Rigaud, 1881 : Payer. Y aller de ses dix francs. — Y aller d’une, de deux, de trois, payer une bouteille, deux bouteilles, etc. Y aller de sa goutte, de sa larme, pleurer, être ému jusqu’aux larmes. — Y être allé de son voyage, avoir fait une démarche inutile. — Y aller gai-mar, faire quelque chose gaiement.
Aller de (y)
Attendrir (s’)
Larchey, 1865 : S’attendrir sous l’empire d’un commencement d’ivresse. Dix minutes avant, le buveur attendri n’était qu’ému. Dix minutes encore, et il sera sur le point de pleurer.
Le capitaine qui avait religieusement vidé son verre à chaque mot, s’attendrit.
(Th. Gautier)
Delvau, 1866 : v. réfl. Arriver à cette période de l’ivresse où l’on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.
Baver
Delvau, 1866 : v. n. Parler, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Bavarder, bredouiller, s’embrouiller dans ses discours. Le mot date de 1754.
Rigaud, 1881 : Railler, médire, — dans le jargon des filles.
France, 1907 : Parler ; argot des faubouriens. Baver des clignots, pleurer ; baver sur quelqu’un, médire, calomnier. La bave est, en ce sens, la salive de l’impuissance et de l’envie. On dit aussi bavasser.
Baver des clignots
Fustier, 1889 : Pleurer.
Virmaître, 1894 : Pleurer. Le peuple plus expressif dit : chier des chasses (Argot du peuple). V. ce mot.
Beugler
Delvau, 1866 : v. n. Pleurer, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Pleurer.
Virmaître, 1894 : Enfant qui crie à en perdre haleine.
— As-tu fini de beugler, horrible crapaud (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Crier.
Il ne parle pas, il beugle comme un veau.
France, 1907 : Pleurer ; argot populaire.
Bonde
d’Hautel, 1808 : Lâcher la bonde à ses larmes. Pour, donner un libre cours à ses pleurs ; pleurer sans contrainte.
Halbert, 1849 : Maladie de Naples.
Fustier, 1889 : Maison centrale.
Il a filé deux ou trois berges aux bondes.
(A. Humbert, Mon bagne)
Virmaître, 1894 : Prison Centrale. Dans les prisons, le fromage réglementaire est le bondon, sorte de fromage rond qui se fabrique à Neufchâtel. La portion, une moitié, se nomme un système. Par corruption, on a fait bonde (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Prison centrale.
France, 1907 : Prison centrale ; argot des voleurs, qui disent aussi centrousse ou centrousse aux bondes, sans doute à cause des fromages de Neufchâtel, appelés bondons.
Braire
Delvau, 1866 : v. n. Pleurer. C’est un vieux mot. On le trouve dans la Chanson de Roland.
France, 1907 : Pleurer, crier.
Chanter
d’Hautel, 1808 : Faire chanter quelqu’un. Locution burlesque qui signifie soutirer, censurer, rançonner quelqu’un ; lui faire payer par ruse ou par force une chose qu’il ne devoit pas.
Faire chanter quelqu’un. Signifie aussi le faire crier, en lui infligeant quelque châtiment.
Chanter pouille. Gourmander, repousser gronder quelqu’un.
Chanter magnificat à matines. Pour faire quelque chose à contre-temps, à rebours.
Chanter une gamme à quelqu’un. Le reprendre, lui faire des sévères, remontrances.
Il faut chanter plus haut. Pour dire, il faut enchérir, offrir davantage.
Il nous chante toujours la même chose. Pour dire il répète toujours la même chose ; il gronde continuellement.
Qu’est-ce que vous nous chantez là ? Locution ironique et familière que l’on adresse à quel qu’un qui tient des discours ridicules ou des propos que l’on ne goûte nullement ; ce qui équivaut à : Que voulez vous dire ? Qu’est-ce que cela signifie ?
Larchey, 1865 : Être victime d’un chantage.
Tout homme est susceptible de chanter, ceci est dit en thèse générale. Tout homme a quelques défauts de cuirasse qu’il n’est pas soucieux de révéler.
(Lespès)
Faire chanter signifie obtenir de l’argent de quelqu’un en lui faisant peur, en le menaçant de publier des choses qui pourraient nuire à sa considération, ou qu’il a pour d’autres raisons un grand intérêt a tenir ignorées.
(Roqueplan)
Faire chanter : Faire payer par ruse une chose qu’on ne doit pas.
(d’Hautel, 1808)
Étymologie incertaine. Faire chanter devrait, selon nous, s’appliquer a la bourse. C’est celle-ci qui ouvre sa bouche pour faire entendre le chant de ses pièces d’or.
Delvau, 1866 : v. a. Parler, — dans l’argot du peuple, qui n’emploie ce verbe qu’en mauvaise part. Faire chanter. Faire pleurer.
Rigaud, 1881 : Payer pour obtenir le silence de quelqu’un.
La Rue, 1894 : Dire. Faire chanter, mettre à contribution. Chantage, extorsion d’argent sous menace de révéler un secret.
Chasser des reluits
Vidocq, 1837 : v. a. — Pleurer.
Larchey, 1865 : Pleurer (Vidocq). — Mot à mot : chasser les larmes des yeux.
Delvau, 1866 : v. n. Pleurer. Argot des voleurs.
France, 1907 : Pleurer.
Chiailler
Rigaud, 1881 : Pleurer ; pour piailler, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Pleurer.
Chialer
M.D., 1844 / M.D., 1844 : Crier.
Virmaître, 1894 : Pleurer. On dit aussi : y aller de sa larme (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Pleurer.
France, 1907 : Pleurer, crier.
— Ah ! ah ! dit l’Frisé, te v’là morte !
Et l’grand niqu’doul s’mit à pleurer.
Oh ! oh ! qu’il chialait, faut qu’j’emporte
Un bout d’souvenir pour l’adorer.
Et prenant la botte et les bas,
Il est parti là-bas, là-bas.
(Jean Richepin)
Un consommateur têtu réclamait un verre de marc que lui refusait le garçon, ne recevant pas l’argent.
— Vas-tu fermer ! lui cria une femme se dressant à côté de lui, et comme il persistait avec la vaillance opiniâtre des bons poivrots, la dame ajouta :
— Si tu continues à chialer, je vas envoyer une mandale !…
Et comme l’ivrogne chialait toujours, il reçut sa « mandale », un vigourenx coup de poing sur la joue, qui le fit subitement se taire.
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
anon., 1907 : Pleurer.
Chier (envoyer)
Rigaud, 1881 : Envoyer au diable.
France, 1907 : Éconduire. Faire chier, obséder, importuner. Chier de petites crottes, vivre chichement. Ne pas chier de grosses crottes, même signification. Chier des carottes, des cordes, être constipé ; chier des châsses, pleurer ; chier dur, travailler ferme ; chier dans la main, manquer de parole, prendre trop de liberté ; chier du poivre, manquer au rendez-vous, s’esquiver au moment où l’on a besoin de vous ; chier sur la besogne, renoncer au travail : chier sur quelqu’un, sur quelque chose, sur l’œil, se moquer, mépriser, abandonner.
Faites du bien à un vilain, il vous chie dans la main.
(Vieux proverbe)
Chier dans la vanette, être sans façons ; chier dans le cassetin aux apostrophes, renoncer au métier d’imprimeur ; chier dans les bottes ou dans le panier de quelqu’un (on dit aussi dans le même sens : chier dans la malle), lui déplaire, lui jouer de mauvais tours. Gueuleton à chier partout, ripaille. Mine à chier dessus, figure antipathique.
Peut-être n’est-il pas inutile de donner ici l’étymolosie de ce verbe ordurier. Je l’ai trouvée tout au long dans un livre de « haulte graisse » : Mémoires de l’Académie des sciences, inscriptions, belles-lettres, etc., nouvellement élablie à Troyes en Champagne, et portant le millésime de MDCCLVI, et la donne telle quelle :
Robert et Henry Étienne, ainsi que tous les Hellenistes ont dérivé le mot chier du grec χέζω. Le Duchat le fait venir du flamand schyten. Tous ces sçavans sont dans l’erreur.
Chier vient du latin cadere. Dans son acception primitive, il ne signifioit autre chose que tomber, être assis…
Ce fut d’abord pour exprimer l’acte naturel d’une manière honnête et détournée, qu’on se servit du mot chier ; mais cette signification ayant rendu le terme ignoble dans son acception primitive, pour l’y réhabiliter on en changea la terminaison, et de chier l’on fit choir.
Voilà ce qui a trompé tous les sçavans. Car voyant à ces deux mots une terminaison et une signification différentes, ils ne se sont pas doutés qu’ils eussent la même origine ou plutôt que ce ne fut qu’un même mot.
À la fin du XVIe siècle, chier s’employait encore d’une manière honnête : « Pleurés donc et chiés bien des yeux, vous en pisserés moins », est-il dit dans le Moyen de parvenir : « Histoire du jeune homme fessé. »
Chier des chasses
Delvau, 1866 : Pleurer. Argot des voyous.
Chier des yeux
Delvau, 1866 : Avoir les yeux chassieux. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Pleurer.
Mais patience passe science, il ne faut pas tant chier des yeux.
(La Comédie des proverbes)
Virmaître, 1894 : Pleurer (Argot du peuple). V. Baver des clignots.
Rossignol, 1901 : Pleurer.
Chigner
Larchey, 1865 : Pleurer.
Ça lui fera du bien de chigner.
(Balzac)
Rigaud, 1881 : Bouder ; gronder. — Chignard, boudeur, grognon.
Rossignol, 1901 : Griser.
France, 1907 : Larmoyer, pleurer comme les enfants ; aphérèse de rechigner. « Cet affreux marmot ne fait que chigner. »
— Alors, la v’là qui se met à chigner :
— Je vas te dire la vérité… C’est que j’a pas mangé depuis avant-hier.
Du coup, je l’ai lâchée, et j’ai sorti ma pièce de vingt ronds… Je voyais bien qu’elle ne mentait pas. Elle pissait de l’œil avec trop de conviction…
— Si c’est ça, que je lui dis, v’là de quoi aller bouffer…
(Oscar Méténier)
Chigner des yeux
Delvau, 1866 : v. n. Pleurer, — dans le même argot [des voyous].
Chigner, chigner des yeux
Rigaud, 1881 : Pleurer.
Ah ! ses largues doivent joliment chigner desyeux !
(Balzac)
Clignot
Fustier, 1889 : Œil. Baver des clignots. Pleurer.
La Rue, 1894 : Œil.
Clignots
Virmaître, 1894 : Yeux (Argot des voleurs). V. Chasses.
Hayard, 1907 : Yeux.
France, 1907 : Yeux. Baver des clignots, pleurer.
Déduit
Delvau, 1864 : L’acte amoureux, — du verbe latin deducere, tirer, faire sortir, c’est-à-dire, en vieux français, se divertir en tirant — un coup.
Qu’il ne manquait ou de jour, ou de nuit,
Sous prétexte de voir son ingrate maîtresse,
De faire naître avec adresse
Un rendez-vous pour l’amoureux déduit.
(La Fontaine)
L’homme noir, friand du déduit,
De dire : l’aventure est bonne.
(Grécourt)
Il est minuit,
C’est l’instant du mystère,
Il nous invite à l’amoureux déduit.
(Pebraux)
France, 1907 : Vieux mot toujours neuf qui exprime la mature de la femme.
— Six pieds de taille, une poitrine large comme un rempart de ville, des bras à briser un arbre en l’étreignant, des jambes à faire vingt lieues sans fatigue, bête comme plusieurs oies d’ailleurs, mais prêt à se faire couper la tête pour le déduit, stupide, mais convaincu, ne vous laissant jamais le temps ni de pleurer ni de rire. Allez, mes enfants ! voilà ce qu’il y a encore de mieux.
Une voix hoquetante, dont le timbre extra-humain sonna comme une volée de glas aux oreilles des vieilles épouvantées, murmura très distinctement toutefois :
— Elle a raison !
(Armand Silvestre)
Dégrossir une paysanne
France, 1907 : La dégourdir et, souvent, la rendre grosse.
Une jolie petite bonne, arrivée récemment de la campagne et paraissant fort naïve, éprouve tout à coup une indisposition inaccoutumée. On envoie chercher le médecin.
— Oh ! oh ! fait celui-ci au maître de céans, je crois que notre ingénue a été dégrossie.
— Non, monsieur, répond la paysanne, je crois, au contraire, que je suis grosse.
Et elle se met à pleurer.
— C’est ce que je voulais dire, reprend le docteur. Et… de combien, pensez-vous ?
— Hélas ! monsieur, d’une fois seulement.
Durillon
Delvau, 1866 : s. m. Gibbosité humaine, — dans l’argot des faubouriens, que les bossus feront toujours rire. Ils disent aussi Loupe.
Rossignol, 1901 : Avare. — « Il est tellement durillon qu’il se sert des règles de sa femme pour ne pas en acheter, » On dit aussi dur à la détente.
France, 1907 : Avare, difficile à ouvrir les cordons de sa bourse, dur à la détente.
Aussitôt que le vieux satyre c’est livré à quelques attouchements, l’enfant se met à crier, à pleurer et… il faut payer, sous peine de voir accourir les agents des mœurs… Mais s’il n’y a pas d’agent en vue, cela ne dérange pas pour si peu les chanteurs à l’innocence. C’est la mère qui est aux écoutes et se présente, la colère au visage et… la main tendue. Si le sujet est durillon ! l’amant de la matrone entre en scène, se donne pour inspecteur de police et, dame ! il faut bien s’exécuter !
(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)
France, 1907 : Bosse.
Écluses (lâcher les)
Rigaud, 1881 : Pleurer. — Uriner.
Effet
d’Hautel, 1808 : Les effets sont les mâles, et les paroles sont les femelles. Répond au proverbe latin, Verba volant, scripta manent.
Delvau, 1866 : s. m. Impression produite sur le public par une pièce ou par un acteur. Argot des coulisses. Se dit en général de l’ouvrage ou du rôle, et, en particulier, d’un mot, d’un geste, d’une intonation. Avoir un effet. Avoir à dire un mot qui doit impressionner les spectateurs, les faire rire ou pleurer. Couper un effet. Distraire les spectateurs en parlant avant son tour, détourner leur attention à son profit et au préjudice du camarade qui est en train de jouer.
Enfant
d’Hautel, 1808 : L’enfant dit vrai. Dicton plaisant et badin, pour affirmer qu’une personne confesse la vérité.
Il est à table jusqu’au menton, comme les enfans de bonne maison. Se dit en badinant lorsque quelqu’un est assis sur une chaise fort basse, et que son menton est presque au niveau de la table.
C’est l’enfant de sa mère. Naïveté qui veut dire qu’un enfant a les habitudes et les inclinations de sa mère.
Il n’y a plus d’enfans. Se dit lorsque des enfans se permettent des paroles ou des actions qui n’appartiennent qu’aux hommes faits.
Enfant de gogo, nourri de lait de poule. Pour dire enfant gâté ; enfant élevé trop délicatement.
Ce n’est pas un jeu d’enfant. Pour c’est sérieux, important.
Il est innocent comme l’enfant qui vient de naître. Manière ironique de dire qu’un homme a conservé la pudeur et la modestie qui caractérisent l’adolescence.
Faire l’enfant. Minauder ; s’amuser à des puérilités ; pleurer pour les moindres choses ; ne pas se payer de raison.
France, 1907 : Levier à l’usage des voleurs à effraction. On l’appelle aussi Biribi, Dauphin, Jacques, Rigolo, Sucre de Pomme… Filer l’enfant, introduire la pince.
Faire pleurer son aveugle
Delvau, 1866 : Meiere, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Uriner.
France, 1907 : Urine ou se masturber.
J’entrais à l’improviste dans le cabinet et je surpris le galopin fiévreusement occupé à faire pleurer son aveugle.
(Les Propos du Commandeur)
Faire pleurer un simple
Clémens, 1840 : Escroquer, voler, ou gagner quelqu’un.
Flaquer, flasquer
Rigaud, 1881 : Faire ses nécessités. — Accoucher, dans l’ancien argot. — Flaquer des châsses, pleurer. — Faire flasquer, Synonyme de faire ch…r ; c’est-à-dire ennuyer, horripiler.
France, 1907 : Faire ses besoins.
V’là vot’ fille que j’vous ramène,
Elle est dans un chouett’ état ;
Depuis la barrière du Maine
Elle n’a fait qu’flaquer dans ses bas.
(Vieille chanson)
Fleur
Delvau, 1864 : Pucelage, — que la femme est censée donner à son époux la première nuit des noces.
Qu’au dernier cri de douleur,
Je suis maître de la fleur
Qui pour moi seul est éclose,
Je suppose,
Je suppose,
Irma, je suppose.
(L. Festeau)
Cessez donc de pleurer un sort digne d’envie,
Et ne regrettez plus la plus belle des fleurs ;
Si ne la garder pas, c’est faire une folie,
On goûte en la perdant mille et mille douceurs.
(Bussy-Rabutin)
Te laisser vierge, c’est te faire sentir de la façon la plus cruelle que ta fleur ne vaut pas la peine qu’on se donnerait pour la cueillir.
(Louvet)
Il est bon de garder sa fleur,
Mais pour l’avoir perdue, il ne faut pas se pendre.
(La Fontaine)
Cette fleur, qui avait été réservée pour le beau prince de Massa-Carrera, me fut ravie par le capitaine corsaire.
(Voltaire)
Pour eux ne brille cette fleur,
Qu’amour, diligent moissonneur,
Sait recueillir avant la fête
Que le tardif hymen s’apprête.
(Piron)
Frimousse
Ansiaume, 1821 : Figure, visage.
Je lui ai moucheté 3 camoufflets sur la frimousse.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Visage.
Larchey, 1865 : Visage. — Diminutif de Frime.
C’est bien là le son du grelot, si ce n’est pas la frimousse.
(Balzac)
On a dit aussi firlimousse :
Je voy bien à leur physionomie ou firlimousse, mine et trogne, que l’une est subjecte au vin.
(Parlement nouveau, par D. Martin, Strasbourg, 1660)
Delvau, 1866 : s. f. Visage, — dans l’argot des faubouriens. C’est pour ma frimousse. C’est pour moi. L’expression a des cheveux blancs :
«… De tartes et de talmouses,
On se barbouille les frimouses. »
a écrit l’auteur de la Henriade travestie.
La Rue, 1894 : Visage (de jeune femme, d’enfant).
Virmaître, 1894 : Vieille expression qui veut dire visage. On la trouve dans la Henriade travestie (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Visage.
France, 1907 : Visage, physionomie.
Une fois mariée, pourvue d’un éditeur responsable, elle saura bien se créer une existence selon ses goûts. Sa frimousse de Parisienne futée, sa tenue à peine réservée et qui se ferait volontiers provocante, ne laissent aucune hésitation sur les projets formés par cette petite tête à l’apparence frivole. Le choix de ses amants futurs l’inquiète plus que celui du mari qu’elle va chercher. Ah ! si elle était libre, comme elle mordrait vite à la pomme !
(Yvan Bouvier)
Et aux abois, retombée sur le trottoir avec, pour tout capital, sa frimousse drôle, ses lèvres et ce que Virelocque eût appelé son instrument de travail, elle avait enfin pensé à son petit guerluchon qui végétait là-bas, là-bas en province, se décidait à le reprendre, à lui demander le vivre et le couvert, comme un pauvre oiseau perdu qui cherche un colombier.
(Mora)
Pauvre Repoussoir ! Pauvre Taupe ! Elle suivait pour le contraste ; elle suivait pour mettre en valeur, grâce à son horrible frimousse, les charmes de madame ; elle suivait pour arrêter le bon client sous l’œillade amoureuse de sa compagne ; elle suivait pour jeter le p’sstt, p’sstt ! et se détourner, en gémissant : « Madame est belle !… Regarde-la… Ne me regarde pas… Aimez-vous !… » Elle suivait pour aider, pour souffrir, pour allumer, pour pleurer, — pour en mourir.
(Dubut de Laforest)
Giries
Delvau, 1866 : s. f. pl. Fausse modestie, refus des lèvres et non du cœur, — dans l’argot du peuple, qui a horreur de l’hypocrisie. Faire des giries. Faire semblant de pleurer quand on n’en a pas envie ; refuser ce qu’on meurt d’envie d’accepter. Faiseuse de giries. Fausse Agnès, fausse prude, — et vraie femme.
Rigaud, 1881 : Manières, embarras. — Faire des giries.
La Rue, 1894 : Manières, fausse modestie.
France, 1907 : Manières, fausse modestie, refus courtois d’une chose qu’on brûle d’accepter.
Elle ne le lâchait plus, lui reparlait continuellement de cet argent, lui promettant de prier pour lui, s’il voulait seulement lui dire où il avait caché… Lui cependant, la laissait dire, grommelant sourdement des jurons et par moments, quand elle se baissait, tâchant de lui saisir le cou pour l’étrangler ; mais elle se reculait, rabattait sa main inerte vers les draps, puis recommençait ses giries, têtue et bonasse. À la fin, las de lutter coutre la harpie, plus acharnée qu’un taon, il se mit à pousser des hurlements doux, pleurant et vagissant d’une voix d’enfant.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
— Pas tant de manières donc ! Râlait-il, pendant que ses mains impatientes et brutales faisaient leur office. Finissez toutes ces giries, ça ne sert à rien ! Voyons… Aline, voyons ! Et Thérèse qui m’assurait que vous étiez si bonne fille ! Je vous dis que je vous veux, là ! Et je vous aurai, je vous aurai, tonnerre de Dieu !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Graine d’oignon
France, 1907 : Poudre à canon ; sans doute parce qu’elle fait pleurer les mères et les veuves.
Hogner
d’Hautel, 1808 : Pour dire murmurer, parler entre ses dents, grommeler.
Il ne fait que hogner. Pour, il murmure, il grommelle continuellement.
Dans la bonne conversation on n’applique ce verbe qu’aux animaux.
Delvau, 1866 : v. n. Murmurer, se plaindre, pleurer.
France, 1907 : Murmurer, geindre ; du normand houiner, murmurer entre ses dents.
Juter de l’œil
France, 1907 : Pleurer.
Je reluquais La gosseline. Je voyais bien qu’elle boudait, qu’elle avait le cœur gros : je m’approchais pour la consoler, mais voilà que subito elle se met à juter de d’œil !
(Les Joyeusetés du régiment)
Lâcher les écluses
Virmaître, 1894 : Pisser. L’allusion est juste, malgré que cela ne fasse pas monter la Seine. On dit aussi : mon pantalon ne tient pas l’eau (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Uriner.
Tandis que la petite était en train de lâcher les écluses, jupes troussées, bien à l’aise, se croyant seule, le vieux la guignait par la lucarne.
(Les Propos du Commandeur)
Se dit aussi pour pleurer.
Lancequiner, lansquiner
Rigaud, 1881 : Pleuvoir. — Pleurer. — Uriner.
France, 1907 : Pleuvoir.
Ah çà ! pleut-i’ pas ou c’qu’i pleut ?…
Sûr i’ pleut !… j’parie eun’ chopine,
I’ fait si tell’ment noir qu’on peut
Pas seul’ment voir si i’ lanc’quine.
(Aristide Bruant)
Lansquiner
Ansiaume, 1821 : Pleurer.
En te reconnoblant au tap, je n’ai pu m’empêcher de lansquiner.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pleuvoir.
Vidocq, 1837 : v. a. — Pleurer.
Clémens, 1840 : Pleurer.
M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Pleuvoir.
Larchey, 1865 : Pleurer. — De lance : eau.
Bien des fois on rigolle qu’on devrait lansquiner.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : v. n. Pleuvoir. Lansquiner des chasses. Pleurer.
La Rue, 1894 : Pleuvoir. Pleurer. La pluie ressemble aux hachures produites sur l’horizon par les lances d’une troupe de lansquenets. On dit aussi tomber des hallebardes.
Virmaître, 1894 : Pleuvoir.
— Il lansquine à torrent.
Lansquiner des chasses : Pleurer. La pluie tombe des yeux (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Épancher de l’eau.
Rossignol, 1901 : Pleuvoir. Le ciel se couvre, il va lansquiner.
France, 1907 : Pleuvoir. Lansquiner des châsses, pleurer.
La pluie ressemble aux hachures produites sur l’horizon par les lances d’une troupe de lansquenets. On dit aussi tomber des hallebardes.
(Jean La Rue)
Lansquiner des chasses
M.D., 1844 : Pleurer.
Lansquineur
Virmaître, 1894 : Petit mendiant qui fait semblant de pleurer à chaudes larmes sur la voie publique pour attendrir les passants (Argot du peuple).
France, 1907 : « Petit mendiant qui fait semblant de pleurer à chaudes larmes sur la voie publique pour attendrir les passants. » (Ch. Virmaître)
Larme
d’Hautel, 1808 : Il pleure en filou, sans verser une larme. Voy. Filou.
Il est sur le pont de Sainte-larme. Se dit d’un enfant grimaud, qui témoigne quelqu’envie de pleurer.
Delvau, 1866 : s. f. Très petite quantité, — dans l’argot des bourgeois, qui prennent une larme d’eau-de-vie dans une larme de café et se trouvent gris.
France, 1907 : Pelite quantité de liquide.
Mireur
Rigaud, 1881 : Espion, observateur, — dans le jargon des voyous. — Quand ils auront fini de se ballader, tous ces mireurs !
France, 1907 : Employé aux caves des Halles pour y inspecter les provisions.
Deux cents becs de gaz éclairent ces caves gigantesques, où l’on rencontre diverses industries spéciales… Les mireurs qui passent à la chandelle une délicate révision des sujets ; les « préparateurs de fromages » qui font jaunir le chester, pleurer le gruyère, couler le brie, ou piquer le roquefort…
(E. Frébault)
Motte
Delvau, 1864 : Le Mont-Sacré, la petite éminence osseuse qui couronne la nature de la femme, et qui est quelquefois glabre, mais le plus souvent pubescente, c’est-à-dire, couverte de poils.
Et quand il trouve la chemise, il la lève et m’appuie la main sur la motte, qu’il pince et frise quelque temps avec les doigts.
(Mililot)
Le mécréant se reculons,
Et regagne ses bataillons ;
L’un va pleurer sur une motte,
Et l’autre hélas ! sur les couillons.
(B. de Maurice)
Ces petits cons à grosse motte,
Sur qui le poil encor ne glotte,
Sont bien déplus friands boucans.
(Cabinet satyrique)
Mais toutes ces beautés, mon Aline, croîs-moi,
Cèdent à la beauté de ta motte vermeille.
(Théophile)
Rigaud, 1881 : Maison centrale de force et de correction, — dans le jargon des voleurs. — Dégringoler de la motte, sortir d’une maison centrale.
France, 1907 : Maison centrale.
France, 1907 : Proéminence du pubis chez la femme : on l’appelle aussi mont de Vénus. Théophile Gautier l’a décrit en quatre vers :
Une touffe d’ombre soyeuse
Veloute, sur son flanc poli,
Cette envergure harmonieuse
Que trace l’aine avec son pli…
Voyez ce muguet trousse-cotte
Qui voudrait nous manier la motte !
Oui, c’est pour lui qu’on cuit cheu moi !
Quien, l’abbé, v’là toujours pour toi…
(Vadé)
Les galants du dernier siècle l’appelaient le verger de Cypris.
Nep
Vidocq, 1837 : Nom des voleurs juifs qui exercent le truc dont je vais parler, et qui consiste à vendre très-cher une croix d’ordre, garnie de pierreries fausses. Deux individus s’entendent ensemble pour duper un aubergiste, un épicier ou un marchand de tabac ; et voici comment ils s’y prennent pour atteindre le but qu’ils se sont proposé. L’un d’eux, qui se fait passer pour un marchand joaillier retiré, se met en relation avec la personne qui doit être dupée, et il ne néglige rien pour acquérir sa confiance. Il sonde le terrain et cause beaucoup afin de parvenir à savoir quel est le plus crédule, du mari ou de la femme, quel est celui des deux qui tient les clés de la caisse. Celui des deux fripons qui s’est chargé de ce rôle est liant, communicatif, et son extérieur annonce presque toujours un homme rond et aisé. Quand il n’a plus rien à apprendre, et que la place ne lui paraît pas invulnérable, il avertit son compagnon, et au jour et à l’heure convenus entre eux, un individu, vêtu d’un costume problématique, mais qui peut, à la rigueur, être pris pour celui d’un Russe ou d’un Polonais, se présente chez la dupe en herbe. Il entre d’un air mystérieux et craintif, se fait servir un verre de vin ou de liqueur, qu’il boit en laissant tomber quelques larmes qui arrosent une croûte de pain dur et noir. S’il est remarqué, la moitié de la besogne est faite. Comme la curiosité est le plus commun de tous les défauts, le maître ou la maîtresse de la maison ne manque pas de demander au pauvre homme le sujet de ses peines. Il ne répond que par le silence aux premières interrogations, mais il verse de nouvelles larmes. Le joaillier retiré, qui est doué d’une extrême sensibilité, et ne peut supporter une scène aussi attendrissante, sort pour quelques instans. L’étranger, qui semblait attendre sa sortie pour se montrer plus communicatif, raconte alors son histoire. Son langage est presque inintelligible ; mais grâce à l’attention avec laquelle il l’écoute, son auditeur finit par parfaitement comprendre tout ce qu’il dit. L’étranger est le dernier rejeton d’une illustre famille polonaise. Tous ses parens ont été tués au siège de Varsovie ou à celui de Praga, ad libitum. Pour lui, il fut blessé dangereusement, fait prisonnier et envoyé en Sibérie. Grâce à la force de sa constitution, il fut bientôt guéri. Mais, dans l’espoir de mettre en défaut la vigilance de ses gardes, il feignit d’être toujours malade et souffreteux. Cette ruse eut un plein succès ; ses gardes, croyant qu’il était incapable de faire seulement deux lieues, ne le surveillèrent plus. Cette négligence lui facilita les moyens de s’évader, ce qu’il ne manqua pas de faire à la première occasion. Après avoir supporté toutes les peines et toutes les fatigues possibles, il atteignit enfin la frontière de France ; mais la route longue et pénible qu’il vient de faire l’a beaucoup fatigué, et il se sent incapable d’aller plus loin.
Arrivé à cet endroit de son récit, le polonais dit qu’il aurait pu se procurer quelques soulagemens en vendant un bijou précieux qu’il a sauvé du pillage, au moment où son infortuné père est tombé sous les baïonnettes russes ; mais pour vendre ce bijou il aurait fallu qu’il se découvrit, ce qu’il ne pouvait faire ; mais, ajoute-t-il pour terminer son discours, aujourd’hui que je suis à l’abri de toutes craintes, je suis décidé à me séparer de ce bijou ; mais je n’ose cependant le vendre moi-même, car je ne crains rien tant que d’être forcé de me réunir aux autres réfugiés polonais. Après avoir achevé son discours, le malheureux proscrit baise mille fois le précieux bijou qui vaut, dit-il, 100,000 francs au moins ; 100,000 francs ! ces trois mots éveillent la cupidité de celui ou de celle auquel il parle ; le bijou est examiné avec soin ; c’est, le plus souvent, une étoile de Rose-Croix semblable à celles dont se parent les Francs-Maçons, et qui peut bien valoir 60 à 80 francs. On en est là lorsque le joaillier retiré entre ; on lui présente la croix, il la prend et à peine l’a-t-il entre les mains qu’il jette un cri d’admiration : « Voilà, dit-il, un bijou magnifique ; que ces diamans sont beaux ! ces rubis sont d’une bien belle eau ; ces émeraudes sont parfaites. » La dupe émerveillée lui raconte à l’oreille ce qui vient de se passer entre elle et l’étranger ; alors un nouvel examen a lieu, et il est accompagné de nouvelles exclamations.
Pendant que tout cela se passe, le polonais n’a pas cessé de pleurer ; il prévoit, le malheureux, qu’il est sur le point de se séparer de son bijou chéri ; il baise encore une fois la croix, et enfin il offre de la donner pour 5 ou 6,000 fr. ; nouvel examen du joaillier, qui soutient à la dupe que cet objet vaut au moins 30,000 fr. ; il regrette de n’avoir sur lui que 4 ou 500 fr., et de n’avoir pas le temps d’aller chez lui chercher de l’argent, car il ne manquerait pas une aussi bonne affaire ; il engage alors la dupe à faire cette affaire de compte à demi avec lui, il lui donne à cet effet les 4 ou 500 francs qu’il a dit avoir sur lui. On s’empresse de remettre au Polonais la somme demandée par lui ; le joaillier laisse la croix entre les mains de la dupe et ne revient plus.
Des fermiers, des vignerons, chez lesquels celui des deux fripons qui est chargé de préparer les voies se présente pour acheter de l’avoine ou du vin, sont quelquefois les victimes des Neps ; c’est toujours lorsque le marché vient d’être conclu, et au moment où son compère donne des arrhes aux vendeurs, que le Polonais se présente.
On peut conclure de ce qui précède que l’on ne fait pas toujours une bonne affaire lorsque, cherchant à profiter de la position d’un malheureux, on achète un bijou beaucoup au-dessous de sa valeur.
Larchey, 1865 : Voleur brocantant de fausses décorations (Vidocq).
Virmaître, 1894 : Rastaquouère vendant aux imbéciles des décorations exotiques (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Intermédiaire pour la vente de décorations.
France, 1907 : Brocanteur de faux bijoux.
Niquedouille
d’Hautel, 1808 : Idiot, hébêté, niais, nigaud ; homme simple et innocent.
France, 1907 : Sot, simple.
Ah ! ah ! dit l’Frisé, te v’là morte !
Et l’grand niqu’douill’ s’mit à pleurer.
Oh ! oh ! qu’il chialait, faut qu’j’emporte
Un bout d’souv’nir pour l’adorer.
(Jean Richepin)
Ognon (il y a de l’)
Delvau, 1866 : On va se fâcher, on est sur le point de se battre, par conséquent de pleurer. Argot des faubouriens.
Payer sa fiole, sa hure, sa tête (se)
France, 1907 : Se moquer de quelqu’un.
Tous ces conscrits auraient bougrement envie de pleurer, — mais, tous, ravalent leurs larmes, crainte que les camaros se payent leur fiole et aussi pour montrer qu’on est un homme.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Amédée de Saint-Gapour crut comprendre, à ce moment, que la dame se payait sa tête.
Très vexé et fou d’amour, il se précipita sur elle en imitant, à s’y méprendre, le cri du carme.
(Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.)
(Alphonse Allais)
Quelqu’un veut se payer ma tête…
Mais j’ai bon œil et bon poignet,
Et d’une aventure aussi bête
Avant peu j’aurai le cœur net !
(Jules Célès)
Phénomène
Delvau, 1866 : s. m. Parent qui vient pleurer sur une tombe, ou seulement la visiter, — dans l’argot cruel et philosophique des marbriers de cimetière.
Rigaud, 1881 : Original.
Piano (vendre son)
Rigaud, 1881 : « Le moindre récit pathétique, une phrase sentimentale, un mot touchant, un mouchoir sur les yeux, une larme et la croix de sa mère, tout cela se traduit par : vendre son piano. Depuis le jour où Bouffé, dans Pauvre Jacques, fit couler des ruisseaux de larmes dans une scène où il est forcé de vendre son piano, les verbes s’attendrir, pleurer, s’apitoyer, larmoyer, etc. ont été remplacés par : vendre son piano. » (J. Dullot)
Pisser de l’œil
Virmaître, 1894 : Pleurer.
— Depuis que mon homme a foutu le camp, je pisse de l’œil comme une fontaine Wallace (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Voir Chiquer.
Pisser des yeux
Rossignol, 1901 : Pleurer.
Pleurant
Vidocq, 1837 : s. m. — Oignon.
Larchey, 1865 : Oignon (Vidocq). — Il fait pleurer.
Delvau, 1866 : s. m. Ognon, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Oignon. Il pousse aux larmes ni plus ni moins que certains mélodrames.
La Rue, 1894 : Oignon.
France, 1907 : Oignon ; argot des voleurs. Allusion à la propriété des oignons de piquer les yeux quand on les pèle.
Pleurer
d’Hautel, 1808 : Il pleure en filou sans verser une larme. Voyez Larme.
Elle pleure aussi facilement qu’un autre pisse. Se dit par raillerie d’une femme qui pleure à volonté ; qui fond en larmes à la moindre contrariété qu’elle éprouve.
Faire pleurer la bonne Vierge. Se dit en plaisantant des enfans qui font des grimaces, qui se tirent les yeux et s’élargissent la bouche avec les doigts.
Pleurer comme un veau, comme une vache. Se dit par ironie d’une personne qui verse une grande quantité de larmes, qui jette les hauts cris pour des choses qui n’en valent pas la peine.
Il pleure d’un œil et rit de l’autre. Se dit d’un enfant contrarié qui pleure et rit tout à la fois.
Ne pleurer quelqu’un que d’un œil. Affecter une fausse sensibilité par l’absence ou la perte de quelqu’un que l’on ne regrette qu’en apparence.
Il pleure le pain qu’il mange. Se dit d’un avare qui se reproche la nourriture, les premiers besoins.
On diroit qu’il a pleuré pour avoir un habit, un chapeau. Se dit par ironie d’un homme qui a un habit écourté ou un petit chapeau, quand la mode est d’en porter un grand.
Delvau, 1864 : Décharger.
Maman, j’ai plus d’une fois
Trouvé ma couche trempée :
Mon cœur était aux abois ;
Je fus bientôt détrompée.
Je fis cesser mes alarmes :
Ces pleurs qui mouillaient mon lit,
Ces pleurs n’étaient pas des larmes…
Mon petit doigt me l’a dit.
(V. Combes)
Pleurer (faire)
La Rue, 1894 : Escroquer ou voler.
Pleurer comme une vache.
France, 1907 : Pleurer fort ; allusion aux meuglements de la vache en détresse. L’expression est fort vieille ; on la trouve dans Rabelais :
Et ce disant, ploroit comme une vache ; mais tout soubdain rioit comme un veau, quand Pantagruel lui venoit en mémoire.
(Pantagruel, chap. III)
Les vaillants autant que les lasches
Pleuroient partout comme des vaches,
On n’entendoit que des hélas !
(Scarron, Le Virgile travesti)
Pleurer en filou
Delvau, 1866 : Hypocritement, sans larmes, — dans l’argot du peuple.
Pleurer sans onion
France, 1907 : Avoir de justes raisons de pleurer ; argot populaire.
Pleurer ses péchés
Delvau, 1864 : Avoir la chaude-pisse.
Las ! si ce membre eut l’arrogance
De fouiller trop les lieux sacrez,
Qu’on lui pardonne son offense,
Car il pleure assez ses péchés.
(Régnier)
Pleurer son aveugle (faire)
France, 1907 : Uriner ; argot populaire.
Pleurnicher
d’Hautel, 1808 : Mot satirique ; répandre des larmes sans être ému ; affecter du chagrin, de la douleur que l’on ne ressent point ; minauder, pleurer à la manière des enfans, afin d’obtenir ce que l’on désire.
Delvau, 1866 : v. a. Pleurer mal à propos ou sans sincérité.
Pleuvoir des chasses
Delvau, 1866 : v. n. Pleurer. Argot des faubouriens et des voleurs.
Pleuvoir des châsses
France, 1907 : Pleurer ; argot des voyous qui disent aussi baver des clignots.
Pont
d’Hautel, 1808 : La foire n’est pas sur le pont. Pour dire rien ne presse.
Laisser passer l’eau sous les ponts. Ne se pas mettre en peine des affaires des autres.
Il est sur le pont de Sainte-Larme. Se dit en plaisantant d’un enfant qui est sur le point de pleurer.
Vidocq, 1837 : s. m. — Cavité pratiquée au milieu du jeu de cartes que l’on présente à la coupe de son adversaire, et qui doit faciliter la retourne d’un roi ou de la couleur que l’on désire.
Larchey, 1865 : Voir couper.
Delvau, 1866 : s. m. Congé que s’accorde l’employé pour joindre deux autres congés qui lui ont été accordés par ses chefs ou par le calendrier. Faire le pont. Ne pas venir au bureau le samedi ou le lundi, lorsqu’il y a fête ou congé le vendredi ou le mardi.
France, 1907 : Légère courbure imprimée à une carte de façon à la reconnaitre ; argot des grecs. Faire le pont sec, c’est placer cette carte à l’endroit où le tricheur désire que sa dupe coupe le paquet ; d’où l’expression couper dans le pont, pour se laisser tromper, duper, donner dans le panneau.
Peuple crédule qu’on lanterne
Et qui coupe dans tous des ponts,
Allume un peu mieux ta lanterne :
Tu démasqueras les fripons,
Les renégats et les capons.
Du candidat sur son affiche,
N’écoute plus le vain babil ;
Ses promesses, ce qu’il s’en fiche !
Poisson d’avril !
(Jules Jouy)
Qui chante vendredi, dimanche pleurera
France, 1907 : Le vendredi étant le jour où Jésus mourut sur la croix, est, aux yeux des dévots, un jour de deuil. L’on ne doit donc ni chanter, ni rire ce jour-là ; et, si l’on s’amuse, on sera puni le dimanche. Mais, au lieu de gémir le vendredi, les humains devraient le fêter, car c’est, suivant une autre légende, le jour de la naissance de Vénus, dont il porte le nom, Veneris dies, et, dans le monde, il y a plus de sectateurs de la déesse de l’amour que de fidèles du Christ, puisque tout ce qui vit et respire se courbe sous les lois de la déesse qui sortit de l’onde. François Ier le pensait ansi ; il affirmait que tout lui réussissait le vendredi. C’était aussi le jour de prédilection de Henri IV, parce que ce fut ce jour qu’il vit pour la première fois la belle marquise de Verneuil, la plus chérie de ses maîtresses, après Gabrielle d’Éstrées. Sixte-Quint affectionnait le vendredi. Il lui rappelait sa naissance, sa promotion au cardinalat, son élection à la tiare, son couronnement. Le Calendrier des bons laboureurs pour 1618 n’est pas d’accord sur les mérites ou les démérites du vendredi :
Vendredi de la semaine est
Le plus beau ou le plus laid.
Quinze joies du mariage (les)
France, 1907 : Expression employée ironiquement pour désigner les déceptions, les contrariétés inhérentes à l’état conjugal. Un livre attribué à l’auteur du Petit Jehan de Saintré, Antoine la Sale, paru vers le milieu du XVe siècle, a sans doute donné naissance à cette antiphrase. Il y est dit dans la préface : « Celles quinze joyes de mariage sont les plus graves malheuretés qui soient sur terre, auxquelles nulles autres peines, sans incision de membres, ne sont pareilles à continuer. »
Ma mère, qu’est-ce que se marier ?
— Ma fille, c’est filer, enfanter et pleurer.
(Dicton provençal)
Les dictons français de même genre sont nombreux. Citons-en quelques-uns :
Le jour où l’on se marie est le lendemain du bon temps.
Qui se marie fait bien et qui ne se marie pas fait mieux.
Qu’on se marie ou non, l’on a toujours à s’en repentir.
Qui se marie se met la corde au cou.
Qui se marie s’achemine à faire pénitence.
Nul ne se marie qui ne s’en repente.
Un bon mariage se fait d’un mari sourd et d’une femme aveugle.
Mariage et pénitence ne font qu’un.
En mariage trompe qui peut.
Mariage, tombeau de l’amour.
Le mariage est un enfer où le sacrement nous mène sans péché mortel.
Mariage et pendaison vont au gré de la destinée.
Mariage et malheur tout en un jour.
Aujourd’hui marié, demain marri.
Homme marié, oiseau en cage.
Le mariage est comme le figuier de Bagnolet, dont les premières figues sont bonnes, mais les autres ne valent rien.
Tous ces dictons émanent évidemment de gens mal mariés ou de cocus.
Reluit
Vidocq, 1837 : s. m. — Œil.
Vidocq, 1837 : s. m. — Jour.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Jour, œil. V. Coquer, Luisant, Chasse.
Delvau, 1866 : s. m. Œil, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Jour.
Rigaud, 1881 : Jour. — Œil. Pisser des reluits, pleurer, — dans le jargon des voyous.
La Rue, 1894 : Jour. Œil.
Virmaître, 1894 : L’œil (Argot des voleurs). V. Abat-reluit.
France, 1907 : Jour ; argot populaire.
Une sorgue j’ai été pomaqué et enflaqué dans une rafle, mais on m’a défourraillé au reluit, j’ai seulement coqué le taf.
(Autobiographie d’un malfaiteur en argot moderne)
France, 1907 : Œil. Chasser des reluits, pleurer. Argot populaire.
Ring
France, 1907 : Ensemble des parieurs pour ou contre un cheval ; argot des courses. Anglicisme.
Viendra le jour, si l’on n’y prend garde, où on ne dira plus bonsoir dans la rue, et l’I love you de nos amoureux fera pleurer les légendes. Le vin nous répugnera. Notre chair bouffie crèvera de bière, et nous ne bredouillerons plus que des ring, des smoking, des shooting et des lingaling.
(Georges d’Esparbès)
Rire jaune
Delvau, 1866 : v. n. Rire à contre-cœur, quand on voudrait ou pleurer de douleur ou écumer de rage.
Virmaître, 1894 : N’être pas content et être forcé de rire quand même ; avoir les larmes dans les yeux et le cœur gros et être forcé de paraître joyeux. On dit aussi :
— Son rire est jonquille. Allusion au cocu qui rit jaune quand la sage-femme lui présente son dernier en lui disant :
C’est tout le portrait d’son père,
Quel cochon d’enfant ! (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : À contre-cœur.
France, 1907 : Dissimuler son ennui ou son mécontentement sous un air satisfait.
L’histoire des frères de Goncourt, sifflés dans la maison de Molière, ne laisse pas que d’être intéressante. Ces deux frères Lyonnet n’ont pas eu de veine, et, à l’heure qu’il est, ils doivent rire jaune.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)
Robinet (lâcher le)
France, 1907 : Pleurer ou uriner.
Tireflûter par la tangente (se)
France, 1907 : Se tirer d’affaire par des mensonges ; prendre des faux-fuyants.
Et qu’ils n’essayent pas de se tireflûter par la tangente, en prétextant que des faits pareils ne se voient qu’en Angleterre.
Tralala ! c’est partout kif-kif bourriquot.
Ceux qui ont goûté des prisons de France peuvent en témoigner.
En ce qui me concerne, j’en sais quelque chose.
Plus d’une fois j’ai vu des pauvres vieux se lamenter et pleurer comme des madeleines parce que l’heure de déguerpir de la prison était venue.
« Que faire ?… Que devenir ?… disaient-ils avec raison. Nous allons entrer dans la société et nous y serons montrés au doigt : on nous traitera en pestiférés. Notre seule ressource sera de refaire vivement un coup quelconque afin de nous faire emboiter à nouveau. »
Et ça ne ratait pas !
(Le Père Peinard)
Vendre son piano
Delvau, 1866 : v. a. Jouer de façon à faire pleurer les spectateurs, — dans l’argot des coulisses, où Bouffé (rôle de Pauvre Jacques) a laissé des souvenirs et des traditions. Par extension, dans la vie réelle, on dit d’une Femme qui pleure hypocritement : Elle vend son piano.
Verver
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Pleurer, crier.
Vidocq, 1837 : v. a. — Pleurer.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Delvau, 1866 : v. n. Pleurer, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Pleurer, — dans le jargon des voleurs.
Virmaître, 1894 : Pleurer (Argot des voleurs).
France, 1907 : Pleurer.
Verver, server
La Rue, 1894 : Pleurer.
Viauper
Rigaud, 1881 : Pleurer, pleurer comme un veau.
La Rue, 1894 : Pleurer (comme un veau).
Virmaître, 1894 : Oublier fréquemment le chemin de l’atelier pour viauper chez les marchands de vins.
— Que fait la fille ?
— Ah ! ne m’en parle pas ; elle viaupe avec Pierre et Paul.
Mot à mot : viauper, faire la vie.
Faire la vie à quelqu’un, c’est lui faire une scène désagréable.
Lui rendre la vie dure, c’est le tourmenter, lui refuser à manger, être cruel (Argot du peuple).
Vin (demi-)
France, 1907 : « Boisson que l’on obtient en mettant une quantité déterminée d’eau sur la grappe d’une cuvée dont on vient de tirer le vin, et en la laissant pendant quelques jours se saturer des principes vineux que peut encore contenir la râpe (marc de raisin), à la différence du rapé, que l’on remplit d’eau nouvelle à mesure qu’on en boit. On appelle aussi demi-vin le vin que le consommateur a volontairement mélangé de moitié d’eau. »
(Comte Jaubert)
Voici sur le vin diverses expressions proverbiales tirées d’anciens documents d’archives, ayant cours en Bourgogne, où l’on désignait le vin suivant la diversité des effets qu’il produit :
Vin d’âne qui rend la personne assoupie avant d’avoir trop bu.
Vin de cerf, qui fait pleurer.
Vin de lion, qui rend furieux et querelleur.
Vin de pie, qui fait bavarder.
Vin de porc, qui fait rendre gorge.
Vin de renard, qui rend subtil et malicieux.
Vin de singe, qui fuit sauter et rire.
Vin de Nazareth, qui passe à travers du nez.
Vin de mouton, qui rend doux et soumis.
Wagnérisme
France, 1907 : Maladie imaginaire qui fait préférer la musique de Richard Wagner à toutes les autres.
— Et voulez-vous que je vous le dise ? La musique aussi, unie au cyclisme, tuera la littérature. On sent en musique, on ne pense pas, Richard Wagner, colosse d’ailleurs — les cloches de Parsifal m’ont fait pleurer tout comme un autre — Wagner a détrôné Hugo, Wagner est le Shakespeare vague et nébuleux des snobs qui n’ont pas lu Shakespeare et qui croient que tout date du géant de Bayreuth. Cet allemand a conquis la Gaule par une infiltration lente et sûre. Plus de musique française, de la musique wagnérienne. Plus de cafés où l’on cause, des brasseries où l’on fume. La liqueur verte et le germanisme ; adieu le vin clair et le sang de France !… Aux mythologies scandinaves, le Brocken et le Venusberg, je préfère l’élixir du vieux Pierre de Rouen, le vin de feu Hugo, le vin de Gascogne du père Dumas et le vin tourangeau de Balzac. Voulez-vous que je vous dise ? Ce qui me semble prouver l’infériorité de l’Allemagne, c’est sa supériorité en musique. M. Hugo, oui Victor Hugo nous a dit ça un jour… Ça ne m’a pas, en creusant, paru si bête que ça.
(Jules Claretie, Brichanteau, comédien.)
Zerner, zerver
La Rue, 1894 : Pleurer.
Zerver
Halbert, 1849 : Crier ou pleurer.
France, 1907 : Pleurer. Interversion de verser, sous-entendu des larmes.
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