Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Arçon

Clémens, 1840 : Avertissement.

La Rue, 1894 : Signe de reconnaissance entre voleurs qui consiste à cracher fortement à terre ou à courber le pouce de la main droite sur la joue de façon à figurer un c ou petit arc.

France, 1907 : Signe de reconnaissance des voleurs entre eux. « Du temps de Vidocq (1837), dit Lorédan Larchey, c’était un C figuré à l’aide du pouce droit sur la joue droite. La courbe du C représente la forme d’un arc. » D’où le vieux mot arçon, archet, petit arc.

Si c’étaient des amis de Pantin, je pourrais me faire reconnaître, mais des pantes nouvellement affranchis, des paysans qui font leur premières armes, j’aurais beau faire l’arçon.

(Vidocq)

Bondy-sous-Merde

Delvau, 1866 : n. de l. Le village de Bondy, à cause du dépotoir. Argot des faubouriens. Autrefois on disait Pantin-sur-Merde.

Cambrioleur

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui dévalise les chambres, principalement les chambres de domestiques, en l’absence de leurs locataires. Cambrioleur à la flan. Voleur de chambre au hasard.

La Rue, 1894 : Dévaliseur de chambres.

Virmaître, 1894 : Vol à la cambriotte. Ce vol fut célébré par B. Maurice :

Travaillant d’ordinaire,
La sorgue dans Pantin,
Pour mainte et mainte affaire,
Faisant très bon chopin.
Ma gente cambriotte,
Rendoublée de camelotte,
De la dalle au flaquet.
Je vivais sans disgrâce,
Sans regout ni morace,
Sans taf et sans regret.
Le quart-d’œil lui jabotte :
Mange sur tes nonneurs ;
Lui tire une carotte.
Lui montrant la couleur.
L’on vient, l’on me ligotte,
Adieu, ma cainbriotte,
Mon beau pieu. mes dardants.
Je monte à la Cigogne.
On me gerbe à la grotte,
Au tap et pour douze ans.

France, 1907 : Voleur dont la spécialité est de faire main basse dans les appartements ou les villas en l’absence des propriétaires. Cambrioleur à la flan, voleur de chambres au hasard.

On estime, à la Sûreté, que sur vingt-cinq mille individus n’ayant à Paris d’autre moyen d’existence que le vol, dix mille au moins sont des cambrioleurs, soit professionnels, soit occasionnels.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Chibis (faire)

France, 1907 : S’échapper de prison.

J’ai fait chibis. J’avais la frousse
Des préfectanciers de Pantin.
À Pantin, mince de potin !
On y connait ma gargarousse.

(Jean Richepin)

Est-on puni pour avoir pris ?
Non, pour ne pas faire chibis !

(Hogier-Grison)

Chopin

anon., 1827 : Objet volés.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Vol, objet volé.

Bras-de-Fer, 1829 : Coup.

Vidocq, 1837 : s. m. — Vol.

M.D., 1844 : Sac d’argent.

Halbert, 1849 : Objet volé.

Larchey, 1865 : Vol.

Quand un voleur fait de la dépense, c’est qu’il a fait un chopin.

(Canler)

Delvau, 1866 : s. m. Objet volé ; coup ; affaire. Bon chopin. Vol heureux et considérable. Mauvais chopin. Vol de peu d’importance, qui ne vaut pas qu’on risque la prison.

Rigaud, 1881 : Profit, réussite, bonne aubaine, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Profit, bonne aubaine. Petit vol. Coup, affaire.

Rossignol, 1901 : Bonne affaire.

France, 1907 : Objet volé, vol. Faire un chopin, commettre un vol.

Travaillant d’ordinaire
La sorgue de Pantin,
Dans mainte et mainte affaire,
Faisant très bon chopin.

(Winter)

— Rarement le pante met sa bougie dans son pardessus… Non ! il y a autre chose… des fois on trouve des papiers, des babillardes, et c’est là le meilleur chopin.

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

J’pourrais m’frusquiner en rupin,
Mais j’ai l’air baluch’ sans patente,
Et pis, va donc faire un chopin
Quand tu veux êt’ pris pour eun’ pante !

(Blédort)

Collège

Ansiaume, 1821 : Prison, geole.

Je pouvois cromper du collège de Rouen, je croiois pas être gerbé.

Vidocq, 1837 : s. f. — Prison.

Larchey, 1865 : Prison. — Collégien : Prisonnier (Vidocq). — Ces mots ont dû être inventés par un malfaiteur qui avait reçu de l’éducation.

Delvau, 1866 : s. m. La prison, — dans l’argot des voleurs, qui y font en effet leur éducation et en sortent plus forts qu’ils n’y sont entrés. Collèges de Pantin. Prisons de Paris. Les Anglais ont la même expression : City college, disent-ils à propos de Newgate.

Rigaud, 1881 : L’ancien bagne, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : L’ancien bagne ; la prison.

Virmaître, 1894 : Prison. Cette expression est d’une grande justesse ; c’est en effet en prison que les voleurs se perfectionnent dans leur art et que nos grands financiers du jour apprennent à ne plus se faire repincer (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Prison.

France, 1907 : Prison. Les deux se ressemblent en effet, sous plus d’un point, et l’on y rencontre les mêmes vices.

— C’est vrai, dit Salomon surpris, je vois que tu l’as connu… Mais, mon vieux, tu peux aller à présent, si tu remets la main dessus, essayer de lui rappeler les souvenirs de collège, il t’enverra au bain en disant, en prouvant, s’il le faut, qu’il n’a jamais eu de cœur, jamais eu de femme ni d’Émélie sur la poitrine… Ça te la coupera, hein ?

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Coup du père François

Virmaître, 1894 : Ce coup est très ancien. Autrefois les détenus l’employaient pour se débarrasser d’un personnage qui moutonnait. Il consiste simplement à l’étrangler en passant à l’aide d’un foulard de soie. Louis le Bull-Dogue, élève du père François explique ainsi la manière d’opérer :

Pour faire le coup du Père François,
Vous prenez un foulard de soie ;
Près du client en tapinois
Vous vous glissez sans qu’il vous voie
Et crac ! vous lui coupez la voix.
Sitôt qu’il est devenu de bois
Vous lui prenez son os, ses noix.
Et c’est ainsi qu’un Pantinois
Peut faire fortune avec ses doigts.

France, 1907 : Strangulation à l’aide d’un foulard, appelé ainsi du nom d’un célèbre coquin qui le pratiquait avec succès. Charles Virmaître cite la manière d’opérer tirée de Louis le Bull-dogue :

  Pour faire le coup du Père François,
  Vous prenez un foulard de soie ;
  Près du client en tapinois
  Vous vous glissez sans qu’il vous voie
  Et crac ! vous lui coupez la voix.
  Sitôt qu’il est devenu de bois
  Vous lui prenez son os, ses noix.
  Et c’est ainsi qu’un Pantinois
  Peut faire fortune avec ses doigts.

Le coup du père François serait l’idéal du gredin professionnel si quelques petits incidents désagréables me l’accompagnaient parfois. Il arrive, quand l’opération se prolonge un peu trop, ou que l’opéré a la respiration un peu courte, que ce dernier ne se réveille pas de son évanouissement. C’est ce qui s’est produit pour Ollivier, l’usurier qui resta entre les mains de la bande de Neuilly. En ce cas, les jurés ne plaisantent point. Mais, tout compte fait, ces hasards sont rares et, jusqu’à ce qu’on ait trouvé mieux, le coup du père François sera enseigné avec respect de la Glacière à Ménilmontant.

(Guy Tomel)

On l’appelle aussi le coup du père Martin.

Rien de plus désagréable, par exemple, que le coup du père Martin, sur les deux ou trois heures du matin. Quand il est bien fait, vous en êtes quitte pour un fort torticolis et la perte de votre porte-monnaie ; mais on cite des gens qui en sont morts.

(Berty, La Nation)

Dans le goût de pantin

Larchey, 1865 : À la mode de Paris, et, par extension, très bien.

Là ! v’là qu’est arrangé dans le goût de Pantin.

(Zombach, Chansons)

Défourager

Virmaître, 1894 : S’en aller, quitter un endroit pour un autre.
— Je défourage de la Centrousse pour renquiller à Pantin (Argot des voleurs).

France, 1907 : S’en aller.

Farfouiller

d’Hautel, 1808 : Éparpiller ; mettre tout en désordre pour chercher quelque chose ; manier avec indiscrétion.

Delvau, 1866 : v. n. Chercher quelque chose avec la main, remuer tout pour le trouver. Argot du peuple.

Rossignol, 1901 : Chercher. Celui qui se met le doigt dans les narines se farfouille dans l’nez.

France, 1907 : Chercher.

Ernest m’envoie un regard coupant comme le rasoir de Prado et froid comme un discours de Mézières. Brr… ! la petite mort me passe dans le dos. Ernest farfouille dans ses papiers, l’huissier appelle mon affaire, et M. le président, me toisant d’un œil dédaigneux, laisse tomber ces mots : « Fille Colombine, levez-vous ! »

(Gil Blas)

Toute la pléiade qui fouille
Et farfouille le corps humain,
Plongeant les doigts dans ce qui grouille,
Pantins d’hier ou de demain.

(Jacques Rédelsperger)

Ci-gît qui toujours bredouilla
Sans jamais avoir pu rien dire ;
Beancoup de livres farfouilla,
Sans jamais avoir pu s’instruire ;
Et beaucoup d’écrits barbouilla,
Sans avoir pu les faire lire.

(La Harpe)

Finasseuse

Delvau, 1866 : s. f. Femme rusée, qui sait faire jouer les fils du pantin-homme.

Flanquer une peignée

France, 1907 : Battre d’importance, rosser.

— Mais, lui dis-je, tu vas te rattraper, car avant peu il est certain que l’armée va se flanquer une peignée avec les Pantinois.
— Oui, fit-il, c’est possible. En tous cas, on fait tout pour ça, et les officiers montent la tête aux hommes. Mais nous ne sommes pas disposés du tout à marcher. Nous aimerions mieux qu’on nous menât contre les Prussiens !

(Sutter-laumann, Histoire d’un Trente sous)

Folichon

d’Hautel, 1808 : Pantin, homme d’une humeur folâtre, qui fait le farceur et le falot.

Larchey, 1865 : « Homme d’une humeur folâtre qui fait le farceur et le falot. »

(1808, d’Hautel)

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme amusant, chose agréable, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis plus d’un siècle. Être folichon. Commencer à se griser. Signifie aussi : Dire des gaudrioles aux dames.

France, 1907 : Amusant, agréable, folâtre, disposé à rire, à baguenauder et à faire l’amour.

— Farandol, dit Ventripard, parlons peu, mais parlons bien. Tu dois connaître des fillettes du quartier Latin ?
— Toutes, affirma Farandol.
— Il faut que tu m’en fasses connaître quelques-unes.
Farandol réfléchit un moment. Puis il proféra ceci :
— Prête-moi un louis, Ventripard.
— En voici deux, dit le banquier, qui vraisemblablement s’attendait à cette botte.
Farandol escamota les deux jaunets avec une prestesse de jongleur japonais ; puis, se croisant les bras, il cria :
— Ah ça ! Ventripard, tu n’es donc pas un homme sérieux… Tu as des idées folichonnes ?

(Gramont, Intransigeant)

Et lui, folichon,
Dit cent bagatelles,
Fripe les dentelles,
Flaire le manchon.

(Gabriel Vicaire)

Un soir, ne pouvant plus tenir,
L’âme très folichonne,
Il frappa pour se faire ouvrir
La chambre de la bonne,
— C’est le diable qui vient me voir,
Murmurait le pauvrette,
— Non, dit le curé plein d’espoir,
C’est l’Amour, ma poulette !

(Léo Lelièvre, La Bonne du curé)

Guignol

Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des voleurs.

Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)…

(Petit Journal, mai 1886)

France, 1907 : Homme sans consistance, sans caractère et sans parole, qui n’est bon qu’à amuser les autres et sur lequel on ne peut compter. Faire le guignol, c’est faire de grands gestes, se remuer à tort et à travers.
On a donné le nom de guignol à tous les farceurs politiques et littéraires. Henry Bauer a publié une série d’études critiques sous le titre : Les Grands Guignols.

Parfois, dans mes rares éclaircies d’obnubilation politique, il me passe comme un sentiment confus de ce qu’ils veulent dire par : le jeu des portefeuilles. J’y entrevois une sorte de conséquence farce et logique du parlementarisme où nous pataugeons, et, — vous l’avouerai-je ? — la comédie la plus burlesque de son grand guignol national. Mais ce n’est qu’un éclair dans ma nuit de contribuable.

(Émile Bergerat)

France, 1907 : Théâtre de marionnettes en plein vent, appelé ainsi de son principal personnage.
D’après Joanny Augier qui a décrit le canut dans les Français peints par eux-mêmes, Guignol aurait Lyon pour origine : « Il fréquente, dit-il en parlant du canut, un petit spectacle de marionnettes, tout à fait local, dont le principal personnage, assez semblable au Pulcinella des Italiens, au Punch des Anglais, est un nommé Guignol, type du canut lui-même, dont les lazzis moqueurs et dérisoires à son encontre font pourtant ses délices et son plus parfait amusement »
Guignol est une marionnette d’origine lyonnaise, et date de la fin du premier empire. Vers 1812 un entrepreneur de marionnettes, ruiné à la suite des guerres, se vit réduit à vendre aux enchères ses décors et ses pantins. Un seul acquéreur se présenta, un nommé Mourguet, connu depuis vingt ans dans Lyon où il vendait des chansons sur les places publiques, tandis que sa femme l’accompagnait en jouant de l’orgue de Barbarie. Il eut les marionnettes à très bon compte. Il loua alors dans un quartier pauvre de la ville, celui de Saint-Paul, une vieille salle qui pouvait contenir cent personnes, y installa, outre la scène, une galerie et un parterre. On payait de quatre à douze sous. On y joua d’abord les Jocrisse, qui étaient fort à la mode. Mais un directeur d’un des grands théâtres de la ville défendit, en vertu de son privilège, qu’on représentât les Jocrisse ailleurs que chez lui. Mourguet alors changea les types de ses personnes et appela Jocrisse Guignolant.
« Le nouveau Jocrisse était méconnaissable, dit Tony Révillon qui raconte l’anecdote dans le Drapeau noir. Son nez était aplati ; un petit serre-tête noir terminé par une queue ou salsifis en demi-cercle couvrait sa perruque rousse ; le justaucorps rouge des valets avait disparu pour faire place à la veste marron à boutons blancs de l’ouvrier lyonnais. L’accent s’était modifié comme le costume. Mourguet parlait canut. Il avait les ô et les â circonflexes de la Croix-Rousse, l’accent traînard et doux de Saint-Just.
Le succès fut immense.
Pendant six mois, on s’abordait par ces mots : « Avez-vous vu Guignol ? »
Le public, trouvant Guignolant trop long, avait baptisé lui-même le héros du théâtre lyonnais.
Mais en dépit du costume et de l’accent, Guignol rappelait trop Jocrisse. Son créateur le modifia.
Désormais il sera lui-même. Ouvrier, il représentera les misères, les tiraillements, les menues joies du peuple des tisseurs ; héros de théâtre, il incarnera la justice, protégera les faibles, se soustraira à la tyrannie par la ruse et châtiera la méchanceté par les coups. Gai comme tous les comiques, sa gouaillerie aura parfois la dent cruelle, mais la bonne humeur et la verve l’emporteront. Cette verve et le bâton de Polichinelle (le picarlat) sont italiens. Tout le reste est lyonnais, et surtout l’ami, le confident du héros, Benoit, qui plus tard deviendra Gnafron, mais qui aura laissé pour trace de son passage deux locutions : Dis donc, Benoit ! et Va donc, Benoit ! populaires aujourd’hui dans le département un Rhône. »
Un gendre de Mourguet, Josseraud, introduisit Guignol à Paris.

Marronner, maronner

France, 1907 : Soupçonner.

— Je maronne que la roulotte de Pantin trime dans le sabri.

(Victor Hugo, Les Misérables)

Naturalisme

Rigaud, 1881 : Nouvelle couche de littérateurs qui sont en train de fonder le musée Dupuytren de la syphilis morale, en s’attachant à faire ressortir dans leurs œuvres les côtés monstrueux et ignobles de la nature humaine.

France, 1907 : École littéraire qui consiste à représenter les choses telles qu’on les voit où telles qu’elles existent sans rien gazer, et sans souci des convenances.

Une des plus étranges turlutaines de l’heure présente, c’est le naturalisme… une maladie, une folie, dont on peut définir, de la façon suivante, les personnes qui en sont atteintes. Le naturaliste est un détraqué qui se croit un original, et qui prend la maladie pour l’état normal, l’hôpital pour la maison, Nane pour Ninon, l’égout pour la cité, et Pantin pour Paris.

(Dr Grégoire, Dictionnaire humoristique)

Pante

Clémens, 1840 : Dupe.

Delvau, 1866 : s. m. Le monsieur inconnu qui tombe dans les pièges des filles et des voleurs, — volontairement avec les premières, contre son gré avec les seconds. Pante argoté. Imbécile parfait. Pante arnau. Dupe qui s’aperçoit qu’on la trompe et qui renaude. Pante désargoté. Homme difficile à tromper.
Quelques-uns des auteurs qui ont écrit sur la matière disent pantre. Francisque Michel, lui, dit pantre, et fidèle à ses habitudes, s’en va chercher un état civil à ce mot jusqu’au fond du moyen âge. Pourquoi pante ne viendrait-il pas de pantin (homme dont on fait ce qu’on veut), ou de Pantin (Paris) ? Il est si naturel aux malfaiteurs des deux sexes de considérer les Parisiens comme leur proie ! Si cette double étymologie ne suffisait pas, j’en ai une autre en réserve : ponte. Le ponte est le joueur qui joue contre le banquier, et qui, à cause de cela, s’expose à payer souvent. Pourquoi pas ? Dollar vient bien de thaler.

Virmaître, 1894 : Imbécile qui se laisse facilement duper. Inutile, je pense, de dire que pante vient de pantin : gens de Paris (Argot des voleurs).

France, 1907 : Dupe, individu à voler, à exploiter ; de Pantin, synonyme de Paris ; le Parisien ayant à tort ou à raison la réputation de badaud, de gogo, de dupe.

Il y a un mot terrible, l’excuse du corrompu qui court l’usine, qu’on échange dans les tripots, qui monte dans les mansardes et qui pétrifie les cœurs : c’est assez faire le pante, l’imbécile, le souffre-douleur, le forçat ! Jouissons !

(E. Chauvière)

Refroidir un pante, assassiner.

— Si ne s’agissait que de refroidir un pante et une couple de largues, il nous aurait emmenées pour sûr. Que diable ! il sait bien qu’au besoin nous ne boudons pas sur la besogne…

(Paul Mahalin, Le Megg)

On dit aussi pantre, pantruchois.

anon., 1907 : Victime (dégringoler le pante).

Pante, pantre, pantinois

Larchey, 1865 : Bourgeois bon à exploiter ou à voler. — Pante et Pantre sont des formes abrégées de Pantinois et Pantruchois, c’est-à-dire : bourgeois de Pantin ou Pantruche (Paris). On sait que la grande ville est pour les voleurs un séjour de prédilection. — V. Lever.

J’ai reniflé des pantes rupins.

(Paillet)

Pantin

Vidocq, 1837 : s. — Paris.

M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Paris.

Larchey, 1865 : « Pantin, c’est le Paris obscur, quelques-uns disaient le Paris canaille, mais ce dernier s’appelle en argot, Pantruche. » — G. de Nerval. — Cette définition manque de justesse. Pantin est Paris tout entier, laid ou beau, riche ou obscur. — étymologie incertaine. Peut-être le peuple a-t-il donné à Paris, par un caprice ironique, le nom d’un village de sa banlieue (Pantin). — V. Pré.

Delvau, 1866 : n. de l. Paris, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Pampeluche et Pantruche. « Pantin, dit Gérard de Nerval, c’est le Paris obscur. Pantruche, c’est le Paris canaille. » Dans le goût de Pantin. Très bien, à la dernière mode.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans caractère, — dans l’argot du peuple oui sait que nous sommes cousus de fils à l’aide desquels on nous fait mouvoir contre notre gré.

Rigaud, 1881 : Paris, la ville des pantes. Et les variantes moins usitées : Pantruche, pampeluche.

Virmaître, 1894 : Paris.

Quand on a bien billanché pour son compte,
On defourage et renquille à Pantin.
L’long du trimard, bequillant son décompte,
De gueule en gueule on pique un gai refrain.

Pantin : Argot du peuple.
Pantruche : Argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Paris. Que vous soyez d’Aubervilliers ou de Vincennes, vous êtes toujours Pantinois de Pantin.

France, 1907 : Homme sans caractère, sans énergie, que l’on fait mouvoir et agir à sa volonté.

L’ignorance, au gré des scrutins,
Fait mentir les temps où nous sommes ;
Hélas ! on nomme des pantins,
Quand il faudrait nommer des hommes.

(Clovis Hugues)

France, 1907 : Paris ; argot des faubouriens ; la ville des pantes.

Pantin, la capitale des stupéfactions parce que celle des étrangetés.

(Alfred Delvau)

On dit aussi Pampeluche et Pantruche.

Pantin ou pantruche

Halbert, 1849 : Paris.

Pantin, pantinois

Hayard, 1907 : Paris, parisien.

Pantin, Pantruche

anon., 1907 : Paris.

Pantin, Pantruche, Pampeluche

La Rue, 1894 : Paris. Pantinois, pantruchois : Parisien.

Pantinois

Halbert, 1849 : Parisiens.

Delvau, 1866 : s. m. Parisien.

Rigaud, 1881 / Rossignol, 1901 : Parisien.

France, 1907 : Habitant de Paris, Parisien.

Pantoiser, pantinoiser

Rigaud, 1881 : Payer pour un autre, être dupe. C’est-à-dire faire acte de pante, — dans l’argot des barrières.

Pantruche

un détenu, 1846 / Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Paris.

France, 1907 : Déformation argotique de Pantin, Paris.

Pantin, c’est le Paris obscur ; Pantruche, c’est le Paris canaille.

(Gérard de Nerval)

Persil

d’Hautel, 1808 : Grêler sur le persil. Exercer son autorité, son pouvoir, son crédit, sa critique contre des gens foibles, ou sur des sujets de nulle importance.

Rigaud, 1881 : Exercice de la promenade au point de vue de la prostitution.

C’était la grande retape, le persil au clair soleil, le raccrochage des catins illustres.

(É. Zola, Nana)

Virmaître, 1894 : Faire le persil, aller au persil : raccrocher. On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller ; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil ; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales ; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres :
— Elle a du persil dans les pieds ; de là : faire son persil (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Une fille publique fait son persil, lorsqu’elle fait les cent pas dans la rue à la recherche de michets.

France, 1907 : Le monde des cocottes, le commerce de la prostitution. Ce mot a dû être importé à Paris par les filles du midi de la France, où persil signifie argent, à moins qu’il ne vienne du latin percilum, œillade.

C’est le grand jour du Cirque, jour du persil et du gratin ; le jour des demoiselles qui se respectent et qui sont seules, du reste, à remplir cette fonction, et des messieurs dont la boutonnière se fleurit d’un gardénia acheté un louis à la bouquetière du cercle.

(Paul Mahalin, Mesdames de Cœur-Volant)

Aller au persil, faire son persil, travailler dans de persil, autant d’expressions courantes pour signifier raccrocher les hommes ; aussi dénomme-t-on les raccrocheuses Mesdames du Persil. Une partie très fréquentée du bois de Boulogne est appelée le Persil depuis la transformation et l’embellissement du bois, sous le second empire, à cause du nombre de filles galantes qu’on y rencontre soit à pied, soit en voiture.

Yen a des tas, yen a d’partout :
De la Bourgogne et du Poitou,
De Nanterre et de Montretout,
Et d’la Gascogne ;
De Pantin, de Montmorency,
De là d’où, d’ailleurs et d’ici,
Et tout ça vient fair’ son persil
Au bois d’Boulogne.

(Aristide Bruant)

Pré, grand pré

Larchey, 1865 : Travaux forcés.

Ne crains pas le pré que je brave.

(Vidocq)

On dit aussi le grand pré.

Du grand pré tu te cramperas pour rabattre à Pantin lestement.

(Id.)

Aller faucher au pré quinze ans : Avoir quinze ans de galères. — Le mot est imagé et doit être fort ancien, car le grand pré est ici la mer dont les anciens galériens coupaient en cadence de leurs longs avirons les ondes verdâtres, comme des faucheurs rangés dans une prairie. On sait qu’autrefois tous les condamnés ramaient sur les galères du Roi.

Rigaud, 1881 : Bagne ; maison de secours aujourd’hui disparue.

La Rue, 1894 : Bagne. Faucher le grand pré, aller au bagne.

Regout

Delvau, 1866 : s. m. Inquiétude, crainte, remords, — dans le même argot. Faire du regout. Être arrêté.

Virmaître, 1894 : Rancune. Avoir du regout contre quelqu’un, lui vouloir du mal. Les voleurs ont du regout contre un complice qui les a dénoncés.
— Je renquille dans Pantin sans regout ni morace.
Mot à mot : Je rentre à Paris sans colère, sans rancune et sans cri (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 / France, 1907 : Rancune.

Sec-au-dos

France, 1907 : Maigre, osseux.

Ce grand dur à cuire, au cuir tanné, ce long sec-au-dos, tel qu’un pantin en bois des îles, avec son corps sans fin et noué d’articulations.

(Jean Richepin)

Sport

Delvau, 1866 : s. m. Science de la haute vie et des nobles amusements, courses, paris, etc., — dans l’argot des anglomanes.

France, 1907 : Exercice physique en plein air : équitation, vélocipédie, canotage, etc.
Ce mot, que nous avons repris des Anglais, vient de l’ancien français desport ou deport, joie, plaisir, amusement.

Blancs, blancs, blancs jusqu’à la casquette,
Quatre Anglais anguleux et blonds,
À droite, à gauche, à reculons
Allongent des coups de raquette.
Sérieux pontifes du sport,
Comme poussés par le ressort
D’une subtile horlogerie,
Ils ont l’air, bien articulés,
De ces pantins qu’on voit sur les
Anciens orgues de Barbarie.

(Jacques Normand)

Tas de pierres

Vidocq, 1837 : s. f. — Prison.

Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Boîte aux cailloux.

Rigaud, 1881 : Prison.

France, 1907 : Prison.

Tous ceux qui rigolent encore à Pantin viennent d’être fourrés dans le tas de pierres.

(Vidocq)

Tirer une carotte

France, 1907 : Mentir, tromper pour obtenir des subsides. Il arrive que les gouvernements tirent des carottes comme de simples pioupious.

On dit, mais ce n’est pas certain,
Que le roi d’Hollande
Veut venir jusqu’à Pantin
Avec toute sa bande ;
Qu’il vienne pour nous escoffier,
Mais qu’il prenne garde de se faire pincer ;
Encore une carotte qu’on veut nous tirer.

(Chanson du siège d’Anvers, 1832)

Toc

Vidocq, 1837 : s. m. — Cuivre, mauvais bijoux.

un détenu, 1846 : Méchant.

Larchey, 1865 : Cuivre, bijou faux. — Onomatopée. — Allusion à la différence de sonorité qui existe entre une pièce de cuivre et une pièce d’or.

Bagues, boutons de manchette et croix de ma mère en toc, 6 fr. 50.

(Les Cocottes, 1864)

Delvau, 1866 : adj. et s. Laid ; mauvais — en parlant des gens et des choses. Argot des petites dames et des bohèmes. C’est toc. Ce n’est pas spirituel. Femme toc. Qui n’est pas belle.

Delvau, 1866 : s. m. Cuivre, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Bijoux faux.

La Rue, 1894 : Cuivre. Bijoux faux. Laid, mauvais. Signifie aussi amusant et absurde.

Virmaître, 1894 : Bijoux de mauvais aloi. Personnage contrefait ; se dit de tout ce qui n’est ni bien ni correct (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Vilain, faux. Quelque chose de vilain est toc. Un objet en faux est en toc.

Hayard, 1907 : Laid, de peu de valeur.

France, 1907 : Absurde, bête, stupide.

La petite Sabinette raconte à sa digne mère que tous les soirs, lorsqu’elle revient de son magasin, un monsieur la suit.
— Et qu’est-ce qu’il te dit, ma fille ?
— Il ne m’a jamais adressé la parole…
— Alors il est rien toc !

(Zadig)

C’est fini ! qué qu’vous voulez faire
D’un gouvernement assez toc
Pour déranger des hommes d’affaire
Et pas mêm’ leur offrir un bock ?

(Écho de Paris)

France, 1907 : Faux ; trompe-l’œil ; argot populaire.

De cette production considérable que reste-t-il aujourd’hui ? Toutes les pièces d’Alexandre Dumas ont disparu l’une après l’autre, en nous laissant l’impression d’un art ridicule et grossier. À la dernière reprise de Henri III à la Comédie-Française, un critique fin et indépendant, M. Jules Lemaître, a fait entendre sur la pièce un mot terrible : C’est du toc, a-t-il dit.

(Henri Becque, Le Théâtre au dix-neuvième siècle)

Il faut que tous les empiriques,
Faux savants, mauvais politiques,
Pantins faits de bric et de broc,
Faiseurs de pilules en toc,
Que le contribuable dore
Sans rien voir — stupide pécore ! —
Comme les autres de là-bas,
À déguerpir ne tardent pas !
Il faut enfin que disparaisse
Tout ce monde de la paresse
Que le public depuis longtemps
Paie à jolis deniers comptants !
Plus de charlatans !

(É. Blédort)

France, 1907 : Laid, affreux.

Je la pris donc, l’autre semaine,
Pour la conduire à l’Opéra,
En disant : — La folie humaine,
Ô mignonne, te distraira —
Mais elle a trouvé fort banales
Nos danses : Tour ça, c’est mastoc,
A-t-elle fait : vos bacchanales
En habit noir, vrai, c’est rien toc.

(Jean Richepin, Les Blasphèmes)

France, 1907 : Ridicule, grotesque.

Il est joliment toc, va ! Quand il la fait à la dignité et qu’il est en chemise.

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

anon., 1907 : Faux, vilain.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique