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À la corde (logement)

France, 1907 : Abri de nuit où les clients n’ont pour tout oreiller qu’une corde tendue que l’on détend au matin.

Dans Paris qui dort, Louis Bloch et Sagari donnent des détails fort intéressants sur les pauvres diables qui n’ont pas de gite :
Parmi les vagabonds, les uns couchent en plein air, les autres sous un toit hospitalier. Suivons d’abord ces derniers : les garnis ne leur manquent pas à Paris ; la rue des Vertus, près de la rue Réaumur, leur en offre un certain nombre, parmi lesquels il faut citer : Au perchoir sans pareil, À l’arche de Noé, À l’Assurance contre la pluie, Au Parot salutaire, Au Lit, dors (au lit d’or), Au Temple du sommeil, Au Dieu Morphée, Au Matelas épatant. Ce dernier garni est ainsi appelé parce que les matelas étaient garnis de paille de maïs, et qu’un matelas, mais un seul, était véritablement bourré de laine. Il est vrai qu’il n’avait pas été cardé depuis le règne de Louis XIII.
Ces garnis sont aristocratiques à côté de ceux à la corde que l’on trouve rue Brisemiche, Pierre-au-Lard, Maubuée, Beaubourg, et, sur la rive gauche, dans les quartiers Maubert et Mouffetard. Il y a là des grabats à six sous sur lesquels on peut rester couché toute la nuit, des grabats à quatre sous sur lesquels on ne peut dormir que jusqu’à quatre heures du matin ; enfin la dernière catégorie de clients paye deux sous et même un sou avec le droit de dormir une heure ou deux.
Des garnis, il y en a de toute espèce et de tout genre ; les auteurs de Paris qui dort nous disent qu’il en existe dix mille dans la capitale. Mais tout le monde ne peut, hélas ! se payer le luxe de coucher à couvert. Aussi les fours à plâtre, les carrières, les quais de la Seine sous les ponts, les bancs des promenades publiques, les arbres mêmes sont transformés en dortoirs. Il n’y a pas d’accident de terrain, de tranchées ouvertes, de constructions délaissées, de cavités abandonnées qui ne deviennent pas un asile improvisé : on a souvent trouvé des vagabonds dans les énormes tuyaux en fer bitumé posés sur la voie publique pendant l’exécution des travaux d’égout. Les pauvres diables se couchent là sur de la paille trouvée ou volée et passent tranquillement la nuit sans souci des courants d’air.
Mais c’est encore les carrières qui reçoivent le plus grand nombre de clients.

(Mot d’Ordre)

Abbaye

d’Hautel, 1808 : Faute d’un moine l’abbaye ne manque pas. Proverbe fort usité, et qui veut dire, que pour une seule personne qui manque à une partie de plaisir, les autres ne doivent pas moins s’en divertir pour cela. Cette manière de parier marque l’humeur, le dépit.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Halbert, 1849 : Four.

Delvau, 1866 : s. f. Four, — dans l’argot des rôdeurs de nuit qui, il y a une quinzaine d’années, se domiciliaient encore volontiers dans les fours à plâtre des buttes Chaumont, où ils chantaient matines avant l’arrivée des ouvriers chaufourniers.

Rigaud, 1881 : Carrière à plâtre, four à plâtre, domicile ordinaire des vagabonds de Paris.

La Rue, 1894 : Four. Four à plâtre ; il sert de domicile aux vagabonds.

France, 1907 : Réduit, briquetterie ou four à chaux dans lequel les voleurs et les vagabonds se réfugient la nuit. Les Buttes-Chaumont étaient jadis une grande Abbaye.

Abouler

Bras-de-Fer, 1829 : Compter.

Vidocq, 1837 : v. a. — Venir.

Clémens, 1840 : Venir de suite.

M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Venir.

Larchey, 1865 : Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler V. Roquefort.

Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera.

(Labiche)

Notre langue a conservé éboulement. Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un :

Mais quant aux biscuits, aboulez.

(Balzac)

Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir. Aboulage : Abondance.

Delvau, 1866 : v. a. Donner, remettre à quelqu’un. Argot des voyous.
Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.

Rigaud, 1881 : Donner, compter. Abouler de la braise, donner de l’argent.

Écoppé, ma vieille ! aboule tes cinq ronds.

(Al. Arnaud, les Zouaves, acte 1,1856)

Aller, venir, abouler à la taule, abouler icigo, aller à la maison, venir ici. M. Ch. Nisard fait sortir abouler d’affouler, accoucher avant terme ; M. Fr. Michel le tire avec plus de raison d’advolare, bouler à, d’où ébouler dans la langue régulière.

La Rue, 1894 : Donner, remettre. Venir.

Virmaître, 1894 : Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer ; abouler la monnaie.

— Aboulez donc, mon vieux, faut y passer.

On dit aussi à quelqu’un qui attend : Un peu de patience, il va abouler (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Donner.

Veux-tu abouler ton pèze pour raquer la chopotte.

Hayard, 1907 : Donner, à regret.

France, 1907 : Donner, apporter : « mais, ainsi que dit Charles Nisard, l’idée de sommation ou de violence en est inséparable. »

Pègres et barbots, aboulez des pépettes…
Aboulez tous des ronds ou des liquettes,
Des vieux grimpans, brichetons, ou arlequins.

(Le Cri du Peuple, Fév. 1886)

Le patois et l’argot, auxquels il est commun, l’entendent ainsi. Que le patois l’ait pris de l’argot ou l’argot du patois, il est sûr qu’on n’en fait pas moins d’usage dans l’un que dans l’autre, que la plupart de nos provinces se le sont approprié, et qu’il fleurit même parmi le peuple de Paris.

(Curiosité de l’étymologie française)

Signifie aussi venir, dans l’argot des voleurs.

Et si tézig tient à sa boule,
Fonce ta largue, et qu’elle aboule
Sans limace nous cambrouser.

(Richepin, La Chanson des Gueux)

Il signifie également accoucher. — Voir Affouler

Absinthe (faire son)

Delvau, 1866 : Verser de l’eau sur l’absinthe, afin de la précipiter et de développer en elle cette odeur qui crise tant de cerveaux aujourd’hui.
Signifie aussi Cracher en parlant. On a dit à propos d’un homme de lettres connu par son bavardage et ses postillons : « X… demande son absinthe, on la lui apporte, il parle art ou politique pendant un quart d’heure, — et son absinthe est faite. »

Rigaud, 1881 : Pour les profanes, c’est verser au hasard de l’eau dans un verre contenant un ou deux doigts de liqueur d’absinthe ; pour les fidèles, c’est la laisser tomber de haut, doucement, avec conviction, tantôt au milieu, tantôt près des bords du verre. Ils appellent cela « battre l’absinthe. » C’est insulter un buveur d’absinthe que de lui offrir de « faire son absinthe. » Presque tous les dilettanti de la liqueur verte la boivent debout. Est-ce par respect, est-ce par suite d’une habitude contractée devant le comptoir du marchand de vin ?

Absintheur

Delvau, 1866 : s. m. Buveur d’absinthe.

Rigaud, 1881 : Buveur d’absinthe. Privat d’Anglemont, une autorité, donne « absinthier » dans le même sens.

France, 1907 : Buveur d’absinthe.

Entre officiers de différents grades, du lieutenant au colonel, il n’existe que des rapports de camarade à camarade, d’hommes du même monde, ayant reçu la même éducation et sachant qu’il n’est entre eux que des distinctions de hiérarchie militaire cessant hors du terrain de manœuvre et de la caserne. Notre légendaire culotte de peau, le bravache, le capitaine Fracasse, le traîneur de sabre, l’absintheur sont des types inconnus.

(Hector France, L’armée de John Bull)

On dit : s’absinther, pour se griser avec de l’absinthe.

Académicien

Rigaud, 1881 : Terme de profond mépris lancé par les romantiques de 1830 à la tête de tous les bourgeois qui s’habillaient à peu près comme tout le monde, pensaient et vivaient à peu près comme tout le monde.

Quelle injure, alors ! tout homme à tête chauve était académicien de droit, et, à ce titre, subissait, etc.

(J. Claretie, Pelrus Borel le Lycanthrope)

Il lui fit voir l’échelle ascendante et descendante de l’esprit humain… Comment ensuite l’on ne comptait plus, et que l’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux-toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante : Académicien et membre de l’Institut !

(Th. Gautier, Les Jeunes-France)

Acoquiner (s’)

Rigaud, 1881 : Vivre en état de concubinage. Mot à mot : vivre avec une coquine.

Il se faisait pitié maintenant à lui-même, en pensant qu’il avait été jusque-là assez bon enfant pour rester acoquiné avec une ouvrière.

(Vast-Ricouard, Le Tripot, 1880)

Affaire de cœur

Delvau, 1864 : Coucherie, — cor étant mis là pour cunnus.

Vous êtes en affaire ? me cria-t-il à travers la porte, pendant que j’accolais ma drôlesse et la suppéditais avec énergie, — Oui, répondis-je en précipitant mes coups, je suis en affaire… de cœur.

(J. Le Vallois)

Affamé

d’Hautel, 1808 : Un pou affamé. Épithète injurieuse et de mépris. Homme obscur et misérable, qui, parvenu à un emploi lucratif, travaille par des concussions et d’odieux monopoles à s’y enrichir promptement.
Ventre affamé n’a point d’oreille. Signifie qu’on entend difficilement raison quand on est pris par la faim.
Affamé comme un jeune levron. Qui a un appétit dévorant.

Affouler

France, 1907 : Accoucher avant terme, avorter. C’est un vieux mot dérivé comme le précédent d’affolare, et déjà passé chez nous au XVe siècle.

Lequel Frobert conseilloit à icelle femme qu’elle beust de la rue ou de l’eau ardente, et que c’estoit la chose au monde qui plustost laferoit affouler d’enfant.

(Lettre de remission de 1447)

Tout semble, dit Charles Nisard, attester les rapports étroits qui existent entre affouler et abouler : rapports de son, rapports d’orthographe, rapport d’idée. Dans l’une comme dans l’autre, l’action qu’ils expriment est celle qui résulte de la pression et de la violence. Une femme affoule parce qu’on lui administre des drogues qui tuent son fruit et en précipitent l’issue ; un homme aboule, parce que l’objet qu’on veut de lui, on le lui extorque plutôt qu’on ne le lui demande, et qu’on le lui prendrait par force, s’il faisait mine seulement de le faire attendre. Le peuple ne se sert-il pas du mot accoucher pour faire sentir et la peine qu’on a à se défaire d’une chose quelconque, et la difficulté qu’on éprouve parfois à s’exprimer ?

Affranchi (être)

Virmaître, 1894 : Ne rien craindre. On dit dans le peuple d’une fille qui a perdu son capital : elle est affranchie (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Connaître une question, ne rien craindre.

Aimer le goudron

Delvau, 1864 : Aimer s’enculer, soit les femmes, soit les hommes, — ce qui embrène la queue.

Pour Jupiter, façon vraiment divine,
Le con lui pue, il aime le goudron.

(Chanson anonyme moderne)

Aimeuse

Delvau, 1864 : Petite dame — galante, — qui fait profession d’aimer. — Synonymes : putain, lorette, cocotte, grue, catin, vache, etc., etc.

Les Juifs avaient leurs Madeleines ;
Les fils d’Homère leurs Phrynês.
Délaçons pour tous les baleines
De nos corsets capitonnés.
Rousses, blondes, brunes ou noires,
Sous tous les poils, sous tous les teints…
Qu’il pourrait, raconter d’histoires,
Le cercle de nos yeux éteints !
Folâtres ou rêveuses,
Nous charmons ;
Nous sommes les aimeuses,
Aimons !

(Eug. Imbert)

Air (se donner ou se pousser de l’)

France, 1907 : Figures pour partir, se sauver.
Jouer la fille de l’air a la même signification : c’est une réminiscence d’une ancienne pièce du boulevard du Temple, La Fille de l’air. A. Barrère, dans son Argot et Slang, a réuni les différentes expressions du même acte. Elles sont aussi nombreuses que pittoresques :

Faire le patatrot, le lézard, le jat-jat, la paire, crie, gilles ; jouer la fille de l’air, se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la courir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, baudrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courantes à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esbalonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, décamper.

Aller

d’Hautel, 1808 : Ça ne va pas pire. Réponse joviale que l’on fait à quelqu’un qui demande des nouvelles de votre santé, pour exprimer que l’on ne va pas plus mal que de coutume ; que l’on se porte passablement bien.
Faire aller quelqu’un. Le railler finement et sans qu’il s’en aperçoive ; le faire jaser dans le dessein de le tourner ensuite en ridicule.
Cette locution signifie aussi mener quelqu’un par le bout du nez ; faire un abus révoltant de sa foiblesse et de sa bonne foi.
Aller sur la hauteur. Façon de parler qui exprime, parmi une certaine classe du peuple de Paris, l’action d’aller riboter, prendre ses ébats, se divertir dans les guinguettes qui sont situées hors de la ville.
Tout son bien s’en est allé en eau de boudin, en brouet d’andouilles, à veau l’eau. Ces trois manières de parler ont à-peu-près le même sens et signifient qu’une fortune considérable s’est trouvée dissipée, anéantie, par la mauvaise conduite de celui qui la possédoit.
On dit aussi d’une affaire sur laquelle on comptoit, et qui ne prend pas une tournure favorable, qu’Elle s’en est allée en eau de boudin.
Il va et vient comme trois pois dans une marmite. Phrase burlesque qui exprime assez bien les allées et venues, le mouvement, l’agitation continuelle qu’un homme impatient et brouillon se donne pour des choses qui n’en valent souvent pas la peine.
Ne pas aller de main morte. Signifie frapper de toute sa force ; montrer de la vigueur et de l’énergie dans une affaire.
Un las d’aller. Paresseux, fainéant qui a toutes les peines du monde à travailler ; qui ne sait que faire de sa personne.
Cela va sans dire. Pour cela est clair, évident, incontestable.
Cela va et vient. Manière mercantile de parler, et qui signifie que le gain du commerce n’est pas réglé ; qu’il va tantôt en augmentant, et tantôt en diminuant.
Aller ou le roi va à pied. C’est-à-dire, aux privés, où l’on ne peut envoyer personne à sa place.
Tout y va la paille et le blé. Signifie, il se ruine en de folles dépenses ; il sacrifie toute sa fortune à l’objet de son enthousiasme.
Aller un train de chasse. Marcher avec précipitation ; mener une affaire tambour battant.
Tous chemins vont à Rome. Pour dire qu’il y a plusieurs voies pour parvenir dans un lieu, ou réussir à quelque chose.
Cela n’ira pas comme votre tête. Se dit par réprimande à quelqu’un, pour cela n’ira pas suivant votre désir ; selon que vous l’imaginez.
Cette maison est son pis aller. C’est-à-dire, il s’y emploie quand il ne trouve pas mieux ailleurs ; il y entre et il en sort à volonté.
Aller son petit bon-homme de chemin. Faire droitement sa besogne ; n’entendre finesse en rien ; se conduire avec prudence et probité.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Se dit par raillerie d’une personne qui travaille avec une activité et une ardeur ridicules, sans faire pour cela beaucoup d’ouvrage.
Cela ne va que d’une fesse. Pour dire qu’une affaire, ou un ouvrage va lentement ; qu’on ne le pousse pas avec la vigueur et l’activité convenables ; qu’il est mal dirigé.
Cela va comme il plaît à Dieu. Manière fine et ironique de faire entendre qu’une affaire est mal menée ; qu’on en néglige absolument la conduite.
Toujours va qui danse. Voy. Danser.
Il va comme on le mène ; il va à tout vent. Se dit d’un homme foible et pusillanime, sans énergie, sans force de caractère, qui n’a d’autre impulsion que celle qu’on lui donne ; qui change continuellement de résolution.
À la presse vont les fous. C’est-à-dire qu’il faut être dénué de sens pour mettre l’enchère sur une chose que beaucoup de personnes veulent acquérir.
Que les plus pressés aillent devant. Se dit par humeur, quand on se trouve en société avec des personnes qui marchent fort vite, et qu’on ne peut pas suivre.
Qu’il aille au diable. Imprécation que l’on se permet dans un mouvement de colère, contre quelqu’un qui importune, et qui équivaut à qu’il aille se promener ; qu’il me laisse tranquille.
Tout va à la débandade. Pour tout est en désordre, dans la plus grande confusion.
Il s’en va midi. Pour dire l’heure de midi approche ; elle n’est pas éloignée.
On se sert souvent, et à tort, du verbe être au lieu du prétérit du verbe aller, et l’on dit : Je fus ou nous fûmes hier au spectacle ; pour J’allai ou nous allâmes, etc.

Aller aux pruneaux

Delvau, 1866 : Plaisanterie qu’on fait à l’hôpital, à tout nouveau venu qui parait un peu naïf ; elle consiste à l’engager à aller demander son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels malades qu’on désigne. Celui qui a l’imprudence d’aller aux pruneaux est alors accueilli à coups de traversin, comme l’innocent qui va le 1er avril chez l’épicier chercher de l’huile de cotrets est accueilli à coups de balai.

France, 1907 : Farce que l’on fait, dans les hôpitaux militaires, aux nouveaux venus naïfs et qui consiste à aller dans une salle voisine demander son dessert à tel ou tel malade qu’on dit chargé de la distribution.

Aller en Galilée

Boutmy, 1883 : v. Remanier, remettre en galée. M. Ch. Sauvestre, qui, lui aussi, est un ancien typo devenu journaliste, nous signale cette expression pittoresque :

Aller en Galilée, dit-il, c’est faire des remaniements qui nécessitent le transport d’une page ou d’une portion de page du marbre, où elle était en forme, dans la galée, sur la casse. Aller en Germanie n’est rien, comparativement au guignon d’aller en Galilée.

Galilée est évidemment une corruption plaisante de galée.

Aller où le roi ne va qu’à pied

Larchey, 1865 : Ce rappel à l’égalité est de tous les temps. On disait au dix-septième siècle :

C’est à mots couverts le lieu où l’on va se décharger du superflu de la mangeaille…

Scarron, qui n’a pas dédaigné de donner l’hospitalité à cette métaphore éminemment philosophique, ajoute :

C’est ce qu’on nomme à Paris, chez les personnes de qualité, la chaise percée ; car depuis environ vingt ans la mode est venue de faire ses nécessités sans sortir de sa chambre, et cela par un pur excès de propreté.

Ame

d’Hautel, 1808 : C’est un corps sans ame. On appelle ainsi un homme dépourvu de toute sensibilité, sans pitié pour le malheur d’autrui ; une personne froide et indifférente, qui vit dans l’indolence la plus parfaite.
L’ame d’un fagot. Les menues branches que l’on place ordinairement au milieu.

Amour

d’Hautel, 1808 : C’est un amour en culotte. Expression facétieuse et dérisoire dont on se sert en parlant d’un damoiseau, d’un petit garçon rempli de prétentions et d’amour de soi même, et qui, comme Adonis, se croit un chef-d’œuvre de beauté et de perfection.
Un remède d’amour. Epithète injurieuse : femme d’une extrême laideur et totalement dépourvue de graces et d’amabilité.
Il n’y a pas de belles prisons ni de laides amours. C’est-à-dire quelque beau que soit un lieu, il paroit toujours affreux à celui qui y est détenu ; et que l’on s’aveugle facilement sur les imperfections d’une personne que l’on aime passionnément.

Delvau, 1864 : Sentiment de création moderne. Les anciens ne connaissaient que la fouterie, — ce que Théophile Gautier, un poète, a si fort à tort appelé un « sentiment ridicule accompagné de mouvements malpropres, » — et il était donné à notre génération, épuisée par tant de masturbations intellectuelles, d’inventer cette sinistre plaisanterie qui dépeuplerait promptement la terre, si les Auvergnats n’étaient pas là.

L’amour est une affection
Qui, par les yeux, dans le cœur entre,
Et par forme de fluxion
S’écoule par le bas du ventre.

(Régnier)

Delvau, 1864 : Substantif des deux genres : échange de deux fantaisies ; privilège pour toutes les folies que l’on peut faire ; pour toutes les sottises que l’on peut dire. — On a de l’amour pour les fleurs, pour les oiseaux, pour la danse, pour son amant, quelquefois même pour son mari : jadis on languissait, on brûlait, on mourait d’amour ; aujourd’hui, on en parle, on en jase, on le fait, et le plus souvent on l’achète.

(E. Jouy)

De son vit couturé de chancreuses ornières,
Pénétrer, chancelant, au fond d’un con baveux,
Mettre en contact puant les canaux urinaires,
De scrofules pourris, nous créer des neveux.
De spermes combinés faire un hideux fromage ;
Au fond de la cuvette, humide carrefour,
En atomes gluants voir le foutre qui nage…
Voilà l’amour !

(Paul Saunière)

Larchey, 1865 : Aimable comme l’Amour.

Armée de son registre, elle attendait de pied ferme ces amours d’abonnés.

(L. Reybaud)

Comme j’ai été folle de Mocker, quel amour de dragon poudré.

(Frémy)

Andouille

d’Hautel, 1808 : Il a le nez gros comme une andouille. Comparaison triviale et populaire, pour dire que quelqu’un a le nez gros et pointu.
Rompre l’andouille au genou. Négocier une affaire par des voies peu propres à la faire, réussir. On dit familièrement et dans le même sens, Rompre l’anguille au genou.

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a peu de vigueur, qui est indolent, sans caractère.

Delvau, 1864 : Le membre viril, dont les femmes sont si friandes, — elles qui aiment tant les cochonneries !

De tout te gibier, Fanchon,
N’aime rien que le cochon ;
Surtout devant une andouille,
Qu’aux carmes l’on choisira,
Elle s’agenouille, nouille,
Elle s’agenouillera.

(Collé)

Larchey, 1865 : Personne molle, sans énergie (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans caractère, sans énergie, — dans l’argot du peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.

Rigaud, 1881 : Personne sans énergie. Grand dépendeur d’andouilles, individu de haute taille, un peu sot. Les andouilles sont pendues au plafond. Il faut être grand pour les dépendre, et ce travail ne demande pas beaucoup d’intelligence.

Le grand dépendeur d’andouilles, qui l’endormait, a aussi disparu.

(Huysmans, Gaulois du 26 juin 1880)

France, 1907 : Sot. Grand dépendeur d’andouilles, triple sot.

Les hommes grands ne sont pas en faveur parmi le peuple ; il juge de leur esprit en sens inverse de leur taille. Ainsi, lorsqu’il qualifie quelqu’un de sot, il ne manque guère d’y joindre l’épithète de grand, pris dans le sens de long. Un nain lui parait alors un géant qui n’aurait qu’à étendre le bras pour dépendre une andouille, fut-elle raccourcie de moitié. C’est pour cela que, dans son langage, grand dépendeur d’andouilles est synonyme de sot, de niais, d’imbécile fieffé, puisque en fait de taille il n’y en a pas de supérieure à celle de l’individu qui se met, sans intermédiaire, en contact avec les plus hauts plafonds… Il y a, en quelques provinces, notamment en Bourgogne, ce dicton :
« Grand Niquedouille
Qui décroche des andouilles. »

…Il est question, dans Béroalde de Verville, non pas des dépendeurs, mais de dépouilleurs d’andouilles :

Or bien que nous faisions ici mine de rire si le disons-nous à la honte de ces despouilleurs d’andouilles (les cordeliers), pour les nettoyer, et qui nous voudroient reprendre, encore que toute leur vie soit confite d’actions impudentes. (Le Moyen de parvenir.)

(Charles Nisard)

Angoulême

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Bouche.

Delvau, 1866 : s. f. La bouche — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce mot à l’argot du peuple, par corruption du verbe français engouler, avaler, et non, comme le voudrait M. Francisque Michel, par une allusion plus ou moins ingénieuse et plus ou moins fondée à la réputation de goinfrerie de la capitale de l’Angoumois.

La Rue, 1894 : Bouche.

France, 1907 : La bouche, argot des voleurs ; imitation du vieux mot français engouler, mettre en goule, dont nous avons fait gueule, goulu, goulafre, gueuleton. Se caresser l’angoulême, manger et boire.

Animal

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et grossier que l’on adresse à quelqu’un dans un mouvement de colère, et qui signifie, et qui signifie sot, stupide, ignorant. Pour donner plus de force à cette épithète, le peuple y ajoute ordinairement le mot bête, et dit animal-bête.
« Jamais il ne faut dire d’un homme, c’est un animal, avance l’auteur d’une Néologie, mais l’on peut dire : c’est un anomal, d’après le mot grec, qui signifie irrégulier, sans règle ». Il me semble qu’il seroit mieux de ne dire ni l’un ni l’autre.

Apache

France, 1907 : Voleur, souteneur et, au besoin, assassin. Ce néologisme est de date récente ; il a été donné aux bandits de Paris et de la banlieue, en souvenir de la férocité de la tribu des Peaux-Rouges de ce nom.

Sans être lâche outre mesure,
Les apaches, je vous assure,
Qui, sous l’œil du gouvernement,
Empoisonnent la Métropole,
Me causent une terreur folle,
Rien que d’y penser seulement.

(Raoul Ponchon)

anon., 1907 : Nom dont s’affublent certains bandits de la capitale, qui vivent d’attaques nocturnes.

Apoplexie de templier

Delvau, 1866 : s. f. Coup de sang provoqué par une ingestion exagérée de liquide, capiteux. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Transport au cerveau par suite d’excès alcooliques. — Les templiers n’étaient pas précisément renommés pour leur sobriété. On a dit, pendant longtemps, boire comme un templier.

France, 1907 : Coup de sang provoqué par des excès de boisson et de mangeaille, suivant le proverbe : Boire comme un templier.

Aquiger

anon., 1827 : Faire.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faire. Il aquige le riflard : il fait le bourgeois.

Vidocq, 1837 : v. a. — Battre, blesser. On aquige aussi les cartes pour les reconnaître au passage, et les filer au besoin.

M.D., 1844 : Battre.

Halbert, 1849 : Prendre.

Larchey, 1865 : Palpiter. V. Coquer. Aquiger : Blesser, battre. — Aquiger les brèmes : Biseauter les cartes.

Delvau, 1866 : v. a. Battre, blesser, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Faire, — dans le même argot [des voleurs]. Aquiger les brimes. Faire une marque aux cartes à jouer, pour les reconnaître et les filer au besoin.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, — dans l’argot des faubouriens. Cependant ils disent plus volontiers quiger, et quelquefois ils étendent le sens de ce verbe selon la nécessité de leur conversation.

La Rue, 1894 : Prendre, dérober. Faire. Blesser. Battre. Endommager.

Virmaître, 1894 : Battre, blesser. On dit par corruption de celui qui est battu : il est attigé (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Prendre. Aquiger n’est pas le vrai mot, c’est quiger (Argot des voleurs).

France, 1907 : Prendre, dans l’argot des faubourgs et voler, dans celui des voleurs.

Arabe

d’Hautel, 1808 : Usurier, avare, turcaret ; homme sans miséricorde, sans pitié pour ses créanciers.

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme dur, inexorable, — dans l’argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis plus d’un siècle.

Rigaud, 1881 : Avare, usurier. (Hurtaut, dict. des homonymes, 1775)

Arguche

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.

Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs  : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.

Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.

Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.

Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.

Argument

Delvau, 1864 : Pousser un argument naturel et irrésistible ; c’est-à-dire une déclaration d’amour, sous la forme d’un bon vit — dans un bon con, qui ne trouve rien à redire à cela.

Sans brusquer une fillette,
Moi j’attends patiemment
Qu’elle soit bien en goguette
Pour pousser mon argument.

(E. C. Piton)

Arpionner

France, 1907 : Marcher. Voir Arpions.

Un jour, il en a assez d’arpionner les grandes routes, de manger du cheval crevé dans les cantines, de boire d’ignobles mixtures qui le grisent sans le désaltérer, de porter des vêtements qui fondent à la pluie et se racornissent au soleil, de vivre seul et sans le sou, guetté par le lit d’hôpital et la fosse commune.

(Lucien Descaves, Le Chemineau)

Artilleurs de la pièce humide

Merlin, 1888 : Infirmiers, par allusion à l’instrument de l’emploi. — On dit aussi : Artilleurs à genoux.

France, 1907 : Infirmiers militaires.

« C’est les mitrons », disait le bourgeois connaisseur sur un petit ton de pitié. « Ce sont les artilleurs de la pièce humide », soulignaient les voisins, des frondeurs plus méchants. Et sur nos fronts planait, non la Gloire aux ailes largement déployées, aux gestes superbes, à l’allure héroïque, mais la seringue du matassin, la seringue de Molière, la seringue d’étain, énorme, à canule, la seringue de café-concert, la seringue classique et démodée, emblème des basses œuvres médicales.

(« Germinal », Mot d’Ordre)

C’est un sauveur
Que l’artilleur
De la pièce humide ;
Dans son coup de feu,
C’est un vrai preu’ ;
Là, rien ne l’intimide,
Il est souvent couvert d’éclat,
Il n’en est pas plus fier pour c’la
L’artilleur de la pièce humide.

On dit, dans l’argot du peuple : Artilleur à genoux.

As de pique

d’Hautel, 1808 : Terme équivoque et satirique qui veut dire en propres termes, un niais, un idiot, un stupide.
Il est là comme un as de pique. Pour dire ne sait quelle contenance tenir ; il a l’air gauche, hébêté. Molière a fait usage de cette expression dans le Dépit amoureux.

Rigaud, 1881 : Le fondement. — Écusson en drap noir apposé au collet de la capote des soldats du bataillon d’Afrique.

Virmaître, 1894 : Se dit d’une femme qui possède abondamment ce que d’autres n’ont que très peu… (Argot du peuple). V. Fournitures.

France, 1907 : L’anus ; argot populaire.

L’infirmier, la seringue au poing, cria au malade : « Allons, montre ton as de pique. »

(Les Joyeusetés du régiment)

Atigé

Rigaud, 1881 : Malade. — Planque aux atigés, hôpital.

La Rue, 1894 : Malade. Planque aux atigés : hôpital.

France, 1907 : Malade ou ruiné.

Atout

d’Hautel, 1808 : Terme burlesque ; qui équivaut à mornifle, taloche, horion.
Il a reçu un fameux atout. Pour dire il a été rossé, équipé d’une belle manière.

Vidocq, 1837 : s. m. — Estomac.

un détenu, 1846 : Estomac.

Larchey, 1865 : Coup grave.

Voilà mon dernier atout… Vous m’avez donné le coup de la mort.

(Balzac)

Expression de joueurs de cartes, qui ont appliqué aux accidents de la vie le nom de l’ennemi que craignent leurs combinaisons. Atout : Courage (Vidocq).

Je ne me plains pas. Tu es un cadet qui a de l’atout.

(E. Sue)

Même allusion ; seulement elle est retournée. L’homme a ici l’atout dans le jeu de sa vie au lieu de l’avoir contre lui.
Atouser : Encourager (Vidocq). — C’est-à-dire donner de l’atout.

Delvau, 1866 : s. m. Aplomb, acquis, assurance, — dans l’argot du peuple qui sait par expérience que les gens de cœur marchent volontiers le front haut, comme défiant les lâches.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, monnaie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi capacités, talents.

Delvau, 1866 : s. m. Coup plus ou moins grave que l’on reçoit en jouant — maladroitement — des poings avec quelqu’un.

Delvau, 1866 : s. m. Courage, — parce que souvent au jeu de cartes, l’atout c’est du cœur.

Delvau, 1866 : s. m. Estomac, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Contusion ; coup de poing. Retourner atout, donner une gifle.

Rigaud, 1881 : Courage. — Avoir de l’atout, avoir du courage.

La Rue, 1894 : Courage. Coup. Estomac.

Virmaître, 1894 : Avoir du courage. Avoir des atouts dans son jeu. Un zouave rencontre son capitaine accompagné de sa femme, il leur lance au nez un pet à tout casser en criant : Atout. Le capitaine, se retournant, lui envoie un magistral coup de pied dans le cul en disant : Je coupe. Le soldat répond : Ah ! je ne savais pas que vous aviez la dame seconde ! Recevoir un atout : être sérieusement blessé. C’est sans doute d’atout que, par corruption, on a fait attiger (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Courage, audace, coup.

France, 1907 : Argent ; argot des faubouriens.

France, 1907 : Courage, aplomb, assurance : Quand on a les atouts dans son jeu, on va hardiment.

Tu m’as donné la bonne mesure, tu es un cadet qui a de l’atout.

(Eugène Sue)

Signifie aussi coup : recevoir des atouts, et, dans l’argot des voleurs, estomac.

Attendrir (s’)

Larchey, 1865 : S’attendrir sous l’empire d’un commencement d’ivresse. Dix minutes avant, le buveur attendri n’était qu’ému. Dix minutes encore, et il sera sur le point de pleurer.

Le capitaine qui avait religieusement vidé son verre à chaque mot, s’attendrit.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : v. réfl. Arriver à cette période de l’ivresse où l’on sent des flots de tendresse monter du cœur aux lèvres. Argot des faubouriens.

Avaler le goujon

Rigaud, 1881 : Mourir ; expression populaire, plus usitée au commencement du siècle que de nos jours.

Mais si j’tenions sur mon bord
Monsieur Pitt, par la ventredienne !
Oui j’li frais faire un plongeon,
Oui j’li frais avaler le goujon.

(Pus, Chans., 1806)

Avant-scène

Delvau, 1864 : La gorge des femmes, parce qu’elle avance plus que le reste du corps en dehors de la perpendiculaire, et que c’est la première chose que l’on remarque.

Ce ne sont pas les avant-scène qui lui manquent, mâtin !

(Barthet)

Virmaître, 1894 : Les seins. Ils avancent, en effet, quand… il y en a. (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Avantage

Virmaître, 1894 : Les seins. Avantage, oui, quand il fait froid, mais pendant les grandes chaleurs ? (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Avesprir

Delvau, 1866 : v. n. Faire nuit, — dans le même argot [du peuple], où l’on retrouve une multitude de vieilles formules pittoresques et étymologiques. Avesprir ! Vous voyez aussitôt se lever à l’horizon l’Étoile de Vénus, — Vesper est venu !

Avoir la peau trop courte

Delvau, 1866 : v. a. Faire, en dormant, des sacrifices au dieu Crépitus, — dans l’argot du peuple, qui croit que le corps humain n’a pas une couverture de chair suffisante, et que lorsque l’hiatus de la bouche se ferme, l’hiatus opposé doit s’ouvrir, d’où l’action de crepitare.

Babillarde

Ansiaume, 1821 : Lettre.

J’ai fait broder une babillarde à mon daron pour lui demander du carle.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Lettre, épître.

Bras-de-Fer, 1829 / Clémens, 1840 : Lettre.

Halbert, 1849 : Lettre, épître.

Delvau, 1866 : s. f. Montre.

Rigaud, 1881 : Lettre.

Rigaud, 1881 : Montre, pendule.

La Rue, 1894 : Lettre. Montre.

Virmaître, 1894 : Lettre.
— T’en fais du chi-chi dans la menteuse de babillarde (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Montre. Allusion à son tic-tac qui malgré sa monotonie babille et égaie la solitude (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Lettre.

Dans le courrier de ce matin, j’avais douze babillardes.

Hayard, 1907 : Lettre.

France, 1907 : Lettre, montre. Babillarde volante, télégramme.

Il y a à craindre que la petite ne s’y prenne maladroitement en trouvant la babillarde… qu’elle n’ai attiré l’attention soit des surveillantes, soit de ses voisines en déployant le fafiot.

(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Baderne

La Rue, 1894 : Vieil imbécile.

France, 1907 : Cette épithète est généralement adressée aux anciens militaires retraités. Une baderne, en termes de marine, est un paillasson fait de vieux cordages.

Bagasse

d’Hautel, 1808 : Une vieille bagasse. Au propre, guenille, prétintaille en lambeaux ; au figuré, épithète outrageante qui équivaut à Gourgandine, Coureuse, femme qui a passé sa jeunesse dans la débauche et la prostitution.

Delvau, 1864 : Vieux mot pour désigner une putain :

…La plus grande bagasse de la ville.

(Brantôme)

O Dieu ! que l’homme est malheureux qui épouse de telles chiennes et bagasses.

(Tournebu)

Bague

d’Hautel, 1808 : C’est une bague au doigt. Se dit d’une propriété que l’on a acquise, qui ne nécessite aucune dépense, et dont on peut se défaire avantageusement en toute occasion.

Vidocq, 1837 : s. m. ab. — Nom propre.

Delvau, 1864 : On se sert quelquefois de ce mot pour désigner les parties naturelles de la femme :

Il s’en alla chercher une place éloignée
Pour enfiler la bague et rembourrer le bas
De celle qu’il avait choisie pour ses ébats.

(Théophile)

Carvel, j’ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague et ne la lâches ;
Car tandis qu’au doigt tu l’auras,
Ce que tu crains point ne sera.

(La Fontaine)

…Du chevalier s’est accusée, qui, comme l’autre, l’avait bien baguée.

(Les Cent Nouvelles nouvelles)

Delvau, 1866 : s. f. Nom propre, — dans le même argot [des voleurs], par allusion à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.

France, 1907 : Nom propre, argot des voleurs, par allusion, dit Delvau, à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.

Baiser (se faire)

Rigaud, 1881 : Se laisser tromper grossièrement, se laisser voler. — Être baisé, être trompé, avoir le dessous dans une affaire d’amour, dans une affaire quelconque, dans une partie de jeu. « — Capitaine ! — Commandant ? — Vous allez faire la partie de la colonelle ; attention ! pas de blagues, pas de mots risqués. — Ayez pas peur… je veux que le tonnerre de N. D. D. m’emporte si… » On joue : Le capitaine (annonçant :) — « Le roi, (entre ses dents :) un foutu gueux. » — La colonelle : « La dame de pique. » — Le capitaine : « Je lui fends le c… (d’une voix de stentor :) atout, ratatout, le poil de mes… moustaches et je prends tout… vous êtes baisée, ma petite mère. »

Baiser ou foutre en cygne

Delvau, 1864 : Baiser une femme à la façon de Jupiter Léda, à genoux et ses jambes sur les épaules.

Baiser sur le pouce

Delvau, 1864 : Tirer un coup précipitamment, là où l’on se trouve, sur une chaise, sur un meuble, sur une botte de paille, etc.

Je t’ai baisée sur le pouce, ça ne compte pas : nous recommencerons sur le lit, quand ton mari sera à son bureau.

(Seigneurgens)

Bal

d’Hautel, 1808 : Donner le bal à quelqu’un. Pour dire le chapitrer, le gronder, lui faire danser les olivettes ; le châtier rudement.

Rigaud, 1881 : Prison. — Poteaux de bal, amis de prison. Bal est l’apocope de ballon qui a la même signification en argot.

Fustier, 1889 : Peloton de punition. Argot militaire.

La Rue, 1894 : Prison.

France, 1907 : Prison. Poteaux de bal, amis de prison. Aller au bal, aller au peloton de punition ; argot militaire. Mettre dans le bal, engager une dupe dans une partie pour la dépouiller. Donner le bal, donner des coups.

Balcon (avoir du monde au)

Virmaître, 1894 : Femme qui possède des seins volumineux (Argot du peuple). V. Capitonnée.

Bamboche

d’Hautel, 1808 : Sobriquet donné à un peintre célèbre (P. Van-Laër) d’abord à cause de sa difformité ; puis ensuite par allusion au genre de peinture qu’il avoit adopté, qui consistoit à représenter des auberges, des boutiques, des forges, et autres caricatures. Aujourd’hui c’est un terme de mépris qu’on applique à tout ce qui est petit, laid et grotesque.
Faire ses bamboches. Signifie, en style populaire, se livrer à de grands écarts ; mener une vie libertine et débauchée.

Delvau, 1866 : s. f. Petite débauche, de quelque nature qu’elle soit. Argot des faubouriens. Être bamboche. Être en état d’ivresse. Faire des bamboches. Faire des sottises plus ou moins graves, qui mènent en police correctionnelle ou à l’hôpital.

Delvau, 1866 : s. f. Plaisanterie ; chose de peu de valeur. Dire des bamboches. S’amuser à dire des contes bleus aux hommes et des contes roses aux femmes.

Bande noire

France, 1907 : On désignait de ce nom une association de spéculateurs, composée généralement de capitalistes qui achetaient en bloc les grandes propriétés foncières, pour les revendre au détail Maintenant ce nom est donné plus spécialement à une vaste association de filous qui, spéculant le plus souvent à l’étranger, se font expédier, sous de faux noms et à l’aide de fausses références, des marchandises qu’ils ne payent jamais et revendent à vil prix. C’est à Londres, surtout, et dans quelques autres villes de l’Angleterre et du continent, que fleurit cette bande de coquins.

Elle ne douta plus un instant qu’il ne fit partie de la fameuse bande noire qui a son centre spécial dans un café du voisinage de Leicester Square, et des ramifications dans une douzaine de tavernes mal famées de la métropole, où l’on met systématiquement à rançon les maisons de commerce du continent, assez confiantes pour envoyer sur d’illusoires garanties leurs marchandises à ces forbans.

(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)

Baptiser

d’Hautel, 1808 : Frelater, mélanger, falsifier.
Du vin baptisé. C’est-à-dire, dans lequel on a mis beaucoup d’eau ; fraude très-commune parmi les marchands de vin de Paris.
Un mulet baptisé. Épithète outrageante que l’on donne aux hommes de peine, aux porte-faix, aux crocheteurs.

Baquet insolent

Rigaud, 1881 : Baquet de blanchisseuse. — La blanchisseuse elle-même. — Habituées à voir tant de saletés, ces dames ne se privent pas d’en dire, et leurs insolences sont capitonnées de grossièretés ordurières.

Rossignol, 1901 : Laveuse qui n’a généralement pas des mots recherchés lorsqu’elle se dispute.

Baragouin

d’Hautel, 1808 : Bredouillement, langage précipité, obscur et corrompu, très-difficile à comprendre.
On dit aussi par sobriquet d’un homme qui se hâte trop en parlant, ou dont les idées et les paroles sont confuses et obscures que C’est un vrai baragouin.

Baragouineur

d’Hautel, 1808 : Barbouilleur, bégayeur, bredouilleur ; celui qui parle avec trop de précipitation et d’une manière inintelligible.

Baraque

d’Hautel, 1808 : Cahutte, masure, maison en mauvais état et de nulle valeur. Au figuré, terme de dénigrement ; atelier, boutique, maison où les ouvriers sont mal payés, et les domestiques mal nourris.

Delvau, 1866 : s. f. Maison où les maîtres font attention au service, — dans l’argot des domestiques. Journal où l’on est sévère pour la copie, — dans l’argot des aspirants journalistes.

Rigaud, 1881 : Chevron, — dans le jargon du régiment. Par abréviation de baraquement, campement. — Un vieux pied de banc à trois baraques.

Rigaud, 1881 : Pupitre d’écolier.

Sa baraque, en étude, ressemble à ces sacs-bazars qui donnaient tant d’originalité à nos zouaves de l’expédition de Crimée.

(Les Institutions de Paris, 1808)

Rigaud, 1881 : Terme de mépris pour désigner une maison, un magasin, un établissement. Baraque, le magasin dont le patron paye mal ses commis ; baraque, l’administration qui surmène ses employés ; baraque, la maison où les domestiques ne peuvent pas voler à leur aise.

Merlin, 1888 : Chevron ; peut-être en raison de sa forme de V renversé, imitant un toit.

Fustier, 1889 : Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle.

Le jeu de la baraque se compose d’une planchette de cuivre casée à l’angle d’un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon ! l’adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c’est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C’est pour rien ! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.

(Paris-Journal, 1882)

Virmaître, 1894 : Maison construite en plâtre, en torchis, provisoirement. Maison où la patronne va par méfiance au marché avec sa bonne. Maison où l’on enferme le vin et les liqueurs. Maison où l’on chipote sur tout, où l’on rogne même la nourriture.
— Tenez, voilà mon tablier, je n’en veux plus de votre baraque, j’en ai plein le dos (Argot du peuple).

France, 1907 : Nom donné par les domestiques à la maison de leurs maîtres. Chevron que les soldats portaient autrefois sur la manche gauche et qui indiquait un certain temps accompli sous les drapeaux. La première baraque après sept ans de service ; la deuxième après onze ans, et la troisième après quinze. Sorte de jeu qui se compose d’une planchette de cuivre à l’angle d’un billard et percée de 25 cuvettes numérotées.

Barbaudier

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Gardien. Barbaudier de castu, gardien d’hôpital.

Bras-de-Fer, 1829 : Gardien.

Halbert, 1849 : Portier.

Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). — Il est chargé du barbot des prisonniers.

La Rue, 1894 : Guichetier.

France, 1907 : Guichetier ; on dit aussi barbotier, parce qu’ils fouillent et barbotent les prisonniers.

Barbaudier de castu

anon., 1827 : Gardien d’un hôpital.

Halbert, 1849 : Gardien d’hôpital.

Barbaudier du castu

Vidocq, 1837 : s. m. — Gardien d’hôpital.

Barbaudier, barbotier

Rigaud, 1881 : Guichetier. — Barbaudier de castu, concierge d’hôpital. Il est chargé de fouiller, barboter les visiteurs.

Barbe

d’Hautel, 1808 : Ivresse, passion du vin chez les ouvriers imprimeurs. Les lundi, mardi, mercredi de chaque semaine outre le dimanche, sont les jours consacrés à prendre la barbe ; jours perfides qui font la désolation des auteurs, des libraires, la mine des maîtres, et qui conduisent infailliblement les compagnons à l’hôpital.
Avoir la barbe. Être complètement ivre.
Prendre la barbe. Faire la ribotte, se griser, se souler, se laisser abrutir par le vin. Lorsque quelqu’un tient des discours déraisonnables, ou fait des propositions ridicules, on lui demande, S’il a la barbe. Toutes ces locutions ne sont usitées que parmi les imprimeurs.
Rire sous barbe. Rire intérieurement et avec malice ; ressentir un plaisir secret que l’on manifeste à l’extérieur par des signes ironiques.
Il s’en torchera les barbes. C’est-à-dire, il s’en passera ; il n’y a rien pour lui dans cette affaire.
Faire la barbe à quelqu’un. Le surpasser dans une science ou un art quelconque ; lui être infiniment supérieur.
À son nez, à sa barbe. Pour dire que l’on a fait quelque chose à la vue de quelqu’un, à dessein de se moquer de lui, de l’insulter.

Delvau, 1866 : s. f. Ivresse, — dans l’argot des typographes. Avoir sa barbe. Être ivre.
On dit aussi Prendre une barbe. Se griser.

Rigaud, 1881 : Ivresse, dans le jargon des ouvriers. — Prendre une barbe, se griser. Avoir sa barbe, être soûl.

Boutmy, 1883 : s. f. La barbe dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, c’est ce moment heureux, ce moment fortuné, qui procure au malheureux une douce extase et lui fait oublier ses chagrins, ses tourments et sa casse ! Que ne trouve-t-on, pas dans cette dive bouteille ? Pour tous, elle est un soulagement aux travaux ennuyeux ; pour quelques-uns moyen de distraction ; d’autres y cherchent l’oubli, un certain nombre l’espérance.

La barbe a des degrés divers. Le coup de feu est la barbe commençante. Quand l’état d’ivresse est complet, la barbe est simple : elle est indigne quand le sujet tombe sous la table, cas extrêmement rare. Il est certains poivreaux qui commettent la grave imprudence de promener leur barbe à l’atelier ; presque tous deviennent alors Pallasseurs, surtout ceux qui sont taciturnes à l’état sec.

Fustier, 1889 : Répétition.

Une barbe, c’est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s’assied, on le rase, il paye, c’est une barbe !

(Richepin)

Virmaître, 1894 : Beau mâle, gars solide.
— Mon homme est un rude barbe.
Il y a des barbes qui, dans certains quartiers, sont en réputation comme autrefois les terreurs (Argot des filles et des souteneurs).

Virmaître, 1894 : Vieux. Par corruption on dit : birbe. On appelle les vieux de 1848 qui survivent : des vieilles barbes (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ennuyer quelqu’un en lui causant est lui faire la barbe ; on dit aussi raser.

France, 1907 : Souteneur. Abréviation de barbot. Vieille barbe, politicien de la vieille école, homme de 1848. Avoir sa barbe, être ivre, d’où : prendre une barbe, pour se griser. On appelle aussi barbe une répétition donnée à un candidat au bachot. Faire sa barbe, c’est, en argot des coulisses, gagner de l’argent.

Barbeaudier

Delvau, 1866 : s. m. Concierge, — dans l’argot des voleurs. Barbeaudier de castu. Gardien d’hôpital.

Bardache

Delvau, 1864 : Pédéraste actif ou passif, au choix — des autres.

C’est là un cul de châtré ou de bardache, si jamais il y en a eu.

(La Popelinière)

Le capitan était bardache :
Godefroy, seigneur de Bouillon,
L’encula dans une patache.

(B. de Maurice)

France, 1907 : Jeune garçon dont les gens de mœurs levantines abusent. On disait enfant d’honneur.

Le prince de Bidache
Criait aux Allemands :
Rendez-moi mon bardache.

(Tallemant des Réaux)

Barre (compter à la, tenir sa comptabilité à la)

Rigaud, 1881 : Ce genre de comptabilité, encore en usage chez quelques marchands de vins, consiste à marquer chaque objet de consommation au moyen d’une barre faite à la craie sur une ardoise. Au noble jeu de tourniquet, l’ardoise marche un train d’enfer, et quelquefois, dans sa précipitation, le marchand de vin aligne quelques barres de plus.

Basane

Delvau, 1866 : s. f. Amadou, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Peau du corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Tanner la basane. Battre quelqu’un.

La Rue, 1894 : Peau du corps humain. Amadou. Faire une basane. Défier du geste.

Virmaître, 1894 : Peau. Les tabliers des forgerons se nomment basane (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Taper sa cuisse en faisant avec la main un geste significatif et dire : « Tiens, voilà pour toi, ou va porter ça à ton capitaine », est tailler une basane.

France, 1907 : La peau. Tanner la basane à quelqu’un, le battre ; tailler une basane, « Geste grossier qu’explique d’une manière assez pittoresque le libellé de punition suivant, dont on nous garantit l’authenticité : Untel, quatre jours de salle de police, ordre du sous-officier X…, a répondu à ce sous-officier en lui taillant une basane : la main appliquée sur la braguette du pantalon, et lui faisant décrire une conversion à gauche, avec le pouce pour pivot et le petit doigt pour aile marchante. » (Léon Merlin, La langue verte du troupier)

On dit aussi basane pour amadou.

Basane (tailler une)

Merlin, 1888 : Geste grossier qu’explique d’une manière assez pittoresque le libellé de punition suivant, dont on nous garantit l’authenticité : Untel, quatre jours de salle de police, ordre du sous-officier X…, a répondu à ce sous-officier en lui taillant une basane : la main appliquée sur la braguette du pantalon, et lui faisant décrire une conversion à gauche, avec le pouce pour pivot et le petit doigt pour aile marchante.

Bateau de fleurs

France, 1907 : Maison de tolérance, terme poétique venu de l’Extrême Orient, où ces maisons sont d’ordinaire installées sur des bateaux.

Il est bon de savoir que ce diable de Roland avait adopté depuis de longues années une maison… close… une de ces maisons hospitalières… que les Chinois, dans leur langage ourlé, nomment un bateau de fleurs… et que Zola appelle dans son style naturaliste, un… Ma foi !… je n’ose pas.
Enfin, la maison était située rue ***, numéro 60.

(Pedro Garcias)

Dis un bordel, imbécile !

Bâtir

d’Hautel, 1808 : Une maison bâtie de boue et de crachat. C’est-à-dire, construite à la légère et avec de mauvais matériaux.
Bâtir sur le devant. Devenir gros et gras ; se faire un ventre à la maître d’hôtel.
Qui bâti ment. Calembourg pitoyable, pour exprimer qu’un homme qui fait bâtir, est toujours obligé de dépenser plus qu’il ne se l’étoit d’abord proposé.
Un mal bâti. Bamboche ; homme mal tourné, rempli d’imperfections.

Rigaud, 1881 : Mettre en page. — Bâtir la deux, caser sur la forme les paquets qui constitueront la seconde page d’un journal.

Fustier, 1889 : Terme de couturière ; coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l’essayage, des retouches à opérer.

Deuxième séance ; essayage des toilettes bâties.

(Gaulois, 1881)

France, 1907 : Être enceinte. Bâtir sur le devant, prendre du ventre.

Bâton (faire)

Delvau, 1864 : Bander.

Le temps… où la première guenon venue qui me mettait la main dessus me f’sait faire bâton pendant quinze jours.

(Lemercier de Neuville)

J’crois ben qu’ la seul’ médecine
Qui pourrait m’ guérir tout d’ bon
Et m’empécher d’fair’ bâton,
Ce s’rait d’ fair’ sombrer ma pine,
Capitain’, dans un pied d’con.

(G. De La Landelle)

Battant

d’Hautel, 1808 : Un habit tout battant neuf. Pour dire un habit nouvellement fait, nouvellement acheté.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Estomac. Faire trimer le battant, ne rien manger, jeûner.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cœur.

Larchey, 1865 : Cœur (Vidocq). — Mot imagé. C’est le cœur à son état ordinaire. Il ne mérite pas encore le nom de palpitant.

Delvau, 1866 : s. m. Le cœur, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Cœur. — Estomac.

Rigaud, 1881 : Neuf, luisant de propreté. La langue régulière a le mot « battant neuf. »

La Rue, 1894 : Cœur. Langue. Neuf : tout battant neuf.

Virmaître, 1894 : L’estomac.
— J’ai le ventre creux, rien à me coller dans le battant (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Le cœur (Argot des voleurs). V. Grand ressort.

Rossignol, 1901 : Le cœur ; on dit aussi le palpitant.

France, 1907 : Le cœur ; argot des voleurs. Lorsqu’il bat fort, ils l’appellent palpitant, Se pousser dans le battant, boire ; faire trimer le battant, manger ; n’avoir rien dans le battant, être à jeun. Battant se dit aussi pour neuf ; on a conservé l’expression battant neuf.

Hier, sur le coup de deux heures de l’après-midi, le nouveau ministère, tout battant neuf, reluisant, tiré à quatre épingles, frais, coquet, est entré à la Chambre ; — moins de trois heures après il en est ressorti, l’oreille basse, le pan de l’habit déchiré, un œil au beurre noir, trébuchant, lamentable, avec toute l’apparence d’un lutteur qui, peut-être, est sorti victorieux d’une lutte à main plate, mais qui, assurément, a reçu, au cours de l’engagement, de sérieux horions.

(Victor Meunier, Le Rappel)

Bazar

Delvau, 1864 : Bordel, — qui est en effet un endroit où l’on expose la femme comme marchandise.

Je suis la patronne de ce bazar, la mère de dix-huit petites dames.

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Maison chétive, ou mal distribuée.

Petit bazar entre cour et jardin.

(Labiche)

Bazar : Mobilier.

J’ai vendu la moitié de mon bazar pour payer le médecin.

(E. Sue)

Mot contemporain de notre entrée en Afrique. Bazarder : Vendre.

J’ai bazardé mon pantalon.

(Les Tribunaux)

Delvau, 1866 : s. m. Ensemble d’effets mobiliers, — dans l’argot de Breda-Street.

Delvau, 1866 : s. m. Maison où les maîtres sont exigeants, — dans l’argot des domestiques paresseux ; maison quelconque, — dans l’argot des faubouriens ; maison de filles, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Maison de tolérance. Terme de mépris pour désigner une maison, un établissement quelconque. Envoyer promener tout le bazar, envoyer promener toute la maison.

Rigaud, 1881 : Mobilier, vêtements. — Laver tout le bazar, vendre tout le mobilier.

Rigaud, 1881 : Or étranger, or à bas titre, — dans le jargon des bijoutiers.

Fustier, 1889 : Lycée, pension.

Les jeunes citoyens de l’avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.

(Événement, 1881)

France, 1907 : Maison de tolérance, bordel, terme militaire ; précédé de sale, appellation que donne les domestiques à la maison de leurs maîtres. Se dit aussi des menus objets que possèdent dans leurs pupitres les écoliers. Bazar signifie aussi lycée et pension, dans l’argot des potaches.

Bazarder

Delvau, 1866 : v. a. Vendre, trafiquer. Bazarder son mobilier. S’en défaire, l’échanger contre un autre.

Rigaud, 1881 : Se défaire d’un objet. — Bazarder son mobilier, vendre son mobilier. — Dans l’argot du régiment, bazarder c’est vendre ses effets de linge et de chaussures.

Au bataillon d’Afrique, la fréquence de ce délit en fait une vertu de corps. Tout conscrit doit, au moins, vider une fois son havre-sac.

(A. Camus, Les Bohèmes du drapeau)

France, 1907 : Vendre.

Elle vendit, bazarda d’urgence, sans pitié, fermes et domaines, y compris le rustique castel où elle était née, le pigeonnier de ses ancêtres, comme elle l’appelait en ricanant.

(Albert Cim, Institution de Demoiselles)

Beauté

d’Hautel, 1808 : Elle a la beauté du diable. C. à. d. la jeunesse ; se dit quelquefois par dénigrement d’une femme qui, sans être belle, ne laisse pas néanmoins par la fraîcheur de son teint, les grâces et l’amabilité de sa personne, de s’attirer les regards et les suffrages des hommes, en dépit de ces beautés froides et inanimées qui semblent rejeter dédaigneusement toute espèce d’hommage.

Bédouin

Delvau, 1866 : s. m. Garde national de la banlieue autrefois, — dans l’argot des voyous irrespectueux. Ils disaient aussi Gadouan, Mal-ficelé, Museau, Offarmé, Sauvage.

Delvau, 1866 : s. m. Homme dur, brutal, — dans le même argot [du peuple].

France, 1907 : Homme dur, impitoyable. Les Anglais disent dans le même sens : Tartar.

Belgique (la fuite en)

Rigaud, 1881 : Départ précipité à l’étranger pour cause de soustraction. La plupart des caissiers infidèles, les banqueroutiers, s’en vont à tire-d’aile vers des climats hospitaliers. La Belgique, pays limitrophe, a été choisie de préférence.

Belle minette

France, 1907 : Surnom donné aux petites dames.

Filles aimables, prêtresses de Vénus, vierges folles, horizontales de grande marque, apéritives et belles minettes, écoutez l’histoire suivante :
La doyenne des femmes galantes de Paris, celle qui s’était appelée Du Harlay, l’amie de la Guimard, la maîtresse de Barras, du beau Barras, vient de mourir à l’hôpital de Pontarlier.
Elle était née en 1780. Le vice et la misère en avaient fait un être repoussant.

(Gil Blas)

Bénir ses pieds

Delvau, 1866 : v. a. Être pendu, — dans l’argot impitoyable du peuple, qui fait allusion aux derniers gigottements d’un homme accroché volontairement à un arbre ou involontairement à une potence.

Béta

d’Hautel, 1808 : Un gros béta. Épithète grossière et choquante qu’on applique ordinairement à un homme ignorant, épais, sot et borné ; à un ouvrier gauche et maladroit.

Virmaître, 1894 : Niais, crétin, superlatif d’imbécile (Argot du peuple).

Bête à deux dos (faire la)

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, pendant lequel les deux fouteurs, cellés ensemble par le ventre, ont l’air de n’avoir que des dos. — L’expression a de l’usage. Coquillart s’en est servi, Rabelais après lui, et, après Rabelais, Shakespeare — dans la première scène d’Othello :

Your daughter and the Moor are now making the beast with two backs…

On s’en sert toujours avec avantage dans la conservation.

France, 1907 : Faire l’amour ; accomplir l’acte qui perpétue l’espèce humaine. L’expression est de vieille date.

Il est difficile à un auteur dramatique de s’échapper des sujets reconnus d’utilité théâtrale et de pratiquer une conception supérieure au mensonge sempiternel de l’amour et aux variations écœurantes de la bête à deux dos. En vain, nous réclamons, pour l’art dramatique avili, un champ plus vaste et plus haut d’expérience : il semble condamné au bagne de la pornographie macabre, sinistre ou farceuse, aux truculences de la pièce rosse, poncif du Théâtre-Libre, ou aux éjaculations idiotes du Vaudeville.

(Henry Bauër, Les grands Guignols)

… Les rideaux
Sont tirés. L’homme, sur la femme à la renverse,
Lui bave entre les dents, lui met le ventre en perce,
Leurs corps, de par la loi, font la bête à deux dos.

(Jean Richepin, Les Blasphèmes)

Bêtises (faire des)

Delvau, 1864 : Patiner une femme, peloter un homme : baiser ; sodomiser.

Sois bien sage et bien raisonnable, mais pas trop cochon ; si nous voulons, nous ferons des bêtises.

(Henry Monnier)

Lors le prélat, relevant son étole,
Après m’avoir caressé le menton,
M’ fit des bétis’s au pied du Capitole :
J’ai, mes amis, toujours été cochon.

(Parnasse satyrique)

Bibi

Delvau, 1864 : Jouvenceau, mignon qui sert aux plaisirs libertins des vieillards — le giton du Satyricon, le Ganymède de Jupiter, l’officiosus des bains publics, à Rome ; ou mignon de dame.

Larchey, 1865 : Petit chapeau de femme.

Malaga portait de jolis bibis.

(Balzac)

Bibi : Nom d’amitié donné à l’homme ou à la femme dont on est coiffé.

Paul, mon bibi, j’ai bien soif. — Déjà ?

(Montépin)

Delvau, 1866 : s. m. Petit nom d’amitié, — dans l’argot des faubouriens ; petit nom d’amour, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers. La mode exige aujourd’hui que les chapeaux d’hommes soient pourvus de très petits bords ou, mieux, soient dépourvus de bords. — J’ai lâché le bibi, j’ai arboré le chapeau haute forme.

Rigaud, 1881 : Fausse clé de petit calibre.

Rigaud, 1881 : Nom d’amitié donné indistinctement aux gens et aux bêtes, ou qu’on s’octroie à soi-même. — « C’est à Bibi ça. »

 

J’aime pas qu’on fasse des manières avec Bibi.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

Rigaud, 1881 : Nom donné aux chapeaux de femmes, vers la fin du règne de Louis-Philippe, parce que ces coiffures étaient très petites.

Dans le vieux patois bourguignon, on désignait par bibi un petit objet, de quelque nature que ce soit, servant d’amusette aux enfants.

(Ch. Nisard)

Merlin, 1888 : Lignard.

Virmaître, 1894 : Instrument de cambrioleur (Argot des voleurs). V. Tâteuse.

France, 1907 : Nom d’amitié décerné à soi-même.

Les plus farouches amis du peuple, bourgeois ou prolétaires, chacun travaille pour son singe, suivant l’expression de certain conseiller municipal manquant de lettres, ce que Jules Vallès, dans l’intimité, résumait par ce mot en montrant son puissant abdomen : « Le pauvre, c’est bibi. »

(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne)

Ce mot ne viendrait-il pas du patois béarnais bibe, vivre, bibi, je vis ?
On appelait, vers 1830, un certain petit chapeau de femme un bibi.
Bibi
signifie aussi couteau et fausse clé, dans l’argot des voleurs.

S’il faut en croire, dit Lorédan Larchey, un feuilleton publié par Holstein, dans le Constitutionnel du mois de septembre 1872, bibi aurait détrôné monseigneur depuis longtemps.
C’était un bout de dialogue recueilli à la police correctionnelle (en 1848) :
— Accusé, disait le président, au moment de votre arrestation, on a surpris sur vous un trousseau de fausses clés. — Non, citoyen président. — C’était donc un monseigneur ? — Il n’y a plus de monseigneur, citoyen président. — Vous comprenez ce que je veux dire : pour employer votre langue, j’entends un rossignol. — Eh bien ! moi, je ne l’entends pas le rossignol, sans doute parce que je suis en cage. — Prenez garde ! Trêve de jeux de mots ; ils sont déplacés ici plus qu’ailleurs. Vous savez fort bien ce que je veux dire par fausses clés, rossignol, monseigneur ! — Parfaitement, citoyen président, vous voulez dire bibi.
Nous devons ajouter qu’au moment même où paraissait le feuilleton de Holstein, les journaux judiciaires disaient, en parlant de l’arrestation de faux monnayeurs, qu’on avait trouvé à leur atelier, boulevard de Grenelle, un monseigneur. Donc, monseigneur n’est pas encore détrôné tout à fait par bibi.

Bibles

France, 1907 : Papiers en général, notes, lettres ; argot des voleurs.

Il palpa un portefeuille de cuir usé, le tira, l’ouvrit et en examina le contenu rapidement :
— Des babillardes ! des bibles ! fit il dépité, en ne trouvant dans la poche du portefeuille que des quittances, des notes, des lettres.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Biblot

Vidocq, 1837 : s. m. — Outil d’artisan.

Larchey, 1865 : Objet de fantaisie propre à décorer une étagère. — Abréviation de bimbelot : jouet d’enfant.

Il y a biblot et biblot : celui qu’on gagne à la fête de Saint-Cloud et celui que cent capitaines de navire ont à grands frais rapporté de toutes les îles connues ou inconnues.

(Mornand)

Mon biblot : Dans la bouche d’un soldat, signifie Mon attirail militaire.
Biblot : Bijou.

Trouve-moi des dentelles chouettes ! et donne-moi les plus reluisants biblots.

(Balzac)

Biblot : Outil d’artisan (Vidocq).

Rigaud, 1881 : Les militaires nomment « biblot » tout ce qui leur sert au régiment, depuis l’aiguille à coudre jusqu’au fusil à aiguille. Le biblot, c’est l’attirail du troupier. Quand son biblot est au grand complet dans son sac, qu’il est en tenue de campagne, il dit qu’il porte « tout le tremblement ».

Rigaud, 1881 : Outil d’ouvrier.

Bifteck ou bidoche à carabin

France, 1907 : Chair de morgue, d’hôpital ou de guillotine.

Entre autre, il a souci de sa dépouille ; ne résiste pas au désir de jouer un tour à la Faculté ; réclame son corps, lui-même : « Comme Prado et les autres, je ne veux pas aller à l’amphithéâtre. C’est pas parce qu’on m’aura coupé en deux que je serai devenu de la bidoche à carabin. »

(Séverine, Le Journal)

Bifurqué

France, 1907 : Collégien qui, arrêté au point où l’étude des sciences se sépare de l’étude des lettres, abandonnait cette dernière pour celle des sciences. Ce système de bifurcation commença en 1832.

De mon temps, la bifurcation des études y était inscrite. On plaçait les élèves de quatrième à la fourche de deux chemins, comme Hercule, et l’on demandait à ces jeunes gens, qui, pour la plupart, n’avaient encore manifesté de dispositions que pour le chat perché ou l’élevage des vers à soie dans un pupitre, s’ils se destinaient aux lettres ou aux sciences, si la gloire d’un Racine ou d’un Bossuet les sollicitait plus que celle d’un Laplace ou d’un Cuvier. Il eût été aussi raisonnable de tirer la chose à l’as de cœur.

(François Coppée)

Birbe, birbette, birbon

France, 1907 : Vieillard.

Les dames des tables d’hôte ont adopté trois mots pour peindre la vieillesse ; à cinquante ans, c’est un birbon ; à soixante ans c’est un birbe ; passé ce délai fatal, c’est une birbette. On ne lui fait plus même les honneurs du sexe masculin.

(Léo Lespès)

Un vieux birbon voyait maigrir sa femme. Le médecin fut mandé promptement.
— Vous êtes grosses ? et de combien, madame ?
— Hélas ! monsieur, d’une fois seulement.

(A. Glatigny)

Tu me verrais moins honteux,
Si je te savais un homme
Jeune et comme
N’est pas ce birbe piteux.

Biture

Larchey, 1865 : Excès de boisson. — Du vieux mot boiture : goinfrerie. V. Roquefort.

N’aspirons-nous le grand air que pour l’ineffable joie d’engloutir impunément du piqueton jusqu’au gobichonnage majeur, jusqu’à prendre une biture ?

(Luchet)

Delvau, 1866 : s. f. Réfection copieuse, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Béatitude bachique, nourriture copieuse. — Se flanquer, s’administrer une biture soignée.

Rossignol, 1901 : Être ivre à ne plus pouvoir marcher est avoir une biture.

Hayard, 1907 : Ivresse.

France, 1907 : Repas copieux, fortement arrosé de boisson. Se coller une biture carabinée.

Le seul plaisir un peu pittoresque qu’on se donne en pays étrangers, c’est une bosse avec les Anglais. Une bosse ou une biture, c’est-à-dire une orgie, est de rigueur en certaines circonstances.

(G. de La Landelle, Les Gens de mer)

Blaguer

d’Hautel, 1808 : Mentir, hâbler, gasconner ; railler, se mocquer, se jouer de quelqu’un ; tenir des propos ridicules, des discours dénués de sens commun.

Clémens, 1840 : Mentir.

Larchey, 1865 : Causer.

Nous venons blaguer.

(Balzac)

Blaguer : Posséder cette verve familière, pittoresque et railleuse qui est l’humour des conversations parisiennes.

Enfin elle blague aujourd’hui, elle qui ne connaissait rien de rien, pas même ce mot-là !

(Balzac)

Blaguer : Plaisanter.

Ne blaguons plus.

(Balzac)

Un homme blagué : un homme raille, berné.
Blagueur : Menteur.

En 1813, deux femmes, Pauline la Vache et Louise la Blagueuse, enlevèrent 50 000 fr.

(Vidocq)

Les marchands sont encore de fameux blagueurs.

(Ricard)

Blagueur : Loustic.

Il ne pouvait y avoir circonstance si grave qui empêchât ce blagueur fini de se livrer à sa verve.

(L. Desnoyer)

Delvau, 1866 : v. n. Mentir d’une agréable manière, ou tout simplement parler. Blaguer quelqu’un. Se moquer de lui.

Rigaud, 1881 : Mentir, railler, parler beaucoup.

France, 1907 : Parler, raillerie, plaisanter, mentir.

Bleu, petit bleu

Rigaud, 1881 : Mauvais vin qui tâche la nappe en bleu. — Mettre le piton dans le bleu, boire du vin au litre. — Voué au bleu, ami de la bouteille.

Blonde

Delvau, 1864 : Maîtresse, — quelle que soit la couleur de ses cheveux ou de son poil.

Puissé-je…
Cramper dans le cul
De ma blonde !

(Émile Debraux)

Larchey, 1865 : Amante.

Blonde s’emploie dans ce sens sans distinction de la couleur des cheveux, car il existe une chanson villageoise où, après avoir fait le portrait d’une brune, l’amoureux ajoute qu’il en fera sa blonde.

(Monnier, 1831)

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Maîtresse, amante. Se dit surtout en parlant de la maîtresse d’un homme marié. C’est l’autre, le numéro deux, quelle que soit d’ailleurs la nuance de ses cheveux. Le blond est une couleur tendre et la blonde représente la tendresse en ville. — Être chez sa blonde, Aller voir sa blonde.

— Si j’vas dîner avec ma blonde,
Je n’sais pourquoi, je fuis tout l’monde ;
Avec sa femm’ pas tant d’façon,
On est très bien, même dans l’salon.

(Meinfred, Le Garçon converti, chans.)

Rigaud, 1881 : Vin blanc, bouteille de vin blanc. Être porté sur la blonde, peloter la blonde, aimer le vin blanc. Se coller une ou deux blondes dans le fanal pour tasser les imbéciles, boire une ou deux bouteilles de vin blanc pour arroser les huîtres. — Courtiser la brune et la blonde, boire alternativement, au cours d’un repas, du vin blanc et du vin rouge.

La Rue, 1894 : Bouteille de vin blanc.

France, 1907 : Maîtresse ou bouteille de vin blanc.

Pour l’amour d’une blonde
J’ai fait bien des faux pas ;
Les beautés de ce monde
À mes yeux n’avaient pas
D’appas.

Pour l’amour d’une brune
J’ai fui le cru natal ;
Sur le cours de la lune
J’ai mis mon capital…
Ces deux sœurs non pareilles,
Belle nuit et beau jour
Habitaient des bouteilles
Où je bus tour à tour
L’amour.

(Gustave Nadaud.)

Bohème

d’Hautel, 1808 : Vivre comme un bohème. N’avoir ni feu ni lieu ; mener une vie errante et vagabonde.

Larchey, 1865 : « La bohème se compose de jeunes gens. tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître, et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit, y sont représentés… Ce mot de bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a. »

(Balzac)

La citation suivante est le correctif de cette définition trop optimiste.

La bohème, c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… Nous ajouterons que la bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.

(Murger)

On dit un bohème.

Tu n’es plus un bohème du moment que je t’attache à ma fortune.

(Augier)

Comme on voit, le bohème du dix-neuvième siècle n’a de commun que le nom avec celui de callot. Saint-Simon a connu l’acception fantaisiste du mot bohème. M. Littré en donne un exemple, bien qu’il n’admette bohème qu’en mauvaise part.

Delvau, 1866 : s. f. Etat de chrysalide, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres arrivés à l’état de papillons ; Purgatoire pavé de créanciers, en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation ; vestibule des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s’endorment — souvent pour toujours — une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du Temple.

Delvau, 1866 : s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.
Ce mot et le précédent sont vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature : c’est Balzac qui les a ressuscités, et après Balzac, Henri Murger — dont ils ont fait la réputation.

France, 1907 :

est un mot vieilli que nous eussions voulu éviter ; non point précisément parce qu’il a vieilli, mais parce qu’il ne s’applique plus qu’imparfaitement au groupe de Parisiens dont nous entreprenons de décrire les mœurs et d’esquisser les silhouettes. Bohème est un mot du vocabulaire courant de 1840. Dans le langage d’alors, il est synonyme d’artiste ou d’étudiant, viveur, joyeux, insouciant du lendemain, paresseux et tapageur… Le bohème de 1840 se moque de ses créanciers, tire des carottes à son paternel et contre les créanciers.

(Gabriel Guillemot)

S’il faut s’en rapporter à la définition d’Alfred Delvau, le bohème ne serait qu’un paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables de cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phtisique, ou en prison comme escroc.
Ce mot est vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’il remonte, puisque avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais il avait disparu de la littérature : c’est Balzac qui l’a ressuscité, et, après Balzac, Henri Mürger — dont il a fait la réputation, — dans son livre La Vie de Bohème.
Voyons maintenant quelle était, sur la bohème, l’opinion de Balzac et Mürger :

La bohème, die Balzac, se compose de jeunes gens, tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit y sont représentés… Ce mot bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a.

Le tableau est un peu flatteur et je préfère le correctif de l’auteur de la Vie de Bohème :

La bohème c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… La bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.

Au royaume de Bohème :
— Je te quitte, je suis en retard. Tu n’aurais pas six sous à me prêter pour prendre l’omnibus ?
— Impossible, je n’ai qu’une pièce de deux francs.
— Ça ne fait rien, prête tout de même, je prendrai un fiacre.

Boîte

d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à la malice. Se dit d’un enfant spirituel, espiègle et malin.
Il semble toujours qu’il sorte d’une boîte. Se dit par ironie d’une personne qui est toujours tirée à quatre épingles ; dont le maintien est roide et affecté.
Dans les petites boîtes les bons onguents. Manière, honnête d’excuser la petitesse de quelqu’un, parce que les choses précieuses font ordinairement peu de volume.
Mettre quelqu’un dans la boîte aux cailloux. Pour le mettre en prison ; le coffrer.

Delvau, 1864 : Sous-entendu : à jouissance, ou bien encore, boîte à pines. Fille publique.

Delvau, 1866 : s. f. Théâtre de peu d’importance, — dans l’argot des comédiens ; bureaux de ministère, — dans l’argot des employés ; bureau de journal, — dans l’argot des gens de lettres ; le magasin ou la boutique, — dans l’argot des commis.

Rigaud, 1881 : Atelier, maison, magasin, établissement quelconque

Dans l’argot domestique, tout ce qui n’est pas une bonne maison est une boîte. Une bonne maison est celle où les maîtres ne sont pas regardants et où l’on peut s’arrondir sans être inquiété.

(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens)

Boutmy, 1883 : s. f. Imprimerie, et particulièrement mauvaise petite imprimerie. C’est une boîte, dit un vieux singe ; il y a toujours mèche, mais hasard ! au bout de la quinzaine banque blèche. Casse. Faire sa boîte, c’est distribuer dans sa casse. Pilleur de boîtes ou fricoteur, celui qui prend, à l’insu et au détriment de ses compagnons, et dans leurs casses, les sortes de caractères les plus courantes dans l’ouvrage qu’il compose, et qui manquent au pilleur ou qu’il a déjà employées. V. Planquer des sortes.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte : être souvent puni ; avoir une tête à boîte : être affligé d’une maladresse qui attire sur vous les préférences de l’instructeur. — Grosse boîte, prison.

Rossignol, 1901 : Salle de police. Tous ceux qui ont été militaires ont certainement entendu dire par tous les grades.

Je vais vous flanquer à la boîte.

Rossignol, 1901 : Terme d’employés ou d’ouvriers. Un agent de police qui va à la préfecture va à la boîte. Pour un employé, son magasin est sa boîte ; l’atelier pour l’ouvrier est sa boîte.

France, 1907 : Mauvaise maison, logement où l’on est mal. Aussi ce terme est-il employé pour désigner tout endroit où l’on travaille, ou du moins où l’on est obligé de travailler : pour l’ouvrier, son atelier ou son usine est une boîte ; pour l’employé, c’est son magasin ou son bureau ; pour le domestique, c’est la maison de ses maîtres ; pour l’écolier, c’est la pension, le collège ou l’école.

Pourquoi, en dépit des souffrances endurées, n’éprouve-t-on aucune amertume rancunière contre la boîte, comme nous l’appelions en nos mauvais jours, lorsque les minutes paraissaient si longues ?

(René Maizeroy)

Boîte à domino

Virmaître, 1894 : Brancard couvert qui sert dans les hôpitaux à transporter les morts de leur lit à l’amphithéâtre. Allusion de forme (Argot du peuple).

Bon-Dieu

Larchey, 1865 : Sabre-poignard ; allusion à la croix figurée par la lame et la poignée.
Bon-dieu (il n’y a pas de) : Mot à mot il n’y a pas de bon Dieu qui puisse l’empêcher.

Gn’y a pas d’Bon-Dieu, Faut s’dire adieu.

(Désaugiers)

Fustier, 1889 : « On m’avait réservé la copie d’un petit état récapitulatif des corvées du jour, dont j’avais à faire une douzaine d’exemplaires. J’en avais pour trois quarts d’heure environ… Cela s’appelait des bon-dieu. Je n’ai jamais pu savoir pourquoi. »

(A. Humbert, Mon bagne)

Boniment

Vidocq, 1837 : s. m. — Long discours adressé à ceux que l’on désire se rendre favorables. Annonce d’un charlatan ou d’un banquiste.

M.D., 1844 : Conversation.

un détenu, 1846 : Parole, récit ; avoir du boniment : avoir de la blague.

Halbert, 1849 : Couleur, mensonge.

Larchey, 1865 : Discours persuasif. — Mot à mot : action de rendre bon un auditoire.

Delvau, 1866 : s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa marchandise, qu’il donne naturellement comme bonne ; Parade de pitre devant une baraque de « phénomènes». Par analogie, manœuvres pour tromper.

Rigaud, 1881 : Annonce que fait le pitre sur les tréteaux pour attirer la foule ; de bonir, raconter. — Discours débité par un charlatan, discours destiné à tenir le public en haleine, à le séduire, coup de grosse caisse moral. Depuis le député en tournée électorale, jusqu’à l’épicier qui fait valoir sa marchandise, tout le monde lance son petit boniment.

C’était le prodige du discours sérieux appelé le boniment : boniment a passé dans la langue politique où il est devenu indispensable.

(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)

Le coup du boniment, le moment, l’instant où le montreur de phénomènes, le banquiste, lance sa harangue au public. — Y aller de son boniment, lâcher son boniment, dégueuler, dégoiser, dégobiller son boniment.

La Rue, 1894 : Propos, discours.

Virmaître, 1894 : Discours pour attirer la foule. Forains, orateurs de réunions publiques, hommes politiques et autres sont de rudes bonimenteurs. Quand un boniment est par trop fort, on dit dans le peuple : c’est un boniment à la graisse de chevaux de bois (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Discours.

France, 1907 : Discours destiné à tromper le public ; camelots, charlatans, bazardiers, orateurs de mastroquets, candidats électoraux et bonneteurs font tous leur boniment.

Accroupi, les doigts tripotant trois cartes au ras du sol, le pif en l’air, les yeux dansants, un voyou en chapeau melon glapit son boniment d’une voix à la fois trainante et volubile… « C’est moi qui perds. Tant pire, mon p’tit père ! Rasé le banquier ! Encore un tour, mon amour. V’là le cœur, cochon de bonheur ! C’est pour finir. Mon fond, qui se fond. Trèfle qui gagne. Carreau, c’est le bagne. Cœur, du beurre pour le voyeur. Trèfle, c’est tabac ! Tabac pour papa. Qui qu’en veut ? Un peu, mon n’veu ! La v’là. Le trèfle gagne ! Le cœur perd. Le carreau perd. Voyez la danse ! Ça recommence. Je le mets là. Il est ici, merci. Vous allez bien ? Moi aussi. Elle passe ! Elle dépasse. C’est moi qui trépasse, hélas… Regardez bien ! C’est le coup de chien. Passé ! C’est assez ! Enfoncé ! Il y a vingt-cinq francs au jeu ! etc… »

(Jean Richepin)

Bonisseur

Delvau, 1866 : s. m. Celui qui fait l’annonce, le boniment. Argot des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Pitre chargé du boniment. — Candidat à la députation en tournée électorale.

La Rue, 1894 : Discoureur. Celui qui fait le boniment dans les foires.

Hayard, 1907 : Parade de forain, beau parleur.

France, 1907 : Faiseur de boniments, menteur, avocat.

Un accusé fait de grands frais d’imagination pour convaincre le tribunal de sa prétendue innocence. — Pourquoi mentir, lui demande doucement le président, n’avez-vous pas un avocat ?

(Triboulet)

Bonisseur de la batte, témoin à décharge (batte, apocope de batterie, mensonge).

Bonnet

d’Hautel, 1808 : Ramasse ton bonnet. Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se laisse tomber, ou lorsqu’on a adressé quelqu’épithète satirique à une personne qui ne peut y parer sur-le-champ.
Un bonnet de cochon. Facétie grossière ; pour dire un bonnet de coton porté par un rustre, un malpropre.
Triste comme un bonnet de nuit. Se dit d’un homme taciturne et ennuyeux, parce qu’un bonnet de nuit est ordinairement dépourvu d’ornemens.
Ce sont trois têtes dans un bonnet. Se dit de trois personnes qui, par la bonne intelligence qui règne entr’elles, sont toujours du même sentiment ; et quelquefois en mauvaise part, de trois personnel qui forment entr’elles une coalition.
Un janvier à trois bonnets. Homme extrêmement frileux, qui se couvre beaucoup.
Il a mis son bonnet de travers. Pour dire, il ne sait à qui il en veut ; il est de mauvaise humeur ; il querelle tout le monde.
On dit des Picards, qu’ils ont la tête près du bonnet, parce que les gens de ce pays s’emportent aisément, et se mettent facilement en colère.
J’y mettrois mon bonnet. Espèce d’affirmation qui équivaut à, je gagerois, je parierois, etc.
Un bonnet vert. Banqueroutier ; parce qu’autrefois ces sortes de gens portoient un bonnet vert comme marque de réprobation.
Opiner du bonnet. C’est marquer par un signe de tête que l’on adopte un avis, que l’on y donne sa sanction.
Jeter son bonnet par-dessus les moulins. Se moquer du qu’en dira-t-on ; braver l’opinion et les conséquences ; n’être arrêté par aucune considération.
C’est bonnet blanc blanc bonnet. Pour, c’est tout de même, c’est absolument la même chose d’un côté comme de l’autre.
Un gros bonnet. Un matador, un personnage important par sa fortune, son crédit et ses emplois.

Rigaud, 1881 : Coterie autoritaire dans un atelier typographique.

Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste.

(Boutmy)

Boutmy, 1883 : s. m. Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie d’abord, et, s’il en reste, aux ouvriers plus récemment entrés qui ne lui inspirent pas de crainte. Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste, comme toute coterie. Il tend, Dieu merci ! à disparaître ; mais c’est une peste tenace.

Hayard, 1907 : Bonneteau.

France, 1907 : Secrète entente parmi les imprimeurs.

Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie.

(E. Boutmy)

Bonnir

Virmaître, 1894 : Parler. On appelle le pitre qui fait le boniment le bonnisseur (Argot des camelots).

Rossignol, 1901 : Dire, parler. Le camelot bonnit pour vendre sa camelote. Celui qui nous dit quelque chose nous le bonnit. Dire c’est bonnir.

Bossoirs

Larchey, 1865 : Seins. — Terme de marine.

Delvau, 1866 : s. m. pl. La gorge d’une femme, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Seins exagérés. Allusion au bossoir d’un navire.

France, 1907 : La gorge d’une femme. Les bossoirs sont les saillies en avant d’un navire qui servent à suspendre les ancres. Aux bossoirs d’une femme, on commence par suspendre l’ancre d’espérance, comme eût dit le sergent Lafleur.

Ouvre l’œil au bossoir,
Car la nuit sera sombre,
Et tu verras dans l’ombre
Le capitaine noir.

(Vieille romance)

C’est la belle-sœur de notre hôte, j’espère qu’elle en a des bossoirs ; c’est gras comme une pelote, rond comme une bouée… aussi est-ce un plaisir.

(Marc Mario et Louis Launay)

Bouder

d’Hautel, 1808 : Il ne boude pas à l’ouvrage ; il ne boude pas à table. Se dit d’un grand travailleur, d’un homme habile et assidu à sa besogne ; et d’un luron de bon appétit qui se comporte parfaitement bien à table.
Bouder contre son ventre. Se priver par dépit d’une chose agréable.

Delvau, 1864 : Joli mot, sotte chose, dit Commernon — Laisser voir, par l’expression de son visage, qu’on a de l’humeur ou du ressentiment contre quelqu’un.

On ne saurait bouder longtemps
Quand on boude contre son ventre.

(Improvisateur français)

Tu sais que ta ci-devant femme, quant à ce qui est d’ça (foutre), n’aime à bouder ni contre son ventre, ni contre son bas-ventre.

(Sophie Arnould)

Delvau, 1866 : v. a. Avoir peur, reculer, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Reculer, craindre. Bouder à l’ouvrage, bouder au feu ; bouder aux dominos, avoir des dents de moins.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique