Virmaître, 1894 : Auxiliaires des prisons qui vident les tinettes. Quand elles sont pleines de mouscaille, elles sont lourdes ; ils impriment un balancement pour les vider : Une, deux et trois. C’est fait. Les troupiers disent : Passer la jambe à Jules. Quand la tinette déborde un loustic s’écrie :
— Prenez-la par les oreilles.
Dans le peuple on dit : Passer la jambe à Thomas (Argot du peuple).
Balanceur de tinettes
Jules
Delvau, 1866 : s. m. Pot qu’en chambre on demande, — dans l’argot des faubouriens révolutionnaires, qui ont éprouvé le besoin de décharger la mémoire de saint Thomas des ordures dont on la couvrait depuis si longtemps.
Aller chez Jules. C’est ce que les Anglais appellent To pay a visit to mistress Jones.
Rigaud, 1881 : Pot de chambre ; tinette, latrines portatives des troupiers. Jules a remplacé le vieux Thomas, source d’éternelles plaisanteries. Jules est plus nouveau. On dit au régiment passer la jambe à Jules ou pincer l’oreille à Jules lorsqu’on est de corvée pour vider les tinettes.
Merlin, 1888 : Tonneau percé d’un bout, posé sur l’autre, et portant deux crochets de fer sur les côtés. C’est le meuble indispensable des salles de discipline d’où les soldats ne peuvent sortir, même pour satisfaire certains besoins. Les soldats chargés de transporter ce fameux baquet tirent les oreilles à Jules ; quand, pour le vider, ils le font basculer, ils lui passent la jambe.
La Rue, 1894 : Tinette.
Virmaître, 1894 : Pot de chambre (Argot du peuple). V. Goguenot.
Rossignol, 1901 : Baquet qui se trouve dans toutes les salles de police ou violons. Un vase de nuit est aussi nommé Jules ou Thomas.
Hayard, 1907 : Camarade à Thomas : le pot de chambre.
France, 1907 : Baquet-tinette ; argot militaire.
— Mais pour en revenir à mon histoire, maintenant que tu sais que les canards ils sont des animaux plus décents et moins parfumés que toi, dis un peu voir comment tu t’y prendrais pour faire traverser le pont de la ville à cinquante canards, après les avoir fait manger, sans que pas un y laisse sur le pont ce que tu vas donner à Jules.
(La Baïonnette)
Pincer l’oreille à Jules, prendre le baquet par les anses. Passer la jambe à Jules, vider le goguenot. Aller chez Jules, aller aux cabinets. Travailler pour Jules, manger.
Pauvre pousse-crotte, je trotte,
J’astique et je frotte
Tous mes cuirs avec un bouchon.
— Ah ! mon vieux cochon ! —
Toi ! tu vas, tu viens, tu circules…
Réveils ridicules :
Moi, je pince l’oreille à Jules,
À Jules !
(Louis Marsolleau)
Passer la jambe
Larchey, 1865 : Donner un croc-en-jambes, et par extension, supplanter.
Son ennemi roulait à ses pieds, car il venait de lui passer la jambe.
(Vidal, 1833)
Passer la jambe à Thomas (V. ce mot), c’est, dans l’armée, être de corvée pour l’enlèvement des goguenots. — Allusion à l’action de les renverser dans les latrines.
Delvau, 1866 : v. a. Donner un croc-en-jambe.
Passer la jambe à Jules
Rigaud, 1881 : Enlever les tonneaux de vidange, — dans le jargon des troupiers.
Passer la jambe à Thomas
Delvau, 1866 : v. n. Vider le baquet-latrine de la chambrée, — dans l’argot des soldats et des prisonniers.
Merlin, 1888 : Voyez Jules.
France, 1907 : Vider le baquet-latrines ; argot des troupiers. On dit aussi prendre l’oreille à Jules.
C’est un vrai velours que la goutte
Pour les débiles estomacs,
Surtout si cela te dégoûte
De passer la jambe à Thomas.
(Raoul Fauvel)
Passer la jambe à Thomas, à Jules
La Rue, 1894 : Vider la tinette.
Thomas
d’Hautel, 1808 : À la Saint-Thomas, les jours les plus bas. Manière proverbiale de dire qu’à cette époque on s’aperçoit sensiblement du décroissement des jours.
Vidocq, 1837 : s. m. — Pot de nuit.
Larchey, 1865 : Pot de chambre. V. Goguenot.
Parmi les consignés occupés à passer la jambe à Thomas (vider les baquets d’urine).
(La Bédollière)
Équivoque sur les mots vide Thoma de l’hymne populaire de Pâques.
Delvau, 1866 : s. m. « Pot qu’en chambre on demande », — dans l’argot du peuple. Passer la jambe à Thomas. Vider le goguenot. La veuve Thomas. La chaise percée.
Rigaud, 1881 : Pot-de-chambre haute forme. Allusion au verset de l’hymne de Pâques : Vide Thomas, vide pedes, vide manus. — La mère Thomas, la veuve Thomas, chaise percée. — Avoir avalé Thomas, avoir l’haleine fétide.
Boutmy, 1883 : Nom générique sous lequel on désigne, dans quelques imprimeries de province, l’ouvrier typographe et spécialement le pressier. Il existe une pièce de théâtre qui a pour titre Thomas l’Imprimeur.
Merlin, 1888 : Voyez Jules.
La Rue, 1894 : Tinette. Vase de nuit. On dit aussi Jules.
France, 1907 : Tinette, pot de chambre. Avoir avalé Thomas, avoir l’haleine fétide. Passer la jambe à Thomas, vider la tinette. On dit aussi dans le même sens : Prendre Thomas par les oreilles.
C’est un vrai velours que la goutte
Pour les débiles estomacs,
Surtout si cela te dégoûte
Le passer la jambe à Thomas.
(Raoul Fauval)
Ce singulier nom de Thomas serait une équivoque plaisante sur Vide Thoma, hymne de Pâques, dont les jeunes paysans, qui chantaient autrefois tous en chœur dans les églises de village, se seraient souvenus en vidant le baquet de la salle de police, car l’expression est toute militaire. Voir Jules.
On a chanté le muguet et la rose,
Le frais lilas et l’œillet embaumé,
Le réséda que la nuée arrose,
Et qu’a bercé le zéphyr parfumé,
On a chanté les parfums d’Arménie,
Le patchouli, l’ambre et l’encens divin,
Les enivrantes odeurs d’Arabie,
Le lis, l’iris, le musc et le benjoin !
Aussi je veux qu’on vous rende justice
Et vous chanter, vous qu’on ne chante pas,
Qui parfumez la salle de police,
Jules divin et céleste Thomas !…
(Griolet)
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