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Bibelot

Delvau, 1866 : s. m. Havresac, porte-manteau, — dans l’argot des soldats.

Delvau, 1866 : s. m. Objet de fantaisie, qu’il est de mode, depuis une vingtaine d’années, de placer en évidence sur une étagère. Les porcelaines de Saxe, de Chine, du Japon, de Sèvres, les écailles, les laques, les poignards, les bijoux voyants, sont autant de bibelots. Par extension : Objet de peu de valeur. Ce mot est une corruption de Bimbelot, qui signifiait à l’origine jouet d’enfants, et formait un commerce important, celui de la bimbeloterie. Aujourd’hui qu’il n’y a plus d’enfants, ce commerce est mort ; ce sont les marchands de curiosités qui ont succédé aux bimbelotiers.

Rigaud, 1881 : Objet de peu de volume et peu de valeur. Objet de peu de volume et de beaucoup de valeur. En général, tous les menus objets, plus ou moins artistiques, depuis les bijoux anciens jusqu’aux vieilles seringues prétendues historiques, prennent la dénomination très élastique de « bibelots ».

J’ai été aussi fort bousculé par mon propriétaire, auquel je dois deux termes, et il m’a fallu vendre toutes sortes de bibelots pour m’acquitter d’un.

(H. Murger, Lettres)

Les deux peuples les plus passionnés, aujourd’hui, pour les bibelots sont le Français et le Chinois, — signe de décadence, — prétendent les philosophes. Pour satisfaire à toutes les exigences, il s’est établi des fabriques de vieux neuf qui déversent journellement leurs produits à l’hôlel Drouot.

Boutmy, 1883 : s. m. En imprimerie, on donne ce nom aux travaux de peu d’importance, tels que factures, adresses, étiquettes, prospectus, circulaires, lettres de mariage, billets de mort, etc. Ces travaux sont aussi appelés bilboquets, et mieux ouvrages de ville.

Fustier, 1889 : Argot d’imprimerie. Travaux de peu d’importance ; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.

France, 1907 : Objet de curiosité ou de fantaisie dont il est de mode, depuis quelques années, d’encombrer ses appartements ; du mot bimbelot, jouet d’enfant.

L’appartement est somptueux. Le temple est digne de l’idole. Le lit est anglais, la commode est russe, l’armoire est italienne, le sofa est turc, les fauteuils sont allemands, les bronzes sont espagnols, mais les bibelots sont parisiens.

(Albert Dubrujeaud)

Ces objets, la plupart de cuir ouvragé, ressemblaient, tous, à ces affreux bibelots connus sous le nom d’article-Paris ; ils en avaient la forme laide et sans art, la destination vague, l’insupportable clinquant.

(Octave Mirabeau, Gil Blas)

Travaux de peu d’importance, dans l’argot des typographes.

Bon Dieu

Delvau, 1866 : s. m. Sabre, — dans l’argot des fantassins.

France, 1907 : Sabre-poignard, à cause de la croix figurée par la lame et la poignée.

Bon-Dieu

Larchey, 1865 : Sabre-poignard ; allusion à la croix figurée par la lame et la poignée.
Bon-dieu (il n’y a pas de) : Mot à mot il n’y a pas de bon Dieu qui puisse l’empêcher.

Gn’y a pas d’Bon-Dieu, Faut s’dire adieu.

(Désaugiers)

Fustier, 1889 : « On m’avait réservé la copie d’un petit état récapitulatif des corvées du jour, dont j’avais à faire une douzaine d’exemplaires. J’en avais pour trois quarts d’heure environ… Cela s’appelait des bon-dieu. Je n’ai jamais pu savoir pourquoi. »

(A. Humbert, Mon bagne)

Chantage

un détenu, 1846 : Vol par pédérastie.

Larchey, 1865 : Extorsion d’argent sous menace de révélations scandaleuses.

Le chantage, c’est la bourse ou l’honneur…

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Industrie qui consiste à soutirer de l’argent à des personnes riches et vicieuses, en les menaçant de divulguer leurs turpitudes ; ou seulement à des artistes dramatiques qui jouent plus ou moins bien, en les menaçant de les éreinter dans le journal dont on dispose.

Rigaud, 1881 : Mise en demeure d’avoir à donner de l’argent sous peine de révélation.

Le chantage est un vol pratiqué non plus à l’aide du poignard ou du pistolet, mais d’une terreur morale, que l’on met sur la gorge de la victime qui se laisse ainsi dépouiller sans résistance.

(A. Karr, les Guêpes, 1845)

L’inventeur du chantage est Farétin, un très grand homme d’Italie, qui imposait les rois, comme de nos jours tel journal impose tels acteurs.

(Balzac, Un grand homme de province à Paris)

France, 1907 : Extorsion d’argent sous menaces de révélations qui peuvent perdre la réputation où l’honneur. Au lieu d’être la bourse ou la vie, c’est, comme disait Balzac, la bourse où l’honneur. Le chantage a existé de tout temps et partout, mais c’est surtout en Angleterre, en raison de l’hypocrisie des mœurs, qu’il a été et est encore le plus florissant. Reculant devant un scandale qui, même l’innocence prouvée, les eût perdus dans l’estime publique, où leur eût occasionné au moins de nombreux désagréments, des gens des plus honorables se sont laissé exploiter par d’affreux gredins.

De sorte qu’avec le système de chantage, qui est ici des plus prospères, outre qu’il n’est pas de Police Court (tribunal correctionnel) où l’on ne puisse se procurer autant de faux témoins qu’on en désire à raison de deux à cinq shillings par tête, la réputation, la fortune, la liberté, l’avenir du citoyen le plus honorable se trouvent à la merci des deux premières petites drôlesses venues.

(Hector France, Préface de Au Pays des brouillards)

Cette lâche industrie du chantage s’adresse surtout aux faibles, aux timides. aux innocents. Elle a ceci de terrible qu’elle bénéficie neuf fois sur dix de l’impunité, les victimes ayant un intérêt plus grand à payer en silence qu’à porter plainte, le châtiment des coupables ayant pour répercussion l’écrasement, la honte, la disqualification, la déchéance et la ruine des victimes.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Charlemagne

Larchey, 1865 : Poignard d’infanterie. — Allusion ironique à l’épée du grand monarque.

Delvau, 1866 : s. m. Sabre-poignard, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 / Merlin, 1888 : Sabre-baïonnette.

France, 1907 : Sabre-poignard.

Ciel

d’Hautel, 1808 : Tu l’auras dans le ciel. C’est-à-dire jamais : manière badine de refuser à quelqu’un une chose qu’il redemande.
Remuer ciel et terre. Hyperbole qui signifie faire de grands efforts, mettre tout en œuvre pour faire réussir une affaire.
Ses cheveux poignardent le ciel. Se dit par raillerie d’une personne coiffée ridiculement.

Coupe-chou

Larchey, 1865 : Sabre d’infanterie. — L’emploi de cette arme est en campagne des plus pacifiques.

Mon coupe-choux au côté.

(Lacassagne)

France, 1907 : Sabre-poignard de l’infanterie, appelé ainsi par dérision par les soldats eux-mêmes à cause de ses petites dimensions comparées à celles du sabre de cavalerie. Ils le prétendaient seulement bon à couper les choux, ignorant que les légions romaines firent avec cette arme la conquête du monde.

Le coupe-chou tu tireras,
Le revolver également ;
L’étudiant n’épargneras,
Le journaliste mêmement.
Sur le bourgeois tu cogneras
Et sur l’ouvrier bougrement.

(É. Blédort, Conseils aux agents)

Crucifix à ressort

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Pistolet.

Halbert, 1849 : Pistolets.

Delvau, 1866 : s. m. Poignard ou pistolet, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Poignard ou pistolet.

Faire une coquille de Bergerac

Delvau, 1866 : v. a. Se dit, — dans l’argot des tailleurs, quand un ouvrier a fait une pièce dont les pointes de collet ou de revers, au lieu de se courber en dessous, relèvent le nez en l’air et poignardent le ciel. C’est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisienne.

Fiquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Plonger ; ne s’entend que de cette manière : plonger un couteau dans le cœur.

M.D., 1844 : Donner.

Delvau, 1866 : v. a. Enfoncer, ficher, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Frapper à coups de poignard, à coups de couteau, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Enfoncer. Frapper à coups de couteau.

Hayard, 1907 : Prêter.

France, 1907 : Enfoncer, frapper.

Flambard

Rigaud, 1881 : Poignard ; couteau-poignard.

France, 1907 : Canotier fantaisiste.

Tas d’flambards, tas d’chicards,
Les canotiers de la Seine
Sont partout bien reçus
Et partout font du chahut.

(Les Canotiers de la Seine)

France, 1907 : Superbe.

Il est bien juste que les soldats qui sont blessés à la guerre aient la récompense de leurs longs services lorsqu’ils sont hors d’état de travailler et de gagner leur vie… Les caporaux et les sous-officiers y trouvent une tablé un peu flambarde.

(A. Lorentz, L’Invalide)

Flambe

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Épée.

Vidocq, 1837 : s. f. — Épée.

Larchey, 1865 : Épée (Vidocq) — Allusion au flamboiement de la lame. — Flambart : Poignard.

Delvau, 1866 : s. f. Épée, — dans l’argot des voleurs, qui connaissent l’archange Michel, ce Préfet de Police de la capitale du ciel. Petite flambe. Couteau.

France, 1907 : Épée. Elle flamboie au soleil. Petite flambe, couteau.

Flamber (un)

Halbert, 1849 : Un poignard.

Gendarme déguisé en bourgeois

Rigaud, 1881 : Canne à épée.

Ah ! fit-il, en repoussant vivement le poignard, ton gendarme déguisé en bourgeois.

(V. Hugo)

Hanneton

d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire).
Ils se tiennent par le cul comme des hannetons. Se dit des gens qui font clique et coterie ; qui sont toujours ensemble.
Il est étourdi comme un hanneton. Se dit d’un jeune écervelé, d’un homme qui agit inconsidérément.
Le peuple n’aspire point l’h, et dit au pluriel, des zannetons.

Delvau, 1866 : s. m. Manie quelconque, idée fixe, — dans l’argot de Breda-Street, où les hannetons hommes viennent d’eux-mêmes s’attacher le fil à la patte. Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu’un ou de quelque chose. Les voyous anglais ont une expression analogue : To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

Rigaud, 1881 : Monomanie, idée fixe. On dit de quelqu’un qui est tourmenté d’une idée aussi fixe que saugrenue : « Encore son hanneton qui le travaille ». Celui qui a un hanneton dans le plafond est hannetonné, c’est-à-dire qu’il a la tête fêlée.

Boutmy, 1883 : s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue. Avoir un hanneton dans le plafond, c’est avoir le cerveau un peu détraqué. On dit aussi, mais plus rarement Avoir une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte. Le hanneton le plus répandu parmi les typographes c’est, nous l’avons déjà dit, la passion de l’art dramatique. Dans chaque compositeur il y a un acteur. Ce hanneton-là, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet ; car il tourne au profit de l’humanité. Combien de veuves, combien d’orphelins, combien de pauvres vieillards ou d’infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bien-être et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d’autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu’il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer ; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci : Un bon typographe, connu de tout Paris, d’humeur égale, de mœurs douces, avait le hanneton de l’improvisation. Quand il était pris d’un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathétique et l’aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s’étendait lourdement sur le parquet. Un jour qu’il avait improvisé de cette façon et qu’il était tombé mort au milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit d’une bouteille pleine d’eau et en versa le contenu sur la tête du pseudo Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise ». C’est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré et on avouera qu’il frise le coup de marteau. Un autre a le hanneton de l’agriculture : tout en composant, il rêve qu’il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde, sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le O rus, quando ego te aspiciam ? d’Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qu’il préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d’ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu’il cultive ; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l’approche du siège de Paris. Vous voyez d’ici la chèvre ! Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s’en va, et, s’arrêtant à un endroit convenable, se parangonne à l’angle d’un mur ; puis, d’une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute : « Une voiture ! une voiture ! » jusqu’à ce qu’un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé. Autre hanneton. Celui-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les méthodes qu’il croit applicables à son affection. Nous l’avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s’exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir… cocher. Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la pêche à la ligne. Pour lui, le dimanche n’a été inventé qu’en vue de ce passe-temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu’il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné, sur les humides bords des royaumes du Vent, de nombreux rhumes de cerveau.

France, 1907 : Idée baroque, saugrenue on simplement idée fixe, dans l’argot des typographes. Le hanneton est ce que, dans l’argot de tout le monde, on appelle le dada.

À la suite de l’exposé de ce hanneton qui a produit le plus grand effet, une discussion bruyante, raisonnée, mais peu raisonnable, s’engage entre les diverses parties de l’atelier.

(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)

France, 1907 : Personne étourdie, qui va donner tête baissée et sans réfléchir dans tous les potins et toutes les aventures. Maladroit sans réflexion.

Nous disons volontiers de certaines personnes dont les façons étourdies ne nous agréent pas : « C’est un hanneton ! Ce n’est qu’un hanneton ! » En politique, cette espèce de hanneton est très répandue. Les moins mauvais parmi les boulangistes étaient des hannetons. Que de fois on a dit, en parlant de MM. Turquet et Laur : « Pas méchants, mais quels hannetons ! »

(Léon Bernard-Derosne, Gil Blas)

Avoir un hanneton dans le plafond, être un peu timbré.

Jarnac

d’Hautel, 1808 : Espèce de petit poignard.
Jouer un coup de jarnac à quelqu’un. Signifie au figuré supplanter, jouer de mauvais tours à quelqu’un ; le déconcerter dans ses projets ou dans ses entreprises. Cette locution s’emploie de beaucoup de manières, mais toujours à-peu-près dans le même sens.

Jouer du vingt-deux

Bras-de-Fer, 1829 : Jouer du poignard.

France, 1907 : Donner des coups de couteau ; allusion aux couteaux dont se servent MM. les chourineurs de barrière, achetés un franc dix centimes dans les bazars. Ils entaillent le cuir humain tout comme les couteaux de dix francs.

Lingue

M.D., 1844 : Un couteau.

Rigaud, 1881 : Couteau. C’est la forme moderne de lingre. Jouer du lingue.

Rossignol, 1901 : Couteau.

anon., 1907 : Couteau, poignard.

Lingue, lingre

France, 1907 : Couteau. Déformation de la ville de Langres, renommée pour sa coutellerie. On dit aussi linve, surin, scion, pliant, coupe-sifflet, trente-deux ou vingt-deux, allusion au prix. Jouer du lingue, donner des coups de couteau.

— Nom de Dieu ! j’y touche presque ! Attends ! Ça n’y est pas ! Passez-moi un lingue.
Orlando tira de sa poche un de ces longs couteaux qu’une virole change en poignard et dont ne se sépare jamais l’Italien du peuple.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

S’i’ veut ben s’laisser faire, on fait pas d’mal au pantre,
Mais quand i’ veut r’ssauter où ben fair du potin. Cu y fout génliinent un puit coup dlingu dans l’ventre, Pour y approndre à gueuler à deux heur’s du matin.

(Aristide Bruant)

— Comment voulez-vous qu’on ait le cœur de ficher un coup de lingue, me disait un jour une « terreur » de la « Butte », quand on n’a rien mangé depuis trois jours ?
Il parait qu’il est plus facile de donner un coup de pioche qu’un coup de lingue, car mes casseurs de glace piochaient à jeun dans le ruisseau ; ils piochaient lentement ; ils piochaient tout de même.

(Hugues Le Roux)

… Les bandits avaient repris leur vie en commun de maraudes, de pillages, de pardessus volés, et au besoin d’appartements visités et de villas escaladées, sans parler du casuel, un bon coup de lingue servi au pantre qui s’amusait à crier quand on le barbottait au détour d’une rue déserte.

(Edmond Lepelletier)

Litroneur

France, 1907 : Ivrogne.

Au pied d’un autel où figuraient les bustes de Napoléon Ier, du duc de Reichstadt et de Louis-Napoléon, on jurait sur le poignard le rétablissement de l’empire, et le tout se terminait par quelques litres que payait le récipiendaire. Le ministre de l’intérieur, avec la singulière et aimable facilité d’élocution qui le distinguait, mit les désordres de la place du Havre sur le compte de ces litroneurs…

(Jules Richard)

Mikel

Vidocq, 1837 : s. m. — Je conçois fort bien que l’on accorde à celui qui montre à travers les verres d’une lanterne magique, monsieur le Soleil, madame la Lune et le palais de l’Empereur de la Chine, qui avale des barres de fer et des lames de poignard, qui danse sur la corde ou exécute des tours de souplesse, le droit d’exercer son industrie sur la place publique : il ne fait de mal à personne, et quelquefois il amuse les badauds de la bonne ville ; mais ce que je ne puis concevoir, c’est qu’une police bien organisée accorde à certains individus le droit de voler impunément à la face du soleil. Il n’y a, je crois, que deux genres d’industrie, celles qui servent à l’utilité et à l’amusement, et celles qui ne servent absolument à rien ou plutôt qui ne sont que les moyens dont se servent quelques individus pour escroquer de l’argent aux niais : c’est évidemment dans cette dernière classe que doivent être rangées celles qui sont exercées par ces marchands de pommade propre à faire croître les cheveux, de baume propre à guérir les cors aux pieds. Si les charlatans qui débitent ces spécifiques sont dangereux, combien sont plus dangereux encore ces devins et devineresses en plein vent, qui prédisent au Jean-Jean qu’un jour il sera colonel, à la servante d’un homme seul que son maître la couchera sur son testament, à la fille publique qu’elle trouvera un entreteneur.
Lorsque vous passerez dans la rue de Tournon, arrêtez-vous au numéro 5, et entrez chez mademoiselle Lenormand, vous trouverez toujours dans le salon plusieurs individus des deux sexes, de tout âge et de toutes conditions, attendant avec impatience l’instant d’être admis dans l’antre de la pythonisse ; allez vous promener sur les boulevards, sur la place du Châtelet ; arrêtez-vous au milieu du cercle qui entoure le sieur Fortuné, ou tout autre « élève favori du célèbre Moreau, qui a eu l’honneur de tirer les cartes à sa majesté Napoléon, » et vous verrez toutes les mains tendues lorsque le Pitre offrira aux amateurs la carte révélatrice.
Les individus qui vont demander des conseils aux tireurs de cartes sont des imbéciles, sans doute, mais il ne doit cependant pas être permis de les exploiter ; aussi, je le répète, je ne comprends pas l’indulgence de la police.
L’établissement d’un tireur de cartes se compose ordinairement d’une petite table, de trois gobelets de fer-blanc, de quelques petites boules de liège ou muscades, de plusieurs jeux de cartes, et d’un Pitre ou paillasse ; c’est dans un quartier populeux et à proximité d’un marchand de vin que l’Éteilla moderne exerce ; le Pitre commence ordinairement la séance par quelques lazzis de mauvais goût, ou quelques chansons plus que grivoises ; c’est lui, qui, en termes du métier, est chargé de faire abouler le trèpe, lorsque la foule est assez grande pour promettre une bonne recette, le devin arrive et débite son boniment ; le Pitre distribue les cartes et reçoit la rétribution fixée ; cela fait, le devin explique à voix basse et hors du cercle, la dame de carreau ou l’as de pique ; si parmi les individus qui ont pris, moyennant deux sols, une carte du petit jeu ou jeu de piquet, il s’en trouve un qui écoute avec plus de recueillement que les autres les vagues explications auxquelles sa carte donne lieu, et qui paraisse ajouter une foi entière aux discours du devin, celui-ci propose de lui faire le grand jeu ; si l’individu accepte, un signe du devin avertit le Pitre qui sait très-bien s’acquitter de la tâche qui lui est imposée. Il va trouver le Mikel, et tout en buvant une chopine avec lui, il lui tire adroitement les vers du nez, et bientôt il sait ce qu’il est, d’où il vient, où il va et ce qu’il espère ; il rapporte à son maître ce qu’il vient d’apprendre, et celui-ci est pris pour un grand homme par le Mikel, qui ne se doute jamais qu’il ne fait que lui répéter ce que lui-même disait il n’y a qu’un instant, et il ne regrette pas ce qu’il a payé pour se faire expliquer une ou deux cartes du jeu du tarot. Après le jeu du tarot il se fait faire le jeu égyptien, puis encore d’autres jeux qu’il trouve plus merveilleux les uns que les autres ; si bien, qu’il quitte le devin plus pauvre de quelques pièces de cinq francs, mais bien convaincu que dans peu de temps il n’aura plus de souhaits à former.
Si les tireurs de cartes bornaient à cela leur industrie, cette industrie, il est vrai, ne serait rien moins que délicate, mais au moins elle ne serait pas dangereuse, et si l’on voulait bien être très-indulgent elle serait même bonne à quelque chose, ne fût-ce qu’à donner à de pauvres diables ce qui ne saurait être payé trop cher : l’espérance ; mais il n’en est pas ainsi, les devins ne se contentent pas toujours de faire naître, moyennant finances, l’espérance dans le cœur du Mikel, ils veulent bien se charger de la réaliser. Lorsqu’ils ont trouvé un niais de force à croire qu’ils peuvent le faire aimer d’une femme, gagner à la loterie, ou découvrir un trésor caché, ils puisent à poignées dans sa bourse ; ce sont tous les jours des consultations, qui alors ne se donnent plus pour deux sous, mais qui sont payées fort cher ; ce sont des présens qu’il faut faire au génie familier du sorcier, etc., etc. Il arrive souvent, très-souvent même, que le Mikel n’est désabusé que lorsqu’il est complètement ruiné.
On mit un jour sous les yeux de M. Anglès, alors préfet de police, une pétition qui relatait toutes les ruses mises en œuvre par le sorcier que j’ai nommé plus haut, le sieur Fortuné, pour dépouiller un Mikel ; M. Anglès indigné écrivit en marge de cette pétition : « Si cet escamoteur ne rend pas ce qu’il a escroqué, je l’escamote à Bicêtre. » L’escamoteur rendit, pour ne pas être escamoté ; ce qui pourtant ne l’empêcha pas de faire de nouvelles dupes.

Larchey, 1865 : Dupe (Vidocq). — C’est le nom de Michel dont le diminutif michon signifiait autrefois sot. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. m. Dupe, — dans l’argot des saltimbanques.

Olympien

France, 1907 : Membre d’une société secrète qui comptait de nombreux adhérents dans l’armée et qui s’organisa dans les premiers temps de l’empire, c’est-à-dire vers 1805, pour combattre le régime impérial. Le symbole consistait en un bras armé d’un poignard sortant de la nue et, au-dessous, le buste renversé de César. Cette société comptait près de deux ans d’existence sans que le gouvernement parût s’en inquiéter. En 1806, un commissaire général de police à Boulogne fut le premier qui signala les Olympiens à Fouché, qui le remercia de son zèle en lui disant que depuis longtenrps il avait l’œil sur eux ; qu’ils n’étaient que des idéologues dont l’empereur ne se souciait nullement. Cependant il manda l’un des principaux chefs de la police secrète et le lança sur la piste des Olympiens.

— L’on m’écrit de Boulogne, lui dit-il, qu’il vient de se former dans l’armée une espèce de société sous le titre d’Oympiens : on ne me fait pas connaître le but de l’association, mais on m’annonce qu’elle a des ramifications très étendues. Peut-être se rattache-t-elle aux conciliabules qui se tiennent chez Bernadotte ou chez la Staël. Je sais bien ce qui se passe ici : Garat, qui me croit son ami, et qui a la bonhomie de supposer que je suis encore patriote, ni plus ni moins qu’en 94, me raconte tout.

Pince-monseigneur

France, 1907 : « J’ai vainement cherché l’étymologie de ce terme pince-monseigneur appliqué à ce levier d’acier, qui ne pince pas et que peu d’évêques ont dû employer. Personne n’a pu m’éclairer à cet égard, mais ce que tout le monde m’a affirmé, c’est la force énorme développée par cet outil à laquelle aucune gâche de serrure ne résiste, pourvu qu’on puisse trouver un point d’appui. »

(Guy Tomel)

Les vols qualifiés sont étudiés avec soin, exécutés avec audace, habileté et sang-froid. Pour les grands projets, des plans sont dressés, tout est prévu, le moindre indice est noté. Le coffre-fort est le point de mire, c’est l’indicateur, et, afin d’y arriver, la pince-monseigneur et les rossignols sont mis en jeu ; heureux quand, dans ces expéditions criminelles, le revolver, la corde savonnée au nœud coulant ou le couteau-poignard ne servent pas d’avant-garde.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Poignard

Delvau, 1864 : Le membre viril.

Mais Robin, las de la servir,
Craignant une nouvelle plainte,
Lui dit : hâte-toi de mourir,
Car mon poignard n’a plus de pointe.

(Régnier)

Leve sa cotte, et puis lui donne
D’un poignard à travers le corps.

(La Fontaine)

Heureuse ta nymphe légère,
Qui trompant sa jalouse mère.
Peut saisir un poignard si doux.

(Grécourt)

Delvau, 1866 : s. m. Retouche à un vêtement terminé, — dans l’argot des tailleurs et des couturières.

Rigaud, 1881 : Vêtement qui revient au tailleur, à la couturière pour être retouché. — Retouche à faire à un vêtement.

France, 1907 : Retouche à un vêtement ; argot des tailleurs et des couturières.

Poignarder

d’Hautel, 1808 : Ses cheveux poignardent le ciel. Se dit par raillerie d’une personne qui est coiffée ridiculement.
La curiosité le poignarde. Pour dire que quel qu’un est d’une curiosité excessive.

Rigaud, 1881 : Retoucher un vêtement.

Poignarder le ciel

Delvau, 1866 : v. a. Se dit — dans l’argot du peuple — de tout ce oui se redresse : cheveux, nez, col, pointe de cravate, etc., etc.

Pompier

Larchey, 1865 : Ouvrier tailleur travaillant à la journée.

Les pompiers réunis forment la pompe. Il y a la grande et la petite pompe : la grande, pour les habits et redingotes ; la petite, pour les pantalons et gilets.

(Roger de Beauvoir)

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Mouchoir, — dans l’argot des voyous.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier chargé de faire les poignards, — dans l’argot des tailleurs. Pompière. Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.

Delvau, 1866 : s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l’École polytechnique. Pompier d’honneur. Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l’École, au commencement du mois de mai.

Rigaud, 1881 : Élève qui se prépare au baccalauréat, — dans le jargon du collège. — Ainsi dénommé à cause de la masse des connaissances que ses examens le forcent d’absorber. (Albanès)

Rigaud, 1881 : Mélange de vermout et de cassis, boisson très appréciée des voyageurs de commerce.

Rigaud, 1881 : Mouchoir. — Pompier de service, mouchoir très sale.

Rigaud, 1881 : Ouvrier tailleur chargé de retoucher les vêtements.

Il y a la grande et la petite pompe : la grande pour les habits et redingotes, la petite pour les pantalons et les gilets.

(R. de Beauvoir, cité par L. Larchey)

Rigaud, 1881 : Tapage organisé et accompagné de chants, — dans l’argot de l’École. Piquer un pompier, se livrer à une bruyante manifestation. (L. Larchey)

Fustier, 1889 : Dans l’argot spécial des marchands de vin le pompier est une boisson apéritive composée de vermouth et de cassis.

Fustier, 1889 : Membre de l’Institut de France.

Des jeunes gens riaient en apercevant là-bas le profil de quelque professeur de l’Institut. Au feu ! au feu ! Voilà un pompier.

(J. Claretie, Le Million)

La Rue, 1894 : Mouchoir. Ivrogne. Bruyante manifestation.

France, 1907 : Ivrogne. Il pompe. Argot populaire.

France, 1907 : Mélange de vermouth et de cassis ; argot des mastroquets.

France, 1907 : Membre de l’Institut.

France, 1907 : Mouchoir de poche.

France, 1907 : Ouvrier tailleur employé aux réparations des vêtements mal confectionnés.

France, 1907 : Peintre de la vieille école académique, appelé ainsi à cause des casques dont sont coiffés les héros de la Grèce et de Rome ; argot des ateliers. Par extension, on appelle ainsi en littérature un auteur attaché aux vieux modèles, un classique.

Je me suis laissé appeler pompier. Pour peu que l’argot des ateliers et du boulevard vous soit familier, il ne vous échappera pas que c’est là un qualificatif accablant. Pompier, dans son énergique concision, signifie que j’aime comme une ganache, et que j’exprime avec un lyrisme de savetier certaines idées vieillottes, dont n’est pas dupe le dilettantisme tout à fait supérieur du penseur qui me traitait ainsi.

(George Duruy, Le Figaro)

On emploie aussi ce mot adjectivement.

Racine, un grand poète ! Ç’a l’air pompier, d’écrire cette vérité. Ce ne l’est pas. Rappelez-vous le jugement frivole et féminin par lequel Mme de Sévigné condamnait Racine à cultiver de peu vivaces caféiers, le mot railleur de La Bruyère : « Racine est un poète et Corneille est Corneille » ; et, sans aller si loin, songez à l’époque où Racine fut déclaré par les poètes romantiques : un « sale polisson ».

(Le Journal)

France, 1907 : Terme injurieux appliqué dans les régiments aux conscrits maladroits et d’un mauvaise tournure ; allusion non aux sapeurs-pompiers de Paris, corps d’élite, mais aux pompiers de Nanterre et autres localités de province où la tenue et la correction laissent à désirer et que la chanson et l’image ont caricaturés.

— Appuyez à droite, appuyez ! hurlait le sous-officier de semaine. Le sept, le huit, le neuf, le dix, le onze et le douze, en arrière ! Et toute la bande, là-bas, demandez-moi ce qu’ils fabriquent. Voulez-vous appuyer, tonnerre ! Encore ! Encore, donc !… Pompiers, va ! Là ! c’est bien ! Assez ! ne bougez plus.

(Georges Courteline)

Ressort (crucifix à)

France, 1907 : Poignard ; revolver. Argot des escarpes.

— Allons, va donc raccrocher ton crucifix à ressort… tu vois bien qu’il ne nous fait pas peur. C’est des noyaux de cerises qu’il y a dedans.

(G. Darien)

Romain

Larchey, 1865 : Claqueur. — Allusion aux Romains qui applaudissaient Néron.

Sous le lustre avec les romains du parterre.

(P. Borel, 1833)

Romain : fantassin. — Allusion à la forme romaine du poignard d’infanterie.

Delvau, 1866 : s. m. Applaudisseur gagé, — dans l’argot des coulisses, sans doute par allusion aux claqueurs de Néron.

Delvau, 1866 : s. m. Soldat d’infanterie.

Rigaud, 1881 : Acteur de la Comédie-Française, — dans le jargon des acteurs forains du XVIIIe siècle.

Ils déclamaient… en imitant la diction emphatique et monotone des Romains.

(Ch. Magnin, Hist. des Marionnettes en France, 1862)

Depuis, le nom de Romain a été spécialement appliqué aux claqueurs ; c’était, primitivement, mot à mot : les gens chargés d’applaudir les Romains et, par abréviation, les Romains.

La Rue, 1894 : Applaudisseur gagé.

France, 1907 : Claqueur. L’origine de la claque au théâtre remonte à Rome au temps de Néron.

Surin

Clémens, 1840 : Sabre.

un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Couteau.

Larchey, 1865 : Couteau. V. Chemin.

Les artistes en surin commencent à s’expatrier.

(Delvau)

Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans le même argot [des voleurs]. Surin muet. Canne plombée ; casse-tête.

Rigaud, 1881 : Couteau. — Suriner, tuer à coups de couteau. — Surineur, assassin qui travaille au couteau. Ce sont des dérivés de suer, suage.

La Rue, 1894 : Couteau. Suriner, tuer à coups de couteau.

Virmaître, 1894 : Couteau. Surin muet : canne plombée ; elle surine sans bruit.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Couteau, poignard.

Après dix heures, tous les commissariats sont définitivement fermés jusqu’au lendemain matin… Et c’est à ce moment, quand les filous sortent, quand les filles encombrent le trottoir, quand les escarpes aiguisent leurs surins, que la police ferme sa porte !

(Hogier-Grison, La Police)

Dans c’t’auberge lamentable,
À coups de surins,
On égorge sur la table
De fameux lapins.

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Toquer (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’enthousiasmer pour quelqu’un ou pour quelque chose ; s’éprendre subitement d’amour pour un homme ou pour une femme.

Rigaud, 1881 : Se passionner pour.

On a trouvé un mot très juste pour leurs amours, elles se toquent, elles ont des toquades.

(Jean Rousseau, Paris dansant)

Je suis toqué de vous.

(Balzac)

France, 1907 : S’enmouracher, s’éprendre follement. Être toqué de quelqu’un, être amoureux.

Et les coudes sur la nappe, le buste avancé vers elle, il la poignardait de ses jeux de prunelles, chuchotait : — Moi, vous savez, je suis toqué plus que jamais ! À quoi elle répondit par une comédie d’œillades chaudes et longues, lâchant dans un soupir le regret d’être mariée, jouant la vertu aux prises avec les tentations du désir.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Vingt-deux

Vidocq, 1837 : s. m. — Couteau. Terme des voleurs flamands et hollandais.

Clémens, 1840 : Épée, couteau.

M.D., 1844 : Un poignard.

un détenu, 1846 : Couteau.

Halbert, 1849 : Un couteau.

Delvau, 1866 : s. m. Poignard, — dans l’argot des voleurs. Jouer du vingt deux, Donner des coups de poignard.

Rigaud, 1881 : Poignard, — dans l’ancien argot.

Merlin, 1888 : Couteau, — de l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Poignard.

Virmaître, 1894 : Couteau. Jouer la vingt-deux, donner des coups de couteau. Vingt-deux : les deux cocottes. Vingt-deux : quand le compagnon placé le plus près de la porte voit entrer le prote dans l’atelier de composition, il crie :
— Vingt-deux ! Synonyme d’attention. Quand c’est le patron, il crie :
— Quarante-quatre ! En raison de l’importance du singe, le chiffre est doublé (Argot d’imprimerie). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Contremaître ; surveillant. Argot des voleurs.

France, 1907 : Couteau. Jouer du vingt-deux, donner des coups de couteau. Argot des rôdeurs ; allusion aux 22 sous, prix du couteau.

Nous avons voulu maquiller à la sorgue chez un orphelin, mais le pantre était chaud ; j’ai vu le moment où il faudrait jouer du vingt-deux et alors il y aurait eu du raisinet.

(Mémoires de Vidocq)

Moi, j’suis gonzesse d’loucherbème,
Un soir qu’à m’f’ra trop lierchème,
J’y fous mon vingt-deux dans la peau.

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Deux agents (cri d’alerte).

Vitrioleuse

France, 1907 : Émule des veuves Gras, Belligaud et tutti quanti depuis la déplorable facilité avec laquelle on acquitte ces gredines.

D’immondes coquines, ayant fait périr dans d’atroces souffrances de malheureux jeunes gens par lesquels elles se prétendaient séduites, furent acquittées par ces bons bourgeois qu’on appelle des jurés d’assises et l’on vit la justice rendre à la société de vulgaires criminelles qui n’avaient eu d’autres titres à cette excessive bonté nue d’avoir employé, pour détériorer leur homme, une arme plus lâche que le poignard ou le revolver.
Bien mieux ! on vit une foule en délire applaudir à l’acquittement de ces ignobles drôlesses et leur payer des consommations variées, à la sortie du Palais de Justice.
Plusieurs de ces Agnès de pacotille furent même épousées par des Anglais fantasques, tandis que les autres trouvaient également une position sociale, soit comme gouvernante d’un vieil imbécile, soit comme nourrice sèche dans une riche famille bourgeoise.
Le revolver à paru un jeu d’enfant à Catin vengeresse. Aussitôt elle a innové le coup traîtreux, lâche, ignoble du vitriol qui dévore les yeux et déchiquette les chairs du visage. Croiriez-vous que d’atroces femmes ont encore été épargnées par les jurés après ce crime abominable ? Dès lors une nouvelle industrie était fondée pour les catins sans emploi qui pullulent sur le pavé : le chantage au vitriol. Tout homme a dans son passé une amourette ou une peccadille. Voici que le péché d’antan revenait menaçant, avec l’exigence d’un nouveau salaire. Gare au vitriol ! Qui n’aurait pas tremblé… et payé ? S’il est besoin de quelque énergie pour le coup de feu, il suffit de cinquante centimes et d’un pot de terre à l’immonde et lâche gredine.

(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique