Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Agacer un polichinelle sur le zinc

Virmaître, 1894 : On nomme polichinelle un verre d’eau-de-vie, environ un cinquième de litre, que certains pochards abrutis boivent sur le zinc. Il en est qui agacent jusqu’à cinq polichinelles dans une matinée (Argot du peuple). N.

Allumer

d’Hautel, 1808 : Allumez la lumière. Phrase très-usitée parmi le peuple, pour Allumez la chandelle.
Allumer quelqu’un. Le regarder avec recherche et d’une manière indiscrète.

Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder attentivement.

Clémens, 1840 : Regarder.

Larchey, 1865 : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange.

Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu.

(Almanach des Prisons, 1795)

Allumer : Déterminer l’enthousiasme.

Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique.

(Reybaud)

Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet.

Allume ! allume !

(H. Monnier)

Allumé : Échauffé par le vin.

Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ?

(Montépin)

Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente.

Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.

(La Correctionnelle, journal)

Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse. Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Voir, regarder, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Provoquer l’admiration ; jeter le trouble dans le cœur d’un homme, comme font certaines femmes avec certains regards. Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds. L’expression est vieille.

Delvau, 1866 : v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

Rigaud, 1881 : Enthousiasmer, exciter l’admiration, surexciter.

Avec un costume neuf elle allumerait une salle.

(Huysmans, Marthe)

Allumer le pingouin, exciter l’enthousiasme du public, dans le jargon des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Regarder avec soin, observer, — dans le jargon du peuple.

Tais-toi, Pivoine, le républicain nous allume.

(A. Joly, Fouyou au Lazary, Chans.)

Dans l’argot des camelots et des marchands forains, allumer a le sens de surveiller l’acheteur, de veiller à ce qu’il ne chipe rien. — Allumer le pante. — Allumer le miston. On disait au XVIIIe siècle éclairer dans le même sens ; c’est le aliquem specidari de Cicéron.

Rigaud, 1881 : Stimuler un cheval à coups de fouet.

Le pauvre gars apparut, tout piètre encore, et se hissa péniblement dans la voiture. Après lui, madame y monta, puis, en route, allume !

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau-des-lutteurs)

La Rue, 1894 : Regarder avec soin. Enthousiasmer. Allumer le pingouin, exciter la curiosité ou l’enthousiasme des badauds, dans le jargon des saltimbanques. Signifie aussi écouter.

Virmaître, 1894 : Faire de l’œil à un passant. Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès. Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter. Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Regarder.

Allume la tronche de la môme qui radine.

Allumer veut aussi dire payer ; celui qui solde une dépense allume. Chez les artistes, allumer veut dire regarder dans la salle s’il y aura pour la sortie un monsieur galant.

Les allumeuses ne sont pas toujours celles qui éteignent.

France, 1907 : Veiller, être aux aguets, ouvrir l’œil, dans l’argot des voleurs :

Si le Squelette avait eu tantôt une largue comme moi pour allumer, il n’aurait pas été moucher le surin dans l’avaloir du grinche.

(Eug. Sue, Les Mystères de Paris)

Un jeune mais cynique vagabond est assis sur le banc des accusés, à la police correctionnelle.
Le président. — Prévenu, que faisiez-vous au moment de votre arrestation ?
Le prévenu. — J’avais l’œil au grain.
Le président. — Vous dites ?
Le prévenu. — J’allumais.
Le président. — Veuillez vous exprimer dans un langage clair, et surtout plus convenable.
Le prévenu. — Je ne connais que celui-là, moi. Je parle la langue de mes aïeux !

anon., 1907 : Regarder. Allume tes chasses : ouvre tes yeux.

Allumette ronde (attraper une)

Rigaud, 1881 : Ressentir les premiers effets de l’ivresse ; une des nombreuses métaphores pour désigner la manière d’être d’un homme soûl. À des degrés divers, on dit : Avoir sa cocarde, avoir son plumet, être dans les vignes, dans les brindezingues, avoir son compte, son affaire, sa pointe, un coup de soleil, un coup de jus, un coup de sirop, être tout chose, éméché, parti, lancé, paf, pochard, soûlot, soulard, gavé, poivre, poivrot, raide comme balle, raide comme la justice. Voici, d’après M. Denis Poulot (le Sublime), les marches de l’échelle alcoolique, dans l’argot des ouvriers mécaniciens : 1o Attraper une allumette ronde : il est tout chose ; 2o Avoir son allumette-de marchand de vin : il est bavard et expansif ; 3o Prendre son allumette de campagne, ce bois de chanvre soufré des deux bouts : il envoie des postillons et donne la chanson bachique ; 4o Il a son poteau kilométrique : son aiguille est affolée, mais il retrouvera son chemin ; 5o Enfin le poteau télégraphique, le pinacle : soulographie complète, les roues patinent, pas moyen de démarrer ; le bourdonnement occasionné par le vent dans les faïences est cause du choix.

Avoir la gueule de bois

Virmaître, 1894 : S’être pochardé la veille. L’ivrogne boit de l’eau le lendemain pour éteindre le feu qui lui dessèche la gorge. Mot à mot : Il a la gueule sèche (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : S’être pochardé la veille et avoir soif ; bouche sèche.

Avoir sa pointe, son grain

La Rue, 1894 : Premier degré de l’ivresse. Les autres degrés sont : Être monté, en train, poussé, tancé, en patrouille, attendri, gai, éméché, teinté, allumé, pavois, poivre, pompette. Avoir le net piqué, son plumet, sa cocarde. Être raide, dans les vignes, dans les brouillards, dans les brindezingues, chargé, gavé, plein, complet, rond, pochard, bu. Avoir sa culotte, son casque, son sac, sa cuite, son compte, saoul comme trente-six mille hommes, etc.

Avoir son compte

Larchey, 1865 : Mourir, voir finir le compte de ses jours.

J’ai mon compte pour ce monde-ci. C’est soldé.

(L. Reybaud)

Virmaître, 1894 : Être pochard. Avoir reçu une formidable volée dans une bataille (Argot du peuple).

Barbe (en prendre une)

Virmaître, 1894 : Se pocharder. Dans les imprimeries quand un camarade a pris une barbe, on dit aussi qu’il était chargé à cul. Allusion au cheval qui ne peut pas avancer quand sa charge est trop lourde (Argot d’imprimerie).

Biberon

d’Hautel, 1808 : Franc, buveur, gourmet en vin.

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, — dans l’argot du peuple, qui cependant ne doit pas connaître le jeu de mots (Biberius) fait sur le nom de Tibère, impérial buveur.

Virmaître, 1894 : Pochard qui boit comme une éponge, sans soif. Mot à mot : il tète ou suce tous les liquides possibles (Argot du peuple). V. Suce-Canelle.

Rossignol, 1901 : Individu qui boit sans besoin et qui tette n’importe quel liquide.

France, 1907 : Ivrogne.

Canard

d’Hautel, 1808 : Boire de l’eau comme un canard ou comme une Cane. Pour dire boire beaucoup d’eau et coup sur coup, ce qui arrive assez ordinairement à ceux qui ont fait une grande débauche de vin.
Bête comme un canard.
Donner des canards à quelqu’un.
Pour lui en faire accroire ; le tromper.

M.D., 1844 : Fausse nouvelle.

Halbert, 1849 : Nouvelle mensongère.

Larchey, 1865 : Fausse nouvelle.

Ces sortes de machines de guerre sont d’un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommés canards.

(Mornand)

Larchey, 1865 : Imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante. V. Canardier. autrefois, on disait vendre ou donner un canard par moitié pour mentir, en faire accroire. — dès 1612, dans le ballet du courtisan et des matrones, M. Fr. Michel a trouvé « Parguieu vous serez mis en cage, vous estes un bailleur de canars. » — On trouve « donner des canards : tromper » dans le Dict. de d’Hautel, 1808.

Larchey, 1865 : Récit mensonger inséré dans un journal.

Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l’air d’être vrai, mais qu’on invente pour relever les Faits-Paris quand ils sont pâles.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie.

Or, le canard de madame Pochard, s’était son mari !

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. m. Chien barbet, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces chiens-là vont à l’eau comme de simples palmipèdes, water-dogs.

Delvau, 1866 : s. m. Fausse note, — dans l’argot des musiciens. On dit aussi Couac.

Delvau, 1866 : s. m. Imprimé crié dans les rues, — et par extension, Fausse nouvelle. Argot des journalistes.

Delvau, 1866 : s. m. Journal sérieux ou bouffon, politique ou littéraire, — dans l’argot des typographes, qui savent mieux que les abonnés la valeur des blagues qu’ils composent.

Delvau, 1866 : s. m. Mari fidèle et soumis, — dans l’argot des bourgeoises.

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de sucre trempé dans le café, que le bourgeois donne à sa femme ou à son enfant, — s’ils ont été bien sages.

Rigaud, 1881 : Cheval, — dans le jargon des cochers. J’ai un bon canard, bourgeois, nous marcherons vite. Ainsi nommé parce que la plupart du temps, à Paris, à l’exemple du canard, le cheval patauge dans la boue.

Rigaud, 1881 : Mauvaise gravure sur bois, — dans le jargon des graveurs sur bois.

Rigaud, 1881 : Méchant petit journal, imprimé sans valeur.

Ne s’avisa-t-il pas de rimer toutes ses opinions en vers libres, et de les faire imprimer en façon de canard ?

(Ed. et J. de Goncourt)

Rigaud, 1881 : Mensonge, fausse nouvelle. — Au dix-septième siècle, donner des canards à quelqu’un avait le sens de lui enfaire accroire, lui en imposer. (Ch. Nisard, Parisianismes)

Rigaud, 1881 : Morceau de sucre trempé dans du café. Comme le canard, il plonge pour reparaître aussitôt. Rien qu’un canard, un petit canard. On donne aussi ce nom à un morceau de sucre trempé dans du cognac.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom familier par lequel on désigne les journaux quotidiens, et quelquefois les autres publications périodiques. Le Journal officiel est un canard, le Moniteur universel est un canard, tout aussi bien que le Journal des tailleurs et que le Moniteur de la cordonnerie ou le Bulletin des halles et marchés.

La Rue, 1894 : Journal. Fausse nouvelle inventée pour relever les Faits-Paris. Imprimé banal crié dans la rue.

Virmaître, 1894 : Mauvais journal. Quand un journal est mal rédigé, mal imprimé, pas même bon pour certain usage, car le papier se déchire, c’est un canard (Argot du peuple et des journalistes).

Virmaître, 1894 : Nouvelle fausse ou exagérée. Ce système est employé par certains journaux aux abois. On pourrait en citer cinquante exemples depuis les écrevisses mises par un mauvais plaisant dans un bénitier de l’église Notre-Dame-de-Lorette et qui retournèrent à la Seine en descendant par les ruisseaux de la rue Drouot ; jusqu’au fameux canard belge. Un huissier à l’aide d’une ficelle pécha vingt canards qui s’enfilèrent successivement, comme Trufaldin dans les Folies Espagnoles de Pignault Lebrun, il fut enlevé dans les airs, mais la ficelle se cassa et il tomba dans un étang ou il se noya. Ce canard fit le tour du monde arrangé ou plutôt dérangé par chacun, il y a à peine quelques années qu’il était reproduit par un journal, mais la fin était moins tragique, l’huissier était sauvé par un membre de la Société des Sauveteurs à qui on décernait une médaille de 1re classe. Pour sauver un huissier on aurait dû lui fourrer dix ans de prison (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade.
— Bec salé, c’est un sale canard (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Journal, fausse nouvelle.

France, 1907 : Fausse nouvelle insérée dans un journal pour relever les Faits Divers lorsqu’ils sont pâles. Les filous et les tripoteurs de la Bourse se servent de canards pour faire la hausse ou la baisse. Cette expression est assez ancienne, car, dans le Dictionnaire Comique de Philibert Joseph Le Roux (1735), on trouve à côté du mot l’explication suivante : « En faire accroire à quelqu’un, en imposer, donner des menteries, des colles, des cassades, ne pas tenir ce qu’on avait promis, tromper son attente. »
De là à appeler canard le journal qui ment et, par suite, tous les journaux, il n’y avait qu’un pas ; il a été franchi.
Nous allons lancer un canard, c’est-à-dire, nous allons faire un journal.

France, 1907 : Gravure sur bois.

Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade. Argot populaire.

(Ch. Virmaître)

Chien barbet, argot populaire, à cause du plaisir qu’ont ces chiens de se jeter à l’eau. Bouillon de canard, eau.
Fausse note ; argot des musiciens.
Petit morceau de sucre trempé dans le café ou l’eau-de-vie que l’on donne aux enfants.

Pendant la communion.
Bébé, regardant avec attention le prêtre en aube distribuant les hosties, se décide à tirer maman par la robe.
Maman — Quoi donc ?
Bébé — Je voudrais aller comme tout le monde près du monsieur en chemise.
Maman — Pourquoi faire ?
Bébé — Pour qu’il me donne aussi un canard.

(Gil Blas)

Chat

d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas lui qui a fait cela ; non, c’est le chat. Locution bouffonne et adversative qui a été long-temps en vogue parmi le peuple de Paris, et dont on se sert encore maintenant pour exprimer qu’une personne est réellement l’auteur d’un ouvrage qu’on ne veut pas lui attribuer ; ou pour affirmer que quelqu’un a commis une faute que l’on s’obstine à mettre sur le compte d’un autre.
Il a autant de caprices qu’un chat a de puces. Se dit d’un enfant fantasque, inconstant et capricieux, comme le sont tous les enfans gâtés et mal élevés.
J’ai bien d’autres chats à fouetter. Pour, j’ai bien d’autres choses à faire que de m’occuper de ce que vous dites.
Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit par plaisanterie d’une personne vive, impatiente, d’une pétulance extrême, et qui se laisse aller facilement à la colère et à l’emportement.
Il trotte comme un chat maigre. Se dit d’une personne qui marche rapidement et avec légèreté ; qui fait beaucoup de chemin en peu de temps.
Mon chat. Nom d’amitié et de bienveillance que les gens de qualités donnent à leurs protégés, et notamment aux petits enfans.
Il a un chat dans le gosier. Se dit d’un homme de temps qui avale sans cesse sa salive, et qui fait des efforts pour cracher.
Il le guette comme le chat fait la souris. Pour, il épie, il observe soigneusement jusqu’à ses moindres actions.
Acheter chat en poche. Faire une acquisition, sans avoir préalablement examiné l’objet que l’on achette.
Il a emporté le chat. Se dit d’un homme incivil et grossier qui sort d’un lieu sans dire adieu à la société.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que quand on a été une fois trompé sur quelque chose, on devient méfiant pour tout ce qui peut y avoir la moindre ressemblance.
Traître comme un chat. Faussaire, hypocrite au dernier degré.
Elles s’aiment comme chiens et chats. Se dit de deux personnes qui ne peuvent s’accorder en semble ; qui se portent réciproquement une haine implacable.
À bon chat bon rat. Pour, à trompeur, trompeur et demi ; bien attaqué, bien éludé.
À mauvais rat faut mauvais chat. Pour, il faut être méchant avec les méchans.
À vieux chat jeune souris. Signifie qu’il faut aux vieillards de jeunes femmes pour les ranimer.
Jeter le chat aux jambes. Accuser, reprocher, rejeter tout le blâme et le mauvais succès d’une affaire sur quelqu’un.
À lanuit, tous chats sont gris. Pour dire que la nuit voile tous les défauts.
Il a joué avec les chats. Se dit de quelqu’un qui a le visage écorché, égratigné.
Il est propre comme une écuelle à chat. Se dit par dérision d’un homme peu soigneux de sa personne, et fort malpropre.
Bailler le chat par les pattes. Exposer une affaire par les points les plus difficiles.
Il entend bien chat, sans qu’on dise minon. Se dit d’un homme rusé et subtil, qui entend le demi-mot.
Il a payé en chats et en rats. Se dit d’un mauvais payeur ; d’un homme qui s’acquitte ric à ric, et en mauvais effets.
Une voix de chats. Voix sans étendue, grêle et délicate.
Une musique de chat. Concert exécuté par des voix aigres et discordantes.
Elle a laissé aller le chat au fromage. Se dit d’une fille qui s’est laissé séduire, et qui porte les marques de son déshonneur.

Bras-de-Fer, 1829 : Geôlier.

Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.

Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.

Larchey, 1865 : Nom d’amitié.

Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.

(Ces Dames, 1860)

Delvau, 1866 : s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.

Delvau, 1866 : s. m. Geôlier, — dans le même argot [des voleurs]. Chat fourré. Juge ; greffier.

Delvau, 1866 : s. m. Lapin, — dans l’argot du peuple qui s’obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n’entrent que par exception dans la confection des gibelottes.

Rigaud, 1881 : Pudenda mulierum.

Rigaud, 1881 : Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.

Rigaud, 1881 : Enrouement subit éprouvé par un chanteur.

Rigaud, 1881 : Greffier, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les chassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat. Tout est dans tout, comme disait Jacotot.

Rigaud, 1881 : Guichetier, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Guichetier. Couvreur. Enrouement subit. Pudenda mulierum.

France, 1907 : Couvreur. Comme les chats, il se tient sur les toits.

France, 1907 : Enrouement. Avoir un chat dans le gosier ou dans la gouttière, être enroué.

France, 1907 : Guichetier d’une geôle.

France, 1907 : Nature de la femme. Au moment où le fameux Jack l’Éventreur terrifiait à Londres le quartier de Whitechapel, le Diable Amoureux du Gil Blas racontait cette lourde plaisanterie :
« — Tond les chiens ! coupe les chats !
Un Anglais se précipite sur le malheureux tondeur en criant :
— Enfin, je te tiens, Jack ! »
Ce quatrain du Diable Boiteux est plus spirituel :

 Prix de beauté de Spa, brune, bon caractère !
 Au harem aurait fait le bonheur d’un pacha ;
 Aime les animaux félins, tigre ou panthère,
 Et possède, dit-on, un fort beau petit chat !

Chez lui, revenant après fête,
Un pochard rond comme un portier,
Faible de jambe et lourd de tête,
Cherchait le lit de sa moitié.

Mais il se glissa près de Laure,
La jeune femme du couvreur…
Et ce n’est qu’en voyant l’aurore
Qu’il s’aperçut de son erreur.

— Que va me dire mon épouse ?
Pensa-t-il. Zut ! Pas vu, pas pris !
Elle ne peut être jalouse,
Car la nuit tous les chats sont gris !

(Gil Blas)

Chat, employé pour le sexe de la femme, n’a aucun sens. Le mot primitif est chas, ouverture, fente, dont on a fait châssis. Les Anglais ont le substantif puss, pussy, pour désigner la même chose, mais ils n’ont fait que traduire notre mot chat.

Chiffonner

d’Hautel, 1808 : Une figure chiffonnée. Un visage dont les traits, sans être beaux ni réguliers, forment cependant un ensemble agréable.
Cela me chiffonne. Pour cela m’embarrasse, m’inquiète, me tourmente.

Delvau, 1866 : v. a. Contrarier, ennuyer, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Taquiner amoureusement une femme, la pincer amoureusement.

Et lorsqu’ils sontpochards, ils chiffonnent les bonnes

(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés)

La Rue, 1894 : Contrarier.

France, 1907 : Contrarier, ennuyer.

— Si vous ne voulez pas être mon obligée, soyez tranquille, je vous demanderai quelque chose en échange : comme ça, nous serons quittes !
— Quoi donc ? Que me demanderez-vous ?
— De me faire mes heures supplémentaires la semaine prochaine. Je suis de garde et ça me chiffonne.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Agacer, tripoter une femme ou une fille ; littéralement, lui chiffonner les jupes ou essayer de lever sa chemise.

— L’épouser ! L’épouser ! exclama bruyamment le capitaine, en battant du bras ; ce petit torchon… ce laideron, cette grêlée !… Il pensait à chiffonner ça parce que c’est jeune. Un amour d’étape. J’aurais deviné ça du coup… et je l’aurais secoué.

(Alexis Bouvier, La Belle Grêtée)

— Savez-vous comment on peut chiffonner le plus une soubrette au minois chiffonné ?
— En ne la chiffonnant pas.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Cuite

Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot du peuple. Avoir sa cuite ou une cuite. Être saoul.

Rigaud, 1881 : Forte ivresse.

Ces bonnes cuites sans façon qu’elle se donnait avec Anatole.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

Cuite sénatoriale, très forte ivresse, cuite présidentielle, le nec plus ultra de l’ivresse, tout ce qu’il y a de mieux dans le genre. — Attraper une cuite, se soûler. Cuver une cuite, chercher dans un sommeil réparateur à dissiper les fumées de l’alcool et les ressentiments d’une nourriture trop copieuse.

Boutmy, 1883 : s. f. Ivresse complète. D’où peut venir ce mot ? Rappelons-nous que Chauffer le four, c’est boire beaucoup, s’enivrer. La cuite ne serait-elle pas tout naturellement le résultat du four chauffé et surchauffé. V. TUITE.

Rossignol, 1901 : Celui qui est saoul a une cuite.

Hayard, 1907 : Ivresse.

France, 1907 : Correction.

France, 1907 : Ivresse. Avoir sa cuite, prendre une cuite.

…C’est drôle, disait le père Trinquefort, quand la rivière a trop d’eau, où appelle ça une crue ; et quand un homme a trop de vin, on appelle ça une cuite.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Subitement, une ombre flottante anima, à moins de vingt pas en avant d’eux, la solitude morne d’une ruelle noyée dans le clair-obscur violâtre du matin ; une silhouette de pochard attardé et regagnant péniblement ses pénates. Le brave homme battait le pavé que c’en était un vrai plaisir, lâché dans de fantastiques diagonales, éperdument lancé et relancé, en travers de l’étroite chaussée, de tribord à bâbord et réciproquement.
Ce fut comme un rayon de soleil dans leur détresse, ils s’arrêtèrent pour rire a l’aise.
— Quelle cuite, bon sang !
— Non, pige-moi l’coup !

(Georges Courteline, La Vie de caserne)

Culotte (en prendre une)

Virmaître, 1894 : Être abominablement pochard. On dit également : il est cuit, il a trop chauffé le four (Argot du peuple).

Descente de gosier

Virmaître, 1894 : Avoir une soif perpétuelle. Pochard jamais rassasié (Argot du peuple).

France, 1907 : Soif perpétuelle.

Éméché (être)

Virmaître, 1894 : N’avoir pas assez bu pour être pochard mais suffisamment pour avoir une légère pointe ; être allumé. Allusion à la rougeur du visage (Argot du peuple).

France, 1907 : Être gris.

L’artiste voulant croquer sur le vif un de ces types qu’il a rendus célèbres, alla au Vieux-Chêne, mais auparavant, après un diner largement arrosé, il fit de nombreuses stations dans différents cafés et, comme il adorait le champagne et que La rue Mouffetard est loin du boulevard Clichy, il arriva absolument éméché.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Zinque, joliment éméché aussi, avait roupillé à midi pendant une demi-heure. Puis on avait rigolé à dire des blagues, et comme elle insistait pour savoir quelles blagues, il eut une pudeur. Pour ça non, c’était des choses qui se disent entre hommes, mais que les femmes ne doivent pas entendre.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Quand je rentrais le soir un peu… éméchée, il arrivait, il me flairait avec ses moustaches hérissées, et comme il n’aimait pas l’odeur de la boisson, je ne le voyais plus pendant deux jours… sans doute que je lui avais collé une beigne un soir d’absinthe, mais quand il me sentait à jeun… Ah ! alors c’était la grande rigolade !… il était si content qu’il grimpait dans les rideaux. Et qu’il dégringolait en cassant des cuvettes !… M’en a-t-il coûté de la vaisselle !

(Louise France, Gil Blas)

Festonner

Larchey, 1865 : Avoir une démarche que l’ivresse accidente comme des festons de broderie.

Il va encore, ma foi, très-droit… c’est à peine s’il festonne.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. n. Être en état d’ivresse et décrire en marchant des zigzags dont s’amusent les gamins, et dont rougissent les hommes au nom de la Raison et de la Dignité humaine outragées.

Rigaud, 1881 : Marcher en faisant des zigzags, à la manière des ivrognes. — Voir tout tourner autour de soi.

Virmaître, 1894 : Pochard qui ne tient pas sur ses jambes. Il festonne en marchant pour essayer de maintenir son équilibre (Argot du peuple).

Fluxion de pavés

Virmaître, 1894 : Pochard qui tombe et s’abime la figure : elle enfle comme s’il avait mal aux dents. De là l’expression (Argot du peuple).

Goupineurs

Virmaître, 1894 : Voleurs qui ont la spécialité de dévaliser les pochards qui s’endorment sur la voie publique. Ils goupinent les profondes (Argot des voleurs).

Grenouille

d’Hautel, 1808 : C’est un bon enfant, il n’est pas cause si les grenouilles manquent de queue. Se dit ironiquement pour exprimer qu’un homme est simple et très-borné ; qu’il n’entend malice en rien.
Grenouille. Apostrophe injurieuse que l’on adresse à une femme perdue de mœurs et de réputation.

Larchey, 1865 : Caisse, trésor.

Il tenait la grenouille.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. f. Femme, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient cette expression injurieuse, probablement à cause du ramage assourdissant que font les femmes en échangeant des caquets.

Delvau, 1866 : s. f. Prêt de la compagnie, — dans l’argot des troupiers. Manger la grenouille. Dissiper le prêt de la compagnie. S’emploie aussi, dans l’argot du peuple, pour signifier : Dépenser l’argent d’une société, en dissiper la caisse.

Rigaud, 1881 : Femme stupide et bavarde, — dans le jargon du peuple.

Des propres à rien Qui ne savent faire que courir la grenouille.

(Le Sans-Culotte, 1879)

Rigaud, 1881 : Somme d’argent d’une certaine importance. — Manger la grenouille, dépenser l’argent confié, soustraire un dépôt d’argent. On a tant mangé de grenouilles, il y a tant eu de mangeurs de grenouilles depuis une vingtaine d’années, que l’expression, toute militaire, d’abord, s’est généralisée. Elle s’applique à tous ceux qui s’approprient un dépôt, et principalement aux caissiers infidèles.

La Rue, 1894 : La caisse. Prostituée vulgaire, coureuse de bals publics. Grenouillage, vol de caissier. Manger la grenouille, voler la caisse.

Virmaître, 1894 : Femme de rien (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Caisse. Manger la grenouille, voler la caisse.

France, 1907 : Fille à soldats. Elle est très souvent atteinte de la maladie diagnostiquée par Alphonse Allais : crapulite vadrouilliforme et pochardoïde. On l’appelle aussi, dans le langage du troupier, limace, bonne de quartier, balai de caserne, paillasse de corps de garde.

Maculature (attraper une)

Rigaud, 1881 : Se griser, — dans le jargon des ouvriers pressiers.

France, 1907 : S’enivrer. Les synonymes sont nombreux, ce qui indique la fréquence du vice. En voici les principaux : s’allumer, se cingler le blair, se cardinaliser, se coller une biture, se coaguler, se culotter, s’empoivrer, s’empaffer, écraser un grain, s’émerillonner, s’émécher, s’enluminer, se flanquer une culotte, faire cracher ses soupapes, se farder, se foncer, mettre son nez dans le bleu, partir pour la gloire, se poisser, se pocharder, prendre une barbe, se piquer le nez, se piquer le tasseau, se schniquer, se tuiler, etc.

Marcher sur le dernier quartier

Virmaître, 1894 : User le restant de ses souliers. Par dérision, on dit à un homme dont les souliers boivent l’eau du ruisseau :
— Tes pafs sont pochards.
On dit encore :
— Tu vas t’enrhumer, tes rigodons ont un courant d’air (Argot du peuple). N.

France, 1907 : User ses souliers jusqu’à ce qu’ils boivent l’eau.

Messe (être à la)

Rigaud, 1881 : Arriver en retard à l’atelier, — dans l’argot des ouvriers.

Virmaître, 1894 : Quand un ouvrier arrive à l’atelier cinq minutes après la cloche, la porte est fermée, il perd un tiers ou une demie journée ; il va pendant ce temps boire des canons sur le zinc, l’autel des pochards ; le mastroquet officie. De là, aller à la messe (Argot du peuple).

France, 1907 : Arriver en retard à l’atelier.

Quand un ouvrier arrive à l’atelier cinq minutes après la cloche, la porte est fermée, il perd un tiers ou une demi-journée ; il va pendant ce temps boire des canons sur le zinc, l’autel des pochards ; le mastroquet officie. De là, aller à la messe.

(Ch. Virmaître)

Mettre à l’ombre

Delvau, 1866 : v. a. Mettre en prison, — dans l’argot du peuple. Tuer, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Aller en prison. En effet, on ne craint pas l’ardeur du soleil (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mettre en prison ou à la salle de police.

France, 1907 : Mettre en prison.

Le souteneur voleur pratique le vol au rendez-moi, lorsque sa marmite est fêlée : c’est la désignation de la fille dont il vit, et qui se trouve à d’ombre ou prisonnière pendant plusieurs semaines. Souvent, sa maîtresse, pour se rendre libre, ou changer de souteneur, le pousse à voler avec le secret espoir qu’il se laissera prendre.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Surtout, pas de brusquerie ; il faut être poli avec les pochards et, au besoin, s’excuser de les avoir mis momentanément à l’ombre dans leur propre intérêt.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Mettre en brindezingue (se)

Virmaître, 1894 : Faire la noce. Être dans les brindezingues : être pochard (Argot du peuple). N.

Pétard

Vidocq, 1837 : s. m. — Haricot.

Clémens, 1840 : Éveil, se faire de la bile.

un détenu, 1846 : Un sou.

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, esclandre.

N’bats pas l’quart,
Crains l’pétard,
J’suis Bertrand l’pochard !

dit une chanson populaire.

Delvau, 1866 : s. m. Derrière de l’homme ou de la femme. Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Haricot. Le haricot est tantôt un musicien, tantôt un pétard, tantôt exécutant, tantôt musique. Allusion compréhensible, même pour les enfants.

Fustier, 1889 : Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant.

Pourquoi ce qui n’avait pas réussi jusqu’alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie ? ce qu’on appelle, en argot artistique, un pétard.

(Gazette des Tribunaux, 1882. )

Fustier, 1889 : Sou.

À droite, un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin.
C’est la qu’on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.

(Gaulois, 1882)

La Rue, 1894 : Un sou. Soumet. Haricot. Postérieur. Bagarre.

Virmaître, 1894 : Le derrière.
— Crois-tu qu’elle est bien en viande ? Quel riche pétard ! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine ; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Sou. C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon. En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire ; en terme de mépris, on disait : un patard de vache (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Le derrière.

Rossignol, 1901 : Sou.

Rossignol, 1901 : Tapage, bruit.

Avez-vous fini de faire du pétard, on n’entend que vous.

France, 1907 : Bruit, tapage.

Comment, v’là d’jà ménuit qui sonne !
Ej’ croyais pas qu’l’était si tard,
C’est vrai qu’on rencont’ pus personne
Et qu’on n’entend pus grand pétard.
Vrai, si j’étais propriétaire,
J’irais ben m’coucher un moment…
Mais je n’suis mêm’ pas locataire…

(Aristide Bruant)

Faire du pétard, faire du bruit, récriminer, protester vigoureusement, causer du désordre.

Autrefois, elle était fantasque,
Capricieuse, et f’sait du pétard,
Ne r’gardant pas à faire un’ frasque,
Encor moins à faire un cornard.
Mais maintenant on peut sur elle
Se reposer de tout souci,
Comme un pigeon dessous une aile…

(Henri Bachmann, La Femme mûre)

Faire un pétard est, en terme littéraire et artistique, produire une œuvre sensationnelle, qui heurte les idées courantes, choque les préjugés bourgeois, et l’on ne se doute pas du nombre de bourgeois que contient le monde artistique et littéraire. En littérature, Nana, d’Émile Zola, fut un pétard ; en peinture, la Salomée de Henri Regnault en fut un également.

Si je fais du théâtre, ce sera pour être joué, et, tout en le faisant comme je comprends qu’il doit être, — l’image de la vie. Je ne casserai aucune vitre, ne lancerai aucun pétard.

(Émile Zola)

France, 1907 : Le derrière, maître Luc, ce que l’intellectuel Armand Silvestre admire le plus chez la femme.

Le timbré s’est fait une théorie bien à lui sur les différents types de femmes. Il prétend qu’il faut être, et il est, lui, gourmand avec les brunes, gourmet avec les blondes, glouton avec les rousses, et goinfre avec les châtaines bien capitonnées, aux tétons fermes et abondants, aux croupes plantureuses et charnues, car l’adjudant apprécie la quantité au même titre que la qualité.
— J’aurais dû rentrer dans l’artillerie ou le génie, dit-il quelquefois, car j’adore les pétards, moi !

(Le Régiment)

Je les ai vus égayant
La foules ivre d’allégresse :
Chacun d’eux, certe, est bruyant
Étincelant, flamboyant,
Mais, je le confesse,
Rentré chez moi sur le tard,
Je me suis dit à moi-même :
« Ces pétards, nom d’un pétard !
Ne valent pas le pétard
De celle que j’aime ! »

(Gil Blas)

France, 1907 : Pièce d’un sou ; corruption du vieux français patard.

— J’aimerais mieux encore turbiner d’achar du matois à la sorgue pour affurer cinquante pétards par luisant que de goupiner.

(Mémoires de Vidocq)

À droite un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin :
C’est là qu’on verse
Les rhums, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.

(Chanson du Père Lunette)

France, 1907 : Soufflet. Ça claque.

Pierrot

Larchey, 1865 : Collerette à grands plis comme celle du pierrot des Funambules.

Mme Pochard a vu les doigts mignons d’Anne aplatir sur son corsage les mille plis d’un pierrot taillé dans le dernier goût.

(Ricard, 1820)

Larchey, 1865 : Niais. — Même allusion funambulesque.

Le valet de cantine se fait rincer l’bec par les pierrots.

(Wado, Chansons)

Delvau, 1866 : s. m. Collerette à larges plis, du genre de celle que Debureau a rendue classique.

Delvau, 1866 : s. m. Couche de savon appliquée à l’aide du blaireau sur la figure de quelqu’un, — dans l’argot des coiffeurs, qui emploient ce moyen pour débarbouiller un peu leurs pratiques malpropres, auxquelles ils veulent éviter le masque de crasse que laisserait le passage du rasoir. Le pierrot n’est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l’on ne fête pas souvent.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans l’argot des faubouriens. Asphyxier le pierrot. Boire un canon de vin blanc.

Rigaud, 1881 : Au bout d’une année de présence sous les drapeaux, de « bleu » qu’il était, le soldat reçoit le sobriquet de pierrot, qu’il conservera jusqu’à la quatrième année, époque à laquelle il obtient le surnom de « la classe ».

Rigaud, 1881 : Le mâle de la pierrette, personnage de carnaval.

Merlin, 1888 : Terme injurieux et méprisant ; épithète donnée au mauvais soldat.

Fustier, 1889 : Argot d’école. Dans les écoles d’arts et métiers on désigne ainsi l’élève de première année.

Les anciens ont tous démissionné. Nous ne sommes plus que des pierrots et des conscrits.

(Univers, 1886)

France, 1907 : Collerette à larges plis.

France, 1907 : Conscrit ; argot militaire.
Quand les loustics d’une chambrée out affaire à un pierrot dont la physionomie offre tous les caractères du parfait du Jean-Jean, ils s’empressent de le rendre victime d’un certain nombre de plaisanteries, pas bien méchantes, pas bien spirituelles, mais qui prennent toujours. Elles consistent à l’envoyer chercher un objet quelconque qui n’existe que dans leur imagination et paré d’un nom plus ou moins abracadabrant. Le pauvre pierrot s’en va en répétant le nom, crainte de l’oublier, et il erre de chambre en chambre, de peloton en peloton, toujours renvoyé plus loin, faisant balle parfois, jusqu’au moment où il revient à son point de départ, bredouille naturellement, et salué à sa rentrée par les rires homériques de ses mystificateurs.

C’est ainsi qu’il part à la recherche :
De la boite à guillemets ;
De la boite à matriculer les pompons ;
Du moulin à rata ;
Du parapluie de l’escadron ;
De la clé du terrain de manœuvre ;
De la selle de la cantinière ;
Du surfaix de voltige du cheval de bois ;
De la croupière de la cantinière, etc.

France, 1907 : Couche de savon que le coiffeur applique sur le visage d’un client malpropre qui a oublié de se le laver en venant se faire faire la barbe, afin de ne pas laisser par le passage du rasoir une marque de crasse. « Le pierrot, dit Alfred Delvau, n’est en usage que dans les faubourgs, où la propreté est une sainte que l’on ne fête pas souvent. »

France, 1907 : Individu quelconque. Terme de mépris.

Les opportunards ont eu le pouvoir et ils n’ont fait rien de rien, — à part s’engraisser.
Après eux, la radicaille s’est assise autour de l’assiette au beurre — et ça a été le même fourbi : l’emplissage des poches par toute la racaille dirigeante.
Et on a eu de grands et fantastiques tripotages : le Tonkin, les Conventions scélérates, le Panama… Et des pierrots qui, la veille, s’en allaient le cul à l’air, se sont retrouvées millionnaires !…

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Nom vulgaire du moineau franc. Georges d’Esparbès à fait une comparaison charmante entre le pierrot oiseau et le pierrot conscrit, au moment de l’appel.

Ce sont des voix niaises, des voix lestes qui me répondent, et d’escouade en escouade, ces cris voltigent par-dessus nos sacs, au ras des fusils, comme un essaim d’alouettes. Ha, ces petits noms ! ils arrivent du chaume et de l’impasse, et lorsqu’ils éclatent, lancés dans le silence des rangs, toute la joie libre des plaines et la gaminerie des squares chante en eux ! Ce sont les oiseaux des villes en cage avec ceux des bois. Ils se tiennent serrés, l’aile contre leur Lebel, hardis et frileux, avec du grain et des cartouches dans leur sac, de quoi picorer, de quoi se battre, et pendant que l’oiseleur au képi d’or attend l’appel, pour voir si les pierrots sont là, prêts à voler en campagne, la bande entière secoue ses plumes, raidit ses pattes rouges, et finalement s’immobilise, impatiente, le bec ouvert.

France, 1907 : Petit verre de vin blanc pris le matin à jeun ; argot militaire. Asphyxier un pierrot, boire un verre de vin blanc.

France, 1907 : Sobriquet donné autrefois par les régiments de ligne aux soldats des gardes.

On choisit huit compagnies de grenadiers, tant du régiment du roi que d’autres régiments, qui tous méprisent fort les soldats des gardes qu’ils appellent pierrots.

(Lettre de Racine à Boileau, 1691)

Pochard

Vidocq, 1837 : s. m. — Ivrogne.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui a l’habitude de s’enivrer. Malgré tout mon respect pour l’autorité de la parole de mes devanciers et mon admiration pour leur ingéniosité, à propos de ce mot encore, je suis forcé de les prendre à partie et de leur chercher une querelle — non d’Allemand, mais de Français. L’un, fidèle à son habitude de sortir de Paris pour trouver l’acte de naissance d’une expression toute parisienne, prend le coche et s’en va en Normandie tout le long de la Seine, où il pèche un poisson dans les entrailles duquel il trouve, non pas un anneau d’or, mais l’origine du mot pochard : des frais de voyage et d’érudition bien mal employés ! L’autre, qui brûle davantage, veut qu’un pochard soit un homme « qui en a plein son sac ou sa poche ». Si cette étymologie n’est pas la bonne, elle a du moins le mérite de n’être pas tirée par les cheveux. Mais, jusqu’à preuve du contraire, je croirai que l’ivrogne ayant l’habitude de se battre, de se pocher, on a dû donner tout naturellement le nom de pochards aux ivrognes.

Rigaud, 1881 : Ivrogne fainéant et ami des plaisirs. M. Fr. Michel le fait venir de poisson, poichon, poçon, mesure de vin. Pourquoi ne viendrait-il pas de pochon, coup, contusion dont la figure de l’ivrogne induré est généralement illustrée ?

France, 1907 : Ivrogne ; de pocher, se battre, l’ivrogne étant généralement de nature querelleuse.

Voilà un habitué d’estaminet, qui a le plus grand tort de ne pas se coucher de bonne heure et d’entretenir sa pituite à force de bocks ; voilà un ouvrier pochard, pour qui la sagesse consisterait à ne pas faire le lundi et à rapporter sa quinzaine intacte à sa famille. Eh bien, mettez la conversation sur les affaires publiques, devant un de ces gaillards-là, qui savent si mal conduire leur vie, et vous pouvez être sûr qu’il vous proposera tout de suite un moyen infaillible d’arranger les affaires du pays.

(François Coppée)

Au Carnaval, par les rues,
Ils vont traînés sur des chars,
Entourés de jeunes grues
Et de grands seigneurs pochards.

(Octave Pradels)

Pochard, poche

Larchey, 1865 : Ivrogne. (Vidocq, 1837). — Mot à mot : Ivre, ivrogne, homme qui remplit ou qui a rempli de vin la poche de son estomac.

Je ne sais pas ce que j’ai… je crois que je suis un peu pochard.

(M. Michel)

Pocharder

Larchey, 1865 : Enivrer.

Pisque tu soldes ma dépense,
J’n’me pochardrai qu’avec toi.

(Festeau)

Pocharderie : Ivrognerie (Vidocq, 1837).

Rigaud, 1881 : Enivrer.

Pocharder (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’ivrogner, vivre crapuleusement.

France, 1907 : S’enivrer.

Mongelet n’eut jamais de vices ; à peine si les soirs d’ivresse — car il se pochardait comme un charretier, — il s’amusait à des fantaisies avec des filles de maisons publiques. Très connu des habituées des maisons de passe ; femmes d’officiers ou de bureaucrates dans la panade, grues de toutes nuances, marquises mal rentées, bourgeoises, commerçantes pratiques pour lesquelles il n’est point de bénéfices malpropres ou défendus, Mongelet était considéré comme un veau d’or.

(Victorien de Saussay, L’École du vice)

Pocharderie

Vidocq, 1837 : s. f. — Ivrognerie.

Delvau, 1866 : s. f. Ivrognerie.

Rigaud, 1881 : État du pochard ; ivrognerie.

France, 1907 : Ivrognerie.

Pochards (le signe de la croix des)

Rigaud, 1881 : « Il consiste à prononcer « Montparnasse » sur la tête, à l’épaule droite « Ménilmonte », à l’épaule gauche « La Courtille », au milieu du ventre « Bagnolet », et dans le creux de l’estomac, trois fois « Lapin sauté. » »

(Le Sublime)

Poche

d’Hautel, 1808 : Elle est grande comme ma poche. Se dit ironiquement et par mépris d’une petite personne, qui veut se carrer et se donner des airs.
Jouer de la poche. Pour dire, débourser beaucoup d’argent, faire de grosses dépenses.
Il a votre affaire dans sa poche. Pour dire, il tient la décision de votre affaire.

Delvau, 1866 : s. f. Ivrognesse, — dans l’argot des faubouriens, qui de cochon a déjà fait coche. On dit aussi Poche, au masculin, à propos d’un ivrogne.

Rigaud, 1881 : Apocope de pochard.

Quand on est poch’ on s’en revient chantant.

(Le Déménag. à la sonnette de bois, chans.)

France, 1907 : Ivrognesse. Abréviation de pocharde ; argot des faubouriens.

France, 1907 : Sac à mettre du blé, des noix, etc. ; parler du Centre. « Aller à la poche » se dit du meunier qui va chercher à domicile le blé de ses pratiques. « Tomber, dormir comme une poche », tomber, dormir lourdement ; allusion au sac de blé.
Il est en français d’autres expressions sur le mot poche : « Manger son pain dans sa poche », manger seul ce que l’on a. « Faire crédit de la main à la poche », vendre au comptant.

Poche, pochard

La Rue, 1894 : Ivrogne.

Pointé, à point (être)

Rigaud, 1881 : Avoir bu jusqu’à la lisière de l’ivresse. Un verre ou deux de plus, le pointé passe à l’état de soulot ; le soulot est le têtard du pochard.

Popoche

France, 1907 : Ivre ; diminutif de pochard.

— Je viens de déjeuner avec Fulgence : oui, Mesdemoiselles ! Et un déjeuner chouette ! Je ne vous dis que cela, mes enfants ! Des huîtres, du champagne, de la chartreuse… Je crois, ma parole, que je suis popoche !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Rendre l’âme

Virmaître, 1894 : Mourir. Rendre son âme à Dieu ou au diable. On dit aussi d’un pochard qui a le renard facile :
— Il a rendu tripes et boyaux jusqu’à son âme.
Là, il n’en meurt pas, il recommence le lendemain (Argot du peuple).

Riole

d’Hautel, 1808 : Se mettre en riole. Pour dire se mettre en ribotte ; employer â ses plaisirs le temps consacré au travail.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Bonne chère. Se mettre en riole, faire bombance.

Vidocq, 1837 : s. f. — Joie, divertissement.

Delvau, 1866 : s. f. Joie, divertissement, débauche, — dans l’argot du peuple. Être en riole. Être en train de s’amuser, être gris. Se mettre en riole. Se griser. En wallon. Être en riolle ou riotte, c’est Se quereller.

Delvau, 1866 : s. f. Rivière, ruisseau, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Partie de plaisir. — Être en riole, se mettre en riole, faire riole, s’amuser, se mettre en gaieté, en ribote.

Virmaître, 1894 : Ruisseau ou rivière dans l’argot des voleurs. Riole se dit aussi dans le peuple de quelqu’un qui est pochard :
— Il est en riole.
Ce n’est pourtant pas dans la rivière que le vin a été puisé (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Ruisseau, rivière.

Riole (être en)

Hayard, 1907 : Être pochard.

Rond comme une boule

Virmaître, 1894 : Être pochard à rouler par terre (Argot du peuple). N.

Select, selected

France, 1907 : Choisi, traduction exacte du mot anglais. Le monde select, le monde de choix, les gens distingués. Cet anglicisme est une absurdité, puisque nous avons plusieurs équivalents en français.

C’est une provinciale taillée dans une citrouille, avec une face de lune pocharde, des yeux de porte-veine et la bouche en tirelire qu’il faut rendre select. Elle veut être jolie et s’étonne que tel chapeau ravissant sur la frimousse de la vendeuse, encadre mal ses joues indécentes.

(Jacqueline, Gil Blas)

Au sujet de select, on lit dans le Petit Parisien, sous la signature de Pontarmé :

C’est le chic qui conspire ici contre la langue française. On n’appartient au monde select, on n’est du bel air qu’à la condition de savoir substituer les termes exotiques adoptés par la mode aux locutions françaises qu’elle condamne. Et il y a longtemps que cette manie des emprunts faits à l’idiome de John Bull sévit en France. C’est elle qui nous a fait appeler beef-steak une tranche quelconque de bœuf grillé et rumsteak une tranche de filet. Si nous tenons la fourchette de la main gauche quand nous mangeons de la viande, et de la main droite en mangeant du poisson, c’est une règle de l’étiquette britannique que nous avons adoptée. Et pour ne pas l’avoir observée, maints Français d’autrefois ont passé, à Londres, pour des gens dénués de savoir-vivre et n’ont pas reçu une seconde invitation à diner.
Avec quel dédain les fils d’Albion ne nous décochent-ils pas le qualificatif de frogs eaters (mangeurs de grenouilles) ! Car ils ont en abomination les batraciens que l’on vend en chapelets sur nos marchés. Aussi, jamais un anglomane ne s’aviserait-il de faire paraitre sur sa table vouée aux viandes saignantes ce mets que les Anglais ont proscrit comme les musulmans proscrivent le porc.

L’augmentatif est very selected, littéralement très choisi.

Presque Parisien, par ses goûts, ses penchants artistiques, par son air very selected et par ses longs séjours dons la capitale, où il va tous les ans en amateur, en homme du monde et en artiste, épris du beau sous tous ses aspects.

(Revue Internationale)

Signe de la croix des pochards

France, 1907 : Émile Zola, dans l’Assommoir, donne l’explication de cette singulière expression :

Coupeau se leva pour faire le signe de la croix des pochards. Sur la tête il prononça Montparnasse, à l’épaule droite Ménilmontant, à l’épaule gauche la Courtille, au milieu du ventre Bagnolet et dans le creux de l’estomac trois fois Lapin sauté.

Soulographe

Larchey, 1865 : Homme qui a fait de l’ivrognerie un métier. — Soulographie : Ivrognerie (Vidocq, 1837).

Ils feront de la soulographie, et adieu votre typographie, plus de journal !

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne abject. Argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Ivrogne induré.

Virmaître, 1894 : Pochard qui prend trop souvent la barbe. Soulographie (en avoir une belle) : être pochard (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Ivrogne.

Soulographie

Vidocq, 1837 : s. f. — Ivrognerie.

Delvau, 1866 : s. m. Ivrognerie dégoûtante.

Rigaud, 1881 : Ivrognerie constitutionnelle.

France, 1907 : Ivresse.

S’agit-il, par exemple, de suivre tous les degrés de la soulographie, remarquez la progression parfaite indiquée par les quarante-six termes qui suivent, dont nous avons justifié l’existence par de nombreux exemples. Sans rentrer l’un dans l’autre, ils ont leur signification propre. — Chacun indique, dans l’état, une nuance.
Au début, nous rencontrons les neuf verbes : être bien, avoir sa pointe, avoir un grain, être monté, en train, poussé, parti, lancé, en patrouille.
Un peu plus loin, nous voyons l’homme légèrement ému ; — il sera tout à l’heure attendri, il verra en dedans, et se tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché ; il aura certainement demain mal aux cheveux.
Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels va passer cette trogne de Silène, vous n’avez que la liberté du choix entre : teinté, allumé, pavois, poivre, pompette, ayant son coup de soleil, ayant son coup de sirop, son coup de bouteille, son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le nez.
De la figure passons à la marche. — L’homme ivre a quatre genres de port qui sont également bien saisis. Ou il est raide comme la justice et lasse trop voir par son attitude forcée combien il lui en coûte de commander à la matière ;
Ou il a sa pente (ce qui arrive souvent quand on est dans les vignes), et il marche comme si le terrain lui manquait ;
Ou il festonne, brodant de zigzags capricieux la ligne droite de son chemin ;
Ou il est dans les brouillards… tâtonnant en plein soleil, comme s’il était perdu dans la brume.
Attendons dix minutes encore ; laissons notre sujet descendre au plus bas, et vous pourrez dires indifféremment : Il est chargé, gavé, plein, complet, pion, rond comme une balle, mouillé, humecté, bu, pochard, casquette, il a sa culotte, son casque, son toquet, son sac, sa cuite, son affaire, son compte, il est soûl comme trente mille hommes, il en a jusqu’à la troisième capucine. — Ce n’est plus un homme, c’est un canon chargé jusqu’à la bouche.

(Lorédan Larchey)

Souloir

Virmaître, 1894 : Un verre. L’allusion est claire ; plus le pochard boit de verres, plus il est saoul (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Verre à boire. Souloir des ratichons, calice. Argot faubourien.

Toper

Larchey, 1865 : « Chaque fois qu’un dévorant rencontre un autre ouvrier, il doit lui demander de quelle société il est. — Ça s’appelle toper. » — Biéville.

Delvau, 1866 : v. n. Consentir à quelque chose, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. Questionner un compagnon qu’on rencontre, — dans l’argot des ouvriers qui font leur tour de France.

Rigaud, 1881 : Mettre la main sur quelqu’un ou sur quelque chose, dans le jargon du régiment. — La patrouille a topé un pochard. Un pochard a topé mon mouchoir. C’est un mot emprunté à l’argot des compagnons du devoir et auquel on a donné un sens plus général.

Rigaud, 1881 : S’accoster en se donnant la main ; — terme de compagnon du devoir.

La Rue, 1894 : Se frapper la main entre compagnons en signe de reconnaissance ou comme conclusion d’une affaire, d’un marché.

France, 1907 : Consentir ; du verbe toper, frapper, se frapper dans les mains en signe d’acquiescement. Tope-là, c’est affaire faite.

Il faut que dès ce jour vous soyez mon beau-frère :
Vous voyez devant vous mon épouse Fanchon,
Épousez-moi sa sœur la charmante Michon,
Lions-nous à jamais d’une amitié parfaite :
J’y topai sur-le-champ et la chose fut faite.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

France, 1907 : Saisir ; argot militaire.

Travioles

Rigaud, 1881 : Tracas, peines, tourments, — dans le jargon des voleurs.

Virmaître, 1894 : Avoir des inquiétudes. L. L. Travioles : aller de travers, pochard qui festonne. Celui-là est loin d’avoir des inquiétudes, car il ne pense guère au lendemain. Une jeune fille qui déraille et devient rosière de la Maternité, va de travioles, de travers dans la vie (Argot du peuple). N.

Vieille moustache

France, 1907 : Vieux soldat.

Je me rappelle notre arrivée au quartier. Le major, une vieille moustache grise, nous rassembla et, du milieu du cercle que nous formions, félicita le détachement de sa tenue pendant le voyage : « Ni pochards, ni mauvaises têtes, c’est pas de la blague (sic) ; il y a longtemps que je n’avais vu cela ! Je suis satisfait de vous. »
L’excellent homme qui haranguait ainsi des réservistes eût fait d’eux ce qu’il aurait voulu. Il n’y avait qu’à les regarder pour s’en convaincre.

Vignes (être dans les vignes du seigneur)

Virmaître, 1894 : Être pochard. Dans le peuple, on dit d’un homme qui est toujours entre deux vins :
— Il ne peut plus boire ; il est saoul avec un pet de vigneron.
L’expression : être dans les vignes, est très vieille et usitée en Bourgogne (Argot du peuple).

Violon

Delvau, 1864 : Membre viril, — instrument qui fait danser les femmes et les filles.

Je jouais si vivement
En c’moment,
Qu’fatiguant mon bras,
J’ai pour ses appas,
Tant j’mettais d’action,
Rompu mon vi (ter) olon.

(Laurent)

Larchey, 1865 : « On appelle violon à Paris une prison que chaque section a dans son enceinte pour enfermer ceux qu’on arrête la nuit et qui sont le lendemain transférés dans une maison d’arrêt. »

(Almanach des Prisons, 1795)

Delvau, 1866 : s. m. Partie d’un corps de garde réservée aux gens arrêtés pendant la nuit et destinés à être, soit relâchés le lendemain, soit conduits à la Préfecture de police. L’expression a un siècle de bouteille. Sentir le violon. Être sans argent. Argot des voleurs.

Boutmy, 1883 : s. m. Grande galée en bois ou en métal.

Virmaître, 1894 : Cellule du poste de police. Vieux jeu de mots qui date du temps où c’était l’archer qui vous conduisait au violon (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Les serruriers, pour percer des petits trous, se servent d’un foret emmanché dans une bobine pour l’activer ; ils ont une tige d’acier flexible, garnie d’un fil d’archal, ils appuient le pivot du foret sur une plaque de fer assujétie sur l’estomac ; cette plaque se nomme conscience, la tige d’acier se nomme un archet. Par le va et vient du foret, l’ouvrier joue un air de violon (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Cellule de poste de police.

France, 1907 : Prison provisoire. L’expression est ancienne et date du temps où l’on était conduit en prison par les archers. Jeu de mot sur archer et archet.

La prison, nommée familièrement violon… est le plus abominable lieu de détention qui soit.
À côté de ce réduit fétide, une cellule à Mazas est un boudoir.
C’est sombre, humide, étouffant, et l’on n’y peut ni dormir, ni s’asseoir ; en outre, à de certains jours, on y entasse pêle-mêle les voleurs, les assassins dangereux, les inoffensifs pochards et les personnes arrêtées à la suite d’une discussion où d’une rixe. Le plus honnête homme, l’habitant le plus rangé peut être consigné une nuit dans cette geôle insalubre et subir la promiscuité la plus révoltante.
Cette prison, qui devrait être la plus soigneusement aménagée, est abandonnée à l’incurie des chefs de postes. Les suicides y sont d’ailleurs fréquents et les rixes entre codétenus s’y multiplient.

(Edmond Lepelletier)

Quand le public entre ici, il est pris d’une terreur glaciale. Ces portes aux apparences mystérieuses, ces agents vêtus de noir qui circulent silencieusement, conduisant des prisonniers encore plus silencieux et tristes, que l’on mène dans le fond de ce couloir obscur et fétide où sont les chambres de sûreté surnommées violons et qui rappellent les oubliettes des temps jadis… tout cela donne aux visiteurs un frisson d’épouvante.

(G. Macé, Un Joli monde)

Volaille

d’Hautel, 1808 : Une volaille. Terme populaire et injurieux, dont on se sert pour désigner une femme de mauvaise vie.

Delvau, 1864 : Femme plus que légère, et même un peu putain.

…. Eh bien, canaille !
Va donc la retrouver ; et que cette volaille
(C’est mon plus cher désir) cède à ta passion.

(L. Protat)

Ma danseus’ m’a traité d’ pochard,
Moi j’ l’ai traité d’volaille.

(J. Moinaux)

Delvau, 1866 : s. f. Femme ou fille débauchée, — dans l’argot du peuple, qui sait que la plupart des drôlesses sont bêtes comme des oies.

Delvau, 1866 : s. f. Homme sans consistance ; aimable sceptique qui ne croit qu’à lui. Argot des gens de lettres.

Fustier, 1889 : Terme de mépris à l’adresse d’une femme quelconque. — Étudiant, dans le jargon des écoles.

Des collégiens et quelques étudiants ; des volailles, comme on dit sur la montagne Sainte-Geneviève.

(XIXe siècle)

France, 1907 : Nouveau au Prytanée militaire de la Flèche. Aspirant à l’École militaire de Saint-Cyr.

France, 1907 : Prostituée qui vole le client. Jeu de mot.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique