Rigaud, 1881 : À rien ; pas un point ; c’est-à-dire qui cherche à faire un point. Terme de joueurs d’écarté. Nous sommes trois à cherche.
À cherche
À la fourche
France, 1907 : On dit adverbialement et proverbialement : à la fourche, pour dire négligemment et grossièrement. Cela est fait à la fourche, Panser des chevaux à la fourche. (Dict. de l’académie) Mais, comme le fait observer judicieusement l’auteur des Remarques morales, philosophiques et grammaticales sur ledit dictionnaire, l’expression prétendue proverbiale à la fourche ne devrait point se trouver là ; car elle ne peut être grammaticalement expliquée avec la bienséance convenable à un dictionnaire d’Académie. On se souvient d’une jeune demoiselle qui dit à Huet, évêque d’Avranches, en présence de père et mère : Monseigneur paroit tout Jean fourche. L’Académie française, dont ce docte prélat fit lui-même partie durant un demi-siècle, ne fut guère moins naïve que cette enfant.
C’est à la foutre qu’il faudrait dire et comme s’expriment les gens qui ne se piquent pas de purisme et de délicatesse dans leur langage.
Abatage
d’Hautel, 1808 : Avoir de l’abatage. Locution figurée et populaire, qui signifie être d’une haute stature ; être fort, vigoureux, taillé en Hercule.
En terme de police, ce mot signifie l’action de tuer les chiens errans ; c’est aussi un terme reçu parmi les acheteurs de bois vif.
Rigaud, 1881 : Action d’abattre son jeu sur la table, en annonçant son point, — dans le jargon des joueurs de baccarat. Il y a abatage, toutes les fois qu’un joueur a d’emblée le point de neuf ou de huit. — Bel abatage, fréquence de coups de neuf et de huit. — Il y a abatage sur toute la ligne, lorsque le banquier et les deux tableaux abattent simultanément leurs jeux.
Les abatages se succédaient entre ses mains, drus comme grêle.
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Rigaud, 1881 : Développement du bras, haute stature d’un joueur de billard. C’est un avantage qui lui permet de caramboler avec facilité et de se livrer, en été, à des effets de biceps.
Rigaud, 1881 : Forte réprimande. Écoper un abatage, recevoir une forte réprimande, — dans le jargon des ouvriers.
Le lendemain, tout le monde sur le tas. Avant de commencer, j’ai écopé mon abatage.
(Le Sublime)
Rigaud, 1881 : Ouvrage vivement exécuté. — Graisse d’abatage, ardeur à l’ouvrage.
Hayard, 1907 : Réprimande, de patron à ouvrier.
France, 1907 : Abattre son jeu au baccara, argot des joueurs.
Ainsi qu’un bon comptable, il laissa passer les premiers coups sans risquer aucun enjeu ; il attendait sa main. Quand les cartes lui vinrent, il poussa trois louis, et abattit huit ; mais, en consultant son point, ses mains tremblaient de plus en plus, et de la sueur lui coulait des cheveux sur les tempes. Il fit ce qu’on appelle paroli, et, toujours plus convulsif, abattit neuf.
(Maurice Montégut)
L’autre soir, au cercle. Le banquier perdait beaucoup. Un ponte qui venait de passer quatre fois prend les cartes pour le cinquième coup, et tombe sur le tapis, foudroyé par une attaque d’apoplexie.
Le banquier (très tranquillement). — Allons bon ! encore un abatage !
On appelle aussi abatage un ouvrage rapidement exécuté, d’après l’expression bien connue : abattre de la besogne.
Abloquir
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Acheter.
Vidocq, 1837 : v. a. — Acheter à prix d’argent ; se dit aussi pour acquérir.
Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Acheter.
Larchey, 1865 : Acheter en bloc (Vidocq). — Bazarder a, au point de vue de la vente, le même sens. — Du vieux mot bloquer : arrêter un marché. V. Lacombe.
Abruti de Chaillot
France, 1907 : Lourdaud, tête de pioche. Cette expression est très vieille ; on disait autrefois :
Aheury de Chaliéau,
Tout estourdy sortant du bateau.
Cette expression vient évidemment de l’époque où Chaillot, avant d’être un faubourg de Paris, était un petit village tourné en ridicule par les citadins.
On connait l’air étonné et ahuri des paysans qui arrivent pour la première fois dans une grande ville, et si ceux de Chaillot ont eu les honneurs du proverbe, c’est sans doute pour l’unique raison que Chaliéau rimait à peu près avec bateau, ou qu’il est peut-être le plus ancien village de la Seine.
Quant au mot aheury, il appartient, suivant Ch. Nodier, au patois de Paris et de sa banlieue, et parait être une onomatopée des sons que font entendre les campagnards dans l’ébahissement.
Il convient d’ajouter, avec Lorédan Larchey, que le village de Chaillot fut toujours le point de mire des mauvais plaisants. Quand on parlait d’une Agnès de Chaillot, c’était pour désigner une fille suspecte.
On dit : « À Chaillot, les gêneurs ! »
Acagnarder
d’Hautel, 1808 : Se caliner, se dorloter ; s’attacher à quelque chose au point de ne pouvoir s’en séparer.
Accessoires
Delvau, 1866 : s. m. pl. Matériel servant à meubler la scène ; tous les objets dont l’usage est nécessaire à l’action d’une pièce de théâtre, depuis la berline jusqu’à la croix de ma mère. Les acteurs emploient volontiers ce mot dans un sens péjoratif et comme point de comparaison. Ainsi, du vin d’accessoires, un poulet d’accessoires, etc., sont du mauvais vin, un poulet artificiel, etc.
Virmaître, 1894 : Objets de théâtre. Dans le peuple, on donne à ce mot un tout autre sens : accessoires, les testicules (Argot du peuple). N.
Accident
d’Hautel, 1808 : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.
Delvau, 1864 : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.
La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.
(Collé)
France, 1907 : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?
Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?
(« Germinal », Mot d’Ordre)
Accolade
Delvau, 1864 : Baiser qui engendre l’envie de baiser, — à ce point que le même mot sert aux deux actions, la chaste et la libertine.
Une catin s’offrant à l’accolade,
À quarante ans il dit son introït.
(Piron)
Delvau, 1866 : s. f. C’était jadis un baiser que recevait sur la joue gauche l’homme qu’on ordonnait chevalier ; c’est aujourd’hui un soufflet que peut recevoir tout le monde sur n’importe quelle joue.
Accordailles
d’Hautel, 1808 : Cérémonies dont on fait précéder ordinairement la signature d’un contrat.
On dit, pour révoquer en doute une union projetée, que Les accordailles ne sont point encore signées. Il est du bon ton de dire Les accords.
Virmaître, 1894 : Synonyme de fiançailles ; il y a toutefois une légère nuance : elles se font généralement sans le secours du maire ; les conjoints ne sont pas liés par l’écharpe municipale (Argot du peuple). N.
Acquêt
d’Hautel, 1808 : Il n’y a pas de plus bel acquêt que le don. Proverbe qui signifie qu’il n’y a point de bien plus agréablement ni plus légitimement acquis que celui qui est donné.
Acquitter
d’Hautel, 1808 : Il se ruine à promettre ; mais il s’acquitte à ne rien tenir. On rencontre dans la société bon nombre de ces gens officieux qui réalisent ce proverbe dans tous ses points.
Affaire
d’Hautel, 1808 : Monsieur tant affaire. Sobriquet qui signifie positivement un faiseur d’embarras, un charlatan.
Son affaire est dans le sac. Son affaire est faite. La première de ces locutions signifie qu’une affaire est conclue, terminée ; la seconde se dit d’une personne perdue, ruinée ; d’un criminel qui a subi sa sentence.
Faire ses affaires. Pour satisfaire à ses besoins naturels.
Les affaires font les hommes. Veut dire qu’un homme quelqu’inapte qu’il soit, devient habile dans un haut emploi.
Vous avez fait là une belle affaire. Se dit par ironie et par reproche à quelqu’un qui a commis quelqu’indiscrétion qui petit lui être nuisible.
À demain les affaires. Pour, nous verrons cela demain ; aujourd’hui ne pensons qu’à nous divertir.
Ceux qui n’ont point d’affaires s’en font. Signifie qu’il est dans la nature de l’homme de s’inquiéter, de se tourmenter, d’agir continuellement d’une manière ou d’autre.
Il entend ou il sait les affaires. Pour dire qu’un homme est habile et exercé dans les négociations ; qu’il se conduit avec prudence et selon les conjonctures.
Avoir affaire à la veuve et aux héritiers. Avoir de l’occupation par-dessus les yeux ; ne savoir auquel entendre ; être obligé de répondre à plusieurs personnes, à plusieurs parties divisées d’intérêts.
Bras-de-Fer, 1829 : Vol.
Delvau, 1864 : L’acte vénérien, le membre viril de l’homme, ou le con de la femme.
Le grand cordelier ayant achevé son affaire.
(Moyen de parvenir)
Macette, on ne voit point en l’amoureuse affaire
Femme qui vous surpasse en traite d’agilité.
(Cabinet satyrique)
Pense que peut en cela faire
Qui se plait à l’affaire.
(Jodelle)
Elle disait qu’il n’y avait si grand plaisir en cette affaire que quand elle était à demi forcée et abattue.
(Brantôme)
Dites-vous que l’amour parfait
Consiste en l’amoureuse affaire.
(Théophile)
Le jeune homme puceau l’appelle son affaire.
(Protat)
Mon cher ami, j’ai l’habitude
De me couvrir, en me baignant,
D’un sac qui me cache et me serre
Des pieds jusques à l’estomac…
Parbleu ! c’est prudent, dit Voltaire,
Et votre affaire est dans le sac.
(C. Fournier)
Que voulez-vous que je vous donne pour me permettre d’arracher un poil de votre affaire ?
(D’Ouville)
Delvau, 1866 : s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.
Rigaud, 1881 : Vol en perspective. — Affaire à la manque, procès.
La Rue, 1894 : Vol ou assassinat. Affaire juteuse, affaire fructueuse.
Virmaître, 1894 : Pour les voleurs, tous genres de vols sont des affaires (Argot des voleurs).
Affamé
d’Hautel, 1808 : Un pou affamé. Épithète injurieuse et de mépris. Homme obscur et misérable, qui, parvenu à un emploi lucratif, travaille par des concussions et d’odieux monopoles à s’y enrichir promptement.
Ventre affamé n’a point d’oreille. Signifie qu’on entend difficilement raison quand on est pris par la faim.
Affamé comme un jeune levron. Qui a un appétit dévorant.
Agenouillée
Fustier, 1889 : Femme de mœurs faciles. Le mot, lancé il y a trois ans, n’a point fait fortune.
Pas de coin de rue qui n’ait maintenant sa douzaine d’agenouillées, toutes prêtes, moyennant salaire convenable, à adresser leurs prières à Vénus.
(Événement, août 1884)
Virmaître, 1894 : Fille du demi-monde et même du demi-quart qui a des aptitudes spéciales. L’expression est suffisamment expliquée par la position d’être agenouillée… pas sur les dalles d’une église pour prier le bon Dieu (Argot des filles). N.
France, 1907 : Prostituée dont la spécialité s’indique d’elle-même.
Aiguille
d’Hautel, 1808 : De fil en aiguille. De propos en propos ; d’une chose à une autre.
Elle ne sait pas faire un point d’aiguille. Se dit d’une fille ignorante et paresseuse ; d’une véritable idiote.
Disputer sur la pointe d’une aiguille. Contester, chicaner sur la moindre chose.
Fournir quelqu’un de fil et d’aiguille. C’est-à-dire de tout ce qui lui est nécessaire ; pourvoir à tous ses besoins.
Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel on pique les femmes — qui en enflent pendant neuf mois.
Mariette est femme très honnête,
Et si ce n’est un jour de fête,
Elle a toujours l’aiguille en main.
(Théophile)
Un vieil homme est comme une vieille horloge, plus elle va avant, plus l’aiguille se raccourcit.
(Tamarin)
Delvau, 1866 : s. f. Clé, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Clé — Barbe de huit jours, — dans le jargon des voleurs. Elle pique comme une aiguille.
La Rue, 1894 : Clé.
Virmaître, 1894 : Fausse clé (Argot des voleurs).
France, 1907 : Clé, dans l’argot des voleurs. Carte pointant entre les autres de façon à seconder la tricherie d’un grec. (Lorédan Larchey)
S’il voit qu’un pigeon se dispose à lui tenir banco, il ne manquera pas de le faire couper immédiatement sous l’aiguille.
(Cavaillé)
Alicante
d’Hautel, 1808 : Port d’Espagne duquel on exporte un vin fort estimé et qui en porte ordinairement le nom. Les personnes qui parlent mal ont coutume de ne point faire sonner la syllabe te qui termine ce mot, et de dire du vin d’Alican.
Aller à la cour des aides
Delvau, 1866 : Se dit d’une femme qui trompe son mari en faveur d’un ou de plusieurs amants. L’expression date de l’Histoire comique de Francion.
La Rue, 1894 : Tromper son mari.
France, 1907 : Ressource d’une femme qui, n’étant point satisfaite des devoirs que lui rend ou ne lui rend pas son mari, emprunte l’aide de personnes moins circonspectes.
Aller au diable de biterne
France, 1907 : Proverbe languedocien, même acception et même sens que le diable de Vauvert à Paris. Duchat donne l’origine de cette expression : « C’était dans le XVe siècle une opinion fort commune parmi le peuple du Languedoc, que certaines sorcières du pays se transportaient la nuit dans une plaine déserte, où elles adoraient le diable sous la figure d’un bouc placé sur la pointe d’un rocher, et baisaient le derrière de cet animal, auquel elles donnaient le nom de diable de Biterne. Le peuple était en outre persuadé que ces femmes se livraient en ce lieu à toutes sortes d’impudicités. C’est surtout par allusion à ce dernier préjugé que Carpatim, dans les faits et gestes du bon Pantagruel, jure par le diable de biterne d’embourrer quelques-unes de ces coureuses d’armées. »
Allumette ronde (attraper une)
Rigaud, 1881 : Ressentir les premiers effets de l’ivresse ; une des nombreuses métaphores pour désigner la manière d’être d’un homme soûl. À des degrés divers, on dit : Avoir sa cocarde, avoir son plumet, être dans les vignes, dans les brindezingues, avoir son compte, son affaire, sa pointe, un coup de soleil, un coup de jus, un coup de sirop, être tout chose, éméché, parti, lancé, paf, pochard, soûlot, soulard, gavé, poivre, poivrot, raide comme balle, raide comme la justice. Voici, d’après M. Denis Poulot (le Sublime), les marches de l’échelle alcoolique, dans l’argot des ouvriers mécaniciens : 1o Attraper une allumette ronde : il est tout chose ; 2o Avoir son allumette-de marchand de vin : il est bavard et expansif ; 3o Prendre son allumette de campagne, ce bois de chanvre soufré des deux bouts : il envoie des postillons et donne la chanson bachique ; 4o Il a son poteau kilométrique : son aiguille est affolée, mais il retrouvera son chemin ; 5o Enfin le poteau télégraphique, le pinacle : soulographie complète, les roues patinent, pas moyen de démarrer ; le bourdonnement occasionné par le vent dans les faïences est cause du choix.
Amuser
d’Hautel, 1808 : Il se faut pas s’amuser aux bagatelles de la porte. Phrase par laquelle les bateleurs, les saltimbanques, terminent ordinairement la harangue qu’ils font à leurs auditeurs, pour les engager à venir voir les curiosités qui ne sont point exposées à leurs regards.
S’amuser à la moutarde. Donner son temps à des choses oiseuses et frivoles, et négliger des affaires d’une utilité reconnue.
Amuser le tapis. Perdre le temps en vain discours et sans rien conclure.
Andouille
d’Hautel, 1808 : Il a le nez gros comme une andouille. Comparaison triviale et populaire, pour dire que quelqu’un a le nez gros et pointu.
Rompre l’andouille au genou. Négocier une affaire par des voies peu propres à la faire, réussir. On dit familièrement et dans le même sens, Rompre l’anguille au genou.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a peu de vigueur, qui est indolent, sans caractère.
Delvau, 1864 : Le membre viril, dont les femmes sont si friandes, — elles qui aiment tant les cochonneries !
De tout te gibier, Fanchon,
N’aime rien que le cochon ;
Surtout devant une andouille,
Qu’aux carmes l’on choisira,
Elle s’agenouille, nouille,
Elle s’agenouillera.
(Collé)
Larchey, 1865 : Personne molle, sans énergie (Vidocq).
Delvau, 1866 : s. m. Homme sans caractère, sans énergie, — dans l’argot du peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.
Rigaud, 1881 : Personne sans énergie. Grand dépendeur d’andouilles, individu de haute taille, un peu sot. Les andouilles sont pendues au plafond. Il faut être grand pour les dépendre, et ce travail ne demande pas beaucoup d’intelligence.
Le grand dépendeur d’andouilles, qui l’endormait, a aussi disparu.
(Huysmans, Gaulois du 26 juin 1880)
France, 1907 : Sot. Grand dépendeur d’andouilles, triple sot.
Les hommes grands ne sont pas en faveur parmi le peuple ; il juge de leur esprit en sens inverse de leur taille. Ainsi, lorsqu’il qualifie quelqu’un de sot, il ne manque guère d’y joindre l’épithète de grand, pris dans le sens de long. Un nain lui parait alors un géant qui n’aurait qu’à étendre le bras pour dépendre une andouille, fut-elle raccourcie de moitié. C’est pour cela que, dans son langage, grand dépendeur d’andouilles est synonyme de sot, de niais, d’imbécile fieffé, puisque en fait de taille il n’y en a pas de supérieure à celle de l’individu qui se met, sans intermédiaire, en contact avec les plus hauts plafonds… Il y a, en quelques provinces, notamment en Bourgogne, ce dicton :
« Grand Niquedouille
Qui décroche des andouilles. »
…Il est question, dans Béroalde de Verville, non pas des dépendeurs, mais de dépouilleurs d’andouilles :
Or bien que nous faisions ici mine de rire si le disons-nous à la honte de ces despouilleurs d’andouilles (les cordeliers), pour les nettoyer, et qui nous voudroient reprendre, encore que toute leur vie soit confite d’actions impudentes. (Le Moyen de parvenir.)
(Charles Nisard)
Âne
d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier les ânes se battent. Locution proverbiale qui signifie que la mésintelligence et la discorde se mettent bientôt dans un ménage où l’indigence se fait sentir.
Un roussin d’Arcadie. Pour dire un baudet ; un âne.
Faire l’âne pour avoir du son. Feindre d’ignorer une chose dont on est parfaitement instruit, à dessein de se moquer ensuite de celui à qui on veut la faire raconter.
Méchant comme un âne rouge. Proverbe qui se dit d’un enfant espiègle et mutin, capable de toutes sortes de malices.
Il y a plus d’un âne à la foire qui s’appelle Martin. Se dit à celui qui, par la ressemblance des noms de deux personnes, a commis quelqu’équivoque.
Brider l’âne par la queue. Faire une chose à rebours ; la commencer par où elle doit finir.
Faute d’un point, Martin perdit son âne. Signifie qu’il s’en est fallu de bien peu de chose, que l’on ne gagnât la partie au jeu.
Chercher son âne quand on est dessus. Chercher une chose que l’on tient sans y prendre garde, comme il arrive quelquefois que l’on cherche son chapeau lorsqu’on le tient à la main ou qu’on l’a sur la tête.
Tenir son âne par la queue. Prendre ses mesures, se précautionner pour ne pas perdre ce que l’on ne possède que d’une manière incertaine.
Un âne bâté. Mot injurieux qui signifie sot, stupide, ignorant.
Sangler quelqu’un comme un âne. Au propre, le serrer dans ses habits à l’étouffer ; au figuré, le traiter avec la dernière rigueur.
C’est le pont ou la poste aux ânes. Pour dire qu’une chose est très-facile à faire lorsqu’on y est habitué ; que ce n’est qu’une routine.
Des contes de peau d’âne. Des discours dénués de vraisemblance : vieilles histoires dont on berce les enfans.
Il est bien âne de nature, celui qui ne peut lire son écriture. Dicton usité en parlant d’un homme excessivement ignorant ; ou de celui qui écrit tellement mal, qu’il ne peut lui-même se déchiffrer.
Elle ne vaut pas le pet d’un âne mort. Se dit d’une personne que l’on méprise extrêmement, et d’une chose à laquelle on n’accorde aucune espèce de valeur.
Monter sur l’âne. Pour dire, faillir, faire banqueroute, mettre la clef sous la porte.
Avoir des oreilles d’âne. Au propre, avoir de grandes oreilles ; et métaphoriquement, être d’une lourde ignorance.
L’âne du commun est toujours le plus mal bâté. Signifie qu’on s’inquiète peu de tout bien qui n’est pas particulier.
Boire en âne. Locution bachique qui équivaut à faire du vieux vin ; ne pas vider son verre tout d’un trait.
Têtu comme un âne, comme un mulet. Extrêmement opiniâtre.
On ne sauroit faire boire un âne, s’il n’a soif. Façon de parler incivile, pour dire qu’il n’est pas aisé de contraindre un obstiné à faire quelque chose contre sa volonté.
Anglais
Clémens, 1840 : Créancier.
Delvau, 1864 : Noble étranger, fils de la perfide Albion ou de la rêveuse Allemagne, qui consent à protéger de ses guinées une femme faible — de vertu — pendant toute la durée de son séjour à Paris.
Amélie ne te recevra pas, Polyte : elle est avec son Anglais.
(Watripon)
Larchey, 1865 : Créancier. — Le mot est ancien, et nous sommes d’autant plus porté à y voir, selon Pasquier, une allusion ironique aux Anglais (nos créanciers après la captivité du roi Jean) que les Français se moquaient volontiers autrefois de leur redoutable ennemi. C’est ainsi que milord est employé ironiquement aussi. Nous en trouvons trace dans Rabelais.
Assure-toi que ce n’est point un anglais.
(Montépin)
Et aujourd’hui je faictz solliciter tous mes angloys, pour les restes parfaire et le payement entier leur satisfaire.
(Crétin)
Les anglais sont débarqués. — Dans une bouche féminine, ces mots sont un équivalent de : J’ai mes affaires V. ce mot. — L’allusion est sanglante pour ceux qui connaissent la couleur favorite de l’uniforme britannique.
Il est aussi brave
Que sensible amant,
Des Anglais il brave
Le débarquement.
(Chansons, impr. Chastaignon, Paris, 1851)
Delvau, 1866 : s. m. Créancier, — dans l’argot des filles et des bohèmes, pour qui tout homme à qui l’on doit est un ennemi.
Le mot est du XVe siècle, très évidemment, puisqu’il se trouve dans Marot ; mais très évidemment aussi, il a fait le plongeon dans l’oubli pendant près de trois cents ans, puisqu’il ne parait être en usage à Paris que depuis une trentaine d’années.
Delvau, 1866 : s. m. Entreteneur, — dans l’argot des petites dames, qui donnent ce nom à tout galant homme tombé dans leurs filets, qu’il soit né sur les bords de la Tamise ou sur les bords du Danube. Elles ajoutent à leur manière des pages nombreuses à notre livre des Victoires et Conquêtes.
Rigaud, 1881 : Créancier. Avoir un tas d’anglais à ses trousses. Par suite d’une vieille antipathie de race, le débiteur a octroyé au créancier le surnom d’anglais, ennemi.
Rigaud, 1881 : Menstrues. Allusion à l’uniforme rouge des soldats anglais. — Avoir ses anglais. Les anglais sont débarqués.
Fustier, 1889 : Terme de sport. On dit qu’un cheval a de l’anglais lorsque sa conformation se rapproche de celle du cheval anglais de pur sang.
Virmaître, 1894 : Créancier. Cette expression se trouve dans Marot, elle était tombée en désuétude lorsqu’elle revit le jour vers 1804. Napoléon Ier avait plusieurs commis attachés à un cabinet spécial. Il remarqua à différentes reprises que l’un d’eux arrivait depuis quelques matins, deux heures au moins avant ses collègues. L’empereur intrigué lui en demanda les motifs.
— Sire, répondit le commis c’est à cause des anglais.
— Je ne vous comprends pas.
— Sire, les anglais sont vos ennemis, mes créanciers sont les miens.
— Bien, fit l’Empereur, donnez m’en la liste, je vous en débarrasserai, comme moi des autres.
Le mot est resté et est employé fréquemment (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Créancier.
Ne passons pas devant ce troquet, c’est un Anglais, je lui ai planté un drapeau.
France, 1907 : Ce nom est employé dans le sens de créancier. Est-ce parce que, comme le dit Alfred Delvau, tout individu à qui l’on doit est considéré comme un ennemi ? Ce serait alors un signe de la vieille haine contre nos voisins d’Outre-Manche, haine d’ailleurs partagée par eux, car le mot remonte fort loin. Suivant Pasquier, il viendrait des réclamations continuelles des Anglais qui prétendaient que la rançon du roi Jean fait prisonnier à la bataille de Poitiers, en 1356, et fixée à trois millions d’écus d’or par le traité de Brétigny, n’avait pas été entièrement payée. Oudin, dans ses Curiositez françoises cite ce proverbe : « Il y a des Anglois dans cette rue, je n’y veux pas aller », c’est-à-dire des créanciers. Enfin on trouve dans Clément Marot :
Oncques ne vis Anglois de votre taille,
Car a tout coup, vous criez baille, baille !
— Menstrues, argot des filles ; allusion à la couleur de l’uniforme des fantassins anglais qui ont, à l’inverse des nôtres, la tunique rouge et le pantalon bleu : Les Anglais ont débarqué, les menstrues sont venues.
Anguille
d’Hautel, 1808 : Écorcher l’anguille par la queue. C’est faire quelque chose à rebours ; commencer par où l’on doit finir.
Anguille sous roche. Entreprise qui se trame sous main ; mauvais desseins, perfidie concertée en cachette.
Il est comme l’anguille de Melun, il crie avant qu’on l’écorche. Se dit d’un homme qui, étant sur le point de subir une opération, crie avant qu’on l’ait touché ; ou d’une personne qui se plaint d’un mal avant qu’il soit arrivé. Il y a plusieurs versions sur l’origine de ce proverbe ; une des plus accréditée est celle-ci, donnée par Barbazan.
« On représentoit à Melun les mystères de Saint-Barthélemi, qui, suivant la tradition de l’église, fut écorché ; et comme toutes les actions se passoient sur le théâtre, un nommé Languille qui faisoit le personnage du saint, fut attaché à une croix, pour être, en apparence, écorché ; celui qui le lioit, lui ayant fait mal, il se mit à pousser un grand cri ; et aussitôt quelques-uns des spectateurs se mirent à dire : Languille crie avant qu’on l’écorche. »
Vidocq, 1837 : s. f. — Ceinture.
Larchey, 1865 : Ceinture (Vidocq). — Une ceinture de cuir noir gonflée d’argent ressemble assez à une anguille.
Delvau, 1866 : s. f. Ceinture, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. f. Fouet à sabot, — dans l’argot des enfants.
Fustier, 1889 : Mouchoir roulé en façon de fouet et dont se servent les enfants au jeu de l’anguille.
Virmaître, 1894 : Ceinture. Allusion à sa souplesse (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Ceinture.
France, 1907 : Ceinture ; argot des voleurs.
France, 1907 : Jeune voleur, mince et agile, qui s’introduit dans les immeubles par l’imposte. Voir Vol à la venterne et Venternier.
Animisime
France, 1907 : Doctrine de la croyance aux êtres spirituels. Néologisme.
L’animisme est bien le point de départ et le lien de toutes les aberrations mythiques et mystiques.
(André Lefèvre, La Religion)
Appointé de la cagnotte
France, 1907 : Racoleur de tripots. On les appelait autrefois truands ou compères.
Appointement
d’Hautel, 1808 : Foncer à l’appointement. Fournir de l’argent à quelqu’un ; subvenir à ses dépenses ; l’entretenir de tout ce qu’il a besoin.
Charger quelqu’un d’appointemens. Se dit plaisamment pour battre, dauber, rosser quelqu’un à tours de bras.
Arc-en-ciel (faire l’)
Fustier, 1889 : Argot des Grecs.
J’ai fait l’arc-en-ciel. — Qu’entendez-vous par là ? — Je vous ai jeté les cartes très loin, d’une façon négligée avec une sorte de désinvolture. Lancées ainsi, elles ont décrit un cercle et j’ai pu les voir lorsqu’elles sont arrivées à leur point culminant.
(Belot, Le Roi des Grecs)
Archipointu
Delvau, 1866 : s. m. Archevêque. — dans l’argot des voleurs, qui ont trouvé plaisant de travestir ainsi le mot archi-épiscopus.
France, 1907 : Archevêque.
Ardillon
d’Hautel, 1808 : Pointe de métal attachée à la chape d’une boucle ; le peuple dit, par corruption, Arguillon.
Delvau, 1864 : Le membre viril, soit parce qu’il pique, soit parce qu’il brûle.
Au lieu de sentir lever son ardillon, il se sentait plus froid qu’à l’ordinaire.
(D’Ouville)
Je sens ton ardillon… Ah ! je le sens… Chien ! chien ! tu me brûles…
(Baron Wodel)
Argent
d’Hautel, 1808 : On donne vulgairement à ce précieux métal, des noms plus bizarres les uns que les autres. Voici les principaux : de l’Aubert ; du Baume ; de la Mazille ; du Sonica ; des Sonnettes. Tous ces mots servent alternativement à désigner l’or, l’argent, le cuivre, en tant que ces métaux sont monnoyés, et qu’ils ont une valeur nominale.
L’argent est rond c’est pour rouler. Se dit pour excuser les folles dépenses et les prodigalités d’un bélître, d’un dissipateur.
Vous ne faites argent de rien. Reproche obligeant et bourgeois que l’on adresse à un convive qui ne fait pas honneur à la table, ou qui semble ne pas manger de bon appétit.
Manger de l’argent. Expression métaphorique, qui équivaut à dissiper, dépenser avec profusion, se ruiner.
Il a mangé plus gros que lui d’argent. Se dit par exagération d’un homme dépensier et prodigue, dont la jeunesse a été fort déréglée.
Faire argent de tout. C’est-à-dire, faire toutes sortes de commerce ; se procurer de l’argent de tout ce qui tombe sous la main. Se prend aussi en bonne part, et signifie être d’une humeur égale et facile, s’accommoder aux circonstances les plus désagréables.
Il y va bon jeu bon argent. Pour il agit avec franchise et loyauté ; ses intentions sont remplies de droiture.
C’est de l’argent en barre. Et plus communément, C’est de l’or en barre. Se dit pour vanter la Solvabilité de quelqu’un ; et signifie que ses promesses valent de l’argent comptant.
Il est chargé d’argent comme un crapaud de plumes. Façon de parler burlesque, qui signifie qu’un homme est absolument dépourvu d’argent.
Mettre du bon argent contre du mauvais. Faire des dépenses pour une chose qui n’en vaut pas la peine ; plaider contre un insolvable.
Point d’argent point de suisse. C’est-à-dire, rien pour rien.
Bourreau d’argent. Prodigue, dissipateur ; panier percé.
Qui a assez d’argent a assez de parens. Proverbe qui n’a pas besoin d’explication.
Jeter l’argent à poignée, ou par les fenêtres. Le dépenser mal à propos, et sans aucune mesure ; en faire un mauvais usage.
Qui a de l’argent a des pirouettes. C. à d. qu’avec ce maudit métal on obtient tout ce qu’on veut.
Il veut avoir l’argent et le drap. Se dit d’un usurier, d’un homme rapace qui veut tout envahir.
Il a pris cela pour argent comptant. Se dit par raillerie d’un homme simple et crédule que l’on est parvenu à tromper par quelque subterfuge.
Argent comptant porte médecine. Pour dire que l’argent comptant est d’un grand secours dans les affaires.
C’est de l’argent changé. Dicton des marchands, pour persuader aux chalands que la marchandise qu’ils achettent est à très-bon compte, et qu’ils n’y gagnent rien.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Signifie que de belles paroles, de beaux discours, ne suffisent pas pour remplir les engagemens, que l’on a contractés envers quelqu’un.
N’être point en argent. Gallicisme qui signifie, être gêné, n’avoir point de fonds disponibles.
Arguche
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.
Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.
Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.
Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.
Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.
France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.
Artiche (l’)
Virmaître, 1894 : Le derrière.
— Je vais t’enlever l’artiche.
On nomme artiches, par abréviation d’artichauts, les barres de fer pointues et hérissées qui couronnent les murs et les grilles des prisons (Argot des voleurs).
Article (faire l’)
Delvau, 1864 : Se dit des maquerelles plantées le soir sur le seuil des bordels, qui essaient d’y faire entrer les passants en leur dépeignant rapidement, avec des couleurs un peu fortes mais saisissantes, les beautés diverses et les talents particuliers de leurs pensionnaires.
Tu resteras sur le seuil du bazar et tu feras l’article pour nos demoiselles.
(Lemercier)
Larchey, 1865 : Faire valoir une personne ou une chose comme un article de commerce.
Malaga ferait l’article pour toi ce soir.
(Balzac)
Examinez-moi ça ! comme c’est cousu ! — Ce n’est pas la peine de faire l’article.
(Montépin)
Être à l’article : Être à l’article de la mort, sur le point de mourir.
Porté, fort sur l’article : Enclin à la luxure.
Rigaud, 1881 : Faire valoir une marchandise, faire ressortir les qualités d’une personne. Le boutiquier et la fille s’entendent mieux que personne à faire l’article.
Astic
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Épée.
Larchey, 1865 : Tripoli, mélange servant à nettoyer les pièces de cuivre.
Et tirant du bahut sa brosse et son astic, il se met à brosser ses boutons dans le chic.
(Souvenirs de Saint-Cyr)
Delvau, 1866 : s. f. Epée, — dans l’argot des voleurs, qui ne se doutent pas que ce mot vient de l’allemand stich, chose pointue, dont on a fait estic, puis astic, et même asti.
Delvau, 1866 : s. m. Tripoli, — dans l’argot des troupiers, qui s’en servent avec un mélange de savon, d’eau-de-vie et de blanc d’Espagne, pour nettoyer les cuivres de leur fourniment. D’où Aller à l’astic.
Rigaud, 1881 : Polissoir, — dans le jargon des cordonniers.
Merlin, 1888 : Tripoli.
France, 1907 : Épée, argot des voleurs ; le l’allemand Stich, objet pointu.
France, 1907 : Tripoli dont on se sert dans l’armée pour nettoyer les cuivres.
Asticoter
d’Hautel, 1808 : Contrarier, tracasser, tourmenter quelqu’un sur de petits détails ; chicaner sur la pointe d’une aiguille.
Delvau, 1866 : v. a. Harceler quelqu’un, le contrarier, le piquer par des injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.
France, 1907 : Harceler quelqu’un, l’ennuyer, le tracasser sans cesse.
La poésie de T… vous connaissez ça : le couplet graveleux qui dilate les faces niaises des Benjamins du parvis de la Bourse, le rondeau où le naturalisme est bafoué, où Zola et Daudet sont asticotés par cet animalcule. Pourtant, la chose paraît à la rampe. Sa stupéfiante bêtise, sa banalité hurlante navrent les honnêtes gens et ravissent le quantum de sots qui compose un public des premières.
(Henry Bauër, Les Grands Guignols)
Le gouvernement a tort de ne pas le ménager, ce public d’artistes qui ne fait pas de politique, et qu’on amène fatalement à en faire en l’asticotant, trois cent soixante-cinq jours par an, dans ses goûts, ses habitudes, dans sa soif du beau, sa faim d’indépendance, dans son adoration de l’idéal.
(Séverine, Gil Blas)
Astiquer
Delvau, 1864 : Faire l’amour, — dans l’argot des filles et des maquereaux, l’astic pour eux étant une épée, et l’épée piquant.
Larchey, 1865 : Nettoyer.
Quand son fusil et sa giberne sont bien astiqués.
(1833, Vidal)
Un troupier dira de bourgeois élégants : Ce sont des civils bien astiqués. La marine donne à ce mot de nombreux synonymes :
Peste ! maître Margat, vous avez l’air d’un Dom Juan… — Un peu, que je dis ! on a paré la coque… On s’a pavoisé dans le grand genre ! On est suifé et astiqué proprement.
(Capendu)
Astiquer : Battre.
Sinon je t’astique, je te tombe sur la bosse.
(Paillet)
Du vieux mot estiquer : frapper d’estoc ou de la pointe. V. Du Cange. — Nous croyons cette étymologie commune à l’autre sens. L’homme qui frappe droit exécute le même mouvement qu’un fourbisseur en exercice.
Fustier, 1889 : Fourbir, nettoyer, se pomponner.
C’est qu’on est un peu beau, mon vieux,
Quand on s’astique.
(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X)
Attendrir (s’)
Larchey, 1865 : S’attendrir sous l’empire d’un commencement d’ivresse. Dix minutes avant, le buveur attendri n’était qu’ému. Dix minutes encore, et il sera sur le point de pleurer.
Le capitaine qui avait religieusement vidé son verre à chaque mot, s’attendrit.
(Th. Gautier)
Delvau, 1866 : v. réfl. Arriver à cette période de l’ivresse où l’on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.
Auber
Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.
Larchey, 1865 : Somme d’argent (Vidocq). — Calembour sur l’équivoque présentée par le vieux mot maille, qui signifiait en même temps monnaie et maille de auber ou cotte de mailles. V. Du Cange. — Au point de vue financier comme au point de vue militaire, l’auber a donc représenté la réunion d’un certain nombre de mailles. — V. Chêne.
La Rue, 1894 : Argent, monnaie, V. Beurre.
Rossignol, 1901 : Argent.
Payes-tu un glacis ? — je n’ai pas d’auber.
Avachir (s’)
d’Hautel, 1808 : Au propre, ce mot se dit des souliers qui deviennent trop larges ; le peuple s’en sert au figuré, et par extension, pour exprimer, qu’une femme devient trop grasse ; qu’elle acquiert un embonpoint ridicule.
Avaler le poisson sans sauce
Delvau, 1864 : Être baisée par un homme qui ne décharge point, ou que l’on empêche de décharger.
Ah ! combien l’apparence est fausse !
Au chaponneau point de cresson,
Et mon amphitryon sans sauce,
Me fit avaler le poisson.
(Marcillac)
Avant hier
d’Hautel, 1808 : L’usage n’a point encore établi de règle fixe pour la prononciation de ce mot : les uns font sonner le t, et prononcent avan tière ; les autres ne le font point sonner et prononcent avan hier ; et les personnes sans éducation, disent d’après le vulgaire, avanzière ; ce qui est un véritable barbarisme.
Avant-scènes
Delvau, 1866 : s. f. pl. La poitrine, lorsqu’elle fait un peu saillie en avant du buste, — dans l’argot des petites dames. Balzac a dit Avant-cœur.
Rigaud, 1881 : Seins qui tournent au majestueux.
Rossignol, 1901 : On dit d’une femme favorisée par la nature au point de vue poitrine :
Elle a une paire d’avant-scènes à la mode.
France, 1907 : La poitrine d’une femme, lorsqu’elle est suffisamment développée. « Avoir des avant-scènes », ce que la reine Marie-Antoinette appelait « être tétonnière ». On dit aussi Avant-postes.
Le directeur d’un théâtre des boulevards reçoit l’autre jour, de Mme Hortense B…, connue pour l’opulence de ses charmes, le billet suivant :
« Cher ami
Pouvez-vous mettre ce soir à ma disposition vos deux avant-scènes ? »
Le directeur répondit tout de suite :
« Oui, à charge de revanche. »
Avocat bêcheur
Halbert, 1849 : Procureur de la République.
Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui médit de ses compagnons, absents ou présents. Argot des typographes.
C’est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.
Rossignol, 1901 : Avocat général, ministère public.
Mais vient le jour de monter sur la planche
Où le bêcheur commence à Jaspiner.
Avec sa tronche et son poing sur la hanche,
Dirait-on point qu’il va vous béquiller ?
France, 1907 : Procureur de la République ; argot des voleurs. Homme médisant ; argot des ouvriers.
Avoir sa pointe
Rossignol, 1901 : Légèrement pris de boisson.
Avoir sa pointe, son grain
La Rue, 1894 : Premier degré de l’ivresse. Les autres degrés sont : Être monté, en train, poussé, tancé, en patrouille, attendri, gai, éméché, teinté, allumé, pavois, poivre, pompette. Avoir le net piqué, son plumet, sa cocarde. Être raide, dans les vignes, dans les brouillards, dans les brindezingues, chargé, gavé, plein, complet, rond, pochard, bu. Avoir sa culotte, son casque, son sac, sa cuite, son compte, saoul comme trente-six mille hommes, etc.
Avoir un coup de soleil
Larchey, 1865 : Avoir une pointe de vin (d’Hautel, 1808). — Le vin et le soleil ont également la vertu d’empourprer Le visage.
Bague
d’Hautel, 1808 : C’est une bague au doigt. Se dit d’une propriété que l’on a acquise, qui ne nécessite aucune dépense, et dont on peut se défaire avantageusement en toute occasion.
Vidocq, 1837 : s. m. ab. — Nom propre.
Delvau, 1864 : On se sert quelquefois de ce mot pour désigner les parties naturelles de la femme :
Il s’en alla chercher une place éloignée
Pour enfiler la bague et rembourrer le bas
De celle qu’il avait choisie pour ses ébats.
(Théophile)
Carvel, j’ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague et ne la lâches ;
Car tandis qu’au doigt tu l’auras,
Ce que tu crains point ne sera.
(La Fontaine)
…Du chevalier s’est accusée, qui, comme l’autre, l’avait bien baguée.
(Les Cent Nouvelles nouvelles)
Delvau, 1866 : s. f. Nom propre, — dans le même argot [des voleurs], par allusion à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.
France, 1907 : Nom propre, argot des voleurs, par allusion, dit Delvau, à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.
Baiser
d’Hautel, 1808 : Baiser le cul de la vieille. Signifie en terme de jeu, ne pas prendre un point dans toute la partie ; et en terme de commerce, ne pas étrenner de la journée.
Il devroit baiser les pas par où elle passe. Se dit d’un homme ingrat, qui cherche à dénigrer une personne à laquelle il a de grandes obligations.
Baiser à la pincette. C’est pincer avec les doigts les deux joues de la personne que l’on veut embrasser sur la bouche ; ce que les enfans appellent Baiser à la godinette.
Delvau, 1864 : Verbe excessivement actif, que l’humanité passa son temps à conjuguer depuis le premier jour du monde, et qu’Adam et Ève savaient dans tous ses modes avant les conseils libertins du serpent. C’est le to leacher des Anglais, le far l’atto venereo des Italiens et le basiare des latins. — Quant à son étymologie, elle est d’une clarté éblouissante même pour un aveugle. Agnès la devinerait. Baiser, verbe, vient de Baiser, substantif, car la conjonction d’en haut précède toujours la conjonction d’en bas, et il est impossible à une femme dont les petites lèvres ont été touchées par une bouche, de ne pas laisser toucher ses grandes lèvres par une pine. De ceci vient cela, dirait Hugo.
…Et l’homme marié
Baise tout simplement, quand il peut, sa moitié.
(Protat)
…Le galant, en effet,
Crut que par là baiserait la commère.
(La Fontaine)
Parbleu, qu’un autre la baise.
J’aime mieux baiser mes sœurs.
(Collé)
Chaud de boisson, certain docteur en droit,
Voulant un jour baiser sa chambrière,
Fourbit très bien d’abord le bon endroit.
(Piron)
Baiser le cul de la vieille
Delvau, 1866 : v. a. Ne pas faire un seul point. Argot des joueurs.
Rigaud, 1881 : Ne pas marquer un seul point dans une partie de cartes.
Virmaître, 1894 : Joueur déveinard qui perd la partie sans marquer un point. Dans le peuple on dit aussi : passer sous la table (Argot du peuple).
France, 1907 : Ne pas faire un point ; argot des joueurs.
Baiseur, baiseuse
Delvau, 1864 : Synonyme presque décent de Fouteur, fouteuse.
Je ne suis rien qu’un ivrogne,
Quoiqu’on m’estime baiseur.
(Parnasse des Muses)
Point d’éloges incomplets,
S’écriera cette brunette,
À moins de douze couplets,
Au diable une chansonnette !
Quoi ! douze, ou rien ? dit un sot.
Oui, c’est l’humeur de Margot
Nous t’en promettons treize :
Viens, Margot, viens qu’on te baise.
(Béranger)
Ballonné
Rigaud, 1881 : Emprisonné. — Soufflé par les roublards et ballonné à la pointue, pris par les agents de police et enfermé au dépôt de la préfecture.
Barberot
Vidocq, 1837 : s. m. — Forçat chargé de raser ses camarades. Quoiqu’il ne soit point alloué d’appointemens aux Barberots, l’emploi qu’ils exercent est toujours vivement sollicité, et l’administration ne l’accorde qu’à celui qu’elle croit capable de pouvoir lui rendre quelques services. Le Barberot est donc en même temps frater et agent de surveillance officieux.
Ses fonctions ne se bornent pas à cela, c’est lui qui est chargé de laver, avec de l’eau et du sel, les plaies du forçat qui vient de recevoir la bastonnade.
Le Barberot est déferré, il ne va pas à la fatigue, il peut parcourir librement tous les quartiers du bagne, et il reçoit tous les jours environ trois demi-setiers de vin en sus de sa ration ; les forçats donnent aux Barberots le titre de sous-officier de galères.
Larchey, 1865 : Barbier (Vidocq). Dimin. de barbier.
La Rue, 1894 : Barbier.
France, 1907 : Barbier ; argot des forçats.
Barbette
d’Hautel, 1808 : Diminutif de barbe : petite pointe de vin qui met en gaieté, qui fait babiller et souvent dire des choses que l’on auroit tenues cachées étant à jeun. Terme typographique.
Barrique
d’Hautel, 1808 : C’est une grosse barrique. Sarcasme que l’on applique à une personne d’un volumineux embonpoint, et dépourvue de toutes vertus morales.
Delvau, 1866 : s. f. Bouteille ou carafe, — dans l’argot des francs-maçons. Ils disaient autrefois Gomorrhe — du nom d’une mesure juive qui indiquait la quantité de manne à récolter.
France, 1907 : Bouteille ; argot des francs-maçons.
Bas-bleu
Delvau, 1866 : s. m. Femme de lettres, — dans l’argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d’outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D’un autre côté, M. Barbey d’Aurevilly (Nain jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre ?
France, 1907 : Nom donné aux femmes de lettres, traduction littérale de l’anglais Blue stocking. Alphonse Esquiros raconte que cette expression prit naissance dans le club littéraire de la célèbre lady Montague qui vivait au commencement du XVIIIe siècle. Dans sa résidence de Twickenham, près de Londres, elle réunit toutes les célébrités littéraires du temps, Pope, Addison, Steele, Young, etc., et dans le nombre se trouva un certain Stillingfleet, auteur ignoré aujourd’hui, qui avait l’habitude de porter des bas bleus. Quantité de femmes de lettres ou aspirant à le devenir fréquentaient le salon de lady Montague, et le public railleur appela ces réunions le club des Bas bleus, nom qui fut bientôt donné à chacune des habituées.
D’après Barbey d’Aurevilly, ce serait Addison qui aurait baptisé le club.
Mills, dans son History of Chivalry, raconte d’autre part qu’il se forma à Venise, en 1400, une société littéraire sous le nom de Société du Bas (Società della Calza) et dont tous les membres devaient, comme signe distinctif, chausser des bas bleus. Cette société fut connue plus tard en Angleterre, et c’est sans doute à elle qu’Addison fit allusion en baptisant de ce nom celle de Lady Montague. Quoi qu’il en soit, la provenance est bien anglaise, et c’est en Angleterre que pullule, plus qu’en aucun pays du monde, cette variété excentrique de la race humaine.
Dans tous les temps et dans toutes les nations, les femmes savantes ont excité les railleries, et, les hommes s’étant attribué l’universelle toute-puissance, nombreux sont les proverbes à l’adresse de celles qui essayent de se tailler une part de la masculine souveraineté.
Nos pères surtout se sont égayés à ce sujet :
La femme qui parle latin,
Enfant qui est nourri de vin,
Soleil qui luisarne au matin,
Ne viennent pas à bonne fin.
C’est une chose qui moult me déplait,
Quand poule parle et coq se tait.
(Jean de Meun)
« Femme qui parle comme homme, geline qui chante comme coq, ne sont bonnes à tenir. »
Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien,
Car lendemain la pute beste
Le vouloit mettre sur ta teste.
(G. Meurier, Trésor des sentences)
Qui n’a qu’une muse pour femme faict des enfans perennels.
(Adages français, XVIe siècle)
Napoléon Ier qui ne se piquait pas de galanterie et qui avait des idées particulières sur les femmes au point de vue de leur rôle social, avait coutume de dire :
« Une femme a assez fait quand elle a allaité son fils, ravaudé les chaussettes de son mari et fait bouillir son pot-au-feu. »
Aussi aimait-il peu les bas-bleus ; les femmes s’occupant de littérature lui paraissaient des monstres.
À une soirée des Tuileries, Mme de Staël demandait à l’empereur :
— Quelles femmes préférez-vous, sire ?
— Celles qui ont beaucoup d’enfants, répondit brutalement Napoléon.
Oui, mais elles ruinent leur mari.
En aucun pays du monde on aime les bas-bleus, que ce soit en France, en Chine ou au Japon.
Lorsque la poule chante, dit un proverbe japonais, la maison marche à sa ruine. Je suppose que chanter signifie, en ce cas, écrire des poèmes.
Si vous êtes coq, disent les Persans, chantez ; si vous êtes poule, pondez.
Et les Russes : Ça ne va jamais bien quand la poule chante.
Les Chinois : Une femme bruyante et une poule qui chante ne sont bonnes ni pour les Dieux ni pour les hommes.
Terminons par ce verset tiré du Talmud, et saluons, car c’est le meilleur :
Dieu n’a pas tiré la femme de la tête de l’homme, afin qu’elle le régisse ; ni de ses pieds afin qu’elle soit son esclave ; mais de son côté, afin qu’elle soit plus près du cœur.
Mais le dernier mot et le plus féroce sur les bas-bleus a été dit par Barbey d’Aurevilly, dans la Revue critique :
Ces bas-bleus ne le sont plus jusqu’aux jarretières. Ils le sont par-dessus la tête ! Leurs bas sont devenus une gaine. Les femmes maintenant sont bleues de partout et de pied en cap ; égales de l’homme, férocement égales, et toutes prêtes à dévorer l’homme demain… Vomissantes gargouilles de déclarations bêtes ou atroces, elles sont bleues jusqu’aux lèvres, qu’elles sont bleues comme de vieilles négresses !
Albert Cim a écrit un volume très documenté sur les bas-bleus.
Bassin
d’Hautel, 1808 : Cracher au bassin. Donne, quelque chose malgré soi ; à contre-cœur.
On dit aussi Faire cracher quelqu’un au bassin. Pour lui soutirer de l’argent ; lui faire payer un écot auquel il n’a point pris part.
Delvau, 1864 : La nature de la femme, dans laquelle le membre viril nage trop souvent.
J’eusse voulu toujours fouiller dans votre bassin.
(Tabarin)
Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux, — dans l’argot des filles et des faubouriens, qui n’aiment pas à être ennuyés, les premières surtout. On dit aussi Bassinoire.
Boutmy, 1883 : s. m. Homme ennuyeux. Ce mot appartient aussi à l’argot parisien et n’est pas spécial à la typographie : Tais-toi, vieux bassin. On dit aussi bassinoire.
Virmaître, 1894 : Insipide, ennuyeux (Argot du peuple). V. Bassinoire.
Rossignol, 1901 : Individu ennuyeux.
France, 1907 : Homme ennuyeux. On dit aussi bassinoire. « Quel bassin que ce curé ! »
Bassiner
Delvau, 1866 : v. a. Importuner.
Rigaud, 1881 : Ennuyer fortement. La conversation de quelqu’un qui vous bassine produit sur les nerfs le mouvement monotone de la bassinoire passée et repassée sur les draps de lit pour les chauffer. — Dans le glossaire génevois de M. J. Humbert ce mot et le précédent ont la même signification que chez nous. À qui la paternité : à Genève ou à Paris ?
France, 1907 : Ennuyer. « Alexandre Dumas a voulu chausser les escarpins de de Diderot ; mais Dieu sait si Alexandre Dumas nous… bassine. »
Le mot bassiner, appliqué aux personnes comme synonyme d’ennuyer, est-il une injure ?
Voilà un point important de jurisprudence fixé aujourd’hui, grâce au tribunal de Clamecy, qui, conformément aux conclusions du procureur de la République, a déclaré que l’expression : il me bassine constitue une injure envers la personne à laquelle elle est adressée, et il a condamné l’auteur de ce délit à une amende de deux cents francs.
(Radical)
Bastringue
d’Hautel, 1808 : Nom donné primitivement à une contredanse qui a été long-temps on vogue à Paris ; ce mot a reçu depuis une grande extension : le peuple, à qui il a plu, s’en est emparé, et l’a appliqué à des choses de nature différente.
Un bastringue signifie tantôt un bal mal composé ; tantôt un mauvais joueur de violon ; puis une maison en désordre ; un mauvais lieu.
Un bastringue est aussi une petite mesure qui équivaut à peu-près à ce que les buveurs appeloient autrefois un canon, dont la capacite répondoit à celle d’un verre moyen.
Boire un bastringue signifie donc vulgairement, boire un verre de vin.
Ansiaume, 1821 : Lime fine.
N’oublie pas la bastringue pour faucher les balançons.
Vidocq, 1837 : s. m. — Étui de fer-blanc, d’ivoire, d’argent, et quelquefois même d’or, de quatre pouces de long sur environ douze lignes de diamètre, qui peut contenir des pièces de vingt francs, un passe-port, des scies et une monture, que les voleurs cachent dans l’anus. La facilité qu’ils trouvaient à dérober cet étui à tous les yeux, et la promptitude avec laquelle ils coupaient les plus forts barreaux et se débarrassaient de leurs chaînes, a long-temps fait croire qu’ils connaissaient une herbe ayant la propriété de couper le fer ; l’herbe n’était autre chose qu’un ressort de montre dentelé, et parfaitement trempé.
Halbert, 1849 : Scie pour scier le fer.
Larchey, 1865 : Étui conique en fer d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, contenant un passe-port, de l’argent, des ressorts de montres assez dentelés pour scier un barreau de fer, un passe-port, de l’argent, etc. — Vidocq — Les malfaiteurs, sur le point d’être pris, cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, mais il doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un prisonnier périt il y a quelques années de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.
Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme, — comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.
Delvau, 1866 : s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.
Delvau, 1866 : s. m. Scie à scier les fers, — dans l’argot des prisons, où l’on joue volontiers du violon sur les barreaux.
Rigaud, 1881 : Lime, scie. — Étui dans lequel les récidivistes serrent les outils nécessaires à leur évasion, tels que lime, scie, ressort de montre. De là l’habitude qu’on a dans les prisons, lors de la visite, au moment de l’arrivée du prévenu ou du condamné, de le faire complètement déshabiller et de lui administrer une forte claque sur le ventre, dans le but de s’assurer s’il a un bastringue sous lui.
Rigaud, 1881 : Vacarme. — Faire du bastringue.
La Rue, 1894 : Lime, scie, outils d’évasion renfermés dans un étui. Guinguette et bal de barrière.
Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où se donne rendez-vous la canaille du quartier dans lequel il est situé. Bastringue, faire du bruit, du tapage. Quand l’homme rentre au logis, un peu humecté et qu’il casse la vaisselle, la ménagère, furieuse, lui dit :
— T’as pas bientôt fini ton bastringue, sale chameau ? (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.
Rossignol, 1901 : Étui en ivoire ou en argent que les voleurs tiennent constamment caché dans leurs intestins et qui peut contenir jusqu’a 800 francs en or ; ainsi, lors qu’ils se trouvent arrêtés, ils ne sont jamais sans argent. Il y a des bastringues qui contiennent tournevis, scies et monture. Avec une scie semblable, votre serviteur a scié un barreau de la grosseur de ceux des prisons en trente-six heures. Cet étui est bien connu dans les prisons centrales, mais il est difficile de le trouver, le voleur le retire le soir de sa cachette pour le remettre le matin où il reste toute la journée. Il y a une chanson sur les prisons centrales où il est dit :
Un surveillant vous fait regarder à terre En vous disant : Baissez-vous à moitié ; Il vous palpe et regarde le derrière, Dans la maison, c’est l’usage de fouiller.
Hayard, 1907 : Bal de bas étage.
France, 1907 : Bal de barrière.
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
V’là le bastringue.
V’là le bastringue !
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
Le bastringue va commencer.
(Vieille chanson)
On appelle aussi bastringue, dans l’argot des prisons, une scie à scier le fer ; c’est également un étui conique, d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, qui sert à renfermer cette scie et d’autres objets utiles aux prisonniers.
Les malfaiteurs arrêtés cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, qui doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un détenu périt, il y a quelques années, de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.
(Lorédan Larchey.)
Batailler
d’Hautel, 1808 : Chicaner, chipoter, marchander, se débattre, se disputer sur une pointe d’aiguille.
Bébé
Delvau, 1864 : Nom d’amitié que les filles donnent depuis quelques années aux hommes avec qui elles baisent, — maquereaux ou michés.
Théodore, c’est mon bébé ; M. Martin, c’est mon monsieur.
(Lemercier de Neuville)
Un mot dont on nous favorise,
Mot aux nourrices dérobé,
C’est, aurait-on la barbe grise :
— Comment ça va ? Bonjour, bébé.
(Fr. De Courcy)
Larchey, 1865 : Poupard. — De l’anglais baby.
Emma arriva le lendemain, au sortir du bal de la Porte Saint-Martin, en costume de bébé.
(Ces Dames, 1860)
Bébé sert aussi de mot d’amitié. — Tu sais, mon petit homme, que je n’ai plus un sou, et que ton petit bébé ne doit pas rester sans espèces. — Id.
Delvau, 1866 : s. m. Costume d’enfant (baby) que les habituées des bals publics ont adopté depuis quelques années.
France, 1907 : Petit enfant, garçon ou fille ; de l’anglais baby.
Depuis quelque temps, la lorette se donne des airs de mère de famille ; on la voit tenant par la main une blonde et gentille enfant, dont l’âge varie de quatre à huit ans. Quelquefois, les petites dames se font accompagner par un collégien ; cela leur donne un air respectable.
Ces babys sont nés d’ordinaire dans la loge du concierge ou dans l’échoppe du savetier ; le prix de la location est en raison de la gentillesse du sujet. La leçon est bientôt faite et apprise, les enfants s’en acquittent pour le mieux, ils appellent leur petite mère des plus doux noms, surtout quand les beaux messieurs s’arrêtent devant elles.
(Physionomies parisiennes)
Mon bébé, terme de tendresse que les dames, petites et grandes, adressent à leur amant.
Avec l’âge, un instinct s’éveille, violent, fougueux, comme une force sans emploi : le désir de la maternité. Moralement, les prostituées sont indignes d’être mères ; physiquement, elles en sont incapables. De la maternité, elles ne peuvent connaître — pour leur châtiment — que les joies amères du sacrifice. Il leur faut un être qui profite de leur dégoût, à qui elles procurent les joies matérielles de l’oisiveté, du vêtement chaud, du vin, de la bonne nourriture. Elles ne sont jamais lasses de satisfaire aux exigences de cet enfant qu’elles se donnent ; elles ont entre elles d’étranges rivalités dans la concurrence du sacrifice. Il faut que cet élu soit plus élégant que les autres, qu’il ait plus d’argent dans ses poches que tous ses camarades, afin qu’il juge par là à quel point il est aimé ! Pour désigner cette catégorie d’élus, les malheureuses stériles ont trouvé un mot ignoble et doux : les bébés.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
On dit se costumer en bébé, s’habiller en petite fille pour exciter les vieux messieurs aux doux ébats de l’amour.
Bébé se dit aussi pour avorton, en souvenir d’un nain célèbre attaché à la cour du roi Stanislas, duc de Lorraine et de Bar, qui s’appelait Bébé.
Bec de gaz
La Rue, 1894 : Agent de police.
Virmaître, 1894 : À la manille aux enchères, quand le joueur auquel le point est adjugé rencontre un jeu sur lequel il ne comptait pas dans les mains d’un de ses adversaires, il dit : J’ai rencontré un bec de gaz (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : Sergent de ville. Il éclaire les malfaiteurs quand il n’est pas chez le marchand de vins en train d’étouffer un glacis (Argot des souteneurs). N.
France, 1907 : Agent de police.
Il éclaire les malfaiteurs quand il n’est pas chez le marchand de vins, en train d’étouffer un glacis.
(Ch. Virmaître)
Bécarre
Fustier, 1889 : Cet adjectif qui, il y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme d’élégant, n’est plus guère usité aujourd’hui.
Le parisien, en tant que langue vient de s’enrichir d’un nouveau mot… Le pschuk qui succédait au chic a fait son temps. C’est le bécarre qui gouverne. On est ou on n’est pas bécarre, comme on était jadis ou l’on n’était pas élégant. Il est bécarre de faire telle chose et non bécarre d’en faire telle autre… Bécarre, à tout prendre, ne veut rien dire, à moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui est élégant, agréable, distingué.
(Illustration, novembre 1885)
France, 1907 : Synonyme de dandy.
En 1885, on était bécarre, comme on avait été raffiné sous Charles IX, libertin sous Louis XV, talon rouge sous la Régence et plus tard incroyable. Le parfait bécarre devait porter des bottes pointues, un pantalon étriqué, le gilet blanc très ouvert, n’avoir qu’un seul gant à la main gauche et surtout paraître très gourmé, très Anglais et très sanglé.
(Frédéric Loliée)
Bécarre, bécarreux
France, 1907 : Synonyme de gandin, dandy, mais plus inepte, car il est tout à fait anglicisé. Il doit être grave, raide, gourmé, porter un faux col de vingt centimètres, saluer d’un geste automatique, paraître n’avoir que trente ans, ne pas danser et n’affecter aucune frivolité de manières ou de luxe. Bécarre n’est pas un nouveau mot, Molière a dit plaisamment à propos de musique : Hors du bécarre, point de salut.
Former des jeunes filles suffisamment instruites, mais moins savantes que sensées, de goûts simples et de mœurs irréprochables : ne recruter ces enfants que dans des familles honnêtes, bourgeoises, si l’on veut, d’antiques préjugés, ignorant le pschut !, le v’lan, la gomme, la poisse, le bécarre…
(Albert Cim, Institution de Demoiselles)
Bégueulisme
Fustier, 1889 : Le mot est de F. Sarcey qui l’a employé pour la première fois dans un de ses feuilletons, en 1869.
C’est, dit-il, dans la vie ordinaire, l’art de s’offenser pour le compte des vertus qu’on n’a pas ; en littérature, l’art de jouir avec des goûts qu’on ne sent point ; en politique, en religion et en morale, l’art d’affecter des opinions dont on ne croit pas un mot.
France, 1907 :
Le mot est de Francisque Sarcey, qui l’a employé pour la première fois dans un de ses feuilletons, en 1869 ; C’est, dit-il, dans la vie ordinaire, l’art de s’offenser pour le compte des vertus qu’on n’a pas ; en littérature, l’art de jouir avec des goûts qu’on ne sent point ; en politique, en religion et en morale, l’art d’affecter des opinions dont on ne croit pas un mot.
(Gustave Fustier)
Bibine
Delvau, 1866 : s. m. Cabaret de barrière, — dans l’argot des chiffonniers.
Rigaud, 1881 : Bière, — dans le jargon des voyous.
Rigaud, 1881 : Cabaret. Espèce de taverne où vont manger et boire les pauvres diables qui n’ont que trois ou quatre sous à dépenser par jour. Bibine signifie débine.
On en compte plusieurs sur la rive gauche, aux environs de la place Maubert… Il est des bibines aristocratiques. Rue de Bièvre, à la Taverne anglaise : la canette y coûte 10 centimes.
(Imbert, À travers Paris inconnu)
Rigaud, 1881 : Sœur de charité, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Sœur de charité. Bière de basse qualité. Mauvais petit cabaret.
Virmaître, 1894 : Assommoir de bas étage, où tous les liquides les plus étranges, connue jadis à la bibine du Lapin blanc chez le père Mauras, sont servis aux consommateurs (Argot du peuple). V. Assommoir.
Rossignol, 1901 : Un liquide de mauvaise qualité ou pas frais, c’est de la bibine.
Hayard, 1907 : Assommoir, mauvaise bière.
France, 1907 : Cabaret de bas étage ; du latin bibere, boire, espagnol beber. On trouve dans Un Joli monde, de l’ancien chef de la sûreté, G. Macé, une intéressante description de bibine.
Ces gens-là mangent peu, l’acool les nourrit ; mais quand la fin les talonne par trop, ils vont dans un restaurant à bon marché. Chaque quartier a les siens. L’un des plus curieux est celui de la Moc-aux-beaux, situé rue de Bièvre, à côté de la place Maubert. L’entrée se trouve au bout d’un long couloir, précédant une cour boueuse et sombre. Sur une porte, garnie de petites vitres recouvertes d’un rideau transparent aux couleurs indécises, au tissu rongé par le temps, on lit le mot Bibine. La porte poussée, on se trouve dans l’unique pièce servant de cuisine et de salle à manger. Bien que vaste, cette salle, au plafond bas, a plutôt l’aspect d’une cave, que d’un restaurant. Une quinzaine de tables permettent de recevoir à la fois un assez grand nombre d’affamés.
Outre les ivrognes du quartier, cette gargote est fréquentée par des mendiants, manchots, aveugles, culs-de-jatte, tondeurs de chiens, ramasseurs de bouts de cigares, ouvreur de portières, et les joueurs de serinette aux sons nasillards et sans force qui n’empêcheraient plus Fualdès d’être assassiné.
Là, point de filles de débauche, ni de voleurs ; aussi ne s’y passe-t-il jamais rien d’anormal.
Depuis le potage jusqu’au dessert, tous les mets sont à dix centimes. La nourriture est saine et la boisson potable. Naturellement on paie comptant. Le restaurateur ne s’enrichit pas ; mais il gagne sa vie, et cela lui suffit.
Bibine signifie aussi sœur de charité, ou petite bière dans certains département de l’Est.
Bifurqué
France, 1907 : Collégien qui, arrêté au point où l’étude des sciences se sépare de l’étude des lettres, abandonnait cette dernière pour celle des sciences. Ce système de bifurcation commença en 1832.
De mon temps, la bifurcation des études y était inscrite. On plaçait les élèves de quatrième à la fourche de deux chemins, comme Hercule, et l’on demandait à ces jeunes gens, qui, pour la plupart, n’avaient encore manifesté de dispositions que pour le chat perché ou l’élevage des vers à soie dans un pupitre, s’ils se destinaient aux lettres ou aux sciences, si la gloire d’un Racine ou d’un Bossuet les sollicitait plus que celle d’un Laplace ou d’un Cuvier. Il eût été aussi raisonnable de tirer la chose à l’as de cœur.
(François Coppée)
Bigorne
d’Hautel, 1808 : Mot baroque tiré de l’argot des filous.
Jaspiner bigorne. Comprendre et parler le langage des filous. Voy. Jaspiner.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Jargon. Rouscailler bigorne, parler jargon.
Vidocq, 1837 : s.m.ab. — Argot. (Voir Arguche.)
Halbert, 1849 : Langue de l’argot.
Larchey, 1865 : Argot. — Du vieux mot biguer : changer, troquer. V. Roquefort. L’argot n’est qu’un langage bigué, d’où le diminutif bigorne. — V. Jaspiner.
Rouscaillons bigorne. Qui enterver le saura, à part sézière en rira, mais les rupins de la vergne ne sont dignes de cela.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. m. L’argot des voleurs, — monstre bicorniger en effet, corne littéraire d’un côté, corne philosophique de l’autre, qui voit rouge et qui écrit noir, qui épouvante la conscience humaine et réjouit la science philologique.
Rigaud, 1881 : Argot. — Dans la langue régulière, une bigorne est une enclume à deux bouts, dont l’un finit en pointe. L’argot est une langue à double tranchant, à deux bouts, comme la bigorne. — Jaspiner bigorne, rouscailler bigorne comme daron et daronne, parler argot comme père et mère.
La Rue, 1894 : Argot. Jaspiner ou rouscailler bigorne, parler argot.
Rossignol, 1901 : Argot ; mot ancien peu usité, on dit plutôt argoji ou arlogaime. Voir Argonji.
France, 1907 : L’argot des voleurs, Jaspiner ou rouscailler bigorne, parler argot.
N’est-ce pas l’usage de cette langue que l’on appelle rouscailler bigorne ?
(Louis Barron)
J’ai rencontré la mercandière
Qui du pivois solisait ;
Je lui jaspine en bigorne,
Lonta malura dondaine !
Qu’as-tu donc à morfiller ?
Lonta malura dondé !
(Vidocq)
Sobriquet donné par les Bretons aux républicains. Salut aux vaillants bigornes !
Binos
France, 1907 : Les testicules ; du latin binos, deux.
Tu n’as point de frères,
Pardieu ! voici beaux binos.
(Ancien Théâtre François)
Bistoquer
Delvau, 1864 : Vieux mot hors d’usage, signifiant se servir du bistoquet, espèce de queue, de billard employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.
Notre mignon lui répondit
Que deux fois l’avait bistoquée.
(Recueil de poésies françaises)
Mais au moins, dites-moi, l’a-t-il point bistoquée ?
(P. De Larivet)
Blagues (plastron à)
Rigaud, 1881 : Individu qui sert de point de mire à des plaisanteries de société, à des plaisanteries de régiment.
Bloquir
Ansiaume, 1821 : Vendre.
J’ai bloqui ma camelotte au fourgat, il n’y avoit point de carle à son boucard.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Vendre.
Vidocq, 1837 : v. a. — Vendre des objets volés.
Clémens, 1840 : Vendre.
Delvau, 1866 : v. a. Vendre des objets volés, ordinairement en bloc. (V. Abloquer.)
Rigaud, 1881 : Vendre. — Bloquisseur, bloquisseuse, marchand, marchande, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Vendre. Acheter.
France, 1907 : Vendre.
Il est entendu que c’est toi qui va bloquir, puisque tu connais le fourgat.
(Marc Mario et Louis Launay.)
Bohème
d’Hautel, 1808 : Vivre comme un bohème. N’avoir ni feu ni lieu ; mener une vie errante et vagabonde.
Larchey, 1865 : « La bohème se compose de jeunes gens. tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître, et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit, y sont représentés… Ce mot de bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a. »
(Balzac)
La citation suivante est le correctif de cette définition trop optimiste.
La bohème, c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… Nous ajouterons que la bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.
(Murger)
On dit un bohème.
Tu n’es plus un bohème du moment que je t’attache à ma fortune.
(Augier)
Comme on voit, le bohème du dix-neuvième siècle n’a de commun que le nom avec celui de callot. Saint-Simon a connu l’acception fantaisiste du mot bohème. M. Littré en donne un exemple, bien qu’il n’admette bohème qu’en mauvaise part.
Delvau, 1866 : s. f. Etat de chrysalide, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres arrivés à l’état de papillons ; Purgatoire pavé de créanciers, en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation ; vestibule des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s’endorment — souvent pour toujours — une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du Temple.
Delvau, 1866 : s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.
Ce mot et le précédent sont vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature : c’est Balzac qui les a ressuscités, et après Balzac, Henri Murger — dont ils ont fait la réputation.
France, 1907 :
est un mot vieilli que nous eussions voulu éviter ; non point précisément parce qu’il a vieilli, mais parce qu’il ne s’applique plus qu’imparfaitement au groupe de Parisiens dont nous entreprenons de décrire les mœurs et d’esquisser les silhouettes. Bohème est un mot du vocabulaire courant de 1840. Dans le langage d’alors, il est synonyme d’artiste ou d’étudiant, viveur, joyeux, insouciant du lendemain, paresseux et tapageur… Le bohème de 1840 se moque de ses créanciers, tire des carottes à son paternel et contre les créanciers.
(Gabriel Guillemot)
S’il faut s’en rapporter à la définition d’Alfred Delvau, le bohème ne serait qu’un paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables de cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phtisique, ou en prison comme escroc.
Ce mot est vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’il remonte, puisque avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais il avait disparu de la littérature : c’est Balzac qui l’a ressuscité, et, après Balzac, Henri Mürger — dont il a fait la réputation, — dans son livre La Vie de Bohème.
Voyons maintenant quelle était, sur la bohème, l’opinion de Balzac et Mürger :
La bohème, die Balzac, se compose de jeunes gens, tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit y sont représentés… Ce mot bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a.
Le tableau est un peu flatteur et je préfère le correctif de l’auteur de la Vie de Bohème :
La bohème c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… La bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.
Au royaume de Bohème :
— Je te quitte, je suis en retard. Tu n’aurais pas six sous à me prêter pour prendre l’omnibus ?
— Impossible, je n’ai qu’une pièce de deux francs.
— Ça ne fait rien, prête tout de même, je prendrai un fiacre.
Boire de l’encre
Rigaud, 1881 : Arriver lorsqu’une tournée a été déjà absorbée ou qu’il ne reste plus rien dans un litre. (Argot des typographes).
Boutmy, 1883 : C’est la situation fâcheuse à laquelle parait réduit un frère qui, invité à prendre sa part d’une consommation, arrive quand la fiole a été vidée rubis sur l’ongle. Dans son désappointement, il ne manque pas de s’écrier : Est-ce que vous croyez que je vais boire de l’encre ? Non, car on fait alors apporter aussitôt une autre fiole.
Bois
d’Hautel, 1808 : Recevoir une voie de bois. Pour recevoir une volée de coups de bâton ; être étrillé, houspillé.
Cela vaut une voie de bois. Se dit en plaisantant à celui qu’un exercice ou un travail pénible a mis en sueur.
On sait de quel bois il se chauffe. Pour on connoit sa conduite ; on sait ce dont il est capable.
Ne savoir de quel bois faire flèche. Pour, ne savoir où donner de la tête, ni comment subsister.
On dit d’une viande dure ou trop cuite, qu’Elle est dure comme du bois.
Un visage de bois flotté. Visage blême, pâle et défait.
À gens de village trompette de bois. Signifie qu’il faut que les choses soient proportionnées à la condition des personnes.
Qui craint les feuilles n’aille pas au bois. Pour dire qu’un peureux ne doit point se hasarder dans des opérations dangereuses.
Gare le bois ! Pour dire gare les coups de bâton !
Il est du bois dont on fait les flûtes. Pour il a l’humeur douce et égale ; il est de l’avis de tout le monde ; il ne s’oppose à rien.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. C’est-à-dire qu’il ne faut pas se mêler des querelles entre mari et femme.
Trouver visage de bois. C’est trouver la porte fermée quand on va chez quelqu’un.
Il est du bois dont on les fait. C’est-à-dire d’un rang, d’un mérite à pouvoir prétendre, aspirer à cet honneur, à cet emploi.
Rossignol, 1901 : Meubles ; mes bois, mes meubles.
Bois dur
La Rue, 1894 : Repris de justice.
France, 1907 : Repris de justice.
Les repris de justice se subdivisent en margotins, cotrets, falourdes et fagots, s’il faut en croire le Roi des grecs, mélodrame de Belot joué en mars 1883. Le point de départ de toutes ces subdivisions ne doit pas être cherché ailleurs que dans fagot.
(Lorédan Larchey)
Bolivar
Larchey, 1865 : Chapeau évasé dont la forme nouvelle prit le nom de ce héros populaire :
Le front couvert de son bolivar.
(Cabarets de Paris, 1821)
Delvau, 1866 : s. m. Chapeau, — dans l’argot du peuple, qui ignore peut-être que c’est le nom de l’émancipateur des colonies espagnoles, et qui le donne indistinctement à tout couvre-chef, de feutre ou de paille, rond ou pointu, parce que c’est une habitude pour lui, depuis la Restauration.
France, 1907 : Chapeau évasé adopté en France vers 1820, imité de celui que portait le grand libérateur de l’Amérique latine. On a donné depuis ce nom au chapeau, quel qu’il soit.
Bolivar, dont le nom est trop oublié en Europe, est, avec Washington, une des gloires du nouveau monde. D’une ancienne et riche famille de l’Amérique espagnole, il consacra sa fortune, sa jeunesse, sa vie, à l’indépendance de son pays et les républiques de la Nouvelle-Grenade, de Venezuela, de l’Équateur, du Pérou et de la Bolivie, qui porte son nom, lui doivent leur existence. Poursuivi, emprisonné, calomnié, il mourut pauvre, n’ayant d’autre linceul qu’une chemise due à la compassion d’un médecin français. Exemple de probité et de désintéressement que ne comprendraient guère les illustres fripons politiques de notre génération.
Bon
d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit par plaisanterie, en parlant d’un enfant turbulent, espiègle et difficile à conduire.
Il est bon par où je le tiens. Se dit à-peu-près dans le même sens, pour exprimer qu’un enfant a la mine trompeuse ; qu’il est plus dégoisé qu’il le paroît.
Il est bon là. Manière ironique qui équivaut à, il est sans façon, sans gêne ; je l’aime encore bien de cette façon.
Il est bon là. Signifie aussi, il est bien capable de faire face à cette affaire ; il est bon pour en répondre.
Il est si bon qu’il en pue ; il est si bon qu’il en est bête. Se dit trivialement et incivilement d’une personne foible et pusillanime, et qui n’inspire aucun respect.
Il est bon comme du bon pain. Se dit d’une personne qui, par défaut de jugement, ou par foiblesse, se laisse aller à toutes les volontés.
Les bons pâtissent pour les mauvais. Signifie que les innocens portent souvent la peine des coupables.
Les bons maîtres font les bons valets. C’est-à-dire qu’il faut que les maîtres donnent l’exemple de la douceur et de la complaisance à leurs domestiques.
Quand on est trop bon le loup vous mange. Signifie qu’un excès de bonté est toujours nuisible.
À tout bon compte revenir. Veut dire qu’entre honnêtes gens, erreur ne fait pas compte.
Jouer bon jeu bon argent. Jouer loyalement, franchement.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Dissimuler les peines, les chagrins que l’on ressent ; le mauvais état de ses affaires.
Avoir bon pied bon œil. Être frais, gaillard et dispos ; prendre garde à tout.
Faire le bon valet. Faire plus que l’on ne commande ; flatter, carresser quelqu’un pour gagner ses faveurs, et en tirer avantage.
Il a une bonne main pour chanter et une bonne voix pour écrire. Raillerie qui signifie qu’une personne n’est habile dans aucun de ces arts.
À bon chat bon rat. Se dit lorsque dans une affaire, un homme fin et subtil rencontre un adversaire aussi rusé que lui.
Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Se dit de ceux qui, provisoirement, et sous un prétexte quelconque, s’emparent du bien d’autrui, sauf à le restituer ensuite, s’il y a lieu. Le peuple, traduit ainsi ce proverbe : Ce qui est bon à prendre est bon à garder, parce qu’on ne rend jamais, ou du moins bien rarement, ce dont on s’est emparé.
Bon jour, bon œuvre. Veut dire que les gens vertueux saisissent l’occasion des grandes fêtes pour faire de bonnes actions ; et les méchans pour commettre leurs crimes.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. C’est-à-dire, ne pas lui laisser prendre d’empire sur soi, en agir librement avec lui.
À quelque chose malheur est bon. Signifie que souvent d’un accident il résulte un grand bien.
N’être bon ni à rôtir ni à bouillir ; n’être bon à aucune sauce. C’est n’être propre à aucun emploi ; n’être bon à rien.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Se dit d’un homme contre lequel on a conçu une grande animadversion ; ou qui, d’une haute faveur, est tombé tout-à-coup dans la disgrace la plus complète.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Se dit à ceux qui allèguent des excuses, des prétextes, pour ne point remplir leurs engagemens.
Un bon Gaulois. Pour dire un homme qui tient aux anciennes modes, aux anciens usages.
S’expliquer en bon Français. C’est parler ouvertement, sans rien déguiser.
Une bonne fuite vaut mieux qu’une mauvaise attente.
C’est un bon diable ; un bon garçon ; un bon enfant ; un bon vivant ; un bon luron. Termes familiers, qui se prennent communément en bonne part, à l’exception cependant du second et du troisième, qui s’emploient quelquefois dans un sens ironique.
Après bon vin bon cheval. Signifie que quand on a fait bonne chère, on se remet en route plus aisément.
Faire bon pour quelqu’un. S’engager à payer pour lui, se rendre sa caution.
Trouver bon ; coûter bon. Approuver tout ; payer quelque chose fort cher.
Tenir bon. C’est résister avec courage et fermeté.
Se fâcher pour tout de bon. Bouder, être sérieusement fâché.
On ne peut rien tirer de cet homme que par le bon bout. C’est-à-dire, que par la rigueur, par les voies judiciaires.
C’est un bon Israélite. Se dit par raillerie d’un homme simple et dénué d’esprit.
Rester sur la bonne bouche. C’est-à-dire, sur son appétit ; ne pas manger selon sa faim.
Faire bonne bouche. Flatter, endormir quelqu’un par de belles paroles.
Garder une chose pour la bonne bouche. La réserver pour la fin, comme étant la plus agréable et la plus facile.
C’est bon et chaud. Pour exprimer que ce que l’on mange est brûlant.
Mon bon. Ma bonne. Noms caressans et flatteurs que les bourgeoises de Paris donnent à leurs maris. Les personnes de qualité se servent aussi de ces mots, par bienveillance ou par hauteur, en parlant à leurs inferieurs.
Larchey, 1865 : Bon apôtre, hypocrite.
Vous n’êtes bons ! vous… N’allons, vous n’avez fait vos farces !
(Balzac)
C’est un bon : C’est un homme solide, à toute épreuve.
Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous.
(Chenu)
Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.
Être des bons : Avoir bonne chance.
Delvau, 1866 : s. m. Homme sur lequel on peut compter, — dans l’argot du peuple, à qui l’adjectif ne suffisait pas, paraît-il.
Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans l’argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l’agent des mœurs me dévisage.
Boutmy, 1883 : s. m. Épreuve sur laquelle l’auteur a écrit : Bon à tirer, c’est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l’auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.
La Rue, 1894 : Homme bon à voler. Agent des mœurs. Le bon me fiole, l’agent me regarde. Avoir bon, prendre en flagrant délit.
France, 1907 : Naïf, bon à voler. Être le bon, être arrêté à bon escient ; vous êtes bons, vous, vous êtes un farceur ; bon jeune homme, garçon candide ; être des bons, avoir bonne chance ; il est bon, il est amusant ; c’est un bon, c’est un homme sur lequel on peut compter. Bon endroit, le derrière, le podex.
Elle reçut un maître coup de soulier juste au bon endroit.
(Zola)
Bon pour Bernard, bon pour les cabinets d’aisance.
Bon coq n’est jamais gras
France, 1907 : C’est la traduction libre du proverbe latin : Pinquia corpora Veneri inepta (les gras sont impropres au service de Vénus). Inutile d’insister sur ce proverbe, mais les eunuques des harems comme les soprani de Saint-Pierre de Rome sont tous d’un remarquable embonpoint.
Bon sort de bon sort (sacré) !
Rigaud, 1881 : Exclamation qui exprime le désappointement ou la colère. La variante est : Coquin de bon sort !
Bonjourier, ou chevalier grimpant
Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur au bonjour. La Gazette des Tribunaux a souvent entretenu ses lecteurs des Bonjouriers ou Chevaliers Grimpans ; les vols au bonjour, à la tire, à la détourne, qui peuvent être classés dans la catégorie des délits simples, justiciables seulement de l’article 401 du Code Pénal, sont ordinairement les premiers exploits de ceux qui débutent dans la carrière ; aussi la physionomie des Bonjouriers, des Tireurs, des Détourneurs n’a-t-elle rien de bien caractéristique. Le costume du Bonjourier est propre, élégant même ; il est toujours chaussé comme s’il était prêt à partir pour le bal, et un sourire qui ressemble plus à une grimace qu’à toute autre chose, est continuellement stéréotypé sur son visage.
Rien n’est plus simple que sa manière de procéder. Il s’introduit dans une maison à l’insu du portier, ou en lui demandant une personne qu’il sait devoir y demeurer ; cela fait, il monte jusqu’à ce qu’il trouve une porte à laquelle il y ait une clé, il ne cherche pas long-temps, car beaucoup de personnes ont la détestable habitude de ne jamais retirer leur clé de la serrure ; le Bonjourier frappe d’abord doucement, puis plus fort, puis encore plus fort ; si personne n’a répondu, bien certain alors que sa victime est absente ou profondément endormie, il tourne la clé, entre et s’empare de tous les objets à sa convenance ; si la personne qu’il vole se réveille pendant qu’il est encore dans l’appartement, le Bonjourier lui demande le premier nom venu, et se retire après avoir prié d’agréer ses excuses ; le vol est quelquefois déjà consommé lorsque cela arrive.
Il se commet tous les jours à Paris un grand nombre de vols au bonjour ; les Bonjouriers, pour procéder plus facilement, puisent leurs élémens dans l’Almanach du Commerce ; ils peuvent donc au besoin citer un nom connu, et, autant que possible, ils ne s’introduisent dans la maison où ils veulent voler, que lorsque le portier est absent ; quelquefois ils procèdent avec une audace vraiment remarquable ; à ce propos on me permettra de rapporter un fait qui s’est passé il y a quelques années. Un Bonjourier était entré dans un appartement après avoir frappé plusieurs fois ; et, contre son attente, le propriétaire était présent, mais il était à la fenêtre, et paraissait contempler avec beaucoup d’attention un régiment qui passait dans la rue, enseignes déployées et musique en tête, il venait probablement de se faire la barbe, car un plat d’argent encore plein d’eau était sur le lavabo placé près de lui ; les obstacles ne découragent pas le Bonjourier, il s’approche, prend le plat, le vide et sort : le domicile du receleur n’était pas éloigné, et il est à présumer que le plat à barbe était déjà vendu lorsque son propriétaire vit qu’il avait été volé. L’auteur de ce vol, qui s’est illustré depuis dans une autre carrière, rira bien sans doute si ce livre tombe entre ses mains.
Rien ne serait plus facile que de mettre les Bonjouriers dans l’impossibilité de nuire ; qu’il y ait dans la loge de chaque concierge un cordon correspondant à une sonnette placée dans chaque appartement, et qu’ils devront tirer lorsqu’un inconnu viendra leur demander un des habitans de la maison. Qu’on ne permette plus aux domestiques de cacher la clé du buffet qui renferme l’argenterie, quelque bien choisie que soit la cachette, les voleurs sauront facilement la découvrir, cette mesure est donc une précaution pour ainsi dire inutile : il faut autant que possible garder ses clés sur soi.
Lorsqu’un Bonjourier a volé une assiette d’argent ou toute autre pièce plate, il la cache sous son gilet ; si ce sont des couverts, des timbales, un huilier, son chapeau couvert d’un mouchoir lui sert à céler le larcin. Ainsi, si l’on rencontre dans un escalier un homme à la tournure embarrassée, tournant le dos à la rampe, et portant sous le bras un chapeau couvert d’un mouchoir, il est permis de présumer que cet homme est un voleur. Il serait donc prudent de le suivre jusque chez le portier, et de ne le laisser aller que lorsqu’on aurait acquis la certitude qu’il n’est point ce qu’il paraît être.
Les Grinchisseurs à la desserte sont une variété de Bonjouriers, dont il sera parlé ci-après. (Voir Grinchir à la desserte.)
Boscot, boscotte
d’Hautel, 1808 : Diminutifs badins et moqueurs. Bamboche ; petit homme, petite femme contrefaits, bossus.
Larchey, 1865 : « Petit homme, petite femme contrefaits, bossus. »
(d’Hautel, 1808)
France, 1907 : Bossu, bossue.
— Hé, la Boscotte ! Cours donc pas si vite, tu vas la laisser en route !
Le gamin répéta : Hé ! La Boscotte ! Et voyant qu’elle ne se retournait pas, continua sa route en sifflant. Elle ne s’était point retournée, mais elle avait tressailli, une contraction rapide aux coins des lèvres, une pâleur aux joues.
Plus grande que ne le sont généralement les déshéritées de son espèce, elle l’avait visible, cette proéminence ridicule, malgré l’épaisseur de ses cheveux blonds qu’elle laissait libres et qui ne la cachaient, en attirant le regard par leur belle nuance dorée, que pour la faire remarquer davantage.
(Georges Maldague, La Boscotte)
Bouche d’en bas (la)
Delvau, 1864 : La nature de la femme, — si éloquente dans son langage muet.
D’autres femmes y a-t-il, qui ont la bouche de là si pâle, qu’on dirait qu’elles y ont la fièvre.
(Brantôme)
Pour récompenser mon mérite,
Arrachant les dents bien à point,
Permettez que je vous visite
Votre bouche qui n’en a point.
(Cabinet satyrique)
Bouchon
d’Hautel, 1808 : Faire sauter le bouchon. Pour dire boire dru et sec, sans se griser.
On appelle un petit cabaret un bouchon ; et l’on dit À bon vin, il ne faut point de bouchon, parce qu’un cabaret, ou tout autre lieu en bonne renommée n’a pas besoin d’enseigne.
Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Delvau, 1864 : Le membre viril, que la nature a destiné à fermer hermétiquement le goulot de la femme.
Larchey, 1865 : Qualité, genre. — Allusion aux produits sortant des débits de vins appelés bouchons. On a dit ironiquement : Ceci est d’un bon bouchon, comme : Ceci est d’un bon tonneau, — ou : Ceci est du bon coin.
Delvau, 1866 : s. m. Acabit, genre, — dans l’argot du peuple. Être d’un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.
Delvau, 1866 : s. m. Bourse, — dans l’argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient bourçon.
Delvau, 1866 : s. m. Cabaret. On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d’un rameau de verdure, — boscus.
Rigaud, 1881 : Bourse, — dans le jargon des voleurs.
Fustier, 1889 : Bouteille de vin cacheté. (Richepin)
Virmaître, 1894 : Bourse. Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à boucher des trous. Pour payer une dette, on dit : boucher un trou (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Mauvaise gargote où l’on vend du vin sans raisin. Allusion à l’usage ancien de placer comme enseigne, au-dessus de la porte d’entrée, une branche de sapin ou de houx ; cela se nomme un bouchon (Argot du peuple).
France, 1907 : Bourse, argot des voleurs, corruption de pouchon, pochon, poche. On disait aussi bourçon. — Bouteille de vin cachetée et, par métonymie, cabaret. — S’emploie aussi pour acabit, qualité : Être d’un bon bouchon, être amusant, de bonne humeur, gai compagnon. S’asseoir sur le bouchon, s’entendre condamner à la prison ; argot des voleurs.
Boudin ou boudin blanc
Delvau, 1864 : Le membre viril, — dont toutes les femmes voudraient bien avoir dix aunes dans le corps.
Qu’est-ce que vous voulez faire du boudin de son mari. N’avez-vous pas assez du votre ?
(D’Ouville)
Il se retourna vers moi et me fit voir comme un bout de boudin blanc qui était assez long, dont je m’émerveillai que je n’en avais point de pareil.
(Mililot)
Bouillante
anon., 1827 : Soupe.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Soupe. Tortiller la bouillante, manger la soupe.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Soupe.
Larchey, 1865 : Soupe. — Soldats, vagabonds ou prisonniers n’ont pas le temps d’attendre qu’elle refroidisse.
Delvau, 1866 : s. f. Soupe, — dans l’argot des soldats.
Merlin, 1888 : Soupe ; par euphémisme, car elle ne l’est guère, bouillante, lorsque vous êtes de garde et qu’un camarade vous l’apporte à une lieue de la caserne.
France, 1907 : Soupe ; argot populaire. « Les soldats donnent aussi ce nom à la soupe qu’ils mangent deux fois par jour. Rien de mieux choisi que cette appellation dans le temps où elle était servie dans des gamelles à cinq ou six hommes, car celui d’entre eux qui aurait attendu qu’elle refroidit risquait de n’en point manger. La soupe est aussi appelée mouillante. » (Lorédan Larchey)
Bouillon
d’Hautel, 1808 : Prendre un bouillon. Signifie se jeter à l’eau dans le dessein de se détruire.
On lui a donné un bouillon de onze heures. Pour, on lui a fait prendre un breuvage empoisonné ; on l’a empoisonné.
Il a bu un fameux bouillon. Manière burlesque de dire qu’un marchand a essuyé une perte considérable ; qu’il s’est blousé dans ses spéculations.
Il va tomber du bouillon. Pour dire une averse ; il va pleuvoir.
Larchey, 1865 : Mauvaise opération. — Allusion aux gorgées d’eau qui asphyxient un noyé.
Il a bu un fameux bouillon : il a fait une perte considérable.
(d’Hautel, 1808)
Prendre un bouillon d’onze heures : Se noyer, s’empoisonner.
Bouillon de canard : Eau.
Jamais mon gosier ne se mouille avec du bouillon de canard.
(Dalès)
Bouillon : Pluie torrentielle.
Il va tomber du bouillon, pour dire une averse.
(d’Hautel, 1808)
Bouillon pointu : Lavement. Double allusion au clystère et à son contenu.
Dieu ! qu’est-ce que je sens ? — L’apothicaire (poussant sa pointe) : C’est le bouillon pointu.
(Parodie de Zaïre. Dix-huitième siècle)
Bouillon pointu : Coup de baïonnette :
Toi, tes Cosaques et tous tes confrères, nous te ferons boire un bouillon pointu.
(Layale, Chansons, 1855)
Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise affaire, opération désastreuse. Même argot [des bourgeois]. Boire un bouillon. Perdre de l’argent dans une affaire.
Delvau, 1866 : s. m. Pluie, — dans l’argot du peuple. Bouillon qui chauffe. Nuage qui va crever.
Rigaud, 1881 : Exemplaires non vendus d’un journal. Dans certains journaux on reprend le bouillon ; dans d’autres il reste au compte du marchand. Rendre le bouillon, rendre les exemplaires non vendus.
Rigaud, 1881 : Restaurant où les portions semblent taillées par un disciple d’Hahnemann, où l’on paye la serviette, où la nappe brille par son absence, mais où les prix ne sont pas plus élevés qu’ailleurs.
La Rue, 1894 : Journaux ou livres invendus. Bouillonner, ne pas vendre ses livres ou journaux.
France, 1907 : Mauvaise affaire, opération funeste ; d’où l’expression boire un bouillon. En termes de librairie, les bouillons sont les exemplaires non vendus d’un livre ou d’un journal.
La plupart des administrations de journaux de Paris ont l’habitude de reprendre aux marchands des kiosques, dans une proportion déterminée, les journaux non vendus. Ce stock de journaux non vendus, constitue ce qu’en terme de métier on appelle les bouillons. Certaines marchandes spéculent sur cet usage et recourent au petit procédé suivant pour augmenter leurs bénéfices : elles louent aux cafetiers et aux marchands de vins, voisins de leurs kiosques, des journaux qu’elles font ensuite passer dans leurs bouillons.
Se dit aussi, dans l’argot du peuple, pour pluie : bouillon qui chauffe, pluie qui menace ; bouillon aveugle, bouillon trop maigre, sans yeux ; bouillon d’onze heures, breuvage empoisonné ; bouillon de canard, eau ; on dit aussi dans le même sens élixir de grenouilles ; bouillon pointu, lavement, coup de baïonnette.
Bouillon pointu
Delvau, 1864 : Lavement spermatique ; enculage.
Dieu ! qu’est-ce que je sens ? — L’apothicaire poussant sa pointe ; c’est le bouillon pointu.
(Parodie de Zaïre)
Delvau, 1866 : s. m. Coup de baïonnette, — dans l’argot des troupiers.
Delvau, 1866 : s. m. Lavement.
Rigaud, 1881 : Clystère.
Boule
d’Hautel, 1808 : Pour dire tête. Perdre la boule. Signifie perdre la tête, la tramontane, devenir fou.
Tenir pied à boule. Être assidu, attache à besogne, ou marquer de la tenacité dans une affaire.
Rond comme une boule. Se dit d’un homme surchargé d’embonpoint, gros, bouffi et replet.
Vidocq, 1837 : s. f. — Foire ou fête.
Vidocq, 1837 : s. f. — Tête.
Halbert, 1849 : Foire.
Larchey, 1865 : Tête. — Allusion de forme.
Polissonne de boule ! en fais-tu des caprices ?
(Les Amours de Mayeux, chanson, 1833)
Perdre la boule : Perdre la tête.
Mais Javotte a perdu la boule.
(E. de Pradel, 1822)
Boule de son : Figure couverte de rousseurs. — Celles-ci sont appelées communément taches de son. L’image est juste. — Boule de son : Pain de munition. — Il contenait autrefois beaucoup trop de son. — Boulendos : Bossu (Vidocq). — Allusion à l’effet de la bosse sous l’habit : on paraît avoir une boule dans le dos.
Delvau, 1866 : s. f. Foire, — dans le même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple. Bonne boule. Physionomie grotesque. Perdre la boule. Ne plus savoir ce que l’on fait.
Rigaud, 1881 : Chien boule-dogue, boule-terrier.
Rigaud, 1881 : Foire, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Tête, visage. — Boule de siam, visage grotesque. — Boule de singe, personne laide.
La Rue, 1894 : Foire. Tête.
France, 1907 : Tête. Bonne boule, physionomie drôle ou sympathique ; perdre la boule, ne pas savoir ce que l’on fait ; avoir la boule détraquée. Boule de Siam, tête grotesque ; boule de neige, nègre ; boule de son, figure marquée de taches de rousseur appelées aussi taches de son.
Boulettes
Delvau, 1864 : Les testicules, — qu’on ne jette pas aux chiens, mais sur lesquels se jettent ces chiennes enragées d’amour qu’on appelle les femmes.
Ceux-là que tu voulais dire qui ne déchargent point, sont les châtrés, à qui on a coupé les deux boulettes et qui ne sont bons à rien qu’à bander quelquefois.
(Mililot)
Virmaître, 1894 : Billes de billard. Allusion à la forme ronde (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Billes de billard.
Bouquin
d’Hautel, 1808 : Un vieux bouquin. Terme de mépris ; paillard, vieil homme qui courtise les filles, qui mène une vie, libertine.
Sentir le bouquin. Sentir mauvais, exhaler l’odeur d’un bouc.
Delvau, 1866 : s. m. Livre neuf ou vieux, — dans l’argot des gens de lettres. C’est une corruption ou une ironie du mot anglais book.
Rigaud, 1881 : Tout livre que l’on vend après l’avoir lu ou même sans l’avoir lu est un bouquin, dans le jargon des hommes de lettres. — Livre de peu d’importance au point de vue de la vente, — dans le jargon des libraires.
France, 1907 : Livre ; corruption de l’anglais book.
Bourreau
d’Hautel, 1808 : Insolent comme le valet du bourreau. C’est-à-dire grossier, dédaigneux et brutal.
Brave comme un bourreau qui fait ses Pâques. Se dit d’un homme mal vêtu et dont la mine n’inspire point de confiance.
Un bourreau d’argent. Voyez Argent.
Bousingot
Delvau, 1866 : s. m. Étudiant romantique qui portait des gilets a la Robespierre et était affilié à la Société des saisons : un type héroïque, quoique un peu théâtral, qui a complètement disparu.
Rigaud, 1881 : Épithète injurieuse qu’on adressait aux républicains en 1830 et 1832. — Partisan des idées littéraires à la mode à cette époque. — Romantiques par opposition aux classiques, dont ils étaient les ennemis jurés.
Il (Pétrus Borel) passait, vêtu de son costume de bousingo : le gilet à la Robespierre, sur la tête le chapeau pointu et à large boucle des conventionnels, les cheveux ras à la Titus, la barbe entière et longue au moment où personne encore ne la portait ainsi.
(J. Claretie, Pétrus Borel le Lycanthrope)
En un mot les bousingots comme les Jeunes-France étaient « des poseurs ». M. Ch. Nisard fait venir bousingot de l’argot anglais Bowsingken, maison où l’on boit. Pourquoi pas de l’ancien bouis, maison vouée à Vénus publique, qui a fait bousin et bouis-bouis ? — Parce que c’était trop naturel et trop simple.
France, 1907 : Cabaret.
France, 1907 : Tapageur, homme violent et malappris ; du mot bousineur. Ce nom fut donné, à la Révolution de juillet 1830, aux étudiants romantiques affublés de l’habit de conventionnel, du gilet à la Robespierre et coiffés de chapeaux de cuir bouilli. Ils étaient affiliés à la Société des Saisons et ne sortaient qu’armés d’énormes gourdins. Ils étaient les opposés des Jeunes-France.
Bout
d’Hautel, 1808 : S’il en avoit autant sur le bout de la langue. Se dit par reproche à un homme sans pitié pour le mal d’autrui, d’un égoïste qui se permet des railleries, de sottes plaisanteries sur les maux qui affligent ses semblables.
Tu n’es pas au bout. Se dit à quelqu’un qui perd courage aux premiers obstacles qui se rencontrent dans une entreprise.
Être au bout de son rôdet. Ne savoir plus que dire, avoir épuisé toute sa science, toutes ses ressources.
Il manque à tout bout de champ. Pour dire à tout heure, à chaque minute.
Avoir quelque chose au bout de la langue. Ne pouvoir se souvenir de quelque chose à point nommé.
On y touche du bout du doigt. Manière exagérée de dire qu’on est très-proche d’un lieu.
C’est tout le bout du monde, s’il en aura assez. Pour c’est douteux, incertain ; c’est tout au plus, etc.
Un bout d’homme ; un petit bout d’homme. Terme de raillerie, pour dire un homme d’une petite stature, d’une très-foible complexion.
Au bout du compte. Pour, après tout ; tout considéré.
Savoir quelque chose sur le bout de son doigt. C’est-à-dire, en être bien pénétré, le savoir par cœur.
Tenir le bon bout. Avoir par-devers soi la chose principale ; avoir en sa possession l’argent, qui fait le fond essentiel de toute affaire.
Il ne l’aura que par le bon bout. C’est-à-dire, après avoir bien plaidé, bien contesté.
Brûler la chandelle par les deux bouts. Manger son fonds avec son revenu ; être d’une grande prodigalité.
Une économie de bouts de chandelle. Parcimonie, avarice, épargne qui n’est d’aucune utilité.
Le bout de la rue fait le coin. Facétie.
Au bout de l’aune faut le drap. Voyez Drap.
Delvau, 1864 : Le membre viril, qui ressemble à un bout de quelque chose — de bien agréable pour la femme.
Le pauvre monsieur Cabout,
Dont le bout
Est toujours petit et mince.
(Tallemant des Réaux)
Fustier, 1889 : Congé, renvoi.
La Rue, 1894 : Congé. Renvoi.
France, 1907 : Renvoi. Flanquer son bout à quelqu’un, le renvoyer. Bout coupé, cigare dont les extrémités sont coupées. Se dit aussi pour Juif. Bout de cigare, de cul, d’homme, de femme, personne de petite taille. Avoir son bout de bois, être gris.
Branche
d’Hautel, 1808 : Être comme l’oiseau sur la branche. C’est être dans l’inaction, n’avoir point de sort fixe, être à la merci des autres.
Il vaut mieux se tenir au tronc qu’aux branches. C’est-à-dire, s’attacher plutôt au maître qu’au subalterne.
Larchey, 1865 : Ami aussi attaché de cœur qu’une branche à l’arbre.
Allons, Panaris, le dernier coup, ma vieille branche !
(J. Moinaux)
Brancher : Pendre. — Vidocq. — Mot à mot : accrocher à la branche.
Delvau, 1866 : s. f. Ami, compagnon, ma vieille branche, — dans le même argot [des faubouriens].
La Rue, 1894 : Ami.
Rossignol, 1901 : Ami. Une vieille branche est un vieil ami.
France, 1907 : Ami. Ce mot est précédé de vieille ; argot populaire. Ma vieille branche.
Brandouiller
Delvau, 1864 : Branler doucettement quelqu’un où quelqu’une, pour le — ou la — faire bander et l’exciter à jouir.
Qui n’invoque point le secours
D’une main gui vous le brandouille.
(Satan et Eve, 47)
Le roi disait à la reine Victoire :
Si tu voulais,
Une heure ou deux, me brandouiller l’histoire,
Je banderais…
Plus d’une fois, une main sous ta cotte,
Tandis que l’autre écartait ton fichu.
Je caressais et brandouillais ta motte…
Dis-moi, Marton, dit-moi, t’en souviens-tu ?
(Chansons anonymes modernes.)
Bréchet
d’Hautel, 1808 : Le bréchet de l’estomac. Extrémité inférieur de la poitrine où les côtes aboutissent ; et non brochet, comme on le dit habituellement.
Rigaud, 1881 : Estomac. C’est l’ancien brichet.
Ce mot qui sert à désigner le creux qui est au haut de l’estomac dérive de l’allemand brechen, rompre, couper.
(Ménage)
En glieu de pourpoint, de petites brassières, qui ne leu venont pas jusqu’au brichet.
(Molière, Le festin de Pierre, acte II, scène i)
Bréchet mouche, mauvais estomac. — Avoir le bréchet dans les gadins, avoir l’estomac dans les talons.
France, 1907 : Estomac.
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