Rigaud, 1881 : Nom que donnaient à la guillotine, il y a une quinzaine d’années, les lauréats de Cour d’assises ; jeu de mots sur saint Pierre et cinq pierres, par allusion aux cinq dalles qui formaient le plancher de l’échafaud. Depuis qu’il est à ras de terre, c’est la Plaine rouge, le Glaive ou encore la Veuve Razibus.
Abbaye de Saint-Pierre
Achanter
France, 1907 : Poser de côté, mettre sur chant. Achanter une brique, une planche.
Allonger
d’Hautel, 1808 : S’allonger sur les planches. Faire injure à Terpsicore ; danser sans grâce et sans légèreté, comme les personnes qui ne sont pas exercées dans cet art.
Quand les veaux s’allongent, le cuir est à bon marché. Comparaison facétieuse que l’on applique aux personnes qui s’étendent d’une manière indécente.
Allonger la courroie. Figurément, étendre les choses au-delà de leur durée ; trainer, à dessein, une affaire en longueur.
Andouilles (dépendeurs d’)
Larchey, 1865 : On sait que les andouilles se pendent au plafond. Le peu d’élévation des planchers parisiens relègue en province ce terme, qui désigne un individu de grande stature.
Ardoise (avoir l’)
Rigaud, 1881 : Avoir un compte ouvert dans une gargote, chez un marchand de vin, où le grand-livre est représenté par une planche d’ardoise.
France, 1907 : Avoir crédit chez le mastroquet, l’habitude chez les marchands de vins étant de marquer les comptes sur une ardoise.
Arnaque
Halbert, 1849 : Agent de sûreté.
Virmaître, 1894 : Nom d’un jeu qui se joue sur la voie publique et sur les boulevards extérieurs ; il est connu également sous le nom de tourne-vire. Ce jeu consiste en une roue posée à plat sur un pivot, la table est composée de trois planches mobiles, supportées par deux tréteaux ; ces planches sont recouvertes d’une toile cirée ; cette toile est divisée en carrés qui forment cases, ces cases se distinguent par des emblèmes différents, les quatre rois : trèfle, cœur, pique et carreau, une ancre, un cœur, un dé et un soleil. Les joueurs misent sur une case, la roue tourne et celui qui gagne reçoit dix fois sa mise. En évidence, sur la table, il y a des paquets de tabac, des cigares, des pipes et autres objets, mais c’est pour la frime, le tenancier du jeu paie le gagnant en monnaie. Ce jeu est un vol. Autour de la table, il y a toujours deux ou trois engayeurs, ils sont de préférence à chaque bout (la table est un carré long) ; au moment ou la plume va s’arrêter sur une case, par un mouvement imperceptible, un des engayeurs s’appuie sur la planche mobile du milieu, la plume dévie et le tour est joué ; si c’est un engayeur qui gagne, il partage avec ses complices (Argot des camelots). N.
Rossignol, 1901 : Veut dire truc. Les jeux de hasard tels que : La boule Orientale, le billard à cheminée, le billard américain, la jarretière, la ratière, le malo ou mal au ventre, sont arnaqués parce qu’il y a des trucs qui empêchent de gagner.
Avocat bêcheur
Halbert, 1849 : Procureur de la République.
Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui médit de ses compagnons, absents ou présents. Argot des typographes.
C’est aussi le nom que les voleurs donnent au procureur de la République.
Rossignol, 1901 : Avocat général, ministère public.
Mais vient le jour de monter sur la planche
Où le bêcheur commence à Jaspiner.
Avec sa tronche et son poing sur la hanche,
Dirait-on point qu’il va vous béquiller ?
France, 1907 : Procureur de la République ; argot des voleurs. Homme médisant ; argot des ouvriers.
Avoir des planches
France, 1907 : Être à son aise devant le public, avoir l’habitude de la scène ; argot des coulisses.
Avoir du pain sur la planche
Delvau, 1866 : Avoir des économies ou des rentes. Argot des bourgeois.
Virmaître, 1894 : Être riche et ne pas avoir à s’occuper du lendemain. Être condamné à un certain nombre d’années de prison (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Être riche, ou condamné à plusieurs années de prison.
Balayer les planches
Rigaud, 1881 : Jouer dans une pièce qui sert de lever de rideau, — dans le jargon des comédiens.
Ayez donc du talent… pour balayer les planches.
(Ed. Brisebarre et Eug. Nus, La Route de Brest, acte IV, scène 1)
France, 1907 : Chanter le premier dans un concert, argot des coulisses ; — le trottoir, marcher en laissant traîner sa robe.
Ballon (monter en)
Rigaud, 1881 : C’est une vexation qu’au régiment on fait subir à un nouveau venu. Dans les régiments de cavalerie, les lits sont adossés à une cloison en planches, appelée le bas-flanc par analogie avec les cloisons de bois qui séparent les chevaux ; cette cloison ne monte pas jusqu’au plafond. Pendant la nuit, on entoure le lit du patient au moyen de deux cordes à fourrages qui font nœud coulant, puis au signal : « Comptez-vous quatre, » quatre hommes tirent les cordes passées sur le bas-flanc, et la victime enlevée se trouve bientôt suspendue à deux ou trois mètres, quelquefois le lit sens dessus dessous ; ce qui ne lasse pas d’être fort amusant, pour ceux qui ont organisé cette aimable farce.
Baptême
d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Cette planche lui est tombée sur le baptême. Pour dire, qu’une planche est tombée sur la tête de quelqu’un.
Delvau, 1866 : s. m. La tête, — dans l’argot des faubouriens, qui se souviennent de leur ondoiement.
La Rue, 1894 : Tête.
Virmaître, 1894 : La tête. Le mastroquet baptise son vin. Le peuple, qui a horreur de l’eau, dit des vins baptisés : Ils sont chrétiens. Le buveur fait sa tête (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Tête ; argot de faubouriens. Se mettre sur les fonds du baptême, se mettre dans l’embarras.
Baraque
d’Hautel, 1808 : Cahutte, masure, maison en mauvais état et de nulle valeur. Au figuré, terme de dénigrement ; atelier, boutique, maison où les ouvriers sont mal payés, et les domestiques mal nourris.
Delvau, 1866 : s. f. Maison où les maîtres font attention au service, — dans l’argot des domestiques. Journal où l’on est sévère pour la copie, — dans l’argot des aspirants journalistes.
Rigaud, 1881 : Chevron, — dans le jargon du régiment. Par abréviation de baraquement, campement. — Un vieux pied de banc à trois baraques.
Rigaud, 1881 : Pupitre d’écolier.
Sa baraque, en étude, ressemble à ces sacs-bazars qui donnaient tant d’originalité à nos zouaves de l’expédition de Crimée.
(Les Institutions de Paris, 1808)
Rigaud, 1881 : Terme de mépris pour désigner une maison, un magasin, un établissement. Baraque, le magasin dont le patron paye mal ses commis ; baraque, l’administration qui surmène ses employés ; baraque, la maison où les domestiques ne peuvent pas voler à leur aise.
Merlin, 1888 : Chevron ; peut-être en raison de sa forme de V renversé, imitant un toit.
Fustier, 1889 : Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle.
Le jeu de la baraque se compose d’une planchette de cuivre casée à l’angle d’un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon ! l’adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c’est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C’est pour rien ! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.
(Paris-Journal, 1882)
Virmaître, 1894 : Maison construite en plâtre, en torchis, provisoirement. Maison où la patronne va par méfiance au marché avec sa bonne. Maison où l’on enferme le vin et les liqueurs. Maison où l’on chipote sur tout, où l’on rogne même la nourriture.
— Tenez, voilà mon tablier, je n’en veux plus de votre baraque, j’en ai plein le dos (Argot du peuple).
France, 1907 : Nom donné par les domestiques à la maison de leurs maîtres. Chevron que les soldats portaient autrefois sur la manche gauche et qui indiquait un certain temps accompli sous les drapeaux. La première baraque après sept ans de service ; la deuxième après onze ans, et la troisième après quinze. Sorte de jeu qui se compose d’une planchette de cuivre à l’angle d’un billard et percée de 25 cuvettes numérotées.
Bascule
Delvau, 1866 : s. f. Guillotine, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Guillotine. — Basculer, guillotiner.
Virmaître, 1894 : La guillotine. Allusion à la planche qui bascule pour pousser le condamné sous la lunette (Argot des voleurs).
France, 1907 : Guillotine ; argot des faubouriens.
Béquet
Delvau, 1866 : s. m. Petite pièce de cuir mise à un soulier, — dans l’argot des cordonniers ; petit morceau de bois à graver, — dans l’argot des graveurs ; petit ajouté de copie, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Petite planche à graver, ouvrage de peu d’importance, — dans le jargon des graveurs sur bois.
Rigaud, 1881 : Retouche faite à une pièce ou à un acte, raccord, — dans le jargon des acteurs.
Boutmy, 1883 : s. m. Hausse en papier que l’imprimeur ajoute à la mise en train ou place sous un cliché. Composition de quelques lignes. Ce mot est emprunté au langage des cordonniers pour lesquels il signifie Petit morceau de cuir joint à la semelle.
Virmaître, 1894 : Le passifleur met des béquets, des pièces, aux vieux souliers ; il en existe qui arrivent à une perfection si grande qu’il est impossible de découvrir la pièce (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Terme d’imprimerie. Petits paquets de composition pour ajouter ou compléter un grand paquet. En corrigeant un article, on ajoute des petits béquets à droite et à gauche pour le corser (Argot d’imprimerie).
Blanchisseur
d’Hautel, 1808 : Le peuple a coutume de dire blanchisseux ; ce qui est un barbarisme.
Delvau, 1866 : s. m. Celui qui révise un manuscrit, qui le polit, — dans l’argot des gens de lettres, par allusion à l’action du menuisier, qui, à coups de rabot, fait d’une planche rugueuse une planche lisse. Signifie aussi Avocat.
La Rue, 1894 : Avocat.
Virmaître, 1894 : Avocat. Ce mot date du procès du fameux empoisonneur Couty de Lapommerais. Dans les couloirs du palais, avant l’audience des assises, on discutait la condamnation ou l’acquittement ; la majorité des avocats étaient d’avis qu’il serait acquitté parce que Lachaud blanchit. Lachaud était le défenseur de Lapommerais. Les voleurs se souviennent du calembour (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Avocat.
France, 1907 : Avocat, qui en effet est chargé de rendre l’accusé blanc comme neige ; homme de lettres qui revoit les manuscrits des débutants littéraires et les rend présentables au public.
Blaucarde
Clémens, 1840 : Planche en sape.
Bouder au turbin
Virmaître, 1894 : Ouvrier qui cherche tous les moyens possibles pour ne pas travailler. Fille publique qui ne veut plus turbiner pour son souteneur (Argot des souteneurs). Dans la fameuse chanson : Lamentations d’un souteneur, on lit :
Quoi ? C’est éteint… Tu r’buttes au flanche,
Y’a pu de trottinage à la clé,
Des dattes pour que tu fass’la planche,
L’anse de la marmite est cassé.
Pour parer c’gnon qui m’met su’l’ sable,
Comme ta peau n’veut plus qu’feignanter,
J’vas me rcoller avec ta dabe,
Qui ne r’foul’ pas pour turbiner.
Bout de cigare
Merlin, 1888 : Homme de petite taille ; l’opposé de planche à pain.
Brûler
d’Hautel, 1808 : Brûler le jour. Signifie faire usage de lumière en plein midi.
Faire brûler quelqu’un à petit feu. Le tourmenter, l’inquiéter, lui faire endurer toutes sortes de mauvais traitemens.
Il leur a brûlé le cul. Se dit de quelqu’un qui a abandonné sans mot dire la-société où, il se trouvoit ; de celui qui s’est esquivé d’un lieu où il étoit retenu malgré lui.
Se brûler. Signifie se méprendre, se tromper, s’abuser dans ses spéculations.
Se brûler à la chandelle. Découvrir soi-même, sans le vouloir, les fautes dont on s’est rendu coupable ; se laisser entraîner malgré soi dans un piège que l’on avoit d’abord évité.
Le tapis brûle. Signifie, il n’y a pas de temps à perdre ; se dit pour exciter des joueurs à doubler leur jeu.
Delvau, 1866 : v. a. Dépasser une voiture, — dans l’argot des cochers qui se plaisent à ce jeu dangereux, malgré les conseils de la prudence et les règlements de la police.
Delvau, 1866 : v. n. Approcher du but, être sur le point de découvrir une chose, — dans l’argot des enfants et des grandes personnes, qui devinent, les uns qui savent à quoi on s’expose en s’approchant du feu.
Rigaud, 1881 : Retirer de la main en les jetant au panier, après en avoir annoncé le nombre, une ou plusieurs cartes avant de commencer une partie de baccarat en banque. Ce droit du banquier ne s’exerce plus que dans les cercles de bas étage.
France, 1907 : Dénoncer, vendre.
La République est un régime de lumière et de loyauté qui n’a que faire d’une police secrète. Rappelons-nous toujours que la police secrète a été instituée par Louis XIV et développée outre mesure par les deux Bonaparte. Louis XIV et les Bonaparte ne sont certainement pas des modèles à suivre pour nous. Je ne puis me désoler, quant à moi, parce qu’un mouchard vient de brûler ses patrons.
(Germinal)
Les filles qui dénoncent les malfaiteurs se fiant à elles sont plus rares qu’on ne le pense. Gloria est une exception ; c’est pourquoi je ne tiens pas à la brûler (faire connaître).
(G. Macé, Un Joli monde)
Brûler, approcher du but, être sur le point de deviner une chose, dépasser une voiture.
Brûler les planches, jouer avec beaucoup de feu et d’art ; argot des coulisses. Brûler la politesse, s’esquiver sans rien dire ; — le pégriot, faire disparaître la trace d’un vol ; — à la rampe, jouer comme si l’on était seul pour attirer sur soi l’attention, sans avoir égard au jeu de ses camarades ; argot des coulisses ; — du sucre, recevoir des applaudissements ; — sa chandelle par les deux bouts, dissiper sa fortune, sa santé ou son cerveau de toutes les façons ; argot des bourgeois.
Brûler les planches
Delvau, 1866 : v. a. Avoir l’habitude de la scène, jouer un rôle avec aplomb. Argot des coulisses.
Rigaud, 1881 : Jouer avec entrain, déployer beaucoup de chaleur, — dans le jargon des comédiens.
Monvel est l’acteur pour lequel a été inventée cette expression de coulisses.
(V. Couailliac, La Vie de théâtre)
Cabotinage
Delvau, 1866 : s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d’être applaudi à Paris.
Rigaud, 1881 : Le cabotinage consiste à savoir se passer de talent, à se montrer plus souvent au café que sur les planches, à préférer les petits verres sur le comptoir aux alexandrins des classiques et même à la prose de M. Anicet-Bourgeois.
Le cabotinage est aussi la basse diplomatie des coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme certains courtiers font des affaires de bourse, écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de, l’ouvrage qu’on vient de surprendre, mendier ou acheter des tours de faveur, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage.
(Petit dict. des coulisses, 1835.)
France, 1907 : Art perfectionné de la réclame qui devient de plus en plus commun chez les artistes, les plumitifs, et, ô horreur ! les hommes dits d’État.
Cet art s’étend partout, à tel point qu’on accuse même les anarchistes « militants » d’être des cabotins.
Faire du cabotinage quand la tête est en jeu, c’est raide.
France, 1907 : Vie de déceptions, de travail, de hauts et de bas de l’acteur avant qu’il prenne la place dont parlait Edmond Deschaumes, et décroche le ruban de la Légion d’honneur.
Cabotine
Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse qui fait les planches au lieu de faire le trottoir.
Rigaud, 1881 : Actrice qui, sans plus de talent que le cabotin, possède une corde de plus à son arc. Elle se sert du théâtre comme d’un bureau de placement pour ses charmes. — Terme de mépris pour désigner une actrice quelconque dont on a à se plaindre ou qu’on veut blesser.
Il (le marquis de Caux) l’insultait (la marquise de Caux, la Patti)… Ainsi il a dit plusieurs fois : Maudit soit le jour où j’ai épousé une cabotine comme toi !
(Liberté du 6 août 1877, Compte rendu du procès Caux-Patti.)
France, 1907 : Mauvaise actrice, ou actrice appartenant à une troupe ambulante.
Quelques petites cabotines se font des confidences et se racontent leur premier faux pas.
— Moi, ç’a été avec mon cousin…
— Moi avec un acteur…
— Oh ! moi, dit la plus ingénue, ça a été avec deux militaires !
(Écho de Paris)
Carant
Halbert, 1849 : Planche.
Delvau, 1866 : s. m. Planche, morceau de bois carré, — dans l’argot des voleurs.
Casser sa pipe
Delvau, 1866 : v. a. Mourir, dans l’argot des faubouriens et des rapins.
Boutmy, 1883 : v. Mourir. Cette expression est passée dans le langage du peuple parisien.
La Rue, 1894 : Mourir.
Virmaître, 1894 : Mourir. On donne pour origine à cette expression qu’un fumeur, attablé dans un cabaret, mourut subitement. Sa pipe lui tomba des lèvres et se cassa. Quand on le releva, un des assistants s’écria :
— Tiens il a cassé sa pipe (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Mourir.
France, 1907 : Mourir.
Mais voilà que le vieux a cassé sa pipe, lui aussi. Ce matin on l’a cloué entre six planches et on l’a placé sur le char funèbre pour le voiturer au lieu du repos. Les petits ont beaucoup pleuré en voyant leur grand-père ne plus leur sourire, et en le sentant froid comme la glace. Ils ont crié, la frimousse rougie et ruisselante de larmes : « Grand-père, réveille-toi donc ! Grand-père, réveille-toi donc ! »
(Jacques d’Aurélle)
Quand Mirecourt sentit venir sa fin prochaine,
Tournant ses yeux mourants, pleins d’une sombre haine,
Vers le clan des écrivassiers,
Il s’écria : « Je vais casser ma pipe ! Était-ce
La peine d’amasser tant d’amers tristesse,
Et de dechaîner tant d’huissiers ! »
(A. Glatigny)
L’argot populaire est riche en expressions de ce genre, tant il parait plaisant de mêler le grotesque au lugubre : on dit : casser son câble, sa canne, son crachoir, son fouet.
Bob, sur les genoux de grand-père, joue avec la montre du vieillard. Il en écoute le mouvement, s’extasie sur la richesse de la boîte.
— Quand je serai mort, elle sera pour toi, dit le grand-père.
Quelques jours après, Bob s’amuse de nouveau avec le chronomètre. Puis, soudain :
— Dis donc, grand-papa, est-ce que tu ne vas pas bientôt casser ton crachoir ?
Castoriser (se)
Fustier, 1889 : Argot des officiers de marine. Ne pas embarquer ; rester sur le plancher des vaches, pourvu d’un poste soit au ministère, soit autre part.
Cataplasme
d’Hautel, 1808 : Un cataplasme de Venise. Pour dire, soufflet ; coup appliqué avec la main sur le visage.
Rigaud, 1881 : Capitaine de place, — dans le jargon du régiment. Le mot se renverse ; c’est ainsi qu’on dit : Le cataplasme m’a donné deux jours de planche. Et : Le major m’a fait coller deux capitaines de place au ventre.
Rigaud, 1881 : Soupe très épaisse. — Homme lourd, épais au moral. — Cataplasme de Venise, soufflet.
France, 1907 : Paquet de cartes préparé.
Chauffer la scène
Rigaud, 1881 : « Se remuer, s’agiter, s’évertuer pour faire rendre à un rôle plus qu’il ne contient. De chauffer à brûler les planches, il n’y a qu’un pas. »
(A. Bouchard, La Langue théâtrale)
Cheval de l’adjudant
France, 1907 : Planche servant de lit, qui compose, avec le « goguenot », tout le mobilier des salles de police.
L’adjudant m’a fait monter son cheval durant une huitaine pour avoir oublié pendant vingt-quatre heures le chemin de la caserne : et il a le trot sec ! je vous en réponds… Je ne sais avec quel sapin ils font aujourd’hui les lits de camp des salles de police, mais j’aimerais autant coucher sur un lit de plume rembourré de noyaux de pêches.
(Ch. Dubois de Gennes, Le Troupier tel qu’il est… à cheval)
Chiquage
Rigaud, 1881 : Mensonge, bavardage. — Planche au chiquage, confessionnal.
Cirer en fourrier (se)
Rigaud, 1881 : Frotter ses souliers entre les planches de son lit et sa paillasse, afin de leur donner une apparence de propreté, — dans l’argot du régiment. (Bernadille, Le Français)
Coco
d’Hautel, 1808 : Nom d’amitié que l’on donne aux petits garçons.
C’est aussi un terme mignard et cajoleur dont les femmes gratifient leurs maris ou leurs bien aimés, pour en obtenir ce qu’elles désirent.
d’Hautel, 1808 : Tisanne rafraîchissante, faite de chiendent, de réglisse et de citron, que l’on vend à Paris dans les promenades publiques. Boire un verre de coco.
Coco signifie aussi eau-de-vie, rogome, brande-vin.
Boire le coco. C’est boire l’eau-de-vie le matin à jeun, suivant l’usage des journaliers de Paris.
Larchey, 1865 : Cheval.
Ce grossier animal qu’on nomme vulgairement coco.
(Aubryet)
Larchey, 1865 : Homme peu digne de considération.
Joli Coco pour vouloir me faire aller.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Nom d’amitié.
J’vais te donner un petit becquau. Viens, mon coco.
(Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836)
Delvau, 1866 : s. m. Boisson rafraîchissante composée d’un peu de bois de réglisse et de beaucoup d’eau. Cela ne coûtait autrefois qu’un liard le verre et les verres étaient grands ; aujourd’hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès !
Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot du peuple. Il a graissé la patte à coco. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est mal tiré d’une affaire, qui a mal rempli une commission.
Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans le même argot [des faubouriens]. Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.
Delvau, 1866 : s. m. Homme singulier, original, — dans le même argot [des faubouriens]. Joli coco. Se dit ironiquement de quelqu’un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce, désagréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme un autre.
Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des enfants, pour qui les poules sont des cocottes.
Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent l’homme pour un Coco nucifera. Coco déplumé. Tête sans cheveux. Redresser le coco. Porter la tête haute. Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l’imagination.
Rigaud, 1881 : Gosier. — Se passer quelque chose par le coco, manger, boire.
Rigaud, 1881 : Individu, particulier. Ne s’emploie guère qu’accolé au mot joli, dans un sens ironique : C’est un joli coco.
Rigaud, 1881 : Pour eau-de-vie, avait déjà cours au siècle dernier.
Elle lui fit payer du coco.
(Cabinet satirique)
Aujourd’hui on entend par coco, de la mauvaise eau-de-vie, de l’eau-de-vie fortement additionnée d’eau. — Marchand de coco, marchand de vin. Allusion à l’eau que le débitant met dans le vin et les liqueurs.
Rigaud, 1881 : Tête ; allusion de forme. Se monter le coco, s’illusionner, se monter la tête.
France, 1907 : Cheval. Ce mot est employé surtout dans la langue du troupier.
Pour faire un vrai soldat, et devenir par la suite un bon officier, il faut avoir tiré toutes les ficelles du métier et savoir : balayer la chambrée ; cirer la planche à pain ; bichonner Coco…
(Hector France, L’Homme qui tue)
France, 1907 : Gosier ; argot populaire. Colle-toi ça ou passe-toi ça dans le coco.
France, 1907 : Mauvais vin on mauvaise eau-de-vie. Allusion à la fade boisson que vendent les marchands de coco.
France, 1907 : Tête. Avoir de coco déplumé, être chauve ; avoir le coco fêlé, être fou. Dévisser le coco, étrangler. Se monter de coco, s’exciter.
Jean Richepin, dans ses compliments de nouvelle année, souhaite, entre autres :
À Barbier, de trouver l’écho
De la voix qui cria les lambes,
Et, pour lui monter le coco,
Du poil à gratter dans les jambes.
Graisser la patte à Coco, gagner quelqu’un en lui donnant de l’argent. S’emploie aussi dans un mauvais sens, précédé de vilain ou de joli : Vilain coco ! joli chien ! ou bien il signifie simplement un individu.
Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
France, 1907 : Triste sire, homme méprisable ou, tout simplement, dont on n’est pas satisfait. Le mot est généralement précédé des adjectifs joli, fameux, ou vilain.
— Ah ! vous êtes un fameux gaillard ! un joli coco ! Vous arrivez comme le marquis de Chose-verte, trois heures après la bataille. Vous pouvez bien tourner les talons, et remporter votre lard pourri. Avez-vous du liquide, au moins ?
(Hector France, Sous le Burnous)
— Et v’là qu’elle est lâchée salement par un vilain coco Il est vrai que des filles qui n’ont pas le sou et qui ne savent même pas éplucher une salade, ne sont pas d’un placement avantageux, ni facile, par conséquent !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
C’est aussi un nom d’amitié :
J’vais te donner un p’tit bécot,
Viens, mon coco !
Costières
Delvau, 1866 : s. f. pl. Rainures pratiquées dans le plancher d’un théâtre pour y faire glisser les portants ; celles qui avancent sur la scène se ferment au moyen des trappillons. On dit des objets perdus ou volés au théâtre qu’ils sont tombés dans les costières.
Rigaud, 1881 : Poches de côté dont les grecs se servent pour placer des portées, afin de pouvoir les saisir facilement.
Rigaud, 1881 : Rainures destinées à faire glisser les portants sur le plancher d’un théâtre. (A. Delvau)
France, 1907 : Rainures pratiquées dans le plancher d’un théâtre pour y faire glisser les portants : celles qui avancent sur la scène se ferment au moyen de trapillons.
On dit des objets perdus ou volés au théâtre qu’ils sont tombés dans les costières. (Alfred Delvau).
Crapaudine
Delvau, 1864 : Expression tirée du langage culinaire. Les pigeons à la crapaudine ont les pattes rentrées en dedans. De même, la femme étendue sur le dos et recevant le vit dans son con, afin de mieux le faire glisser jusqu’au fond du vagin, lève ses deux jambes en l’air, les replie sur l’homme, les appuie sur son dos et l’attire à elle autant qu’elle peut. Il voudrait s’en défendre, ce serait inutile, il faut que sa pine pénètre jusqu’à la matrice, qui vient d’elle-même se présenter à ses coups. Plus les coups sont forts, plus ils plaisent à la femme jeune et bien portante. Bien des couchettes ont été cassées avec ce jeu-là ; aussi, maintenant, on les fait en fer.
Marie se colle à mon ventre
Et pour que tout mon vit entre
Jusques au fin fond de l’antre
Enflammé par Cupidon,
Elle fait la crapaudine.
Vraiment, cette libertine,
Si je n’étais qu’une pine
M’engloutirait dans son con.
(J. Choux)
France, 1907 : Genre de supplice infligé aux insubordonnés des bataillons d’Afrique et surtout des compagnies de discipline. Il consiste à fixer le soldat puni, au moyen de cordes et de courroies, soit à des piquets sur le sol, soit à un objet immobile : arbre, poteau, affût. Les Anglais connaissent ce châtiment sous le nom de picketting. Aboli vers 1835, ils le rétablirent en 1881, pendant la guerre contre les Boërs, et l’appliquèrent fréquemment en Égypte et au Soudan.
Les esclaves de nos colonies étaient, jusqu’en 1848, soumis à ce supplice.
Les malheureux esclaves sont ignominieusement couchés, nus, sans distinction d’âge ni de sexe, la face renversée ; seulement l’humanité veut qu’une excavation reçoive le ventre des femmes enceintes !… Leurs poignets et leurs pieds, étroitement serrés par des cordes, sont raidis et liés à des piquets enfoncés dans le sol, pour les empêcher de se débattre ; alors le commandeur, qui est peut-être le père, le frère, le fils ou l’époux de la victime, est obligé (sous peine d’être châtié lui-même) de faire l’office de bourreau… alors commence le supplice de la taille par les 29 coups de fouet, à la volée, du châtiment légal… C’est là ce qu’on appelle. dans ses modifications, le trois, le quatre piquets…
(Joseph France, L’Esclavage à nu)
À part les coups de fouet, la crapaudine n’est qu’une répétition du piquet.
Un jour, tirant la langue comme des pendus, pour avoir quelques bols d’air, ils défoncèrent une planche qui bouchait leur fenêtre. Illico, les caporaux et les sergents les firent sortir un à un, sous la menace des flingots, chargés et braqués. Puis on les colla à la crapaudine, et ils y restèrent vingt-quatre heures sans boire ni manger
(Le Père Peinard)
Crevé, petit-crevé
Rigaud, 1881 : Jeune efféminé d’une maigre élégance.
À plusieurs époques on a observé qu’une certaine partie de la jeunesse affectait des airs d’épuisement, s’efféminait dans le langage et se livrait à la folie en toussant… Les petits-crevés n’affectent rien. Ils sont bien réellement crevés… Leur voix est nasillarde, leurs muqueuses sont pâles, signes de constitution épuisée et refaite par l’iode.
(Nestor Roqueplan)
Crève-faim. Engagé militaire. On dit communément au régiment en parlant d’un engagé volontaire : La planche à pain était trop haute.
Culot
d’Hautel, 1808 : Le culot. Pour dire le cadet ; le dernier né.
Hayard, 1907 : Effronterie, le dernier, la fin.
France, 1907 : Dernier, du latin culus, cul, extrémité. Le dernier d’une couvée, d’une famille, le dernier promu dans un grade, le dernier arrivé. En Berry, culot signifie croupion.
Des sept officiers, il ne reste plus que moi, claquant de fièvre, avec deux blessures, l’une à l’épaule et l’autre au bras gauche. Et lorsque je prends l’aigle, moi le culot du régiment, qui n’ai pas trois poils de moustache, qui porte encore mon pantalon à bande bleue de « fine galette », je me sens ragaillardi comme si je venais de boire quelque longue lampée de vieille eau-de-vie.
(René Maizeroy)
Une grande, Glaé, noire de crin et de peau, les yeux comme des myrtilles sous sa taroupe, déjà poitrinait quand à peine le culot s’éssayait à téter son suçon. Elle touchait à ses quinze ans.
(Oscar Méténier)
France, 1907 : Résidu laissé au fond d’une pipe.
Près des théâtres, dans les gares,
Entre les arpions des sergots,
C’est moi que j’cueill’ les bouts d’cigares,
Les culots d’pipe et les mégots.
(Jean Richepin)
France, 1907 : Toupet, audace, dans l’argot des polytechniciens ; Avoir du culot à la planche, ne pas se troubler au tableau.
Curieux
d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme curieux, indiscret et avare, qu’Il veut tout savoir et ne rien payer.
Vidocq, 1837 : s. m. — Juge d’instruction, président du tribunal.
Halbert, 1849 : Juge.
Larchey, 1865 : Juge d’instruction. — Il est curieux par métier. V. Escrache.
Le curieux a servi ma bille (mon argent).
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. m. Le juge d’instruction, — dans l’argot des voleurs, qui, en effet, n’aiment pas à être interrogés et veulent garder pour eux leurs petits secrets.
Rigaud, 1881 : Commissaire de police. — Juge d’instruction.
La Rue, 1894 : Commissaire de police. Juge d’instruction. Président d’assises.
Virmaître, 1894 : Juge (Argot des voleurs). V. Palpeurs.
Rossignol, 1901 : Juge. C’est un curieux, parce qu’il met le nez dans vos affaires.
Hayard, 1907 : Juge.
France, 1907 : Amateur de scènes crapuleuses qui fréquente les bains de vapeur pour assister à des actes honteux. Dans les maisons de tolérance, on les appelle voyants.
En dehors des gens qui se rendent aux bains de vapeur pour satisfaire leurs passions, il y a la clientèle courante que l’hygiène amène seule et où figurent des individus connus sous le nom de curieux. Ils n’aiment pas les femmes, n’ont aucun goût pour les plaisirs contre nature, et cependant ils séjournent des journées entières dans ces établissements : ils mangent, boivent, fument, circulent dans les salles et semblent heureux d’entendre des paroles obscènes, et d’assister à des actes répugnants. C’est là une curiosité maladive assez commune qui charme leurs oreilles et satisfait leur vue.
(Gustave Macé)
France, 1907 : Juge. Il veut, en effet, tout savoir.
— Son couteau… son couteau à lui. Prenez-lui son couteau dans la poche… Vous ne comprenez donc pas, double brute, que quand on trouvera ce couteau, les curieux seront convaincus qu’ils sont en présence d’un suicide… Là ! y êtes-vous ?… Moi, je m’empare des précieux papiers.
(Georges Pradel, Cadet Bamboche)
Grand curieux, président de cour d’assises. Curieux de la planche au pain, président de tribunal. Curieux à mal faire, voleur maladroit.
Décharme
France, 1907 : Vareuse d’intérieur dont se servent les polytechniciens, adoptée en 1890 sur la proposition du colonel Décharme, commandant en second de l’École.
On appelle encore décharme la planche sur laquelle l’administration fait afficher les avis officiels qu’elle veut porter à la connaissance des promotions, avis officiels qui prennent le nom de déci, abréviation de décision.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
Déponer
Delvau, 1866 : v. n. Levare ventris onus, — dans l’argot du peuple, pour qui le derrière est le ponant du corps.
Virmaître, 1894 : Levare ventris onus. A. D. Nous voilà suffisamment renseigné si on ajoute pour comprendre que déponer vient de ponant, derrière, et que déponer est synonyme de débourrer. Quand un individu vous cramponne par trop, on l’envoie… déponer sur la planche où il met son pain (Argot du peuple).
France, 1907 : Rendre le produit de la digestion ; de ponant, derrière.
Deux fois
Rigaud, 1881 : Expression très usitée dans les régiments de cavalerie et qui équivaut à une négation. Le sous-off de garde dit : Tiens, tiens, tiens ! vous avez des bretelles deux fois demi-tour sur les hanches. — J’ai planché non pas deux fois, mais une bonne. — Quelquefois cette expression s’emploie dans le sens de « plus souvent » Veux-tu me prêter cinq ronds ? — Deux fois.
Enfant de troupe
Delvau, 1866 : s. m. Fils de comédien, enfant se sur les planches, — dans l’argot des coulisses.
France, 1907 : Fils de comédien. Il appartient à la troupe de son père.
Entre-sort
Rigaud, 1881 : « On appelle ainsi dans le monde des saltimbanques, le théâtre en toile ou en planche, voiture ou baraque, ans laquelle se tiennent les monstres, veaux ou hommes, brebis ou femmes ; le mot est caractéristique, le public monte, le phénomène se lève, bêle ou parle, mugit ou râle. On entre, on sort, voilà. » (J. Vallès.)
La Rue, 1894 : Baraque d’un montreur de phénomènes.
France, 1907 : Baraque d’un montreur de phénomènes. « Lorsque le fameux Barnum vint à Londres en 1892, il fit de la vaste étendue de L’Olympia un immense, picaresque et cauchemaresque entre-sort. »
Essayer le tremplin
Delvau, 1866 : Jouer dans un lever de rideau ; être le premier à chanter dans un concert. Argot des comédiens et des chanteurs de café-concert. On dit aussi Balayer les planches.
France, 1907 : Jouer dans un lever de rideau ou dans une pièce de peu d’importance ; ouvrir dans un café-concert la série des chansons. Argot des coulisses. On dit aussi dans le même sens : balayer les planches.
Être dans le sixième dessous
Delvau, 1866 : Être ruiné, ou mort, — forme explétive de Troisième dessous, qui est la dernière cave pratiquée sous les planches de l’Opéra pour en receler les machines.
France, 1907 : Être dans des affaires tellement mauvaises qu’on semble se trouver dans les sous-sols obscurs au-dessous du troisième dessous, dernière cave pratiquée sous la scène.
Être sur la planche
Delvau, 1866 : v. n. Comparaître en police correctionnelle ou devant la Cour d’assises. Argot des voleurs.
France, 1907 : Comparaître devant la justice.
Faire la planche
France, 1907 : Se tenir dans l’eau sur le dos et immobile.
Plusieurs paysannes revenant du marché s’étaient arrêtées sur le pont de Sèvres et, penchées sur le parapet, elles regardaient la Seine.
— Que regardent donc ces femmes ? demandai-je à un paysan.
— C’est un individu qui nage.
— Je ne vois pas qu’il y ait là tant de quoi exciter leur curiosité.
— Ah ! j’vas vous dire, m’sieur, c’est que l’najeu fait la planche et qu’il n’a point le caleçon.
(Gil Blas)
Faire une cote mal taillée
France, 1907 : Concessions mutuelles que se font le créancier et le débiteur dans un compte accepté en gros sans entrer dans les détails. Cote est pour coche. Cette expression proverbiale vient de l’ancien usage, existant encore dans nombre de provinces, de marquer, par des entailles ou coches faites sur deux planchettes de bois coupées d’un seul morceau, la quantité de pain prise à un boulanger. Pour chaque pain, il fait une entaille qui coupe à la fois les deux planchettes jointes, et chacun, vendeur et acheteur, garde la sienne. Le nom de coche fut, par synecdoque, donné au morceau de bois. Au règlement de compte, si les entailles ne concordaient pas, on disait que c’était une cote mal taillée, et l’erreur était partagée entre le boulanger et son client.
Feu (faire)
Rigaud, 1881 : Terme de la vieille école au mélodrame et de la tragédie, signifiant et exprimant le geste de l’acteur qui marque la fin de chaque phrase d’un coup de talon vigoureusement frappé sur les planches ; l’acteur qui faisait feu à la plus grande satisfaction du public, fut sans contredit le célèbre Tautin. (Petit dict. des coulisses.)
France, 1907 : Souligner des mots à double entente.
Franc-carreau (coucher au)
France, 1907 : Coucher par terre, sur les briques, sur le plancher.
Franquette (à la bonne)
d’Hautel, 1808 : Ingénûment ; et non à la bonne flanquette, comme on le dit par corruption.
France, 1907 : Franchement, avec simplicité. Cette locution, qui vient évidemment de l’adjectif franc, était déjà employée au XVIe siècle. On disait aussi : à la franche Marguerite.
Vivant à la bonn’ franquette,
Moi, je veux avoir pour lot
Du pain blanc sur la planchette,
Au grenier plus d’un fagot,
Et pour not’ premier marmot
Une solide layette.
Fusiller le plancher
France, 1907 : Partir en courant et à grand bruit.
Gagatisme
France, 1907 : État du gaga.
Le roman tend à devenir charcotique ; tout écrivain, avide de succès immédiat, de plus d’argent que de gloire, choisit pour collaborateur le médecin spécialiste : ça s’appelle le roman scientifique. C’est en général plus mortellement ennuyeux que les aventures de La Calprenède et c’est aussi dégoûtant que les planches d’anatomie. C’est le gagatisme littéraire.
(Caribert, Paris)
Galilée (aller en)
France, 1907 : Remanier une composition ; argot des typographes. Jeu de mot sur galée, planche carrée avec deux rebords formant l’angle droit et sur laquelle l’ouvrier met les lignes à mesure qu’il les tire du composteur. On dit aussi dans le même sens : aller en Germanie.
Gibier de potence
Virmaître, 1894 : Filou, voleur, souteneur ; tous ceux qui, en un mot, se mettent en dehors des lois et sont justiciables de la planche à pain ou du carré des petites gerbes (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Tout individu qui se met hors la loi.
Gironde
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Belle, jolie.
Clémens, 1840 : Gentil.
Halbert, 1849 : Fille perdue, jolie, terme de mépris énergique.
Larchey, 1865 : Jolie fille. — Terme de mépris (Bailly).
Delvau, 1866 : adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot des voleurs. On dit aussi Girofle.
Rigaud, 1881 : Jolie femme, belle femme.
La Rue, 1894 : Jolie femme.
Virmaître, 1894 : Belle femme (Argot des souteneurs). Le souteneur qui se lamente lorsqu’elle vieillit, lui chante :
Dans ce temps-là t’étais rien gironde.
Maint’nant tu toquardes de la frime
T’es comme une planche toujours en bombe,
T’es même des mois sans changer de lime.
Rossignol, 1901 : Belle.
France, 1907 : Jolie, bien faite.
Roméo. — Quelle est cette gonzesse qui déboule par ici !
Juliette. — Oh ! la jolie gueule !
Roméo. — Bonjour, Mam’zelle, vous êtes rien gironde.
Juliette. — Et vous, je vous trouve rudement chouette… Vous devez an moins vous appeler Alphonse.
Roméo. — Non. Roméo seulement.
(Le Théâtre Libre)
Ma gosse à moi, c’est eun’ gironde,
Mais a’ crân’ pas comm’ ces femm’s-là,
D’ailleurs faut qu’a’ parle à tout l’monde
Pisque c’est l’métier qui veut ça.
(Aristide Bruant)
Godillots
France, 1907 : Souliers et spécialement souliers de soldats, du nom du fondateur de la grande fabrique de chaussures.
Il travaillait, dit le Journal, comme ouvrier maçon, à des réparations au fort de Ham lorsque Louis Napoléon s’en évada. Ce fut lui qui prêta la blouse et le prantalon de toile grossière dont se revêtit le prince, le 25 mai 1846, pour passer devant le corps de garde, une planche portée sur l’épaule dérobant son visage à la curiosité du factionnaire.
Dès le début du troisième empire, la reconnaissance du souverain se manifesta par le don d’une somme importante et la fourniture de plusieurs parties de l’équipement militaire, entre autres des escarpins de troupe, dits godillots.
Mais que devient alors la légende de « Badinguet » ?
À la fin du Directoire, au commencement du consulat, on citait les fortunes criminelles faites par certains fournisseurs aux armées au détriment de nos superbes va-nu-pieds. Les exactions les plus éhontées, les vols les plus scandaleux se commettaient au grand jour, malgré les cris de colère de nos soldats, de nos populations et de nos généraux, et le notaire de Mme de Beauharnais pouvait dire à sa cliente :
— Épousez un fournisseur et non pas un général !
Hélas ! l’état de choses a bien peu changé.
Quant au ministre, il se soucie de tout ça comme de sa première paire de godillots.
(Camille Dreyfus, La Nation)
Un de nos deux compagnons de captivité était une espèce de bohème qu’on avait enrôlé de force et qui, détestable soldat, était toujours réprimandé par les chefs. C’est lui qui, de la distribution des effets, ayant reçu une énorme paire de godillots trop grands et par conséquent très lourds, s’écriait : « Je ne pourrai jamais courir avec ça, s’il fallait battre en retraite ! »
(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)
Moins de cirage aux godillots, plus de savon dans les chambrées ; moins de vexations et plus de discipline ! Et, surtout, que, du général au capitaine, les chefs se fassent voir davantage, s’enquièrent des malades, s’inquiètent de « l’ordinaire », s’occupent du soldat, ne le livrent pas entièrement aux contremaîtres de l’armée.
(Séverine, Gil Blas)
Gril
d’Hautel, 1808 : Être sur le gril. Pour dire être sur les épines, dans une grande anxiété ; souffrir du corps et de l’esprit.
Delvau, 1866 : s. m. Charpente légère et à jour qui s’étend au-dessus de la scène et où s’accrochent les frises. Argot des coulisses.
Rigaud, 1881 : Premier plancher général au-dessus de la scène, après les corridors du cintre. Son nom vient de ce qu’il est fait effectivement comme un gril. (A. Bouchard)
Grue
d’Hautel, 1808 : Faire le pied de grue. S’humilier ; faire des soumissions devant quelqu’un ; monter la garde dans les antichambres d’un homme puissant.
Avoir un cou de grue. Avoir le cou long.
Il est planté là comme une grue. Pour, il ne sait quelle contenance tenir ; il croque le marmot.
Delvau, 1864 : Fille entretenue, parce que les filles de cette espèce sont souvent plus bêtes que belles — ce qui fait qu’on ne s’explique pas les folies que les gandins font pour elles.
Dans certains théâtres, on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels ; cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.
(Joachim Duflot)
Larchey, 1865 : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres aux gros yeux à fleur de tête, à l’intelligence épaisse, on dit : C’est une grue. » — Scholl. — « Mme Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.
Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d’autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là. C’est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l’insolence des filles envers les honnêtes femmes. Bécasses ! disaient-elles. Grues ! leur répond-on. Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n’est pas né d’hier, il y a longtemps que le peuple l’emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.
Rigaud, 1881 : Femme sotte et prétentieuse. — Dans le dictionnaire de l’Académie, grue est donné dans le sens de niais. — Dans le jargon des comédiens, c’est une demoiselle qui possède de la beauté, de l’argent et des toilettes en quantité suffisante pour obtenir un bout de rôle où elle montre ses épaules, ses diamants et sa bêtise. Elle lève les gentilshommes de l’orchestre, comme la grue lève les fardeaux ; d’où son surnom.
La Rue, 1894 : Bête. Femme entretenue. V. Biche.
Virmaître, 1894 : Fille publique, jolie mais bête à manger du foin. De cette allusion est né un mauvais calembourg : Les camelots crient : Demandez l’Indicateur des grues de Paris pour rues (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Fille de bas étage.
Hayard, 1907 : Fille publique.
France, 1907 : « Bête marécageuse qui plume les gros pigeons et nourrit les petits poissons », dit la Vie Parisienne. Fille ou femme de mœurs légères ; nom que donnent les femmes à leurs rivales ou simplement à celles qu’elles n’aiment pas.
D’après Lorédan Larchey, grue viendrait non de l’oiseau à longues jambes, mais du vieux français grus, qui a perdu son orthographe primitive en passant à travers les âges.
J’avais donné précédemment grue avec le sens de marcheuse, dit-il, c’est-à-dire de figurante faisant commerce d’amour à l’ombre du théâtre. Je croyais que le mot était éclos, il y a trente ans, dans les corps de ballet, où les femmes paraissent montées sur des jambes d’autant plus longues que leurs jupes sont plus courtes. Mais le Dictionnaire de Godefroy vient de me donner fort à penser. J’y trouve grus comme mot injurieux, signifiant ribaude au moyen âge. En voici un exemple justificatif daté de 1415… « Ellui Girart appela la suppliante deux ou trois fois grus ! grus ! Et pour ce qu’elle n’entendoit pas ce que c’estoit à dire de telles paroles, demanda audit Girart que c’estoit. Lequel Girart lui dit que c’estoit à dire ribaude, en l’appelant par plusieurs fois : grus : ribaude ! grus : ribaude ! »
— Figure-toi que, sans savoir ni pourquoi ni comment, je m’étais amourachée de lui : ce jour-là, j’ai fait un joli coup ! Pas beau, pas d’esprit, pas d’argent : rien, quoi ! Par-dessus le marché, Monsieur me trompait avec la première grue venue ; on n’a pas idée de ça !
(Jules Noriac, Le Grain de sable)
Gladiola, dans la délicieuse revue de Blondel et Montreau, nous montre avec beaucoup de talent sa superbe poitrine et son dos ensorceleur. Ses admirables jambes, qui ne mesurent pas moins de soixante-dix centimètres vers la région communément appelée cuisse, ont été rappelées quatre fois. C’est un vrai triomphe pour la charmante jeune grue.
(George Auriol, Le Journal)
— Et quand elle a parlé des tableaux vivants… J’ai eu une envie de rire… elle qui a montré ses jambes pendant quinze ans dans toutes les revues : car c’est une ancienne actrice.
— Une actrice ! pas même… une ancienne grue.
(Maurice Donnay, Chère Madame)
La dame : une trentaine d’années, plutôt très jolie, mais l’air un peu grue et surtout très dinde.
(Alphonse Allais, La Vie drôle)
Fille de petits brocanteurs juifs, elle avait l’ambition et la ténacité des femmes de sa race ; jetée à seize ans sur les planches aux figurations et aux féeries, elle avait vite eu honte de ce métier de grue.
(Henry Bauër, Une Comédienne)
— Les jeunes filles nous servent d’éprouvette. On s’apprend à flirter et à aimer avec elles, pour de rire, à blanc, en attendant qu’on s’attaque plus tard sérieusement aux vraies femmes, aux femmes mariées. Comprenez-vous ? Les jeunes filles, pour moi, c’est comme le volontariat de l’amour. Une première étape, avant les grandes manœuvres que vous faisons ensuite avec les grues, et la guerre sanglante avec les dames du monde.
(Henri Lavedan)
Et puis, aussi bien je m’ennuie :
La grue, aux yeux couleur de jais,
Dans laquelle je me plongeais,
Depuis ce matin est enfuie
Et m’a laissé d’autres sujets
De tracas et de rêverie.
(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)
Les frimas remplacent la brise ;
Tombant comme d’un encensoir,
La neige sur la terre grise
Étend son vaste et blanc mouchoir,
Sous le ciel inclément et noir,
Malgré les rafales bourrues,
Des filles vont errant le soir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !
Princesses, heureuses d’avoir
Chambre bien close et rentes drues,
Ne condamnez pas sans savoir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !
(Georges Gillet)
Herbes de la Saint-Jean
Delvau, 1866 : s. f. pl. Moyens extraordinaires employés pour faire réussir une affaire, soins excessifs donnés à une chose, — dans l’argot du peuple, qui a une Flore à lui, comme il a sa Faune.
France, 1907 : Procédés et moyens extraordinaires pour faire réussir une entreprise. Allusion aux vertus magiques de l’hypericum et de la racine de fougère que l’on cueillait le jour de la Saint-Jean pour en joncher les planchers et porter bonheur à la maison.
L’armoise commune est aussi appelée herbe de la Saint-Jean.
Home
France, 1907 : Le foyer domestique et tout ce qu’il comporte dans son acception la plus plaisante et la plus douce. Mot d’importation anglaise. Nos voisins ont fait de l’amour du home une sorte de religion. La fameuse romance Home, sweet home (Foyer, doux foyer), dont l’auteur John Howard Payne était consul américain, est chantée dans toutes les familles de langue britannique.
Je retrouve mes bibelots, mes bronzes, mes saxes, mes tables de coin avec le livre préféré, tout ce qui crée le charme du home, tous ces petits riens qui, par leur accoutumance, constituent, en somme, le confort du foyer.
(Colombine, Gil Blas)
Certes, prétendre que la vertu est impossible sur les planches serait ridicule, — puisqu’il est reconnu que le rêve de la comédienne est d’aspirer au mariage, au home, à la famille. — Mais le théâtre n’étant pas précisément un coin de forêt vierge où l’on tient école de virginité, on a le droit de penser que celles qui s’y consacrent ont mille chances contre une pour subir, au moment où elles s’y attendront le moins, l’inévitable surprise des sens.
(Arsène Houssaye)
Homme de bois
Larchey, 1865 : Nom qu’on donne dans les imprimeries à celui qui rajuste les planches avec des petits coins en bois. — Cabarets de Paris, 1821. — Jeu de mots.
Rigaud, 1881 : Ouvrier qui aide le metteur en pages dans une imprimerie.
Boutmy, 1883 : s. m. Dénomination ironique qui sert à désigner un ouvrier en conscience ; il est corrigeur, homme de conscience ou chef du matériel. Se dit aujourd’hui à peu près exclusivement de celui qui fait les fonctions avec un metteur en pages.
France, 1907 : Ouvrier imprimeur qui rajuste les planches avec de petits coins en bois, qui aide le metteur en pages.
Jouer à la main chaude
Delvau, 1866 : v. n. Être guillotiné, — dans l’argot des voleurs, qui font allusion à l’attitude du supplicié, agenouillé devant la machine, la tête basse, les mains liées derrière le dos.
Virmaître, 1894 : Être guillotiné. Cette expression n’est plus juste, car, comme autrefois, le condamné ne s’agenouille plus pour recevoir le coup fatal, il est couché sur la planche. On dit : Il fait la planche (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Être guillotiné. Allusion à la posture du supplicié dont les mains sont attachées derrière le dos.
Judas
d’Hautel, 1808 : Traître comme Judas. Se dit d’un hypocrite, d’un homme perfide, qui vous trahit en secret.
Un baiser de Judas. Fausses caresses, trahisons.
Bran de Judas. Pour, taches de rousseur qui viennent au visage.
Avoir un poil de Judas. Pour, avoir le poil roux ardent.
Delvau, 1866 : s. m. Petite ouverture au plancher d’une chambre située au-dessus d’une boutique, et qui trahit ainsi la présence d’un étranger dans celle-ci. Les judas parisiens sont les cousins germains des espions belges et suisses.
Delvau, 1866 : s. m. Traître ; homme dont il faut se méfier, — dans l’argot du peuple, chez qui est toujours vivante la tradition de l’infamie d’Iscariote. Baiser de Judas. Baiser qui manque de sincérité. Barbe de Judas. Barbe rouge. Bran de Judas. Taches de rousseur. Le point de Judas. Le nombre 13.
Lavoir
Delvau, 1866 : s. m. Le confessionnal, — dans l’argot des voyous, qui ne vont pas souvent y dessouiller leur conscience, même lorsqu’elle est le plus chargée d’impuretés.
Rigaud, 1881 : Confessionnal. On y fait la lessive de la conscience, plus noire, souvent, que le linge le plus sale. Lavoir public. Journal, — dans le jargon des filles.
Nous ne sommes pas venues ici pour nous engueuler à propos de ces lavoirs publics.
(H. de Lynol, Encore une industrie inconnue, 1860)
La Rue, 1894 : Confessionnal.
Virmaître, 1894 : Confessionnal. Mot à mot, on y lave sa conscience (Argot des voleurs). V. Planche à lavement.
Hayard, 1907 / France, 1907 : Confessionnal.
Léon
Vidocq, 1837 : s. m. — Président de Cour d’Assises.
Delvau, 1866 : n. d’h. Le président des assises, — dans l’argot des voleurs, renards qui se sentent en présence du lion.
Rigaud, 1881 : Président de Cour d’assises, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Le président des assises.
Virmaître, 1894 : Le président de la cour d’assises.
— Quelle tapette, le léon de la planche à pain.
Léon, dans le peuple, est employé à tout propos :
— Vas y Léon, tape dessus. (Argot du peuple).
France, 1907 : Président de cour d’assises ; argot des voleurs, pour lion.
Loupe
Larchey, 1865 : Fainéantise, flânerie.
Ma salle devient un vrai camp de la loupe.
(Decourcelle, 1836)
Louper : Flâner, rôder comme un loup errant. — Mot de la même famille que chat-parder.
Quand je vais en loupant, du côté du Palais de Justice.
(Le Gamin de Paris, ch., 1838)
Loupeur : Flâneur, rôdeur.
Que faisaient-elles au temps chaud, ces loupeuses ?
(Lynol)
Delvau, 1866 : s. f. Paresse, flânerie, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s’en est allé jusqu’en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. « Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper (coureur), loop (course), loopen (courir). L’allemand a Läufer… le danois lœber… ; enfin le suédois possède lopare… Tous ces mots doivent avoir pour racine l’anglo-saxon lleàpan (islandais llaupa), courir. »
L’ardeur philologique de l’estimable M. Francisque Michel l’a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler : soit les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s’acquérant vraiment que dans le far niente et le far niente ne s’acquérant que dans la pauvreté ; — soit les Lupanarii, où l’on ne fait rien de bon, du moins ; soit les lupilli, qu’employaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s’étend au soleil comme un lézard ; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.
Rigaud, 1881 : Bamboche, paresse, flânerie. — Bambocheur, fainéant, flâneur. — Camp de la loupe, réunion de vagabonds.
C’était, — c’est peut-être encore — une guinguette du boulevard extérieur, près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d’un côté, par un pâtissier nommé Laflème, et, de l’autre, par un marchand de vin nommé Feignant.
(A. Delvau)
La Rue, 1894 : Bamboche, flânerie, paresse. Loupeur, bambocheur, flâneur.
France, 1907 : Paresse, bamboche ; du hollandais looper, coureur. Enfants de la loupe, ouvriers bambocheurs ; bande de vagabonds.
Les Enfants de la loupe et les Filendèches habitaient de préférence l’extérieur des carrières, leurs fours à briques ou à plâtre.
(Mémoires de M. Claude)
Au coin de la rue des Montagnes, un bonhomme avait loué un terrain vague ; il avait fait planter des pieux sur lesquels il avait cloué des planches à bateaux ; il avait planté du gazon dans l’intervalle des tables, afin que les buveurs pussent cuver leur vin à l’aise ; puis, à la barrière en planches qui servait de porte, il avait barbouillé ces mots : Au Camp de la Loupe, tenu par Feignant.
Il faut croire que les loupeurs étaient nombreux, car il gagna un joli pécule.
(Charles Virmaître, Paris oublié)
Malot taré
France, 1907 : Carte biseautée.
Il apprenait à fausser le centre de gravité des boules orientales. Il construisait des malots tarés, truquait le plancher des billards, vendait des combinaisons de martingale. Et, depuis des années, il poursuivait la fabrication d’une roulette avec laquelle il comptait s’enrichir, avant que les flics ne la bridassent.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
Maquereautin
Delvau, 1866 : s. m. Apprenti débauché, jeune maquereau. On prononce Macrotin.
Rossignol, 1901 : Souteneur qui n’est pas dans l’opulence.
France, 1907 : Jeune souteneur, petit maquereau. On dit aussi macrotin.
C’est un maquereautin rigouillard en rupture de barrières, qui a pris du ventre à fréquenter des légumeux et pas autre chose, mal embouché avec ça : « p;Des façons avec mézigue, qu’il fait à Carnot, en lui tapant sur son ventre factice, ouh là là ! Et ta sœur, est-ce qu’elle fait la planche ?… Pas de magnes, eh ! n’ailles pas te gober, parce que t’es le mec des mecs… »
(Le Père Peinard)
Marbre
d’Hautel, 1808 : Froid comme un marbre. Flegmatique ; homme rêveur et taciturne ; ame sans pitié, sans compassion pour le malheur d’autrui.
Delvau, 1866 : s. m. Table sur laquelle, dans les imprimeries, les typographes posent les paquets destinés à être mis en page. Avoir un article sur le marbre. Avoir un article composé, sur le point de passer, — dans l’argot des typographes et des journalistes.
Rigaud, 1881 : C’est, en terme de journaliste, tout paquet composé qui stationne sur la table de fonte d’une imprimerie, en attendant le moment d’être appelé aux honneurs de la mise en page. — Être sur le marbre, attendre l’insertion d’un article composé. — Avoir du marbre, avoir en réserve des faits divers, des articles « des quatre saisons ». C’est, pour un journal, avoir du pain sur la planche. — Il y a toujours sur le marbre un choix d’articles « Variétés » ; — ce sont les en-cas, les bouche-trous réservés pour les jours où la copie manque, pour les jours où les annonces faiblissent. Ordinairement le dimanche on écoule le marbre de la semaine, dans les journaux qui ne laissent rien perdre.
Virmaître, 1894 : Ainsi nommé parce que c’est une table en fonte. Table sur laquelle les typographes alignent les paquets composant les articles. Avoir un article sur le marbre : attendre son tour pour être imprimé. Quand un article reste trop longtemps sur le marbre, il faut le distribuer. Marbre est une ironie pour les pauvres journalistes. Leurs articles refroidissent sur le marbre (Argot d’imprimerie). N.
Marcher sur sa longe
Rigaud, 1881 : S’obstiner encore à monter sur les planches malgré que l’âge ait sonné depuis longtemps l’heure de la retraite, — en terme de théâtre. — C’est le défaut de beaucoup de grands acteurs.
France, 1907 : Rester trop tard à la scène, continuer à jouer les ingénues quand on a cinquante ans ; argot des coulisses.
Et maintenant que j’ai fini, sachez, ami lecteur, que je vais quitter définitivement le théâtre, car je ne veux pas marcher sur ma longe, ce qui veut dire, parmi nous, s’attarder sur la scène et n’y plus produire d’effet.
(Mémoires d’un jeune premier)
Marcheuse
d’Hautel, 1808 : Nom que l’on donne aux femmes qui conduisent les courtisanes, qui les accompagnent dans le lieu de leur trafic.
Delvau, 1864 : Femme qui a été fille et qui, ne l’était plus, est chargée de conduire dans les chemins du vice celles qui le sont encore.
Ses fonctions sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans le bordel où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. Dans, la maison de tolérance de première ligne, il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.
Larchey, 1865 : « La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse, elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenu à Paris, un homme riche qu’elle n’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop. C’est un débris de la fille d’Opéra du dix-huitième siècle. »
(Balzac)
Larchey, 1865 : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d’une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. »
(Béraud)
Enfin arrivent les marcheuses… Elles marchent pour les filles demeurant en hôtel garni ; celles-ci n’ont qu’une chaussure et un jupon blanc Faut-il qu’elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux.
(1783, Mercier)
Delvau, 1866 : s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions « sont d’appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu’elle représente ».
Delvau, 1866 : s. f. Rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autres. C’est un débris de la fille d’Opéra du XVIIIe siècle.
Rigaud, 1881 : Dame comparse du corps de ballet, à l’Opéra.
Rigaud, 1881 : Racoleuse d’une maison de tolérance.
Fille publique qui fait la porte, c’est-à-dire qui, du seuil des maisons de joie, appelle les passants.
(Paris-Vivant, la Fille, 1858)
C’est-à-dire la femme stationnant sur le seuil de la porte de la maison de tolérance.
(Béraud, Les Filles publiques de Paris, t. II, 1839)
Par ordonnance de police, les marcheuses doivent être âgées d’au moins quarante ans… Est-ce pour inspirer plus de confiance ?
La Rue, 1894 : Dame comparse au théâtre. Racoleuse.
Virmaître, 1894 : Belle femme qui figure à l’Opéra, Marcheuse : la femme qui appelait les passants en termes très engageants ; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison. La marcheuse était généralement un beefteack à corbeau hors d’âge et de service. Les marcheuses furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).
Rossignol, 1901 : La femme qui fait les cent pas à la porte d’une maison de tolérance où elle est pensionnaire pour y amener des clients, c’est la marcheuse.
Hayard, 1907 : Femme qui fait le trottoir.
France, 1907 : Fille qui se promenait sur le trottoir devant une maison de tolérance pour engager les passants à y entrer. Un arrêté du préfet de police Andrieux supprima en 1881 ce genre d’excitation à la débauche.
Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ces annonces banales, ils doivent trouver un choix… Il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.
(F. Béraud)
La marcheuse est reconnaissable à ses chapeaux modestes, uniformément noirs, qui écrasent sa tête plus qu’ils ne la couronnent. C’est elle qui a lancé la première en France ces interminables waterproofs, ces cache-misère, longs comme un de ces jours sans pain qu’elle a plus d’une fois connus.
(Édouard Petit)
France, 1907 : Jolie fille qui figure dans un Corps de ballet.
La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse où vraie, à vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni second, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenue à Paris, un homme riche qu’elle m’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop.
(Balzac)
… Les marcheuses, dont le nom tristement significatif indique qu’elles seraient mieux sur l’asphalte où on les a prises, que sur les planches de l’Opéra.
(Théophile Gautier)
Marlou à la mie de pain
Virmaître, 1894 : Marlou qui ne sait pas faire travailler sa marmite ou qui en a une récalcitrante. Je lis dans les Lamentations d’un souteneur :
Quoi ? C’est éteint… tu r’buttes au flanche.
Y’a pu de trottinage à la clé.
Des dattes pour que tu fass’la planche,
L’anse de la marmite est cassée. (Argot des souteneurs). N.
France, 1907 : Souteneur qui ne sait ou ne peut tirer parti de sa marmite.
Mathurin
d’Hautel, 1808 : Des tranchées de St.Mathurin. Accès de folie ; parce que l’on a coutume d’invoquer ce saint pour la guérison des fous.
Fustier, 1889 : Matelot.
Je veux parler du simple matelot à qui l’on donne le nom de mathurin, de même qu’on gratifie le soldat du surnom de Dumanet.
(Figaro, 1882)
Fustier, 1889 : Nom que les marins, par plaisanterie, donnent aux navires en bois.
Est-ce que vous voudriez rétablir ces vieux mathurins, comme nous les appelons, pour remplacer les bateaux à vapeur ?
(Amiral Saisset : Journal officiel, janvier 1872)
Rossignol, 1901 : Matelot.
France, 1907 : Matelot, marin, homme attaché à la mâture.
J’ai passé une heure de ravissement au milieu des matelots qui étaient chargés de cirer le plancher, car ils avaient une amusante façon d’accomplir leur corvée : ils couchaient les moins lestes dans des couvertures et les traînaient sur le parquet sous prétexte d’activer la besogne. Je dois dire que leur quartier-maître trouvait ingénieux le procédé, et il avait raison ! Parlez-moi des mathurins pour agrémenter les corvées !
(Auguste Marin)
Parler mathurin, parler la langue des matelots.
Je ne suis pas de ces vieux frères premier brin
Qui devant qu’être nés parlaient ja mathurin,
Au ventre de leur mère apprenant ce langage,
Roulant à son roulis, tanguant à son tangage.
(Jean Richepin, La Mer)
Mazaro
Larchey, 1865 : Prison militaire qu’il ne faut pas confondre avec la salle de police (our). Dans celle-ci l’homme puni passe seulement la nuit sur une paillasse ; dans l’autre, il reste jour et nuit couché sur la planche.
Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des troupiers.
Rigaud, 1881 : Prison de la rue du Cherche-Midi ; prison militaire.
La Rue, 1894 : Prison militaire du Cherche-Midi.
Médeciner
d’Hautel, 1808 : Se médeciner. Terme ironique qui signifie prendre continuellement, sans nécessité, des médicamens.
La Rue, 1894 : Empoisonner.
France, 1907 : Traitement des maladies, surtout par les empiriques de campagne.
Les façons de médeciner sont aussi grotesques qu’amusantes… pour ceux qu’on ne médecine pas. En voici quelques échantillons : tel empirique charge la poitrine d’un malade atteint de pleurésie d’un gros matou tout chaud qu’on vient d’exécuter ; tel autre place sur l’épigastre une planchette et la serre de toutes ses forces à l’aide d’une corde jusqu’à ce que le patient sente craquer ses côtes : c’est pour relever le crochet de l’estomac ! lisez : guérir la gastrite. Avez-vous des coliques ? Buvez un verre d’urine. Si ce sont des rhumatismes, il faut de la graisse de chrétien. Cette drogue ne se trouve pas dans les pharmacies, mais le guérisseux en conserve un petit pot, qu’il fait payer fort cher. Mais les plus habiles et les plus appréciés des bonnes femmes, ce sont ceux qui les médecinent à l’aide de paroles cabalistiques. Il en est pour toute espèce de maux. Ajoutons qu’un pâté de rats est souverain contre les fièvres tenaces. Peut-être pensez-vous que nous parlons de la façon de médeciner au moyen âge ? Erreur, nous parlons de la fin du XIXe siècle.
Mengin
Delvau, 1866 : s. m. Charlatan politique et littéraire. Encore un nom d’homme devenu un type applicable à beaucoup d’hommes.
France, 1907 : Charlatan ; du nom d’un célèbre charlatan qui vivait sous le second empire, et devenu de type du faiseur de boniments, spirituel et railleur. Il vendait des crayons dorés, du haut d’un somptueux équipage, portant avec lui tout un orchestre. Coiffé d’un casque, vêtu d’une houppelande à ramages, il savait en moins de rien réunir la foule et la retenir par ses amusantes facéties. Avec ses crayons qu’il vendait en grande quantité, il donnait un jeton doré ressemblant à un louis et sur lequel, outre son effigie étaient inscrits ces vers :
Dans ce portrait frappant que chacun examine,
Reconnaissez Mengin et sa barbe aux flots d’or ;
Mais c’est en vain qu’ici chacun vante sa mine,
Celle de ses crayons vaut beaucoup mieux.
Le fait est que ses crayons ressemblaient à la plupart des crayons sans l’enveloppe dorée ; il les tallait avec un sabre et effritait une planche en feignant de taper dessus avec un maillet. Un morceau de ver était naturellement, en ce cas, substitué an crayon. On l’écrit à tort Mangin.
Quand j’dis qu’je l’vends, c’est z’un’ figure,
Entre nous, on n’me l’prend jamais.
Vrai, ya déjà longtemps qu’i’ dure ;
Pourtant, i’ n’est pas pus mauvais
Qu’un aut’, mais ya z’un’ concurrence !!
C’est à qui qui s’ra l’pus filou…
C’qu’i yen a des Mangin en France…
Moi, j’vends mon crayon pour un sou.
(Aristide Bruant)
Monostichographe
France, 1907 : Appareil qui permet aux aveugles d’écrire et dont l’inventeur est M. Costel.
Pour se servir de ce petit appareil qui est en bois et d’un prix modeste, il faut que l’aveugle ait su écrire. Il ne s’adresse donc pas aux aveugles-nés.
Le Bulletin de la Société d’encouragement en donne la description suivante :
Cet appareil se compose d’un pupitre sur lequel se rabat, à charnière, une planchette percée d’une fente longitudinale ayant la hauteur d’une écriture ordinaire. Sur le pupitre et sous cette planchette se pose la feuille de papier, fixée vers sa partie supérieure (par un moyen très simple, et à la portée de l’aveugle) à un petit cylindre en bois.
Une règle posée avec deux tenons sur la planchette, à une distance convenable au-dessous de la fente, sert à guider la main de la personnes qui écrit. Lorsqu’une ligne est finie, ce qu’annonce la butée de la plume ou du crayon contre l’extrémité de la fente, l’écrivain fait tourner le petit cylindre en bois ; une petite roue munie de quatre dents, sur lesquelles appuie un ressort, assure l’égalité de chaque enroulement, calculé pour former l’interligne voulu.
Enfin, un curseur, pouvant courir le long de la fente, est tenu de la main gauche par l’aveugle qui écrit, lui servant à accompagner sa plume ou son crayon, lui permettant par suite de s’arrêter, de reprendre à volonté la ligne commencée, sans le moindre danger d’embrouiller l’écriture.
Monte-à-regret (abbaye de)
France, 1907 : L’échafaud, la guillotine, autrefois la potence. Maintenant que l’échafaud est au ras du sol, cette expression n’est plus usitée. Les périphrases pour désigner l’acte de tuer légalement, ce qui ne veut pas dire avec justice, son semblable, sont nombreuses : au XIIIe siècle, en parlant d’une condamnation à la potence, on disait mettre à la bise ; au XIVe et au XVe, vendanger à l’échelle, avoir collet rouge, croitre d’un demi-pied, faire la longue lettre, tomber du haut mal, puis plus tard : servir de bouchon, faire le saut, donner un soufflet à une potence, donner le moine par le cou, approcher du ciel à reculons, danser un branle en l’air, gigoter dans l’espace, avoir le chanterelle au cou, faire le guet à Montfaucon, faire le guet au clair de la lune, être branché, bénir des pieds, danser sans plancher, tirer la langue d’un demi-pied, etc., etc. ; ce qui prouve que le supplice du prochain a toujours suscité des plaisanteries. François Villon, qui, en prison au Châtelet en 1557, pour un vol commis dans le village de Rueil s’attendait d’un jour à l’autre à être pendu, plaisanta sur son sort :
Je suis François, dont ce me poise,
Né de Paris auprès Ponthoise :
Or, d’une corde d’une toise,
Saura mon col que mon col poise.
Monter
d’Hautel, 1808 : Monter sur les planches. Pour ; se faire comédien, histrion, batteleur.
Monter sur ses ergots. Élever la voix avec chaleur ; parler avec audace, s’emporter.
Cette fille monte en graine. Se dit d’une demoiselle qui vieillit sans se marier.
Monté comme un Saint-George. Pour dire, qu’un homme est sur un mauvais cheval.
Delvau, 1864 : Avoir un miché, et aller dans une chambré quelconque du bordel tirer un coup avec lui.
Rester ici au lieu d’aller au salon avec toutes ces dames… toujours descendre et ne jamais monter.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : v. n. S’emporter, se mettre en colère, — dans l’argot du peuple. Faire monter quelqu’un. L’exaspérer, l’agacer.
Rigaud, 1881 : Exciter quelqu’un à faire une chose. Il a fallu joliment le monter pour arriver à lui faire dire oui. — L’exciter contre quelqu’un. Il l’a monté contre son frère ; c’est, mot à mot : monter la tête. — Être monté, être surexcité, être très en colère.
Rigaud, 1881 : Pour monter une pièce nouvelle, la préparer, — dans le jargon du théâtre. — Est-ce qu’on monte quelque chose pour le mois prochain ?
La Rue, 1894 : S’emporter. Enflammer, surexciter.
Monter sur la planche
Rossignol, 1901 : Comparaitre devant un tribunal.
Mouche (prendre la)
France, 1907 : Se fâcher, se piquer, se formaliser pour peu de chose. On dit d’une personne trop susceptible qu’elle prend souvent la mouche. Les Français passent pour être dans ce cas. Un psychologue allemand s’est demandé quelle était l’attitude d’un homme découvrant qu’on lui a servi une mouche dans son verre de bière. Il a obtenu, à la suite d’observations réitérées, les résultats suivants :
« L’Espagnol paie et sort. Le Français prend d’abord la mouche du bout des doigts et l’écrase puis il prend la mouche — au figuré — et couvre le personnel d’invectives ! L’Anglais répand la bière sur le plancher, s’écrie : « Garçon, encore un bock ! » et parle aussitôt d’autre chose. L’Allemand retire la mouche, puis boit la bière. Le Russe ne s’inquiète pas pour si peu : il avale la mouche et la bière. Enfin de Chinois savoure d’abord la mouche en gourmet, puis hume lentement le bock. »
Je fis un soir la connaissance
D’un aimable petit tendron,
Qu’avait une tell’ redondance
Qu’on aurait dit deux p’tits bidons !…
Ell’ ne fut pas du tout farouche,
Et quand… dans l’cou je l’embrassai,
La belle, au lieu de prendr’ la mouche,
En se pâmant me répétait :
Au temps !…
R’commencez-moi c’mouvement !
Tâchez d’aller plus viv’ment !
(Griolet)
Oncle
d’Hautel, 1808 : Des contes à Robert mon oncle. Des contes en l’air, des bourdes, des gausses.
Ansiaume, 1821 : Concierge de prison.
Mon oncle est un lofia : tandis qu’il roupille, on rivauche ma tante.
Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.
Larchey, 1865 : Où prendras-tu de l’argent ? dit elle. — Chez mon oncle, répondit Raoul. — Florine connaissait l’oncle de Raoul. Ce mot symbolisait l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage.
(Balzac)
Delvau, 1866 : s. m. Guichetier, — dans le même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. m. Usurier, — dans l’argot des fils de famille, qui ont voulu marier leur tante à quelqu’un.
Rigaud, 1881 : Concierge de prison. Sous les verrous, les voleurs, qui ont de l’imagination, s’assimilent aux objets mis en gage. La prison pour eux est comme un Mont-de-Piété, tante, où ils sont accrochés. Celui qui garde la porte de ma tante, devient le mari de ma tante « mon oncle ». Au XVIIe siècle « oncle » désignait un usurier. — Avoir un oncle sur la planche, être héritier d’un oncle. — Manger son oncle, manger l’héritage laissé par son oncle. — Rubis sur l’oncle, calembour par à peu près pour dire qu’il ne reste plus rien de l’héritage avunculaire.
La Rue, 1894 : Guichetier. Usurier.
Virmaître, 1894 : Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison. Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon oncle car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au clou, mon oncle prend soin dos objets déposés (Argot des prisons).
Hayard, 1907 : Guichetier de prison.
France, 1907 : Guichetier.
France, 1907 : Usurier. « Ce mot, dit Balzac, symbolise l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage. » Il est a noter que les Anglais emploient le même mot pour désigner le prêteur sur gages. Dans l’argot des voleurs, oncle est synonyme de joaillier ; onclesse, femme du joaillier.
Disons en passant que notre institution le Mont-de-Piété n’a aucun rapport avec une montagne, Mont vient de l’italien monte, qui signitie amas, masse, pile de fonds et, par extension, banque, c’est-à-dire, en ce cas, banque de piété, monte di pieta. Le premier mont-de-piété établi à Paris date de 1777. Mais, dès 1468, on établit à Rome des établissements de prêts sur gage pour combattre les prêts usuraires et les honteuses extorsions des juifs. Ils furent appelés monti di pieta. Il existe également en Italie nombre d’endroits où l’on fait des avances de grains et qu’on appelle monti di grano.
Ourler le bec
Virmaître, 1894 : Besogne terminée. Quand un ouvrier graveur met sa signature au bas de sa planche ou de son bois, le bec est ourlé (Argot d’atelier).
Ouvrier de nature (l’)
Delvau, 1864 : Le membre viril, qui ne boude jamais devant une besogne amoureuse, dimanches et fêtes, à minuit comme à midi.
Je suis pour te faire court
Bon ouvrier scieur de planche
Qui travaille, nuit et jour,
D’un outil qui point ne tranche.
(Chansons folastres)
Ombragée au-dessous du nombril d’un poil large et épais, du milieu duquel on voit sortir un bel ouvrier de nature, fort bandé, qui à bon droit mérite d’être appelé membre.
(Mililot)
Quand La Ferté eut cuvé son vin, elle voulut le lendemain matin le faire retourner à l’ouvrage.
(La France galante)
Ouvrir la bouche comme un ministre à son premier sermon
France, 1907 : Ce dicton, encore en usage dans les pays protestants, signifie rester coi, bouche bée, ne plus savoir que dire. On sait que les ministres ou pasteurs de la religion réformée étaient élus par les fidèles, sans qu’il fût nécessaire d’avoir fait des études préparatoires. Aussi nombres d’entre eux se trouvaient souvent embarrassés à leur premier sermon et même au second et restaient bouche béante. D’autres fois ils déclamaient a grands cris comme tous les énergumènes qui crient d’autant plus fort que leur cervelle est plus vide. C’est dans ce dernier sens que cette expression parait être employée dans le Moyen de parvenir de Béroalde de Verville :
Ainsi baillant, ouvrant la bouche grande comme un ministre qui dit son premier sermon, il fit tant de désordre et se trémoussant, que les quatre jambes lui entrèrent dans le plancher.
Pain
d’Hautel, 1808 : La rue au pain. Pour dire, le gosier, l’avaloir, la vallée d’Angoulême, de Josaphat.
C’est bien le pain. Locution vulgaire qui équivaut à, c’est bien ce qu’il faut ; cela fait bien mon affaire.
Pain de munition. Voy. Munition.
M. ou madame qui a le pain. Sobriquet que l’on donne par plaisanterie à celui ou celle qui se charge à table de servir le pain. On prononce calepin, comme si ces trois mots n’en faisoient qu’un.
Il n’y a pas long-temps qu’il mangeoit le pain d’un autre. Se dit par raillerie d’un homme qui fait le hautain, et dont la première condition étoit la domesticité.
Pain coupé n’a point de maître. Se dit par plaisanterie à table, lorsqu’en se trompant, on prend le pain de son voisin.
Il a mangé de plus d’un pain. Se dit d’un homme qui a vu du pays ; qui s’est trouvé dans des positions fort différentes les unes des autres.
Il sait son pain manger. Se dit d’un homme industrieux, intelligent, qui sait se tirer d’affaire.
Il ne vaut pas le pain qu’il mange. Se dit d’un homme oisif, paresseux et fainéant, qui ne fait œuvre de ses dix doigts.
Le pain lui vient quand il n’a plus de dents. Pour dire, que le bien arrive dans un temps où l’âge et les infirmités en ôtent toute la jouissance.
Avoir son pain cuit. Être à son aise, pouvoir vivre sans travailler ; avoir sa subsistance assurée.
C’est autant de pain cuit. Signifie qu’une chose que l’on a faite, et qui ne peut être employée pour le présent, servira dans un temps plus éloigné.
C’est du pain bien dur. Se dit d’un emploi pénible, dans lequel la nécessité contraint de rester.
Il a eu cette maison pour un morceau de pain. Pour dire à fort bon compte, à fort bas prix.
Faire passer le goût du pain à quelqu’un. Le faire mourir ; le tuer, l’assassiner.
Il a mangé le pain du roi. Pour, il a été plusieurs fois en prison.
Rendre le pain bénit, ou ses comptes. Manière basse et grossière de dire qu’un homme gorgé de nourriture la rejette, vomit.
Ôter le pain de la main de quelqu’un. Lui ôter les moyens de subsister.
Faire la guerre au pain. Manger avec appétit ou de fort gros morceaux de pain, comme le font les jeunes gens, et notamment les écoliers.
Chercher son pain. Pour dire mendier, demander l’aumône.
Delvau, 1866 : s. m. Coussin de cuir, — dans l’argot des graveurs, qui placent dessus la pièce a graver, bois ou acier.
Rigaud, 1881 : Coussinet en cuir dont se servent les graveurs pour poser la planche à graver.
Rigaud, 1881 : Soufflet, coup de poing sur le visage. Le mot pain traduit le bruit produit par un soufflet bien appliqué. Coller un pain, donner une gifle. M. Larchey écrit paing et donne poing comme étymologie. Passer chez paing, recevoir des coups.
La Rue, 1894 : Coup au visage.
Hayard, 1907 : Coup.
France, 1907 : Coup de poing sur le visage.
Que, formidable, Richepin
Provoque le Géant alpin
Et le tombe et lui flanque un pain.
(Catulle Mendès)
France, 1907 : Coussin de cuir sur lequel les graveurs placent la pièce à graver.
Pain cuit (avoir son)
Rigaud, 1881 : Avoir des rentes suffisantes pour vivre. Mot à mot : avoir sur la planche du pain cuit pour le restant de ses jours. — Être condamné à mort. Mot a mot : avoir du pain cuit sur la planche de la guillotine.
France, 1907 : Se dit d’une personne en train de partir pour l’autre monde. On dit aussi : avoir assez de pain de cuit.
Pain sur l’ais (avoir du)
France, 1907 : Avoir sa subsistance assurée. « Que de pauvres gens voudraient avoir du pain sur l’ais pour le restant de leurs jours ! » Patois du Centre. On dit aussi : avoir du pain cuit, du pain sur la planche.
Pain sur la planche (avoir du)
Merlin, 1888 : Avoir une collection de punitions.
Papyrolithe
France, 1907 : Papier-pierre. Néologisme. Aux États-Unis, l’on construit des maisons entières en papier. Ce papier est réduit en pâte, puis comprimé. Un inventeur allemand préconise le papyrolithe pour la confection de planchers qui, ne présentant pas de rainures, seraient exempts de poussière et par conséquent de microbes. Il existe déjà depuis quelques années dans les services auxiliaires de l’armée française des ambulances de campagne démontables, en carton comprimé, d’une étanchéité et d’une solidité absolues. Du reste, un constructeur américain proposait récemment de bâtir une cathédrale en papyrolithe.
Péter
d’Hautel, 1808 : On dit trivialement, et par raillerie, d’un homme logé au dernier étage d’une maison, qu’Il entend les anges péter.
Pète qui a peur. Se dit par plaisanterie aux gens poltrons, pour les défier, les narguer ; et pour faire entendre que ceux qui sont peureux ne doivent pas s’engager dans des affaires périlleuses.
Il ne pétera plus. Se dit par ironie d’un homme qui est mort, et pour lequel on n’avoit aucune considération.
Péter comme un roussin. Péter fréquemment.
Péter plus haut que le cul. Voyez Cul.
Péter à la sourdine. Vesser ; lâcher des vents coulis, faire des pets étouffés, qui, sans faire de bruit, se font néanmoins sentir vivement à l’odorat.
Péter dans la main. Ne pas tenir sa parole ; y manquer dans le moment où la personne à laquelle on l’avoit engagée a le plus besoin de secours.
Vidocq, 1837 : v. p. — Se plaindre à la justice.
Larchey, 1865 : Se plaindre en justice (Vidocq).
Delvau, 1866 : v. n. Se plaindre à la justice. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Se plaindre en justice.
Virmaître, 1894 : Se plaindre.
— Ah ! mon vieil aminche, comme ta frime est toquarde, tu as les douilles savonnées, d’où que tu sors ?
— De la boîte aux cailloux. À cause d’un mec qui a pété au moissonneur, j’ai passé à la planche à pain.
Péter, mot à mot : faire du pet, se plaindre à la justice (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Dénoncer, se plaindre à un magistrat ; argot des voleurs.
Petit vase
Delvau, 1864 : Le con.
Bien connaissez, ami lecteur,
Une espèce de coquillage,
Conque de mer qu’on nomme un pucelage !
Hé bien, de ce vase enchanteur
Tels sont les bords qui de la rose,
Ou plutôt du plus fin corail
Ont la couleur…
(Plancher-Valcour)
Petits vits
Delvau, 1864 : Synonymes : l’asticot, la bibite, le fifre, guiguitte, la quéquette, le salsifis, etc., etc.
Ces petits vits desquels l’enflure
À peine garnit l’ouverture
Des cons, voire des plus petits,
Sont haïs de nous autres, filles,
Et les estimons inhabiles
À chatouiller nos appétits.
Ces petits vits à la douzaine
Ne rendent la nature pleine
Et ne donnent jusque au bout ;
Il semble qui l’on nous farfouille
Ou d’un fétu, ou d’une douille :
Il faut égalité partout
[…]
Ils vont vagabonds par la place,
Sans marquer ni chemin ni trace :
Les murs n’approchent nullement,
Le plancher sur leur chef se hausse,
C’est une volupté sans sauce :
Le plaisir vient du frottement.
(Le Sr de Sygognes)
Pichepin
France, 1907 : Sapin résineux.
Qu’elle soit de vulgaire pichepin ou de bois des îles, bons menuisiers, sachons d’abord raboter notre planche. L’œuvre de l’homme ne vaut que par le tour de main.
(Émile Bergerat)
Piquer
d’Hautel, 1808 : Il est piqué comme une courte pointe. Se dit d’un homme très-susceptible, qui a pris de l’humeur, qui s’est offensé pour une frivolité, une bagatelle, et dont le silence et la réserve témoignent le mécontentement.
On ne sait quelle mouche l’a piqué. Pour, on ne connoît point le sujet de sa bourderie, de sa mauvaise humeur.
Se piquer. Se vanter, s’énorgueillir de quelques talens ; faire le fanfaron, marquer de l’arrogance et de l’orgueil, comme le font ordinairement les petits maîtres, les fats, les pédans.
Delvau, 1866 : v. a. Faire quelque chose, — dans l’argot des Polytechniciens. Piquer l’étrangère. S’occuper d’une chose étrangère à la conversation.
Rossignol, 1901 : Chiffonner.
France, 1907 : Donner une note ; argot des écoles militaires. Piquer bas, donner une note faible ; piquer haut, forcer la note. Piquer la constante, donner constamment la même note.
On site des examinateurs qui ne piquent jamais de 20, de 19 ou même de 18. Le célèbre Gérono disait à un élève qui venait de passer en colle d’une manière remarquable : « Si Dieu le Père passait chez moi à la planche, je lui piquerais 19 ; si c’était Jésus-Christ, je piquerais 18 : si c’était M. Chasles, je mettrais 17. Pour vous, Monsieur, je me contenterai de vous piquer 16. »
(Albert Lévy et G. Pinet)
Entre nous, le célèbre Gérono méritait d’être piqué cuistre.
Piton
Larchey, 1865 : Nez saillant comme un piton vissé dans une planche.
Ah ! quel nez, quel beau piton ! Chacun dit : Venez donc voir, C’est un marchand d’éteignoirs.
(Pecquet, Chansons)
Delvau, 1866 : s. m. Nez d’un fort volume et coloré par l’ivrognerie. Argot des faubouriens.
Virmaître, 1894 : Nez extraordinaire qui se rapproche de la trompe de l’éléphant.
— Monsieur, ôtez votre nez de là, dit Gavroche à un homme affligé d’un piton phénoménal, pour que je voie l’heure à Notre-Dame (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Nez.
France, 1907 : Nez. « Piton passé à l’encaustique », nez culotté.
Dans une boutique à paillettes
Ou s’arrêtaient tous les passants,
Se trouvaient rangées les binettes
D’un massacre des innocents.
« Tapez sur les marionnettes
Pour un sou », disait le patron.
Thomas s’arme alors d’un ballon
Et lui flanque sur le piton.
(René Réal)
J’ai l’piton camard en trompette,
Aussi, soyez pa’ étonnés
Si j’ai rien qu’du vent dans la tête :
C’est pac’que j’ai pas d’poils dans l’nez.
(Jean Richepin)
Plan
d’Hautel, 1808 : Mettre quelque chose en plan. Pour dire mettre un habit, un bijou, un effet quelconque en gage, lorsqu’on a fait de la dépense en un lieu et que l’on n’a pas de quoi payer.
Clémens, 1840 : Étui à l’usage des voleurs.
un détenu, 1846 : Prison. Être au plan : emprisonné ; cachette, Mont-de-Piété.
Halbert, 1849 : Prison, cachot.
Delvau, 1866 : s. m. Arrêts, — dans l’argot des soldats. Être au plan. Être consigné.
Delvau, 1866 : s. m. Le Mont-de-Piété, — dans l’argot des faubouriens. Être en plan. Rester comme otage chez un restaurateur, pendant qu’un ami est à la recherche de l’argent nécessaire à l’acquit de la note. Laisser en plan. Abandonner, quitter brusquement quelqu’un, l’oublier, après lui avoir promis de revenir. Laisser tout en plan. Interrompre toutes ses occupations pour s’occuper d’autre chose.
Delvau, 1866 : s. m. Moyen, imagination, ficelle, — dans l’argot des faubouriens. Tirer un plan. Imaginer quelque chose pour sortir d’embarras. Il n’y a pas plan. Il n’y a pas moyen de faire telle chose.
Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs. Être au plan. Être en prison. Tomber au plan. Se faire arrêter.
Quoi tu voudrais que je grinchisse
Sans traquer de tomber au plan ?
dit une chanson publiée par le National de 1835.
Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété. Mot à mot : la planche où sont les objets laissés en nantissement. — Mettre au plan, engager au Mont-de-Piété ou ailleurs.
M’man, j’ai mis ma veste au plan hier soir.
(Gavarni)
Rigaud, 1881 : Moyen. Il y a plan, il n’y a pas plan ; expression dont se servent beaucoup d’ouvriers lorsqu’ils vont demander de l’ouvrage. — Patron, est-ce qu’il y a plan ? Mot à mot : est-ce qu’il y a moyen de travailler chez vous ?
Oui, il n’y a pas plan, murmurait Céline.
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
Rigaud, 1881 : Prison. — Hospice des Enfants-Trouvés.
La Rue, 1894 : Le Mont-de piété. Prison. Abandon. Moyen : il n’y a pas plan. Étui à l’usage des voleurs.
Virmaître, 1894 : Le Mont-de-Piété. Allusion à la planche sur laquelle on emmagasine les effets engagés (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Prison.
— Je tire dix berges de plan.
Tomber en plan : se faire arrêter.
Être en plan : rester en gage pour un écot.
Laisser sa femme en plan c’est synonyme de la lâcher (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Mont-de-piété.
Rossignol, 1901 : Prison.
France, 1907 : Étui ou les voleurs mettent leurs pinces, limes et autres outils d’effraction.
France, 1907 : Mont-de-piété ; maison de prêteur sur gage. Mettre sa montre en plan.
Antoinette n’avait que deux partis à prendre si elle ne voulait pas souper en dansant devant le buffet : courir chez le gros major ou mettre sa bague ou plan. Elle préféra courir chez le gros major.
(Les Propos du Commandeur)
France, 1907 : Possibilité. « Peut-on arriver au cœur de Jeannette ? — Oui, il y a plan… en casquant. » Tirer des plans, imaginer quelque chose, chercher un biais.
France, 1907 : Prison. Plan de couillé, temps de prison fait pour un autre ; mot à mot : prison de niais, de couillon ; argot des voleurs. Être mis au plan, être emprisonné.
Planche
d’Hautel, 1808 : Compter sur lui, c’est se fier sur une planche pourrie. Pour dire, qu’une personne ne mérite aucune confiance, qu’on ne doit faire aucun fonds sur ses promesses.
Faire la planche. Donner l’exemple, montrer le chemin, encourager un autre en faisant une chose le premier. Cette expression est aussi reçue parmi les nageurs, et signifie nager étant couché sur le dos.
Rigaud, 1881 : Femme très maigre. — Femme qui n’a pas que l’apparence de la froideur.
Rigaud, 1881 : Sabre, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Tableau noir servant aux démonstrations mathématiques, — dans le jargon du collège. — Passer à la planche, passer au tableau.
France, 1907 : Femme ou fille d’une excessive maigreur, privée de ces séduisantes rotondités qui manquent à la poupée de Jeanneton ; argot populaire.
France, 1907 : Sabre ; argot les voleurs.
France, 1907 : Tableau noir des classes de mathématiques. Passer à la planche, aller au tableau ; argot des écoles.
Planché
Rigaud, 1881 : Condamné.
France, 1907 : Condamné ; argot des voleurs.
Planché (être)
Vidocq, 1837 : v. p. — Être condamné.
Delvau, 1866 : Être condamné, — dans l’argot des voleurs.
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