La Rue, 1894 : S’éloigner sous un prétexte quelconque et ne pas revenir.
Anglaise (pisser à l’)
Anglaise (s’esbigner à, pisser à l’)
Rigaud, 1881 : Quitter une société sans rien dire à personne. Cela évite des salutations et des serrements de main qui n’en finiraient plus.
Anglaises
France, 1907 : Écot. La part qu’apporte chacun dans une affaire ou dans un dîner. Danser à l’anglaise, donner un faux prétexte. Filer ou pisser à l’anglaise, s’esquiver sans payer ou sans mot dire, compliment que les Anglais nous retournent en disant dans le même sens : Prendre un congé français.
Elle avait demandé à son vieux trois sous pour un petit besoin et le vieux l’attendait encore. Cela s’appelle pisser à l’anglaise.
(É. Zola)
Barrer (se)
La Rue, 1894 : Se défendre.
France, 1907 : Se sauver, s’esquiver. Argot des apaches.
— Barrez-vous, les gosses, y a que du lait dans vos bras et le rouge va pisser ici !
(Charles-Henry Hirsch)
anon., 1907 : S’en aller. Se tirer des pattes : s’en aller.
Boyau
d’Hautel, 1808 : Je sens mes boyaux qui crient. Pour, je commence à avoir besoin ; je sens que voilà bientôt l’heure du repas qui arrive.
Râcler le boyau. Pour dire jouer mal du violon ou de quelqu’autre instrument à corde.
Il a toujours six aunes de boyaux de vides. Se dit d’un goinfre, d’un gouliafre, d’un homme qui est toujours prêt à manger.
Rendre tripes et boyaux. Regorger, vomir excessivement.
Aimer quelqu’un comme ses petits boyaux. Voy. Aimer.
Delvau, 1864 : Le membre viril, qui semble sortir du ventre — et qui y rentre quelquefois, au grand déplaisir de la femme.
Lorsque je bande,
Je me demande.
Si j’ai dans le boyau pinal
Tous les sabres de l’arsenal.
(Chanson moderne)
Adieu ! et jamais plus ne t’advienne entreprendre
Défaire le vaillant, toi gui ne saurait tendre.
Adieu ! contente toi, et ne pouvant dresser.
Que le boyau ridé te serve pour pisser.
(Rémy Belleau)
Virmaître, 1894 : Il a toujours un boyau de vide pour soiffer (Argot du peuple). V. Poivrot.
Brindezingues (être dans les)
Larchey, 1865 : Être ivre. Mot à mot : avoir trop bu à la santé des autres.
Tiens, toi, t’es déjà dans les brindezingues.
(Vadé, 1756)
Du vieux mot brinde : toast.
Ces grands hommes firent tant de brindes à vostre santé et à la nostre, qu’ils en pissèrent chacun plus de dix fois.
(Lettre curieuse envoyée au cardinal Mazarin par ses nièces. — Paris, 1651)
Delvau, 1866 : Être complètement ivre. Argot des faubouriens.
France, 1907 : Être ivre ; du vieux mot français brinde, qu’on a remplacé, à tort, par son synonyme anglais toast.
Changer son poisson d’eau
Rigaud, 1881 : Uriner.
Virmaître, 1894 : Aller pisser. L’allusion est claire (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Uriner.
Chien
d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger. Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache. Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux. Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort. Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.
Halbert, 1849 : Secrétaire.
Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.
Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.
Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.
(d’Hautel, 1808)
N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.
Larchey, 1865 : Compagnon.
Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.
(Biéville)
Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.
Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.
Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.
Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.
Rigaud, 1881 : Avare.
Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.
(A. Tauzin, Croquis parisiens)
Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.
Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.
Notre pion est diablement chien.
(Albanès, Mystères du collège, 1845)
Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.
Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.
La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.
France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :
Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.
Chier (envoyer)
Rigaud, 1881 : Envoyer au diable.
France, 1907 : Éconduire. Faire chier, obséder, importuner. Chier de petites crottes, vivre chichement. Ne pas chier de grosses crottes, même signification. Chier des carottes, des cordes, être constipé ; chier des châsses, pleurer ; chier dur, travailler ferme ; chier dans la main, manquer de parole, prendre trop de liberté ; chier du poivre, manquer au rendez-vous, s’esquiver au moment où l’on a besoin de vous ; chier sur la besogne, renoncer au travail : chier sur quelqu’un, sur quelque chose, sur l’œil, se moquer, mépriser, abandonner.
Faites du bien à un vilain, il vous chie dans la main.
(Vieux proverbe)
Chier dans la vanette, être sans façons ; chier dans le cassetin aux apostrophes, renoncer au métier d’imprimeur ; chier dans les bottes ou dans le panier de quelqu’un (on dit aussi dans le même sens : chier dans la malle), lui déplaire, lui jouer de mauvais tours. Gueuleton à chier partout, ripaille. Mine à chier dessus, figure antipathique.
Peut-être n’est-il pas inutile de donner ici l’étymolosie de ce verbe ordurier. Je l’ai trouvée tout au long dans un livre de « haulte graisse » : Mémoires de l’Académie des sciences, inscriptions, belles-lettres, etc., nouvellement élablie à Troyes en Champagne, et portant le millésime de MDCCLVI, et la donne telle quelle :
Robert et Henry Étienne, ainsi que tous les Hellenistes ont dérivé le mot chier du grec χέζω. Le Duchat le fait venir du flamand schyten. Tous ces sçavans sont dans l’erreur.
Chier vient du latin cadere. Dans son acception primitive, il ne signifioit autre chose que tomber, être assis…
Ce fut d’abord pour exprimer l’acte naturel d’une manière honnête et détournée, qu’on se servit du mot chier ; mais cette signification ayant rendu le terme ignoble dans son acception primitive, pour l’y réhabiliter on en changea la terminaison, et de chier l’on fit choir.
Voilà ce qui a trompé tous les sçavans. Car voyant à ces deux mots une terminaison et une signification différentes, ils ne se sont pas doutés qu’ils eussent la même origine ou plutôt que ce ne fut qu’un même mot.
À la fin du XVIe siècle, chier s’employait encore d’une manière honnête : « Pleurés donc et chiés bien des yeux, vous en pisserés moins », est-il dit dans le Moyen de parvenir : « Histoire du jeune homme fessé. »
Chier du poivre
Delvau, 1866 : v. n. Manquer à une promesse, à un rendez-vous ; disparaître au moment où il faudrait le plus rester.
Rigaud, 1881 : Rester sourd à la demande d’un service ; quitter un ami lorsqu’il a besoin de vous.
Virmaître, 1894 : Se sauver des mains des agents. S’en aller sans tambour ni trompette. Synonyme de pisser à l’anglaise (Argot du peuple). N.
Copie
d’Hautel, 1808 : Original sans copie. Homme bizarre, ridicule à l’extrême.
Delvau, 1866 : s. f. Travail plus ou moins littéraire, bon à livrer à l’imprimeur, — dans l’argot des gens de lettres, qui écrivent copiosissimè dans l’intérêt de leur copia. Faire de la copie. Écrire un article pour un journal ou pour une revue. Caner sa copie. Ne pas écrire l’article promis. Pisser de la copie. Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets. Pisseur de copie. Écrivain qui a une facilité déplorable et qui en abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et de l’étranger, de sa prose ou de ses vers.
Boutmy, 1883 : s. f. Ce qui sert de modèle au compositeur. Elle est manuscrite ou imprimée ; la copie manuscrite est, on le comprend, payée un peu plus cher que la réimpression. Au figuré, faire de la copie sur quelqu’un, c’est dire du mal de lui, en médire.
France, 1907 : Manuscrit d’un auteur. Faire de la copie, écrire un article. Caner sa copie, manquer d’exactitude dans l’envoi de ses articles. Pisser de la copie, écrire abondamment sur tous les sujets, même ceux que l’on ignore le plus.
Lorsqu’un auteur agit bien avec le compositeur, lorsqu’il se met à son niveau, lorsque sa copie, c’est-à-dire son manuscrit, est lisible, l’ouvrage sera soigné, le texte ne sera pas déparé par des contresens, des lettres retournées, des fautes de français, des mots tantôt trop écartés, tantôt trop rapprochés l’un de l’autre. Le compositeur fera même disparaître des erreurs qu’il est capable d’apercevoir et de corriger. Mais si vous affectez de la morgue à son égard, si vous le traitez du haut de votre grandeur, si votre copie n’est pas mieux écrite que celle de M. Alphonse Karr (qui semble se servir de son terre-neuvien en guise de secrétaire), si votre manuscrit est couvert de ratures, surchargé d’ajoutés, le compositeur se dégoûte et prend à tâche de mal faire.
(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)
Une génération nouvelle de reporters a grandi, dont l’ardeur d’indiscrétion ne le cède qu’à son indifférence entière pour les idées. Semblables à cet orateur qui ne pensait pas, disait-il, quand il ne parlait pas, ces jeunes gens ne pensent point, quand ils interrogent point. Leurs victimes les fournissent de copie, et ils y ajoutent les inexactitudes… C’est justement ce qu’on appelle être bien informé…
(Brunetière)
Mais applaudir aux explosions et trouver que Ravachol était dans le vrai, parce que les journaux où l’on paye refusent d’insérer votre copie, ou parce que toute l’édition d’un volume de vers est encore en magasin, cela n’est vraiment pas du tout raisonnable et passe la limite de fureur et de vengeance permise au plus exaspéré des fruits secs.
(François Coppée)
Coup du matin (le)
Delvau, 1864 : Celui qui se tire forcément lorsqu’on se réveille, parce qu’à ce moment on bande toujours, soit qu’on ait dormi, sur le dos, soit qu’on ait envie de pisser, et que toute pine qui bande à le devoir de décharger.
Pour le coup du matin j’ai de l’aversion,
Et je ne m’y soumets qu’avec répulsion.
(Louis Protat)
Défalquer
anon., 1827 : Ch.
Bras-de-Fer, 1829 : Ch….
Halbert, 1849 : Ch…. Déponner. Id.
Rigaud, 1881 : Faire ses nécessités, — dans l’ancien argot.
France, 1907 : Faire ses besoins ; éliminer.
— Ah ! le maudit animal ! Il dévastait les plates-bandes, déterrait les semis, détruisait les jeunes pousses, grimpait dans les chambres, arrachait les rideaux, aiguisait ses griffes sur les meubles, déchirait la tapisserie, cassait la vaisselle, crevait le paravent, et, de temps à autre, pour varier la série de ses méfaits, défalquait sous le lit de M. le curé !
(Hector France, Les Cent curés paillards)
Eau
d’Hautel, 1808 : L’eau va toujours à la rivière. Signifie que la fortune favorise presque toujours les gens qui n’en ont pas besoin ; qu’il suffit que l’on soit riche pour que les biens, les dignités, les honneurs viennent en profusion.
Faire de l’eau ; lâcher de l’eau. Pour dire uriner, pisser.
Il n’y a pas de l’eau à boire à être honnête homme. Maxime odieuse, que les fripons, pour le malheur de la société, ne mettent que trop souvent en pratique.
Cette entreprise est tournée en eau de boudin. C’est-à-dire, n’a point réussi ; s’en est allée en fumée.
Donner de l’eau bénite de cour. Flatter, caresser quelqu’un ; lui faire des politesses basses et exagérées.
Mettre de l’eau dans son vin. Devenir plus doux, plus traitable après s’être d’abord très-emporté.
Un médecin d’eau douce. Médecin sans expérience, qui vous inonde de tisannes et de remèdes infructueux.
Les eaux sont basses. Pour dire que l’on est à sec d’argent, ou, que quelque chose, s’épuise, tire à sa fin.
Tout s’en est allé à veau-l’eau. Signifie, toute sa fortune s’est dissipée, dispersée ; a été engloutie, dans de folles dépenses.
Après l’eau, c’est ce qu’il déteste le plus. Pour exprimer le haut degré d’aversion qu’un ivrogne porte à quelque chose.
Nager entre deux eaux. Être dans l’irrésolation et l’incertitude, être de tous les partis.
Il est revenu sur l’eau. Se dit d’un négociant qui étoit ruiné, et que l’on voit reparoître dans le commerce ; d’un homme qui, après avoir été disgracie, reparoit subitement dans des emplois honorables.
Faire venir l’eau au moulin. Pour, faire venir de l’argent à la maison.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Voyez Casser.
Nager en grande eau. Être bien dans ses affaires, après y avoir été fort gêné ; être sur le pinacle ; être en faveur dans les emplois.
Laisser courrir l’eau. Se peu soucier de ce qui se passe, être fort indifférent sur les affaires publiques.
Il est heureux comme le poisson dans l’eau. Signifie qu’un homme a tout ce qui peut le satisfaire.
Il n’y a pas de quoi boire de l’eau. Se dit d’un ouvrage mal payé ; d’un travail pénible et ingrat ; d’un métier qui donne à peine les moyens de subsister à celui qui le professe.
Battre l’eau. Travailler inutilement ; sans fruit.
Gare l’eau ! Cri que l’on fait entendre pour avertir les passans que l’on va jeter quelque chose par les fenêtres.
Il se mettroit dans l’eau jusqu’au cou pour le servir. Se dit d’un homme extrêmement attaché à quelqu’un ; et qui lui est tout-à-fait dévoué.
Il ne trouveroit pas de l’eau à la rivière. Se dit d’un idiot, d’un homme sans capacité, qui ne trouve pas les choses les plus simples ; pour lequel tout devient une affaire.
Pêcher en eau trouble. Profiter des désordres, publics, ou de la discorde d’une famille pour s’enrichir.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. Lui faire croquer le marmot ; le tenir dans l’incertitude et l’anxiété sur ce qu’on lui fait espérer.
C’est le feu et l’eau. Se dit de deux personnes qui se détestent mutuellement.
Boire de l’eau comme un canard. C’est-à dire en grande quantité.
C’est une goutte d’eau dans la mer. Métaphore qui se dit d’un secours trop foible pour tirer quelqu’un d’un grand embarras.
Il se noyeroit dans un verre d’eau. Pour dire qu’un homme est malheureux dans ses entreprises ; que les choses les plus probables deviennent incertaines pour lui.
Cela lui est aussi facile que de boire un verre d’eau. Signifie que le service qu’on demande à quelqu’un, ne tient absolument qu’à sa bonne volonté, à son obligeance.
Ils, ou elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit de deux personnes qui ont entr’elles une ressemblance parfaite.
Il n’y a pas de l’eau à boire. Se dit d’un ouvrage auquel on ne peut trouver son compte, même en travaillant beaucoup.
On dit d’un avare, d’un parent intraitable, d’un égoïste, qu’il vous verroit tirer la langue d’un pied, qu’il ne vous donneroit pas un verre d’eau.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que lorsqu’on a éprouvé quelque grande perte ; quelque grand malheur, on se tient sur ses gardes.
Il faut qu’il fasse voir de son eau. Pour, il faut voir ce qu’il sait faire pour que l’on puisse juger de son mérite.
Un buveur d’eau. Nom que les enfans de Noé donnent par mépris à un homme tempérant et flegmatique, qu’ils supposent, par cela même n’être pas habile aux affaires.
Rompre l’eau à quelqu’un. Le contrarier dans ses desseins, dans ses entreprises.
Porter de l’eau à la mer. Faire des cadeaux à des gens fortunés ; à ceux qui n’ont aucun besoin.
Il ne gagne pas beau qu’il boit. Se dit d’un paresseux, d’un mauvais ouvrier, dont le gain est si médiocre qu’il suffit à peine aux premières dépenses.
Épisser
Vidocq, 1837 : v. a. — Railler.
un détenu, 1846 : Plaisanter quelqu’un, se rire, se moquer.
Faire
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.
Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.
De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.
(Balzac)
Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.
(Id.)
Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.
Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?
(Ed. Lemoine)
Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.
Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?
(Balzac)
Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.
(id.)
Larchey, 1865 : Risquer au jeu.
Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.
(Noriac)
Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.
Larchey, 1865 : Voler.
Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.
(Bertall)
Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.
(Commerson)
Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.
Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.
Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.
Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.
Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.
Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.
Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.
Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)
Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.
Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.
Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.
M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.
(Imbert.)
Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.
Rigaud, 1881 : Séduire.
La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.
(Balzac, La Cousine Bette)
L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.
(Idem)
Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.
Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.
(Jean Rousseau, Paris-Dansant)
Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.
Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.
Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.
Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.
(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)
Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.
Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.
(Gil Blas, juin, 1886.)
La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.
Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).
France, 1907 : Exploiter.
Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.
(Paul Arène)
France, 1907 : Voler.
Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.
(Le Journal)
Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.
(Edmond Lepelletier)
Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.
(Gil Blas)
À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.
Faire pisser des lames de rasoir en travers
Larchey, 1865 : Ennuyer.
Faire tapisserie
France, 1907 : Garnir les banquettes ou les sièges d’une salle de bal sans jamais être invitée à danser ; à la grande joie des petites amies plus favorisées, la pauvre fille délaissée semble, en effet, tapisser les murailles.
Madame se prépare à partir pour le bal.
La petite l,ina, cinq ans, la regarde un instant, puis tout à coup :
— Tu ne prends pas ton ouvrage, maman ?
— Mais on ne travaille pas en soirée, ma chérie.
— Alors… pourquoi papa dit-il que tu fais toujours tapisserie ?
Filer une condition
France, 1907 : Surveiller une maison, un appartement et guetter le moment favorable au vol.
La condition était filée d’avance,
Le rigolo eut bientôt cassé tout !
Du gai plaisir ils avaient l’espérance :
Quand on est pègre, on peut pisser partout.
(Pierre Delcourt, Paris voleur)
Fosse
d’Hautel, 1808 : Pisser sur la fosse de quelqu’un. Phrase triviale, pour dire lui survivre.
Il a un pied sur la fosse et l’autre sur le bord. Se dit de quelqu’un qui est vieux, ou qui est dans un grand péril.
On dit aussi d’une femme enceinte, qu’elle a un pied sur la fosse et l’autre dedans.
Gâcher du gros
Delvau, 1866 : v. a. Levare ventris onus.
Rigaud, 1881 : Sacrifier à la compagnie Lesage.
Virmaître, 1894 : Aller pisser comme les poules. Allusion aux maçons qui mangent énormément et qui font de même (Argot du peuple).
France, 1907 : Faire ses besoins.
L’aqua-fortiste B… devient amoureux d’une grosse servante d’auberge, super gouge d’ailleurs, en la voyant gâcher du gros.
Gluau
Delvau, 1866 : s. m. Expectoration abondante. Lâcher son gluau. Cracher malproprement.
France, 1907 : Expectoration épaisse. Pisser son gluau, accoucher.
Gluau (lâcher son)
Rigaud, 1881 : Expectorer bruyamment.
Virmaître, 1894 : Déballer. Pisser son gluau : accoucher. Allusion à l’aspect gélatineux du nouveau-né (Argot du peuple).
Gogotte
Delvau, 1864 : Le membre viril, lorsqu’il manque de virilité ; vit d’enfant.
Tirez parti de ces tristes gogottes.
Vous en viendrez à pisser dans vos bottes.
(Chanson d’étudiant)
Delvau, 1866 : adj. Faible, mou, sans caractère ; malpropre, mauvais, désagréable. Argot des faubouriens. Avoir la vue gogotte. Avoir de mauvais yeux, n’y pas voir clair, ou ne pas voir de loin. Être gogotte. Être un peu niais ; faire l’enfant.
France, 1907 : Faible, mou, sans caractère. Avoir la vue gogotte, avoir la vue faible.
Herbe à pisser
France, 1907 : Pyroie ombellée.
Jeter un froid
Delvau, 1866 : v. a. Commettre une incongruité parlée, dire une inconvenance, faire une proposition ridicule qui arrête la gaieté et met tout le monde sur ses gardes.
Virmaître, 1894 : Au milieu d’une soirée joyeuse, raconter une histoire macabre. L’invité au maître de la maison :
— Quelle est donc cette horrible femme, laide, vieille, sèche et revêche qui fait tapisserie.
— C’est ma sœur.
Voilà qui s’appelle jeter un froid (Argot du peuple).
Jocrisse
d’Hautel, 1808 : Terme de décision, qui équivaut à sot, niais, jeannot.
C’est jocrisse qui mène les poules pisser. Se dit d’un homme avare et minutieux, qui se mêle des affaires du ménage.
Delvau, 1866 : s. m. Mari qui se laisse mener par sa femme, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter ce mot à Molière.
Lâcher les écluses
Virmaître, 1894 : Pisser. L’allusion est juste, malgré que cela ne fasse pas monter la Seine. On dit aussi : mon pantalon ne tient pas l’eau (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Uriner.
Tandis que la petite était en train de lâcher les écluses, jupes troussées, bien à l’aise, se croyant seule, le vieux la guignait par la lucarne.
(Les Propos du Commandeur)
Se dit aussi pour pleurer.
Laisser pisser le mérinos
Delvau, 1866 : v. n. Ne pas se hâter ; attendre patiemment le résultat d’une affaire, d’une brouille, etc. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Savoir attendre le moment favorable. Attendre patiemment le résultat d’une affaire.
La Rue, 1894 : Ne pas se bâter, attendre le résultat d’une affaire pour en profiler.
Laisser pisser le mérinos ou le mouton
France, 1907 : Attendre patiemment le résultat d’une affaire.
Il ne faut qu’un rien pour faire sortir le populo de ses gonds !
Qui nous dit que ce que certains qualifient d’avachissement et d’abrutissement n’est pas du recueillement ?
Quand le lion, avant de sauter sur sa proie, s’aplatit et rase le sol, celui qui ne le verrait qu’ainsi conclurait que cet animal est un taffeur, qu’il se fait petit pour s’effacer et se cacher…
Il n’en est rien, pourtant !
Done, que les écœurements de l’heure présente ne nous découragent pas ; faisons notre turbin de propagande, éparpillons les idées aux quatre vents et laissons pisser le mouton.
(Père Peinard)
Laisser pisser le mouton
Rossignol, 1901 : Ne pas se faire de mauvais sang, laisser aller les choses.
Laissez pisser le mouton, chaque chose vient à son temps.
Laissez pisser le mérinos
Virmaître, 1894 : Ne vous tourmentez pas, laissez marcher les choses, elles vont bien. Autrefois on disait : Laissez pisser le mouton, ce qui est absolument la même chose (Argot du peuple).
Lancer
Halbert, 1849 : Pisser.
Delvau, 1866 : v. n. Meiere, — dans l’argot des voleurs.
France, 1907 : Uriner.
Lascailler
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Pisser.
Vidocq, 1837 : v. a. — Uriner.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Pisser (Vidocq). — De lance. On dit encore : lancer de l’eau. V. Lansquiner.
Rigaud, 1881 : Uriner, — dans le jargon des voleurs.
France, 1907 : Uriner.
— Eh ! la Rouquine ! as-tu fini de lascailler ? T’as donc vidé l’abreuvoir dans ton ventre ?
(Les Joyeusetés du régiment)
Lescailler
Halbert, 1849 : Pisser de l’eau.
Lisserpem
France, 1907 : Uriner. Déformation du mot pisser par le largonji.
Machin ou machine
Delvau, 1864 : La nature de la femme, le membre viril, — dans le langage des gens pudibonds qui n’osent pas appeler les choses par leur nom.
Que mettras-tu dans mon con, en m’enfilant ? Mon machin.
(H. Monnier)
Fiez-vous à ma cuisine,
Célibataires blasés,
Pour remonter la machine
Et flatter vos goûts usés.
(L. Festeau)
Secrets appas, embonpoint et peau fine,
Fermes tétons et semblables ressorts,
Eurent bientôt fait jouer la machine.
(La Fontaine)
Mais finis donc, imbécile !
Sacré nom de Dieu d’gredîn !
Si tu n’me laiss’s pas tranquille,
J’ vas pisser sur ton machin.
(Parnasse satyrique)
Membre (le)
Delvau, 1864 : Sous-entendu viril. Le grand outil générateur, que nous faisons travailler comme un cheval et que les femmes adorent comme un dieu.
Jouis-tu, cochon ? Ah ! le beau membre !
(Lemercier de Neuville)
On voit, sous les feuilles de vignes
Que leur impose la pudeur,
S’agiter de gros membres dignes
d’admiration — ou d’horreur.
(Anonyme)
Monseigneur le vit, ou madame la pine — Outre ces deux noms, ce noble personnage, qui veut chaque jour être fêté, possède plus de prénoms qu’il n’en faudrait pour refaire le calendrier… républicain. Je cite les principaux :
L’acteur, l’affaire, les agréments naturels, l’aiguille, l’aiguillon, l’aiguillette, l’andouille, l’arbalète, l’ardillon, l’aspergès, l’asticot, la baguette, le balancier, le bâton à un bout, le bâton de sucre de pomme, le bâton pastoral, le battant de cloche, la béquille du père Barnaba, le berlingot, la bibite, le bidet, le bijou, le bistouri, la bite, le bogue, le bonhomme, le bouchon, le boudin blanc, le bougeoir, la bougie, le bout de viande, le boute-feu, le boutejoie, la boutique, le boyau, la braguette, le bracquemard, le bras, la briche, la broche, le broque, la burette, le canon à pisser, la carotte, le cas, le carafon d’orgeat, le cavesson, cela, ce qu’on porte, la chair, le chalumeau, le champignon, la chandelle, la chanterelle, la charrue, la chenille, la cheville d’Adam, la cheville ouvrière, le chibre, le chiffe, le Chinois, le chose, le cierge, la cigarette, la clé, le clou, la cognée, le cognoir, le coin, la colonne, le compagnon fidèle, la corde sensible, le cordon de saint François, le cornichon, la couenne, la courte, le criquet, le dard, le dardillon, le degré de longitude, le devant, le doigt du milieu, le doigt qui n’a pas d’ongle, dom ou frère Frappart, le dressoir, le drôle, l’écoutillon, l’engin, l’épée, l’étendard d’amour, le fils, le flacon d’eau-de-vie, le flageolet, la flèche, la flûte à un trou, le fourrier de nature, la gogotte, la grosse corde, le goujon, le goupillon, la guigui, la guiguitte, la haire, le hanneton, l’herbe qui croit dans la main, l’histoire, le honteux, Jacques, la jambe, Jean Jeudi, Jean Chouart, la laboureur de nature, la lance, la lancette, le lard, la lavette, la limace, le machin, le Mahomet, le manche du gigot, la marchandise, le mirliton, le mistigouri, le moineau, le moineau, la navette, le nerf, le nœud, l’obélisque, le onzième doigt, l’os à moelle, l’outil, l’ouvrier de nature, le paf, le panais, le pénis, le pondiloche, le perroquet, la petite flûte, le petit frère, le petit voltigeur, la pierre à casser les œufs, la pierre de touche, le pieu, le pignon, le pis, la pissottière, le poinçon, la pointe, le poireau, la potence, le poupignon, Priape, la quéquette, la queue, le robinet de l’âme, Rubis-Cabochon, la sangsue, saint Agathon, saint Pierre, le salsifis, la sentinelle, la seringue, le sifflet, le sous-préfet, le sucre d’orge, le trépignoir, la triquebille, la troisième jambe, le tube, la verge, la viande crue, etc. etc.
Mener les poules pisser
Delvau, 1866 : Se dit, — dans l’argot du peuple, d’un homme qui s’amuse aux menus soins du ménage et porte le jupon au lieu de porter la culotte. L’expression date du XVIIe siècle. Dans un ballet de la cour de Gaston, duc d’Orléans, on voit Jocrisse qui mène les poules pisser. Jocrisse est là le type du genre.
France, 1907 : Se dit d’un benêt qui s’occupe des menus soins du ménage. Une vieille pièce montre Jocrisse, le type du genre, menant pisser les poules.
Mener pisser
Delvau, 1866 : v. a. Forcer un homme à se battre en duel. Argot des troupiers. On ne le mène pas pisser ! Une phrase de l’argot du peuple, qui emploie pour indiquer le caractère d’un nomme qui ne fait que ce qu’il veut, et non ce que les autres veulent. Elle se trouve dans Restif de La Bretonne.
Rigaud, 1881 : Pousser quelqu’un à se battre en duel, — dans le jargon des troupiers.
France, 1907 : Forcer un homme à se battre en duel. On sait quel effet produit la peur sur la vessie. Henri IV déclarait bravement qu’avant chaque bataille il pissait dans ses chausses.
Meneux de poules pisser
France, 1907 : Sot, naïf, crédule. Provincialisme.
Mijaurée
d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux et méprisant que l’on donne à une femme qui s’en fait trop accroire ; à une bégueule, et généralement à ces indolentes, à ces idiotes toujours malades, et qui ne sont bonnes à rien.
Delvau, 1864 : Fille ou femme qui, devant l’homme, affiche des prétentions par des manières affectées et ridicules qui nous font… pisser. — Oh ! la ! la !
Ne va pas avec moi faire la mijaurée.
(Regnard)
Fi des coquettes maniérées !
Fi des bégueules du grand ton !
Je préfère à ces mijaurées
Ma Jeannette, ma Jeanneton.
(Béranger)
Delvau, 1866 : s. f. Femme dédaigneuse et plus bégueule qu’il convient, — dans l’argot des bourgeois. Faire la mijaurée. Faire des manières et des façons pour accepter une chose. On dit aussi Minaudière.
Mouiller ses bibelots
Virmaître, 1894 : Pisser dans son pantalon (Argot du peuple).
Pisser
d’Hautel, 1808 : Pisser des os. Accoucher ; mettre au monde un enfant.
Pisser (envoyer)
Delvau, 1866 : Congédier brutalement un ennuyeux. On dit aussi Envoyer chier.
Pisser à l’anglaise
Delvau, 1866 : v. n. Disparaître sournoisement au moment décisif.
Virmaître, 1894 : S’en aller subrepticement sans payer son écot. Pisser à l’anglaise : quitter un salon sans saluer les maîtres de la maison pour ne pas jeter le trouble dans la réunion… ou parce que l’on s’embête à quarante francs par tête (Argot du peuple).
France, 1907 : S’esquiver sans payer. Ne pas confondre avec filer à l’anglaise, qui signifie quitter une compagnie sans prendre congé (Voir Filer). L’individu qui pisse à l’anglaise fait semblant de se rendre au water-closet, et de là s’esquive sans payer sa consommation ou son écot.
Pisser au cul
Rigaud, 1881 : Mépriser profondément ; faire autant de cas de quelqu’un que d’une pissotière, le traiter comme une pissotière.
Pisser au cul de quelqu’un
Delvau, 1866 : v. a. Le mépriser. — dans l’argot des voyous.
Pisser comme les poules
Virmaître, 1894 : Aller au cabinet. Pour qualifier un individu très niais, on dit :
— Il a une gueule à mener les poules pisser (Argot du peuple).
Pisser contre le soleil
Delvau, 1866 : v. n. Faire des efforts inutiles, se tourmenter vainement. On connaît l’enfance de Gargantua, lequel « mangeoit sa fouace sans pain, crachoit au bassin, petoit de gresse, pissoit contre le soleil, » etc.
France, 1907 : Faire d’inutiles efforts ; vieille expression qu’on trouve dans Rabelais :
Gargantua… petoit de gresse, pissoit contre le soleil.
Pisser dans un violon
France, 1907 : Perdre son temps ; se donner du mal pour n’arriver à rien.
— Tu as beau faire l’œil en coulisse, roucouler et manger tous les soirs la botte, elle se fiche de ta fiole… C’est comme si tu pissais dans un violon.
(Les Joyeusetés du régiment)
Pisser de l’œil
Virmaître, 1894 : Pleurer.
— Depuis que mon homme a foutu le camp, je pisse de l’œil comme une fontaine Wallace (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Voir Chiquer.
Pisser des côtelettes
France, 1907 : Enfanter. On dit aussi pisser des os.
Pisser des lames de canif, pisser des clous de sabot
Rigaud, 1881 : Souffrir en urinant, par suite d’une maladie de la vessie, par suite d’une maladie vénérienne.
Pisser des lames de rasoir
France, 1907 : Être dans un moment difficile et pénible ; être importuné. « Fichez-moi la paix ! Vous me faites pisser des lames de rasoir ! »
Pisser des lames de rasoir en travers
Virmaître, 1894 : Celui qui est dans ce cas-là n’est pas heureux. L’image est juste pour indiquer les douleurs cuisantes qu’éprouvent les pauvres diables qui ont reçu un coup de pied de Vénus. Pour témoigner à une personne qu’elle vous impatiente, on lui dit : Vous me faites pisser des lames de rasoir en travers (Argot du peuple).
Pisser des lames de rasoir en travers (faire)
Delvau, 1866 : Ennuyer extrêmement quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens, qui n’ont pas d’expression plus énergique pour rendre l’agacement que leur causent certaines importunités. On dit aussi Faire chier des baïonnettes.
Rigaud, 1881 : Ennuyer quelqu’un au dernier point ; le faire moralement souffrir à force de l’ennuyer.
Pisser des os
Delvau, 1864 : Accoucher, mettre au monde une pauvre petite créature qui s’en repentira un jour.
Ils lui feront enfler la panse,
Et, comme à moi, pisser des os.
(Cabinet satyrique)
Delvau, 1866 : v. a. Accoucher, — dans l’argot du peuple. On dit aussi d’une femme qui met au monde un enfant qu’Elle pisse sa côtelette.
Pisser des yeux
Rossignol, 1901 : Pleurer.
Pisser dessus
Fustier, 1889 : Pisser sur quelqu’un. Le mépriser, n’en pas faire cas.
J’en demande pardon à M. le maire et à mes collègues du conseil : Je les couvre de mon mépris et je leur pisse dessus.
(Moniteur universel, 1883)
Pisser droit
Delvau, 1864 : Bander roide et dru.
Bande ta pine et débande ta lyre :
L’important, au lit, est de pisser droit.
(Parnasse satyrique)
Pisser du vinaigre
France, 1907 : Être sévère dans le service ; argot populaire.
Pisser les poules (mener)
Rigaud, 1881 : Donner, en riant, un mauvais prétexte pour s’en aller, pour quitter l’ouvrage. — Être occupé à ne rien faire, ne pas vouloir dire où l’on va.
France, 1907 : Quitter son travail sous un fallacieux prétexte.
Pisser ou chier (envoyer)
Larchey, 1865 : Renvoyer au loin. — Ce terme injurieux ; remonte à une haute antiquité. — Au mot Pissare, Du Cange cite une lettre de rémission de 1465, où, entre autres injures et grandes parolles reprochées au délinquant, on rapporte qu’il envoya pisser son adversaire. V. Foirer.
Pisser sa côtelette
Larchey, 1865 : Accoucher, mettre au monde un enfant. — d’Hautel (1808) emploie dans le même sens pisser des os.
Rigaud, 1881 : Accoucher.
Pisser une côtelette
Virmaître, 1894 : Accoucher. On dit aussi :
— Elle pisse des os.
Pisser une côtelette est une allusion à la légende biblique d’Adam et Eve (Argot du peuple).
Pisser une côtelette, pondre
Hayard, 1907 : Accoucher.
Pisseraide
France, 1907 : Petit robinet d’eau à forte pression, placé dans le corridor des salles d’études de l’École polytechnique.
Pissoter
d’Hautel, 1808 : Uriner ; pisser fréquemment.
Delvau, 1866 : v. n. Avoir une incontinence d’urine.
France, 1907 : Lambiner, tergiverser, demeurer longtemps à une besogne que l’on reprend pour la quitter et la reprendre comme les personnes atteintes d’une incontinence d’urine qui s’arrêtent à toutes les pissotières sans parvenir à évacuer le trop-plein de leur vessie.
Quand les poules pisseront
Rigaud, 1881 : Jamais.
Reluit
Vidocq, 1837 : s. m. — Œil.
Vidocq, 1837 : s. m. — Jour.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Jour, œil. V. Coquer, Luisant, Chasse.
Delvau, 1866 : s. m. Œil, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Jour.
Rigaud, 1881 : Jour. — Œil. Pisser des reluits, pleurer, — dans le jargon des voyous.
La Rue, 1894 : Jour. Œil.
Virmaître, 1894 : L’œil (Argot des voleurs). V. Abat-reluit.
France, 1907 : Jour ; argot populaire.
Une sorgue j’ai été pomaqué et enflaqué dans une rafle, mais on m’a défourraillé au reluit, j’ai seulement coqué le taf.
(Autobiographie d’un malfaiteur en argot moderne)
France, 1907 : Œil. Chasser des reluits, pleurer. Argot populaire.
Retapisser
Rossignol, 1901 : Reconnaître.
France, 1907 : Emprisonner à nouveau ; argot des voleurs.
Rouillarde
Ansiaume, 1821 : Bouteille.
Donnez-nous une rouillarde de picton.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Bouteille.
Larchey, 1865 : Bouteille (Vidocq). — Mot à mot : chose qui se roule.
Delvau, 1866 : s. f. Bouteille, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Blouse, — dans le jargon des voyous.
La Rue, 1894 : Bouteille de vieux vin. Blouse.
Virmaître, 1894 : Blouse. On sait que la blouse est le vêtement favori des rouliers, de là l’expression rouillarde. Les voleurs disent souillaude (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Argent. On nomme aussi rouillarde une blouse bleue garnie de boutons et piqûres blanches sur les épaules, que portaient dans le temps les rouliers.
Hayard, 1907 : Bouteille de bon vin.
France, 1907 : Blouse.
France, 1907 : Bouteille de vieux vin. Picter des rouillardes, boire des bouteilles de vieux vin. Argot des forçats.
— Qui est là ? — Un gail de retour. — Que désirez-vous ? — Des fagots. — Ils pictent des rouillardes en cible dans la tapisserie.
(Ed. Ladoucette)
Sentir pisser (se)
France, 1907 : Commencer a éprouver des désirs amoureux ; arriver à la puberté. Dès l’âge de douze ans, nombre de filles se sentent déjà pisser.
Sortir à l’anglaise
France, 1907 : S’esquiver. On dit plus communément pisser à l’anglaise.
Et, sans me laisser le temps de répliquer, au milieu du brouhaha, des cris du coq et des chants patriotiques, mon ami me prend par le bras et nous sortons à l’anglaise.
(Gil Blas)
Tabuster
France, 1907 : Importuner ; vieux français.
— Madame, sçachez que je suis tant amoureux de vous que je n’en peux pisser ni fianter ; je ne sçay comment l’entendez ; s’il m’en advenait quelque mal, qu’en serait-il ?
— Allez, dit-elle, allez, je ne m’en soucie, laissez-moi ici prier Dieu… et ne me tabustez plus.
(Rabelais)
Tapisserie
d’Hautel, 1808 : Faire tapisserie. Se dit par raillerie, en parlant des femmes âgées, des mamans, qui, au bal, ne font plus que regarder danser.
Delvau, 1866 : s. f. Femmes laides ou vieilles qu’on n’invite pas à danser, — dans l’argot des bourgeois. Faire tapisserie. Regarder faire, ou écouter parler les autres.
Rigaud, 1881 : Figurante du grand monde. — Femme que l’on invite pour faire nombre, femme que l’on n’invite jamais à danser. — Faire tapisserie.
La Rue, 1894 : Femme que, dans un bal, personne n’invite à danser.
France, 1907 : Auberge.
Tapisserie (avoir de la)
Delvau, 1866 : Avoir beaucoup de figures en main, — dans l’argot des joueurs.
France, 1907 : Avoir des figures dans son jeu ; argot des joueurs de cartes.
Tapisserie (faire)
Larchey, 1865 : « Se dit par raillerie des femmes âgées qui au bal ne font plus que regarder danser. » — d’Hautel. — Rangées sur la banquette, le long du mur, elles font corps avec la tapisserie.
France, 1907 : Être au bal sans danser. On garnit les sièges le long des murs comme une tapisserie.
Une longue rangée de laiderons de tous âges formait une lamentable tapisserie.
(Les Propos du Commandeur)
Tapissier
Ansiaume, 1821 : Cabaretier.
Si tu n’es pas franc, nous riffaudrons la turne.
Delvau, 1866 : s. m. Cabaretier.
France, 1907 : Aubergiste, maître d’hôtel garni.
À la vue de celui dont le visage lui apparaissait en pleine lumière, l’aubergiste recula de quelques pas…
— Ah ! Ah ! tu me reconnais ! fit celui-ci, tu vois que quelques années de cadène ne m’ont pas beaucoup changé, mon vieux tapissier.
(Edmond Ladoucette)
France, 1907 : Personnage élégant et correct qui figure aux tables de jeu des cercles pour attirer les clients.
Le tapissier est simplement un monsieur bien mis, comme il faut, ayant des allures et que le gérant du cercle charge de figurer dans la partie. Il joue très rarement, mais il fait nombre, il anime, il fait tapisserie, en un mot. Le gérant lui donne pour cela la pâture et, de temps en temps, quelques louis qui sont vite perdus sur le tapis vert.
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)
L’allumeur tapissier est un associé de tripot qui entraine les dupes à la table de jeu sans jouer lui-même.
Celui qui vit du jeu et des joueurs, depuis les gros mangeurs jusqu’aux rameneurs, aux dîneurs, aux allumeurs-tapissiers.
(Hector Malot)
Terreur
Virmaître, 1894 : Nom donné aux maquereaux dans les anciennes banlieues de Paris ; il y a généralement une terreur par quartier (Argot des souteneurs).
France, 1907 : Bandit redoutable et de force herculéenne qui répand par son audace la terreur dans le voisinage où il se tient. Chaque quartier excentrique de Paris a sa terreur, sorte de potentat du crime qui règne sur les autres coquins jusqu’à ce qu’il ait trouvé plus fort que lui.
Il désigna à ses amis des places libres en face de la Terreur des Gobelins et de Nonore, dont la toilette aussi négligée que celle de Tototte effarouchait visiblement le vieux monsieur, tandis que sa jeune amie était délicieusement émue du contact de la Terreur, s’amusant à détailler le costume de l’homme, au type accompli de bonneteur, avec son chapeau Cronstadt, ses pantoufles en tapisserie, sa veste ronde et son gilet de velours fripé laissant entrevoir une ceinture de flanelle rouge.
(Gorton-Busset, Croquis parisiens)
Vit
Delvau, 1864 : « La partie qui fait les empereurs et les rois, la garce et le cocu, » dit le vertueux Pierre Richelet. En voici la description, d’après l’auteur du Noviciat d’amour :
Ce tube est le chef-d’œuvre de l’architecture divine qui l’a formé d’un corps spongieux, élastique, traversé dans tous les sens par une ramification de muscles et de vaisseaux spermatiques. Il est, à son extrémité supérieure, surmonté d’une tête rubiconde, sans yeux, sans nez, n’ayant qu’une petite ouverture et deux petites lèvres, couvert d’un prépuce, retenu par un frein délicat qui ne gêne point le mouvement d’action et de rétroaction : au bas de cet instrument précieux sont deux boules ou bloc arrondis, qui sont les réservoirs de la liqueur reproductive, qu’aspire et pompe votre partie dans le mouvement et le frottement du coït, id est, de la conjonction ; ces deux boules enveloppent deux testicules, d’où elles ont pris leur nom, et sont soutenues par le ralphé ; on les nomme plus généralement couilles et couillons…
(Mercier De Compiègne)
On dit de quelqu’un qui rougit de chaleur, de honte, de colère, ou pour toute autre cause : il est rouge comme un vit de noce.
(Dicton populaire)
L’académicien dit : Mon vit.
(L. Protat)
Ah ! je n’y tiens plus ! le cul me démange…,
Qu’on m’aille chercher l’Auvergnat du coin…
Car je veux sentir le vit de cet ange
Enfoncer mon con — comme avec un coin.
(Parnasse satyrique)
Si je quitte le rang de duchesse de Chaulne
Et le siège pompeux qu’on accorde à ce nom,
C’est que Gino a le vit long d’une aune,
Et qu’à mon cul je préfère mon con.
(Collé)
De Madeleine ici gisent les os,
Qui fut des vits si friande en sa vie,
Qu’après sa mort tout bon faiseur supplie
Pour l’asperger lui pisser sur le dos.
(B. Desperriers)
Quand votre vit, à jamais désossé,
Comme un chiffon pendra triste et plissé.
(Chanson d’étudiants)
France, 1907 : Membre viril, du latin vitum, dérivé de vita, vie. C’est en effet, suivant l’expression de Boccace, le bâton avec lequel on plante les hommes et qui perpétue la vie et les espèces. Le mot est aussi vieux que notre langue et nos pères, qui, n’étant pas englués de notre fausse et ridicule pudeur, n’hésitaient pas à le prononcer ni à l’écrire.
Ton vieux couteau, Pierre Martel, rouillé
Semble ton vit jà retrait et mouillé ;
Et le fourreau tant laid où tu l’engaînes,
C’est que toujours as aimé vieilles gaines.
Quant à la corde à quoi il est lié,
C’est qu’attaché seras et marié.
Au manche aussi de corne connoît-on
Que tu seras cornu comme un mouton.
Voilà le sens, voilà la prophétie
De ton couteau, dont je te remercie.
(Clément Marot)
Voyeurs
Virmaître, 1894 : Il existe des voyeurs pour hommes et pour femmes. Ce sont des trous imperceptibles pratiqués dans une tapisserie, qui permettent aux spectateurs de voir sans être vus. Il y a des maisons de rendez-vous célèbres, où les blasés payent cinq louis pour repaître leurs yeux d’un spectacle ignoble, où toutes les lubricités les plus ordurières s’étalent (Argot des filles). N.
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