Clémens, 1840 : Marchande de pommes.
Abloquiseuse de verdouces
Anastasie
Rigaud, 1881 : Nom donné par les journalistes au bureau de la censure littéraire. Les dessinateurs la représentent toujours une paire de ciseaux menaçants à la main, fer aussi cruel pour les œuvres de l’esprit que le rasoir du chanoine Fulbert pour l’amant infortuné de l’infortunée Héloise. — Un dessin de la Revue parisienne du 9 août 1877 représente une soirée chez Anastasie, avec cette légende :
Le domestique annonçant : MM. X., Y., Z., journalistes, dessinateurs. — Madame Anastasie (à un invité) : Soyez donc assez aimable pour voir si on a servi les glaces aux amendes et aux suspensions ?
France, 1907 : La censure ; argot des gens de lettres. Voici l’origine de ce nom donnée par l’Intermédiaire des chercheurs et des curieux : « Un petit journal illustré, qui avait souvent des difficultés avec la censure des dessins, voulut la personnifier et il choisit le prénom d’Anastasie, uniquement parce que ce prénom a cours dans les vaudevilles et qu’on est accoutumé à en rire. Telle est l’origine d’Anastasie, qui, depuis, a désigné, parmi les journalistes, non seulement la censure des dessins, mais encore la censure de toute publication périodique imprimée. »
« Même dans les sphères officielles, il n’y a pas bien longtemps encore, tout ce qui rappelait la propagation de l’espèce humaine était tenu pour éminemment pornographique. Et il me souvient qu’Anastasie, cette vieille prude qui donne si facilement son visa aux ordures débitées dans tous nos beuglants, interdit une ravissante chanson d’Henry Rubois, dont voici le premier couplet et le refrain :
Vous qui par vos grâces exquises
Gouvernez le monde au total,
Ô femmes ! premières assises
De l’édifice social.
Dans les temps troublés où nous sommes,
Mes belles croqueuses de pommes,
Faites des enfants,
On a besoin d’hommes !
Faites des enfants
Roses, bien portants ! »
(Georges Nazim, Estafette)
Attrape-science
Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.
Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.
France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.
Attraper
Delvau, 1866 : v. a. Engueuler, — dans le même argot [du peuple]. Se faire attraper. Recevoir, sans l’avoir demandée, une bordée d’injures poissardes.
Delvau, 1866 : v. a. Éreinter un livre ou un confrère. Argot des journalistes.
Delvau, 1866 : v. a. Siffler. Argot des coulisses. Se faire attraper. Recevoir des pommes crues et des sifflets.
Rigaud, 1881 : Réprimander. — Critiquer à haute voix, avec une malveillance marquée, soit une pièce, soit un acteur en scène. Au XVIIIe siècle, on disait entreprendre dans le même sens. — S’attraper, se disputer.
Boutmy, 1883 : v. a. Faire des reproches, chercher noise à un compagnon dont on croit avoir à se plaindre.
Bath
Larchey, 1865 : Remarquable. — Terme contemporain du papier anglais dit papier bath, qui fut notre premier papier à lettre. Sans l’h final, nous aurions vu là une abrév. de batif. V. ce mot.
Nous avons fait un lansquenet un peu bath cette nuit.
(Vitu)
Delvau, 1866 : s. m. Remarquablement beau, ou bon ou agréable, — dans l’argot de Breda-Street. Bath aux pommes. Superlatif du précédent superlatif.
Il me semble qu’on devrait écrire Bat, ce mot venant évidemment de Batif. Le papier Bath n’est pour rien là dedans.
Rossignol, 1901 : Joli, bon, beau. Un bon patron est bath. Du bon vin est bath. Le bon fricot est bath. Être bien, c’est être bath.
Hayard, 1907 : Bien, beau.
France, 1907 : Or, argent.
France, 1907 : Très beau, excellent ; argot des faubouriens. Bath à faire, benêt, c’est-à-dire bon à voler ; bath au pieu, paillard ; bath aux pommes, superlatif de bath nec plus ultra.
Les messieurs en frac disaient : Elle est superbe ! et les gavroches, là-haut : Elle est rien bath ! Un murmure d’admiration montait comme une vague et venait déferler à ses pieds.
(Georges Forgues)
On dit aussi bot.
anon., 1907 : Beau, belle.
Bath aux pommes
Virmaître, 1894 : Tout ce qu’il y a de mieux, le nec plus ultra en toutes choses (Argot du peuple).
Belle de nuit
Delvau, 1866 : s. f. Fille oui hante les brasseries et les bals. Même argot [du peuple].
Rigaud, 1881 : Rôdeuse de pavé, coureuse de bastringues.
Virmaître, 1894 : Fille publique déjà vieille qui raccroche la nuit parce que la nuit tous les chats sont gris. Cette expression est ancienne. Vers 1850, on chantait dans une revue intitulée : Vive la Joie et les Pommes de terre représentée aux Folies-Dramatiques, à l’ancien boulevard du Temple.
Tous les soirs l’amateur contemple
Les belles de nuit qui s’font voir,
Sur le boulevard du Temple.
(Argot du peuple)
Boisseau
d’Hautel, 1808 : Il a la tête comme un boisseau. Manière exagérée de dire que quelqu’un a la tête très-enflée.
Dire des boisseaux de paroles ou d’injures. Caqueter, jaser perpétuellement ; n’ouvrir la bouche que pour dire des paroles sottes et grossières.
Cacher la chandelle sous le boisseau. C. à d. déguiser ses talens, ses moyens, sa capacité ; dissimuler ; se présenter sous de faux dehors.
Clémens, 1840 : Shako.
Delvau, 1866 : s. m. Schako, — dans l’argot des vieux troupiers.
Rigaud, 1881 : Litre de vin. — Demi-boisseau, demi-litre.
Rigaud, 1881 : Schako. — Chapeau haute forme.
Merlin, 1888 : Schako, comme le précédent.
La Rue, 1894 : Litre de vin. Tête. Chapeau haut de forme.
Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion de forme et aussi à la grandeur de certains chapeaux qui, assurément, pourraient servir à mesurer des pommes de terre (Argot du peuple). V. Bloum.
Rossignol, 1901 : Chapeau haut de forme.
France, 1907 : Litre de vin ; chapeau à haute forme.
Bourre-cochons
Rossignol, 1901 : Restaurateurs où la clientèle n’est pas la fine fleur de la société. Il existe la maison Sol, rue du Faubourg-Saint-Antoine, où on ne vend que-des moules, poissons et pommes frites qui n’est connue que sous le nom de « père Bourre-cochon ».
Boustifaille
Delvau, 1866 : s. f. Vivres, nourriture, en un mot ce que Rabelais appelait « le harnois de gueule ». Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Repas copieux composé de mets vulgaires. — Du lapin sauté, de l’oie aux marrons, du gigot aux haricots, de la dinde bourrée de chair à saucisse, des pommes de terre au lard, voilà de la boustifaille.
France, 1907 : Provisions de bouche, ce que Rabelais appelait harnais de gueule.
Chateaubriand
Rigaud, 1881 : Bifteck très épais, bifteck à triple étage, — dans le jargon des restaurants. — Un Chateaubriand aux pommes.
France, 1907 : Transformation du beef-steack sur la note du restaurateur. Une maison qui se respecte ne sert aux clients que des chateaubriands. Le publie bénévole paye le baptême. Pourquoi ce nom célèbre à un morceau de bœuf ? Théodore de Banville raconte qu’il voulut en avoir le cœur net :
Enfin, je n’y tins plus, je voulus absolument le savoir, et j’interrogeai Magny. À ce qu’il m’apprit, le chateaubriand fut baptisé ainsi, parce qu’il avait été inventé sous les auspices de… M. de Chabrillan ! N’est-ce pas là l’origine commune des histoires et des légendes qui, sauf de rares exceptions, sont toutes nées d’une faute de langue ou d’une faute d’orthographe ?
Il est vrai qu’il reste à ce grand écrivain, à ce philosophe morose, la popularité, énorme, permanente, la gloire en billon circulant du bouillon Duval au cabaret du Lyon d’Or, d’avoir servi de patron à un beefsteack renommé — lui qui n’en mangeait jamais et ne se nourrissait que de laitage, d’encens et de souvenirs. Ô ironie ! ô reconnaissance des peuples ! Un beefsteack aux pommes, voilà peut-être tout ce qui restera un jour d’un Atlas de la pensée, d’un Archimède de la philosophie. Il portait un monde dans son vaste cerveau, il rêvait d’en soulever un autre avec sa plume, et le résultat de tout cela : un nom qu’on crayonne sur un menu de restaurant. C’est ça la gloire !
(E. Lepelletier)
On vient d’installer à la Bibliothèque nationale un petit buffet, très commode pour les travailleurs. L’un de ceux-ci y pénètre dernièrement :
Que désire monsieur ?
— Qu’est-ce qu’on peut bien manger dans celte cité des lires ? Donnez-moi un Chateaubriand.
— Voilà, monsieur.
— Grand format, surtout.
Chausson
d’Hautel, 1808 : Tout son équipage tiendroit dans un chausson. Se dit par raillerie de quelqu’un dont le trousseau, le bagage est fort mince, et la bourse bien plus modique encore.
Delvau, 1864 : Fille de la dernière catégorie, qui chausse tout le monde et se fait chausser par tout le monde.
Joséphine ! elle a chausse le cothurne à la salle de la Tour d’Auvergne, chez Ricourt… — C’est pour cela que je l’appelle chausson… qu’elle est.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : s. m. Boxe populaire où le pied joue le rôle principal, chaussé ou non.
Delvau, 1866 : s. m. Femme ou fille qu’une vie déréglée a avachie, éculée. Putain comme chausson. Extrêmement débauchée. Aurélien Scholl a spirituellement remplacé cette expression populaire, impossible à citer, par cette autre, qui n’écorche pas la bouche et qui rend la même pensée : Légère comme chausson.
Delvau, 1866 : s. m. Pâtisserie grossière garnie de marmelade de pommes et de raisiné. Les enfants en raffolent parce qu’il y a beaucoup à manger et que cela ne coûte qu’un sou.
Virmaître, 1894 : Putain. Femme pour qui tout homme est bon. On dit putain comme chausson, parce que le chausson prête beaucoup et va à tous les pieds (Argot du peuple).
France, 1907 : Art de la lutte à coups de pieds également appelé savate.
France, 1907 : Prostituée. On dit généralement : putain comme chausson.
Chevilles
Rigaud, 1881 : Pommes de terre frites, — dans le jargon des voleurs. Elles bouchent le trou qu’a fait la faim.
France, 1907 : Pommes de terre frites.
Crompires
Ansiaume, 1821 : Pommes de terre.
C’est un tortilleur de crompires, le dabo, il ne fera rien pour nous.
Croqueuse de cœurs
France, 1907 : Jolie femme, fille d’Ève ; même sens que croqueuse de pommes.
Croqueuse de pommes
France, 1907 : Femme ou fille qui aime à accomplir l’acte qui fit chasser nos grands-parents du paradis terrestre. Honni soit qui mal y pense !
Cueilleur
d’Hautel, 1808 : Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire moderne ; on ne s’en sert que par ironie ; et pour ridiculiser un homme mal accoutré, fagoté, on dit qu’il est retroussé comme un cueilleur de pommes.
Cuire
d’Hautel, 1808 : Il lui en cuira pour avoir fait cette extravagances. Pour, il lui en arrivera mal ; il s’en repentira.
Trop gratter cuit, trop parler nuit. Signifie qu’il est dangereux, de se trop gratter, et de parler avec excès.
d’Hautel, 1808 : Viens cuire à mon four, présentement. Espèce de menace que l’on fait à quelqu’un dont on a reçu une offense, et qui équivaut à, reviens me demander quelque chose, et nous verrons.
On dit d’un extravagant, qu’il n’a pas la tête bien cuite.
Il a du pain de cuit. Manière figurée de dire qu’une personne est aisée ; qu’elle peut vivre sans travailler.
Liberté et pain cuit. Sont les deux plus grands biens de ce monde.
On dit d’une forteresse, d’une place que l’on a prise sans coup férir : qu’on l’a prise avec des pommes cuites.
Il est cuit ; il est fricassé. Pour, il est ruiné, il est perdu sans ressource.
Je lui rendrai le visage plat comme une pomme cuite. Paroles menaçantes, pour dire que l’on se vengera de quelqu’un.
Cuites
Rigaud, 1881 : Pommes cuites que l’on vend dans les rues et sous les portes. — Herbes cuites que débitent les fruitières.
Égayer
Delvau, 1866 : v. n. Siffler, — dans l’argot des coulisses. Se faire égayer. Se faire envoyer des trognons de pommes.
Rigaud, 1881 : Siffler, — dans le jargon des acteurs. — Egayer l’ours, siffler la pièce.
De la rampe la lumière
Éclaire un drame inédit :
On l’égaie, à la première ;
La claque seule applaudit.
(É. de La Bédollière. Dîners de l’anc. cercle)
France, 1907 : Siffler.
Entretenir (se faire)
Delvau, 1866 : Préférer l’oisiveté au travail, le Champagne à l’eau filtrée, les truffes aux pommes de terre, l’admiration des libertins à l’estime des honnêtes gens. L’expression est vieille comme l’immoralité qu’elle peint.
Extra
Larchey, 1865 : Repas plus soigné qu’à l’ordinaire.
Je crois qu’on peut bien se permettre un petit extra une fois par mois.
(Canler)
Aux tables d’officiers, un extra est un invité. — Dans un café ou un restaurant on appelle un extra, soit un plat demandé en dehors de la carte, soit un garçon de supplément qui vient aider au service.
Delvau, 1866 : s. m. Convive, — dans l’argot des tables d’hôte militaires.
Delvau, 1866 : s. m. Dîner fin, — dans l’argot des bourgeois qui traitent.
Delvau, 1866 : s. m. Garçon de supplément, — dans l’argot des cafés et des restaurants.
Delvau, 1866 : s. m. Petite débauche supplémentaire, — dans l’argot du peuple. Faire un extra. Faire une petite noce, une petite débauche de table.
Signifie aussi, seulement : Ajouter un plat à un repas trop Spartiate, un demi-setier à un déjeuner composé de pommes de terre frites, etc.
France, 1907 : Garçon de restaurant supplémentaire, dans les moments de presse. Se dit aussi pour plat, dans les restaurants, demandé en dehors de ceux auxquels le consommateur a droit.
France, 1907 : Invité à une pension militaire, et, par suite, plat ajouté à l’ordinaire et petite débauche qui s’en suit.
Le couvert était dressé. Plusieurs convives avaient été invités. C’était un extra pour fêter la proclamation de la République.
(Sutter Laumann, Histoire d’un Trente sous)
Fessier (le)
Delvau, 1864 : Le cul, qui porte des fesses comme le pommier des pommes. Tu es si fraîche que tu as sans doute le corps fort beau, et surtout le fessier.
(La Popelinière)
Dans le sapin je plongeai mon regard
Et j’aperçus un fessier magnifique
Qu’il me semblait avoir vu quelque part.
(Anonyme)
Frichti
Larchey, 1865 : Régal. — Corruption du mot allemand frühstück, déjeuner.
Voilà ce que je te conseille ; c’est de payer un petit frichti.
(Champfleury)
Delvau, 1866 : s. m. Ragoût aux pommes de terre, — dans l’argot des ouvriers, qui prononcent à leur manière le frühstück allemand.
Rigaud, 1881 : Repas de famille. — Ragoût de ménage. Les gens qui n’ont pas d’argot emploient à tort frichti dans le sens de grand dîner.
France, 1907 : Repas, régal ; corruption de l’allemand früstück, déjeuner, ou de l’anglais fresh steack, pièce de viande fraîche.
Sachant, comme pas un, vous fouiller un pays,
Entraîner les soldats, culbuter l’adversaire,
Donner des ordres nets, nettement obéis,
Avec ça, prévoyant comme trois majordomes,
Prodiguant an frichti ses soins intelligents,
Adorant son métier, adoré de ses hommes :
Bref, le dieu des troupiers et le roi des sergents !
(Paul Déroulède, Nouveaux Chants du soldat)
Frigousse
d’Hautel, 1808 : Mot baroque, qui équivaut à fricot, fripe, bonne chère.
Faire la frigousse. Aprêter le repas habituel.
Faire frigousse. Signifie aussi ripailler, se mettre en débauche.
Delvau, 1866 : s. m. Cuisine, ou plutôt chose cuisinée, — dans l’argot des faubouriens. Signifie spécialement : Ragoût de pommes de terre.
Rigaud, 1881 : Fricot ; cuisine ; repas. — Frigousser, faire la cuisine ; manger.
France, 1907 : Cuisine.
C’était trop réussi ; ça prouvait où conduisait l’amour de la frigousse.
(Émile Zola, L’Assommoir)
Frites
Delvau, 1866 : s. f. pl. Pommes de terre frites.
Rigaud, 1881 : Pommes de terre frites. — Pour deux ronds de frites.
France, 1907 : Abréviation de pommes de terre frites.
Nous étions entrés dans cette boutique de mastroquet où le gaz voletait jaune derrière les vitres ternies. C’était une fantaisie qui l’avait prise aujourd’hui de revoir ce lieu où elle venait autrefois, petit trottin, chercher pour deux sous de frites dans un cornet de papier.
(Louis de Robert)
À Sèvres, il s’était engagé à travers le parc, pour tomber en plein dans la fête automnale, heureux de se retrouver subitement au milieu du tapage, du mouvement, de la bousculade, reniflant gaiement la poussière et l’odeur des frites !
(William Busnach)
Quand ell’s n’ont plus d’mérites,
Combien d’ex-bell’s-petites,
Hélas ! en sont réduites
À se nourrir de frites !
(Louis Gabillaud)
Friturier, ère
Delvau, 1866 : s. Marchand, marchande de pommes de terre frites ou de gras-double à la poêle.
Grinchu
France, 1907 : Grognon, maladif.
La cuisine était, en notre enfance, un art vénéré ; c’est aujourd’hui une industrie. Il y a des machines à couper ceci, des machines à couper cela ; les plus admirés sont ceux qui dénaturent le plus le légume qu’ils persécutent, et celui qui sera arrivé à faire un chou-fleur en pommes de terre sera sacré grand homme dans tous les sous-sols du quartier de l’Étoile.
Avec cela, des essences de toutes couleurs, de toutes espèces, de tous parfums, des résumes, des concentrés, des extraits, la nature détrônée par la chimie, la maladie en bouteilles !
Étonnez-vous donc, après cela, que Madame ait la migraine, que Monsieur ait des crampes stomacales, que les enfants soient rachitiques et grinchus !
(Jacqueline, Gil Blas)
Haligote
France, 1907 : Nous donnons à titre de curiosité ce mot depuis longtemps hors d’usage et qui signifiait petit fragment, petit morceau, d’où le verbe haligoter, mettre en pièces. Dans la bouche du peuple, haligote est devenu haricot, et c’est ainsi qu’une haligote de mouton, c’est-à-dire un plat composé de viande de mouton coupée en menus morceaux et de pommes de terre s’est transformé en haricot de mouton, plat où il n’entre pas de haricots.
Lance
d’Hautel, 1808 : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.
Ansiaume, 1821 : Eau.
J’ai bu son picton et rempli sa rouillarde de lance.
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Eau.
Vidocq, 1837 : s. f. — Eau.
Clémens, 1840 : Eau, larme.
un détenu, 1846 : Eau pour boire.
Larchey, 1865 : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.
Delvau, 1866 : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].
Delvau, 1866 : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.
Rigaud, 1881 : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.
Merlin, 1888 : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.
La Rue, 1894 : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.
Virmaître, 1894 : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.
Rossignol, 1901 : Eau.
Hayard, 1907 : Eau, pluie.
France, 1907 : Balai, à cause de son long manche.
France, 1907 : Eau.
— Je l’ai porté placidement sous la fontaine de la Maubert et je lui ai fait couler un petit filet de lance sur la tête, histoire de lui rafraîchir la coloquinte, en lui disant : Tiens, bois un coup de ça, pour te remettre ; mais, au lieu de boire, il a demandé du vin. Regardez-le gesticuler en montrant le poing à la fontaine.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Le richard, qui bourre d’avoine ses canassons quand ils ont quelques kilomètres de plus à faire, se fout comme d’une guigne que ses nègres tirent la langue et s’ingurgitent la lance bourbeuses des mares.
(Le Père Peinard)
Voici comment ils croûtent : le matin, ils bouffent un quignon et sirotent une infusion de chicorée ; à 1 heure, ils s’empiffrent de patates ; le soir, ils s’enfilent de la soupe et graissent leur pain d’un bout de lard gros comme une noisette. Si les pauvres gas ne sont pas trops à la côte, ils s’appuient une fricassée de pommes de terre dans une sauce au saindoux et à l’oignon.
Pour boisson, de la lance qui a passé sur l’infusion de chicorée dénommée café. Très rarement de la bière ou du cidre.
(Le Père Peinard)
Pivois sans lance, vin sans eau.
France, 1907 : Le pénis. Ce mot n’est plus guère employé dans ce sens.
France, 1907 : Pluie.
Profitant de l’expérience acquise par son aîné, le débutant aurait trouvé tout de suite, à la Villette ou à la Chapelle, une jeune personne qui lui aurait fait connaître les ivresses de l’amour, tout en lui permettant de passer des jours tissés de la plus douce fainéantise. Et le soir, au fond de l’assommoir, à l’abri des averses il aurait joué des « champoreaux » et des saladiers de vin chaud au zanzibar, pendant que l’innocente enfant aurait turbiné sous la lance.
(Laerte, Le Radical)
France, 1907 : Urine.
À été aussi ordonné que les argotiers toutime qui bieront demander la tune, soit aux lourdes ou dans les entiffes, ne se départiront qu’ils n’aient été refusés neuf mois, sous peine d’être bouillis en bran, et plongés en lance jusqu’au cou.
(Règlements des états généraux du Grande-Coëre)
Lardé aux pommes
Rigaud, 1881 : Ragoût de pommes de terre au lard. — Un lardé aux pommes, une portion de pommes de terre au lard.
Au prix où sont les lardés aux pommes aux trente neuf marmites.
(Tam-Tam, du 6 juin 1880)
France, 1907 : Plat de lard et de pommes de terre ; argot des gargotes.
Liche-frite
Virmaître, 1894 : Pommes de terre frites (Argot du peuple).
France, 1907 : Pommes de terre frites.
Loupeur, loupeuse
Rigaud, 1881 : Vaurien, drôlesse ; bambocheur, bambocheuse.
France, 1907 : Fainéants, débauchés.
La salle Colbus a une physionomie toute particulière parmi les bals de Paris. Sa clientèle est étrange et redoutable. Escarpes et souteneurs s’y rencontrent avec les bohèmes de la Villette, les loupeurs des fortifs, les rôdeurs du boulevard dit extérieur.
(Edmond Lepelletier)
— C’est drôle que ça fasse toujours plaisir de parler du temps où l’on était malheureux. Nom d’un chien ! je suis contente de me retrouver avec toi, tout de même ! Tu te souviens à l’école, chez les sœurs, tu faisais mes devoirs. J’étais rien loupeuse ! Et puis les pommes vertes que j’apportais et que nous allions manger dans les lieux…
(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)
Rôdeurs, loupeurs, souteneurs, filles se pressaient autour des tables, retentissantes du choc des verres et du tumulte des conversations. Toutefois, dans cette cohue patibulaire, pas une blouse, pas un prolétaire. Tous gens comme il faut, portant le vêtement de drap bourgeois. Telle est la sévère étiquette du lieu (le caveau des halles).
(Louis Barron, Paris étrange)
d’Hautel, 1808 : Espèce de marché à Paris, où l’on vend des pommes.
Vas-t’en au mail, tu auras une pomme rouge. Manière grossière de refuser à une demande, d’envoyer promener celui qui la fait.
Mangeur
d’Hautel, 1808 : Mangeur de choux. Lapin nourri avec des choux, et dont la chair est bien inférieure à celle du lapin de garenne.
Mangeur de blanc Homme sans délicatesse, sans honneur, et de mauvaise vie, qui se laisse entretenir par les femmes.
Mangeur de soupe apprêtée. Paresseux, fainéant, oisif, qui veut prendre part aux bénéfices d’une affaire, sans s’y être donné le moindre mal.
Mangeur de chrétien. Procureur, avocat, huissier ; en un mot, tout ce qui tient à la chicane.
Mangeur de charrettes ferrées ; mangeur de petits enfans. Mauvais sujet, sans bravoure ; mauvaise tête ; fanfaron.
Mangeur de pommes. Nom que l’on donne par ironie aux Normands.
M.D., 1844 : Celui qui, faisant partie d’une bande, dénonce les autres.
Larchey, 1865 : Dissipateur. — Mangeur de galette : Fonctionnaire vénal (Vidocq). — Mangeur de blanc : Homme se faisant entretenir par une femme. V. d’Hautel. — Mangeur de blanche serait plus juste. — Mangeur de bon Dieu, de messes : Dévôt.
Quittez vos tanières, antiques comtesses, mangeuses de mes ses.
(Départ de la Cour, Ch., 1830)
Delvau, 1866 : s. m. Dissipateur, viveur, — dans l’argot du peuple.
Fustier, 1889 : Dénonciateur, espion. Argot des prisons.
Ce sont les révélateurs qu’on appelle les mangeurs, la musique.
(J. Vallès)
Mangeur de pommes
Delvau, 1866 : s. m. Normand.
Morgane
Vidocq, 1837 : s. m. — Sel.
Larchey, 1865 : Sel (Vidocq). — De morganer. V. Momir.
Delvau, 1866 : s. f. Sel, — dans le même argot. Flouant de la morgane. Escroquerie commise au moyen d’un paquet de sel et d’un mal de dents supposé.
La Rue, 1894 : Sel.
France, 1907 : Sel ; du vieux francs morganer, mordre.
Il revint avec deux livres de pommes de terre.
— Tiens, dit-il, en les déposant toutes fumantes sur la table, en voilà des goujons péchés à coups de pioche dans la plaine des Sablons, ils ne sont pas frits, ceux-la.
Il se fit apporter de la morgane, et bien qu’une heure auparavant Vidocq eût fait un excellent dîner chez Martin, il tomba sur les pommes de terre et les dévora comme s’il n’eût pas mangé de deux jours.
(Mémoires de Vidocq)
Navarin
Delvau, 1866 : s. m. Navet, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. m. Ragoût de mouton, de pommes de terre et de navets, — dans l’argot des restaurants du boulevard. C’est un nom nouveau donné à un mets connu depuis longtemps.
Rigaud, 1881 : Navet. — Ragoût de mouton aux pommes. C’est le vulgaire haricot de mouton appelé pompeusement « navarin » par les restaurateurs des boulevards.
Fustier, 1889 : « L’étalier connaît les clients, leur mesure les égards et vend aux pauvres le navarin, c’est-à-dire les rognures, les balayures de l’étal, à raison de dix sous la livre. »
(L’Esclave Ivre, no 3)
France, 1907 : Navet ; argot des voleurs.
France, 1907 : Ragoût de mouton où il entre des navets.
Ognons (aux) !
Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des faubouriens, qui l’emploient comme superlatif de bien, de bon et de beau. On dit aussi Aux petites ognons ! et même Aux petites oignes ! Cette expression et celle-ci : Aux petits oiseaux ! sont les descendantes de cette autre : Aux pommes ! qu’explique à merveille une historiette de Tallemant des Réaux.
Oignon
Vidocq, 1837 : s. f. — Montre.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Montre (Vidocq). — Allusion de forme. — Aux petits oignons : Très-bien. — On sait combien le peuple aime ce légume. — On dit par abréviation : Aux petits oignes ! — V. Aux pommes. — Il y a de l’oignon : Il y a du grabuge. — Allusion aux pleurs que l’oignon fait verser.
S’prend’ de bec c’est la mode,
Et souvent il y a de l’oignon.
(Dupeuty)
Rigaud, 1881 : Montre d’argent épaisse et large.
La Rue, 1894 : Grosse montre démodée. Aux petits oignons, très bien.
Virmaître, 1894 : Montre énorme. Argot du peuple qui dit : ognon.
— Ton ognon marque-t-il l’heure et le linge ? (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Grosse montre.
France, 1907 : Argent. « Tu peux l’épouser, elle à de l’oignon. » L’expression est très ancienne ; on la trouve dans les vieux poètes :
Ainsi parloyent les compaignons
Du bon maistre Françoys Villon,
Qui n’avoyent vaillant deux ougnons,
Tentes, tapis ne pavillon.
(Les Repenes franches)
Les Dannois jadis et Saxons
À vous, Anglois, firent grans armes ;
Ils n’y gagneront deux oygnons,
Non obstant leurs grans vuaquarmes.
(Robert Gaguin, Le Passe-temps d’oysiveté)
France, 1907 : Bruit, tapage, grabuge. « Il a de l’oignon » est le refrain d’une chanson populaire fort en vogue sous le consulat et les premières années de l’empire. Cette expression s’emploie aussi pour dire qu’il y a quelque chose de désagréable, que des difficultés vont surgir, métaphore tirée de ce que les vapeurs d’oignons piquent les yeux et arrachent les larmes.
Le comte Jaubert raconte que, l’empereur Napoléon Ier rentrant un jour aux Tuileries de très mauvaise humeur, le suisse dit tout bas à son voisin : « Il paraît qu’il y a de l’oignon. » L’empereur, qui l’avait entendu, se dirigea vers lui et lui dit : « Eh bien ! oui, il y a de l’oignon ! » Le malheureux faillit tomber à la renverse.
On disait autrefois, quand on se jouait de quelqu’un, qu’on lui baillait de l’oignon :
— Par nostre Dame ! on m’a baillé de l’oignon, et si ne m’en doubtoye guères…. Le dyable emporte la gouge… !
(Les Cent Nouvelles nouvelles)
France, 1907 : L’anus, autrement dit le trou de balle ; argot des souteneurs. On dit aussi oignon brûlé.
France, 1907 : Montre épaisse, telle qu’on les faisait autrefois, ce qui leur donnait quelque similitude avec un oignon.
Olivier de savetier
Delvau, 1866 : s. m. Navet, — dans l’argot des faubouriens, qui font sans doute allusion à l’huile qu’on extrait de la navette, un Brassica napus aussi, mais oleifera.
Virmaître, 1894 : Navet. Comme ils sont économes pour la plupart, ils se servent de l’huile de navette qui se vend bon marché pour assaisonner leur salade. C’est exactement la même chose que pour les pommes de terre ; on dit des oranges de limousins (Argot du peuple).
Oranger
Delvau, 1866 : s. m. La gorge, — dans l’argot de Breda-Street. M. Prudhomme, dans un accès de galanterie, s’étant oublié jusqu’à comparer le buste d’une belle femme au classique « jardin des Hespérides », et les fruits du jardin des Hespérides étant des pommes d’or, c’est-à-dire des oranges, on devait forcément en arriver à prendre toute poitrine féminine pour un oranger.
Oranges à cochon
France, 1907 : Pommes de terre. On les donnait en effet autrefois aux cochons, et ce préjugé était tel que les paysans seraient plutôt morts de faim que de goûter à ce tubercule, interdit par les prêtres.
Par les villes, par les hameaux,
Après la parole bénite,
Pendant deux cents ans les pourceaux
Mangeaient seuls la pomme maudite.
Si bien qu’on vit les paysans
Brouter l’hiver l’herbe gelée,
Tandis qu’au milieu de leurs champs
Restait la pomme ensorcelée.
(Charles Jodet)
On dit aussi oranges de Limousin.
Paradis
d’Hautel, 1808 : Les riches ont leur paradis en ce monde. Pour dire, qu’ils y ont toutes leur commodités, qu’ils y goûtent toutes les jouissances de la vie.
Il a heurté à la porte du paradis. Se dit d’un homme qui a été dangereusement malade.
C’est le chemin du paradis, on n’y va qu’un à un. Se dit en plaisantant d’un chemin difficile et fort étroit, où l’on est obligé de passer l’un après l’autre.
Paris est le paradis des femmes, le purgatoire des hommes, et l’enfer des chevaux. Jamais proverbe ne fut d’une plus exacte vérité.
Il croit être en paradis. Se dit de quelqu’un qui passe tout d’un coup d’un emploi pénible et turbulent à une condition douce et paisible, ou qui est dans la joie et l’ivresse.
Delvau, 1866 : s. m. Amphithéâtre des quatrièmes, — dans l’argot des coulisses.
Delvau, 1866 : s. m. La fosse commune, — dans l’argot ironique des marbriers de cimetière.
France, 1907 : Amphithéâtre des quatrièmes, les places lus plus élevées d’un théâtre.
À l’orchestre d’un théâtre du boulevard, un spectateur demande à son voisin en levant les yeux vers les dernières places :
— Pourquoi diable appelle-t-on cela le Paradis ?
— Sans doute parce que c’est le ciel relativement au parterre, répond celui qu’on interroge.
— Du tout ! s’écrie Dumas fils, c’est parce qu’on y mange des pommes.
(Eugène de Mirecourt)
France, 1907 : Jeu de marelle, à cause du nom donné au point gagnant ; patois meusien.
Picahou !
France, 1907 : Cri que poussent les enfants la veille de Noël, à Orthez.
Ils s’en vont par les rues, criant : Picahou ! hou ! hou ! et s’arrêtent particulièrement devant les maisons où ils savent qu’il y a des nouveaux-nés. On leur jette des pommes, des châtaignes et des noix.
(V. Lespy et P. Raymond)
Pignouf
Larchey, 1865 : Chez les cordonniers, le maître s’appelle pontif, l’ouvrier gniaf, et l’apprenti pignouf.
Larchey, 1865 : Homme grossier, mal élevé.
Cet animal d’Amédée n’a pas le sou. — Prends-en un autre. — Où ça ! tous des pignoufs ici.
(1860, À bas le quartier latin)
Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. — Grossier personnage, malappris.
En voilà un petit pignouf de calicot, qui m’a fait boire de la groseille quand j’avais demandé du madère !
(G. Lafosse, Petit journal amusant)
Le Pignouflard, c’est le pignouf dans toute sa beauté, la dernière expression du goujat.
Fustier, 1889 : Élève reçu à l’École normale, mais qui n’a pas encore subi l’épreuve du canularium. (V. ce mot.)
La Rue, 1894 : Grossier. Avare. Goujat. Apprenti cordonnier.
Virmaître, 1894 : Un miché qui pose un lapin à une fille est un pignouf (Argot des filles).
France, 1907 : Individu grossier, avare, égoïste, glouton. Terme de mépris que l’on adressait autrefois dans les régiments à ceux qui buvaient seuls, qui faisaient suisse. L’Intermédiaire des chercheurs et curieux donne, sous la signature Ego E-G, l’explication de ce mot :
D’après nos professeurs de langue verte, ce mot s’applique à tout individu considéré comme un goujat, un grossier personnage, comme un homme malpropre et malappris ; c’est le dernier échelon, en outre, de l’échelle sociale des savetiers, au sommet de laquelle trône le chef de l’atelier du pontife, tandis que l’ouvrier ou gniaf siège plus bas ; telle est, au figuré comme au sens propre, la signification générale de cette grotesque locution. Quant à son étymologie, faut-il la voir dans le vieux mot français pigne (peigne), dont se servaient jadis Rabelais, Regnier, Villon et leurs émules, afin de mieux adapter une portée dédaigneuse à leur pensée et qui s’est implanté plus tard, chez nous, dans une conception identique, accompagné d’une interjection (ouf) capable de lui donner à la fois un son moins vague et radical ? Doit-on, au contraire, le puiser avec un peu plus de succès dans les pinons (pommes de pin), dont la corruption a fait pignons et même peignons, afin de désigner directement ce qui reste de la laine, après qu’elle a été peignée (postquam carminata fuit tana) comparaison qui nous conduit à regarder toujours le mot dans son acception présente ? ou bien, en remontant jusqu’au celtique pen (tête, sommet), faut-il y voir le motif d’une allusion portée jusqu’au comble du mépris pour l’individu qu’elle frappe ? Quelle que soit l’origine que l’on préfère, on y trouvera toujours une portée presque identique et qui se résume dans la désignation frappante de l’homme sale comme un peigne et malappris.
Quelques coryphées très jeunes causent au foyer de la danse :
Qu’est-ce que c’est que les sénateurs ?
— Un tas de vieux, répondent les mieux renseignées.
— Et les députés… sont-ils plus jeunes ?
— Ils sont moins vieux.
D’où cette réflexion surnaturaliste d’une petite marcheuse, ayant déjà beaucoup marché :
— C’est donc ça qu’ils sont plus pignoufs !
Plumer des patates
France, 1907 : Peler des pommes de terre.
Chacun maintenant feignait de plumer ses patates.
(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)
Plus que de pommes en Normandie
France, 1907 : En nombre considérable. On sait que la Normandie est le pays des pommiers.
Pommaille
France, 1907 : Pommes de mauvaise qualité ; terme campagnard.
Pommer
d’Hautel, 1808 : Faire une malhonnêteté bien pommée à quelqu’un. C’est-à-dire, manquer entièrement aux égards, au respect qu’on lui doit ; s’écarter tout-à-fait des règles de la bienséance. On dit aussi de quelqu’un qui fait des fautes grossières en parlant, ou qui ne peut ouvrir la bouche sans faire de grossiers mensonges, qu’il en dit de pommés.
Ansiaume, 1821 : Arrêter, prendre.
Pour m’en défaire je le ferai pommer.
France, 1907 : Arrêter, emprisonner.
Enfin quèqu’fois quand on m’pomme,
J’couche au post’ ! c’est chouett’, c’est chaud.
(J. Richepin)
Pommes
Delvau, 1864 : Les tétons.
Il montre aux regards de l’amour
Abricot mignon qui s’entr’ouvre,
Et plus haut deux pommes d’amour.
(Félix)
Un beau bouquet de roses et de lis
Est au milieu de deux pommes d’albâtre.
(Voltaire)
Quand tu frippais mes jupons,
Poussé par trent’-six rogommes,
N’t’ai-j’ pas fait trouver des pommes
Où tu n’cherchais qu’des chiffons ?
(Parnasse satyrique)
France, 1907 : Seins de femme.
Un beau bouquet de roses et de lis
Est au milieu de deux pommes d’albâtre.
(Voltaire)
Pommes (aux)
Larchey, 1865 : Très-bien. V. Ognons. — Nous ne savons si ce superlatif est causé par la folle passion des voyous parisiens pour les chaussons aux pommes, ou s’il faut y voir une locution plus âgée.
Le feu duc de Brissac (mort en 1651) aimoit tant les pommes de reinette que, pour bien louer quelque chose, il ajoutait toujours de reinette au bout, tellement qu’on lui ouït dire quelquefois : C’étoit un honnête homme de reinette.
(Tallemant des Réaux)
Bath aux pommes : Bien (Lem. de Neuville).
J’ai mijoté pour ce numéro un petit éreintement aux pommes.
(J. Rousseau)
Rigaud, 1881 : Bate aux pommes, Soigné. — Deux consommateurs, un habitué et un étranger, demandent, dans un café, chacun un bifteck, le premier aux pommes, le second naturel, nature, dans l’argot des restaurateurs. Le garçon chargé des commandes voie vers les cuisines et s’écrie d’une voix retentissante : « Deux biftecks, dont un aux pommes, soigné ! » Le mot fît fortune. C’est depuis ce jour qu’on dit : « Aux pommes », pour soigné.
France, 1907 : Soigné, délicat ; synonyme d’aux petits oignons.
Rigaud donne l’origine de cette singulière expression : « Deux consommateurs, un habitué et un étranger, demandent chacun un bifteck, le premier aux pommes, le second nature. Le garçon vole vers les cuisines et s’écrie d’une voix retentissante : Deux biftecks, dont un aux pommes, soigné ! » Le mot fit fortune. C’est depuis ce jour qu’on dit aux pommes pour soigné.
Ces jours derniers, à l’équipe de la ferblanterie, une sale typesse emportait toujours les meilleures payes.
Pourquoi ?
Les copines ouvrirent leurs lucarnes et découvrirent que celle qu’elles avaient à l’œil mouchardait les camarades au contre-coup.
Oh ! foutre, quand les bonnes bougresses furent fixées, ça ne traîne pas : elles attendirent la moucharde à la sortie et lui administrèrent une brûlée faramineuse, — quelque chose de tapé et de bath aux pommmes !
(Le Père Peinard)
Pommes (aux) !
Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des faubouriens, qui l’emploient comme superlatif de Bien, de Bon et de Beau. On dit aussi Bath aux pommes ! pour renchérir encore sur l’excellence d’une chose. Cette expression est l’aïeule des petits ognons et autres petits oiseaux en circulation à Paris.
Pommes (c’est comme des)
Rigaud, 1881 : C’est inutile, ce n’est pas nécessaire, — dans l’argot du régiment. Variante : C’est comme des dattes.
Pommeux
France, 1907 : Déchargeur de bateaux de pommes.
Pommier
Clémens, 1840 : Perdre.
Delvau, 1866 : s. m. La gorge. Pommiers en fleurs. Seins de jeune fille. Pommier stérile. Poitrine maigre et plate.
C’est aux poètes poudrés du XVIIIe siècle que nous devons cette expression faubourienne. Ils ont comparé les seins à des pommes, rappelant à ce propos, en les interprétant à leur façon, le Jugement de Pâris sur le mont Ida et la séduction d’Adam par Ève dans le Paradis terrestre. Il était tout naturel que les pommes ainsi semées par eux produisissent un pommier. Œuf implique forcément l’idée de poule.
France, 1907 : Gorge de femme. Pommier en fleurs, seins de jeune fille. Pommier stérile, gorge plate, seins de religieuse.
Pompe
Delvau, 1866 : s. f. Retouche, — dans l’argot des tailleurs. Petite pompe. Retouche des pantalons et des gilets. Grande pompe. Retouche des habits et des redingotes.
Rigaud, 1881 : Botte. — Faire les pompes au prix-courant, voler des bottes à l’étalage. Le voleur à l’étalage, aussitôt le coup fait, part en courant.
Rigaud, 1881 : Officier attaché à l’instruction générale, en terme d’École de Saint-Cyr.
Ils remplissent un peu les fonctions de pion.
(Saint-Patrice)
Corps de pompe, les professeurs.
Ceux qui savent quelques bribes de dessin pochent en quatre traits la caricature du général ou du corps de pompe.
(R. Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien, 1880)
Rigaud, 1881 : Retouche faite à un vêtement.
Rigaud, 1881 : Travail suivi, — dans le jargon des typographes. — Avoir de la pompe, avoir beaucoup d’ouvrage pressé à faire.
Fustier, 1889 : Étude. Cours. Argot des Élèves de l’École de Saumur.
La Pompe ! A ce grand mot votre intellect se tend
Et cherche à deviner… La Pompe, c’est l’étude,
La Pompe, c’est la longue et funeste habitude
De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs
Le suc et l’élixir de leurs doctes labeurs.
(Nos farces à Saumur)
France, 1907 : Atelier de tailleurs. C’est aussi la retouche des vêtements.
France, 1907 : Beignet ; patois de l’Auvergne.
Quant à nos vendangeurs, ils ne se contentent pas de mastiquer le gigot, la fourme et la pompe aux pommes. Tout cela ne serait point succulent sans l’eau bénite de cave dont ils s’administrent des lampées, à qui mieux mieux, sans danses ni bourrées finales, et aussi sans taquineries amoureuses entre filles et garçons.
(Jacques d’Aurelle)
France, 1907 : Étude, travail ; argot des écoles militaires.
La pompe ! à ce grand mot votre intellect se tend
Et cherche à deviner… La pompe c’est l’étude,
La pompe, c’est la longue et funeste habitude
De puiser chaque jour chez messieurs les auteurs
Le suc et l’élixir de leurs doctes labeurs…
(Théo-Critt, Nos farces à Saumur)
France, 1907 : Seringue, plus généralement appelée, dans l’argot militaire, pièce humide, d’où le nom d’artilleurs de la pièce humide donné aux infirmiers militaires.
On a prôné les pompiers et pourquoi ?
C’est peut-êtr’ bien pour leurs jeux hydrauliques
Aux mêm’s honneurs nous avons un peu droit
Et même mieux, j’vais l’prouver sans réplique ;
Quand les pompiers au feu s’en vont encore,
C’est pour l’éteindr’, si je n’me trompe ;
Quand un pompier à le feu dans le corps,
C’est nous qui manœuvrons la pompe.
France, 1907 : Soulier. Il aspire l’eau lorsqu’il est troué. « Refiler un coup de pompe dans l’oignon », donner un coup de soulier au derrière. On appelle encore un soulier troué pompe aspirante.
Poulailler, paradis
Rigaud, 1881 : Les mansardes du théâtre. — Poulailler : parce que le public des petits théâtres se plaît à imiter parfois les cris de certains animaux et principalement le chant du coq. Paradis : parce qu’on y mange beaucoup de pommes, d’après la définition de M. Dumas fils.
Quiller
Delvau, 1866 : v. a. et n. Lancer des pierres, soit pour attraper quelqu’un qui s’enfuit, soit pour abattre des noix, des pommes, etc. Argot des gamins.
Rigaud, 1881 : Éprouver des désirs amoureux.
Rigaud, 1881 : Remettre à leurs places respectives les quilles abattues au jeu de la poule, au billard. Quillez donc, vous autres ! Chacun son tour de quiller.
Hayard, 1907 : Battre.
France, 1907 : Lancer des pierres.
France, 1907 : Tirer, viser, taper.
Non, non, je n’irai pas grossir cette bande de parlementaires, qui m’ont tout l’air d’être pourris jusqu’aux moelles et qui ont singulièrement accéléré, depuis vingt ans, la décadence de mon malheureux pays. Moi, député ! Non, mais me voyez-vous me vautrant dans « le sein de la commission » et quillant sur les ministres comme sur les poupées du jeu de massacre, à la foire de Neuilly ?
(François Coppée)
Rata
Vidocq, 1837 : s. f. — Fricassée.
Larchey, 1865 : Abréviation de ratatouille.
Pour le rata : faites bouillir de l’eau, prenez des pommes de terre, jetez le légume choisi dans la bassine, ajoutez 3 kilogr. de lard par cent hommes, remuez et servez.
(La Bédollière)
Delvau, 1866 : s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard, — dans l’argot des troupiers.
Rigaud, 1881 : C’est le ragoût servi aux troupiers les jeudis et les dimanches ; pour ratatouille, mauvais ragoût. Rata aux pommes, ragoût aux pommes de terre que les restaurateurs des grands boulevards appellent pompeusement : « Un navarin », et qu’ils font payer en conséquence.
Merlin, 1888 : Ragoût composé de toute espèce de viande et légumes.
France, 1907 : Ragoût que l’on sert journellement aux soldats et qu’on ne donnait autrefois à leurs devanciers qu’aux grandes occasions, ou au plus le dimanche. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, l’apocope de ratatouille. Rata vient du grec ratos, ragoût fait de lait de chèvre, de miel et d’andouilles, et c’est de ce dernier mot combiné avec rata qu’on a fait ratatouille.
Homère raconte que les grognards de son temps veillaient à ce que leurs troupiers fussent toujours suffisamment repus. Aussi un festin suivait-il immédiatement un combat. Ajax tournait la broche gigantesque d’Agamemnon. Diomède, après avoir bouchonné ses chevaux, préludait à l’enfoncement complet des Troyens en confectionnant, dans une lèchefrite d’or, ce brouet noir appelé ratos, dont les Grecs étaient si friands, et Achille lui-même, le tendre et vaillant Achille, ne dédaignait pas de mettre la main à la pâte sous la tente de la sensible Briséis.
(Émile Marco de Saint-Hilaire)
Régalade (boire à la)
France, 1907 : Boire le liquide d’une bouteille ou d’un flacon sans toucher de ses lèvres le goulot.
Je les ai vus, assis en rond sous les grands chênes, autour d’un feu de branches, faire leur repas du matin. Tout en causant de leurs travaux, ils mangeaient de savoureuses châtaignes, des pommes de terre tirées de la cendre, et buvaient à la régalade le vin nouveau du terroir, en le faisant tomber du goulot, la tête renversée, la bouteille levée, comme un rais de soleil qui glougloute dans le gosier.
(Aug. Marin)
Regrattier
d’Hautel, 1808 : Homme intéressé, lâdre, qui, sur un compte, se permet les plus petites réductions.
France, 1907 : « Les regrattiers sont les pâtissiers qui fabriquent les chaussons aux pommes, les brioches sans beurre et les gâteaux sans sucre qu’on vend aux écoliers et aux gamins de Paris. »
(A. Privat d’Anglemont)
France, 1907 : Individu qui achète aux mendiants les bons de charité qu’on leur donne.
Sac de pommes de terre
France, 1907 : Protubérance musculaire sur le biceps.
Un jeune homme frêle et charmant dans une veste de chasse dont le coutil laissait apercevoir aux biceps le sac de pommes de terre du savetier.
(Edmond de Goncourt, La Fille Élisa)
Tamponne
France, 1907 : Nourriture, plat quelconque. On s’en tamponne l’estomac. Vieux français. Faire la tamponne, se régaler.
Le 13e a eu ses illustrations culinaires. On y parle encore d’un Provençal qui n’avait pas son pareil pour le rata au lard et aux pommes de terre ; et il est avéré que certain soir, ayant un grand dîner, le capitaine de l’escadron envoya chercher plein une soupière de cette délicieuse tamponne, pour en faire goûter à ses convives, lesquels s’en léchèrent les doigts.
(Émile Gaboriau, Le 13e hussards)
En Béarn, tamponne signifie débauche de table ; ha la tamponne, boire et manger avec excès ; tamponnaire, personne qui fait des excès de table.
Tapé
Delvau, 1866 : adj. Réussi, émouvant, éloquent, — c’est-à-dire bourré de grosses phrases sonores et d’hyperboles de mauvais goût, comme le peuple les aime dans les discours de ses orateurs, dans les livres de ses romanciers et dans les pièces de ses dramaturges. Tapé dans le nœud. Excessivement beau, ou extrêmement remarquable.
Rigaud, 1881 : L’expression si populaire de « c’est tapé », pour « c’est réussi », nous la trouvons déjà en 1823 dans le Voyage à Sainte-Pélagie, d’Émile Debraux. — « En voilà un (un vers) : il m’a donné bien du mal, c’est vrai ; mais aussi comme c’est tapé ! »
Jupiter avait une bonne tête, Mars était tapé.
(Zola, Nana)
Un travail tapé, un discours tapé.
La Rue, 1894 : Réussi.
Rossignol, 1901 : Bien, joli, beau : c’est tapé.
France, 1907 : Réussi, bon. Tapé à l’as, parfaitement réussi, excellent. Tapé aux pommes, tapé dans le nœud, même sens.
— Une particulière tapée aux pommes ; pas cocotte pour deux liards. Jamais je n’en ai vu une pareille venir dans la boite à Monsieur.
(Paul Mahalin)
Transvaalique
France, 1907 : Qui appartient au Transvaal.
Un autre personnage, transvaalique et formidable, ayant l’habitude de la médianoche, dégoûté de tout ce que le génie de vingt maîtres-queux inventait pour réveiller son goût emoussé et blasé, flanquait régulièrement à la porte, entre minuit et deux heures du matin, ses officiers de bouche éminents et désemparés. Une nuit, une pauvre maritorne, employée à la vaisselle, lui confectionne une soupe, mais quelle soupe, la soupe aux poireaux et aux pommes de terre ! Le milliardaire la dévore, mugit de joie et en redemande. Mais la maritorne était partie, congédiée par le Carême indigné, et jamais plus, ni pour or, ni pour argent, ni par douceur, ni par violence, l’infortuné Crésus n’a mangé une autre soupe comme celle-là. Il n’est pas assez riche, ou il l’est trop. C’est ce que Banville voulait dire.
(Émile Bergerat)
Triperie (boutique de)
France, 1907 : Corset. Il n’est peut-être pas d’instruments de torture que la mode impose périodiquement aux femmes qui ait été plus justement attaqué que le corset, et qui ait mieux résisté à toutes les attaques, ce qui prouve que chez la femme la coquetterie l’emporte sur l’hygiène et la santé.
M. Charles Bonheur a donné, dans l’Écho du Public, quelques définitions critiques et humoristiques du corset, qui trouvent ici leur place :
Niche pour deux seins. — Case-pomme. — Garde-fous. — Un écrin ou un écrou. — Petite écluse. — Appareil à l’aide duquel on soutient les faibles, contient les forts, et ramène les égarés. — Comme quoi il n’y a pas que Jonas qui ait été victime de la baleine. — Le cornet qui contient les deux sous de colle de pâte le ces dames. — Prétentieux qui doit savoir soutenir ce qu’il avance. — La camisole de force des femmes. — Tirelire contenant les gros sous de l’amour. — Plus une femme est tétonnante, plus elle en a besoin. — C’est là où la femme place ses meilleures saillies dans la conversation des mains. — L’Æs triplex du cœur de la femme. — Prison réservée aux vagabonds. — Abri pour deux sentinelles avancées. — Nid pour deux tourterelles ou deux… corbeaux. — Panier à pommes ou à poires. — Retranchement d’où ne doivent pas sortir les soldats pour aller à la découverte. — Balle de coton. — Boutique de triperie. — Urne évitant les scrutins de ballottage. — Un champ de manœuvre. — Parachute. — Filet pour ballons captifs. — Une montagne qui accouche de deux souris. — Poste de secours pour pendus. — Témoin du duel de deux teutons. — Écrin qui promet monts et merveilles. — Engin de torture servant à comprimer la taille des femmes qu’il lasse énormement et qu’elles délacent toujours avec joie.
Trou aux pommes de terre
Delvau, 1866 : s. m. La bouche, — dans l’argot des faubouriens. C’est la même expression que celle des ouvriers anglais : Potatoe trap.
Virmaître, 1894 : La bouche (Argot du peuple).
France, 1907 : Bouche ; argot populaire.
Truffard
Delvau, 1866 : s. m. Soldat, — dans l’argot des faubouriens.
Merlin, 1888 : Synonyme de grognard.
France, 1907 : Soldat, appelé ainsi à cause des truffes ou pommes de terre dont son ordinuire était autrefois plus garni que de viande.
— Cette pauvre Pucelle, disait-il, ne trouvera jamais l’occasion de dérouiller son bancal. Il faudra qu’il se décide à dégommer quelqu’un de nous. Quand tu retourneras au pays et qu’on dira : « Ah ! arrivez les farauds, voici le bourreau des crânes, le fameux Daniel, le terrible pourfendeur qui revient d’Afrique, combien as-tu estourbi de Bédouins, mon fils ? » qu’est ce que tu répondras ? Tu seras obligé, ou de passer pour ne seringue, ou de conter des balançoires, ce qui est humiliant pour un vrai truffard.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Urpino
Rigaud, 1881 : Pour rupino, rupin, c’est-à-dire élégant, distingué, bon genre. — C’est urpino, aux pommes, c’est le comble de l’élégance.
France, 1907 : Beau, bon, bien : déformation de rupino.
Verdouces
Clémens, 1840 : Pommes.
Verdouses
Ansiaume, 1821 : Pommes.
Apportes-moi une douzaine de verdouses pour me refaiter.
Argot classique, le livre • Telegram