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Apéritive

Fustier, 1889 : Femme galante qui est à la grande demi-mondaine ce que la chrysalide est au brillant papillon. Comme son nom l’indique, l’apéritive fréquente d’ordinaire les grands boulevards, les cafés à la mode à la recherche de qui voudra bien lui offrir un rafraîchissement, un apéritif, comme on dit dans la langue boulevardière.

Le bal a été ouvert par une Hongroise superbe, encore à l’état d’apéritive… mais qui ne tardera pas à devenir une des étoiles les plus brillantes du firmament demimondain.

(Gil Blas, mai 1887)

Attrape-science

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Bohème

d’Hautel, 1808 : Vivre comme un bohème. N’avoir ni feu ni lieu ; mener une vie errante et vagabonde.

Larchey, 1865 : « La bohème se compose de jeunes gens. tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître, et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit, y sont représentés… Ce mot de bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a. »

(Balzac)

La citation suivante est le correctif de cette définition trop optimiste.

La bohème, c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… Nous ajouterons que la bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.

(Murger)

On dit un bohème.

Tu n’es plus un bohème du moment que je t’attache à ma fortune.

(Augier)

Comme on voit, le bohème du dix-neuvième siècle n’a de commun que le nom avec celui de callot. Saint-Simon a connu l’acception fantaisiste du mot bohème. M. Littré en donne un exemple, bien qu’il n’admette bohème qu’en mauvaise part.

Delvau, 1866 : s. f. Etat de chrysalide, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres arrivés à l’état de papillons ; Purgatoire pavé de créanciers, en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation ; vestibule des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s’endorment — souvent pour toujours — une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du Temple.

Delvau, 1866 : s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.
Ce mot et le précédent sont vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature : c’est Balzac qui les a ressuscités, et après Balzac, Henri Murger — dont ils ont fait la réputation.

France, 1907 :

est un mot vieilli que nous eussions voulu éviter ; non point précisément parce qu’il a vieilli, mais parce qu’il ne s’applique plus qu’imparfaitement au groupe de Parisiens dont nous entreprenons de décrire les mœurs et d’esquisser les silhouettes. Bohème est un mot du vocabulaire courant de 1840. Dans le langage d’alors, il est synonyme d’artiste ou d’étudiant, viveur, joyeux, insouciant du lendemain, paresseux et tapageur… Le bohème de 1840 se moque de ses créanciers, tire des carottes à son paternel et contre les créanciers.

(Gabriel Guillemot)

S’il faut s’en rapporter à la définition d’Alfred Delvau, le bohème ne serait qu’un paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables de cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phtisique, ou en prison comme escroc.
Ce mot est vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’il remonte, puisque avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais il avait disparu de la littérature : c’est Balzac qui l’a ressuscité, et, après Balzac, Henri Mürger — dont il a fait la réputation, — dans son livre La Vie de Bohème.
Voyons maintenant quelle était, sur la bohème, l’opinion de Balzac et Mürger :

La bohème, die Balzac, se compose de jeunes gens, tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit y sont représentés… Ce mot bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a.

Le tableau est un peu flatteur et je préfère le correctif de l’auteur de la Vie de Bohème :

La bohème c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… La bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.

Au royaume de Bohème :
— Je te quitte, je suis en retard. Tu n’aurais pas six sous à me prêter pour prendre l’omnibus ?
— Impossible, je n’ai qu’une pièce de deux francs.
— Ça ne fait rien, prête tout de même, je prendrai un fiacre.

Dandy

France, 1907 : Fat oisif dont la seule occupation est de se parer. Le dandy est l’ancien petit-maître du XVIIe siècle, le marquis de Molière, ridicule espèce de parasite social, que l’immortel moraliste La Bruyère a si bien décrit et qui traverse les âges avec de simples variations de costumes, étalant son outrecuidance et sa nullité sous des noms divers : élégant, incroyable, merveilleux, dameret, muscadin, gandin, cocodès, petit crevé, gommeux, pschutteux, etc.
Dandy, comme fashionable, est une importation d’outre-Manche. Apocope du vieil anglais dandeprat ou dandiprat, terme usité quelquefois en signe de mépris, dit Johnson dans son Dictionnaire, pour petit drôle, moutard, « a little fellow, an urchin ». Il est donc erroné de prétendre, comme le fait Littré, que ce mot vient du français dandin, avec lequel, du reste, il n’a aucun rapport.
L’importation date de 1838 ; Mme de Girardin, dans ses Lettres Parisiennes, protestait déjà à cette époque contre l’anglomanie :

Les dandys anglais ont fait invasion à Paris ; leur costume est étrange : habit bleu flottant, col très empesé, dépassant les oreilles, pantalon de lycéen, dit à la Brummel, gilet à la maréchal Soult, manteau Victoria, souliers à boucles, bas de soie blancs, mouchetés de papillons bruns, cheveux en vergette, un œil de poudre, un scrupule de rouge, l’air impassible et les sourcils rasés, canne assortie.

George Brummel, dit le beau Brummel, plus tard, chez nous, le comte d’Orsay furent les plus célèbres type du dandysme.
« Le dandy, dit Barbey d’Aurevilly, a l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur. » Le même écrivain donne de curieux exemples des raffinements que les dandies apportaient dans la conception de leur toilette.

Un jour, ils eurent la fantaisie de l’habit râpé. Ils étaient à bout d’impertinence, ils n’en pouvaient plus. Ils trouvèrent celle-là, qui était si dandy, de faire râper leurs habits avant de les mettre, dans toute l’étendue de l’étoffe, jusqu’à ce qu’elle ne fût plus qu’une espèce de dentelle — une nuée.
Ils voulaient marcher dans leur nuée, ces dieux ! L’opération était très délicate et très longue, et on se servait, pour l’accomplir, d’un morceau de verre aiguisé. Eh bien ! voilà un véritable fait de dandysme. L’habit n’est presque plus. — Et en voici un autre encore : Brummel portait des gants qui moulaient ses mains comme une mousseline mouillée. Or, le dandysme n’était pas dans la perfection de ces gants, qui prenaient le contour des ongles comme la chair le prend, c’était qu’ils eussent été faits par quatre artistes spéciaux, trois pour la main, et un pour le pouce.
Telle est la façon subtile dont les dandys pratiquaient l’élégance.
 
Le dandy n’est qu’une transformation du raffiné, du muguet, du roué, de l’homme à la mode, de l’incroyable et du merveilleux.

(Frédéric Soulié, L’Âme méconnue)

J’ai dit que ce type avait existé en tous temps et dans tous les pays ; rapprochons des lignes de Barbey d’Aurevilly ces lignes de Sénèque sur les dandies de son époque, qu’il considérait comme les gens les plus occupés du monde.

Jouissent-ils du repos, ceux qui passent les heures entières chez un barbier pour se faire arracher les poils qui ont pu croître dans la nuit précédente, pour prendre conseil sur l’arrangement de chaque cheveu, sur la façon de les faire revenir ou de les ramener sur le front, afin de remplacer ceux qui leur manquent ? Voyez comme ils se mettent en colère quand le barbier n’y a point apporté toute son attention et s’est imaginé qu’il avait affaire à des hommes !
Voyez comme ils entrent en fureur lorsqu’on leur a coupé quelques cheveux des côtés, lorsque quelques-uns passent les autres et ne forment pas la boucle ! Est-il un de ces personnages qui n’aimât mieux voir la république en désordre que sa coiffure, qui ne soit plus inquiet de sa frisure que de sa santé et qui ne préfère la réputation d’être l’homme le mieux coiffé à celle d’être le plus honnête ? Jouissent-ils du repos, ces hommes perpétuellement occupés d’un peigne et d’un miroir ?

Freloche

Delvau, 1866 : s. f. Filet à prendre les papillons, — dans l’argot des écoliers.

Gratin

Fustier, 1889 : Le gratin, c’est dans l’argot boulevardier l’ensemble du monde élégant ou soi-disant tel.

Les échotiers mondains ont trouvé un mot assez pittoresque, mais par trop irrespectueusement culinaire, pour désigner ce que nos pères — non moins pittoresques, mais plus fleuris dans leur langage — appelaient le dessus du panier. Le mot des échotiers sus-mentionnés, c’est le gratin du gratin. Elles (les jolies femmes) essaiment comme des papillons. Plus de thés au coin du feu, plus de raoûts intimes où elles ne reçoivent que le gratin.

(Du Boisgobey, Le Billet rouge.)

De gratin, on a forgé le verbe gratiner, suivre la mode, être à la mode et l’adjectif gratinant, signifiant beau, joli, distingué.

La toquade pour l’instant, c’est la fête de Neuilly, c’est là qu’on gratine. Ce qui veut dire en français moins gommeux : c’est là que le caprice du chic amène tous les soirs hommes et femmes à la mode.

(Monde illustré, juillet 1882)

Grand raoût chez la comtesse S…, un des plus gatinants de la saison. Tout le faubourg y est convié.

(Figaro, mars 1884)

La Rue, 1894 : L’ensemble du monde à la mode.

Virmaître, 1894 : Il y a du gratin, il y a de quoi. Il est gratin : il est à la mode. Pour un homme du monde, on dit : C’est un homme du gratin. On traduit dans le peuple : personna grata par personne gratinée, du gratin. Les moutards préfèrent manger le gratin qui s’attache à la casserole, quand la mère prépare la bouillie du petit frère (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Le dessus du panier, la fine fleur, le choix du monde à la mode.

— Mais oui, une reine de la main gauche, comme la tendre La Vallière, comme la majestueuse Pompadour, comme la capricieuse Dubarry, comme la fringante Lola Montès, une reine exerçant un pouvoir absolu de par ses charmes, sa jeunesse et sa beauté une reine qui verra soupirer à ses pieds le Tout-Paris élégant, artistique et aristocratique, une reine qui fera dessécher et jaunir de jalousie tout le gratin des belles-petites et même le clan raffiné des demi-mondaines. Voulez-vous être cette reine ?

(Yveling Rambaud, Haine à mort)

Malgré le mauvais temps, il y avait foule hier dans l’allée de l’Impératrice, qui est demeurée le rendez-vous de tout le gratin. L’allée des Acacias est laissée aux petites gens et aux rastaquouérines cherchant fortune.

(Gil Blas)

S’emploie aussi comme adjectif :

Le bal donné, avant-hier soir, par Mme la comtesse de Pourtalès a été l’un des plus « gratin » de la saison.
Les artistiques salons de l’hôtel de la rue Tronchet contenaient le dessus du panier du grand monde parisien.

(Gaulois)

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Gueule

d’Hautel, 1808 : Pour bouche.
Il feroit tout pour la gueule. Se dit d’un homme qui aime excessivement la bonne chère.
Se prendre de gueule. S’injurier, se quereller à la manière des gens du port, des poissardes.
Avoir la gueule morte. Être confondu, ne savoir plus que dire.
Il n’a que de la gueule. Pour, c’est un hâbleur qui ne fait que parler, qui n’en vient jamais au fait quand il s’agit de se battre.
Mots de gueule. Pour, paroles impures, mots sales et injurieux.
La gueule du juge en pétera. Pour dire qu’une affaire amènera un procès considérable.
Il est venu la gueule enfarinée. Voyez Enfariner.
Gueule fraîche. Parasite, grand mangeur, toujours disposé à faire bombance.
Il a toujours la gueule ouverte. Se dit d’un bavard, d’un parleur éternel.
Gueule ferrée ; fort en gueule. Homme qui n’a que des injures dans la bouche.

Larchey, 1865 : Bouche.

Il faudrait avoir une gueule de fer-blanc pour prononcer ce mot.

(P. Borel, 1833)

Gueule fine : Palais délicat.

Un régime diététique tellement en horreur avec sa gueule fine.

(Balzac)

Fort en gueule : Insulteur. — Sur sa gueule : Friand.

L’on est beaucoup sur sa gueule.

(Ricard)

Faire sa gueule : Faire le dédaigneux. — Casser, crever la gueule : Frapper à la tête.

Tu me fais aller, je te vas crever la gueule.

(Alph. Karr)

Gueuler : Crier.

Leurs femmes laborieuses, De vieux chapeaux fières crieuses, En gueulant arpentent Paris.

(Vadé, 1788)

Delvau, 1866 : s. f. Appétit énorme. Être porté sur sa gueule. Aimer les bons repas et les plantureuses ripailles. Donner un bon coup de gueule. Manger avec appétit.

Delvau, 1866 : s. f. Bouche. Bonne gueule. Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.

Delvau, 1866 : s. f. Visage. Bonne gueule. Visage sympathique. Casser la gueule à quelqu’un. Lui donner des coups de poing en pleine figure. Gueule en pantoufle. Visage emmitouflé.

Rigaud, 1881 : Bouche. — Fine gueule, gourmet. — Porté sur la gueule, amateur de bonne chère. — Fort, forte en gueule, celui, celle qui crie des injures. — Gueule de travers, mauvais visage, mine allongée. — Gueule de raie, visage affreux. — Gueule d’empeigne, palais habitué aux liqueurs fortes et aux mets épicés ; laideur repoussante, bouche de travers, dans le jargon des dames de la halle au XVIIIe siècle, qui, pour donner plus de brio à l’image, ajoutaient : garnie de clous de girofle enchâssés dans du pain d’épice. — Gueule de bois, ivresse. — Roulement de la gueule, signal du repas, — dans le jargon du troupier. — Taire sa gueule, se taire. — Faire sa gueule, être de mauvaise humeur, bouder. Se chiquer la gueule, se battre à coups de poing sur le visage. — Crever la gueule à quelqu’un, lui mettre le visage en sang. — La gueule lui en pète, il a la bouche en feu pour avoir mangé trop épicé.

France, 1907 : Bouche.

— Dites-moi, papa, quand je saurai le latin, quel état ne donnerez-vous ? — Fais-toi cuisinier, mon ami : la gueule va toujours. — Mais, s’il y avait encore une révolution ? — Qu’importe !… Fais-toi cuisinier : nous avons vu passer les rois, les princes, les seigneurs, les magistrats, les financiers, mais les gueules sont restées : il n’y a que cela d’impérissable.

(Hoffman)

Dans le quartier Mouffetard :
Monsieur fait une scène horrible à Madame, qui finit par lui dire :
— Veux-tu taire ton bec ?
Alors l’héritier présomptif, qui a jusque-là écouté en silence :
— C’est bien vilain, maman, de dire : ton bec en parlant de la gueule de papa.

Et Grenipille fait souche
De petits Grenipillons.
Adieu les beaux papillons
Qui voltigeaient sur sa bouche
Dont nous nous émerveillions !
Elle aura gueule farouche,
La peau rude en durillons,
Sous les yeux de noirs sillons,
Pauvre mère qui s’accouche
Toute seule en ses haillons,
Ah ! guenilles, guenillons !
Et Grenipille fait souche
De petits Grenipillons.

(Jean Richepin)

— Ainsi, j’ai une vraie princesse pour cliente la fille d’un roi : elle vient chez moi deux fois la semaine, une personne bien distinguée, bien intelligente : malheureusement elle se saoule la gueule, et puis elle a de mauvaises habitudes. Elle faisait l’amour avec un ours, comme je vous le dis, Monsieur, avec un ours tout brun, tout velu : j’avais une peur de c’t’animal ! Je lui avais dit : Ça finira mal, un beau jour il vous mordra ! Ça n’a pas manqué et pas plus tard qu’hier… C’était à prévoir… quand elle se mettait nue, il faisait hou, hou, hou ; de l’antichambre on l’entendait, ça faisait froid.

(Jean Lorrain, Le Journal)

France, 1907 : Visage.

— Contemple encore là, sur le trottoir, devant l’entrée du tribunal civil, je crois, ces bêtes de justice, ces bas clercs d’avoués ou d’hommes d’affaires marrons, les chiens de procédure qui rapportent le papier timbré chez le maître. Hein ! leur trouves-tu assez des gueules de loups-cerviers, des mines de fouines ou des allures de chacals ?
— Ils me dégoûtent trop. Passons de l’autre côté pour ne pas les frôler.

(Félicien Champsaur)

Tas d’inach’vés, tas d’avortons
Fabriqués avec des viand’s veules.
Vos mèr’ avaient donc pas d’tétons
Qu’a’s ont pas pu vous fair’ des gueules ?

(Aristide Bruant)

Pendant qu’sur le bitume
La môm’ fait son turbin,
Chaqu’ gigolo l’allume
Chez le troquet du coin,
Quand elle rentre seule,
N’ayant pas d’monacos,
Ils lui défonc’nt la… gueule,
Les petits gigolos !

(Léo Lelièvre)

— Ah ! sa chiquerie avec Kaoudja a été épatante, c’était à propos d’un môme ! J’y étais et c’est la Goulue qui a écopé… Elle était par-dessous et Kaoudja voulait lui couper le nez avec ses dents. La Goulue criait :
— Ma pauvre gueule ! ma pauvre gueule !

(Oscar Méténier)

Hurluberlutisme

France, 1907 : Dérangement d’esprit, excentricité ; néologisme dérivé d’hurluberlu, qui vient lui-même du vieux français hurlet, fou.

D’ailleurs, comme le roi David, — avec moins de lyrisme, — il sentait deux hommes en lui : Duval, modéré, paisible, casanier, aussi incapables d’un crime que d’un chef-d’œuvre, — la limace, — s’en fût volontiers tenu à un métier unique, de tout repos, qui aurait rapporté quelque chose, pas trop, assez ; mais Pineu ne laissait pas d’avoir quelque fantaisie papillonnante. Pineu poussait la sottise jusqu’à un peu d’hurluberlutisme, Duval jusqu’à l’imbécillité parfaite ; c’est Duval qui faisait les pièces.

(Catulle Mendès)

Inconséquente

Delvau, 1866 : s. f. Femme qui change souvent d’amants, soit parce qu’elle a la papillonne de Fourier, soit parce qu’ils n’ont pas la fortune de M. de Rothschild.

Jaunet

d’Hautel, 1808 : Des jaunets. Pour dire des louis ; la pluie d’or ; argument auquel rien ne résiste ; qui d’un fat fait un honnête homme, et après lequel enfin tant de pauvres humains soupirent.

Larchey, 1865 : Pièce d’or.

Un seul regret, celui de n’avoir pu débarrasser les pigeons de leurs jaunets.

(Paillet)

Delvau, 1866 : s. m. Pièce d’or de vingt francs, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent aussi Jauniau. Au XVIIe siècle, on disait Rouget.

France, 1907 : Pièce d’or.

Et, en attendant, il grêlait des sous, des francs, des roues de cinq balles, des jaunets, et aussi des cigares, des oranges, et il tourbillonnait encore des mouchoirs de dentelles, et des cravates de soie claire et des foulards, et des écharpes, qui venaient battre de l’aile autour du chanteur comme un vol caressant de grands papillons multicolores.

(Jean Richepin)

D’jaunets tu vas meubler ma poche,
Afin de rigoler à mort.

(Festeau)

Mère d’occasion

Delvau, 1866 : s. f. Chaperon que se choisit une actrice jeune qui veut se faire respecter — des gens pauvres. C’est ordinairement une vieille drôlesse chevronnée par le vice.

Dont le menton fleurit et dont le nez trognonne,

et dont la principale fonction consiste à conclure les marchés avec les nobles étrangers attirés autour de sa fille — adoptive — comme les papillons autour d’une lampe.

Virmaître, 1894 : Les mendiantes louent à des industriels du quartier Mouffetard des petits enfants qu’elles traînent dans les rues pour exciter la charité publique. Ces enfants changent chaque jour de mère ; de là mère d’occasion ou de rencontre (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Mendiante qui loue de petits enfants pour les traîner avec elle dans les rues afin d’exciter la pitié.

Papillon

d’Hautel, 1808 : Courir, voler après les papillons. Voltiger d’objets en objets ; courir après des bagatelles ; avoir l’esprit léger.
Il s’est allé brûler à la chandelle comme le papillon. Se dit d’un homme qui se laisse tromper par des apparences flatteuses, et qui s’engage dans une affaire qui lui devient préjudiciable.

Ansiaume, 1821 : Voiture de blanchisseur.

J’ai fait les papillons, mais c’est un vilain phlanchet.

Larchey, 1865 : Blanchisseur (id.). — Comme le papillon, il arrive de la campagne, et ses ailes blanches sont représentées par les paquets de linge qu’il porte sur le dos.

Delvau, 1866 : s. m. Blanchisseur, — dans l’argot des voleurs, qui ont transporté à la profession l’épithète qui conviendrait à l’objet de la profession, les serviettes séchant au soleil et battues par le vent dans les prés ressemblant assez, de loin, à de grands lépidoptères blancs.

Rigaud, 1881 : Blanchisseur. — Linge.

La Rue, 1894 : Blanchisseur. Inconstant.

Virmaître, 1894 : Blanchisseur de campagne (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Vol à la marque. Il se pratique dans les voitures de blanchisseuses qui viennent de la campagne et contient leurs voitures à la garde d’un enfant (Argot des voleurs).

France, 1907 : Garçon de lavoir ; blanchisseur. Argot des voleurs.

Papillon d’auberge

Rigaud, 1881 : Linge, vaisselle, batterie de cuisine. — M. Fr. Michel ne donne pas à cette expression de signification normale. M. Ch. Nisard traduit par coups de poing, soufflet, s’appuyant sur l’autorité de quatre vers également cités par M. Fr. Michel et tirés des Porcherons, ch. III. (Amusemens rapsodi-poêtiques, 1773)

Bientôt, au défaut de flamberges
Volent les « papillons d’auberges » ;
On s’accueille à grands coups de poing
Sur le nez et sur le grouin.

M. Ch. Nisard a pu mal interpréter l’expression « papillon d’auberge » en lui donnant le sens de soufflet, coups de poing. En argot papillon correspond à linge. Papillon d’auberge serait donc linge d’auberge et, par extension, tout ce qui se rapporte à la table.

La Rue, 1894 : Assiette.

France, 1907 : Assiette ; appelée ainsi parce que, dans les disputes d’auberge, elles volent à la tête des convives.

Bientôt, à défaut de flamberges,
Volent les papillons d’auberges ;
On s’accueille à grands coups de poing
Sur le nez et sur le grouin.

(Les Porcherons)

On appelle aussi de ce nom le linge de table.

Papillon de l’amour

Delvau, 1864 : Vulgo morpion. Petit insecte qui, voyageant de vit en con et de couille en cul, se cramponne à l’un ou à l’autre, dans un but de colonisation.

Ma maîtresse, l’autre jour.
Se grattait, fallait voir comme…
Ainsi que se gratte un homme,
Je me grattais à mon tour.
Or, Suzon me déculotte.
Je la trousse sans détour :
Nous étions pleins, vit et motte,
De papillons de l’amour.

(Hip. Chatelin)

Papillon, -ne

Vidocq, 1837 : s. — Blanchisseur, blanchisseuse.

Papillonne

Delvau, 1866 : s. f. Amour du changement, ou plutôt Changement d’amour, — dans l’argot des fouriéristes. On dit aussi Alternante.

Papillonne (la)

France, 1907 : Mot créé par Paul Fourier. C’est la passion du changement, le papillon voltige de fleur en fleur, comme le volage d’amourette en amourette. Il n’est guère homme qui, au temps de sa prime jeunesse, n’ait été plus ou moins atteint de la papillonne.

Papillonner

d’Hautel, 1808 : Être inconstant, léger ; voltiger d’objets en objets à la manière des papillons.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler les blanchisseurs ou blanchisseuses.

Delvau, 1866 : v. n. Aller de belle en belle, comme le papillon de fleur en fleur, — dans l’argot du peuple. Il y a près de deux siècles que le mot est en circulation. On connaît le mot de madame Deshoulières à propos de mademoiselle d’Ussel, fille de Vauban : « Elle papillonne toujours, et rien ne la corrige. » Fourier n’a inventé ni le nom ni la chose.

Rigaud, 1881 : Voler du linge.

France, 1907 : Voler du linge dans les voitures de blanchisseuses.

Papillonneur

Vidocq, 1837 : s. m. — Voici comment procèdent les Papillonneurs. L’un d’eux se rend à Boulogne ou ailleurs, et examine avec attention charger une voiture de blanchisseur. La marque du linge est ordinairement répétée à la craie rouge sur chaque paquet. Le Papillonneur, après avoir examiné la manière dont les paquets sont rangés dans la voiture, va rejoindre son camarade qui l’attend à la barrière. Lorsque la voiture arrive à son tour, tous deux la suivent de loin jusqu’au lieu de sa station. Arrivés à la place où ils ont l’habitude de s’arrêter, le blanchisseur, son épouse et son garçon prennent chacun un paquet et s’éloignent. Alors, l’un des voleurs vient à la voiture tête et bras nus, et dit à l’enfant qui garde ordinairement la voiture : « Je viens de rencontrer ton père, il m’envoie prendre le paquet marqué L. V. et celui B. X. » L’enfant, qui n’en sait pas plus long, laisse le Papillonneur enlever ce qui lui convient, et le vol est commis.
Que les blanchisseurs ne laissent la garde de leur voiture qu’à des personnes raisonnables, et que ces personnes ne remettent jamais de paquets de linge aux personnes inconnues.

Larchey, 1865 : Voleur exploitant les voitures des blanchisseurs qui apportent le linge à Paris (id.).

Rigaud, 1881 : Voleur de linge, voleur qui exploite les voitures de blanchisseurs.

La Rue, 1894 : Voleur de linge dans les voitures de blanchisseurs.

France, 1907 : Voleur qui rôde autour des voitures de blanchisseuses arrêtées sur la voie publique et guette l’occasion de les dévaliser.

Papillons noirs

France, 1907 : Idées tristes.

Roublardise

Rigaud, 1881 : Malice, coquinerie, astuce. — Pour la roublardise, elle n’a pas sa pareille.

France, 1907 : Même sens que roublarderie.

On couchait à l’Orphelinat Clipot pour ne pas coucher sous les ponts ou dans les carrières, et, aussi, on y allait comme on serait allé dans un mauvais lieu où ça ne coûterait rien. Espèce de maison de joie, en effet, car sous le papillonnage de l’abbé, qui, plein de roublardise pourtant, poussait sa personnelle indifférence de la luxure jusqu’à en ignorer la possibilité, peut-être même jusqu’à la tolérer, négligeable ordure, la vie s’installa par couples en le charitable et immonde refuge ; les voyous conquéraient les vrais enfants à leurs saletés souvent professionnelles ; il y avait, derrière les arbres, ou sous l’estrade du hangar, ou dans le cabinet particulier devenu chapelle, des cris tout à coup de gosses à qui l’on faisait mal. Dans le dortoir, ce fut une chose accoutumée qu’un seul lit suffisait a deux orphelins.

(Catulle Mendès, Gog)

Taroque

Vidocq, 1837 : s. f. — Marque.

Larchey, 1865 : Marque. V. Détaroquer.

Delvau, 1866 : s. f. Marque du linge, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Marque du linge.

Virmaître, 1894 : La marque du linge. Quand les voleurs ont dévalisé la voilure d’un papillon, ils détaroquent le linge pour le revendre aux meuniers (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Marque principalement sur le linge. Voir Tap.

Tirebouchonné

France, 1907 : Roulé en forme de tire-bouchon.

Les cheveux tirebouchonnés, piqués de fleurs en papier et de papillons de métal, elles se tiennent accoudées, les bras et les seins nus dans des percales claires des prostituées d’Espagne ; toutes ont le maquillage rose qu’aiment les hommes du Midi et, à la lueur crue des lampes à pétrole, c’est comme une vision de grandes marionnettes appuyées au rebord de quelque fantastique Guignol : c’est l’étal.

(Jean Lorrain)

Vacance

France, 1907 : Nom donné par les écoliers de la Saintonge au papillon Sésie, qui se montre à l’époque des vacances.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique