Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Battre la semelle

Delvau, 1866 : v. a. Vagabonder, — dans l’argot du peuple, qui a peut-être lu l’Aventurier Buscon.

Rigaud, 1881 : Courir le monde.

Je pris une ferme résolution de m’en aller battre la semelle.

(Buscon)

Les ouvriers cordonniers se sont, les premiers, servis de cette expression, pour dire aller travailler de ville en ville. (V. Saint-Crépin.)

Virmaître, 1894 : Arpenter le trottoir, faire les cent pas en attendant quelqu’un (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Dans les grands froids les troupiers battent la semelle pour se réchauffer les pieds, soit qu’ils, frappent sur le sol, soit qu’ils frappent en cadence semelles contre semelles (Argot des troupiers).

Virmaître, 1894 : Se dit d’une femme sans homme qui, à l’instar de certain photographe, opère elle même. Elle bat la semelle mais ne frappe pas aussi fort que le cordonnier sur son pavé (Argot du peuple). N.

Irvingianisme, irvingisme

France, 1907 : Secte religieuse fondée vers 1848 par Edouard Irving, sous le nom d’Église catholique apostolique.

En l’an 1848, où la moisson de folies fut abondante, un certain nombre de bons dieux en chambre se révélèrent tout comme aujourd’hui. J’ai eu personnellement l’avantage de rencontrer jadis, chez des amis, le dernier diacre irvingien. Quand je dis le dernier, je devrais plutôt dire le seul, car la religion irvingienne n’avait jamais eu qu’un prêtre, — son fondateur, « un quarantuitard » nommé Irving — et un diacre, celui que j’ai connu. C’était un très brave homme qui exerçait la profession de photographe, place Dauphine. Tous les dimanches, vingt-cinq ou trente fidèles — le reste des irvingiens — se réunissaient dans son atelier. On roulait, dans un coin, les appareils sur leur trépied, les châssis où étaient peints en grisaille de riches salons et des parcs seigneuriaux, et l’excellent M. D… célébrait l’office. Je parle d’il y a vingt-sept on vingt-huit ans. L’irvingianisme agonisait. Il doit être définitivement mort.

(Francois Coppée)

L’irvingianisme n’est pas mort, car il fonctionne à Londres où il possède dans Garden square une magnifique église gothique construite en 1853. La folie humaine ne meurt pas.

Miché

Delvau, 1864 : Homme galant forcé d’acheter ce que les femmes galantes donnent pour rien à leurs amants de cœur.

Allumer tous les soirs la chandelle de l’hyménée en faveur d’un tas de gonzesses et d’autant de michés.

(Lemercier de Neuville)

Surtout selon l’argent donné par le miché.

(Louis Protat)

Larchey, 1865 : Homme payant l’amour d’une femme. — Peut venir des vieux mots michon : sot (V. Roquefort) ou michon : argent de poche (V. d’Hautel).

On appelle miché Quiconque va de nuit et se glisse en cachette Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchonnette.

(Mérard de Saint-Just, 1764)

Dans une Protestation des Filles de Paris, 1790, nous lisons :

Ce pourfendeur de Mars avait bien affaire aussi de se présenter pour nous enlever nos michés.

« La biche étudiante qui avait levé un michet quelconque. » — 1860, les Étudiants du Quartier latin. On disait aussi micheton « All’ me dit : Mon fiston, Étrenne ma tirelire. Je lui réponds : Ma poule, tu m’ prends pour un mich’ton. » — Le Bâtonniste à la Halle, Aubert, 1813. Outre le miché proprement dit, il y a le miché sérieux et le miché de carton — « 1/ Le michet sérieux équivaut à l’entreteneur… Dans un lieu de plaisir où les femmes sont nombreuses, les jeunes gens se disent souvent, comme un mot d’ordre : Messieurs, ne parlez pas à la petite une telle, elle est ici avec son michet sérieux. Le même individu se désigne aussi par ce mot : Ponteur. Ce dernier mot, pris dans le vocabulaire des jeux, vient du verbe Ponter (V. Ponter). — 2/ Le michet de carton est un jeune homme bien élevé, qui fréquente les femmes entretenues. Il ne va jamais coucher chez elles, sauf durant les interrègnes des michets sérieux. En tout autre cas, sa maîtresse vient chez lui. Il ne donne que des cadeaux, paie à souper, à dîner dehors, à déjeuner chez lui. Il conduit aux courses en voitures et au théâtre en petites loges de baignoires Il ne sort point dans la rue avec les femmes. Il les salue au bois d’un petit geste. » — Cadol. — Il y a longtemps que le carton symbolise une apparence trompeuse. Saint-Simon appelait déjà le duc du Maine un roi de carton, c’est-à-dire un roi de cartes. V. Carton, Mikel.

Delvau, 1866 : s. m. Client, — dans l’argot des photographes ; homme ou femme qui achète, qui paie, — dans plusieurs autres argots.

Delvau, 1866 : s. m. Homme quelconque, jeune ou vieux, laid ou beau, disposé à acheter ce qui ne devrait jamais se vendre, — dans l’argot des filles, qui emploient depuis longtemps cette expression, contemporaine de michon (argent) et de miche (pain).

On appelle miché…
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette,

dit un poème de Médard de Saint-Just (1764).
Miché de carton. Amant de passage, qui n’offre que des gants de filoselle. Miché sérieux. Protecteur, ou amant généreux qui offre une boîte entière de gants.

La Rue, 1894 : Niais. Dupe. Homme qui pave généreusement les faveurs d’une Aile. Miché de carton, homme qui paye mal ou pas du tout les filles.

Virmaître, 1894 : Homme qui monte avec une fille, en payant, ou qui y couche. Miché était déjà connu en 1764. Merard de Saint-Just dit ceci :

D’où vient qu’on appelle miché
Quiconque va de nuit et se glisse en cachette
Chez des filles d’amour, Barbe, Rose ou Fanchette (Argot des souteneurs).

Hayard, 1907 : Riche client d’une fille.

France, 1907 : Niais, dupe, ou simplement client, dans l’argot des souteneurs et des prostituées. Le miché est celui qui paye, du vieux mot michon, bien, richesse. Mais les michés n’apportent pas toujours la richesse, il y en a qui ne payent pas ou qui payent peu : ce sont les michés de carton. Quant à ceux qui payent bien, on les appelle michés sérieux.

Les femmes — dit Léo Taxil — appellent « michés sérieux » les clients qui montent et flanelles ceux qui se contentent de peloter et de payer un petit verre…
On a prétendu, ajoute-t-il, que toutes les prostituées de Paris avaient un argot ou un jargon qui leur était particulier ; ceci n’est pas exact, nous avons vu qu’elles désignent le client sous le nom de miché, le visiteur qui ne monte pas sous celui de flanelle. Pour elles, les inspecteurs sont des « rails », un commissaire de police un « flique », une jolie fille une « gironde » ou une « chouette », une fille laide un « roubion », etc. Ce sont là des expressions qui font partie du langage des souteneurs qui, eux, possèdent un véritable argot ; elles en retiennent quelques mots et les mêlent à leur conversation. Quant aux prostituées qui s’entendent avec les voleurs et qui n’ont recours au libertinage que pour cacher leur réelle industrie, il n’est pas étonnant qu’elles ont adopté le jargon de leurs suppôts ; mais on ne peut pas dire que ce langage soit celui des prostituées.

(La Prostitution à Paris)

Or, quelqu’un les remarque et se met à les suivre,
L’espoir de voir finir la dèche les enivre ;
Leur pas se ralentit, d’instinct, sans faire exprès…
Le monsieur est bien mis et fume des londrès,
Tandis que leurs premiers amants fumaient la pipe ;
Elles tournent la tête, et jetant sur ce type,
Par-dessurs leur épaule, un regard curieux,
Songent : « Oh ! Si c’était un miché sérieux ! »

(André Gill, La Muse à Bibi)

Un vieux miché, un vieux beau.

Tel au printemps un vieux miché
Parade en galante toilette.

(André Gill)

On écrit aussi michet.

Vous êt’s tous des fils de michets
Qu’on envoie téter en nourrice ;
C’est pour ça qu’vous êt’s mal torchés…
Allez donc dir’ qu’on vous finisse !

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Le client.

Photo

Rigaud, 1881 : Photographie. Photographe. — Aller chez le photo ; se payer sa photo.

France, 1907 : Abréviation de photographie ; argot courant.

Photographe

Rossignol, 1901 : Aide de l’exécuteur qui tient par les oreilles la tête du condamné, lorsqu’il a le cou dans la lunette de la guillotine ; il tire dessus de façon qu’il ne la rentre pas dans les épaules, et que le couteau lui tombe sur le cou. L’aide qui fait habituellement le photographe est en activité depuis quarante ans, ayant débuté à l’âge de 16 ans. Il était précédemment exécuteur en Corse. Il y avait à une époque un bourreau par cour d’appel et, lors de leur suppression, il vint comme aide à Paris où il construisit les guillotines actuelles, les anciennes ayant été brûlées en 1871. Étant le plus ancien et le seul de première classe, il comptait sur la succession de Deibler qui lui revenait de droit, mais le ministre de la Justice a jugé à propos de nommer le plus jeune, arrivé, il y a six ans, d’Algérie, où il était aide de l’exécuteur Rasenœud [NDLR : Rasseneux], nom prédestiné.

Polka

Larchey, 1865 : « Disons quelques mots de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, qui fait sautiller aujourd’hui les Parisiens comme autant de coqs d’Inde sur une plaque brûlante. » — E. Arago, 1844.

Delvau, 1866 : s. f. Correction, danse, — dans l’argot des faubouriens. Faire danser la polka à quelqu’un. Le battre.

Delvau, 1866 : s. m. Petit jeune homme qui suit trop religieusement les modes, parce qu’en 1843-44, époque de l’apparition de cette gigue anglaise croisée de valse allemande, il était de bon goût de s’habiller à la polka, de chanter à la polka, de marcher à la polka, de dormir à la polka, etc. A Paris, les ridicules poussent comme sur leur sol naturel : ils ont pour fumier la bêtise.

Delvau, 1866 : s. m. Photographie à deux personnages dans un costume non autorisé par la Morale. Argot des modèles.

Rigaud, 1881 : Photographie, dessin pornographique.

Fustier, 1889 : « Polka ne veut pas seulement dire danse : c’est sous ce nom que les photographes et les dessinateurs désignent certains sujets décolletés. »

(Événement, 1882)

La Rue, 1894 : Marchand de photographies obscènes et de cartes transparentes.

France, 1907 : Photographie de groupes obscènes ; vendeur de ces photographies.

Tire-poire

France, 1907 : Photographe.

Tirer

d’Hautel, 1808 : Tirer la latte, la ligousse. Pour dire se battre à coup de sabre ou avec une arme quelconque.
Faire tirer bouteille Aller au cabaret, se faire apporter une bouteille de vin.
Tirer sa révérence. Se retirer d’un lieu.
On dit dans le même sens, rengaîner son compliment.
Tirer au mur.
Expression basse et triviale, qui signifie être obligé de se passer d’une chose sur laquelle on faisoit fonds, comme lorsqu’on a été oublié dans une distribution.
Tirer son pied. Marcher avec peine, être fatigué.
Tirer le poil. Pour dire, faire financer quelqu’un, lui excroquer de l’argent.
Cette comparaison est tirée aux cheveux. Pour dire n’est pas naturelle, est forcée.
Être à couteau tiré avec quelqu’un. Pour, être continuellement en querelle, avoir de l’animosité contre lui.

Delvau, 1864 : Baiser une femme.

Et dans les bois, je savait la tirer.

(É. Debraux)

Aimes tu mieux en gamine
Tirer le coup du macaron ?

(Saunière)

Montrez à ma mère
Tout votre savoir,
Elle va vous faire
Tirer dans le noir.

(Les Archers de l’amour.)

À ce prix-là, dans toute la boutique
De faire un choix j’eus la permission,
Et je montai pour tirer une chique…

(Chanson anonyme moderne)

— Je vais tirer mon coup, ma crampe, ou bien ma chiqué,
Dit un futur Gerbier.

(L. Protat)

Réclamant aux vieillards libidineux ses gants,
Et tirant tous les jours des coups extravagants.

(A. Glatigny)

J’ vois que vous y prenez goût.
Mais je n’ tir’ jamais qu’un coup.

(F. De Calonne)

Delvau, 1866 : v. a. Peindre, spécialement le portrait, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Avoir peu de temps à rester au régiment. Mot à mot : tirer à la fin du service militaire.

Rigaud, 1881 : Subir une condamnation. — Combien que tu tires ? par abréviation pour : combien tires-tu de longes ?

Rigaud, 1881 : Tirer à la conscription, — dans le jargon du peuple.

Rigaud, 1881 : Tirer une carte ou demander une carte au jeu de baccarat.

Rigaud, 1881 : Voler à la tire.

Boutmy, 1883 : v. intr. Mettre sous presse, imprimer. Ce mot, en ce sens, vient sans doute de l’opération nécessitée par l’impression au moyen des presses manuelles, opération dans laquelle l’imprimeur tire, en effet, le barreau.

Hayard, 1907 : Faire, (se) partir.

France, 1907 : Faire.

M. Lucien Descaves, qui a tiré cinq ans, comme on dit, a souffert de la vie de caserne jusqu’au plus intime de lui-même et il a exhalé, dans un livre douloureux, grave à la manière noire, ses colères, ses rancunes et ses rancœurs longtemps comprimées.

(Georges Forgues, La Nation)

À tirer, à faire. Temps à tirer, temps à faire.

Les images guerrières, chromolithographies ou souvenirs des derniers Salons, habillaient ses évocations de leurs réminiscences signées de Neuville, signées Detaille. Toutefois il s’en voulait, se jugeait bête. Qu’est-ce que cela lui faisait ? Il allait s’emballer, pas vrai, trouver ça empoignant ? Oh ! l’imbécile !… Et ses cinq ans à tirer ?… Cinq ans !

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Se tirer, se passer, s’accomplir.

Ainsi, douc’ment le congé se tire ;
Il passe ensuit’ sergent-major,
Son successeur, pas b’soin d’le dire,
Ratiboisera plus encor.

(Griolet)

France, 1907 : Photographier ; argot populaire.

Le festin s’fit chez l’pèr’ Latrouilles,
Un restaurant des mieux notés ;
On a mangé vingt-cinq andouilles,
Autant d’andouill’s que d’invités.
Après l’repas, le photographe
Nous tire en groupe… Ah ! quel tableau !
À sa vue on s’tord, on s’esclaffe ;
Ah ! Minc’ que’c’était rigolo !

(Jeanne Bloch)

Se faire tirer, se faire photographier. Les ouvriers et les campagnards emploient cette expression pour toute espèce de portraits.

Jean-Yves portait an cou, avec son scapulaire, un portrait de Maria. C’était une de ces photographies larges comme deux ongles que des opérateurs forains exécutent à la minute sur des petites plaques de métal. Maria s’était fait tirer le jour du Pardon.

(Hugues le Roux)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique