Parcourir les pays étrangers ; voyager, chercher des aventures ; rôder.
Autant vaut bien battu que mal battu. C’est-à-dire qu’il ne faut rien faire à demi, quelle que soit la peine ou le dommage qui doive en résulter.
À battre faut l’amour. Signifie que les mauvais traitemens, les duretés, mettent en fuite l’amour et l’amitié.
Nous avons battu les buissons, et les autres ont pris les oiseaux. Pour dire les autres ont retiré le profit de nos peines et de notre travail. C’est le Sic vos non vobis de Virgile.

Bras-de-Fer, 1829 : Dissimuler.

Rigaud, 1881 : Dissimuler, — dans le jargon des saltimbanques.

France, 1907 : Parler ; argot des voleurs.

— Assez battu, Pâtissier ! dit d’une voix brève Mille-Pattes… il y a assez de Nib-de-Blair dans les environs, il est la Terreur du Pont-de-Flandre, moi l’on me reconnait partout pour la Terreur du Combat, ça suffit avec nous deux… il n’y a pas de place pour toi.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Battre l’eau

France, 1907 : Travailler en vain, se donner une peine inutile comme Xerxès, roi des Perses, qui, au dire d’Hérode, fit frapper de verges la mer, pour la punir d’avoir détruit le pont de vaisseaux qu’il avait jeté sur le détroit séparant Sestos d’Abydos, ou l’Asie de l’Europe. « Le pont était formé de vaisseaux rattachés fortement par des cables fournis par les Égyptiens et les Phéniciens ; une tempête l’ayant détruit, le despote ordonna que l’on battit les eaux de l’Hellespont de 300 coups de fouet, qu’on jetât dans la mer une paire d’entraves, et qu’on la marquât d’un fer rouge. »

Belle minette

France, 1907 : Surnom donné aux petites dames.

Filles aimables, prêtresses de Vénus, vierges folles, horizontales de grande marque, apéritives et belles minettes, écoutez l’histoire suivante :
La doyenne des femmes galantes de Paris, celle qui s’était appelée Du Harlay, l’amie de la Guimard, la maîtresse de Barras, du beau Barras, vient de mourir à l’hôpital de Pontarlier.
Elle était née en 1780. Le vice et la misère en avaient fait un être repoussant.

(Gil Blas)

Beurre

d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.

Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.

(Chansons, Avignon, 1813)

Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

Rigaud, 1881 : Argent.

La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.

Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.

France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.

Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.

Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.

(Germinal)

Biche, cocotte, grue, horizontale, persilleuse, bergeronnette, Louis XV

La Rue, 1894 : Fille galante, maîtresse. Les prostituées de basse catégorie ont reçu beaucoup de noms : crevette, bourdon, passade, fesse, galupe, catau, catin, gerse, gaupe, ruttière, gouge, gouine, baleine, chausson, roubion, grognasse, gourgandine, truqueuse, asticot, morue, brancard, autel ou outil de besoin, dossiers, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, traînée, trouillarde, camelotte, volaille, carogne, blanchisseuse de tuyaux de pipes, pouffiasse, moellonneuse, pontonnière, pilasse, ponante, ponifle, pierreuse, vadrouille, chiasse, avale-tout, taupe, paillasse, cambrouse, wagon à bestiaux, voirie, rouchie, gadoue, etc.

Binette

Halbert, 1849 : Figure.

Delvau, 1866 : s. f. Figure humaine, — dans l’argot des faubouriens, qui me font bien l’effet d’avoir inventé ce mot, tout moderne, sans songer un seul instant au perruquier Binet et à ses perruques, comme voudrait le faire croire M. Francisque Michel, en s’appuyant de l’autorité d’Edouard Fournier, qui s’appuie lui-même de celle de Salgues. Pourquoi tant courir après des étymologies, quand on a la ressource de la génération spontanée ?

La Rue, 1894 : Figure laide ou ridicule.

France, 1907 : La figure.

Oh ! là ! là ! c’te gueule,
C’te binette !
Oh ! là ! là ! c’te gueule,
Que voilà !

dit le refrain d’entrée au célèbre cabaret d’Aristide Bruant.

Voici quelle serait, d’après le Journal des Coiffeurs, l’origine de ce mot : « Binette, le coiffeur du roi, ne cédant jamais une de ses belles perruques pour moins de trois mille livres tournois. Il est vrai que ce grand perruquier ne se contentait pas de mettre une simple petite bande d’implanté sur le milieu, et qu’il garnissait toute la partie frontale de fine toile de crin, chose qui donnait à ses devants de perruque in-folio une légèreté extraordinaire. Aussi, comme les élégants de l’époque aimaient à parler toilette, parlaient souvent de binette (leur perruque), surtout lorsqu’elles sortaient de chez le grand faiseur. « Vous avez là une bien jolie binette ! » disait-on lorsqu’on voulait complimenter quelqu’un sur la beauté de sa perruque.
Aujourd’hui, et sans savoir pourquoi, on dit souvent par moquerie : Oh ! la drôle de binette ! »
Nous devons toutefois, ajoute Lorédan Larchey qui donne cette citation, faire observer que les exemples justificatifs de cette étymologie manquent totalement. En attendant qu’on en trouve quelques-uns, nous verrions plus volontiers dans binette une abréviation de bobinette.

Bonneteau

Rigaud, 1881 : Toute espèce de jeux de cartes tenus dans les foires, où le public est naturellement dupe. L’antique jeu de bonneteau consiste à faire deviner une carte parmi trois que manie avec une maladresse affectée le bonneteur. On ne devine jamais, grâce à une substitution.

La Rue, 1894 : Jeu de cartes où le public est toujours dupe.

Virmaître, 1894 : Jeu des trois cartes. Ce jeu ou plutôt ce vol s’exécute à Auteuil, Saint-Ouen et dans les wagons de chemin de fer. M. Marcel Schwob, pour arriver à expliquer l’expression de bonneteur dit qu’il faut passer par des intermédiaires : bonnet. bonneteur, lingerie. Bonnet, dans les ateliers, signifie se réunir plusieurs pour former une coterie, résister au patron ou aux autres camarades. Les bonneteurs sont généralement trois pour opérer : le bonneleur qui tient le jeu, l’engayeur qui ponte pour allécher les naïfs, le nonneur qui est en gaffe pour avertir si la rousse dévale. Ce trio forme donc bien un bonnet, et bonneteur en dérive tout naturellement, et il n’est nullement question de lingerie. Bonnet et bonneteur sont deux expressions en circulation depuis plus de cinquante ans ; Vidocq en parle dans ses Voleurs (Argot du peuple).

France, 1907 : Sorte de jeu de cartes dont se servent certains filous pour attraper les naïfs. En voici une description minutieuse dans un arrêt du tribunal de Compiègne.

Le jeu des trois cartes, dit de bonneteau, qui consiste en un pari sur la place occupée par telle ou telle des cartes que le banquier a montrées à découvert et que les joueurs croient pouvoir suivre et désigner à coup sûr, constitue une escroquerie lorsque, par un tour de main pratiqué avec dextérité, le banquier est parvenu à substituer aux deux autres une carte de couleur différente sur laquelle il avait fixé l’attention des compères, et à déjouer ainsi l’attention de celui qui a parié avec lui.
En opérant ainsi, il modifie à sa volonté les conditions de l’aléa qui forme l’essence du jeu, et s’assure à l’avance un gain illicite.

Jouer sur une borne ou sur une petite tablette, le nom est bonneteau. En wagon, on appelle ce même jeu consolation, car c’est généralement en revenant des courses que les bonneteurs cherchent la victime parmi les perdants.

Bordel

d’Hautel, 1808 : Terme bas et de mépris dont on évite soigneusement l’emploi dans la bonne compagnie, et qui ne se dit au propre que d’un lieu de débauche et de prostitution ; et au figuré d’un tripot, d’une maison où tout est désordre et confusion.

Delvau, 1864 : Couvent de femmes qui ont fait vœu de lubricité. C’est le ganea (γάνος, joie) des Anciens, ordinairement situé loin de la ville, et la Borde (petite maison) des Modernes, située aussi dans la campagne, loin des regards indiscrets.

L’on envoie au conscience au bordel, et l’on tient sa contenance en règle.

(P. Charbon)

Misérable Philis, veux-tu vivre toujours
Un pied dans le bordel, l’autre dans la taverne ?

(Mathard)

Cependant vengeons-nous
Sur la grosse Cateau, qui tient bordel infâme.

(La Fontaine)

Delvau, 1866 : s. m. Prostibulum, — dans l’argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d’autres :

Miex ne voulaist estre mesel
Et ladres vivre en ung bordel
Que mort avoir ne le trespas.

dit l’auteur du roman de Flor et Blanchefleur.

Delvau, 1866 : s. m. Petit fagot de deux sous, — dans l’argot des charbonniers.

Rigaud, 1881 : Bruit, vacarme. — Faire un bordel d’enfer, faire beaucoup de bruit.

Rigaud, 1881 : Petit fagot de deux sous, — dans le jargon des charbonniers. — Petit paquet de linge sale, — dans le jargon des blanchisseuses. — Faire un bordel, laver un paquet de linge à soi appartenant.

Fustier, 1889 : Outils, instruments, objet quelconque.

France, 1907 : Débit de chair humaine.

On appelait autrefois borde une cabane, une maisonnette, et même une petite métairie, située à l’extrémité d’une ville. Le bordelier était l’hôte qui l’habitait. On en a fait depuis le mot bordel, parce que les lieux de prostitution étaient placés dans les faubourgs. Du saxon bord, maison.

(Glossaire de Rabelais)

Jeunes gens, défiez-vous des bordels, craignez la vérole et les sergots.

On m’a fait du bordel un bien sombre tableau… — Des Pontmartin !… laissez dire les imbéciles ; Tous les métiers sont bons en ces temps difficiles.

(Albert Glatigny)

Brûleur

d’Hautel, 1808 : Il est fait comme un brûleur de maison. Se dit d’un homme mal vêtu, déguenillé, ou dont l’habillement est dans un grand désordre.

France, 1907 : Joueur de grosses sommes on qui ponte a l’étourdie.

Cache-misère

Delvau, 1866 : s. m. Vêtement ample, boutonné jusqu’au menton et dissimulant tant bien que mal l’absence de la chemise. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Vêtement ample et surtout très long, qui a la prétention de couvrir la détresse des guenilles et l’absence de linge. Le mac-farlane, pour les hommes, le waterproof, pour les femmes, sont des cache-misère pair excellence. — Un bohème avait adopté pour cache-misère une vieille robe de chambre, dans laquelle il est mort sur un banc du Pont-Neuf.

France, 1907 : Vêtement boutonné jusqu’au menton et dont le pauvre diable relève le collet pour cacher son linge sale ou l’absence de linge.

Cadran solaire

Rigaud, 1881 : Derrière. — Endommager le cadran solaire, donner du pied dans le derrière.

Virmaître, 1894 : Le derrière. Allusion à sa forme ronde. Cette expression vient du Pont cassé, pièce représentée au théâtre Séraphin, au Palais-Royal. Nicolas, le comique de la troupe de marionnettes, répondait à l’officier, le jeune premier, qui lui demandait l’heure, en lui montrant son derrière. En même temps il lui chantait : Voilà le cadran solaire. Tire lire, lire… (Argot du peuple).

Calicot

Larchey, 1865 : Commis marchand. Mot à mot : vendeur de calicot.

Triple escadron ! le calicot s’insurrectionne.

(P. Borel, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Commis d’un magasin de nouveautés, — dans l’argot du peuple. Le mot date de la Restauration, de l’époque où les messieurs de l’aune et du rayon portaient des éperons partout, aux talons, au menton et dans les yeux, et où ils étaient si ridicules enfin avec leurs allures militaires, qu’on éprouva le besoin de les mettre au théâtre pour les corriger.

France, 1907 : Commis de nouveauté. Cette qualification fut donnée, vers 1816, aux commis marchands de Paris, qui se faisaient remarquer par leur tenue militaire et leurs prétentions. Il parait, en effet, qu’ils portaient des éperons, des bottes à l’écuyère et qu’ils se rendaient de cette façon si ridicules que, dans un vaudeville, Le Combat des montagnes, ils furent mis en scène sous un personnage grotesque, appelé Calicot. Les commis eux-mêmes ont adopté gaiment ce surnom.

Une troupe de calicots
Va pêcher sous le pont d’Asnière ;
Les femmes — robes printanières —
Se parent de coquelicots.
Avec des boîtes d’asticots
Qu’ils portent à leur boutonnières,
Une troupe de calicot
Va pêcher sous le pont d’Asnière.

Eux, poussent des coquericos —
Qu’elles imitent — garçonnières,
Et que répètent, moutonnières,
Des voix répondant en échos…
Une troupe de calicots
Va pêcher sous le pont d’Asnières.

(Jean Ajalbert)

Calot

Larchey, 1865 : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

Delvau, 1866 : s. m. Dé à coudre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi coquille de noix.

Delvau, 1866 : s. m. Grosse bille avec laquelle on cale en jouant, — dans l’argot des enfants.

Rigaud, 1881 : Dé à coudre, parce qu’il a la forme d’une calotte microscopique.

Rigaud, 1881 : Képi, — dans le jargon de Saint-Cyr.

Récompense honnête à qui rapportera le calot 3118.

(La Vie moderne, 30 août 1879)

Rigaud, 1881 : Vieillard, vieille femme ridicule, — dans l’ancien jargon des clercs de notaire.

Quant aux farces d’étude, c’est ordinairement sur de vieilles ganaches, sur ce que les clercs appellent des calots, qu’ils les exercent.

(Le Peintre des coulisses, 1822)

Dans le jargon moderne des commis de la nouveauté, un calot désigne un acheteur qui borne ses achats à un objet de peu d’importance, à une paire de gants à 29 sous par exemple.

Fustier, 1889 : Argot des commis de nouveautés : acheteur difficile, ennuyeux à servir.

Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.

(P. Giffard)

V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.

La Rue, 1894 : Dé à coudre. Coquille de noix. Œil saillant. Officier supérieur.

Virmaître, 1894 : Grosse bille avec laquelle les enfants jouent à la poucette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Synonyme de jeu de biribi.

France, 1907 : Dé à coudre, coquille de noix ; diminutif de calotte. Se dit aussi pour la calotte d’écurie que portent les militaires.

France, 1907 : Œil. Boiter des calots, loucher. Reluquer des calots, regarder.

France, 1907 : Sorte de jeu où le joueur est toujours volé. En voici l’explication par Hogier-Grison :

Le bonneteau n’est pas le seul jeu tenu par les croupiers de barrières. Ils en ont une série d’autres dont le fonctionnement ostensible est aussi simple et dont le truc caché est aussi dangereux.
Voici, par exemple, le calot, plus terrible encore que le bonneteau. Il se compose de trois quilles creuses, sous l’une desquelles le teneur place une petite boule appelée le mouton.
Il exige un personnel de quatre comtes ou compères, parmi lesquels un comte en blanc qui ne joue jamais, mais qui est chargé du rapport.
C’est un peu le jeu des gobelets et de la muscade ; le teneur s’installe ; il met le mouton sur une petite table, et le recouvre d’une quille :
— La boulette ! dit-il, elle passe, la boulette’… la boulette’… la boulette… Et, en même temps, il change les quilles de place, les faisant passer tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table de telle sorte que la boulette ne puisse sortir. Il s’arrête :
— Un louis à qui désigne la quille où se trouve la boulette ! crie-t-il.
Un des « comtes » montre un des calots :
— Elle est là, répond-il.
Le teneur soulève la quille, la boulette n’y est pas.
— Farceur, dit un autre « comte », la voici.
Et il soulève le calot sous lequel est le mouton.
— C’est bien simple, ajoute-t-il ; vous n’avez donc pas suivi le mouvement du joueur ? la boulette est toujours sous la même quille ; il y a qu’à ne pas perdre la quille de vue…
Bientôt le public s’en mêle ; le jeu change. Le teneur pose la boulette sur la table, la recouvre d’une quille, fait passer les deux autres, et tout en faisant ce double mouvement, il roule la boulette jusque dans ses doigts, où elle reste cachée, de façon qu’il n’y a plus de boulette du tout. Le pigeon peut ponter sur n’importe quelle quille, il a toujours perdu.

(Le Monde où l’on triche)

Canapé

Vidocq, 1837 : s. m. — On trouve dans le langage des voleurs, dix, vingt mots même, pour exprimer telle action répréhensible, ou tel vice honteux ; on n’en trouve pas un seul pour remplacer ceux de la langue usuelle, qui expriment des idées d’ordre ou de vertu ; aussi doit-on s’attendre à trouver, dans un livre destiné à faire connaître leurs mœurs et leur langage, des récits peu édifians. J’ai réfléchi long-temps avant de me déterminer à leur donner place dans cet ouvrage ; je craignais que quelques censeurs sévères ne m’accusassent d’avoir outragé la pudeur, mais après j’ai pensé que le vice n’était dangereux que lorsqu’on le peignait revêtu d’un élégant habit, mais que, nu, sa laideur devait faire reculer les moins délicats ; voilà pourquoi cet article et quelques autres semblables se trouveront sous les yeux du lecteur ; voilà pourquoi je n’ai pas employé des périphrases pour exprimer ma pensée ; voilà pourquoi le mot propre est toujours celui qui se trouve sous ma plume. Je laisse au lecteur le soin de m’apprendre si la méthode que j’ai adoptée est la meilleure.
Le Canapé est le rendez-vous ordinaire des pédérastes ; les Tantes (voir ce mot), s’y réunissent pour procurer à ces libertins blasés, qui appartiennent presque tous aux classes éminentes de la société, les objets qu’ils convoitent ; les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot, sont des Canapés très-dangereux. On conçoit, jusques à un certain point, que la surveillance de la police ne s’exerce sur ces lieux que d’une manière imparfaite ; mais ce que l’on ne comprend pas, c’est que l’existence de certaines maisons, entièrement dévolues aux descendans des Gomorrhéens, soient tolérées ; parmi ces maisons, je dois signaler celle que tient le nommé, ou plutôt (pour conserver à cet être amphibie la qualification qu’il ou elle se donne), la nommée Cottin, rue de Grenelle Saint-Honoré, no 3 ; la police a déjà plusieurs fois fait fermer cette maison, réceptacle immonde de tout ce que Paris renferme de fangeux, et toujours elle a été rouverte ; pourquoi ? je m’adresse cette interrogation, sans pouvoir y trouver une réponse convenable ; est-ce parce que quelquefois on a pu y saisir quelques individus brouillés avec la justice ; je ne puis croire que ce soit cette considération qui ait arrêté l’autorité, on sait maintenant apprécier l’utilité de ces établissemens où les gens vicieux se rassemblent pour corrompre les honnêtes gens qu’un hasard malheureux y amène.

Larchey, 1865 : Lieu public fréquenté par les pédérastes (Vidocq). — Ironique, car les parapets des quais et les bancs de certains boulevards sont de tristes canapés.

Delvau, 1866 : s. m. Lieu où Bathylle aurait reçu Anacréon, — dans l’argot des voleurs, qui ont toutes les corruptions.

Rigaud, 1881 : Lieu de promenade ordinaire, sorte de petite Bourse des émigrés de Gomorrhe et des Éphestions de trottoir. — Sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, les quais, depuis le Louvre jusqu’au Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, le boulevard entre les rues Neuve-du-Luxembourg et Duphot étaient, d’après Vidocq, des canapés très dangereux. Aujourd’hui le passage Jouffroy et les Champs-Élysées sont devenus les lieux de prédilection de ces misérables dévoyés.

La Rue, 1894 : Lieu où se réunissent les individus de mœurs innommables.

Virmaître, 1894 : Femme copieusement douée du côté des fesses. Le mot est en usage chez les pédérastes qui ne recherchent pas cet avantage du côté féminin (Argot des voleurs).

France, 1907 : Femme copieusement douée du côté des fesses.

Carcan

Larchey, 1865 : Cheval étriqué, femme maigre et revêche.

C’est pas un de ces carcans à crinoline.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. m. Vieux cheval bon pour l’équarrisseur. Argot des maquignons.

Rigaud, 1881 : Cheval, — dans le jargon des soldats de cavalerie, qui se vengent par cette épithète des soins assidus qu’il leur faut donner à la plus noble conquête que l’homme ait faite. — Mauvais cheval, — dans le jargon du peuple. — Femme maigre. C’est un vieux carcan.

France, 1907 : Vieux ou mauvais cheval. Carcan à crinoline se disait, du temps de cette mode ridicule, des rouleuses de trottoirs. Carcan à strapontin, vieille fille publique.

Carcan à strapontin

Virmaître, 1894 : Vieille fille publique. De carcan : vieux cheval (Argot des filles).

Casquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Donner aveuglément dans tous les pièges.

Halbert, 1849 : Croire un mensonge.

Delvau, 1864 : Donner de l’argent à use femme galante quand on est miche, à un maquereau quand on est femme galante. Casquer, c’est tendre son casque ; tendre son casque, c’est tendre la main : la fille d’amour tend la main, et l’homme qui bande y met le salaire exigé pour avoir le droit d’y mettre sa queue.

En ai-je t’y reçu de l’argent des menesses !… Oui, elles ont casqué, et dru !…

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Donner dans un piège. — Mot à mot : tomber tête baissée dans un casque, c’est à dire dans une enveloppe assez épaisse pour ne rien apercevoir. — De là aussi casquer dans le sens de : donner de l’argent sans voir qu’il est escroqué. V. Cavé.

Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot des filles et des voleurs, qui, comme Bélisaire, vous tendent leur casque, avec prière — armée — de déposer votre offrande dedans.
Signifie aussi : donner aveuglément dans un piège, — de l’italien cascare, tomber, dit M. Francisque Michel.
Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la seconde que de la première, — celle qui est contenue dans cette phrase fréquemment employée par le peuple : J’ai casqué pour le roublard (je l’ai pris pour un malin).

Rigaud, 1881 : Donner de l’argent de mauvaise grâce. — Allusion au casque de Bélisaire dans lequel les âmes sensibles de l’époque déposaient leurs aumônes. — Celui à qui l’on tire une carotte « casque ».

C’est pas tout ça ! Casques-tu, oui ou non ?

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Boutmy, 1883 : v. intr. Payer plus souvent qu’à son tour : faire casquer un plâtre. Par extension, taquiner.

Merlin, 1888 : Abouler, payer pour les autres.

La Rue, 1894 : Payer. Donner dans un piège. Ne pas casquer, refuser.

Virmaître, 1894 : Payer (Argot des filles). V. Billancher.

Rossignol, 1901 : Payer, croire.

C’est une banne pâte, nous allons le faire casquer d’une tournée. — Il casque ; il croit ce que je lui ai dit.

Hayard, 1907 : Payer.

France, 1907 : Payer ; argot populaire.

Un député, occupant, par suite de circonstances spéciales, une très haute position et disposant, de par sa parenté, d’influences considérables, aurait dit ou fait dire à un aspirant au ruban rouge :
— Si vous voulez la décoration, intéressez-vous dans mes affaires pour une somme de…
L’homme aurait casqué, et… aurait été décoré.

(Le Mot d’Ordre)

— Les femmes, vous le savez, je les estime à leur juste valeur et faut vraiment être un vrai pante pour casquer avec elles… Vous savez aussi si je les aime, les pantes… Pourtant il y a des cas où un homme d’honneur est obligé de faire comme eux…

(Oscar Méténier)

Tranquilles, jouissons,
Mangeons, buvons, pissons,
Vivons sans masque,
Jusqu’à satiété,
Car qui, qui Casque ?
C’est la société !

(Jules Jouy)

Mort aux vaches ! Mort aux fripons !
Ceux qui chassent la bête humaine,
Faut-il donc que l’on se démène
Pour aller coucher sous les ponts !
L’œil au guet et l’oreille ouverte,
On se fout un peu des roussins,
On peut se faire des coussins
Avec des paquets d’herbe verte.
On dort mieux sous le bleu du ciel
Quand les megs ont l’âme romaine :
Pas casquer c’est l’essentiel,
La rue apparait large ouverte,
On rigole loin des roussins
Et les mômes ont des coussins
Pour leur tête sur l’herbe verte.

(Edmond Bourgeois)

anon., 1907 : Payer.

Casquette à pont, ou à trois ponts

France, 1907 : Souteneur de barrière, à cause de la haute casquette de soie noire dont se coiffaient ces messieurs et que beaucoup portent encore.

Change

Rigaud, 1881 : Trousseau fourni par les maîtresses de maison de tolérance à leurs pensionnaires, — dans le jargon des filles. Rendre son change, laisser ses nippes quand on passe d’une maison dans une autre.

France, 1907 : Substitution d’un jeu de caries prépare à celui qui est sur la table.

Méfiez-vous d’un banquier qui, après avoir pris une poignée de cartes pour servir les tableaux, se démène, fouille dans ses poches, prend son porte-billets, son mouchoir, son étui à cigares, assujettit sa chaise, se penche vers ses voisins, parle au croupier en se penchant sur la table, fait une réclamation bruyante, se querelle avec un ponte, froisse les cartes, se plaignant de leur mauvaise qualité, demande du feu en se tournant un peu de côté, etc., etc. Tout ce manège est pour dérouter l’attention et opérer le change de la poignée de cartes qu’il tient dans la main, afin de les remplacer par d’autres cartes qu’il a sur lui et qui sont « séquencées. »

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

France, 1907 : Vêtement de ville que les maîtresses de lupanar prêtent à une fille qui passe d’une maison dans une autre.

La plupart entrent au bordel ne possédant ni bas, ni souliers, ni chemises. Lorsque c’est à la prison où à l’hôpital qu’elles ont été recrutées, la dame de maison qui les a retenues est obligée de leur envoyer de quoi se couvrir ; et quand elles passent d’un lupanar à un autre, elles ne peuvent le faire qu’avec les vêtements appartenant à la maîtresse qu’elles quittent. Les filles ont une expression pour désigner ce trousseau lorsqu’elles le renvoient à sa propriétaire ; elles disent alors « quelles rendent leur change. »

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Charon

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur.

Larchey, 1865 : Voleur (Vidocq). — Diminutif de Charrieur. V. ce mot.

Dessus le pont au Change, certain agent de change se criblait au charon.

(Vidocq)

Charon, charron

France, 1907 : Voleur.

Dessus le pont au Change,
Certain agent de change
Se criblait : Au charon !

(Mémoires de Vidocq)

Chasse-marée

Merlin, 1888 : Chasseurs d’Afrique. — Est-ce par allusion à la vitesse de leur course, comparée à celle des navires du même nom ?

France, 1907 : Chasseur d’Afrique. On surnomme ainsi les cavaliers de ce corps d’élite, célèbre dans les guerres d’Algérie : on dit, en effet : aller d’un train de chasse-marée, pour aller fort vite. Les chasse-marée sont de petits navires pontés à deux mâts employés au cabotage et d’une forme très avantageuse pour filer sous le vent.

Chevalier du lansquenet

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui fait volontiers le pont, à n’importe quel jeu de cartes, — dans l’argot des bourgeois, qui ne sont pas fâchés de mettre au rancart certaines autres expressions sœurs aînées de celle-ci, comme Chevalier d’industrie, etc.

France, 1907 : Tricheur au jeu.

Chouriner

Bras-de-Fer, 1829 : Frapper à coup de couteau.

M.D., 1844 : Donner des coups de couteau.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des ouvriers qui ont lu les Mystères de Paris d’Eugène Sue, et qui, à cause de cela, n’ont que de fort incomplètes et de fort inexactes notions de l’argot des voleurs. V. Suriner.

Rigaud, 1881 : Frapper à coups de couteau.

La Rue, 1894 : Tuer à coups de couteau ou chourin.

France, 1907 : Donner des coups de couteau. Ce mot a été mis à la mode par Eugène Sue. L’Auvergnat prononce, à l’instar des gens de son pays, l’s comme le ch et appelle un surin, chourin, d’où suriner, chouriner.

Un amant qui supprime sa maîtresse est, peu ou prou, toujours condamné… les mauvaises mœurs étant désavouables. Un mari qui chourine sa femme est, le plus souvent, acquitté… Il faut lui tenir compte des circonstances régulières dans lesquelles le meurtre s’est accompli.

(Séverine)

Nous ne sommes pas du nombre de ceux qui haïssent, en plein jour, l’uniforme du gardien de la paix et qui l’adorent, à trois heures du matin, dans une rue mal fréquentée. À toute heure, il nous inspire une profonde sympathie ; nous nous souvenons que, grâce à lui, nous pouvons rentrer à notre demeure, à l’heure de nuit qui nous convient, sans trop risquer d’être chouriné.

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

Pour les amateurs de spectacles,
Pour les largu’s qu’aim’ les émotions,
C’est la modern’ cour des miracles :
On n’y pay’ pas d’contributions !
C’est pas là qu’la vertu domine,
Quant aux grands airs, y n’en faut plus ;
Bref, c’est l’vrai pont où l’on chourine,
Bourgeois d’provinc’, passez pas d’ssus !!!

(Aristide Bruant)

Cintième

Fustier, 1889 : Casquette à ponts. (Richepin)

France, 1907 : Haute casquette que portent généralement les souteneurs.

Cocodette

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse, — la femelle du cocodès, — comme la chatte est la femelle de la souris.

France, 1907 : Créature ridicule, bonne à rien qu’à s’attifer.

La cocodette est un type féminin du second Empire, comme la merveilleuse le fut du Directoire, et la lionne, de la monarchie de Juillet. Semblable à la courtisane par son faste et ses allures, elle en diffère par la régularité de sa position sociale. Son existence est une pose incessante.

(Lorédan Larchey)

Le vingt pour cent de la galette
Aboul’-le à la cocodette.

(Hogier-Grison)

En une même génération spontanée, naquirent la cocotte et la cocodette ; celle-là, hétaïre vénale, qui remplissait Paris et autres villes de joie du fracas de ses excentricités et de ses costumes aveuglants de mauvais goût ; celle-ci, au contraire, mondaine blasée, lassée, curieuse de surmenage et de bruit, qui, affectant les allures des Phrynés modernes, s’empressait d’arborer le chignon désordonné, la chevelure artificielle, carotte on queue de vache, le fard, le clinquant des parures, le jargon et l’allure canaille des Cythères parisiennes. Entre la fille de marbre, la biche en renom et la cocodette, la différence était mince : l’une luttant pour la vie, l’autre ne combattait que contre l’ennui et le vide d’une existence morne, déséquilibrée et sans autre but plus nettement défini que le plaisir.
Cocottes et cocodettes inauguraient un règne d’inélégance, de camelote, d’abâtardissement moral, et de mauvais ton.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Coësré

Vidocq, 1837 : s.m. — À chaque pas que l’on faisait dans l’ancien Paris, on rencontrait des ruelles sales et obscures qui servaient de retraite à tout ce que la capitale renfermait de vagabonds, gens sans aveu, mendians et voleurs. Les habitans nommaient ces réduits Cours des Miracles, parce que ceux des mendians qui en sortaient le matin pâles et estropiés, pour aller par la ville solliciter la charité des bonnes âmes, se trouvaient frais et dispos lorsque le soir ils y rentraient.
Le premier de ces asiles, ou Cours des Miracles, qui soit cité par les auteurs qui ont écrit l’histoire et la monographie de la capitale, est la rue du Sablon, dont aujourd’hui il ne reste plus rien ; cette rue, qui était située près l’Hôtel-Dieu, fut fermée en 1511 à la requête des administrateurs de l’hôpital, « pour qu’elle ne servit plus de retraite aux vagabonds et voleurs qui y menaient une vie honteuse et dissolue. »
Cette rue, dès l’an 1227, servait de retraite à ces sortes de gens. Étienne, doyen de Notre-Dame, et le chapitre de Paris, ne voulurent consentir à l’agrandissement de l’hôpital, qu’à la condition expresse qu’il ne serait point fait de porte à la rue du Sablon, du côté du Petit Pont : « De peur que les voleurs qui s’y réfugiaient ne se sauvassent, par cette rue, chargés de leur butin, et que la maison de Dieu ne servit d’asile à leurs vols et à leurs crimes. »
La rue de la Grande Truanderie, fut, après celle du Sablon, la plus ancienne Cour des Miracles ; son nom lui vient des gueux et fripons, qu’à cette époque on nommait truands, qui l’ont habitée primitivement ; la troisième fut établie, vers l’année 1350, dans la rue des Francs-Bourgeois, au Marais. Ce n’est que lorsque la population des gueux eut pris un certain accroissement, qu’ils se répandirent dans les cours : du roi François, près la rue du Ponceau ; Sainte-Catherine, rue de la Mortellerie ; Brisset, Gentien, Saint-Guillaume, puis enfin, Cour des Miracles. Sauval rapporte que de son temps, les rues Montmartre, de la Jussienne, et circonvoisines, étaient encore habitées par des individus mal famés et de mauvaises mœurs. « La Cour des Miracles, dit-il ailleurs, était encore habitée par plus de cinq cents misérables familles ; on voulut, ajoute-t-il, détruire ce cloaque, mais les maçons qui commençaient leurs travaux furent battus et chassés par les gueux, et l’on ne put rien y faire. »
On est étonné, sans doute, de voir dans une ville comme Paris, une aussi formidable assemblée de fripons, cependant rien n’est plus concevable. La police, à cette époque, n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, et s’il faut croire ce que rapporte Louis Vervin, avocat à Paris, dans son ouvrage publié en 1622, intitulé : l’Enfer des Chicaneurs, elle se faisait d’une singulière manière : « Les sergens, dit-il, courent partout pour trouver des coupables, mais s’ils prennent des voleurs, ils les relâchent aussitôt que ceux-ci leur donnent de l’argent. » Ce n’était pas seulement l’incurie de l’administration qui avait donné naissance à la formidable corporation dont le grand Coësré était le chef, le mal avait pris naissance dans l’organisation même de l’État, et dans les événemens du temps. Jusqu’au règne de Louis XI, il n’y eut pas en France d’armée nationale ; le roi avait les archers de sa garde et ses gentilshommes : c’était là tout ; seulement, lorsque la guerre était déclarée, les vassaux de la couronne conduisaient leur contingent au secours du roi, et la campagne terminée, chacun s’en retournait dans ses foyers ; mais les serfs, ou gens de mainmorte, qui avaient acquis dans les camps une certaine expérience, ne se souciaient pas toujours de retourner sur les terres de leurs seigneurs, où ils étaient taillables et corvéables ; ils se débandaient, abandonnaient la bannière, et ceux qui n’allaient pas se joindre aux compagnies franches, qui, à tout prendre, n’étaient en temps de paix que des compagnies de brigands organisés, venaient chercher un asile dans les grandes villes, et principalement dans Paris, où ils se réunissaient aux bohémiens qui y étaient venus en 1427, aux mauvais sujets des universités, aux vagabonds, aux filous, qu’ils ne tardaient pas à imiter. La corporation, par la suite, devint si formidable, qu’elle eut pendant un laps de temps assez long, ses franchises et ses privilèges ; on pouvait bien, lorsqu’on l’avait attrapé, pendre un truand ou un mauvais garçon, mais un archer du guet, à pied ou à cheval, ne se serait pas avisé d’aller le chercher dans une Cour des Miracles, ces lieux étaient des asiles interdits aux profanes, et dont les habitans avaient une organisation pour ainsi dire sanctionnée par la police du temps. Le roi des Argotiers ou de l’Argot, le chef suprême des Courtauds de boutanche, Malingreux, Capons, Narquois, etc., avait une part d’autorité pour le moins aussi belle que celle du prévôt de Paris, part d’autorité que ce dernier avait été, pour ainsi dire, obligé de céder à la force.

Colin-tampon (s’en moquer comme de)

France, 1907 : N’avoir pas le moindre souci d’une personne ou d’une chose.
Colin-tampon était le sobriquet donné aux élèves tambours des régiments suisses au service de la, France, et pour lesquels les soldats des autres régiments professaient un grand mépris.
Dans les Courriers de la Fronde en vers burlesques, on lit :

Les gardes qu’on avait postées
Sur le Pont-Neuf sont tapotées ;
Et dessus tous les autres ponts
On frotte les colins-tampons.

On dit aussi : s’en moquer comme de l’an quarante, sous-entendu : de la République, expression employée par les royalistes pour signifier que l’on ne verrait jamais l’an quarante de la République.
Claude Le Petit, dans Paris ridicule, appelle Colin-Tampon le Luxembourg.

Donnons des éloges idoines
Au noble Palais d’Orléans,
Colin-Tampon, Dieu soit céans,
Et le diable chez tous les moines !
Quand j’admire solidement
Cet admirable bâtiment
Qui semble au Louvre faire niche,
Je dis : Est-il possible enfin
Que celle qui l’a fait si riche
Soit morte, à Cologne, de faim ?

Allusion à Marie de Médicis, qu’une tradition erronée fait mourir dans la misère à Cologne.

Confesser

d’Hautel, 1808 : Péché confessé est à moitié pardonné. Pour dire qu’il y a toujours un grand avantage à avouer franchement une faute que l’on a commise.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Ci gist le cordelier Midieux,
Dont nos dames fondent en larmes,
Parce qu’il les confessait mieux
Qu’augustins, jacobins et carmes.

(Cl. Marot)

On vient pour voir le père Urbain.
Il confesse encor sa dévote.

(Épigrammes)

La Rue, 1894 : Dépouiller, voler l’argent et les habits.

France, 1907 : Dépouiller. Confesser le ponte, lui voler son argent et ses vêtements.

France, 1907 : Faire l’acte vénérien. Jeu de mot.

Corps

d’Hautel, 1808 : Il se fait du corps. Se dit d’un homme qui a grand soin de sa personne ; qui boit de bon vin et prend des alimens succulens.
C’est un drôle de corps. Pour c’est un plaisant original.
Il fait tout ce qu’il veut de son corps. Se dit d’un hypocrite, d’un homme qui joue tous les rôles, qui sait prendre tous les tons.
Se jeter à corps perdu dans une affaire. Pour dire avec chaleur, avec toute l’ardeur possible.
À son corps défendant. Pour, malgré soi, avec contrainte.
Faire un corps neuf. Se purger, se médicamenter, se nettoyer.
On dit d’une personne froide et indifférente qui ne montre ni esprit ni sentiment : C’est un corps sans ame.
Avoir le diable au corps.
Être extrême dans ses mouvemens et dans sa conduite ; se porter à des folies, à des extravagances.
Répondre corps pour corps. Se porter pour caution, s’engager pour un autre.
On l’a enlevé comme un corps saint. Se dit d’une personne qu’on a enlevée avec violence, pour la mettre en prison.
On disoit originairement, cahors saint, parce qu’on avoit fait enlever dans une nuit les usuriers dont la plupart étoient venus de Cahors à Paris, sous le pontificat de Jean XXII. ACAD.
Se tuer le corps et l’ame. Travailler péniblement ; se donner beaucoup de mal pour un petit salaire.
Il n’est pas traître.à son corps. Se dit d’un homme recherché et sensuel, qui ne se refuse rien.
Il faut voir ce que cet homme a dans le corps. C’est-à-dire, pénétrer ses desseins ; voir ce dont il est capable.

Coupe

Halbert, 1849 : Dans la misère.

Delvau, 1866 : s. f. Misère, — dans l’argot des voleurs, qui y tombent souvent par leur faute (culpa).

Rigaud, 1881 : Action d’allonger les bras en nageant, de couper l’eau.

Voyons, de la grâce, Balochet, du moelleux dans la coupe, songe que du haut de ce pont quarante Parisiens nous contemplent.

(Daumier)

La Rue, 1894 : Misère. Coupé, sans argent.

France, 1907 : Misère. Le mot vient évidemment du latin culpa, faute, culpabilité ; être miséreux, c’est être coupable aux yeux des bourgeois.

Couper dans l’pont

Rossignol, 1901 : Croire un mensonge c’est couper dans l’pont.

Couper dans le ceinturon

Fustier, 1889 : Même signification que Couper dans le pont. (V. Delvau.)

Une vieille ambitieuse qui est simple marchande des quatre saisons, et que j’ai coupé dans son ceinturon.

(Gazette des Tribunaux, 1881)

Couper dans le ceinturon, dans la pommade, dans le pont

France, 1907 : Se laisser duper, croire aux mensonges, tomber dans le panneau. Allusion à la courbe que les grecs impriment à une carte ou à un paquet de cartes, de façon à obliger le partenaire à couper, sans qu’il en ait conscience, dans la portion du jeu préparé par le filou.

Ah ! ces braves militaires… À l’occasion, ils emportent le pont d’Arcole, de Rivoli ou de Palikao ; mais, pour les autres ponts, ils se contentent d’ordinaire de couper dedans…

(Gil Blas)

Ravachol reçut la visite de l’abbé Claret… qui lui apporta l’éncyclique de Léon XIII et essaya de lui représenter le pape comme le premier des anarchistes. Défiant par nature, Ravachol flaira une manifestation de calotin.
À un des gendarmes qui le conduisaient chaque jour au préau et le gardaient étroitement pendant sa promenade, il a dit :
— Ce ratichon-là est un bon type… seulement quand je serai raccourci, il ira crier partout que j’avais coupé dans sa pommade.
Aussi demanda-t-il à l’abbé de ne point l’assister le matin de l’exécution.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Et pour les goss’, ah ! que salade !
C’qu’on s’gondol’ ! I’ sont étouffants !
Si nous coupions dans leur pommade,
Faudrait aimer tous les enfants.

(Paul Paillette)

Couper dans le pont

Delvau, 1866 : v. n. Donner dans le panneau, croire à ce qu’on vous raconte, — par allusion au pont que font les Grecs en pliant les cartes à un endroit déterminé, de façon à guider la main du pigeon dans la portion du jeu où elle doit couper sans le vouloir.

Rigaud, 1881 : Tomber dans un piège.

En terme de grec, le pont c’est le bombage de la partie supérieure du jeu destiné à amener l’adversaire à couper les cartes de façon à aider le tricheur. Mais personne ne coupe plus dans le pont.

(A. de Caston)

Couper, couper dans le pont

Larchey, 1865 : Donner dans le panneau.

Laisse-la couper dans le pont.

(Balzac)

Ah ! ! dit Marlot en faisant sauter l’or dans sa main, elle a donc coupé dans le mariage ?

(Champfleury)

Vient du terme : faire le pont : plier légèrement les cartes a un endroit déterminé, de façon à guider la main de l’adversaire dans la portion du jeu où elle doit couper innocemment, secondant ainsi les vues de l’aventurier. L’expression est pittoresque.

(Mornand)

Coups de manche

Halbert, 1849 : Mendiant qui porte des réclames.

Delvau, 1866 : s. m. Mendiant qui va à domicile porter des lettres-circulaires dans lesquelles il se dépeint comme zouave pontifical, ancien exilé, artiste sans commandes, homme de lettres sans éditeurs, — selon le quartier et la victime choisis.

Culotte

d’Hautel, 1808 : La culotte de peau. Nom burlesque que l’on donne vulgairement à la musette.

Larchey, 1865 : « Plus d’une fois, il est arrivé qu’un étudiant poursuivi par le guignon s’est vu mettre sur son compte toutes les demi-tasses consommées dans le courant de la soirée par tous les habitués du café. Total : cinquante ou soixante francs. Cela s’appelle empoigner une culotte. »

(Louis Huart)

Larchey, 1865 : Partie de dominos qui procure au gagnant un grand nombre de points. Les joueurs, n’ayant plus de quoi poser, sont obligés d’abattre leurs dominos. Celui qui conserve les moins élevés, bénéficie des points de son adversaire, il fait une culotte.

Le joueur de dominos préfère le double-six culotte avec six blancs dans son jeu.

(Luchet)

Delvau, 1866 : s. f. Nombre considérable de points, au jeu de dominos, — dans l’argot des bourgeois. Attraper une culotte. Se trouver à la fin d’une partie, à la tête d’un grand nombre de dominos qu’on n’a pu placer.

Rigaud, 1881 : Perte sérieuse à la Bourse, au jeu.

Levardet raillait sans pitié ces triples niais de pontes qui venaient de se flanquer une si jolie culotte.

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Se flanquer une culotte à pont, perdre beaucoup d’argent. Allusion à l’ancienne culotte de nos pères qui montait très haut. Attraper, se flanquer une culotte, veut dire encore se griser à fond. Mot à mot : se culotter de vin.

La Rue, 1894 : Grosse perte au jeu. Jouer la culotte aux dominos, fermer le jeu dans l’espoir de compter beaucoup de points.

Hayard, 1907 : Perte d’argent au jeu ; (avoir une) être ivre.

Cuver sa pistache

France, 1907 : Dormir à la suite d’excès de boissons. On dit aussi : cuver sa cuite.

Avec étonnement, le comte vit, rangées le long de la muraille et s’appuyant à une barre de fer, comme à un parapet, cinq ou six vieilles femmes, aux traits hideux, affublées de haillons, qui se tenaient là, immobiles, dans une attitude de béguines en prières.
C’étaient les ivrognesses habituées qui obtenaient la permission de faire un somme dans le cabaret, pour cuver leur pistache avant de s’en aller rôder sous les ponts, ou dormir dans les galetas.

(E. Lepelletier)

David

Fustier, 1889 : Casquette de soie. Du nom du bon faiseur.

Parlant argot, portant les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement posé sur le front…

(Humbert, Mon bagne)

France, 1907 : Casquette de soie qu’affectionnent les souteneurs, vulgairement appelée casquette à trois ponts. David est, paraît-il, l’industriel qui, le premier, lança cette coiffure.

… Les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement posé sur le front…

(Humbert, Mon bagne)

Décavé

Larchey, 1865 : Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette.

À Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante.

(Villemot)

Delvau, 1866 : s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes, — dans l’argot de Breda-Street.

Rigaud, 1881 : Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.

La Rue, 1894 : Ruiné.

France, 1907 : Joueur ruiné. Mot à mot : qui ne peut plus caver, c’est-à-dire ponter à la roulette.

Oh ! soyez assuré que son exemple n’empêchera pas demain une autre fille de marchand de lavements ou de débitant de limonades purgatives d’épouser le premier inutile rencontré, décavé, vanné, vidé, éteint, mais apportant à sa femme le droit de mettre sur ses cartes de visite une couronne plus ou moins entortillée.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Corrects et mis à peindre, en costume gris fers,
Tubés, rasés de près et la peau satinée,
Deux par deux, stick en main, toute la matinée,
On les voit faire au Bois les cent pas du « masher »,
L’un doit à son coiffeur sa moustache d’or clair,
L’autre à son corsetier sa taille bondinée,
Le troisième à Guerlain sa peau veloutinée,
Et chacun au mépris l’objet dont il est fier.
Vieux beaux, pourvus trop tard de conseils de famille,
Prétentieux chercheurs de mariages rêvés,
De la Concorde au Bois, ce sont les décavés.

(Jean Lorrain)

— Tiens ! le petit vicomte ! quelle tête il fait ! Encore décavé, sans doute !

(Adolphe Belot)

Demoiselle du Pont-Neuf

Delvau, 1864 : Fille ou femme sur le ventre de qui tout le monde passe, a passé, ou passera.

Delvau, 1866 : s. f. Femme banale dans le cœur de laquelle tout le Paris galant a le droit de circuler.

France, 1907 : Prostituée. Le Pont-Neuf était autrefois ce que devint plus tard le Palais-Royal, et ce que sont les boulevards aujourd’hui. On dit aussi : demoiselle du bitume.

Dépasser ou ne pas dépasser la rampe

France, 1907 : Garder une juste mesure ; ne pas trop accentuer une bouffonnerie ; avoir du tact en scène.

« Dépasser ou ne pas dépasser la rampe », tout est là pour l’acteur. La science n’a rien à voir dans cet effet spontané et, pour ainsi dire, inconscient de la vis comica. La Comédie-Française, entre autres qui possède tant d’excellents professeurs, compte peu de comédiens qui « dépassent la rampe ». Ce sont des fonctionnaires du Rire national, des chefs de bureau préposés à la gaieté publique qui époussettent d’une main morose les bustes des grands patrons et s’esclaffent dans une majestueuse nécropole.

(François Chevassu)

Desfoux

Rigaud, 1881 : Enorme casquette de soie, bouffante, casquette à triple étage, casquette à trois ponts, particulière aux Desgrieux de barrière. Vient du nom du fournisseur. On dit une desfoux, comme dans un autre monde, un gibus. Je viens de me fendre d’une desfoux un peu chouette, cinq balles !

France, 1907 : Casquette de soie, particulière aux souteneurs, appelée généralement casquette à trois ponts. On les appelait primitivement Desfoux, du nom d’un chapelier voisin du Pont-Neuf qui en faisait un grand débit.

Donner de l’air (se)

Bras-de-Fer, 1829 : Se sauver.

Delvau, 1866 : v. réfl. S’en aller de quelque part, non parce qu’on y étouffe, mais parce qu’on s’y ennuie, ou parce qu’il est l’heure de se retirer.

La Rue, 1894 : Partir, s’enfuir. Donner un pont à faucher, tendre un piège. Donner un redoublement de fièvre, charger un accusé d’un nouveau méfait.

France, 1907 : S’enfuir.

Elle partit à pied pour Périgueux, à 120 kilomètres de Bordeaux, sans argent et sans s’inquiéter de ses effets. Il était sept heures du soir, elle arriva à minuit à Libourne et se présenta à la gare de chemin de fer. Un employé lui fournit un lit. Le lendemain, elle mit son châle « en plan » pour cinq francs. Elle partit de Libourne dans la soirée avec un commis-voyageur. Le cinquième jour, elle était de retour crottée, harassée, affamée, et se faisait enrôler dans une autre maison. Elle s’était donné de l’air.

(Dr Jeannel, La Prostitution au XXe siècle)

Donner un pont

France, 1907 : Tendre un piège. Donner un pont à faucher, se moquer de quelqu’un.

Donner un pont à faucher

Halbert, 1849 : Tendre un piège.

Delvau, 1866 : v. a. Tendre un piège, — dans l’argot des voleurs.

Douce

d’Hautel, 1808 : Aller à la douce, comme les marchands de cerises. Faire tout doucement ses petites affaires, par allusion avec les marchands de cerises qui vont très-lentement dans les rues, en criant leur marchandise.

Vidocq, 1837 : s. f. — Soierie.

Larchey, 1865 : Soie (Vidocq). — Elle est douce au toucher.

Delvau, 1866 : s. f. Étoffe de soie ou de satin, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Fièvre, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Soie, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Soie. Fièvre.

France, 1907 : Étoffe soyeuse.

France, 1907 : Fièvre.

France, 1907 : Masturbation. Se donner ou se faire donner une douce.

L’habitude du vieux paillard était d’aller chaque semaine, à la nuit, vers les terrains vagues qui avoisinent le pont de Grenelle, et de s’y faire donner une douce par quelques gosselines dressées à ce métier lucratif.

(Les Propos du Commandeur)

Eau (battre l’)

France, 1907 : Travailler inutilement, se démener pour un résultat nul. Allusion à la prétendue histoire de Xerxès, roi de Perse, qui fit fouetter la mer avec des chaînes pour la punir d’avoir renversé de ses vagues un pont de bateaux destiné à franchir l’Hellespont.

Éclairage

Rigaud, 1881 : L’argent qu’on étale sur le tapis pour alimenter une partie s’appelle l’éclairage. — Les joueurs appellent éclairage au gaz l’apparition devant un joueur d’une très forte somme d’argent. Donnez-vous le coup ? Oui, mais où est l’éclairage.

France, 1907 : Argent que les joueurs sortent de leurs poches pour ponter.

Éléments

Rigaud, 1881 : Cartes préparées en vue d’une passe ; mot à mot : éléments de gain, — dans l’argot des grecs. Dans le monde des joueurs le mot : « éléments » désigne des ponteurs capables d’alimenter une partie. Faisons-nous un petit bac ? — Il n’y a pas d’éléments.

France, 1907 : Argent ; argot des grecs.

Émécheur de parties

Fustier, 1889 : Certains fondateurs de cercles ou maisons de jeux réunissent un capital qui leur sert à spéculer sur les petits pontes qu’ils gagnent presque toujours. En argot des joueurs, on nomme ceux qui se livrent à des opérations de ce genre des voraces ou des émécheurs de parties.

France, 1907 : Grec qui fonde un cercle pour spéculer sur les petits joueurs. On dit aussi dans le même sens : vorace.

Enfer

d’Hautel, 1808 : Jouer un jeu d’enfer. Jouer avec ardeur et gros jeu.
C’est un enfer. Se dit d’un lieu où l’on est extrêmement tourmenté ; ou l’on fait un bruit désordonné ; d’une maison où l’on reçoit beaucoup de monde.

Rigaud, 1881 : Sous-sol d’une imprimerie. C’est l’endroit où se cliche et se tire le journal. Il y fait aussi chaud qu’il doit faire en enfer.

France, 1907 : Coin de bibliothèque on sont cachés les ouvrages défendus aux petites filles et aux petits garçons.

Les femmes n’aiment pas les livres et n’y entendent rien : elles font à elles seules l’enfer des bibliophiles ; amour de femme et de bouquin ne se chante pas au même lutrin.

(Bibliophile Jacob)

Mon bourgeois n’est cependant pas un pudibond : il se fait gloire d’être sans préjugés, et l’enfer de sa bibliothèque est pavé des ouvrages les plus débraillés, mais aussi les plus artistement confectionnés et les plus chers.

(Pontsevrez, La Nation)

Enganter

Larchey, 1865 : Voler, prendre. — C’est un équivalent d’empoigner. Le gant est pris pour la main. V. Chêne.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, saisir, empoigner, voler avec la main qui est le moule du gant. Même argot [des voleurs]. Signifie aussi : Traiter quelqu’un comme il mérite de l’être.

Rigaud, 1881 : Prendre, voler ; du provençal aganter, attraper, saisir.

France, 1907 : Voler, saisir.

Dessus le pont au Change
Certain agent de change
Se criblait au charron ;
J’engantai sa tocquante,
Ses attaches brillantes,
Avec ses billemonts.

(Chanson de l’Argot)

Engayeur

Virmaître, 1894 : Complice qui attire le trèpe (la foule) pendant que son complice explore les poches des badauds. L’engayeur est indispensable à tous les camelots ; c’est lui qui le premier achète l’objet mis en vente, pour entraîner les acheteurs. L’engayeur est le complice du bonneteur ; il mise pour engager les pontes à jouer (Argot des camelots).

Rossignol, 1901 : Individu qui par ses plaisanteries arrive à faire mettre quelqu’un en colère. Engayer est synonyme de faire endéver, taquiner.

Éponge

d’Hautel, 1808 : Boire comme une éponge. Boire avec excès ; s’enivrer.
Passer l’éponge sur quelque chose. Pardonner ; oublier noblement une mauvaise action ; une offense.
Presser l’éponge. C’est faire rendre à quel qu’un ce qu’il a pris ; le faire regorger.

Delvau, 1864 : Femme. Épouse ou maîtresse qui vous éponge, en manœuvrant au cul, le trop plein de vos couilles.

Delvau, 1866 : s. f. Ivrogne, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des voyous, qui révèlent ainsi d’un mot tout un détail de mœurs. Autrefois (il n’y a pas longtemps) les filles et leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus de la police. Ces messieurs consommaient, en inscrivait sur l’ardoise, ces dames payaient, et le cabaretier acquittait la note d’un coup d’éponge.

Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un souteneur.

Mais, pardon, tiens, que je te fasse voir mon éponge, poursuivit-il, en tirant à lui Céline.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Femme de souteneur. Éponge d’or, avoué.

France, 1907 : Ivrogne. La périphrase s’explique de soi.

France, 1907 : Maîtresse ; argot des souteneurs.

Me v’là, Laur’, l’éponge à Polyte,
C’est un beurr’ comm’ nous nous aimons,
Mon homme et moi, nous somm’s l’élite,
La fleur, la crèm’ des butt’s Chaumont,
C’est dimanch’ dernier, au bastringue,
Qui m’a plu Polyte, et qu’j’y plus ;
La grande Irma, c’t’espèc’ de bringue,
Était sa marmite, ell’ l’est pus,
Dès qu’j’en suis d’venue amoureuse,
Y m’a dit : Toc, ça t’va, ça m’va !
C’est vraiment chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là.

(André Gill, L’Éponge à Polyte)

Voici en bloc les noms donnés aux prostituées de basse catégorie : asticot, autel du besoin, avale-tout, baleine, blanchisseuse de tuyau de pipe, bourdon, brancard, cambrouse, camelotte, carogne, catau, catin, chausson, chiasse, dossière, fesse, gadoue, galupe, gaupe, gerse, gouge, gouine, gourgandine, grognasse, moellonneuse, morue, outil de nécessité, paillasse, passade, pétasse, pierreuse, ponante, ponifle, pontonnière, pouffiasse, punaise, roubion, rouchie, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, rullière, taupe, trainée, trouillarde, truqueuse, vadrouille, voirie, volaille, wagon à bestiaux.

Escargot

d’Hautel, 1808 : C’est un vrai escargot. Expression fort insultante que l’on applique à un homme mal fait, malbâti, à un sot, à un imbécile.

Vidocq, 1837 : s. m. — Vagabond.

Delvau, 1866 : s. m. Homme mal fait, mal habillé, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Vagabond, homme qui se traîne sur les chemins, rampant pour obtenir du pain, et quelquefois montrant les cornes pour obtenir de l’argent.

Rigaud, 1881 : Vagabond. — Lampion, — dans l’ancien argot.

Merlin, 1888 : L’homme et sa tente, en campagne.

La Rue, 1894 : Vagabond, Agent de police.

Virmaître, 1894 : Casquette que portaient les souteneurs avant la david, laquelle fut à son tour détrônée par la casquette à trois ponts (Argot des souteneurs). N.

Virmaître, 1894 : Vagabonds, les habitués des refuges, les gouapeurs des halles, les hirondelles du Pont-Neuf (Argot du peuple). Dans la pièce des Bohémiens de Paris, Colbrun chantait :

Sur mon dos comme un limaçon,
Portant mon bagage,
Mon mobilier et ma maison.

France, 1907 : Lampion que l’on pose le long des plates-bandes des jardins dans les fêtes.

France, 1907 : Lent, paresseux ; rôdeur de grand chemin, vagabond.

Essuyeuse de plâtres

Delvau, 1866 : s. f. Lorette, petite dame, parce que ce type parisien, essentiellement nomade, plante sa tente où le hasard le lui permet, mais surtout dans les maisons nouvellement construites, où l’on consent à l’admettre à prix réduits, et même souvent pour rien. C’est ainsi qu’on fait essayer les ponts aux soldats.

Étouffage

Rigaud, 1881 : Action de cacher de l’argent sur soi, d’empocher sans être vu une partie du gain, — dans le jargon des joueurs.

Rigaud, 1881 : Escamotage d’argent opéré, au jeu, soit par un garçon, soit par un joueur, il a fait plus de dix fois le coup de l’étouffage.

Fustier, 1889 : Vol. Étouffer, voler. Étouffeur, grec, voleur. Argot des joueurs. (V. Delvau : Étouffoir.)

La Rue, 1894 : Escamotage d’argent au jeu. Vol. Étouffer, dérober voler.

France, 1907 : Soustraction par un grec de la mise d’un ponte sur le tapis. L’étouffage se pratique souvent aux tables de roulette de Monte-Carlo.
Dans les cercles, nombre de croupiers se livrent àl’étouffage.

Désirait-on aussi faire sortir d’un cercle soit un croupier, qui exagérait l’étouffage, soit un commissaire des jeux qui se refusait à desservir son patron, le XIXe Siècle était là pour raconter l’histoire de la vie publique et privée le ces individus.

(Le Journal)

Étouffé dans la filasse

France, 1907 : Pendu.

Ton père a été étouffé dans la filasse ; il est mort en l’air avec un bonnet de nuit de cheval au cou, en faisant une grimace devant le Pont-Rouge.

(Vadé)

Faire la planche

France, 1907 : Se tenir dans l’eau sur le dos et immobile.

Plusieurs paysannes revenant du marché s’étaient arrêtées sur le pont de Sèvres et, penchées sur le parapet, elles regardaient la Seine.
— Que regardent donc ces femmes ? demandai-je à un paysan.
— C’est un individu qui nage.
— Je ne vois pas qu’il y ait là tant de quoi exciter leur curiosité.
— Ah ! j’vas vous dire, m’sieur, c’est que l’najeu fait la planche et qu’il n’a point le caleçon.

(Gil Blas)

Faire le pont

France, 1907 : C’est, dans l’argot des lutteurs, se tenir arc-bouté, d’un côté sur la nuque, de l’autre sur les pieds, de façon que les épaules ne touchent pas le sol.

Surpris de cette attaque imprévue, le lutteur résistait à la touche des épaules. Il faisait le pont. Arc-bouté des talons à la nuque, il soulevait son corps d’un mouvement désespéré come une arche. Alors l’Italien usa d’un subterfuge extrême. Et, soulevant la tête de son adversaire, il la sonna sur le sol, à coups préssés, comme un marteau.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

France, 1907 : Imprimer à une carte ou à plusieurs cartes une légère courbure, de façon à la reconnaître.

Faire un homme

Delvau, 1864 : Jeter son hameçon dans une foule masculine, au Casino ou ailleurs, et le retirer avec un goujon au bout.

Les lorettes ne vont pas dans les réunions publiques pour autre chose que pour faire des hommes.

(Seigneurgens)

Delvau, 1866 : v. n. Se faire emmener du bal par un noble inconnu, coiffeur ou banquier. Argot des petites dames.

Virmaître, 1894 : Action de lever au bal ou ailleurs un individu à la recherche d’une bonne ou d’une mauvaise fortune, à l’heure, à la course ou à la nuit (Argot des filles).

Rossignol, 1901 : Une prostituée fait un homme lorsqu’elle va avec lui quelques minutes, soit chez elle, soit en hôtel.

France, 1907 : Se dit d’une fille publique qui raccroche un client.

Aux vétérans de la débauche,
Avec les roses qu’elle vend
Elle offre d’un air triste et gauche
Son pauvre petit corps d’enfant.
Car il faut qu’elle fasse un homme,
Qu’elle apporte un louis au moins,
Sinon son « bon père » l’assomme
De ses inexorables poings.

(Paul Nagour, La Petite Bouquetière)

Dors sous l’arche du vieux pont,
Au bruit de l’onde qui pleure.
Ta mère, d’un œil fripon,
Fait les passants à cette heure,
Et l’alphonse, son amant
La guette cyniquement.
Fais dodo, mon petit ange ;
Je suis ta mère la Fange.

(Paul Nagour, Rimes rouges et noires)

Falzar, falzard

France, 1907 : Pantalon de travail ; abréviation et déformation de pantalzar, qui est lui-même une déformation de pantalon avec changement de finale. Pourquoi la finale zar ? « Parce que, dit Lorédan Larchey, le mot bazar était sans doute en ce temps-là une nouveauté, et peut-être aussi parce que le pantalon, comme le bazar, contient toutes sortes d’objets. De même on terminait jadis les mots en rama lorsque les panoramas commencèrent à être de mode. »

Il n’y a vraiment qu’à Paris
Qu’on peut avoir autant d’esprit !

ainsi que le dit un distique de mirliton.

A veul’nt pas, comme la calotte,
Rester en jupon ;
À veul’nt porter la culotte…
Moi, j’coup’ pas dans l’pont,
Nous aut’s, si nous t’nons à l’homme,
Bien qu’c’est des démons,
C’est plus qu’son falzard, en somme,
Que nous réclamons.

(Blédort)

Farcher dans le pont

Virmaître, 1894 : Tomber dans un piège tendu par les agents (Argot des voleurs).

France, 1907 : Tomber dans le piège. Même sens que couper dans le pont.

Farcher, faucher dans le pont

Rigaud, 1881 : Tomber dans un piège. Mot à mot : couper dans le pont.

Faubert

Rigaud, 1881 : Épaulette, — dans le jargon des soldats d’infanterie de marine. Allusion aux fauberts, paquets de ficelles qui servent à éponger les navires.

France, 1907 : Épaulette, dans l’argot des matelots. Allusion au faubert, balai fait avec du fil de caret qui, en se détordant par le bout, forme une étoupe avec laquelle on éponge le pont des navires.

Faucher

d’Hautel, 1808 : Faucher le grand pré. Ramer sur les galères ; faire le métier de galérien.

Ansiaume, 1821 : Couper.

Il a fallu faucher 4 balançons et aller de l’avant.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Couper. Être fauché, être guillotiné. Faucher le pré, être aux galères.

Bras-de-Fer, 1829 : Guillotiner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Couper.

Clémens, 1840 : Couper.

M.D., 1844 : Guillotiner.

un détenu, 1846 : Tuer, guillotiner.

Larchey, 1865 : Couper.

Faucher, dans leur langage veut dire l’exécution de la peine de mort.

(Balzac)

V. Colas. Terrer. — Faucher dans le pont : Couper dans le pont. V. ce mot. — Faucheur : Voleur coupant (fauchant) les chaînes de montre. — Faucheur : Bourreau.

Delvau, 1866 : v. a. Couper, — dans le même argot [des voleurs], où on emploie ce verbe au propre et au figuré. Faucher le colas. Couper le cou. Faucher dans le pont. Donner aveuglément dans un piège. Faucher le grand pré. Être au bagne.

Rigaud, 1881 : Guillotiner. — Couper. — Faucher le grand pré, être aux galères, — dans l’ancien argot.

Rigaud, 1881 : Tromper ; voler, — dans l’argot des camelots et des truqueurs. Le mec est fauché, l’individu est dépouillé.

La Rue, 1894 : Guillotiner. Couper. Tromper, voler. Être au bagne.

Rossignol, 1901 : Guillotiner. Un supplicié a été fauché.

Rossignol, 1901 : Voler.

France, 1907 : Guillotiner.

anon., 1907 : Voler.

Faucher dans le pont

Vidocq, 1837 : v. a. — Donner aveuglément dans tous les pièges. Se laisser tromper aux jeux de cartes. (Voir Pont.)

France, 1907 : Tomber dans le piège.

Feignant

Delvau, 1866 : s. et adj. Fainéant, — dans l’argot du peuple, qui parle plus correctement qu’on ne serait tenté à première vue, de le supposer, feignant venant du verbe feindre, racine de fainéantise, qu’on écrivait autrefois faintise. Signifie aussi Poltron, lâche, et c’est alors une suprême injure, — l’ignavus de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car fainéant ne rendrait pas du tout la même idée, parce qu’il n’a pas la même énergie et ne contient pas autant de mépris.

Virmaître, 1894 : Propre à rien. Lâche, poltron, paresseux.

Descends-donc de ton cheval, eh ! Feignant !

Apostrophe d’un voyou charitable à Henri IV sur le Pont-Neuf pour lui offrir un canon. On dit également feignasse (Argot du peuple).

France, 1907 : Fainéant, poltron, lâche. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, une corruption de fainéant, mais le participe présent du verbe feindre. Le feignant feint de travailler.

Deux pâles voyous errent autour de la Roquette, et ils n’ont que faire, si ce n’est que d’être enfermés, si on le voulait bien.
Gugusse a des pleurs dans les yeux.
Bibi, son camarade, le pousse du coude.
— Eh bien ! qu’est-ce qui te prend ?
Gugusse, très mélancolique et très shakespearien :
— Nous sommes des feignants, des propres à rien… à notre âge, Barré et Lebiez avaient déjà été fauchés.

(Écho de Paris)

Mille pétards ! Celle-là me dépasse. Sacrés gobeurs, rendez-vous compte que la Sociale a justement pour but de supprimer les feignants. La cause de nos mistoufles, c’est que la société actuelle en est bondée. La racaille de la haute : gouvernants, richards, curés… bouffe-galette de tout calibre, que sont-ils, sinon la crème des feignants ?

(Père Peinard)

Mais ceux dont la bourse se ferme
Et qui conservent leur argent
Pour mieux pouvoir payer leur terme,
Ça c’est des feignants !

(Caran d’Ache, Les Chevaliers du Travail)

Fente

Delvau, 1864 : La nature de la femme, destinée à être fendue.

Rien ne fut soustrait à mes regards… Lucette, couchée sur lui, les fesses en l’air, les jambes écartées, me laissait apercevoir toute l’ouverture de sa fente, entre deux petites éminences grasses et rebondies.

(Mirabeau)

Toutes filles, en cas pareil,
Désireraient à leur réveil
Qu’un tel que moi leur fît de rente
Un bon vit pour boucher leur fente.

(Cabinet satyrique)

Et puis après il se vante
D’avoir bouché votre fente.

(Gautier-Garguille)

Pontgibaut se vante
D’avoir vu la fente
De la comtesse d’Alaïs.

(Tallemant des Réaux)

Feuille de chou

Larchey, 1865 : Guêtre militaire, mauvais journal, titre non valable.

Delvau, 1866 : s. f. Guêtre de cuir, — dans l’argot des troupiers.

Delvau, 1866 : s. f. Journal littéraire sans autorité, — dans l’argot des gens de lettres. On dit aussi Carré de papier.

Rigaud, 1881 : Guêtre, — dans le jargon des troupiers.

Rigaud, 1881 : Méchant petit journal, journal sans importance.

Rigaud, 1881 : Oreille, — dans l’argot des rôdeurs de barrière. — Je l’ai pris par ses feuilles de chou et je l’ai sonné.

Rigaud, 1881 : Surnom donné au marin, par les soldats des autres armes. Allusion aux grands cols des marins.

Boutmy, 1883 : s. f. Petit journal de peu d’importance.

Virmaître, 1894 : Mauvais journal qui ne se vend qu’au poids (Argot d’imprimerie).

Rossignol, 1901 : Journal de petit format. On dit aussi, de celui qui a de grandes oreilles, qu’il a des feuilles de choux.

France, 1907 : Guêtre militaire.

France, 1907 : Journal sans valeur et sans autorité, rédigé par des écrivains sans talent. Par extension, tout journal.

Il faut donc que le journaliste qui prétend donner à sa production hâtive et spontanée la pérennité du livre ait une forme. C’est le style qui fera de sa feuille de chou une lame d’airain. Il lui est indispensable par conséquent d’être doué exceptionnellement ou de réviser avec un soin scrupuleux son premier jet, quant aux négligences, aux répétitions, aux incorrections qui ont pu lui échapper ou qu’on laisse passer, dans le journalisme courant.

(Edmond Lepelletier, Chronique des Livres)

Il y a aussi des fripouilles qui l’écrivent dans des feuilles de chou pourries du boulevard extérieur, ou qui le hurlent dans les réunions publiques où quelques douzaines de pitoyables drôles ont pris la douce habitude de m’appeler assassin.

(A. Maujan, Germinal)

Bien des individus se décernent pompeusement le titre d’auteur, parce qu’ils ont écrit quelques lignes dans quelque méchante feuille de chou.

(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)

Foire

d’Hautel, 1808 : La foire n’est pas sur le pont. Pour dire rien ne presse.
Ils s’entendent comme larrons en foire. Se dit en mauvaise part de personnes qui ont des intelligences secrètes.
Donner la foire à quelqu’un. Calembourg qui signifie faire présent à quelqu’un de quelque chose venant de la foire. V. Attraper.

Delvau, 1866 : s. f. Diarrhée, — dans l’argot du people, fidèle à l’étymologie (foria) et à la tradition :

Renart fait comme pute beste :
Quand il li fu desus la teste,
Drece la queüe et aler lesse
Tot contre val une grant lesse
De foire clere a cul overt,
Tout le vilain en a covert,

dit le Roman du Renard.

France, 1907 : Diarrhée.

Le saint reconnait son offense ;
Dieu tonna, le malin esprit
Ouvrit la pincette maudite,
Et de la foire qui lui prit
Aspergeant le nez du contrit :
« Adieu, dit-il, et quitte à quitte. »

(Grécourt)

Foire n’est pas sur le font (la)

France, 1907 : Inutile de se presser, nous avons le temps. D’après le Dictionnaire des Curieux, de Ch. Ferrand, cette expression vient de Provence, au temps de la fameuse foire de Beaucaire, où il arrivait des marchands de tous les pays d’Europe, et même d’Afrique et d’Asie. Pour atteindre Beaucaire, séparé de Tarascon par le Rhône, il fallait traverser un pont de bateaux, qui, au fort de la foire, devait être encombré et bordé de boutiques et des échoppes de ceux qui n’avaient plus trouvé de place à Beaucaire. Donc, tant que le pont n’était pas bordé des boutiques des retardataires, il n’y avait pas lieu de se presser.

Fourrer

d’Hautel, 1808 : Fourrer son nez dans tout. S’entremêler dans les affaires des autres ; être curieux, indiscret ; se mêler de ce qu’on n’a que faire.
Il fourre tout dans son ventre. Se dit d’un dissipateur, d’un homme qui fait un dieu de son ventre.
Il ne sait où se fourrer. Se dit de quelqu’un qui a commis quelque faute grave, et qui en a honte.
Il a bien fourré de la paille dans ses souliers. Pour, il s’est bien enrichi.

Hayard, 1907 : Coïter.

France, 1907 : Mettre violemment, pousser.

Les voilà donc perpétuées
Ces floraisons d’humus malsains,
Les précoces prostituées,
Les impubères assassins ;
Et c’est un échange de vice
Entre les jeunes et les vieux,
Comme un effroyable service
De pourvoyeurs de mauvais lieux,
L’ogre qui mange la chair fraîche
N’est donc plus un mythe inventé ;
Il prend l’enfant jusqu’en la crèche,
Pour en tirer la volupté,
Parfois la luxure avivée
Se désaltère dans le sang !
Certaine école raffinée
Déclare que c’est amusant
Comme une démence bizarre.
Soit ! — mais qu’on fourre, sacré nom !
Les femelles à Saint-Lazare
Et les mâles au cabanon !

(Pontsevrez)

Fruit vert

France, 1907 : Fillette à peine nubile et qui souvent ne l’est pas encore, fort appréciée par cela mème d’une nombreuse catégorie de messieurs.

Elle vendait à tempérament aux cocottes, prêtait sur gages, avançait les appointements aux artistes, fournissait des petites filles aux amateurs de fruits verts ; elle avait un stock de Chouards pour les Germinys, de gouvernantes discrètes pour les curés de province, une collection d’amies de pension pour dames seules ; bref, c’était une fenrrne universelle.

(Charles Virmaître, Paris oublié)

Afin d’exciter leur faiblesse,
À l’oreille des vieux pervers,
La pseudo-fleuriste, drôlesse,
Vient chantonner : fruits verts ! fruits verts !
Pomme du Nord, peau rose et blanche,
Orange et Citron du Midi,
Nous en avons, et sur la branche,
Les cueillera le plus hardi.
On traite à forfait (propre terme !),
Le plaisir se paie au comptant ;
Revenez et commandez ferme,
Monsieur, si vous êtes content.

(Pontsevrez)

Fumiste

Larchey, 1865 : Trompeur, mystificateur, homme qui fait fumer les gens.

Rigaud, 1881 : Mauvais plaisant. — Farce de fumiste, plaisanterie de mauvais goût.

Rigaud, 1881 : Tout individu qui ne porte pas un uniforme, — dans l’argot des polytechniciens. — Être en fumiste, être habillé en civil, avoir endossé des habits de ville.

La Rue, 1894 : Mauvais plaisant. Fumisterie, mauvaise plaisanterie.

Virmaître, 1894 : Farceur, mystificateur, qui cherche toutes les occasions possibles de faire des blagues. Les plus grands fumistes des temps passés furent Romieu et Sapeck. Ils sont remplacés par Lemice-Terrieux. À propos de Sapeck dont la réputation est encore grande au quartier latin ; la fameuse farce des bougies coupées ne lui appartient pas, elle fut faite quarante ans avant lui. On la raconte dans une brochure intitulée : Les mystères de la Tour de Nesles (Paris 1835). (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Farceur, mystificateur.

France, 1907 : Bourgeois, civil, synonyme de pékin, dans l’argot polytechnicien, à cause de l’horrible chapeau noir, dit tuyau de poêle, dont tout le monde continue à porter.

Les jours de sortie, quand on a envie de commettre quelque fredaine, on va se mettre en fumiste, se fumister, comme on dit, c’est-à-dire revêtir une tenue bourgeoise…

(L’Argot de l’X)

France, 1907 : Farceur, mystificateur, mauvais plaisant. Farce de fumiste, plaisanterie désagréable.
D’après les Mémoires de M. Claude, cette locution : farce de fumiste, viendrait de la manière d’opérer d’une bande de voleurs, fumistes de profession. Ils s’introduisaient par les cheminées pour dévaliser les appartements déserts et en faire sortir les objets les plus précieux par les toits.
Paul Arène a trouvé une autre explication :

Je crois, dit-il, tenir celle de fumiste que Sarcey, chercheur s’il en fut, chercha vainement néanmoins. Non, maître Sarcey, si l’on dit populairement plaisanterie de fumiste, ce n’est pas à cause de la célèbre note : — « M’être transporté avec un apprenti dans la salle à manger du sieur X…, 2 fr., — Avoir essayé d’empêcher la cheminée de fumer, 3 fr. — N’avoir pas réussi, 5 fr. »
D’abord une note à payer, qu’elle se rattache ou non à la fumisterie, ne saurait en aucun cas être considérée comme plaisante.
Et puis, si dans l’espèce il s’agissait de note, la sagesse des nations pourrait tout aussi bien, et peut-être plus justement dire : plaisanterie de pharmacien, de propriétaire ou de tailleur.
L’origine de l’expression est plus simple. Certain fumiste qui se trouvait au bord d’un toit, occupé à coiffer une cheminée d’un de ces énormes casques de tôle qui n’empêchent jamais les cheminées de fumer, mais possèdent par contre le double avantage de coûter très cher et de grincer abominablement quand le vent souffle, s’imagina, voyant un bourgeois passer dans la rue, de se laisser tomber sur lui de tout son poids en manière de plaisanterie. Il le fit, et la plaisanterie fut trouvée bonne, car ils moururent tous les deux. De là, plaisanterie de fumiste.

(Gil Blas)

Si non vero, non bene trovato !

Les fumistes sont généralement des gens qui ne se soucient guère de compliquer leur plaisir de quelque idée morale. Ce sont des hommes sceptiques toujours, spirituels parfois, qui se préoccupent peu de réformer la société. La gravité quasi pontifiante derrière laquelle ils dissimulent leurs projets de mystificateurs, a pu faire croire à certains qu’ils s’abusent sur le sérieux de leur fonction.

(Francis Chevassu)

— Vous devez être joliment étonné de me revoir, au ministère de l’intérieur, femmes de ministre ! Celui qui m’aurait prédit ça quand nous faisions notre partie an Procope, je l’aurais traité de fumiste de la plus belle eau. Et pourtant ça y est. Je n’en suis pas fâchée. Je m’amuse ! Ah ! que c’est drôle d’être ministre ! C’est vrai, je vous jure. Voir des tas de gens qui vous font des salamalecs et qui me demandent des faveurs quand je leur ai peut-être demandé un bock dans le temps !

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

Gaffe

Clémens, 1840 : Celui qui fait le guet.

Delvau, 1866 : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.

Delvau, 1866 : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.

Delvau, 1866 : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.

Delvau, 1866 : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.

Rigaud, 1881 : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.

Rigaud, 1881 : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.

Rigaud, 1881 : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.

La Rue, 1894 : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.

Virmaître, 1894 : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.

Rossignol, 1901 : Gardien de prison.

Hayard, 1907 : Dire ou faire une bêtise.

France, 1907 : Bouche, langue ; corruption du vieux mot gave. Coup de gaffe, criaillierie. Avaler sa gaffe, mourir.

France, 1907 : Grande fille sèche et maigre. Allusion au harpon appelé gaffe.

… Une grande gaffe chaude, à nez de perroquet, qui n’avait pas trouvé à se marier malgré ses folles envies d’homme, et que les lurons s’amusaient à leurrer de promesses, la pinçant au gras des côtes, toute rouge et les paupières battantes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

France, 1907 : Maladresse, balourdise, bévue. Faire une gaffe, commettre une maladresse.

Mme Ledouillard. — Mon mari… j’adore mon mari ; c’est extraordinaire, mais c’est comme ça. Et puis, quand par hasard j’ai envie de le tromper, je me dis : Mon Dieu ! si ça allait ne pas être meilleur, ou même moins bien, c’est ça qui serait une gaffe !

(Maurice Donnay, Chère Madame)

La gaffe, ou impair, est certainement une source innocente de rire dont la littérature actuelle a tiré l’effet comique le plus nouveau. Alfred de Musset, que Deschanel n’aime point, doit à l’étude de la gaffe un de ses plus jolis ouvrages, ce délicieux proverbe : On ne saurait songer à tout, que la Comédie-Française ne joue jamais, naturellement.

(Émile Bergerat)

Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l’interview ne déplait pourtant pas outre mesure ; mais ils sont gênés par la brusquerie de l’interrogatoire. Les prudents craignent de faire une gaffe et les prophètes se méfient de l’improvisation. Car nous n’avons plus que de faux prophètes, sans délire sacré, des sibylles, pas bien solides sur le trépied.

(François Coppée)

À propos, dis donc à ton frère
De ne pas mettre, en m’écrivant,
Eros, le gosse de Cythère,
Avec un h en commençant.
Alors, pour réparer la gaffe,
Il en met un dans le mot cœur !
Je crois qu’au jeu de l’orthographe
Il ne sort pas souvent vainqueur.

(Jacques Rédelsperger)

Garbure

France, 1907 : Soupe épaisse composée de choux hachés, de croûtes de pain et de lard salé que l’on sert dans le Midi ; de l’espagnol garbias, ragoût. On y met aussi, selon la saison, des haricots, des fèves et des pois.

Après nous être réconfortés avec la traditionnelle garbure, potage excellent du reste, surtout quand on a fait à jeun trois heures de chemin de fer, et avec le non moins traditionnel jambon de Bayonne couvert d’un grand nombre d’œufs, nous nous risquâmes à franchir sous un soleil équatorial le pont de l’Adour…

(J. Grison-Poncelet)

On dit aussi garburre.

Godan (donner dans le)

Virmaître, 1894 : Croire à un mensonge. Synonyme de couper dans le pont (Argot du peuple).

Godan, godant

France, 1907 : Niaiserie, bêtise, mensonge, piège.

Ô Muse ! idéale amoureuse,
Va-t-en ! Je ne donne plus dans
Ces ponts vieillis et ces godans !
Ô Muse ! assez de viande creuse
Est venue agacer mes dents !

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

— Ce matin, c’était le mystère de la Sainte Trinité… Te souviens-tu du mystère de la sainte Trinité ?
— Brumeusement.
— C’est crevant !… Le Père, le Saint-Esprit, le Fils !… Le Père a engendré le Saint-Esprit en se contemplant lui-même… Toi, qui commences à être un vieux type, tu comprends pas grand’chose à ça, déjà ? Alors, quoi, nous, les mômes !…. Et après, le Père a contemplé le Saint-Esprit, et ils ont engendré le Fils !… C’est dommage, dis donc, qu’on n’ait pas organisé des trains de plaisir pour assister à ça, hein ?… Ils sont trois et ils ne sont qu’un… Ils ne sont qu’un et ils sont trois !… Arrange ça… Moi, encore, je ne suis pas trop bête, j’en prends et j’en laisse ; mais, autour de moi, au catéchisme, il y a un tas de pauvres petites gourdes qui en deviennent gaga. Tiens, veux-tu que je te dise ? Seulement, tu le répréteras pas à p’tite mère, qui coupe un peu dans ces godants-là ?

(Alphonse Allais)

Goguelin

France, 1907 : Démon qui hante la cale et l’entrepont des navires ; corruption de gobelin.

Gonin

d’Hautel, 1808 : Homme fin et madré, peu délicat dans ses procédés.
C’est un tour de maître Gonin. C’est-à-dire une subtilité, une escroquerie.

France, 1907 : Fripon. On dit généralement maître Gonin : « Méfiez-vous de ce maître Gonin. » Gonin était un célèbre escamoteur et joueur de gobelet qui, sous le règne de Louis XIII, opérait sur le Pont-Neuf. On publia en 1713 un roman sous le titre : Les Tours de maître Gonin.
On trouve dans les Proverbes de Leroux de Lincy :

Maître Gonin est mort, le monde n’est plus grue.

Ce Gonin était sans nul doute une espèce de Mangin qui se moquait de sa clientèle.

Grec

d’Hautel, 1808 : Être grec. Signifie être avare, être lâdre et chiche ; tenir de trop près à ses intérêts ; être égoïste, sans pitié pour les maux d’autrui.
C’est du grec pour lui. Se dit d’une personne ignorante, simple et bornée, pour laquelle les plus petites choses sont des montagnes.
Ce n’est pas un grand grec. Pour dire, c’est un ignorant ; un homme peu industrieux.

Vidocq, 1837 : s. m. — Les Grecs n’ont pas d’âge, il y a parmi eux de très-jeunes gens, des hommes mûrs, et des vieillards à cheveux blancs ; beaucoup d’entre eux ont été dupes avant de devenir fripons, et ceux-là sont les plus dangereux, ceux qu’il est moins facile de reconnaître, car ils ont conservé les manières et le langage des hommes du monde ; quant aux autres, quels que soient les titres qu’ils se donnent, et malgré le costume, et quelquefois les décorations dont ils se parent, il y a toujours dans leurs manières, dans leurs habitudes, quelque chose qui rappelle le baron de Vorsmpire ; souvent quelques liaisons dangereuses se glissent dans leurs discours, et quelquefois, quoiqu’ils se tiennent sur la défensive, ils emploient des expressions qui ne sont pas empruntées au vocabulaire de la bonne compagnie. Au reste, si les diagnostics propres à les faire reconnaître ne sont pas aussi faciles à saisir que ceux qui sont propres à diverses corporations de voleurs, ils n’en sont pas moins visibles, et il devient très-facile de les apercevoir si l’on veut bien suivre les Grecs dans le salon où sont placées les tables d’écarté.
Lorsqu’ils se disposent à jouer, ils choisissent d’abord la chaise la plus haute afin de dominer leur adversaire, pour, de cette manière, pouvoir travailler les cartes à leur aise ; lorsqu’ils donnent à couper, ils approchent toujours les cartes le plus près possible de la personne contre laquelle ils jouent, afin qu’elle ne remarque pas le pont qui a été fait.
Les Grecs qui travaillent avec des cartes bisautées, qu’ils savent adroitement substituer aux autres, les étendent devant eux sans affectation lorsqu’ils les relèvent ; ceux qui filent les cartes les prennent trois par trois, ou quatre par quatre, de manière cependant à ce que celles qu’ils connaissent et ne veulent pas donner à leur adversaire restent sous leur pouce jusqu’à ce qu’ils puissent ou les tourner, ou se les donner, suivant la manière dont le jeu se trouve préparé.
Ce n’est pas seulement dans les tripots que l’on rencontre des Grecs ; ces messieurs, qui ne gagneraient pas grand chose s’ils étaient forcés d’exercer leur industrie dans un cercle restreint, savent s’introduire dans toutes les réunions publiques ou particulières. Ils sont de toutes les fêtes, de tous les bals, de toutes les noces ; plusieurs ont été saisis in flagrante delicto dans des réunions très comme il faut, et cependant ils n’étaient connus ni du maître du salon dans lequel ils se trouvaient, ni d’aucuns des invités.
Les Grecs voyagent beaucoup, surtout durant la saison des eaux ; on en rencontre à Bade, à Bagnères, à Saint-Sauveur, au Mont-d’Or, ils ont, comme les francs-maçons, des signaux pour se reconnaître, et quand ils sont réunis plusieurs dans le même lieu, ils ne tardent pas à former une sainte-alliance et à s’entendre pour dévaliser tous ceux qui ne font pas partie de la ligue ; ils emploient alors toute l’industrie qu’ils possèdent, et ceux qui combattent contre eux ne tardent pas à succomber. Comment, en effet, résister à une telle réunion de capacités ? Lorsque les Grecs vous donnent des cartes, ils savent avant vous ce que vous avez dans la main ; dans le cas contraire, leur compère, qui a parié pour vous une très-petite somme, leur apprend au moyen des Serts (voir ce mot) tout ce qu’ils désirent savoir.

Delvau, 1866 : s. m. Filou, homme qui triche au jeu, — dans l’argot des ennemis des Hellènes. Le mot a une centaine d’années de bouteille.

Rigaud, 1881 : Tricheur. — Dans le jargon des cochers de fiacre, un grec est un bourgeois, un voyageur qui manque de générosité ou qui ne donne pas de pourboire. Il floue le cocher.

La Rue, 1894 : Tricheur au jeu.

France, 1907 : Filou, voleur au jeu.
Pourquoi toute une nation se trouve-t-elle apostrophée de la sorte et à quelle époque remonte l’origine du mot grec au sens filou ? Cela remonte très haut, car du temps de Plaute le Grec avait déjà piètre réputation, Græca fide mercori, dit-il dans son Asinaria, commercer comme avec des Grecs, c’est-à-dire argent comptant sans leur faire crédit. « Nous avons aussi, est-il relaté dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, dans les Epistolæ ad familiares de Cicéron (VII, 18, 1) : Græculo cautio chirographi mei, où il veut dire que sa signature valait de l’or en barre, faisant allusion à l’argent comptant qu’on exigeait des Grecs, auxquels on ne faisait jamais crédit. Voilà deux citations du IIe et du Ier siècle avant Jésus-Christ. On trouvera aussi dans Tertullien, IIIe siècle de notre ère : Revera enim quale est, græcatim depilari magis quam amiciri, qui fait voir que dans ce temps-là les Grecs plumaient déjà les oies.
Je puis ajouter que les habitants de l’île de Mytilène jouissaient d’une grande réputation pour la ruse et la finesse. On raconte que, jadis, quelques marchands juifs allaient à Mytilène, se proposant de s’y établir ; mais que, se promenant dans les bazars le matin après leur arrivée, en voyant les Mytiléniotes qui pesaient les œufs qu’ils achetaient pour voir s’ils valaient bien les quelques paras qu’ils les payaient : « Les affaires vont mal ici, dit un juif aux autres, filons. » Ils s’en allèrent, et même aujourd’hui il n’y a pas encore de juifs à Mytilène. »
Dans le Virgile travesti, Scarron dit au sujet du cheval de Troie :

Enfin donc dans la ville il entre
Le maudit Roussin au grand ventre,
Farcy de grecs dont les meilleurs
Étaient pour le moins des voleurs !

Aujourd’hui, comme l’écrivait Léon Gozlan, le grec est partout ; il y a le grec marquis, le grec de passage, le grec ancien colonel, le grec homme de lettres, le grec anglais ; il est peu probable senlement qu’il y ait des grecs grecs.

— Et ces voleurs au jeu que vous nommez des grecs, y en a-t-il beaucoup ?… Ici s’en trouve-t-il ?…
— Pas plus qu’ailleurs !… Le grec est du reste l’indispensable auxiliaire du directeur de cercle… S’il n’y avait pas de grecs dans un cercle, on en ferait venir, car sans eux la partie périrait…
— Ils doivent être connus, signalés, éconduits et évincés à la longue ?
— Bah ! on s’y fait… Les joueurs à qui l’on signale un grec vous regardent avec incrédulité et semblent vous dire : « Vous croyez ?… » Si vous insistez, ils vous demandent des preuves toujours difficiles à fournir… On vous parle de diffamation, alors vous vous taisez… Souvent même on vous prie de vous taire sur un ton qui n’admet pas de réplique… c’est que l’on craint que vous n’empêchiez la partie… que vous ne troubliez le jeu… à moins d’une très grande maladresse des grecs et philosophes qui se contentent de n’opérer qu’à des intervalles raisonnables et seulement lorsqu’il y a un coup…

(Edmond Lepelletier)

Car le grec est rapace
(J’entends grec, un filou),
C’est une triste race
Qu’on rencontre partout.

(Alfred Marquiset)

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Gueuse (la)

France, 1907 : Nom donné par la réaction à la République.

La gueuse a la vie dure, et M. de Cassagnac lui-même confesse qu’elle a trompé jusqu’à présent les espérances de ses ennemis.

(Le Voltaire)

Les gamellistes continuent à s’amuser. L’autre soir, ils pendaient la gueuse, comme ils disent en leur élégant langage d’antichambre, à la grille qui entoure, sur le Pont-Neuf, la statue du roi vert-galant.

(L’Intransigeant, novembre 1896)

Haricots (hôtel des)

Rigaud, 1881 : Ancienne prison de l’ancienne garde nationale. — Primitivement ce local, sur l’emplacement duquel a été bâtie, en 1843, la bibliothèque Sainte-Geneviève, fut affecté au collège Montaigu surnommé plaisamment « le collège des haricots » par allusion à la maigre cuisine qu’on y faisait ; car le jeûne y était en permanence. (V. Rabelais, Gargantua, l. 1, ch. XXXVII)

Le collège des Haricots fut supprimé en 1792 et ses bâtiments servirent de prison militaire et de prison de la garde nationale pendant la Révolution.

(A. de Lasalle, l’Hôtel des haricots)

Après la Révolution, l’Hôtel des haricots émigra à l’hôtel Bazancourt, rue des Fossés Saint-Bernard, et fut enfin transféré, vers 1838, rue de Boulainvilliers, en face le pont de Grenelle ; c’est là qu’il s’éteignit avec la garde nationale.

Hirondelles

Virmaître, 1894 : Les moustaches. Les voleurs emploient généralement l’expression plus caractéristique d’ombreuses (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Individus qui couchent sous les ponts.

France, 1907 : Moustaches. On dit aussi, dans l’argot des voleurs, ombreuses.

Hirondelles de pont

France, 1907 : Vagabonds qui élisaient domicile sous les arches des ponts. Le pont d’Arcole avait autrefois cette spécialité.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique