France, 1907 : À croupetons.
Cropiote (à la)
Dégommer
un détenu, 1846 : Mourir, cesser de vivre.
Larchey, 1865 : Destituer.
Réélu ! — Dégommé !
(Gavarni)
Delvau, 1866 : v. a. Destituer, casser d’un grade, — dans l’argot des troupiers. Se dégommer. S’entre-tuer.
Rigaud, 1881 : Surpasser. — Destituer.
Fustier, 1889 : Mourir. Dégommé, mort. Quart des dégommés, commissaire des morts.
France, 1907 : Casser, en argot militaire, un caporal ou un sous-officier de son grade. Destituer un fonctionnaire, lui enlever sa gomme.
La cour, qui en voit de raides cependant, a eu de la peine à digérer celle-là. Toutelois, on n’ose jamais tenir grande rigueur à un premier ministre. Timidement la magistrature lui a posé cette petite question : Mais vous êtes trigame ?
— C’est bien possible, a répondu Crispi, mais je suis aussi ministre. Si vous ne me f… pas la paix, je vous dégomme.
(Le Petit Pioupiou)
N’est-ce pas la gomme qu’on emploie pour donner à une étoffe la roideur, le poli, l’éclat ? Quand cette étoffe est dégommée, elle a perdu son lustre, elle est devenue chiffon. Un homme maladif, souffrant, est, dit-on, dégommé. C’est une expression très juste et qui lait image. Voyez ce préfet, à la démarche roide et fière, au regard olympien. Il fait trembler son département. — Vienne un simple télégramme, trois mots… Il est démissionné — non, il est dégommné. Son œil se voile, sa raideur s’affaisse. (J’en ai connu un qui avait perdu en une nuit dix centimètres de sa taille.) Le frac vulgaire, ou le démocratique paletot-sac, a remplacé l’habit brodé. Dégommé ! oh ! oui, dégommé !
(Baron Piot)
France, 1907 : Mourir.
— Comment ! Le colonel est dégommé ! C’est pour ça qu’on est si joyeux ! C’était pourtant un brave brave homme.
— Brave homme, c’est possible ! mais ça va faire de l’avancement ! de l’avancement, mon bon, de l’avancement…
(Hector France, L’Homme qui tue)
France, 1907 : Surpasser.
Dépiauter, dépioter
France, 1907 : Dépouiller. Mot à mot : enlever la peau. Se dit aussi pour déshabiller.
Elle commença la tournée par les officiers supérieurs, les dépiota comme des écrevisses jusqu’à leur dernier son d’économies, et, les huit jours finis, leur tirant sa révérence, s’écria :
— Vous savez, j’en ai mon compte… Quand vous me reverrez, vieux singes !…
(Mora, Gil Blas)
Dépioter
Larchey, 1865 : Enlever la peau.
Si monsieur croit que c’est commode… on se dépiote les pouces.
(P. de Kock)
Dépiotter
un détenu, 1846 : Ôter, enlever, priver quelqu’un de quelque chose.
Faire à la pose (la)
France, 1907 : Poser ; vouloir se faire passer pour plus qu’on ne vaut. C’est le fait des imbéciles ou des intrigants de la faire à la pose.
Brouh ! ça vous fout la frousse : parce que quelques salopiots d’enjuponnés voudront la faire à la pose, ils vont m’expédier au bagne ou, chose plus emmerdante, me faire couper le coup.
(Père Peinard)
J’antipathis’ les bourgeois qui nous r’prochent
D’fair’ turbiner nos femm’s, sœurs et bell’s-sœurs.
Tandis qu’nous ons les deux mains dans les poches
Pour honorer le glorieux nom d’sout’neurs.
Tous ces muff’s-là qui la font à la pose,
S’ils regardaient autour d’eux, je n’dout’ pas
Qu’ils r’connaîtraient qu’il n’y a guère aut’ chose
Que des sout’neurs ; y en a des tas, des tas !!
(Édouard Maubert)
Loupiot
La Rue, 1894 : Enfant.
Virmaître, 1894 : Enfant (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Enfant.
France, 1907 : Enfant, c’est-à-dire pouilleux. De pou, déformé par le largonji.
— Ça te chagrine tant que ça, dis, d’avoir un loupiot ? Ben vrai, moi, ça m’amuse ! Je suis content, tiens ! Et puis je suis un bon garçon ! C’est pas parce qu’on a jamais passé devant M. le maire qu’on s’en aime moins ! Il est à moi ce môme-là, puisque c’est moi qui l’ai fait ! On le reconnaîtra, et puis ça fera la rue Michel.
(Oscar Méténier)
Mastiqueur
Rigaud, 1881 : Savetier qui mastique des chaussures. Le mastiqueur ne rapiote pas.
France, 1907 : Savetier.
Mazarot
France, 1907 : Salle de police, mais plus spécialement la prison, et particulièrement la prison militaire de la rue du Cherche-Midi.
Les hôtes habituels de Mazarot sont : les bibassiers, les enflammés et les malastiqués.
Ces derniers, que la négligence dans l’entretien de leurs effets rend tributaires de la sonnerie des consignes, sont les moins nombreux.
Les bibassiers ou gais compaings en fait de haute beuverie, très souvent attardés par leur belle vaillantise à humer le piot et à se gargariser à l’aide de la purée septembrale, tiennent la corde dans le steeple-chase qui aboutit à Mazarot.
Pourtant, ils ne distancent que de bien peu les enflammés, à qui leur passion pour le beau sexe fait souvent oublier le chemin de la caserne, ou tout au moins l’heure inexorable de l’appel.
(Ch. Dubois de Gennes, Le Troupier tel qu’il est… à cheval)
On l’écrit aussi mazaro.
Quand il punit, même guitare ;
On connait bien son numéro ;
C’est un gaillard qu’est pas avare
Des jours de clou, de mazaro,
Avec lui la dose est meilleure,
Et quand les autres, sans discours,
Aligneraient quarante-huit heures…
Le doubl’ vous colle quatre jours.
(Griglet)
Mistouflier
France, 1907 : Malheureux, misérable.
Cette garce d’Assistance publique a été remise sur le tapis…
On lui en a envoyé de toutes les couleurs : on lui a seriné qu’en fait de secours elle n’en aboule qu’aux amis recommandés — et qui n’en ont pas besoin — et, qu’à bien voir, les seuls types réellement assistés sont les gratte-papiers et toute la kyrielle d’employés de son administration ; on lui a prouvé qu’au lieu d’empêcher les mistoufliers de crever la faim et au lieu de soigner les malades elle prend plaisir à voir pâtir et crampser les uns et les autres.
(Le Père Peinard)
Si nous sommes mistoufliers en diable, c’est que nous turbinons de trop : on s’abrutit et on n’a plus la force de foutre un pain aux salopiots de la haute qui vous manquent de respect.
(Le Père Peinard)
Piaule, piolle
Larchey, 1865 : Taverne. — Du vieux mot piot : vin. V. Roquefort. Ce dernier donne pioller, s’enivrer. V. Artie.
Piot
d’Hautel, 1808 : Pour vin. C’est un gaillard qui aime le piot. Se dit d’un homme qui a le défaut de boire ; qui est enclin à l’ivrognerie.
France, 1907 : Vin, boisson en général ; patois du Dauphiné. Vieux français.
Leur voyant de piot la cervelle échauffée.
(M. Regnier)
Piote
Rigaud, 1881 : Insulte de cavalier à fantassin.
Pivois
anon., 1827 : Du vin.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Vin. Pivois savoneux, vin blanc.
Bras-de-Fer, 1829 / M.D., 1844 : Du vin.
un détenu, 1846 : Vin.
Larchey, 1865 : Vin — Allusion à la couleur rouge de la pivoine. V. Pavillonner, Solir, Tremblant, Artie.
On s’pousse du pivois à six ronds dans l’battant.
(Chansonnier. impr. Stahl, 1836)
Avons-je du vin ? — Non. — Apportez du pivois, hé vite !
(Vadé, 1788)
Peut-être aussi est-ce un diminutif du vieux mot piot : vin ? — Pivoiner : Rougir (Vidocq).
Virmaître, 1894 : Vin rouge. Je ne vois guère qu’une raison à cette expression : c’est une allusion de couleur. Pivois vient certainement de pivoine (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Vin.
France, 1907 : Vin rouge. « Un certain vin, dit Charles Nodier, se nomme pivois à cause de la ressemblance de son raisin avec la pive, nom patois du fruit appelé improprement pomme de pin. »
… Avons-nous du vin ? Non.
Parlez donc, Monsieur le garçon,
Apportez du pivois, et vite !
Aussitôt la parole dite,
On renouvelle l’abreuvoir.
(Vadé, La Pipe cassée)
Pivois citron, vinaigre ; pivois vermoisé, vin rouge ; pivois savonné, vin blanc.
Que ce soit le pétrole ou le pivois savonné, dans le godet ou dans l’entonnoir à patte, toujours les buveurs ont soin de dire : À la vôtre, patron !
(Jean Richepin)
Rafistoler
Delvau, 1866 : v. a. Raccommoder.
Rigaud, 1881 : Donner une tournure présentable à un vieux vêtement de prix. On rafistole des dentelles, un châle, on rapiote une vieille culotte.
France, 1907 : Raccommoder ; argot populaire ; du vieux français afistoler, tromper, qui vient du latin fistula, flûte. Ce verbe, employé réflectivement, signifie se parer, se nettoyer, s’habiller à neuf.
Rapapillotage, rapapiotage
France, 1907 : Réconciliation.
Souvent elles aimeront moins l’amant que l’amour, et, sachant par expérience que les rapapillotages ne valent pas mieux qu’un dîner réchauffé, elles se garderont bien, si elles sont lâchées par le second amant, de retourner au premier amant ; elles on prendront un troisième tout neuf, quitte à… passer la main à un quatrième, si le troisième ne fait pas l’affaire. C’est surtout pour la Parisienne qu’il est juste de dire que, s’il y a des femmes n’ayant pas d’amant, il n’y en a pas qui n’en ait eu qu’un.
(Colombine, Gil Blas)
Rapapiotage
Rigaud, 1881 : Réconciliation. — Rapapioter, réconcilier. Rapapioteur, rapapioteuse, celui, celle, par l’entremise de qui s’est faite une réconciliation.
Rapapioter
France, 1907 : Réconcilier.
Les autoritaires veulent conserver ce qui existe et tenir le populo sous leur coupe. Ils varient bougrement de couleur des uns aux autres : des fois même, ils se chamaillent, — mais, en fin de compte ils se rapapiotent sur le dos des prolos.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Rapapioteur
France, 1907 : Réconciliateur.
Rapiot
Delvau, 1866 : s. m. Pièce mise à un habit ou à un soulier, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Rapiécetage, ravaudage.
La Rue, 1894 : Rapiécetage. Fouille des condamnés.
France, 1907 : Même sens que rapiau.
France, 1907 : Petite pièce mise à un vêtement ou une chaussure.
Rapiot (le grand)
Vidocq, 1837 : s. — Première visite faite sur les condamnés après leur sortie de Bicêtre, pour aller au bagne.
Rapioter
Ansiaume, 1821 : Fouiller.
En me rapiotant, ils ont pésillé le carle, les carroubles, je fus marron.
Vidocq, 1837 : v. a. — Visiter les condamnés en route pour le bagne.
Larchey, 1865 : Rapiécer.
Monsieur, faites donc rapioter les trous de votre habit.
(Mornand)
Delvau, 1866 : v. a. Fouiller, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : v. a. Rapiécer.
Rigaud, 1881 : Fouiller un condamné, — dans le jargon des voleurs. Autrefois le mot s’appliquait à la visite pratiquée sur les condamnés en partance pour Toulon, Brest et Rochefort. — Le grand rapiot, c’était la visite préliminaire qu’on pratiquait sur les condamnés qui, à leur sortie de Bicêtre, étaient dirigés sur les bagnes.
Rigaud, 1881 : Repriser, rapiécer, raccommoder, — dans le jargon des marchands fripiers et des savetiers.
Virmaître, 1894 : Fouiller dans les poches de quelqu’un. Ce devrait être dépioter puisque l’on le fouille dans l’intention de le dévaliser. Cette expression est néanmoins employée par les voleurs. Les ouvriers tailleurs sont plus logiques. Pour rapiécer (mettre une pièce), ils disent rapioter (Argot des voleurs et des tailleurs).
France, 1907 : Faire main basse sur des objets. Tout rapioter, tout emporter.
France, 1907 : Raccommoder, ravauder, rapiécer.
Rapioteur
La Rue, 1894 : Ravaudeur. Rapioter, ravauder.
France, 1907 : Ravaudeur.
Rapioteur, rapioteuse
Rigaud, 1881 : Raccommodeur, raccommodeuse de vieilles hardes.
Georges Cadoudal, avant son arrestation, avait trouvé asile chez une jeune rapioteuse du Temple.
(F. Mornand, La Vie de Paris.)
Regoubichonner
France, 1907 :
Les ceux pour qui humer le piot, regoubichonner un tantinet, danser follement et voire moult cingesques, momeries est délectable se rendront, Le 28 août 1887, chez le peintre Cheviron.
(Billet d’invitation)
Renardière
France, 1907 : Cave ou pièce obscure où les compagnons du Devoir enfermaient les renards ou postulants en attendant les épreuves. Nous donnons, à titre de curiosité, un extrait de Hugues Le Roux où sont décrites ces épreuves :
Nous attendions dans la renardière, inquiets dans le fond, quand, tout d’un coup, les compagnons entrèrent dans la cave. Ils étaient à moitié saouls. Ils criaient :
— À genoux, cochons, sales bêtes !
Alors ils nous montèrent sur le dos et, à quatre pattes, à grands coups de talon, ils nous firent galoper autour de la cave. Puis une voix cria :
— Le numéro un, à la Cayenne !
C’était moi. On me banda les yeux et, avec mon compagnon sur le dos, on me poussa au fond d’un couloir, dans une salle.
Ils étaient là une vingtaine qui faisaient un bruit d’enfer. Tout de suite, ils me saisirent par les oreilles, et je sentis qu’on me roulait dans un tonneau. Il cogna le mur, je fus jeté sur la tête tout étourdi. J’allais me relever, quand deux compagnons me saisirent. Ils me tenaient par le collet. Ils me firent courir trois fois en avant, trois fois en arrière, puis on me bascula, et je me retrouvai sur la terre à genoux. Là, un ancien s’approcha. Il me tira par les cheveux et me dit :
— Tu vas recevoir le petit baptême. Ça va te coûter de l’argent. Je te le ferai pour 50 francs.
Mois une autre voix cria :
— Cinquante francs, cochon ! Viens à moi, je te le ferai à bon compte. Tiens, salop, ce sera quinze francs !
Alors la première voix reprit :
— Cent sous, salopiot ! Cent sous, vermine ! Je vais te baptiser pour cent sous ! Ça ne te coûtera pas cher, sale bête !
Tout en parlant, ils me crachaient à la figure et me flanquaient des claques.
Rouffion, rouffionne
France, 1907 : Petit garçon de boutique, apprenti, apprentie.
— Faites donc pas tant le naïf, mon vieux birbe. Ça vous va juste comme une plume d’autruche au derrière d’un goret. Est-ce que ça manque dans Paris, les petites rouffionnes de douze et dix ans que des vieilles servent, toutes chaudes, à de vieux salopiots, bourgeois, rentiers, magistrats ?…
(Michel Morphy)
Sainte Touche
France, 1907 : Le jour des appointements, de la paye, des gages, Argot populaire.
À toutes les fins de mois régulièrement, tous les jours de Sainte Touche, on apercevait, à la sortie du bureau, Mme Varney, embusquée au tournant de la rue, ou devant la façade du Crédit, ou même jusque sous la voûte de la grand’-porte, et prête, comme une tigresse à l’affût de sa proie, à se précipiter sur sa fille, l’entraîner bien vite à l’écart et lui explorer les poches.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
C’est Saint’ Touche, ô brave ouevrier,
Viv’ment approche, on va t’payer :
— Y a pas gras, — L’gringale, l’loyer,
L’épicière… I’s’tape l’fruitier !
Et pour aller chez l’cordonnier,
Les pauv’ loupiots pourront s’fouiller.
(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard)
Salopiat, salopiot, saligot
Rigaud, 1881 : Malpropre, vaurien.
Puis ne voilà-t-il pas qu’un sacré polisson de salopiat de singe, ne le voilà-t-il pas, à la fin des fins, il vous pisse par une fente sur les mignons.
(E. de Goncourt)
Secouer les puces
Virmaître, 1894 : Stimuler un endormi, le secouer du péché de paresse (Argot du peuple).
France, 1907 : Battre, réprimander.
On bouffait du pain noir et pas à pleines ventrées, et dans la bicoque en torchis, pêle-mêle avec les bêtes, il ventait et il gelait pire que dehors. En guenilles, nu-pattes commune des cabots, la ribambelle des loupiots bramaient le froid et la faim. Devant le curé s’appuyant de bons morceaux tout en prêchant le jeûne, devant le richard insolent on se faisait petits. Mais nom de Dieu, à l’occasion, on savait bien leur secouer les puces.
(Le Père Peinard)
Serrer la vis
Delvau, 1866 : Achever une affaire, presser un travail. Étrangler quelqu’un. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Serrer le frein, — dans l’argot des mécaniciens des chemins de fer.
Virmaître, 1894 : Étrangler quelqu’un (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Serrer le cou.
France, 1907 : Étrangler.
Ah ! maudite routine, on n’a plus la foi, comme ci-dessus je le dégoise, mais par veulerie on laisse encore l’Église, qui s’en accommode, nous fiche le grappin dessus à notre naissance, à notre accouplement, à notre crevaison.
On lui laisse farcir la caboche de nos loupiots de fariboles nigaudes et criminelles ; notre copine n’ayant d’autre lieu de rassemblement, d’autre récréation que la sacrée turne du bon dieu, s’y laisse obscurcir la comprenette, ne peut se dépêtrer des gourderies religieuses.
Épatez-vous donc ensuite que capitalos et gouvernants continuent à nous serrer la vis.
(Le Père Peinard)
Tambouille
Delvau, 1866 : s. f. Ragoût, fricot, — dans l’argot des faubouriens. Faire sa tambouille. Faire sa cuisine.
Rigaud, 1881 : Ragoût de ménage ; cuisine sans prétention.
Fustier, 1889 : Delvau donne à ce mot le sens de ragoût, de fricot, ce qui est exact ; tambouille s’emploie aussi chez les soldats d’Afrique qui appellent ainsi leur gamelle.
La Rue, 1894 : Ragoût, fricot. La gamelle.
Virmaître, 1894 : Ragoût, fricot. Faire la tambouille, faire sa cuisine. A. D. Tambouille : battre.
— Je vais te foutre une tambouille que le tonnerre de Dieu en prendra les armes (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Soupe, ragoût, portion.
France, 1907 : Cuisine, ragoût. Faire la tambouille, cuisiner.
De mon temps, quand j’étais mousse (je ne sais si ça se fait encore), si en faisant la tambouille, le pauvre loupiot avait laissé brûler les fayots, ne les avait pas fait cuire assez, ou les avait trop salés, c’était la mode de lui faire bouffer la ration de tout le monde. On gavait le petit malheureux jusqu’à ce que ça lui sorte de la bouche, ou qu’il soit aux trois quarts étouffé.
(Berdindin, gabier de poulaine. — La Sociale)
Tune ou tunebée
Vidocq, 1837 : Bicêtre, prison du département de la Seine. C’est de Bicêtre que partent les condamnés destinés aux divers bagnes de la France. Le spectacle hideux du départ de la chaîne attire toujours un grand concours de spectateurs empressés d’ajouter encore quelques souffrances à celles que doivent éprouver ces malheureux qui, cependant, n’ont pas été condamnés à servir d’aliment à la curiosité publique. Dès le matin du jour fixé pour le départ de la chaîne, des masses immenses envahissent le quartier Mouffetard, la barrière du Midi, et les environs de l’ancien manoir de Charles VII. Il pleut, l’éclair sillonne la nue, la foule ne se retire pas, et cependant cette foule n’est pas composée seulement d’hommes du peuple, il y a dans ses rangs des dandys et des petites maîtresses qui, le soir peut-être, étaleront leurs grâces au balcon du Théâtre-Italien. Voici, au reste, en quels termes s’exprimait, à l’occasion du départ de la chaîne, un journal qui cependant n’a pas l’habitude de s’apitoyer sur les misères des malheureux que la société repousse de son sein : « Jamais pareil concours de spectateurs, dit la Gazette des Tribunaux, ne s’était réuni pour contempler les traits des malheureux que la loi a justement frappés. On remarquait sur six files de voitures marchant de front, de brillans équipages blasonnés ou armoiriés, confondus avec des voitures omnibus, des cabriolets de maître, de régie ou de places, des coucous, des charrettes, des tapissières, etc., etc. Le nombre de ces chars, numérotés ou non, et plus ou moins élégans, dépassait quinze cents.
On ne voyait pas sans étonnement parmi les plus brillans équipages, des calèches remplies de dames en élégante toilette du matin. Les robes de soie, les chalys, les châles français, les écharpes de barèges, les chapeaux ornés de fleurs ou de plumes ont dû être singulièrement compromis par la poussière.
Il en était de même des hommes, devenus méconnaissables par les flots poudreux qui souillaient leurs vêtemens. La descente de la Courtille, au mardi gras, ne présente peut-être pas un spectacle aussi ignoble que celui qu’offraient aujourd’hui nos fashionables. »
Un poète, qui faisait partie de cette chaîne, a composé une sorte d’hymne dont je crois devoir citer ici les deux couplets les plus saillans.
Entendez notre voix, et que nos fiers accens.
À notre suite enchaînent la folie.
Adieu Paris ! adieu, nos derniers chants
Vont saluer notre patrie.
Des fers que nous portons nous bravons le fardeau,
Un jour la liberté reviendra nous sourire,
Et dans notre délire
Nous redirons encor ce chant toujours nouveau.
Renommée, à nous les trompettes,
Dis que joyeux nous quittons nos foyers,
Consolons-nous si Paris nous rejète,
Et que l’écho répète
Le chant des prisonniers.
Regardez-nous et contemplez nos rangs :
En est-il un qui répande des larmes ?
Non, de Paris nous sommes tous enfans ;
Notre douleur pour vous aurait des charmes.
Adieu, car nous bravons et vos fers et vos lois ;
Nous saurons endurer le sort qu’on nous prépare,
Et, moins que vous barbare,
Le temps saura nous rendre et nos noms et nos lois.
Renommée, etc., etc.
Les condamnés qui doivent faire partie de la Bride (chaîne), sont amenés dès le matin dans la grande cour de la prison de Bicêtre ; ils ont ordinairement passé une partie de la nuit à boire et à chanter*, aussi leur teint est pâle, et ils paraissent ne point devoir supporter les fatigues de la route. Ceux qui ont obtenu soit à prix d’argent, soit parce qu’ils ont la protection de quelques-uns des employés de la prison, une place aux premières loges, et peuvent voir des hommes vêtus d’un habit militaire et l’épée au côté, occupés à choisir et à examiner les colliers qui doivent servir aux forçats. Lorsqu’ils ont achevé leur tâche, ils placent par rang de taille et font asseoir vingt-six individus auxquels ils lâchent les plus dégoûtantes épithètes.
*Il y a toujours parmi les forçats qui doivent faire partie de la chaîne, quelques forçats qui se chargent de faire quelques chansons de circonstance qui sont destinées à charmer les ennuis de la route. Outre ces poésies nouvelles, les condamnés n’oublient pas de chanter quelques-unes de ces vieilles chansons argotiques chantées déjà par plusieurs générations de voleurs, la Marcandière, le Tapis de Montron, par exemple ; mais celles qui obtiennent le plus de succès, celles dont les refrains sont répétés avec une sorte de frénésie, sont celles qui sont destinées à tourner en ridicule la police ou ses agens. La chanson en vogue maintenant dans les bagnes et dans les prisons, est dirigée contre M. Allard, chef de la police de sûreté, et les agens qu’il emploie. Il est inutile de dire que cette chanson ne prouve absolument rien. Aussi je ne donne place ici à quelques-uns de ces couplets que pour donner un échantillon du style épigrammatique des voleurs.
Ce fameux Allard entra,
Sa brigade l’entoura ;
Tous scélérats,
Voyez ces agens,
Ils livreraient leur père
Pour un peu d’argent.
La chaine toute entière
Ne fait qu’un cri :
Ah ! Ah ! à la chianlit,
À la chianlit.
Allard dit à un voleur,
Je suis un homme d’honneur,
C’est un menteur.
On lui a prouvé
Que l’un de ses deux frères,
Depuis peu d’années
Est sorti des galères,
Il en rougit.
Ah ! ah ! à la chianlit,
À la chianlit.
Les agens vont dés l’matin
Chez un tailleur peu malin,
Louer un frusquin.
Voyez ces friquets
En habit du dimanche,
Ce gueux d’Hutinet,
Et ce gouépeur de Lange
En vieil habit.
Ah ! ah ! à la chianlit,
À la chianlit, etc., etc.
C’est alors que commence le ferrage. Cette opération fait quelquefois frémir ceux qui en sont spectateurs, car elle est vraiment terrible, et si le marteau ne tombait pas d’aplomb sur le rivet du collier, il est évident que le crâne du condamné serait infailliblement fracassé. Au reste, plusieurs fois des forçats ont été blessés très-grièvement. Lorsque l’opération du ferrage est terminée, et quelle que soit la rigueur de la saison, on fait déshabiller complètement chaque forçat, et les plaisanteries, assaisonnées de quelques coups de bâton, ne leur sont pas épargnées, ce qui paraît réjouir infiniment les grandes dames qui ne quittent pas les fenêtres auxquelles elles sont placées. On distribue alors à tous ceux qui doivent faire le voyage une paire de sabots, des vêtemens de grosse toile grise qui les couvrent à peine ; ensuite vient le perruquier qui taille en échelle les cheveux de chaque forçat, tandis que les argousins coupent le bord des chapeaux et la visière des casquettes.
Quelle que soit la saison, les forçats sont ensuite placés sur les voitures découvertes, attelées chacune de quatre chevaux, qui doivent les conduire au lieu de leur destination. Au signal du capitaine de la chaîne, le triste convoi se met en marche, accompagné de quelques dandys à cheval qui veulent être spectateurs du dernier acte du triste drame qui se joue devant eux, et assister au Grand Rapiot.
Le Grand Rapiot, ou fouille générale, a lieu ordinairement à la fin de la première journée de marche. On fait alors descendre les forçats des voitures sur lesquelles ils sont juchés, on les fait déshabiller, les vêtemens et les fers sont visités avec la plus scrupuleuse attention ; les condamnés sont ensuite fouillés dans les endroits les plus secrets.
Cette opération se fait très-vite et au commandement des argousins. Ceux des forçats qui n’exécutent pas la manœuvre avec assez de promptitude, ou qui se montrent maladroits lorsqu’il faut passer par-dessus le cordon, reçoivent des coups de bâton.
Tousez, Fagots. À ce commandement d’un argousin, les forçats doivent faire leurs nécessités.
Lorsque le cordon est arrivé au lieu où la première nuit doit être passée, on fait entrer deux cents cinquante à trois cents forçats dans une écurie ou dans tout autre lieu semblable, d’une capacité propre à en contenir seulement cinquante ou soixante. Ils trouvent dans cette écurie quinze ou vingt bottes de paille. Des argousins sont placés à toutes les extrémités de cette écurie, et ceux qui sont chargés d’aller relever les factionnaires sont obligés de marcher sur les forçats qui sont étendus sur le sol, et ils les accueillent par des coups de bâton. Le bâton est la logique des argousins.
Si, l’été, un forçat a soif, et qu’il ose demander à boire, un argousin dit aussitôt : « Que celui qui veut boire lève la main. » Le forçat qui n’est pas encore au fait des us et coutumes de ces Messieurs, obéit ; alors, un des argousins de garde se rend auprès de lui, le frappe rudement en lui disant : « Bois un coup avec le canard sans plume, potence. »
Les vivres distribués aux forçats, sont, sauf le pain qui, est assez passable, de très-mauvaise qualité ; le vin est détestable, et la viande n’est autre chose que de sales rogatons.
La manière dont ces vivres sont distribués ajoute encore, s’il est possible, à leur mauvaise qualité. Les baquets qui contiennent la soupe et la viande semblent n’avoir jamais été lavés. Un cuisinier distribue les portions, et compte ainsi les condamnés : « Un, deux, trois, quatre ; voleurs, tendez votre gamelle. » Les forçats obéissent ; et le cuisinier jette dans leur gamelle environ une demi-livre de viande.
La distribution des vivres faite, le chef des argousins fait entendre un coup de sifflet ; le plus grand silence s’établit aussitôt. « Avez vous eu du pain ? — Oui. — De la soupe ? — Oui — De la viande ? — Oui. — Du vin ? — Oui. — Eh bien ! voleurs, dormez ou faites semblant, si vous ne voulez pas recevoir la visite du Juge-de-Paix. » (Le Juge-de-Paix est une longue et grosse trique de bois vert.)
Cet ordre une fois donné, le plus léger bruit excite la colère de MM. les argousins, qui se mettent à une table très-bien servie qu’ils ne quittent que pour aller bâtonner le malheureux forçat auquel la souffrance arrache quelques plaintes.
Turbiner
Vidocq, 1837 : v. a. — Travailler honnêtement.
un détenu, 1846 : Travailler.
Delvau, 1866 : v. n. Travailler.
Rigaud, 1881 : Travailler beaucoup, se donner beaucoup de mal.
Il y a des gens qui arrivent avec une mise de fonds de dix francs, turbinent toute l’après-midi et font dix opérations pour gagner quarante sous.
(Le Figaro, du 30 nov. 1878)
Boutmy, 1883 : v. intr. Travailler avec activité.
Merlin, 1888 : Synonyme de pivoter.
France, 1907 : Se prostituer.
— T’es marié ?
— Q’t’es moule ! j’suis bien trop gosse !… La vrille aussi est trop « loupiotte » ; elle n’a que quatorze « bergues ».
— Elle turbine ?
— Pas encore ; mais je la forme !
(Dubut de Laforest)
On dit aussi dans le même sens : turbiner sur le bitume.
Ne dites pas de mal des mômes qui turbinent sur le bitume, jeune homme. vous ne savez pas ce que vous deviendrez un jour…
(Edmond Lepelletier)
France, 1907 : Travailler de quelque façon que ce soit, mais péniblement.
On était voisins, on taillait des bavettes, le soir, dans la rue, avant de s’aller fourrer dans le dodo ; on en disait de roides, naturellement ; on se sentait pincé l’un pour l’autre, mais là, pincé ! sérieusement ; bref, on se colla. — Puis, reconnaissant le tort qu’elle avait fait à son mari en ne lui apportant pas une bonne dot, comme une jeune fille du monde chic, Chloé s’est mise à turbiner.
(Montfermeil)
À quinze ans, ça rentre à l’usine,
Sans éventail,
Du matin au soir, ça turbine,
Chair à travail.
Fleur de fortifs, ça s’étiole,
Quand c’est girond,
Dans un guet-apens, ça se viole,
Chair à patron.
(Jules Jouy)
Argot classique, le livre • Telegram