Rigaud, 1881 : Libertin qui prend la taille des femmes pour un clavier, et qui pince, tapote et palpe comme s’il promenait ses doigts sur les touches d’un piano.
Accordeur de pianos
Bastringue
d’Hautel, 1808 : Nom donné primitivement à une contredanse qui a été long-temps on vogue à Paris ; ce mot a reçu depuis une grande extension : le peuple, à qui il a plu, s’en est emparé, et l’a appliqué à des choses de nature différente.
Un bastringue signifie tantôt un bal mal composé ; tantôt un mauvais joueur de violon ; puis une maison en désordre ; un mauvais lieu.
Un bastringue est aussi une petite mesure qui équivaut à peu-près à ce que les buveurs appeloient autrefois un canon, dont la capacite répondoit à celle d’un verre moyen.
Boire un bastringue signifie donc vulgairement, boire un verre de vin.
Ansiaume, 1821 : Lime fine.
N’oublie pas la bastringue pour faucher les balançons.
Vidocq, 1837 : s. m. — Étui de fer-blanc, d’ivoire, d’argent, et quelquefois même d’or, de quatre pouces de long sur environ douze lignes de diamètre, qui peut contenir des pièces de vingt francs, un passe-port, des scies et une monture, que les voleurs cachent dans l’anus. La facilité qu’ils trouvaient à dérober cet étui à tous les yeux, et la promptitude avec laquelle ils coupaient les plus forts barreaux et se débarrassaient de leurs chaînes, a long-temps fait croire qu’ils connaissaient une herbe ayant la propriété de couper le fer ; l’herbe n’était autre chose qu’un ressort de montre dentelé, et parfaitement trempé.
Halbert, 1849 : Scie pour scier le fer.
Larchey, 1865 : Étui conique en fer d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, contenant un passe-port, de l’argent, des ressorts de montres assez dentelés pour scier un barreau de fer, un passe-port, de l’argent, etc. — Vidocq — Les malfaiteurs, sur le point d’être pris, cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, mais il doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un prisonnier périt il y a quelques années de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.
Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme, — comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.
Delvau, 1866 : s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.
Delvau, 1866 : s. m. Scie à scier les fers, — dans l’argot des prisons, où l’on joue volontiers du violon sur les barreaux.
Rigaud, 1881 : Lime, scie. — Étui dans lequel les récidivistes serrent les outils nécessaires à leur évasion, tels que lime, scie, ressort de montre. De là l’habitude qu’on a dans les prisons, lors de la visite, au moment de l’arrivée du prévenu ou du condamné, de le faire complètement déshabiller et de lui administrer une forte claque sur le ventre, dans le but de s’assurer s’il a un bastringue sous lui.
Rigaud, 1881 : Vacarme. — Faire du bastringue.
La Rue, 1894 : Lime, scie, outils d’évasion renfermés dans un étui. Guinguette et bal de barrière.
Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où se donne rendez-vous la canaille du quartier dans lequel il est situé. Bastringue, faire du bruit, du tapage. Quand l’homme rentre au logis, un peu humecté et qu’il casse la vaisselle, la ménagère, furieuse, lui dit :
— T’as pas bientôt fini ton bastringue, sale chameau ? (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.
Rossignol, 1901 : Étui en ivoire ou en argent que les voleurs tiennent constamment caché dans leurs intestins et qui peut contenir jusqu’a 800 francs en or ; ainsi, lors qu’ils se trouvent arrêtés, ils ne sont jamais sans argent. Il y a des bastringues qui contiennent tournevis, scies et monture. Avec une scie semblable, votre serviteur a scié un barreau de la grosseur de ceux des prisons en trente-six heures. Cet étui est bien connu dans les prisons centrales, mais il est difficile de le trouver, le voleur le retire le soir de sa cachette pour le remettre le matin où il reste toute la journée. Il y a une chanson sur les prisons centrales où il est dit :
Un surveillant vous fait regarder à terre En vous disant : Baissez-vous à moitié ; Il vous palpe et regarde le derrière, Dans la maison, c’est l’usage de fouiller.
Hayard, 1907 : Bal de bas étage.
France, 1907 : Bal de barrière.
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
V’là le bastringue.
V’là le bastringue !
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
Le bastringue va commencer.
(Vieille chanson)
On appelle aussi bastringue, dans l’argot des prisons, une scie à scier le fer ; c’est également un étui conique, d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, qui sert à renfermer cette scie et d’autres objets utiles aux prisonniers.
Les malfaiteurs arrêtés cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, qui doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un détenu périt, il y a quelques années, de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.
(Lorédan Larchey.)
Braise
d’Hautel, 1808 : Il est venu chaud comme braise m’annoncer cette nouvelle. Pour, il est venu m’annoncer cette chose d’un air railleur et triomphant.
Passer sur quelque chose comme chat sur braise. C’est glisser légèrement sur des circonstances qu’on craint d’approfondir.
Tomber de la poële dans la braise. C’est tomber d’un mal dans un pire ; de Caribde en Scylla.
Il lui a rendu chaud comme braise. Pour dire il s’est vengé avec promptitude.
Larchey, 1865 : Argent. — Allusion à sa destination de première utilité. Sans braise, on ne peut faire bouillir la marmite. — V. Bille.
Pas plus de braise que dans mon œil.
(Mornand)
Delvau, 1866 : s. f. Argent monnayé, — dans l’argot des filles. Abouler de la braise. Donner de l’argent à une fille pour être aimé d’elle, ou à un voleur pour n’être pas tué par lui.
Rigaud, 1881 : Argent qu’on vient de recevoir. — Il est tout chaud, chaud comme de la braise.
La Rue, 1894 : Monnaie, argent.
Virmaître, 1894 : Argent. Allusion à la braise du boulanger qui enflamme très vite le charbon ou le bois. Donner de la braise à une fille c’est l’enflammer. La braise passe vite dans les deux cas (Argot des filles).
Rossignol, 1901 : Argent.
Offre-nous une tournée ? — Peux pas, nib de braise.
Hayard, 1907 : Argent.
France, 1907 : Argent monnayé ; argot des faubouriens et des filles. Abouler de la braise, donner de l’argent. Une femme a beau être chaude, elle demande toujours de la braise.
Un jour, un Italien pommadé, qui n’avait probablement pas de chaussettes, mais armé d’une carte de visite qui le faisait commandeur de Saint-Lazare et autres lieux, s’en vint chez moi qui dirigeais un journal de la veille éclos.
— Monsieur, me dit-il, j’ai un grand projet qui doit donner de grands profits et viens vous offrir d’en bénéficier avec moi. Je veux centraliser la braise !…
Je bondis.
— Sacrebleu ! m’écriai-je, j’en suis.
Mais quand j’appris que ce péninsulaire, ignorant l’argot, parlait sérieusement d’une catégorie de combustible aux lieu et place d’une variété de monnaie, je reconduisis rapidement.
(Ivan de Wœstine, Gil Blas)
J’avais un peu de braise en poche,
Nous entrâm’s prendre un verr’ de vin,
Et comme y avait un bal tout proche,
J’lui proposai d’danser un brin…
Nom d’un chien, qu’elle était ingambe !
Car, en pinçant un rigodon,
Ell’ levait gentiment la jambe !
On l’admirait ma gross’ Dondon !
(Petit Pioupiou)
— Écoute, dit-il, t’as de la braise, pas vrai ; t’as palpé vingt balles de ton dab ? Hé ben, si tu régales d’une tournée générale, aussi vrai comme j’suis d’la classe, j’te fais obtenir six semain’s d’hôpital et deux mois de convalescence !
(G. Courteline, Les Gaîtés de l’escadron)
Capital d’une fille
France, 1907 : « Mot qu’Alexandre Dumas fils a employé pour désigner la virginité de la jeune fille, avec la manière de s’en servir et de s’en faire cent mille livres de rentes. Hélas ! qu’il y a de malheureuses qui se le laissent déflorer. »
(Dr Michel Villemont)
Tu possèdes, mignonne, un gentil capital ;
Ne prends pas un caissier pour gérer ta fortune :
Il palperait tes fonds, et, commis déloyal,
Pourrait bien, comme on dit, faire un trou dans la lune.
Curieux
d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme curieux, indiscret et avare, qu’Il veut tout savoir et ne rien payer.
Vidocq, 1837 : s. m. — Juge d’instruction, président du tribunal.
Halbert, 1849 : Juge.
Larchey, 1865 : Juge d’instruction. — Il est curieux par métier. V. Escrache.
Le curieux a servi ma bille (mon argent).
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. m. Le juge d’instruction, — dans l’argot des voleurs, qui, en effet, n’aiment pas à être interrogés et veulent garder pour eux leurs petits secrets.
Rigaud, 1881 : Commissaire de police. — Juge d’instruction.
La Rue, 1894 : Commissaire de police. Juge d’instruction. Président d’assises.
Virmaître, 1894 : Juge (Argot des voleurs). V. Palpeurs.
Rossignol, 1901 : Juge. C’est un curieux, parce qu’il met le nez dans vos affaires.
Hayard, 1907 : Juge.
France, 1907 : Amateur de scènes crapuleuses qui fréquente les bains de vapeur pour assister à des actes honteux. Dans les maisons de tolérance, on les appelle voyants.
En dehors des gens qui se rendent aux bains de vapeur pour satisfaire leurs passions, il y a la clientèle courante que l’hygiène amène seule et où figurent des individus connus sous le nom de curieux. Ils n’aiment pas les femmes, n’ont aucun goût pour les plaisirs contre nature, et cependant ils séjournent des journées entières dans ces établissements : ils mangent, boivent, fument, circulent dans les salles et semblent heureux d’entendre des paroles obscènes, et d’assister à des actes répugnants. C’est là une curiosité maladive assez commune qui charme leurs oreilles et satisfait leur vue.
(Gustave Macé)
France, 1907 : Juge. Il veut, en effet, tout savoir.
— Son couteau… son couteau à lui. Prenez-lui son couteau dans la poche… Vous ne comprenez donc pas, double brute, que quand on trouvera ce couteau, les curieux seront convaincus qu’ils sont en présence d’un suicide… Là ! y êtes-vous ?… Moi, je m’empare des précieux papiers.
(Georges Pradel, Cadet Bamboche)
Grand curieux, président de cour d’assises. Curieux de la planche au pain, président de tribunal. Curieux à mal faire, voleur maladroit.
Fouinette
Virmaître, 1894 : Juge. Diminutif de fouinard, malin, rusé, chercheur (Argot des voleurs). V. Palpeur.
France, 1907 : Juge.
Fourrager
Delvau, 1864 : Patiner une femme ; essayer d’introduire son membre dans son aimable hiatus.
Eh bien ! eh bien ! ou vas-tu comme ça ?… Qu’est-ce que tu fourrages là-dedans.
(Henry Monnier)
Delvau, 1866 : v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d’une femme, — sa doublure surtout. Argot des bourgeoises.
Rigaud, 1881 : Chiffonner… la collerette.
France, 1907 : Palper, fouiller de la main les seins ou les dessous d’une femme.
Il s’échappait dans le plus strict incognito de sa capitale, seul, sans domestique, sans aide de camp, s’exilait en quelque bourg lointain de ses chères Alpes, et tout lui était bon alors : les servantes d’auberge qu’on jette d’une poussée brutale sur le lit, qui se débattent, qui insultent et qui griffent avant de demander grâce ; les robustes et rouges paysannes qu’on heurte au détour de quelque chemin creux, qu’on lutine, qu’on fourrage d’audacieuses caresses, qui s’abandonnent passives bestiales, parmi l’embaumement des herbes et des feuilles ; les filles précoces qui rêvent le pêché, qui donnent leurs rendez-vous au fond des granges ou des églises, qu’apprivoisent un carré de soie voyante ou une bague d’or.
(Champaubert)
Goupillon
Rigaud, 1881 : Commis au pair, — dans le jargon des employés de la nouveauté. C’est, sans doute, une altération de gouspillon, gouspin.
France, 1907 : Membre viril. On sait que l’instrument dont on se sert pour donner l’eau bénite est ainsi nommé à cause d’une queue de renard (goupil) que l’on y mettait autrefois et que l’on a remplacée par des soies de cochon. On appelle aussi goupillons les gens d’Église.
Tant que, sur le budget des cultes,
Vous donnerez vos millions
À tant de goupillons incultes,
Vous ne ferez que des brouillons ;
Tous ces gaillards concordataires
Palpent, en vous riant au nez,
La vache à lait des ministères
Qui les rend gras et fortunés !
(Julien Fauque)
Gueule (faire la)
France, 1907 : Prendre des airs importants ou simplement ne pas paraître satisfait.
La bourgeoisie âpre et bégueule
Dont les plus beaux jours sont comptés,
D’ici peu fera triste gueule
Devant nos faubourgs révoltés.
(Georges Baillet)
Les quotidiens ont raconté, ces jours-ci, sans le plus léger commentaire, qu’à Londres, en plein tribunal, un prolo a réclamé le bagne, affirmant qu’il préférait vivre en prison qu’en liberté.
Le pauvre bougre en question, James Kendrick, fut arrêté sur le tas, il y a deux ans, en train de fracturer une porte. Son affaire paraissait si claire que, sans ajuster leurs bésicles, ni défriser leurs perruques d’étoupes blanches, les enjuponnés administrèrent à l’accusé trois ans de servitude pénale.
C’était justement ce que désirait Kendrick ! Tout au plus aurait-il renaudé parce que la dose n’était pas assez forte.
Gai ct content, notre condamné fut expédié au bagne de Portland ; jovial comme pas un, le type se fit gober de tout le monde, aussi bien des gardes-chiourme que des autres détenus. C’était un prisonnier modèle, aussi s’empressa-t-on de le fiche en liberté conditionnelle.
Kendrick fit bien un peu la gueule, mais il avait 102 francs de masse à palper et il se dit qu’il lui serait facile de se faire refoutre dedans, puisqu’il n’était qu’en liberté conditionnellement.
(La Sociale)
Lustre
Halbert, 1849 : Juge.
Delvau, 1866 : s. m. Juge, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. m. La claque, — dans l’argot des coulisses. Chevaliers du lustre. Gens payés pour applaudir les pièces et les acteurs, qui se placent ordinairement au parterre au-dessous du lustre. On dit aussi Romains.
Rigaud, 1881 : Juge, — dans l’ancien argot. Il éclaire l’affaire.
Rigaud, 1881 : Lampe, — dans le jargon des voleurs. — Lustre en toc, lampe de cuivre.
La Rue, 1894 : Juge. La claque, au théâtre.
Virmaître, 1894 : V. Palpeurs.
France, 1907 : Juge. Il domine comme le lustre la salle où il siège.
France, 1907 : La claque. Chevaliers du lustre, les claqueurs.
Madrice
Vidocq, 1837 : s. f. — Malice.
Delvau, 1866 : s. f. Finesse, habileté, madrerie, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Malice. — Madrin, madrine, malin, maligne. La langue régulière a « madré » dans le même sens.
La Rue, 1894 : Malice.
Virmaître, 1894 : Finesse. Vient de madré.
— Il a roulé le palpeur, il est rien madrice, le gonce (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Ruse, malice.
France, 1907 : Finesse, ruse. « Il a de la madrice. » De madré, rusé.
Faiseur, va-t’en à la marmite
D’temps en temps faire une visite ;
Bidonne tes bons camaros,
C’est un truc des plus rigolos,
« C’est un zig, dira la police,
Très bath et rempli de madrice… »
(Hogier-Grison)
Michelet (faire le)
France, 1907 : Se glisser dans les foules pour palper les parties charnues des femmes.
Le vieux sénateur ne manquait jamais un de ces sermons mondains qui, pendant le carême, attirent les dames du noble faubourg ; il attendait pieusement la sortie et, perdu dans la foule, il se livrait avec une ardeur toute juvénile à ces manœuvres qu’on appelle en termes vulgaires faire le michelet.
(Les Propos du Commandeur)
Palper
d’Hautel, 1808 : Palper les écus. Aller recevoir de l’argent ; aimer à toucher, à compter des écus.
Larchey, 1865 : Toucher de l’argent (d’Hautel, 1808).
Delvau, 1866 : v. a. et n. Toucher de l’argent, — dans l’argot des employés.
Rigaud, 1881 : Recevoir de l’argent, toucher ses appointements, — en terme de bureaucrate.
Rossignol, 1901 : Toucher. — « Laisse-moi te palper, voir si tu n’as pas mon tabac. » — « j’ai palpe mes appointements. »
France, 1907 : Recevoir, toucher de l’argent. « Palper de la galette, des monacos. » Argot populaire ; en béarnais, palpar.
Palper (pouvoir se)
Fustier, 1889 : Ne pas obtenir ce que l’on désire. C’est une variante de pouvoir se fouiller. (V. ce mot au Dictionnaire)
C’est pour ça que vous m’avez fait monter ? Ah bien ! Vous pouvez vous palper, par exemple !
(Événement, octobre 1885)
Palpeur
Virmaître, 1894 : Juge d’instruction. Il palpe en effet les prisonniers pour les faire avouer. Cette expression est plus jolie que l’ancienne : curieux (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Juge d’instruction. Il palpe en tous sens, au figuré, l’accusé. Argot des voleurs.
Patouiller
Delvau, 1866 : v. a. Manier, peloter. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : v. n. Barboter, patauger. On dit aussi Patrouiller. Ce verbe est dans Rabelais.
Rigaud, 1881 : Tourner et retourner une marchandise comestible, la manier grossièrement, de manière à la défraîchir.
Virmaître, 1894 : Manier.
— Vous n’avez pas bientôt fini de me patouiller avec vos sales pattes ?
On patouille dans un coffre-fort.
On dit également patrifouiller.
— Ce cochon de quart d’œil a passé deux heures à patrifouiller dans mes frusques pour trouver de quoi me faire sapé, mais il est grinchi. C’était au moulin.
Patrifouiller est le superlatif de fouiller (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Palper, toucher, manier. Faire des attouchements à une personne est la patouiller.
France, 1907 : Manier, tourner et retourner un objet, tripoter.
Peloter
d’Hautel, 1808 : Peloter en attendant partie. S’amuser, s’essayer à quelque chose, que l’on doit par la suite embrasser sérieusement.
Se peloter. Pour dire, se battre, se prendre aux cheveux.
Larchey, 1865 : Caresser des charmes arrondis en pelote. — Pelotteur : Flatteur.
Se montrer rampant, pelotteur et bêta.
(Wado, Chansons)
Delvau, 1866 : v. a. Manquer de respect à une femme honnête en se livrant de la main, sur sa personne, aux mêmes investigations que Tartufe sur la personne d’Elmire. Par extension, Amadouer par promesses quelqu’un dont on attend quelque chose.
Rigaud, 1881 : C’est l’équivalent de patiner, mais avec plus de délicatesse de touche. — Flatter quelqu’un pour obtenir un service. — Peloter le carton, peloter la dame de pique, jouer aux cartes. — Peloter le carme, faire les yeux doux aux sébiles des changeurs, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Flatter. Courtiser une femme avec la main.
France, 1907 : Flatter, flagorner.
Il ne blaguait plus le sergent de ville en l’appelant Badingue, allait jusqu’à lui concéder que l’empereur était un bon garçon… C’était visible, il le pelotait.
(Émile Zola, L’Assommoir)
France, 1907 : Palper, caresser les formes d’une femme.
— Laissez-moi vous caresser, vous aimer, vous dorloter, vous peloter, petite Vanina !
— Ici ?
— Oui, ici. Tandis que le peuple chante, danse, rit ; tandis qu’il est tout à la joie, au son des marches guerrières, enfilons la cadence d’amour. Nos soupirs battront la mesure…
(Fin de Siècle)
Albertine, qui savait ce que peloter veut dire, ne se scandalisait pas pour si peu. En gloussant de plaisir comme une poule, elle ne trouva que cette protestation assez vague : — Vous me chatouillez.
(Jean Deslilas, Fin de Siècle)
Au flambe il faut voir la bergère
Sans lui peloter le derrière.
Ce distique, tiré de Pigeons et Vautours d’Hogier-Grison, ne renferme aucune idée indécente, il signifie simplement en argot des grecs :
Au jeu il faut voir la dernière carte
Sans être obligé de la toucher.
Plan de couillé
Virmaître, 1894 : Faire de la prison pour un autre. Faire de la prison sans avoir joui du produit de son vol. Couillé est le diminutif de couillon. Dialogue au Dépôt :
— Pourquoi que t’es ici ?
— J’ai pas de piaule pour pagnoter.
— Je file la comète ; j’ai été fabriqué par un sale sergot.
— Et ton nière ?
— Mon orgue ? J’étais méquard de la bande à Bibi.
— Alors tu vas aller au carré des petites gerbes.
— Veux-tu me désenflaquer et m’aider à casser la ficelle ?.
— Pour aller à la boîte aux cailloux, où y a pas mèche de faire chibis ; où on ne boulotte que des bourres-coquins et où on ne lampe que du sirop de macchabée ? y a pas de pet.
— Je te donne la paire de sigues, mais tu ne bonniras que peau.
— Tes sigues, c’est du carme à l’estorgue.
— Non, c’est du bath.
— C’est pas assez, car si les palpeurs me foutent deux berges de Centrousse, ça serait du plan de couillé.
Mot à mot : de la prison pour rien (Argot des voleurs).
Raté
Virmaître, 1894 : Manquer une affaire, rater un coup… de fusil, un examen. D’un homme petit, on dit : il est raté. En littérature, en musique, en peinture, une œuvre est ratée lorsqu’elle est incomplète. Un homme qui donnait de belles espérances et qui n’arrive à rien est un raté. En un mot, raté se dit de tout ce qui n’est pas bien (Argot du peuple).
France, 1907 : Individu qui n’a pas réussi dans sa carrière, dans ses entreprises ; fruit sec.
D’où vient le politicien ? C’est un fruit sec de la magistrature ou du barreau, un raté de l’industrie ou du commerce. Toujours ses origines sont équivoques, et il entra dans les affaires publiques comme un loup affamé, cherchant une proie. Ses dents aiguës ont faim de fonctions lucratives ; il guette les trafics suspects où il pourra s’immiscer grâce à la magistrature élective et réussir par son influence et sa situation à palper de grosses redevances.
(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)
Ce mot s’emploie adjectivement : vie ratée, profession ratée.
C’est le Parlement, me dit-il… Cette assemblée se compose de hâbleurs, que le peuple nomme sans les connaître, car, comme tous les pays de tyrannie, celui-ci possède le suffrage universel. À une date fixée par le Code, les murs se couvrent d’affiches portant les noms des candidats. La plupart sont des médecins ratés, que leurs collègues, désireux de les apaiser par des sinécures honorifiques, proposent à l’élection. En réalité, ce Parlement n’a pas plus d’influence que les éphémères gouvernements et ministres qu’il se donnes.
(Léon Daudet, Les Morticoles)
M. Renan a écrit quelque part qu’au moment du Jugement dernier, quand le Seigneur l’interrogerait, il imaginerait pour sa défense des arguments tellement subtils qu’il était certain de le convaincre de l’excellence de sa cause. C’est que le grand écrivain demeura toujours, comme on a dit joliment, un curé raté.
(Francis Chevassu)
Roque (grande)
France, 1907 : Prison de la Grande Roquette. La petite Roque, c’est la prison des jeunes détenus. Citons, au sujet de cette dernière maison de détention, un passage de Francois Coppée :
Le système cellulaire. Vous entendez bien. Des enfants ! — des enfants ! — comdamnés à la solitude constante, au silence absolu ! Cela fonctionne encore, je crois, pour les emprisonnements préventifs, pour les peines courtes. On peut voir, à la Petite Roquette, des enfants ayant chacun leur prison particulière. On peut les voir, en regardant par un judas, enfermés comme des fous furieux. C’est à faire dresser les cheveux sur la tête. Ils sont assis sur un tabouret, devant une planche fixée au mur, et tripotent je ne sais quel vain travail. Même le dimanche, à la messe, ils sont bouclés dans des espèces d’alvéoles, dans des guérites de bois, d’où ils ne peuvent apercevoir que l’officiant à l’autel. La chapelle de la Petite Roquette est même une des curiosités de Paris. C’est un instrument de torture très ingénieux. Parions que l’inventeur était encore un philanthrope qui, sans doute, par amour de ses semblables, a palpé toute sa vie un gros traitement.
(Le Coupable)
Tombeur
Larchey, 1865 : Acteur trop mauvais pour être accepté nulle part. — Ch. Friès.
Delvau, 1866 : s. m. Acteur plus que médiocre, et, à cause de cela, habitué à compromettre le succès des pièces dans lesquelles il joue. Argot des coulisses.
Delvau, 1866 : s. m. Éreinteur, journaliste hargneux.
Delvau, 1866 : s. m. Lutteur ; homme qui tombe ses rivaux.
Rigaud, 1881 : Celui qui vit d’emprunts au jeu.
Rigaud, 1881 : Critique impitoyable. Polémiste qui l’emporte sur son contradicteur.
Cette fois le tombeur de M. Bûcheron a pleinement raison.
(E. de Girardin, la France du 23 août 1877)
Rigaud, 1881 : Mauvais acteur avec lequel la meilleure pièce court le risque de ne pas réussir.
Rigaud, 1881 : Séducteur.
Le grand. Lolo, dit le tombeur des belles, fouilla, du haut de son siège, les deux voyageuses d’un petit coup de fouet d’amitié.
(E. de Goncourt)
La Rue, 1894 : Lutteur qui tombe ses rivaux. Séducteur. Critique sévère. Mauvais acteur.
Virmaître, 1894 : Homme fort. Lutteur qui tombe tous ses adversaires. Tomber une femme : la séduire, la faire céder. Dans les cercles, le croupier dit : cinq louis qui tombent (Argot du peuple).
France, 1907 : Critique acerbe et malveillant.
France, 1907 : Mauvais acteur ; il tombe sous les sifflets ou il fait tomber les pièces.
Nous devons même dire que ses meilleures pratiques, c’est-à-dire celles que lui rapportent non pas le plus de gloire, mais le plus de profit, sont les acteurs qu’on a baptisés du nom de tombeurs. Trop mauvais pour être supportés nulle part, leur métier consiste à aller débuter dans une ville, à s’y faire siffler, puis à gagner un autre gîte, après avoir palpé les appointements d’un mois, indemnité d’usage en pareil cas.
(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)
Toucher à la marchandise
Rigaud, 1881 : Palper la marchande… de plaisir, — dans le jargon des soupeuses.
France, 1907 : Se livrer à des privautés sur une femme.
Tripoter
d’Hautel, 1808 : Manier indiscrètement et sans précaution ; intriguer, manigancer, tramer.
Tripoter le vin. Le mélanger, le falsifier, le couper à la manière des marchands de vins.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Toucher à tort et à travers, aux choses et aux gens ; farfouiller. Tripoter une femme. S’assurer, comme Tartufe, que l’étoffe de sa robe — de dessous — est moelleuse.
Delvau, 1866 : v. n. Hanter les tripots, — dans l’argot des faubouriens.
France, 1907 : Palper, manier les formes d’une femme, augmentatif de peloter. Tripoter, c’est peloter indécemment et sans réserve.
Déjà quelques farauds attendaient çà et là différentes jeunes filles, mais je diminuais leurs chances par la position stratégique que j’occupais : je savais en tous cas que j’arriverais à elle le premier. Je ne voyais rien de plaisant à ce que ma future femme soit tripotée sous une couverture par une succession de Peaux-Rouges.
(Hector France, Chez les Indiens)
Chacun voulant, avant tout, avoir en mariage une femme non seulement vierge mais intacte dans tous les sens du mot, une femme, comment dirai-je ? qui n’ait point été… tripotée.
(Marcel Prevost)
Trou de balle
Delvau, 1866 : s. m. Le podex, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Trou du souffleur et Trou de bise.
Virmaître, 1894 : Le derrière. On dit aussi : la lumière (Argot du peuple).
France, 1907 : Anus. On dit aussi trou d’Aix, trou du souffleur, trou de bise.
Pour lors, on a fait respirer à Ressegnier un litre de vinaigre et un kilo de sels anglais, après quoi on l’a palpé sur toutes les coutures ; — seul, le trou de balle, dont la nature l’a orné, dénotait quelque chose de pas normal.
(La Sociale)
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