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Arcpincer

Larchey, 1865 : Arrêter quelqu’un. — Pincer au demi-cercle est très usité dans le même sens. Il est à remarquer qu’arc et demi-cercle sont presque synonymes et qu’ils paraissent dériver de la même image.

Arcpincer ou arquepincer

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, saisir quelqu’un ou quelque chose. Argot des faubouriens.

France, 1907 : Saisir, prendre ; argot populaire.

Mademoiselle, veuillez arcpincer mon anse.
J’ai promis de reconobrer tous les grinchisseurs et de les faire arquepincer.

(Vidocq)

Arquepincer

Bras-de-Fer, 1829 : Arrêter.

Vidocq, 1837 : v. a. — Saisir vivement.

Halbert, 1849 : Prendre, saisir.

Rigaud, 1881 : Dérober adroitement. — Prendre, surprendre avec adresse. — Un voleur arquepince un porte-monnaie, un agent survient qui arquepince le voleur.

La Rue, 1894 : Dérober très adroitement. Arrêter le voleur de même.

Rossignol, 1901 : Prendre, arrêter.

Avoir la main occupée

Delvau, 1864 : Se branler d’une main en lisant de l’autre un roman libertin ; ou pincer le cul à sa voisine en trinquant avec son voisin.

Souvent entre deux draps
Rêvant à ses appas,
Et d’une voix entrecoupée,
Je me dis, la main occupée,
Ah ! comme on tirait
Chez ell’ du vin clairet !

(E. De Pradel)

Baiser

d’Hautel, 1808 : Baiser le cul de la vieille. Signifie en terme de jeu, ne pas prendre un point dans toute la partie ; et en terme de commerce, ne pas étrenner de la journée.
Il devroit baiser les pas par où elle passe. Se dit d’un homme ingrat, qui cherche à dénigrer une personne à laquelle il a de grandes obligations.
Baiser à la pincette. C’est pincer avec les doigts les deux joues de la personne que l’on veut embrasser sur la bouche ; ce que les enfans appellent Baiser à la godinette.

Delvau, 1864 : Verbe excessivement actif, que l’humanité passa son temps à conjuguer depuis le premier jour du monde, et qu’Adam et Ève savaient dans tous ses modes avant les conseils libertins du serpent. C’est le to leacher des Anglais, le far l’atto venereo des Italiens et le basiare des latins. — Quant à son étymologie, elle est d’une clarté éblouissante même pour un aveugle. Agnès la devinerait. Baiser, verbe, vient de Baiser, substantif, car la conjonction d’en haut précède toujours la conjonction d’en bas, et il est impossible à une femme dont les petites lèvres ont été touchées par une bouche, de ne pas laisser toucher ses grandes lèvres par une pine. De ceci vient cela, dirait Hugo.

…Et l’homme marié
Baise tout simplement, quand il peut, sa moitié.

(Protat)

…Le galant, en effet,
Crut que par là baiserait la commère.

(La Fontaine)

Parbleu, qu’un autre la baise.
J’aime mieux baiser mes sœurs.

(Collé)

Chaud de boisson, certain docteur en droit,
Voulant un jour baiser sa chambrière,
Fourbit très bien d’abord le bon endroit.

(Piron)

Bavarde

Delvau, 1866 : s. f. La bouche. — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Langue, bouche. — Boucler sa bavarde, remiser sa bavarde, coucher sa bavarde, se taire.

France, 1907 : Bouche.

Une main autour de son colas et l’autre dans sa bavarde pour lui arquepincer le chiffon rouge.

(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)

Se dit aussi pour journal.

Entre larbins :
— Monsieur commence à m’embêter mince.
— Cherche-lui des raisons.
— Inutile. Quand je veux lâcher un singe, j’ai un moyen infaillible.
— Lequel moyen ?
— Le matin ou j’veux avoir mes huit jours, j’lui apporte son courrier dans une pelle à main, et si ça n’suffit pas, j’y dis : — Tiens, v’là tes bavardes.

(Le Journal)

Bleu (être)

Rigaud, 1881 : Éprouver une grande surprise. — Elle est bleue celle-là ! cette nouvelle est difficile à croire. — Faire des bleus, pincer de manière à laisser la signature des doigts sur la chair. — Passer au bleu, avoir perdu un objet, se consoler d’une perte. — En faire voir des bleues, causer des contrariétés. — Colère bleue, violente colère.

Cancanner, pincer le cancan

Larchey, 1865 : Danser le cancan — Pincer un léger cancan n’est pas tout à fait cancaner ; c’est une chorégraphie mixte où se fait deviner seulement le fruit défendu. — Chahuter, c’est épuiser au contraire toutes les ressources pittoresques de ce fandango national.

On va pincer son petit cancan, mais bien en douceur.

(Gavarni)

J’ai cancané que j’en ai pus de jambes.

(Id.)

Cercle (pincer au demi)

Rigaud, 1881 : Surprendre quelqu’un dans un moment psychologique. Un mari qui rentre de la chasse et qui trouve sa femme dans le feu d’une conversation avec son cousin ou tout autre, la pince au demi-cercle. Repincer au demi-cercle, se revancher, rendre la réciproque.

Cercle (pincer en demi)

France, 1907 : Surprendre quelqu’un en faute.

Chahuter

Vidocq, 1837 : v. a. — Faire tapage pour s’amuser.

Larchey, 1865 : Faire tapage, danser le chahut.

Ce verbe, qui, à proprement parler, signifie crier comme un chat-huant, vient du nom de cet oiseau autrefois appelé chahu ou cahu…

(Fr. Michel)

Ça mettra le vieux Charlot en gaîté… il chahutera sur sa boutique.

(E. Sue)

Larchey, 1865 : Renverser, culbuter.

Sur les bords du noir Cocyte, Chahutant le vieux Caron, Nous l’fich’rons dans sa marmite, etc.

(Chanson de canotiers)

Delvau, 1866 : v. a. Secouer avec violence ; renverser ; se disputer.

Delvau, 1866 : v. n. Danser indécemment.

Rigaud, 1881 : Bousculer, faire du vacarme. — Chahuteur, chahuteuse, danseur, danseuse de chahut, tapageur, tapageuse.

Rigaud, 1881 : Danser la chahut.

Chahuter, pincer le cancan,
Sur l’abdomen coller sa dame ;
Voilà le danseur à présent,

(P. J. Charrin, Les Actualités)

Rossignol, 1901 : Jouer, s’amuser, danser.

Finis de chahuter, je ne veux pas rire.

Au bal celui qui se démène en dansant le quadrille chahute.

France, 1907 : Danser le chahuts ; faire du tapage ou être secoué.

Et cette fille destinée à chahuter de lit en lit.

(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)

Chatouiller

d’Hautel, 1808 : Se chatouiller pour se faire rire. C’est se représenter intérieurement en soi-même des sujets agréables et burlesques qui excitent à rire, ou chercher à se mettre en joie, quoiqu’on n’en ait pas sujet. On dit aussi, et dans le même sens, Se pincer pour se faire rire.

Chiffonner

d’Hautel, 1808 : Une figure chiffonnée. Un visage dont les traits, sans être beaux ni réguliers, forment cependant un ensemble agréable.
Cela me chiffonne. Pour cela m’embarrasse, m’inquiète, me tourmente.

Delvau, 1866 : v. a. Contrarier, ennuyer, — dans l’argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Taquiner amoureusement une femme, la pincer amoureusement.

Et lorsqu’ils sontpochards, ils chiffonnent les bonnes

(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés)

La Rue, 1894 : Contrarier.

France, 1907 : Contrarier, ennuyer.

— Si vous ne voulez pas être mon obligée, soyez tranquille, je vous demanderai quelque chose en échange : comme ça, nous serons quittes !
— Quoi donc ? Que me demanderez-vous ?
— De me faire mes heures supplémentaires la semaine prochaine. Je suis de garde et ça me chiffonne.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Agacer, tripoter une femme ou une fille ; littéralement, lui chiffonner les jupes ou essayer de lever sa chemise.

— L’épouser ! L’épouser ! exclama bruyamment le capitaine, en battant du bras ; ce petit torchon… ce laideron, cette grêlée !… Il pensait à chiffonner ça parce que c’est jeune. Un amour d’étape. J’aurais deviné ça du coup… et je l’aurais secoué.

(Alexis Bouvier, La Belle Grêtée)

— Savez-vous comment on peut chiffonner le plus une soubrette au minois chiffonné ?
— En ne la chiffonnant pas.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Collège

Ansiaume, 1821 : Prison, geole.

Je pouvois cromper du collège de Rouen, je croiois pas être gerbé.

Vidocq, 1837 : s. f. — Prison.

Larchey, 1865 : Prison. — Collégien : Prisonnier (Vidocq). — Ces mots ont dû être inventés par un malfaiteur qui avait reçu de l’éducation.

Delvau, 1866 : s. m. La prison, — dans l’argot des voleurs, qui y font en effet leur éducation et en sortent plus forts qu’ils n’y sont entrés. Collèges de Pantin. Prisons de Paris. Les Anglais ont la même expression : City college, disent-ils à propos de Newgate.

Rigaud, 1881 : L’ancien bagne, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : L’ancien bagne ; la prison.

Virmaître, 1894 : Prison. Cette expression est d’une grande justesse ; c’est en effet en prison que les voleurs se perfectionnent dans leur art et que nos grands financiers du jour apprennent à ne plus se faire repincer (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Prison.

France, 1907 : Prison. Les deux se ressemblent en effet, sous plus d’un point, et l’on y rencontre les mêmes vices.

— C’est vrai, dit Salomon surpris, je vois que tu l’as connu… Mais, mon vieux, tu peux aller à présent, si tu remets la main dessus, essayer de lui rappeler les souvenirs de collège, il t’enverra au bain en disant, en prouvant, s’il le faut, qu’il n’a jamais eu de cœur, jamais eu de femme ni d’Émélie sur la poitrine… Ça te la coupera, hein ?

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Dandillon

Halbert, 1849 : Cloche.

Delvau, 1866 : s. m. Cloche.

Rigaud, 1881 : Sonnette. Taquiner le dandillon, pincer le dandillon, tirer la sonnette.

France, 1907 : Cloche. Pincer le dandillon, sonner la cloche.

Demi-aune

Vidocq, 1837 : s. m. — Bras.

Larchey, 1865 : « Il y avait deux heures que je tendais ma demi-aune sans pincer un radis. »

(Luc Bardas)

Delvau, 1866 : s. f. Bras, — dans l’argot des faubouriens. Tendre la demi-aune. — Mendier.

Virmaître, 1894 : Le bras. Les mendiants disent :
— Je tends la demi-aune.
C’est une façon de ne pas avoir l’air que l’on tend la main (Argot des mendiants).

France, 1907 : Bras, dans l’argot des mendiants, qui disent : tendre la demi-aune, pour tendre la main.

Discutailler

France, 1907 : Discuter mollement.

C’en était un, en effet, mais un bon : un type qui n’a qu’un tort, c’est d’en trop pincer pour Guesde, Vaillant, et toute la légumerie. Que voulez-vous, on n’est pas parfait ! Quoique ça, on peut causer avec lui, d’autant plus facilement qu’il n’a pas pour deux liards d’ambition. Illico, il s’affale sur une chaise et on continue à discutailler.

(Père Peinard)

En pincer

France, 1907 : Être amoureux, avoir un caprice pour quelqu’un.

Monsieur de curé de Fouilly
En pinçait pour sa bonne ;
Il promettait le paradis
À la jeune friponne :
« Un baiser doux comme le miel,
De ta lèvre, ma belle,
Te conduira tout droit au ciel !
Ne me sois pas rebelle. »

(Léo Lelièvre)

On dit aussi dans le même sens : être pincé.

Esgourde ou esgourne

France, 1907 : Oreille. Débrider l’esgourde, écouter.

— Je vais te tirer les oreilles, attends !
Mais, agile comme un singe, le gamin s’échappa, zigzaguant derrière les tables.
— De quoi ! cria-t-il, plus souvent que vous me les pincerez mes esgourdes. Mince ! n’avez pas encore les spatules assez longues, hé !

(Paul Pourot, Les Ventres)

Ouvrez vos esgourdes et tenez vos battants…

(Edmond Lepelletier)

Faire pincer (se)

France, 1907 : Se faire prendre.

Le gros juif vous exposait ses théories. Il est très beau quand il parle de la pourriture ouvrière. C’est lui qui s’est fait pincer, il y a trois semaines, chez une dame complaisante, avec des jeunes personnes qui n’avaient pas tout à fait treize ans.

(Maurice Donnay)

Feston (décrire, faire ou pincer du)

France, 1907 : Faire des zigzags, indice d’une complète ivresse.

Fia

Rigaud, 1881 : Une des notes du tambour. Il y a le fia, le ra et le roulement.

Votre fia est si moelleux, si séduisant, si doux ! c’est du miel !

(H. Berlioz, Les Grotesques de la musique)

Et il n’y en a pas un pour pincer un roulement comme moi. Ce n’est pas moi qui prendrai un ffla pour un rrra.

(Scribe et Poirson, Une Nuit de la Garde nationale, sc. III, 1815)

Fluxion

Rigaud, 1881 : Peur, — dans le jargon des voleurs. — Pincer une fluxion, avoir peur.

La Rue, 1894 / France, 1907 : Peur.

Guitare

Larchey, 1865 : Rengaine. — Terme inventé par les Romantiques qui voulurent réagir contre l’école des Troubadours classiques de 1820. Chaque volume de vers était alors précédé du portrait de l’auteur drapé dans un manteau à grand collet et faisant vibrer son luth (guitare classique) au milieu de ruines éclairées par la lune.

On désigne au théâtre sous le nom de guitare une sorte de plainte incessante, revenant comme une mélopée, le son monotone d’une guitare modulant un rythme triste et sans fin

(Duflot)

Delvau, 1866 : s. f. Rengaine ; plainte banale, blague sentimentale, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres, reconnaissants à leur manière envers les beaux vers des Orientales de Victor Hugo.

Rigaud, 1881 : Redite, rabâchage, doléances. — Jouer de la guitare, rabâcher. — Pincer, jouer de la guitare, être en prison.

Virmaître, 1894 : Soufflet dont se servent les plombiers. Allusion de forme (Argot du peuple).

France, 1907 : Rengaine, blague sentimentale, allusion aux joueurs de guitare qui jouent toujours les mêmes airs.

— Résumons, fit le président, vous parlez trop, et nullement à votre avantage. Les promesses que vous avez faites à l’accusée étaient donc mensongères ?
— Oh ! mensonges forcés ! Ça se promet toujours, le mariage. S’il fallait épouser toutes femmes auxquelles on chante cette guitare, on serait plus polygame qu’un Turc !

(Gazette des Tribunaux)

— Assez, je connais cette guitare, on me la chante trop souvent… Nous n’avons qu’un but, c’est d’avoir des louis, beaucoup de louis, tout plein de louis ! et la chasse que nous leur faisons possède le charme que vous pouvez trouver à celle des bécasses.

(Ces Dames du Casino, 1862)

France, 1907 : Soufflet, à cause de sa forme.

Harpe

d’Hautel, 1808 : Jouer de la harpe. Pour, voler, filouter.
Il est parent du roi David, il joue de la harpe. Manière burlesque de dire qu’un homme est un escroc, un fripon.

Vidocq, 1837 : s. m. — Barreaux qui garnissent les fenêtres de prison.

Larchey, 1865 : Barreaux de fenêtre (Vidocq). — Ils garnissent une fenêtre de prison comme les cordes d’une harpe.

Delvau, 1866 : s. f. Barreaux de fer qui garnissent les fenêtres des prisons, — dans l’argot des voleurs. Pincer de la harpe. Se mettre à la fenêtre.

Rigaud, 1881 : barreau de fer, grille, porte de fer à barreaux. — Jouer de la harpe, voler à la tire. Les doigts du voleur se promènent dans la poche d’autrui comme les doigts du virtuose sur les cordes de la harpe. Jouer de la harpe signifie encore être en prison, vieille expression qui s’est conservée ; c’est la variante de pincer de la guitare.

La Rue, 1894 : Prison. Barreaux de fer d’une fenêtre, grille. Pincer de la harpe, se tenir à la fenêtre d’une prison. Signifie aussi voler à la tire et tricher au jeu.

Virmaître, 1894 : Barreau de prison. Les voleurs disent plus communément d’un prisonnier qui s’ennuie :
— Il pince de la guitare à travers ses barreaux (Argot des voleurs).

France, 1907 : Barreau de fer de fenêtre de prison ; grille. Pincer de la harpe, être en prison.

Jules

Delvau, 1866 : s. m. Pot qu’en chambre on demande, — dans l’argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.
Aller chez Jules. C’est ce que les Anglais appellent To pay a visit to mistress Jones.

Rigaud, 1881 : Pot de chambre ; tinette, latrines portatives des troupiers. Jules a remplacé le vieux Thomas, source d’éternelles plaisanteries. Jules est plus nouveau. On dit au régiment passer la jambe à Jules ou pincer l’oreille à Jules lorsqu’on est de corvée pour vider les tinettes.

Merlin, 1888 : Tonneau percé d’un bout, posé sur l’autre, et portant deux crochets de fer sur les côtés. C’est le meuble indispensable des salles de discipline d’où les soldats ne peuvent sortir, même pour satisfaire certains besoins. Les soldats chargés de transporter ce fameux baquet tirent les oreilles à Jules ; quand, pour le vider, ils le font basculer, ils lui passent la jambe.

La Rue, 1894 : Tinette.

Virmaître, 1894 : Pot de chambre (Argot du peuple). V. Goguenot.

Rossignol, 1901 : Baquet qui se trouve dans toutes les salles de police ou violons. Un vase de nuit est aussi nommé Jules ou Thomas.

Hayard, 1907 : Camarade à Thomas : le pot de chambre.

France, 1907 : Baquet-tinette ; argot militaire.

— Mais pour en revenir à mon histoire, maintenant que tu sais que les canards ils sont des animaux plus décents et moins parfumés que toi, dis un peu voir comment tu t’y prendrais pour faire traverser le pont de la ville à cinquante canards, après les avoir fait manger, sans que pas un y laisse sur le pont ce que tu vas donner à Jules.

(La Baïonnette)

Pincer l’oreille à Jules, prendre le baquet par les anses. Passer la jambe à Jules, vider le goguenot. Aller chez Jules, aller aux cabinets. Travailler pour Jules, manger.

Pauvre pousse-crotte, je trotte,
J’astique et je frotte
Tous mes cuirs avec un bouchon.
— Ah ! mon vieux cochon ! —
Toi ! tu vas, tu viens, tu circules…
Réveils ridicules :
Moi, je pince l’oreille à Jules,
À Jules !

(Louis Marsolleau)

Mèche (il y a mèche, il n’y a pas)

Larchey, 1865 : Il y a moyen il n’y a pas le plus petit moyen d’aboutir. Le mot fait image. Quand on a la mèche, on a bientôt fait de tirer la corde à soi.

En termes typographiques, lorsque les ouvriers proposent leurs services au prote de l’imprimerie, ils demandent s’il y a mèche, c’est-à-dire : si on peut les occuper.

(1808, d’Hautel)

Mais il te fera pincer. — Pas si bête ! il n’y a pas mèche.

(E. Sue)

Mistoufles

Virmaître, 1894 : Faire des misères, causer des désagréments à quelqu’un (Argot du peuple).

France, 1907 : Désagréments, ennuis.

Les médecins de nos jours, avec leurs théories parasitiques, ne voient plus que microbes partout, que microbes acharnés à nous faire des mistoufles, comme on dit à Montmartre.

(Armand Silvestre)

Le deuxième me fit des « pouffes »,
Le troisièm’ me fit tatouer,
L’quatrièm’ me fit des mistoufles
Et le cinquièm’ me fit suer,
Le sixième fit des manières,
L’septièm’ me fit du boniment,
Le huitièm’ me fit des misères,
Le neuvièm’ me fit un enfant.

(René D’Esse)

Employé au singulier, mistoufle signifie misère.

Et fichtre, c’est très légitime que l’appétit vienne enfin au populo : il a un ventre, c’est pour l’emplir ! Il a parfaitement raison de vouloir jouir de l’existence et de n’en plus pincer pour confire dans la mistoufle.

(Le Père Peinard)

N-i-ni, c’est fini

France, 1907 : Formule négative familière.

— Je sais à quoi m’en tenir à ce sujet : chatte échaudée craint l’eau chaude… Je l’ai entendue assez souvent, cette « romance à Madame », et je m’y suis laissé assez pincer. Mais n-i-ni, c’est fini. — Si tu veux arriver jusqu’à ma chambre à coucher, mon bel ami, il faire en demander la clef au maire de mon arrondissement. Pas de mariage, pas de Suissesse !

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

Le langage des armées républicaines n’avait aucun rapport avec celui des salons, ainsi qu’on peut en juger par ce billet que le général Flavigny adressa à Bonaparte en 1796 :

Citoyen général,
Tes lapins manquent de pain ;
Pas de pain, pas de lapins,
Pas de lapins, pas de victoires.
Ainsi donc, veille au grain,
Et n…i…ni,
C’est fini !

Nez (avoir dans le)

Vidocq, 1837 : Détester, hair.

Delvau, 1866 : v. a. Détester une chose ou quelqu’un. C’est le Ne pouvoir sentir de l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Détester quelqu’un, ne pouvoir le sentir. Expression figurée fort expressive.

Le gros capitaine harcelait partout la petite, dans la salle quand ils étaient seuls, dans les escaliers, dans le corridor et jusque dans la cuisine. Il cherchait à la pincer, à lui prendre la taille, le menton, tout ce qu’il pouvait. Il ne se décourageait pas malgré sa résistance et les rebuffades dont elle l’accablait : « Non, non ! criait-elle, laissez-moi tranquille, je ne veux pas de vous, je vous abomine, je vous ai dans le nez. »

(Les propos du Commandeur)

C’est pas qu’j’ay l’cœur à la tendresse,
Mais j’suis jaloux. Vous comprenez :
Ej’ veux pas qu’on r’trouss’ ma gonzesse,
V’là pourquoi qu’j’ai Polyt’ dans l’nez.

(Aristide Bruant)

Pessiguer

Delvau, 1866 : v. a. Ouvrir, soulever, — dans l’argot des voleurs. Pessiguer une lourde. Ouvrir une porte.

Rigaud, 1881 : Soulever ; du provençal pessuguer, pincer, voler habilement.

France, 1907 : Maltraiter ; du provençal pessiguar. Argot des voleurs.

Piau

d’Hautel, 1808 : Mot du jargon typographique qui signifie mensonge, bourde, conte fait à plaisir.
Conter sa piau. Causer au lieu de travailler.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Lit.

Delvau, 1866 : s. f. Mensonge, histoire, blague, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Lit. Pincer le piau, garder, prendre le lit.

Notre auteur a été si fourlour qu’il s’est vu contraint de pincer le piau.

(La Caricature, journal, dessin de Traviès)

Rigaud, 1881 : Plaisanterie, charge d’atelier. — Mensonge, — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. f. Conte, plaisanterie incroyable, menterie. Conter une piau, c’est mentir, faire un conte invraisemblable. Nous ne connaissons pas l’origine de cette locution.

La Rue, 1894 : Lit. Mensonge. Plaisanterie, blague. Piausser, se coucher.

Virmaître, 1894 : Cette expression est employée dans les ateliers de composition en réponse à une question indiscrète ou ridicule. Piau, c’est tout dire. Quand on ne veut pas répondre, on se contente de dire :
— Il est derrière le poêle chez Cosson. C’est tout.
Si l’insistance est trop grande, on dit :
— Va donc chier dans le cassetin aux apostrophes.
Cette dernière expression est également employée quand un camarade devient riche :
— Il a chié dans le cassetin aux apostrophes.
En ce cas, elle ne sert pas souvent, car nos camarades, les typos, nous ressemblent, le travail ne les enrichit guère (Argot d’imprimerie). N.

France, 1907 : Vantardise, mensonge, conte invraisemblable ; argot des typographes.

Pincé

Virmaître, 1894 : Être pincé, être pris. Être pincé : être amoureux.
— Je suis pincé pour Nana. Je n’en dors plus.
En pincer pour quelqu’un, c’est avoir un ardent désir (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Pris, surpris en fautant.

Pince-cul

Larchey, 1865 : Bal public de dernier ordre. — V. Casse-gueule.

Ce bal inouï que l’argot téméraire de ses habitués avait surnommé le pince…

(P. Féval)

Delvau, 1866 : s. m. Bastringue de la dernière catégorie. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Bastringue, où les amateurs de la liberté de pincer peuvent prendre du plaisir à pleine main.

Une fille qui respecte sa parentelle peut aller danser au Banquet d’Anacréon : ou aux Mille Colonnes, seulement elle ne va pas au bal Grados. C’est une infamie que ce pince-cul-là !

(Huysmans, Les Sœurs Vatard)

La Rue, 1894 : Bal, bastringue de la plus basse catégorie.

Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où l’on pelote la marchandise avant de l’emmener bacher (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.

France, 1907 : Bastringue, bal de bas étage. C’est le nom donné dans les campagnes du Doubs au jeu de colin-maillard, littéralement pis-cu.

Pincer

d’Hautel, 1808 : On l’a pincé. Pour dire on s’est saisi de sa personne ; on l’a incarcéré.
Pincer sans rire. Piquer, offenser quelqu’un sans avoir l’air d’y penser.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Prendre.

Clémens, 1840 : Arrêter.

Halbert, 1849 : Prendre.

Larchey, 1865 : Arrêter.

Nomme l’coupable, qu’on l’pince

(1813, Désaugiers)

En pincer : Avoir du goût.

Comm’ j’en pince pour le spectacle, j’vas souvent z’à la Gaîté.

(1809, Brazier)

On dit par extension en pincer pour Mme X : Aimer Mme X.

Larchey, 1865 : Exécuter.

En revenant, je pinçais la chansonnette.

(Ricard)

Le professeur nous pinçait une nuance de cancan véritablement inédite.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : v. a. Exécuter. Pincer le cancan. Le danser. Pincer de la guitare. En jouer. Pincer la chansonnette. Chanter.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre sur le fait, arrêter. Pincer au demi-cercle. Arrêter quelqu’un, débiteur ou ennemi, que l’on guettait depuis longtemps.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, filouter, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : v. n. Être vif, — dans l’argot du peuple. Cela pince dur. Il fait très froid.

Rigaud, 1881 : Filouter. — Exécuter. — Pincer le cancan, danser le cancan. — Pincer de la guitare, pincer de la harpe, être sous les verrous.

La Rue, 1894 : Filouter. Exécuter. Arrêter sur le fait. Pincer de la harpe. Être en prison. V. Harpe.

France, 1907 : Prendre, attraper.

Elle regrettait presque le mariage, cette vie à deux, toujours à deux, comme un verrou tiré sur les occasions de carrousse et de bombance. Mieux valait encore servir à la ville : on avait les dimanches pour rigoler, et quelquefois, avec un peu d’entregent, on pinçait un bourgeois qui vous collait des rentes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Vive le mot à double entente !
Grâce au joyeux sous-entendu,
On ne manque jamais la vente
Et l’on pince le prétendu.

(Jacques Rédelsperger)

Pincer en demi-cercle, surprendre, arrêter au passage.

France, 1907 : S’emploie dans le sens de danser en étant suivi du genre de danse auquel on se livre.
Pincer un cancan.

Chaque dimanche nous fréquentions un bastringue hors barrière, où l’on pinçait des cancans à se dévisser la colonne, sans compter les autres pinçages pendant les entr’actes.

(Les Propos du Commandeur)

Pincer un cavalier.

As-tu vu Geneviève ?
Au milieu des filles d’Ève
Elle pince un cavalier ;
Geneviève,
Geneviève est à Bullier !

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Pincer de la harpe, être en prison.
Pincer un rigodon.

Lorsqu’on sort avec sa belle
Que l’on empoigne sous l’aile,
On pince un p’tit rigodon
Dans l’bal le plus folichon.

(Griolet)

Pincer (en)

Rigaud, 1881 : Faire partie de, en être, — dans le jargon des voleurs.

Quand je vous récidive qu’on en pince et dur.

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris)

France, 1907 : Être amoureux.

Monsieur le curé de Fouilly,
En pinçait pour sa bonne,
Il promettait le paradis
À la jeune friponne :
« Un baiser doux comme le miel,
De ta lèvres, ma belle,
Te conduira tout droit au ciel. »

(Léo Lelièvre, La Bonne du curé)

France, 1907 : Locution facétieuse employée dans le Centre, exprimant la prétention de s’entendre à une chose, de connaître un art ou un métier ; synonyme de s’en piquer.
L’expression est vieille. Le comte Jaubert fait observer qu’on la trouve déjà dans le Roman du Renard, à l’entrée en scène du chien qui se vante de pincer le beau français.

Pincer (se faire, se laisser)

France, 1907 : Se faire prendre, attraper, soit au physique, soit au figuré. « Le voleur s’est fait pincer par les gendarmes. » « Je ne me laisserai plus pincer à vos histoires. »

On complotait de l’amener souvent à raconter la campagne de Crimée. Rien de plus facile : ainsi quelqu’un feignait de n’avoir jamais entendu certaines histoires, celle du Russe qu’un Français éventra pour lui voler un sac de noix ou celle de la razzia des quatre mille bœufs à Pérékop, ou encore celle du repas au sucre. — Et le géant finissait toujours par se laisser pincer aux airs naïvement intrigués de ses employés ; sans se lasser, il racontait, racontait la campagne de Crimée.

(Paul Burot, Les Ventres)

Les chloroformistes sont des artistes, je les ai vus à l’œuvre ; et depuis une quinzaine d’années, ils ont formé des élèves, et pas un jusqu’ici ne s’est fait pincer, ils sont ingénieux, adroits et tiennent le haut du pavé.

(G. Macé, Un Joli Monde)

À trois cents mètres, dans la terre labouré, il distinguait un lièvre au gîte ; au travers d’un mur en silex, il apercevait un garde. Il voyait venir une contravention de six lieues ; or, comme ses jambes non plus n’étaient pas mauvaises, il avait braconné trente ans de suite dans le même endroit sans se faire seulement pincer une petite fois.

(Hugues Le Roux)

Pincer de la guitare

Delvau, 1866 : v. n. Être prisonnier, — par allusion à l’habitude qu’ont les détenus d’étendre les mains sur les barreaux de leur prison ou sur le treillage en fer du parloir grillé. On dit aussi pincer de la harpe.

Virmaître, 1894 : Toutes les fenêtres des cellules des prisonniers sont garnies de barreaux de fer. Ils pincent de la guitare avec les barreaux. Allusion aux cordes de la guitare (Argot des voleurs).

Pincer des frétillantes

Virmaître, 1894 : Danser. L’image est jolie, les jambes frétillent. Quand la Goulue pince des frétillantes dans un cavalier seul distingué, elle pince le pas du hareng saur en détresse (Argot du peuple).

Pincer le cul

Delvau, 1864 : Aimer à prendre à belles mains les fesses d’une femme, — où d’un homme quand on est pédéraste.

Il lui pince amoureusement le cul.

(H. Monnier)

Godefroy, la nuit, après boire,
Pinça le cul, sournoisement
À Renaud encor presque imberbe.

(B. de Maurice)

Pincer pour (en)

Rigaud, 1881 : Être épris de, être amoureux de. — J’en pince dur pour la blonde du second.

Pincer un coup de sirop

Delvau, 1866 : v. a. Boire à s’en griser un peu, — dans l’argot des faubouriens.

Pincer, rattraper au demi-cercle

Larchey, 1865 : Prendre à l’improviste. — Terme d’escrime.

Pistache

Rigaud, 1881 : Légère ivresse. Pincer sa pistache, être légèrement ivre. Pourquoi pistache ? — Est-ce que l’ivrogne de la première heure arborerait les tons verts de la pistache ?

La Rue, 1894 : Ivresse.

Rossignol, 1901 : Celui qui est gai d’avoir un peu bu a sa pistache.

France, 1907 : Saoulerie. Prendre une pistache, s’enivrer.

— Sûr et certain, belle dame, attendu qu’il est rentré ce matin à 8 heures, nanti d’une pistache qui n’était pas ordinaire… Il faisait tant de bouzin que j’ai pénétré dans sa chambre, qui était contiguë à mes appartements particuliers, et il s’est enfin endormi sur sa descente de lit où je l’ai pieusement laissé…

(Simon Boubée)

Pour les trois quarts des ouvriers, un enterrement est, ni plus ni moins, une occasion de prendre un jour de congé, de faire une ballade, et de se flanquer une légère pistache. « On est mieux là qu’en face », dit l’enseigne du mastroquet qui a eu le bon nez de s’installer devant le cimetière ; et chacun de répondre : Allons-y.

Poire et le fromage (entre la)

France, 1907 : Au dessert. « Entre la poire et le fromage il commença à lui pincer le genou. »

Pomaquer

Delvau, 1866 : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs. Être pomaqué. Être arrêté.

Rigaud, 1881 : Perdre, — dans le jargon des voleurs.

Boutmy, 1883 : v. intr. Se faire prendre, se faire pincer. Mot à peu près tombé en désuétude.

La Rue, 1894 : Perdre.

France, 1907 : Perdre ; argot des voleurs.

C’est la mère Michel qui a pomaqué
Son greffier.

(Chanson argotique de la mère Michel)

France, 1907 : Prendre ; argot des voleurs.

— En rangeant les cambrioles on a peut-être laissé se plaquer un gluant de carton, et je voudrais le pomaquer pour ma daronne.

(Jean Richepin)

Ce mot a aussi le sens d’arrêter : « Mon poteau s’est fait pomaquer par la rousse. »

Prendre le cul d’une femme

Delvau, 1864 : Lui pincer les fesses ; lui introduire le doigt entre les fesses ; et par-dessous ses vêtements, soit dans le con, soit dans le cul.

Femme rit quand on lui propose
De lui prendre un instant le cul.

(Chanson anonyme moderne)

Prendre un pinçon

Delvau, 1866 : v. a. Se laisser pincer le doigt entre deux pierres ou deux battants.

Prou

France, 1907 : Assez, beaucoup. Vieux mot qui ne s’emploie que dans ces expressions : peu ou prou, ni peu ni prou. Il est encore usité en Béarn.

… Voler, c’est bientôt dit, et, au jour d’aujourd’hui, qu’est-ce qui ne vole pas peu ou prou ?… Il y en a qui volent en trompant sur la marchandise, il y en a qui volent la femme de leur prochain… Le monde n’est qu’une volerie du haut en bas. Le tout est de ne pas se laisser pincer.

(André Theuriet)

Les anniversaires, c’est — souvent — une occasion pour se réunir autour de quelques litres et s’envoyer du picolo dans le trou du cou.
Y a pourtant autre chose dans un anniversaire ! On doit, en ruminant peu ou prou sur le passé, tâcher d’y pêcher un enseignement pour l’avenir.
Et c’est pour ça que le 18 mars est une date qu’il ne faut pas négliger.

(Le Père Peinard)

Quand il fera chaud

Delvau, 1866 : adv. Jamais, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Quand les poules auront des dents.

France, 1907 : Expression populaire signifiant jamais. « Quand vous me repincerez, il fera chaud. »

Rebiffer

d’Hautel, 1808 : Se rebiffer. Regimber, faire le rétif ; répondre avec fierté, insolemment aux personnes à qui l’on doit du respect ; résister avec opiniâtreté à leurs ordres.

un détenu, 1846 : Faire une chose deux fois, ou bisser.

Rigaud, 1881 : Recommencer, — dans le jargon du peuple. — Tais-toi, t’as ton compte… ou je rebiffe. C’est un mot emprunté à l’argot des classes dangereuses.

Boutmy, 1883 : v. intr. Recommencer.

La Rue, 1894 : Recommencer. Regimber. Se révolter.

Rossignol, 1901 : Recommencer, de r’bif à la r’bif.

Tu ne vas pas r’biffer à me pincer, si tu r’biffes, prends garde à toi !

Hayard, 1907 : Recommencer, (se) se défendre.

France, 1907 : Recommencer, répéter. On dit aussi rebiffer au truc.

Elle rapporte an nouveau rafraîchissement d’absinthe au chanteur : « Tiens, mon petit, rebiffe au truc, c’est moi qui verse. »

(Louise Michel)

Repiger, repincer

La Rue, 1894 : Prendre sa revanche. Rattraper.

Rigodon

Rigaud, 1881 : Soulier. C’est une déformation de rigadin. Quelques linguistes de la voyoucratie disent également rigodin.

France, 1907 : Aubade donnée aux lauréats des lycées.

Dans l’ivresse du triomphe, les lauréats de la Sorbonne s’imaginent que la nomination honorable qui leur a valu l’admiration de la famille, un baiser de M. Spuller et une petite aubade — appelée, à la cible, un rigodon, — sera la « Sésame, ouvre-toi » de la destinée et qu’ils n’ont pas à se presser pour occuper, dans le théâtre du succès, un fauteuil numéroté et d’avance retenu pour eux.
C’est une illusion très douce et très dangereuse.

(Le Mot d’Ordre)

France, 1907 : Danse. Pincer un rigodon, danser.

Je veux redire un hymne lent…
Pour les grands gars, pour les garçailles
Qui dansent dans tous les pardons
Les gavottes, les rigodons
Où s’accordent les fiançailles.

(Jean Pleyber, Cendres)

France, 1907 : Même sens que rigadin.

Rigodon (en pincer un)

Virmaître, 1894 : Vieux mot qui veut dire danser (Argot du peuple).

Souricière

Halbert, 1849 : Dépôt des prévenus.

Larchey, 1865 : « Tout en ayant soin de placer ma giberne ou, comme on dit, ma souricière. »

(Vidal, 1833)

Allusion de forme.
Souricière : Piège tendu par la police :

Tendre une souricière pour le faire pincer par la police.

(E. Sue)

Souricière : Lieu visité souvent par la police.

C’est une vraie souricière que votre tapis-franc. Voilà trois assassins que j’y prends.

(Id.)

Delvau, 1866 : s. f. Cabaret suspect où se réunissent les voleurs et où ils se font arrêter par les agents de police, au courant de leurs habitudes. Tendre une souricière. Surveiller les abords d’un de ces mauvais lieux-là.

Delvau, 1866 : s. f. Crinoline, ou Tournure exagérée, — dans l’argot des petites dames, qui savent combien les hommes se laissent prendre à cela.

Rigaud, 1881 : Dépôt de la préfecture de police. C’est la partie du Palais-de-Justice où se trouvent les prisons affectées aux détenus qui attendent l’heure du jugement.

Je fus conduit dans un cachot, que l’on nomme, je crois, souricière où je passai la nuit.

(Jean Journet, Gris et soupirs, 1840)

Rigaud, 1881 : Lieu où la police opère des râfles. Piège à malfaiteurs. — Débit de vin, garni, sous la dépendance de la police et où les malfaiteurs viennent se faire prendre.

La Rue, 1894 : Piège tendu par la police.

Virmaître, 1894 : Cabaret connu de la police, tenu par un patron qui nonne sur l’orgue de ses clients dont la plupart sont des voleurs. La pêche se fait là sans hameçon (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Dépôt du parquet du procureur de la République, où sont amenés pendant quelques heures les prévenus qui doivent être interrogés par un juge d’instruction ou comparaitre au tribunal correctionnel. Voir Trente-six carreaux.

Hayard, 1907 : Piège tendu par la police.

France, 1907 : Endroit mal famé, cabaret, mauvais lieu, surveillé par la police.

France, 1907 : Giberne d’infanterie du temps des anciennes cartouches.

France, 1907 : Le dépôt à la Préfecture de police.

La voiture, après avoir versé à la Souricière son chargement de détenus…

France, 1907 : Mauvais violon.

Souricière (la)

Virmaître, 1894 : Est une annexe du Dépôt de la Préfecture de Police ; les prévenus passent là avant de comparaître devant les chambres correctionnelles ; ils y repassent après jugement pour monter en panier a salade et être dirigés sur les prisons où ils doivent subir leur peine. La souricière est aussi appelée les trente-six carreaux, parce que chaque fenêtre a ce nombre de vitres. On dit aussi : établir une souricière pour pincer les complices qui viennent au gîte (Argot des voleurs).

Téton (donner un)

France, 1907 : Pincer la poitrine ; argot du Borda.

Tirer une carotte

France, 1907 : Mentir, tromper pour obtenir des subsides. Il arrive que les gouvernements tirent des carottes comme de simples pioupious.

On dit, mais ce n’est pas certain,
Que le roi d’Hollande
Veut venir jusqu’à Pantin
Avec toute sa bande ;
Qu’il vienne pour nous escoffier,
Mais qu’il prenne garde de se faire pincer ;
Encore une carotte qu’on veut nous tirer.

(Chanson du siège d’Anvers, 1832)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique