Virmaître, 1894 : Déveine persistante, qu’aucun effort ne peut conjurer. On dit aussi : « Il a si peu de chance qu’il se noierait dans un crachat » (Argot du peuple).
France, 1907 : Malchanceux, pauvre diable poursuivi par la déveine.
Abonné au guignon
Virmaître, 1894 : Déveine persistante, qu’aucun effort ne peut conjurer. On dit aussi : « Il a si peu de chance qu’il se noierait dans un crachat » (Argot du peuple).
France, 1907 : Malchanceux, pauvre diable poursuivi par la déveine.
Accidentier
Virmaître, 1894 : Voleur qui profite des accidents, et sait au besoin les faire naître pour dévaliser ceux qui en sont les victimes. Le voleur s’empresse autour du blessé, et pendant que lui et un de ses complices le portent chez le pharmacien, ils dévalisent le pauvre diable en route. Ce genre de vol est nouveau (Argot des voleurs).
Aumônier
Rigaud, 1881 : Variété de voleur à la détourne. Un gentleman est, chez un joaillier, en train de choisir dans un fort lot de bagues à brillants, lorsqu’une tête de mendiant apparaît à la porte. L’acheteur met la main à la poche et glisse au pauvre diable, avec deux ou trois sous, une ou deux magnifiques bagues de la collection. Le gentleman est un filou, le mendiant, un compère.
La Rue, 1894 : Voleur à la détourne qui, chez le bijoutier où il s’est présenté comme acheteur, glisse un bijou dans la main d’un mendiant, son compère, qui vient demander l’aumône.
Virmaître, 1894 : Vol à l’aumône. Autrefois, cette expression désignait les dévaliseurs de bijoutiers. Le voleur marchandait des bijoux, un mendiant survenait et sollicitait une aumône. L’attention du bijoutier était détournée pendant qu’on lui dévalisait ses vitrines ; quand il s’apercevait du vol, les voleurs étaient loin (Argot des voleurs).
Bagatelle
d’Hautel, 1808 : S’amuser à la bagatelle. Donner son temps & des choses frivoles, ne penser qu’a la dissipation et aux plaisirs.
Il ne faut pas s’amuser aux bagatelles de la porte. Voyez Amuser.
La Rue, 1894 : Amour.
Rossignol, 1901 : La femme honnête n’aime pas son mari uniquement pour la bagatelle.
France, 1907 : Une affaire de canapé, ainsi que le disait Napoléon, en parlant de l’amour. Être porté sur la bagatelle, aimer à rendre le devoir amoureux aux dames.
Enfin, dernier tableau, une almée et sont danseur jouèrent la pantomime de la Bagatelle (sic). Impossible de décrire l’enthousiasme des assistants indigènes à ce spectacle.
(Alfred Lecomte)
Elle ne croyait pas à l’amour
Et très tard resta demoiselle,
Quand, d’un galant, notre donzelle
Accepta la main un beau jour.
Elle prisa fort la bagatelle
Et révéla une ardeur telle
Que le pauvre diable en est mort !
N’éveillons pas le chat qui dort.
Cache-misère
Delvau, 1866 : s. m. Vêtement ample, boutonné jusqu’au menton et dissimulant tant bien que mal l’absence de la chemise. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Vêtement ample et surtout très long, qui a la prétention de couvrir la détresse des guenilles et l’absence de linge. Le mac-farlane, pour les hommes, le waterproof, pour les femmes, sont des cache-misère pair excellence. — Un bohème avait adopté pour cache-misère une vieille robe de chambre, dans laquelle il est mort sur un banc du Pont-Neuf.
France, 1907 : Vêtement boutonné jusqu’au menton et dont le pauvre diable relève le collet pour cacher son linge sale ou l’absence de linge.
Cancre
d’Hautel, 1808 : Un pauvre cancre. Terme injurieux et de mépris. Ignorant crasse ; homme d’une avarice sordide ; égoïste.
Delvau, 1866 : s. et adj. Avare, homme qui n’aime point à prêter. Argot du peuple. Signifie aussi Pauvre Diable, homme qui ne peut arriver à rien, soit par incapacité, soit par inconduite.
Delvau, 1866 : s. m. Collégien qui ne mord volontiers ni au latin ni aux mathématiques, et qui préfère le Jardin des plantes de Buffon au Jardin des racines grecques de Lancelot.
France, 1907 : Écolier fainéant. Avare, pauvre diable.
Cancre, hère et pauvre diable,
Dont la condition est de mourir de faim.
(La Fontaine)
S’il est arrivé que des enfants obtus, des cancres de collège, devinssent plus tard des écrivains de mérite, l’élève prodige se reconnaît toujours à certains signes dans la littérature.
(É. Zola)
Chicanou
France, 1907 : Avocat, avoué, homme d’affaires.
Enfin, j’aurais pu ajouter à ceux-ci une foule d’autres chicanous subalternes, parmi lesquels il faut bien nous garder d’oublier l’avocat que sa profession a repoussé ; pauvre diable tué par la concurrence, et qui, après avoir. sans succès, étalé dans le bazar des Pas-Perdus sa loquèle au rabais, tombe, de chute en chute, jusque dans l’humble poussière de quelque greffe, ou bien sous l’échoppe de l’écrivain public, à moins toutefois que le patronage administratif ne s’empare de cette incapacité si bien éprouvée.
(Old Nick, L’Avocat)
C’est les enjuponnés, les marchands d’injustice : chats fourrés, grippe-minauds, chicanous, avocats bêcheurs, et toute la vermine qui vit de leur maudit métier.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Courante
d’Hautel, 1808 : Avoir la courante. Pour avoir le dévoiement, la diarrhée.
Delvau, 1866 : s. f. Fluxus ventris, — dans l’argot des bourgeois.
Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Se payer une courante, se sauver au galop.
France, 1907 : Diarrhée, sans doute appelée ainsi parce qu’elle oblige à courir.
La discussion commençait à devenir générale, chacun ayant un exemple à citer ou ayant fait soi-même la triste épreuve des sévérités militaires à l’égard des fricoteurs. Verginon écoutait toujours, dans un mutisme ahuri de pauvre diable tombé du haut de ses illusions. Mais tout à coup il se frappa le front, un front plat comme la main, étroitement logé entre l’épaisse ligne des sourcils et le retroussis des cheveux tailles à l’ordonnance.
— Des fois, insinua-t-il avec un fin sourire, y aurait pas un moyen pour em’ flanquer une bonne courante ?
(G. Courteline, Les Gaîtés de l’escadron)
Le mot est vieux : on le trouve dans le Virgile travesti de Scarron.
Crasse
d’Hautel, 1808 : Ignorance crasse. Ignorance grossière, ineptie inexcusable.
Être né dans la crasse. Être de la plus basse extraction.
Vivre dans la crasse. Vivre d’une manière sordide, obscure, et dans une extrême parcimonie.
Delvau, 1866 : s. f. Pauvreté ; abjection, — dans le même argot [du peuple]. Tomber dans la crasse. Déchoir de rang, de fortune ; de millionnaire devenir gueux, et d’honnête homme coquin.
Delvau, 1866 : s. m. Lésinerie, indélicatesse, — dans l’argot du peuple, pour qui il semble que les sentiments bas soient l’ordure naturelle des âmes non baptisées par l’éducation.
Rigaud, 1881 : Mauvais procédé. — Crasse de collège, pédantisme, bégueulerie pédantesque.
France, 1907 : Pauvreté, misère, abjection. Tomber dans la crasse, sortir de la crasse.
Né malheureux, de la crasse tiré,
Et dans la crasse en un moment rentré,
À tous emplois on me ferme la porte.
Rebut du monde, errant, privé d’espoir,
Je me fais moine, ou gris, où blanc, ou noir,
Rasé, barbu, chaussée, déchaux, n’importe !
(Voltaire, Le Pauvre diable)
Déchard, décheux
France, 1907 : Malheureux que poursuit la déveine.
Cancre, hère et pauvre diable
Dont la condition est de mourir de faim,
dit La Fontaine.
Il y a les hôtels des richards,
Tandis que les pauvres déchards,
À demi morts de froid,
Et soufflant dans leurs doigts,
Refilent la comète.
(La Ravachol)
Ce qu’on donne aux déchards, toujours on le regrette,
Pour tirer d’eux ce qu’on leur prête,
On en vient d’ordinaire aux propos aigres-doux,
Il faut plaider, il faut combattre.
Offrez-leur un « pied » chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre.
(Marc Legrand)
Déveinard
France, 1907 : Pauvre diable que la malchance poursuit.
Un de ces ouvriers déveinards, un de ces inventeurs en chambre, qui ont compté sur le coup de fortune du nouvel an.
(Jean Richepin, Le Pavé)
Diable
d’Hautel, 1808 : Que le diable te ramasse ! Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se baisse pour ramasser ce qu’il a laissé tomber.
Quand un homme bat sa femme, le diable s’en rit. Manière plaisante d’excuser les brutalités que certains hommes exercent sur leurs femmes.
On dit vulgairement, lorsqu’il pleut pendant que le soleil luit sur l’horizon, que c’est le diable qui bat sa femme.
Il a le diable au corps. Se dit d’un homme qui fait des choses extravagantes et nuisibles à ses propres intérêts.
Que le diable m’emporte, si je lui cède ! Espèce de jurement pour affirmer qu’on est résolu de tenir tête à quelqu’un.
Le diable ne sera pas toujours à ma porte. Pour dire que l’on espère n’être pas éternellement malheureux.
Tirer le diable par la queue. Vivre péniblement, et avec une grande économie.
Il n’est pas si diable qu’il est noir. Pour, il, est meilleur qu’il ne le paroit.
On dit de quelqu’un qui n’a aucune succession à attendre, et auquel on ne fait jamais de don, que si le diable mouroit, il n’hériteroit pas même de ses cornes.
Diable ! comme il y’va ! Interjection qui marque la surprise et le mécontentement.
Je crois que le diable s’en mêle. Se dit d’une affaire dans laquelle on éprouve continuellement de nouveaux obstacles.
Se donner à tous les diables. S’impatienter, se dépiter, se dégoûter de quelque chose.
Cela s’en est allé à tous les diables. C’est-à dire, s’est dispersé, sans qu’on sache ce que c’est devenu.
Faire le diable à quatre. Faire du bruit, du tintamare ; mettre tout en désordre ; se déchaîner contre quelqu’un ; lui faire tout le mal possible.
En diable. Il a de l’argent en diable ; des dettes en diable. Pour dire, extraordinairement.
Que le diable t’emporte ! Imprécation que l’on fait contre quelqu’un, dans un mouvement d’humeur.
Qu’il s’en aille au diable ! Qu’il aille où il voudra, pourvu qu’il ne m’importune plus.
C’est un bon diable. Pour, un bon enfant, un bon vivant.
On dit aussi ironiquement, un pauvre diable, pour un misérable ; un homme de néant.
Un méchant diable ; un diable incarné ; un diable d’homme. Pour dire, un homme à craindre, et dont il faut se méfier.
Quand il dort, le diable le berce. Se dit d’un chicaneur, d’un méchant qui se plaît perpétuellement à troubler le repos des autres.
C’est un grand diable. Pour, c’est un homme d’une grande stature ; mal fait, mal bâti.
Un valet du diable. Celui qui fait plus qu’on ne lui commande.
Crever l’œil au diable. Faire le bien pour le mal ; se tirer d’affaire malgré l’envie.
Il est vaillant en diable ; il est savant en diable. Pour, il est très-courageux, très-savant.
Le diable n’y entend rien ; y perd son latin. Pour exprimer qu’une affaire est fort embrouillée ; que l’on ne peut s’y reconnoître.
Le diable étoit beau, quand il étoit jeune. Signifie que les agrémens de la jeunesse donnent des charmes à la laideur même.
Il vaut mieux tuer le diable que le diable ne vous tue. Pour, il vaut mieux tuer son ennemi que de s’en laisser tuer.
Le diable n’est pas toujours à la porte d’un pauvre homme. Pour dire que la mauvaise fortune a ses instans de relâche.
C’est là le diable ! Pour, voilà le point embarrassant ; le difficile de l’affaire.
Un ouvrage fait à la diable. C’est-à-dire à la hâte ; grossièrement ; sans goût ; sans intelligence.
Delvau, 1866 : s. m. Agent provocateur, — dans l’argot des voleurs, qui sont tentes devant lui du péché de colère.
Delvau, 1866 : s. m. L’attelabe, — dans l’argot des enfants, qui ont été frappés de la couleur noire de cet insecte et de ses deux mandibules cornées.
Rigaud, 1881 : Agent provocateur. (Moreau-Christophe.)
La Rue, 1894 : Agent provocateur. Coffre-fort.
Virmaître, 1894 : Agent provocateur. Malgré que ce mot fasse partie du vocabulaire des voleurs, il n’est pas d’usage que les agents de la sûreté provoquent les voleurs à commettre un vol ; ils n’ont pas besoin d’être stimulés pour cela. En politique c’est un fait constant, car, sous l’Empire, jamais il n’y a eu un complot sans que, parmi les pseudo-conspirateurs, il n’y se soient trouvés plusieurs agents de la préfecture de police. Il y en eut même un du service du fameux Lagrange dans l’affaire des bombes d’Orsini. Dans le peuple on dit simplement mouchard (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Agent qui provoque le vol ou l’assassinat.
France, 1907 : Agent provocateur.
France, 1907 : Coffre-fort.
Écureuil
Rigaud, 1881 : Pauvre diable qui faisait tourner une roue dans un atelier de mécanicien, moyennant une haute paye de six sous par heure. — Les machines à vapeur, en se propageant, ont porté le coup de la mort à l’écureuil, devenu aujourd’hui un objet de curiosité.
France, 1907 : Individu qui tourne la roue chez les repasseurs ou les tourneurs en bois. La roue tourne et il reste à la même place. Allusion à l’écureuil, qui, sans avancer, fait tourner sa cage. Faire l’écureuil, marcher sans avancer, faire un travail inutile.
Enfant de turlupin
France, 1907 : Malheureux, pauvre diable à qui rien ne réussit. Turlupin était le surnom donné aux Vaudois qui furent poursuivis, traqués, persécutés comme hérétiques au XIVe siècle, à tel point que leurs infortunes passèrent en proverbe.
Entendre le « tu autem »
France, 1907 : Être prompt à saisir une affaire. Vieux dicton qui nous vient des moines, et dont on trouve l’explication dans le Moyen de parvenir : « Quand les moines dînent, il y en a un qui est en chaire, qui leur fait lecture des actions des satrapes, et ainsi légendant, il barbillonne les oreilles de ses confrères, qui cassent la bribe, sans songer à ce que dit ce pauvre lamponier, qui est là-haut perché… bien loin de ce qu’il dit, d’autant qu’il a l’oreille attentive vers le prieur, qui est sous le dais, ou en la belle place, à mouler des intelligences de tripes : durant quoi, il se souvient parfois de ce pauvre diable qui s’égueule à faute de s’écouter, et dit, en touchant du doigt sur table, tu autem, qui et à dire qu’il finisse, parce qu’à chaque bout de leçon, on dit cette fin. Si de fortune ce lecteur est si sot d’avoir plus d’attention à sa lecture qu’au dîner, absit, et qu’il veuille achever jusques au sens parfait, et qu’ainsi il perde le temps, les autres disent en concluant chapitrament contre lui, qu’il n’entend pas le tu autem. Le tu autem était suivi de Domine, miserere nobis, et chacun se levait. » Entendre le « tu autem » était si fort répandu à cause du nombre des couvents, qu’on emploie encore cette expression en beaucoup de provinces.
Faire descendre le polonais
Delvau, 1864 : Expression usitée dans les bordels, lorsque les hôtes momentanés, les michés, font trop de vacarme : au lieu de menacer les perturbateurs d’aller chercher la garde, on les menace de faire descendre le Polonais — qui n’est autre, souvent, qu’un pauvre diable sans feu ni lieu recueilli par charité et logé dans les combles de la maison, — et les perturbateurs se taisent, effrayés par cette mystérieuse menace, — par cette épée de Damoclès.
Faire une femme
Delvau, 1864 : Distinguer parmi la foule, au bal ou au théâtre, une femme quelconque, qui vous porte à la peau, et l’emmener coucher.
En attendant, il a fait une femme superbe, dit un autre en voyant Rodolphe s’enfuir avec la danseuse.
(Henry Murger)
— On dit aussi dans le même sens : Lever une femme.
Delvau, 1866 : v. n. Nouer une intrigue amoureuse avec elle, — dans l’argot des étudiants.
France, 1907 : Faire une conquête amoureuse.
Les époux Félamour, en voyage de noces à Paris, prennent le café sur la terrasse.
Un pauvre diable de dessinateur s’approche avec son album à portraits, et très humble :
— Je ne vous demande que cinq minutes pour faire madame…
— Dites donc, artiste !… riposte Félamour scandalisé.
(Gil Blas)
On ne s’imagine pas ce qu’il y a de rieuses pour un petit nombre de sentimentales. Dans un théâtre, le comique fait plus de femmes que le jeune premier. Colbrun, Lassagne et Gil Pérès ont été plus aimés que Bocage, Delaunay et Fechter.
(Aurélien Scholl)
Ferlampier
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Prisonnier habile à couper ses fers.
Bras-de-Fer, 1829 : Condamné habile à couper ses fers.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme sans aveu, mendiant, voleur du dernier étage. Terme des argousins.
Halbert, 1849 : Bandit.
Delvau, 1866 : s. m. Homme à tout faire, excepté le bien, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté là un des vieux mots du vocabulaire des honnêtes gens, en le dénaturant un peu.
Delvau, 1866 : s. m. Pauvre diable, misérable. — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Pauvre diable ; misérable à perpétuité. — Voleur du plus bas étage. Le ferlampier est au voleur de la haute pègre ce que la pierreuse est à la cocotte. C’est une altération de frélampier ou frère lampier.
Autrefois, celui qui avait la charge d’entretenir et d’allumer les lampes dans les églises s’appelait frère lampier ; et comme cette charge était dévolue à des hommes de bas étage, quand on voulait parler d’un homme de peu, on disait : C’est un frélampier ou un frère lampier.
(Le Roux de Lincv, Le Livre des Proverbes français.)
La Rue, 1894 : Voleur de bas étage. Malheureux. Détenu habile à se déferrer.
Virmaître, 1894 : Homme à qui tous les métiers sont bons. Mendiant, voleur, souteneur (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Malfaiteur en tout genres.
France, 1907 : Homme à tout faire, pauvre diable, sans argent ni capacité. Corruption le frère lampier, allumeur de lampes, emploi réservé dans les couvents aux frères incapables de rien faire de mieux.
Fileur de bagots
France, 1907 : Pauvre diable qui court derrière les fiacres pour charger ou décharger les malles.
Gigoter
Delvau, 1866 : v. n. Remuer les gigues ; danser.
France, 1907 : Danser.
… Et pendant qu’elle gigotait, furibonde, ses jupons relevés jusqu’aux jarretières, sous les rires et les huées…
(Camille Lemonnier)
On dit aussi gigoter du jarret :
— Je vous promets, dans tous les cas, de me faufiler au bal quelques minutes.
— C’est ça, et nous y gigoterons du jarret.
(Ange Pitou)
France, 1907 : Remuer, agiter les jambes, littéralement : les gigots.
Le boiteux vient, clopine sur la tombe,
Crie hosanna, saute, gigote et tombe.
(Voltaire)
L’officier souffleta le juif, de sa main gantée, avec tant de force, que le pauvre diable fut projeté de la borne sur le sol, où il gigota ainsi qu’un lièvre atteint d’un coup de feu.
(Jacques Celti, Du Nord au Midi)
J’eus avec celle-ci la même explication, mais elle eut une crise et gigota de telle sorte que je dus appeler sœur Rébecca, qui la fit revenir à elle en lui jetant un baquet d’eau sur la tête.
(Hector France, Chez les Indiens)
Gouèpeur, -euse
Vidocq, 1837 : s. — Vagabond. Celui ou celle qui n’a ni domicile, ni moyens d’existence assurés.
Article 209 du Code Pénal. Le vagabondage est un délit.
Article 270. Les vagabonds, ou gens sans aveu, sont ceux qui n’ont ni domicile certain, ni moyen de subsistance, et qui n’exercent habituellement ni métier, ni profession.
Et c’est dans le Code d’une nation qui se pose devant toutes les autres comme la plus éclairée, que de semblables lois sont écrites. Personne n’élève la voix pour se plaindre de vous, mais le malheur vous a toujours poursuivi, donc vous êtes coupable : les haillons qui vous couvrent sont vos accusateurs ; parce que vous êtes malheureux, vous n’avez plus le droit de respirer au grand air, et le dernier des sbires de la préfecture de police peut vous courir sus comme sur une bête fauve, c’est ce qu’il ne manque pas de faire ; vous valez un petit écu, vous êtes saisi, jeté dans une prison obscure et mal-saine, et après quelques mois de captivité préventive, des gendarmes vous traînent devant les magistrats chargés de vous rendre justice ; votre conscience est pure, et vous croyez qu’à la voix de vos juges les portes de la geôle vont s’ouvrir devant vous. Pauvre sot que vous êtes, la loi dicte aux magistrats, qui gémissent en vous condamnant, des arrêts impitoyables ; quoi que vous puissiez dire pour votre défense, vous serez condamné à trois ou six mois d’emprisonnement, et après avoir subi votre peine, vous serez mis à la disposition du gouvernement pendant le temps qu’il déterminera.
Et cela ne doit pas étonner chez un peuple qui ne s’enquiert ni des capacités, ni de la moralité du législateur, mais seulement de la cote de ses impositions ; chez un peuple qui n’estime que ceux qui possèdent. Posséder doit être le rêve de tous, et tous les chemins qui peuvent conduire à la fortune doivent être suivis sans remords. Aussi tous ceux qui occupent les sommités de l’échelle sociale, et qui désirent conserver leur position, repoussent sans cesse du pied ceux qui cherchent à gravir les derniers échelons. Ils conçoivent sans peine que ceux qui n’ont pas un toit pour abriter leur tête, un vêtement pour les garantir du froid, du pain pour apaiser la faim qui les tourmente, doivent laisser tomber des regards envieux sur leurs hôtels magnifiques, leurs brillans équipages et leur table somptueuse. Ce sont des ennemis qu’il faut absolument vaincre, et le Code Pénal, que les heureux du siècle ont fabriqué pour leur usage particulier, est un arsenal dans lequel ils trouvent toujours des armes toutes prêtes ; et le vagabond, celui de tous les Parias sociaux qui souffre le plus, est aussi celui qu’ils frappent le plus rudement.
Le peuple n’a pas de pain, disait-on à une dame de l’ancienne cour ; qu’il mange de la brioche, répondit-elle. Les magistrats qui condamnent indistinctement tous les vagabonds que l’on amène devant eux, ne sont guère meilleurs logiciens que cette dame. Qu’est-ce, en effet, qu’un vagabond ? Un pauvre diable qui n’a pu trouver de travail, et qui a été mis dehors par son hôtelier, parce qu’il n’a pu payer son modeste logement. Il n’a pas dîné et s’est endormi sous le porche d’une église ou dans un four à plâtre. C’est vainement que je cherche dans tout cela un crime ou un délit. Si cet homme vous avait arraché un peu de votre superflu, sa physionomie ne serait pas livide et terreuse, ses vêtemens ne tomberaient pas en lambeaux. Qui vous a dit qu’il n’avait pas, sans pouvoir y parvenir, cherché à utiliser ses facultés ? Pourquoi donc, au lieu de le punir, ne lui donnez-vous pas ce que tous les hommes doivent obtenir, du travail et du pain ? Sont-ce les crimes que, grâce à votre législation, il commettra plus tard, que vous punissez par anticipation ? Oh ! alors, soyez plus sévères pour être plus justes ; condamnez le vagabond à mourir, mais craignez que, las de souffrir, il ne quitte un jour son humble posture et ne vienne, les armes à la main, déchirer le recueil de vos lois. Souvenez-vous des luttes sanglantes de la Jacquerie et des Gueux de Belgique. Qui succomba alors ? Le riche : il le méritait bien.
On objectera peut-être que presque tous les voleurs de profession sortent des rangs du peuple, pour prouver la nécessité des lois qui régissent les classes infimes de la société. Cette objection, suivant moi, ne peut servir qu’à prouver la vérité de ce vieux dicton populaire, qui dit que le besoin n’a point d’oreilles.
Mais, il faut le dire, s’il est vrai que la plupart des voleurs sortent des rangs du peuple, les grands criminels, à quelques exceptions près, appartiennent aux classes élevées. C’est plus souvent des salons que des mansardes que sortent les assassins et les faussaires.
Et, cependant, quelquefois on sauvera l’homme bien élevé, tandis qu’on sacrifiera à l’exemple le fils d’un ouvrier. Pourquoi cela ? L’honneur d’une famille favorisée par la fortune est-il plus précieux que celui de la famille d’un ouvrier ? Je ne le pense pas.
Suivant moi, l’homme qui comparaît devant un tribunal, après avoir reçu une éducation libérale, est, à délit égal, évidemment plus coupable que celui qui a toujours vécu dans l’ignorance. Il n’est pas nécessaire, je crois, de déduire les raisons qui me font penser ainsi. Pourquoi donc est-il presque toujours traité avec une extrême indulgence, lorsque l’on se montre si sévère envers celui qui n’a encore commis aucune faute, et dont le seul tort est d’être misérable ?
Mais les haillons qui couvrent à peine les membres amaigris du Gouèpeur parlent en sa faveur. Peut-être que, si cet homme n’avait pas voulu rester honnête, il ne serait pas sans domicile et sans moyens d’existence. Mais, ce qu’il n’a pas fait, il ne manquera pas de le faire, lorsqu’après avoir, grâce à un arrêt inique, passé quelques-unes de ses plus belles années dans une prison, il sera rendu à la liberté, il mettra alors en pratique les conseils des individus avec lesquels il aura vécu ; et si un jour ses crimes épouvantent la société, qui faudra-t-il accuser, si ce n’est elle ? Ah ! si l’on connaissait bien les antécédens de tous ceux qui gémissent dans les prisons et dans les bagues, on serait peut-être disposé à jeter un voile sur leur vie passée, pour leur permettre d’espérer un meilleur avenir.
Mais après avoir jeté un coup-d’œil sur notre législation, je me trouve forcé d’avouer que la réalisation de mes souhaits me paraît encore bien éloignée, on exige tout d’une certaine classe et cependant on ne fait rien pour elle ; quel est donc l’avenir qui lui est réservé ?
Y a-t-il en France des établissemens dans lesquels les enfans puissent, en apprenant un état, recevoir l’éducation que, dans un pays civilisé, tous les hommes devraient posséder, et en même temps contracter l’habitude du travail et de la sobriété ? Non.
Mais, me répondra-t-on, il faut de l’argent pour créer des établissemens de ce genre, et l’argent manque ; belle réponse, vraiment ! l’argent ne manque pas lorsqu’il s’agit de subventionner des théâtres auxquels le peuple ne va jamais, de payer des danseuses, ou d’ériger des obélisques. L’argent donc ne manque pas, et je crois qu’il serait beaucoup mieux employé s’il servait à fonder quelques établissemens semblables à ceux dont nous venons de parler.
Gouspin
Larchey, 1865 : Mauvais gamin. — Diminutif du vieux mot gous : chien.
Quarante ou cinquante jeunes gouspins bruyants et rageurs.
(Commerson)
Delvau, 1866 : s. m. Voyou, jeune apprenti voleur, — dans l’argot des faubouriens, qui se servent de cette expression depuis longtemps.
Rigaud, 1881 : Petit polisson ; pauvre diable.
La Rue, 1894 : Voyou. Apprenti voleur.
Grelotteux
France, 1907 : Pauvre diable, misérable, qui grelotte sous le froid.
Il suffirait d’ouvrir tous les vastes locaux inoccupés dont la Ville de Paris dispose, le Palais des Machines, le Palais de l’Industrie, pour que tous les grelotteux de la capitale puissent venir s’y chauffer, autour de braseros dont l’alimentation ne coûterait pas cher. Les bicyclistes iraient faire leurs records ailleurs ; ils ont tout l’été et les belles routes de France pour manger des kilomètres.
(Mentor, Le Journal)
France, 1907 : Petit crétin qui suit les modes.
Un grelotteux en habit ronge et en culotte veut entrer au foyer ; l’huissier s’y oppose :
— Les déguisés, dit-il, ne peuvent pénétrer avant 4 heures.
La femme qui nous conte l’anecdote et connaît son monde ajoute dans un style relevé :
— Le grelotteux en était comme une tomate !
(Gil Blas)
Homme sandwich
France, 1907 : Pauvre diable qui colporte dans les rues une réclame sur le dos et sur la poitrine. En Angleterre, on dit simplement un sandwich.
Qu’est-ce qu’un sandwich ? « De minces tranches de pain beurré entre lesquelles on a intercalé une tranche de jambon ou d’autre viande. » Or, l’homme dérisoirement qualifié de sandwich n’a généralement embrassé cette carrière peu lucrative que parce qu’il n’a ni pain, ni beurre, — et c’est lui-même qui, entre deux pancartes, constitue l’autre viande.
(Ernest Depré, Germinal)
Kleptomanie
France, 1907 : Manie du vol. Quand il s’agit d’un pauvre diable, ou d’une personne quelconque, on emploie cette dernière expression ; mais s’il s’agit d’une haute dame, d’un prince où d’un grand seigneur de par le blason où les écus, on dit kleptomanie, c’est plus noble. Ainsi, le prince héritier d’un des grands trônes d’Europe est kleptomane, tandis que K…, petit éditeur marron, est un simple voleur. Le kleptomane chipe tout ce qui est à la portée de sa main pour la simple volupté de chiper. « Nous aurions préféré, dit Germinal, volomanie, chipomanie, carottomanie, rabotomanie, tout enfin à kleptomanie ; mais nous ne sommes pas en état, paraît-il, d’apprécier toute la saveur des racines exotiques. »
Kleptomanie, synonyme de clopemanie, vient du verbe grec kleptein, voler, et de manie.
— L’accusé — dit un avocat défendant un voleur — n’est pas responsable de ses actes, il est atteint de kleptomanie.
— Et moi, — réplique le juge — j’en suis le médecin.
Marquis de la bourse plate
Rigaud, 1881 : Faiseur d’embarras sans le sou, pauvre diable qui cache sa misère.
Virmaître, 1894 : Homme absolument sans le sou (Argot du peuple). V. Les toiles se touchent.
France, 1907 : Vaniteux misérable.
Mettre la main au feu (en)
France, 1907 : Avancer une chose dont on est certain, ou dont on croit être certain.
Vieux souvenir de la barbarie de nos pères. Du VIe au XIIIe siècle, où un concile de Latran mit fin à cette superstition, les gens accusés ou simplement soupçonnés d’un crime étaient obligés, pour se justifier, soit de saisir un fer rouge, soit de placer leur main dans les flammes. Si la main sortait intacte de l’épreuve, l’accusé était déclaré innocent.
On essayait l’innocence par trois manières : le duel ou jugement de Dieu, l’eau ou l’huile bouillante, ou le feu ardent, dans la confiance que Dieu protégeait l’innocent et le préservait de tout mal. À quelques-uns on présentait un gantelet de fer rougi à blanc et l’accusé devait y plonger son bras jusqu’au coude. Un chroniqueur du XIIIe siècle raconte comment un pauvre diable, accusé de je ne sais quel délit, sut se dispenser de cette redoutable épreuve. Il répondit qu’il était prêt à ganter le terrible engin si l’archevêque revêtu de son étole voulait le lui remettre en main. Le prélat déclina de remplir cet office et convint, avec l’accusé, que l’usage venait des barbares et qu’il ne fallait pas tenter Dieu.
En dit que Cunégonde, femme de l’empereur Henri de Bavière, ayant été accusée l’adultère, offrit de se disculper en marchant pieds nus sur des socs de charrue ardents. L’empereur en fit disposer douze et la vertueuse princesse ayant marché sur onze s’arrêta sur le douzième et, là, fit un petit discours affirmant que jamais homme n’avait attenté à sa vertu !
On dit aussi : Je n’en voudrais pas pour tenir un fer chaud, pour : je n’en voudrais pas répondre.
Meurt-de-faim
Delvau, 1866 : s. m. Misérable, pauvre diable, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Meurt-la-faim et Crève-la-faim.
Delvau, 1866 : s. m. Petit pain d’un sou, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Petit pain d’un sou.
Mortels, glissez, n’appuyez pas
France, 1907 : « N’insistez pas sur les sujets scabreux. » Ce vers, cité proverbialement, est de la facture d’un pauvre diable de poète nommé Roy, qui, vers 1730, dit Édouard Fournier, eut plus d’esprit que de succès et fut plus sifflé et même bâtonné qu’applaudi. Il terminait un quatrain placé en bas d’une de ces gravures représentant les saisons, communes au commencement du XVIIIe siècle et représentant l’hiver sous la figure d’un groupe de patineurs :
Sur un mince cristal l’hiver conduit leurs pas.
Le précipice est sous la glace.
Telle est de vos plaisirs la légère surface :
Mortels, glissez, n’appuyez pas.
Motus
France, 1907 : Silence ; latinisme. Les marins de la flotte disent motus dans l’entrepont pour annoncer l’arrivée d’un supérieur.
— Eh bien, sais-tu à qui je pensais devant tous ces petits malheureux ? Au gredin, au père, qui avait lâché la maman, une pauvre diablesse mise par lui dans l’embarras ; car c’est toujours la même histoire… Maintenant, mon magistrat, fouille ton Code. Sur la recherche de la paternité, motus !… Voyons, la main sur la conscience, est-ce de la justice ? Et le misérable qui plante là une fille grosse ne devrait-il pas tâter un peu de la prison ?…
(François Coppée, Le Coupable)
Noir de peau de nègre
France, 1907 : Pauvre diable qui sert d’aide à un chiffonnier.
Noir de peau, Nègre
Rigaud, 1881 : Aide-chiffonnier : pauvre diable à qui le chiffonnier confie un croc et fait gagner quelques sous.
Ongles en l’air (se tirer les)
France, 1907 : Sortir indemne d’une mauvaise affaire.
L’axiome : À chacun selon ses œuvres, n’a malheureusement rien à voir dans la jurisprudence, et il n’est pas rare de voir, pour des délits identiques, le pauvre diable condamné alors que les gros bonnets se tirent d’affaire, comme dit la populace, les ongles en l’air.
Décidément, Montesquieu avait raison : les lois sont des filets qui arrêtent seulement les petits poissons et laissent passer les autres. Autrement dit, les balances de dame Thémis sont trop souvent de simples balançoires.
(Henri Second)
Parmesard
Delvau, 1866 : s. m. Pauvre diable à l’habit râpé comme parmesan, — dans l’argot facétieux des faubouriens.
France, 1907 : Pauvre diable dont les vêtements sont râpés et montrent la corde. Jeu de mot sur parmesan ; en d’autres termes : râpé comme du parmesan.
Passeur
Delvau, 1866 : s. m. Individu qui passe les examens de bachelier à la place des jeunes gens riches qui dédaignent de les passer eux-mêmes, — parce qu’ils en sont incapables.
Rigaud, 1881 : Pauvre diable qui, moyennant un peu d’argent, passe le baccalauréat au lieu et place de certains jeunes cancres.
Pelletas
France, 1907 : Pauvre diable ; argot populaire.
Pour huit mois de grande pêche
Passé février ;
Laissant là charrue et bêche
Sans se faire prier ;
À bord d’une goélette
Ou d’un grand transport,
Quand fleurit la violette,
Joyeux je quittons le port,
Oui, nous sommes les pell’tas,
Les pell’tas, fils de pell’tas,
Oui, nous sommes les pell’tas
Qui n’ont pas peur de couler en tas.
(Jules Heurtel)
Pion
d’Hautel, 1808 : Damer le pion à quelqu’un. Lui jouer quelque mauvais tour, le supplanter dans une affaire ; l’emporter sur lui avec une supériorité marquée, le contraindre à céder ; le forcer à s’avouer vaincu.
Halbert, 1849 : Ivre.
Delvau, 1866 : s. m. Maître d’études, — dans l’argot des collégiens, qui le font marcher raide, cet âge étant sans pitié.
Rigaud, 1881 : Ivre ; de pier, boire. Être pion, être gris.
Rigaud, 1881 : Maître d’étude. Le souffre-douleur d’un collège, d’un pensionnat. La plupartdu temps, c’est un pauvre diable de bacho qui pioche un examen en faisant la classe, en menant les élèves à la promenade, en allant les conduire au lycée.
Quelle est l’étymologie du mot pion ? Un collégien nous fait savoir que généralement on le considère comme un diminutif d’espion
(Albanès, Mystères du collège)
La Rue, 1894 : Maître d’études. Être pion, être ivre.
France, 1907 : Ivre ; argot des voleurs, du vieux français pier, boire.
France, 1907 : Maitre d’étude, surveillant.
Nombre de célébrités littéraires ont débuté dans la vie par le métier ingrat de pion. Qu’il suffise de citer Alphonse Daudet, Jules Vallés, Pierre Larousse. Edmond About trace le portrait suivant de ce dernier, pion chez Jauffret, vers 1847 :
J’ai connu des maîtres d’étude bien méritants, un entre autres qui avait pris du service chez mon cher et vénéré chef d’institution, M. Jauffret. C’était un petit homme trapu, à barbe fauve, aux yeux pétillants, un piocheur renfermé, ténébreux, fortement soupçonné de couver des idées subversives. Il en avait au moins une, subversive ou non, et il la mena à bonne fin, sans autre ressource qu’une volonté de fer. Ce pion rêvait de publier un dictionnaire comme on n’en avait vu, une encyclopédie populaire, et on n’en a pas eu le démenti. Il a laissé non seulement une fortune, mais une œuvre. Exegit monumentum.
Ces Parisiens me semblent éreintés, malingres, gringalets. Tout cela, faute d’exercices physiques, manque de liberté. On voit de grands collégiens barbus s’en aller en promenade deux par deux, conduits par un maître qu’ils appellent le pion. De grandes filles de vingt ans n’osent sortir sans être accompagnées de leur mère ou de leur servante. C’est à crever de rire ! Quelle différence avec la liberté dont on jouit dans la grande Amérique !
(Hector France, Les Mystères du monde)
Ce qui fait la force de l’enseignement des jésuites, c’est qu’ils n’ont pas de pions. Ceux d’entre eux qui sont chargés de la surveillance des élèves ne sont certes pas les égaux des professeurs intellectuellement parlant, mais ils sont leurs égaux et dans la congrégation et aux yeux du monde.
Il faut que l’enfant ne méprise plus le pion, il faut qu’il l’aime et le respecte.
(Alex. Tisserand, Voltaire)
Vivent les vacances
Denique tandem !
Et les pénitences
Habebunt finem.
Les pions intraitables
Vultu barbaro
S’en iront au diable
Gaudio nostro !
(Vieille chanson de collège)
Par extension, l’on donne le nom de pion aux professeurs et aux normaliens.
Les héros de Mürger nous avaient précédés d’une dizaine d’années dans la vie. Ils exerçaient encore une certaine fascination sur la génération à laquelle j’ai appartenu, car dès mes premiers pas dans le journalisme, je n’eus pas à me louer d’être tombé à bras raccourcis sur la bohème et les attardés qui la chantaient encore.
Une même révolution a emporté et les bohèmes de Mürger, et les pions de l’École. Pions ! c’était le sobriquet dont on nous affublait. Je ne connais pas beaucoup les cénacles de 1897 ; je sais seulement qu’ils ne sont pas tendres pour les Rodolphe, les Millet et les Schaunard et autres habitués du café Momus à qui ils ne ressemblent guère.
J’imagine que nos jeunes universitaires ne doivent pas avoir meilleure idée de nous, qui, au sortir de l’École, bornions nos ambitions à vieillir honorablement dans le professorat, et qui n’avions que deux soucis au monde : piocher ferme et rire dru. C’est l’Université, elle-même, qui nous a poussés dehors, par les épaules, et ne nous a laissé d’autre ressource que la célébrité.
(Francisque Sarcey)
Pisteur
Rigaud, 1881 : Homme qui suit les femmes à la piste. Il ne faut pas confondre le pisteur avec le suiveur. Le suiveur est un fantaisiste qui opère à l’aventure. Il emboîte le pas à toutes les femmes qui lui plaisent, ou, mieux, à toutes les jolies jambes. Parmi cent autres, il reconnaîtra un mollet qu’il aura déjà ! chassé. Il va, vient, s’arrête, tourne, retourne, marche devant, derrière, croise, coupe l’objet de sa poursuite, qu’il perd souvent au détour d’une rue. Plus méthodique, le pisteur surveille d’un trottoir à l’autre son gibier. Il suit à une distance respectueuse, pose devant les magasins, sous les fenêtres, se cache derrière une porte, retient le numéro de la maison, fait sentinelle et ne donne de la voix que lorsqu’il est sur du succès. Le pisteur est, ou un tout jeune homme timide, plein d’illusions, ou un homme mûr, plein d’expérience. — Le pisteur d’omnibus est un désœuvré qui suit les femmes en omnibus, leur fait du pied, du genou, du coude, risque un bout de conversation, et n’a d’autre sérieuse occupation que celle de se faire voiturer de la Bastille à la Madeleine et vice versa. Cet amateur du beau sexe est ordinairement un quinquagénaire dont le ventre a, depuis longtemps, tourné au majestueux. Il offre à tout hasard aux ouvrières le classique mobilier en acajou ; les plus entreprenants vont jusqu’au palissandre. Les paroles s’envolent, et acajou et palissandre restent… chez le marchand de meubles. Peut-être est-ce un pisteur qui a trouvé le proverbe : « Promettre et tenir font deux ».
France, 1907 : Admirateur du beau sexe dont la principale occupation est de suivre les femmes.
Il ne faut pas confondre le pisteur avec le suiveur. Le suiveur est un fantaisiste qui opère à l’aventure. Il emboîte le pas à toutes les femmes qui lui plaisent, ou, miëux, à toutes les jolies jambes. Parmi cent autres, il reconnaîtra un imollet qu’il a déjà chassé. Il va, vient, s’arrête, tourne, retourne, marche devant, derrière, croise, coupe l’objet de sa poursuite qu’il perd sonvent au détour d’une rue. Plus méthodique le pisleur surveille d’un trottour à l’autre son gibier. Il suit à une distante respectueuse, pose devant les magasins, sous les fenétres, se cache derrière une porte, retient le numéro de la maison, fait sentinelle et ne donne de la voix que lorsqu’il est sûr du succès. Le pisteur est, ou un tout jeune homme timide, plein d’illusions, ou un homme mûr, plein d’expérience. Le pisteur d’omnibus est un désœuvré qui suit les femmes en omnibus, leur fait du pied, du genou, du coude, risque un bout de conversation, et n’a d’autre sérieuse occupation que celle de se faire voiturer de la Bastille à la Madeleine et vice versa. Cet amateur du beau sexe est ordinairement un quinquagénaire dont le ventre a, depuis longtemps, tourné au majestueux. Il offre à tout hasard aux ouvrières le classique mobilier en acajou ; les plus entreprenants vont jusqu’au palissandre. Les paroles s’envolent, et acajou et palissandre restent… chez le marchand de meubles. Peut-être est-ce un pisteur qui a trouvé le proverbe : « Promettre et tenir fount deux. »
(Lucien Rigaud)
France, 1907 : En terme de turf, le pisteur est un individu décoré d’une pancarte jaune qui s’élance vers la portière de toute voiture s’arrêtant à la porte du pesage. Il prend le numéro de la voiture si l’on accepte ses offres, et, montant sur le siège du cocher, place le véhicule à un endroit déterminé. C’est lui qui est chargé de retrouver et de faire revenir la voiture quand le client sort des courses. Ces pisteurs appartiennent à une corporation.
France, 1907 : Guy Tomel, dans le Bas du pavé parisien, donne l’explication de pisteur ou bagotier :
— Vous avez certainement trop d’instruction pour ne pas savoir ce que c’est qu’un bagotier ou un pisteur, comme disent les agents de police. C’est un pauvre diable qui court derrière les voitures des gares, afin d’aider les voyageurs à monter leurs bagages à domicile. Je veux que vous en ayez pour vos cent sous, et je vais vous détailler le métier.
Nous sommes environ 2.000 bagotiers à Paris, toute une corporation, mais il n’y en a guère que 500 qui s’exercent d’un bout de l’année à l’autre. Le restant de l’effectif est constitué par des ouvriers réduits au chômage, principalement des maçons sans travail.
Polonais
Delvau, 1866 : s. m. Épouvantail dont on menace les perturbateurs dans les maisons suspectes, mais tolérées. Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de faire descendre le Polonais, le tapage s’apaise comme par enchantement. « Et le plus souvent, dit l’auteur anonyme moderne auquel j’emprunte cette expression, le Polonais n’est autre qu’un pauvre diable sans feu ni lieu, recueilli par charité et logé dans les combles de la maison. »
Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, dans l’argot du peuple. L’expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque, mérite d’être conservée, d’abord parce qu’elle est passée dans le sang de la langue parisienne, qui s’en guérira difficilement ; ensuite parce qu’elle est, à ce qu’il me semble, une date, une indication historique et topographique. Ne sort-elle pas, en effet, de l’ancienne rue d’Errancis, — depuis rue du Rocher, — au haut de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit de la Petite-Pologne, et ce cabaret n’avait-il pas été fondé vers l’époque du démembrement de la Pologne ?
Rigaud, 1881 : Petit fer à repasser les dentelles, — dans le jargon des blanchisseuses.
Fustier, 1889 : Souteneur. — Sorte de fer à repasser. Argot des blanchisseuses.
La Rue, 1894 : Souteneur.
France, 1907 : lvrogne ; argot populaire. D’après Alfred Delvau, cette expression viendrait non du vice d’ivrognerie attribué à tort à une nation malheureuse, mais d’un cabaret guinguette appelé la petite Pologne, ouvert dans la rue des Errancis, aujourd’hui rue du Rocher, et fort achalandé vers le milieu du XIXe siècle.
France, 1907 : Personnage imaginaire chargé de maintenir le bon ordre dans les lupanars. Cette expression n’eut cours qu’après le démembrement de la Pologne, où nombre de pauvres Polonais expulsés en étaient réduits à tous les expédients pour vivre.
Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de faire descendre le Polonais, le tapage s’apaise comme par enchantement.
(Alfred Delvau)
France, 1907 : Petit fer dont se servent les dames.
Elle promenait doucement, dans le fond de la coiffe, le polonais, un petit fer arrondi des deux bouts.
(Émile Zola, L’Assommoir)
Prévot
France, 1907 : Prisonnier, chef d’une escouade.
Le prévôt, c’est-à-dire l’ancien de la salle, nommé Lelièvre, était un pauvre diable de soldat qui, condamné à mort depuis trois ans, avait sans cesse en perspective la possibilité de l’expiration du sursis en vertu duquel il vivait encore.
(Marc Mario et Louis Launay)
Quinte, quatorze et le point
Rigaud, 1881 : Gros lot embarrassant gagné à la loterie de Cythère.
France, 1907 : La syphilis en ses formes variées. Tout ce que peut octroyer à un pauvre diable une Vénus malsaine. C’est, comme l’expression précédente, une allusion au jeu du piquet où celui qui fait quinte, quatorze et le point a gagné.
Au restaurant du Sept de pique,
Après s’être bien rincé l’bec,
Les dam’s dir’nt : Pour payer l’piqu’-nique,
Jouons une partie en cinq sec.
Elles se mir’nt à jouer la bataille,
La manill’, l’écarté, l’boston ;
Les rois, en leur prenant la taille,
Leur prenaient aussi l’manillon.
Charl’s disait, fier comme un Romain :
J’prends la fille et j’passe la main ;
Alexandr’, tout en abattant,
Dit : Je tire à cinq, amer enfants.
La reine Pallas s’met à crier :
Y a maldonn’, c’est a r’commencer !
David répond : J’vais pas plus loin,
Car j’ai quinte, quatorze et l’point.
(Les Chansons et Monologues illustrés)
On dit aussi, quand, en dépit des précautions ordinaires, le virus a pénétré : Quinte, quatorze, la capote et le point.
— Mais, mon garçon, vous êtes malade !
— Moi, non, Monsieur le major, répond en balbutiant le troubade.
— Comment, non ? Sacré nom de Dieu ! t’en as eu pour ton argent : Quinte, quatorze, la capote et le point…
Rat de quai
France, 1907 : Pauvre diable qui cherche à gagner sa vie sur les quais.
Le grand-père est un rat de quai,
Le petit-fils mousse embarqué,
La grand’mère, aux jours les meilleurs,
Porte la hotte aux mareyeurs.
(Jean Richepin, La Mer)
Reniflantes
Delvau, 1866 : s. f. pl. Bottes éculées et percées, — dans l’argot des voyous.
Virmaître, 1894 : Des bottes. L’image est heureuse : quand un pauvre diable a des bottes éculées et percées, elles reniflent l’eau des ruisseaux (Argot du peuple).
France, 1907 : Chaussure qui prend l’eau. On dit aussi pompe aspirante.
Solliceur à la goure
Vidocq, 1837 : Celui qui vend, en employant une ruse ou une autre, un objet beaucoup au-dessus de sa valeur.
Si vous rencontrez sur la voie publique un homme vêtu d’un costume de militaire où de matelot et parlant haut à un individu auquel il offre un objet ou un autre, il y a cent à parier contre un que c’est un Solliceur à la Goure. Et si, lorsque vous passerez près de lui, vous êtes assez imprudent pour lever la tête, vous êtes aux trois quarts perdu.
« Je ne puis vous donner que 17 francs de ce que vous me présentez, dit alors le particulier. — 17 francs d’un objet qui coûte en fabrique 35 francs ! Il faut être bien voleur pour vouloir profiter ainsi de la misère d’un pauvre diable, répond le soldat. » Puis il vous montre l’objet qu’il désire vendre, et il sait si bien s’y prendre, que vous devenez sa dupe.
Les Solliceurs à la Goure vendent de cette manière des parapluies, des rasoirs, des bijoux et mille autres choses encore.
D’autres Solliceurs à la Goure vendent de l’huile d’Aix première qualité, à vingt trois ou vingt quatre sous la livre. Ils colportent cette huile dans des cruches qui peuvent en contenir huit à quinze livres. On goûte cette huile que l’on trouve excellente, et séduit par le bon marché, on se détermine à en faire emplette ; on paie le contenu, et l’on se trouve n’avoir qu’une ou deux livres d’huile, lorsque l’on en a payé huit à quinze : le reste de ce que contient la cruche n’est que de l’eau. Lorsque l’on achète de l’huile, il faut dépoter, c’est le seul moyen de ne pas être dupe.
Surfine, ou sœur de charité
Vidocq, 1837 : Les voleurs donnent ce nom à des voleuses qui procèdent à-peu-près de cette manière :
L’âge de la Sœur de Charité est raisonnable, sa mise décente, même quelque peu monastique, elle fréquente les églises, assiste à toutes les messes, fait l’aumône, fait allumer des cierges, se confesse et communie au besoin ; après avoir quelque temps fréquenté une église et s’y être fait remarquer par sa piété et son exactitude, la Sœur de Charité cause avec les employés de l’église et les prie de lui indiquer quelques nécessiteux dignes d’intérêt, car elle est, dit-elle, chargée de distribuer les aumônes d’une riche veuve ; l’un des employés, soit la loueuse de chaises ou tout autre, lui indique aussitôt quelques pauvres auxquels elle donne immédiatement deux ou trois francs, et elle se retire après avoir pris leur adresse et leur avoir promis des secours plus considérables.
Quelques jours après la Sœur de Charité rend chez un des pauvres qu’elle a assisté, et lui dit qu’elle est heureuse de pouvoir lui annoncer que madame la marquise ou madame la comtesse veut bien prendre sa position en considération, et lui accorder quelques secours ; mais, ajoute-t-elle, madame, qui ne veut point que ses bienfaits servent à satisfaire des passions mauvaises, ne donne jamais d’argent. Vous allez me dire ce qui vous manque, et vous l’obtiendrez en nature ; elle examine alors les effets de son protégé, fouille partout, car elle veut acquérir la certitude qu’on ne simule pas des besoins que l’on n’éprouve point.
Les pauvres honteux possèdent presque toujours, quelques débris de leur fortune passée, qui servent à leur rappeler des temps plus heureux ; pendant qu’elle fouille dans les tiroirs, la Sœur de Charité sait s’emparer adroitement de ces objets ; cela fait, elle fait sortir le pauvre diable pour le mener de suite chez la noble dame qui veut bien s’intéresser à lui, mais avant d’être arrivés à la destination indiquée elle a trouvé le moyen de s’en débarrasser.
Dans le courant de l’année 1814, deux Romamichelles, la mère Caron et la Duchène, dévalisèrent, en procédant ainsi, un grand nombre de malheureux ; elles avaient, à la même époque, commis un vol très-considérable au préjudice du brave curé de Saint-Gervais ; ces deux femmes, découvertes et arrêtées par moi, furent condamnées deux mois après la consommation de ce dernier vol.
Truie à pauvre homme (bonne)
France, 1907 : Femme trop féconde à pauvre diable.
Voyageur (vol au)
Vidocq, 1837 : Les vols au Voyageur se commettent tous les jours à Paris ou aux environs. Voici comment procèdent les voleurs qui emploient ce truc.
L’un d’eux se met en embuscade sur l’une des grandes routes qui conduisent à Paris, et il reste au poste qu’il s’est assigné jusqu’à ce qu’il avise un voyageur doué d’une physionomie convenable, et porteur d’un sac qui paraisse lourd et bien garni. Lorsqu’il a trouvé ce qu’il cherchait, le voleur s’approche. Tout le monde sait que rien n’est plus facile que de lier conversation sur la grande route. « Eh bien ! camarade, dit-il au pauvre diable qui chemine vers la capitale, courbé sous le poids de son hâvre-sac, vous allez à Paris, sans doute. — Oui, monsieur, répond le voyageur. — Il est, dit-on, bien facile d’y faire fortune, aussi je fais comme vous. Connaissez-vous Paris ? — Ma foi non, je n’y suis jamais venu. — Absolument comme moi, je ne connais ni la ville ni ses habitans ; aussi, comme il n’est pas très-agréable de vivre tout-à fait seul, nous nous logerons dans le même hôtel. » Cette proposition, faite par un étranger, ne surprend pas un étranger, aussi, elle est ordinairement acceptée avec empressement. Les deux nouveaux camarades s’arrêtent au premier cabaret qui se trouve sur leur chemin, boivent une bouteille de vin, que le voleur veut absolument payer, et continuent à marcher de compagnie. « Vous avez un sac qui paraît diablement lourd, dit le voleur. — Il n’est effectivement pas léger, répond le voyageur ; il contient tous mes effets et une petite somme d’argent. — J’ai mis mon bagage au roulage ; on voyage plus commodément lorsque l’on n’est pas chargé. — J’aurais dû faire comme vous, répond le voyageur à cette observation, en donnant un léger coup d’épaule. — Vous paraissez fatigué, permettez-moi de porter votre sac un bout de chemin. — Vous êtes trop bon. — Donnez donc. » Le voyageur, charmé de pouvoir alléger un peu ses épaules, quitte son sac, qui passe sur celles du voleur, qui paraît ne pas s’apercevoir du poids qui les surcharge. Enfin, on arrive à Paris ; on ne sait où descendre, mais avec une langue on arriverait à Rome. Aussi les deux nouveaux habitans de la capitale ont bientôt trouvé une hôtellerie. Le voleur y dépose le sac qu’il n’a pas quitté, et, comme il faut, dit-il, qu’il aille chercher de l’argent chez un parent ou un ami de sa famille, il sort et prie le voyageur de l’accompagner. Le voleur, qui connaît parfaitement Paris, fait faire à son compagnon mille tours et détours, de sorte que celui-ci croit être à une lieue au moins de l’hôtellerie lorsqu’il n’en est qu’à cent ou cent-cinquante pas. « Je viens enfin de trouver mon oncle, lui dit enfin le voleur, ayez la bonté de m’attendre dans ce cabaret, je ne fais que monter et descendre. » Lorsque le voyageur est installé devant une bouteille à quinze, le voleur, au lieu de monter chez son oncle, court bien vite à l’auberge, s’excuse auprès de l’aubergiste de ce qu’il ne loge pas chez lui, et demande le sac, qu’on lui remet sans difficulté, puisque c’est lui qui l’a apporté.
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