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Absinthe (faire son)

Delvau, 1866 : Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »

Rigaud, 1881 : Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?

Aimer le goudron

Delvau, 1864 : Aimer s’enculer, soit les femmes, soit les hommes, — ce qui embrène la queue.

Pour Jupiter, façon vraiment divine,
Le con lui pue, il aime le goudron.

(Chanson anonyme moderne)

Aquiger

anon., 1827 : Faire.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faire. Il aquige le riflard : il fait le bourgeois.

Vidocq, 1837 : v. a. — Battre, blesser. On aquige aussi les cartes pour les reconnaître au passage, et les filer au besoin.

M.D., 1844 : Battre.

Halbert, 1849 : Prendre.

Larchey, 1865 : Palpiter. V. Coquer. Aquiger : Blesser, battre. — Aquiger les brèmes : Biseauter les cartes.

Delvau, 1866 : v. a. Battre, blesser, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Faire, — dans le même argot [des voleurs]. Aquiger les brimes. Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, — dans l’argot des faubouriens. Cependant ils disent plus volontiers quiger, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.

La Rue, 1894 : Prendre, dérober. Faire. Blesser. Battre. Endommager.

Virmaître, 1894 : Battre, blesser. On dit par corruption de celui qui est battu : il est attigé (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Prendre. Aquiger n’est pas le vrai mot, c’est quiger (Argot des voleurs).

France, 1907 : Prendre, dans l’argot des faubourgs et voler, dans celui des voleurs.

Baiser ou foutre en cygne

Delvau, 1864 : Baiser une femme à la façon de Jupiter Léda, à genoux et ses jambes sur les épaules.

Bête à deux dos (faire la)

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, pendant lequel les deux fouteurs, cellés ensemble par le ventre, ont l’air de n’avoir que des dos. — L’expression a de l’usage. Coquillart s’en est servi, Rabelais après lui, et, après Rabelais, Shakespeare — dans la première scène d’Othello :

Your daughter and the Moor are now making the beast with two backs…

On s’en sert toujours avec avantage dans la conservation.

France, 1907 : Faire l’amour ; accomplir l’acte qui perpétue l’espèce humaine. L’expression est de vieille date.

Il est difficile à un auteur dramatique de s’échapper des sujets reconnus d’utilité théâtrale et de pratiquer une conception supérieure au mensonge sempiternel de l’amour et aux variations écœurantes de la bête à deux dos. En vain, nous réclamons, pour l’art dramatique avili, un champ plus vaste et plus haut d’expérience : il semble condamné au bagne de la pornographie macabre, sinistre ou farceuse, aux truculences de la pièce rosse, poncif du Théâtre-Libre, ou aux éjaculations idiotes du Vaudeville.

(Henry Bauër, Les grands Guignols)

… Les rideaux
Sont tirés. L’homme, sur la femme à la renverse,
Lui bave entre les dents, lui met le ventre en perce,
Leurs corps, de par la loi, font la bête à deux dos.

(Jean Richepin, Les Blasphèmes)

Bibi

Delvau, 1864 : Jouvenceau, mignon qui sert aux plaisirs libertins des vieillards — le giton du Satyricon, le Ganymède de Jupiter, l’officiosus des bains publics, à Rome ; ou mignon de dame.

Larchey, 1865 : Petit chapeau de femme.

Malaga portait de jolis bibis.

(Balzac)

Bibi : Nom d’amitié donné à l’homme ou à la femme dont on est coiffé.

Paul, mon bibi, j’ai bien soif. — Déjà ?

(Montépin)

Delvau, 1866 : s. m. Petit nom d’amitié, — dans l’argot des faubouriens ; petit nom d’amour, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers. La mode exige aujourd’hui que les chapeaux d’hommes soient pourvus de très petits bords ou, mieux, soient dépourvus de bords. — J’ai lâché le bibi, j’ai arboré le chapeau haute forme.

Rigaud, 1881 : Fausse clé de petit calibre.

Rigaud, 1881 : Nom d’amitié donné indistinctement aux gens et aux bêtes, ou qu’on s’octroie à soi-même. — « C’est à Bibi ça. »

 

J’aime pas qu’on fasse des manières avec Bibi.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

Rigaud, 1881 : Nom donné aux chapeaux de femmes, vers la fin du règne de Louis-Philippe, parce que ces coiffures étaient très petites.

Dans le vieux patois bourguignon, on désignait par bibi un petit objet, de quelque nature que ce soit, servant d’amusette aux enfants.

(Ch. Nisard)

Merlin, 1888 : Lignard.

Virmaître, 1894 : Instrument de cambrioleur (Argot des voleurs). V. Tâteuse.

France, 1907 : Nom d’amitié décerné à soi-même.

Les plus farouches amis du peuple, bourgeois ou prolétaires, chacun travaille pour son singe, suivant l’expression de certain conseiller municipal manquant de lettres, ce que Jules Vallès, dans l’intimité, résumait par ce mot en montrant son puissant abdomen : « Le pauvre, c’est bibi. »

(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne)

Ce mot ne viendrait-il pas du patois béarnais bibe, vivre, bibi, je vis ?
On appelait, vers 1830, un certain petit chapeau de femme un bibi.
Bibi
signifie aussi couteau et fausse clé, dans l’argot des voleurs.

S’il faut en croire, dit Lorédan Larchey, un feuilleton publié par Holstein, dans le Constitutionnel du mois de septembre 1872, bibi aurait détrôné monseigneur depuis longtemps.
C’était un bout de dialogue recueilli à la police correctionnelle (en 1848) :
— Accusé, disait le président, au moment de votre arrestation, on a surpris sur vous un trousseau de fausses clés. — Non, citoyen président. — C’était donc un monseigneur ? — Il n’y a plus de monseigneur, citoyen président. — Vous comprenez ce que je veux dire : pour employer votre langue, j’entends un rossignol. — Eh bien ! moi, je ne l’entends pas le rossignol, sans doute parce que je suis en cage. — Prenez garde ! Trêve de jeux de mots ; ils sont déplacés ici plus qu’ailleurs. Vous savez fort bien ce que je veux dire par fausses clés, rossignol, monseigneur ! — Parfaitement, citoyen président, vous voulez dire bibi.
Nous devons ajouter qu’au moment même où paraissait le feuilleton de Holstein, les journaux judiciaires disaient, en parlant de l’arrestation de faux monnayeurs, qu’on avait trouvé à leur atelier, boulevard de Grenelle, un monseigneur. Donc, monseigneur n’est pas encore détrôné tout à fait par bibi.

Compas

d’Hautel, 1808 : Il a le compas dans l’œil. Pour, il voit très-juste ; il a le coup-d’œil fort exact ; se dit quelquefois par raillerie, pour exprimer que quel qu’un s’est trompé grossièrement.

Delvau, 1866 : s. m. Les jambes, — dans l’argot des ouvriers. Ouvrir le compas. Marcher. Allonger le compas. Précipiter sa marche.

Rossignol, 1901 : Jambes.

Avec un compas comme tu en as un, il est difficile de te suivre.

Celui qui est adroit à le compas dans l’œil.

France, 1907 : Les jambes. Ouvrir ou fermer le compas, marcher ou s’arrêter. Allonger le compas, activer la marche.

— Que diable ont donc tous ces muscadins-là ? s’écria-t-il d’une voix sonore. Nos conscrits ferment le compas au lieu de l’ouvrir, je crois !

(Balzac, Les Chouans)

Courir le guilledou

Delvau, 1864 : Faire le libertin ; rechercher les grisettes, les femmes faciles, pour coucher avec elles. Se dit aussi pour : Faire le métier de gueuse.

J’aurais pu, comme une autre, être vile, être infâme !
Courir le guilledou jusqu’au Coromandel !
Mais jamais je ne fusse entrée en un bordel !

(Albert Glatigny)

France, 1907 : La femme court l’aiguillette et l’homme court le guilledou. On n’est pas bien d’accord sur l’origine du mot guilledou ; d’après Charles Nisard, ce serait une corruption de guilledin, féminin guilledine, cheval ou jument, mulet ou mule, « destiné à porter l’homme, facile an montoir et allant ordinairement l’amble. C’était, en un mot, la haquenée qui, du temps de nos pères, était la monture de tout le monde, et dont les ecclésiastiques, les magistrats et les médecins se servirent même longtemps encore après l’invention des carrosses. C’est de l’emploi de cette monture banale qu’est venue l’idée d’appeler la femme folle de son corps une haquenée, et, parce que haquenée et guilledin avaient la même signification, on a dit courir de guilledin et, par corruption, le guilledou, pour : courir les prostituées » (Curiosités de l’étymologie française).

Jupiter au lict il trouva
Avec dame Junon sa femme
Qui souvent luy chante sa gamme ;
Car souvent, moins sage que fou,
Il va courir le guilledou.

(Scarron)

Décharge

d’Hautel, 1808 : Une décharge de coups de bâton. Pour dire la bastonnade.

Delvau, 1864 : Éjaculation.

Il faut que la femme, dans le point de la décharge, si elle veut que le coup porte, tienne les fesses serrées l’une contre l’autre et ne se remue en façon quelconque que tout ne soit fait et achevé !

(Mililot)

L’éclair brille, Jupiter tonne,
Son vit n’en est point démonté ;
Contre le ciel sa tête altière,
Au bout d’une courte carrière,
Décharge avec tranquillité.

(Piron)

Ah ! tu ne t’en iras pas que je n’aie déchargé.

(La Popelinière)

Les capotes mélancoliques
Qui pendent chez le gros Millan,
S’enflent d’elles-mêmes, lubriques,
Et déchargent en se gonflant.

(Parnasse satyrique)

Défringué

La Rue, 1894 : Débraillé.

France, 1907 : Débraillé.

Quant à moi, je soutiens que ce fut la paresse
Qui fit au lupanar coucher ces Danaé,
Dont les seins, dégagés d’un fichu denoué,
Attendent, s’allongeant sur le bord de leur couche,
Des hommes avinés, au regard morne et louche,
Jupiters défringués, qui, tout crottés et soûls,
Pour payer des baisers, font pleuvoir des gros sous.

(Barrillot, La Mascarade humaine)

Démonter

d’Hautel, 1808 : Pour, dépiter, impatienter, contrarier quelqu’un ; le contre-carrer dans ses projets.
Il se démonte le visage, suivant les circonstances. Pour, il fait paroître la joie ou la tristesse, selon que cela convient à ses intérêts.

Dépiter

d’Hautel, 1808 : Cela me dépite. Pour me contrarie, m’afflige, me fâche.
Se dépiter contre son ventre. Prendre de l’humeur contre soi-même ; agir, par dépit, contre ses propres intérêts.

Détester

d’Hautel, 1808 : Détester sa vie. Se dépiter ; se manger les sens ; maudire les misères de la vie.

Diable

d’Hautel, 1808 : Que le diable te ramasse ! Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se baisse pour ramasser ce qu’il a laissé tomber.
Quand un homme bat sa femme, le diable s’en rit. Manière plaisante d’excuser les brutalités que certains hommes exercent sur leurs femmes.
On dit vulgairement, lorsqu’il pleut pendant que le soleil luit sur l’horizon, que c’est le diable qui bat sa femme.
Il a le diable au corps.
Se dit d’un homme qui fait des choses extravagantes et nuisibles à ses propres intérêts.
Que le diable m’emporte, si je lui cède ! Espèce de jurement pour affirmer qu’on est résolu de tenir tête à quelqu’un.
Le diable ne sera pas toujours à ma porte. Pour dire que l’on espère n’être pas éternellement malheureux.
Tirer le diable par la queue. Vivre péniblement, et avec une grande économie.
Il n’est pas si diable qu’il est noir. Pour, il, est meilleur qu’il ne le paroit.
On dit de quelqu’un qui n’a aucune succession à attendre, et auquel on ne fait jamais de don, que si le diable mouroit, il n’hériteroit pas même de ses cornes.
Diable ! comme il y’va !
Interjection qui marque la surprise et le mécontentement.
Je crois que le diable s’en mêle. Se dit d’une affaire dans laquelle on éprouve continuellement de nouveaux obstacles.
Se donner à tous les diables. S’impatienter, se dépiter, se dégoûter de quelque chose.
Cela s’en est allé à tous les diables. C’est-à dire, s’est dispersé, sans qu’on sache ce que c’est devenu.
Faire le diable à quatre. Faire du bruit, du tintamare ; mettre tout en désordre ; se déchaîner contre quelqu’un ; lui faire tout le mal possible.
En diable. Il a de l’argent en diable ; des dettes en diable. Pour dire, extraordinairement.
Que le diable t’emporte ! Imprécation que l’on fait contre quelqu’un, dans un mouvement d’humeur.
Qu’il s’en aille au diable ! Qu’il aille où il voudra, pourvu qu’il ne m’importune plus.
C’est un bon diable. Pour, un bon enfant, un bon vivant.
On dit aussi ironiquement, un pauvre diable, pour un misérable ; un homme de néant.
Un méchant diable ; un diable incarné ; un diable d’homme. Pour dire, un homme à craindre, et dont il faut se méfier.
Quand il dort, le diable le berce. Se dit d’un chicaneur, d’un méchant qui se plaît perpétuellement à troubler le repos des autres.
C’est un grand diable. Pour, c’est un homme d’une grande stature ; mal fait, mal bâti.
Un valet du diable. Celui qui fait plus qu’on ne lui commande.
Crever l’œil au diable. Faire le bien pour le mal ; se tirer d’affaire malgré l’envie.
Il est vaillant en diable ; il est savant en diable. Pour, il est très-courageux, très-savant.
Le diable n’y entend rien ; y perd son latin. Pour exprimer qu’une affaire est fort embrouillée ; que l’on ne peut s’y reconnoître.
Le diable étoit beau, quand il étoit jeune. Signifie que les agrémens de la jeunesse donnent des charmes à la laideur même.
Il vaut mieux tuer le diable que le diable ne vous tue. Pour, il vaut mieux tuer son ennemi que de s’en laisser tuer.
Le diable n’est pas toujours à la porte d’un pauvre homme. Pour dire que la mauvaise fortune a ses instans de relâche.
C’est là le diable ! Pour, voilà le point embarrassant ; le difficile de l’affaire.
Un ouvrage fait à la diable. C’est-à-dire à la hâte ; grossièrement ; sans goût ; sans intelligence.

Delvau, 1866 : s. m. Agent provocateur, — dans l’argot des voleurs, qui sont tentes devant lui du péché de colère.

Delvau, 1866 : s. m. L’attelabe, — dans l’argot des enfants, qui ont été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.

Rigaud, 1881 : Agent provocateur. (Moreau-Christophe.)

La Rue, 1894 : Agent provocateur. Coffre-fort.

Virmaître, 1894 : Agent provocateur. Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol ; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela. En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police. Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini. Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Agent qui provoque le vol ou l’assassinat.

France, 1907 : Agent provocateur.

France, 1907 : Coffre-fort.

Donner

d’Hautel, 1808 : Se donner du pied au cul. S’émanciper ; faire des siennes ; prendre de grandes libertés.
S’en donner à tire-larigot ; s’en donner à cœur-joie. Se rassasier de plaisir ; en prendre tout son soul.
Donner un pois pour avoir une fève ; un œuf pour avoir un bœuf. Semer pour recueillir ; faire un présent peu considérable dans le dessein d’en retirer un grand profit.
En donner de dures, de belles. Craquer, hâbler, exagérer.
À cheval donné, on ne regarde point à la bride. Voyez Cheval.
Se faire donner sur les doigts. Se faire corriger ; trouver son maître.
S’en donner de garde. Éviter de faire une chose.
On ne donne rien pour rien.
Il n’en donne pas sa part aux chiens.
Voyez Chiens.
Se donner à tous les diables. Se dépiter, se dégoûter de quelque chose quand on y trouve de grands obstacles ; se mettre en colère.
Donner de la gabatine. Tenir des propos ambigus ; faire des promesses que l’on ne veut point tenir.
Qui donne au commun ne donne pas à un. Signifie que personne ne vous tient compte de ce que vous donnez au public.
Donner de la tablature. C’est donner de la peine, du fil à retordre à quelqu’un dans une affaire ; mettre de grands obstacles à son succès.
Donner des verges pour se fouetter. Procurer à un ennemi les moyens de vous nuire.
Donner de cul et de tête dans une affaire. Pour dire y employer toute son industrie, tout son savoir.
Se donner du menu. Signifie prendre ses aises ; se divertir ; ne rien ménager à ses plaisirs.
Le peuple dit à l’impératif de ce verbe, donne moi-zen, il faut dire : donne-m’en, ou donne moi de cela.
Il donneroit jusqu’à sa chemise.
Se dit d’un homme généreux et libéral à l’excès.
À donner donner ; à vendre vendre. Signifie qu’il ne faut pas faire acheter ce que l’on veut donner, ni user d’une libéralité mal entendue lorsqu’on veut vendre.
Donnant, donnant. Pour dire de la main à la main ; ne livrer la marchandise qu’en en recevant l’argent.
Qui donne tôt, donne deux fois. Proverbe qui signifie que la manière de donner vaut souvent plus que ce que l’on donne.
Il ne faut pas se donner au diable pour deviner cela. Veut dire qu’une chose n’a rien de difficile, qu’on peut aisément la deviner.
Vous nous la donnez belle ! et plus communément encore : vous nous la baillez belle. Voyez Bailler.
Je donnerois ma tête à couper. Serment extravagant pour exprimer que l’on est très-sûr de ce que l’on dit.
Donner du nez en terre. Être ruiné dans ses espérances et dans ses entreprises.
Donner un coup de collier. Voyez Coup.

Delvau, 1866 : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs. Être donné. Être dénoncé.

Rigaud, 1881 : Pour donner dans le piège ; abonder, — dans le jargon des filles.

Vous les retrouverez, si les hommes ne donnent pas, arpentant le terrain jusqu’à deux heures du matin.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874)

La Rue, 1894 : Dénoncer.

Virmaître, 1894 : Dénoncer. Les nonneurs en dénonçant, mot à mot : donnent (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Dénoncer.

Empétarder

Rigaud, 1881 : En user comme Jupiter envers Ganymède, comme Phœbus contre Hyacinthe, Achille sur Briséïs, Pompée sur Julie.

Entreteneur

Delvau, 1864 : Le Jupiter de toute Danaé de la rue Bréda.

Tu pourrais, avec la Leroux, avoir à la fois quatre entreteneurs plus amoureux de toi.

(La Popelinière)

Delvau, 1866 : s. m. Galant homme qui a un faible pour les femmes galantes, et dépense pour elles ce que bien certainement il ne dépenserait pas pour des rosières.

France, 1907 : « Galant homme, dit Alfred Delvau, qui a un faible pour les jeunes galantes, et dépense pour elles ce que bien certainement il ne dépenserait pas pour des rosières. »

Éole

Delvau, 1866 : s. m. Ventris flatus, — dans l’argot des faubouriens, heureux que le fils de Jupiter leur fournisse un prétexte à une équivoque.

France, 1907 : Pet, Éole étant le dieu des vents.

Estomaquer

d’Hautel, 1808 : S’estomaquer. Pour se fâcher, se dépiter, prendre de l’humeur ; se trouver offensé d’une légère plaisanterie.

France, 1907 : Étonner, confondre.

— Tu veux sérieusement que j’entre dans la rousse ?
— Je le désire.
— Tu en es ?
— Un peu.
— Je n’aurais jamais cru ça de toi.
— Que veux-tu, on se trompe dans la vie.
— Ah ! François ! tu m’estomaques !

(Marc Mario et Louis Launay)

Sans doute, le peuple s’attendait à être berné par les politiciens, il n’avait qu’une médiocre confiance en eux, mais l’événement a surpassé tout ce qu’il pouvait supposer. Après la commune, après la lutte de vingt-trois ans pour fonder la République démocratique et sociale, se réveiller sous le gouvernement du Casimir-Perrier d’Anzin et du Raynal des conventions !… C’est estomaquant tout de même.

(Édouard Drumont)

Faire un rigolo

Virmaître, 1894 : Vol identique à celui que l’on nomme l’embrassade. L’homme volé n’a guère envie de rigoler et ne trouve pas rigolo le vol dont il est victime (Argot des voleurs).

France, 1907 : Se précipiter sur un inconnu sous le prétexte de l’embrasser en le prenant pour un parent ou un ami, et lui voler en même temps sa montre ou son porte-monnaie. Le volé, tout ahuri de l’accolade, fait, en effet, un visage rigolo.

Faire un trou

Larchey, 1865 : Prendre un verre d’eau-de-vie au milieu du repas, pour précipiter la digestion, faire un trou destiné à l’ingestion de nouveaux aliments.

France, 1907 : Boire un verre d’eau-de-vie, au milieu d’un copieux repas, pour faciliter la digestion, ce qui s’appelle le trou du Normand. On dit aussi : faire un tassement.

Foncer

d’Hautel, 1808 : Il est foncé. Pour dire, il a beaucoup d’argent, il est fortune ; il peut faire face à cette entreprise.

Bras-de-Fer, 1829 / M.D., 1844 : Donner.

Larchey, 1865 : Se précipiter. — Abrév. d’enfoncer.

Trois coquins de railles sur mesigue ont foncé.

(Vidocq)

Foncer, foncer à l’appointement : Payer. — Foncer : Donner. V. Dardant. — Foncer un babillard : Adresser une pétition. V. Babillard.

Delvau, 1866 : v. n. Courir, s’abattre, se précipiter, — dans l’argot des écoliers.

Delvau, 1866 : v. n. Donner de l’argent, fournir des fonds.

S’il plaist, s’il est beau, il suffit.
S’il est prodigue de ses biens,
Que pour le plaisir et déduit
Il fonce et qu’il n’espargne rien.

trouve-t-on dans G. Coquillard, poète du XVe siècle. Les bourgeois disent, eux : Foncer à l’appointement.

Rigaud, 1881 : Payer, compter. On disait autrefois pour exprimer la même idée : Foncer à l’appointement.

C’est une coutume fort établie à Paris, où la plupart des femmes coquettes font foncer leurs maris vieux et goutteux à l’appointement, pour entretenir de jeunes godelureaux qui leur repassent le bufle.

(Le Roux, Dict. comique, 1750.)

La Rue, 1894 : Payer. Donner.

France, 1907 : Courir, se précipiter, secouer.

Et si tezig tient à sa boule,
Fonce ta largue et qu’elle aboule…

(Jean Richepin)

France, 1907 : Donner de l’argent, payer. Foncer à l’appointement est une vieille expression signifiant fournir aux dépenses de quelqu’un, subvenir à ses besoins, à son entretien. « C’est une coutume fort établie à Paris, dit Pierre J. Leroux, où la plupart des femmes coquettes font foncer leurs maris vieux et goutteux à l’appointement, pour entretenir de jeunes godelureaux qui leur repassent le buffle ; une maîtresse en fait souvent autant de son amant, qui quelquefois achète de petites faveurs fort cher. Aimez-vous une personne de quelque rang qu’elle puisse être, si vous ne foncez à l’appointement pour acheter des robes à la mode ou des bijoux, votre maîtresse vous casse net comme un verre. »
Je crois qu’il en est encore aujourd’hui comme au temps dont parle le bon Leroux.

Geigneur

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme qui aime à se plaindre sans avoir de sérieux motifs de plainte, — dans l’argot du peuple, ennemi de ces hommes-femmes-là.

Rigaud, 1881 : Pleurnicheur sempiternel qui passe sa vie à geindre.

Gond

d’Hautel, 1808 : Sortir des gonds. Pour s’impatienter, se dépiter ; sortir des bornes de son caractère.

Griller

d’Hautel, 1808 : Griller dans sa peau. Bouillir d’impatience, se dépiter d’attendre ; être exposé à l’intempérie de la chaleur.

Rigaud, 1881 : Faire une infidélité conjugale. — C’est moi qui ai grillé la bourgeoise hier soir.

La Rue, 1894 : Fumer. Dénoncer.

France, 1907 : Tromper, devancer.

Jeunesse savait (si)

France, 1907 : Si jeune savoit et vieil pouvoit, un Jupiter il seroit. Tel est le vieux proverbe qui donne de lui-même l’explication. S’il faut s’en rapporter à l’abbé Suger, ce serait Louis VI l’auteur de ce dicton. Se plaignant vers la fin de sa vie des misères de l’homme qui, pendant la jeunesse, est hardi, fort, plein d’initiative, mais aussi de turbulence et d’étourderie, et pendant sa vieillesse, instruit par le malheur, les échecs et l’expérience, est calme et sage, mais aussi a perdu son énergie et son audace, il s’écria : Ah ! si vieillesse pouvoit ! si jeunesse savoit !

Si jeune savoit et vieil pouvoit,
Jamais disette n’y auroit,
Si jeune savoit et vieil pouvoit,
Un Jupiter il seroit.

(Vieux Proverbes)

Larbinisme

France, 1907 : Manière de penser et d’agir vile.

Vous êtes pauvre, voici donc votre inévitable avenir. Dilution forcée de vous-même en menues productions obligatoires, impossibilité d’écrire l’œuvre vraie et puissante, mépris final de tous et de vous-même ; vieillesse précoce et sans ressources ; agonie sous les yeux au ciel de vos « confrères », grabat d’hôpital ou de garni pour l’ultime souper, et, sauf la sépulture par souscription, la probable fosse commune de tous les Mozart du monde. Puis, une statue peut-être, en un square, où votre ombre de bronze, sempiternellement entourée de bonnes d’enfants, semblera bénir le larbinisme humain…

(Villiers de L’Isle-Adam, Contes cruels)

Marier Justine

Delvau, 1866 : Précipiter un dénouement, arriver vite au but, — dans l’argot des coulisses. Cette expression date de la première représentation d’un vaudeville des Variétés, Thibaut et Justine, joué sous la direction de Brunet. La pièce gaie en commençant, avait, vers la fin, des longueurs. Le public s’impatiente, il est sur le point de siffler. L’auteur ne mariait Justine qu’à la dernière scène, encore bien éloignée. « Il faut marier Justine tout de suite », s’écria le régisseur, pour sauver la pièce. Et l’on cria des coulisses aux acteurs en scène : « Mariez Justine tout de suite ! » Et l’on maria Justine, et la pièce fut sauvée, — et l’argot théâtral s’enrichit d’une expression.

Monsieur, Madame de Péte-sec

Rigaud, 1881 : Homme, femme qui s’imagine être sortie de la cuisse de Jupiter. Personne hautaine, froide, orgueilleuse.

Pandore

d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à Pandore. Se dit d’une femme, qui, sous des dehors séduisans, cache une ame noire et atroce, par allusion à la boîte que Jupiter donna à la femme d’Épiméthée, et où tous les maux imaginables étoient renfermés.

France, 1907 : Gendarme. Ce sobriquet vient de la fameuse chanson de Gustave Nadaud, Les Deux Gendarmes, où chaque couplet se termine par ce refrain :

Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison.

À ce propos, disons comme simple renseignement historique que c’est le 15 janvier 1797 quis le conseil des Cinq-Cents vota le projet présenté par Richard, qui décidait la formation du corps de la gendarmerie actuelle.

Les soldats turcs n’ont pas été plus féroces que les soldats versaillais foutant., en 1871, Paris à feu et à sang, que, plus récemment, les troufions de France, au Tonkin, au Dahomey et à Madagascar.
Les conquérants, les envahisseurs sont partout identiques : l’homme s’efface — la bête humaine reparait avec tous les instincts féroces et sanguinaires des anciens âges.
Sur la route de Paris à Versailles, les pandores attachaient les communards à la queue de leurs chevaux ; aux Buttes-Chaumont, un colonel célèbre faisait arroser de pétrole et griller vivants ses prisonniers.
Au Tonkin, les pousse-cailloux violaient et pillaient à cœur joie.
Au Dahomey, un ratichon distribuait des cigares aux troufions qui lui rapportaient des tètes de moricauds.

(Le Père Peinard)

Pandore (boîte de)

France, 1907 : On dit d’un présent fait dans une intention perfide que c’est la boîte de Pandore, allusion à une fable de l’antiquité par laquelle Jupiter, irrité contre le sculpteur Prométhée qui avait ravi le feu du ciel pour animer sa statue, dont il devint amoureux, lui envoya par une ravissante jeune femme, Pandore, un coffret d’où s’échappèrent tous les maux de l’humanité, mais au fond du coffret resta l’espérance

Parpaillot

France, 1907 : Vieux sobriquet donné aux protestants. Il s’est conservé dans les localités où il existe encore un antagonisme entre les deux communions chrétiennes.
Le Duchat donne de ce mot, qui n’est guère employé que par les protestants de la Provence et du Languedoc, l’étymologie suivante : « François-Fabrice Sorbellon, parent du pape, ayant fait décapiter à Avignon messire Jean Perrin, seigneur de Parpaille, président à Orange, le 8 août 1562, c’est de là qu’est venu le nom de parpaillot qui fut renouvelé au siège de Montauban. »

Pas la graine

France, 1907 : Point du tout ; patois poitevin. « Il ne m’aime pas la graine. » « As-tu mangé aujourd’hui ? — Pas la graine. » Rabelais emploie grain au lieu de graine.

— Tu as assez crié pour boyre. Tes prières sont exaulcées de Jupiter. Reguarde laquelle de ces trois est ta coingnée et l’emporte. — Couillatris sublieve la coingnée d’or, il la reguarde et la trouve bien poisante : puys dict à Mercure : Marmes, ceste cy n’est mie la mienne. Je n’en veulx grain

(Pantagruel, livre IV, Nouveau Prologue)

Peuple

d’Hautel, 1808 : Du petit peuple. Nom de mépris que l’on donne aux artisans, aux ouvriers de la plus basse classe du peuple, qui, cependant, par leur industrie, leurs fatigues et leurs peines, font la fortune de nos gros négocians.
La voix du peuple est la voix de Dieu. Pour dire que le sentiment général, ordinairement, est fondé sur la justice et la vérité.

Delvau, 1866 : s. et adj. Commun, vulgaire, trivial, — dans l’argot des bourgeoises, qui peut-être s’imaginent être sorties de la cuisse de Jupiter ou d’un Montmorency. Être peuple. Dire ou faire des choses de mauvais goût.

Delvau, 1866 : s. m. Public, — dans le même argot [des faubouriens]. Se foutre du peuple. Insulter à l’opinion reçue, accréditée. Un faubourien dit volontiers à un autre, lorsqu’il est molesté par lui ou lorsqu’il en reçoit une blague un peu trop forte : Est-ce que tu te fous du peuple ?

France, 1907 : Peuplier ; argot populaire. Vieux mot, du latin populeus.

Peut

France, 1907 : Laid, vilain, désagréable ; patois lorrain, bourguignon, morvandiau ; du vieux français put, pute, qui vient lui-même du latin putare, puer, d’où nous avons fait pute, putois, putride. Quelques étymologistes font venir pute du sanscrit poutri, fille, d’où le diminutif latin puella, jeune fille, d’où pucelle, bacelle en lorrain, et l’augmentatif italien putana.
Dans le Virgile travesti de Scarron, Jupiter apostrophe ainsi Vénus :

… Petite putine !
D’où depuis on a fait putain,
Car notre langue se raffine.

Dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, J. Brivois écrit que dans la partie de la Champagne voisine de la Bourgogne on dit :

Peute femme, beau cul ;
Peut chien, belle queue.

Dans une chanson nivernaise on trouve ce quatrain :

Quand elles sont gentes,
Réveillons les filles ;
Quand elles sont peutes,
Laissons-les dormir.

En d’autres patois, peut signifie petit : Peute gache, petite fille.

À peute chatte, jolis mirons.

Pharos

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Gouverneur d’une ville.

Vidocq, 1837 : s. m. — Gouverneur de ville ou de province.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Gouverneur d’une ville.

Rigaud, 1881 : Gouvernement. — Ministre. — Préfet et, en général, tous les hauts fonctionnaires ! de l’État, qui, en grand uniforme, sont éblouissants comme des phares, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Chef ; argot des voleurs.

L’ancien abbé éleva sa lumière à hauteur de son visage, et, éclatant de rire :
— Allons, taffeurs, ne renaudez pas ! fit-il ; me prenez-vous pour un raille ou le rabouin ?
Alors, tout à coup, ce fut une explosion de cris, d’exclamations de joie et de surprise :
— Le grand pharos !
— Le grand meck !
— Le grand dab !
Et les yeux étincelants, la figure enluminée par une douce émotion, agitant leurs bonnets, aspirant à lui serrer la main, tous se précipitèrent, l’entourèrent, le pressèrent, l’acclamèrent.

(Edmond Ladoucette, Le Petit Caporal)

Plaquer (se)

Rigaud, 1881 : Se jeter, se précipiter. — Se plaquer dans la limonade, se jeter à l’eau.

France, 1907 : Se mettre.

Vous comprenez la rigolade
Vous, la p’tit’ mèr’ ; vrai, qué potin !
C’est donc marioll’, c’est donc rupin
De s’plaquer dans la limonade ?
Pourquoi ? Peut-êt pour un salaud,
Pour un prop’ à rien, pour un pante ?
Malheur ! Tiens, vous prenez du vente.
Ah ! bon, chaleur ! J’comprends l’tableau !

(André Gill, La Muse à Bibi)

Quos vult Jupiter perdere dementat prius

France, 1907 : « Ceux que Jupiter veut perdre, il les rend d’abord déments. » Le dicton latin vient, du moins quant au sens, de l’Iliade d’Homère (IX. v. 377) et la pensée s’en trouve dans nombre d’auteurs grecs et latins, Hésiode, Sophocle, Ammien Marcellin, Velléius Paterculus, etc.
On applique ce vers iambique à tout homme auquel on a reconnu de l’intelligence et de grandes qualités, et qui tout à coup fait preuve d’aveuglement et se laisse entraîner par ses passions dans une voie funeste.

Romarin (donner le)

France, 1907 : Congédier un amoureux. Le romarin jouit de la propriété de cicatriser les plaies ; donner le romarin à un soupirant, c’était donc lui dire : « Va-t’en et console-toi. » L’expression est fort ancienne.

Il luy print envie (à Vulcain) de se marier, il pourchassa Minerve, tenue pour grande déesse en ciel et en terre, fille de Jupiter ; mais sans le beaucoup amuser. « luy donna le rosmarin », c’est-à-dire congédia le serrurier Vulcain, laid el boiteux.

(Loys Guyon, Miroir de la santé, 1163)

Je te hay, romarin, sans t’avoir outragé,
Par toi maint pauvre amant a reçu son congé.

(Passerat, Sonnets)

Sainte Touche

France, 1907 : Le jour des appointements, de la paye, des gages, Argot populaire.

À toutes les fins de mois régulièrement, tous les jours de Sainte Touche, on apercevait, à la sortie du bureau, Mme Varney, embusquée au tournant de la rue, ou devant la façade du Crédit, ou même jusque sous la voûte de la grand’-porte, et prête, comme une tigresse à l’affût de sa proie, à se précipiter sur sa fille, l’entraîner bien vite à l’écart et lui explorer les poches.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

C’est Saint’ Touche, ô brave ouevrier,
Viv’ment approche, on va t’payer :
— Y a pas gras, — L’gringale, l’loyer,
L’épicière… I’s’tape l’fruitier !
Et pour aller chez l’cordonnier,
Les pauv’ loupiots pourront s’fouiller.

(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard)

Sempiternelle

d’Hautel, 1808 : Qui dure toujours.
Une vieille sempiternelle. Épithète injurieuse et de mépris, qui signifie une très-vieille femme, une radoteuse perpétuelle.

Sempiterneux

France, 1907 : Qui dure toujours ; du latin sermpiternus, même sens. Vieux français dont on a fait sempiternel.

Sur la même ligne, trois vieilles, ridées, ravagées, édentées, la lèvre bavarde pendante en bénitier, de celles enfin que Rabelais nomme des sempiterneuses.

(Robert Dumeray)

Sic volo, sic jubeo

France, 1907 : Je le veux et je l’ordonne ainsi. Locution latine.

Voltaire a dit que la langue française était une gueuse orgueilleuse. On peut dire, avec plus de raison, que la langue française est une mère arbitraire et despotique, n’écoutant ni raison ni logique, imposant sa loi à ces enfants comme elle l’a reçue de ses ancêtres, sans tenir aucun compte, ni des hommes, ni des lieux, ni des progrès faits par d’autres langues et n’ayant qu’une devise jupitéresque : Sic volo, sic jubeo.

(Alexandre Weill, Étude comparative de la langue française avec les autres langues)

Soufflet (le vol au)

Virmaître, 1894 : Ce genre de vol est très original, il est à la portée de tous et ne demande ni instrument ni apprentissage. Il s’agit simplement d’entrer dans un magasin au moment où une femme tire son portemonnaie de sa poche pour solder une emplète, de se précipiter en lui flanquant un soufflet à en voir trente-six chandelles, en lui disant à voix haute :
— Ah ! coquine, voilà où passe l’argent du ménage.
Pendant que la femme revient de sa surprise, le faux mari est loin (Argot des voleurs).

Sub Jove

France, 1907 : Sous Jupiter. Coucher « sub Jove », coucher à la belle étoile.

Tapé

Delvau, 1866 : adj. Réussi, émouvant, éloquent, — c’est-à-dire bourré de grosses phrases sonores et d’hyperboles de mauvais goût, comme le peuple les aime dans les discours de ses orateurs, dans les livres de ses romanciers et dans les pièces de ses dramaturges. Tapé dans le nœud. Excessivement beau, ou extrêmement remarquable.

Rigaud, 1881 : L’expression si populaire de « c’est tapé », pour « c’est réussi », nous la trouvons déjà en 1823 dans le Voyage à Sainte-Pélagie, d’Émile Debraux. — « En voilà un (un vers) : il m’a donné bien du mal, c’est vrai ; mais aussi comme c’est tapé ! »

Jupiter avait une bonne tête, Mars était tapé.

(Zola, Nana)

Un travail tapé, un discours tapé.

La Rue, 1894 : Réussi.

Rossignol, 1901 : Bien, joli, beau : c’est tapé.

France, 1907 : Réussi, bon. Tapé à l’as, parfaitement réussi, excellent. Tapé aux pommes, tapé dans le nœud, même sens.

— Une particulière tapée aux pommes ; pas cocotte pour deux liards. Jamais je n’en ai vu une pareille venir dans la boite à Monsieur.

(Paul Mahalin)

Tonneau des Danaïdes

France, 1907 : Ouvrage inutile, sans fin, sans but. Personne dépensière, gaspilleuse, aux exigences de qui l’on ne peut suffire. Allusion aux quarante-neuf filles du roi d’Argos Danaüs : sur l’ordre de leur père, à qui un oracle avait prédit qu’il périrait de la main d’un de ses gendres, elles égorgèrent leurs maris la première nuit de leurs noces. Jupiter, par punition, les condamna à remplir éternellement dans le Tartare des tonneaux percés. Strabon explique l’allégorie de cette fable en nous montrant les Danaïdes creusant des puits et des canaux pour féconder les plaines d’Argos, dont le sol aride exigeait une quantité considérable d’eau. Lucien, dans ses Dialogues, adopta cette explication.

Trancher le nœud gordien

France, 1907 : Se tirer brutalement d’un embarras, trancher une difficulté d’une façon violente, inattendue et sans la résoudre. Gordias, roi de Phrygie, père de Midas, l’homme aux oreilles d’âne, avait un char dont le joug était attaché au timon par un nœud d’écorce de cornouiller, si habilement entrelacé, que nul ne pouvait le délier. Char et nœud étaient consacrés à Jupiter et un oracle promettait l’empire de l’Asie à celui qui déferait le nœud. Alexandre s’étant emparé de la capitale de Gordias, voulut voir le fameux chariot et essaya de dénouer le nœud fantastique. Il ne put en venir à bout et, furieux de ses vains efforts, il le trancha d’un coup d’épée : « Il n’importe comme on le dénoue », s’écria-t-il, et l’oracle se trouva accompli.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique