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Frousse

Larchey, 1865 : Peur, frisson. — Du vieux mot frillouseté : sensibilité au froid. V. Frileux.

Delvau, 1866 : s. m. Peur, frissonnement, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Peur, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Peur.

Virmaître, 1894 : V. Taf.

Hayard, 1907 : Peur.

France, 1907 : Peur, corruption du veux français frillouse, frisson.

Ces braves parlementaires ont, à l’heure qu’il est, une telle frousse des socialistes qu’ils se résigneront peut-être, quand même, à de petites concessions.
Essayons toujours de leur mettre le feu sous le ventre. Répétons-leur sur tous les tons, cornons-leur aux oreilles que c’est un devoir élémentaire pour un gouvernement d’occuper les travailleurs ; que, lorsqu’il y a foule sur les chantiers, le désert se fait dans les syndicats et dans les boites à discours, et qu’un état social, où des gens qui ne demandent qu’à travailler, qui sont vigoureux, intelligents et honnêtes, n’ont pas la certitude de gagner le pain quotidien, est une honte pour la civilisation et ne peut finir que par un chambardement général.

(François Coppée)

C’était la pâtée et la niche,
Soit ! Mais être comme un caniche,
Caressant du soir au matin,
Et caressé ; n’avoir la frousse
Ni des pantes ni de la rousse ;
De caniche passer mâtin.

(Jean Richepin)

En France, aussi, on a vu des zigues pareils, Mandrin, Cartouche, etc. On connait leur histoire. On sait la frousse qu’ils foutaient aux richards, et combien ils étaient dans les papiers du populo.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

On dit aussi sainte frousse : être pris d’une sainte frousse.

Ô joie immense ! immense joie !
Voici le premier jour de l’an !
À ce bonheur que Dieu m’envoie
Je réponds… sans le moindre élan.
Mais pourtant la chose m’est douce
De songer que chacun chez lui
Se lève avec la sainte frousse
De cette fête d’aujourd’hui.

(Jacques Rédelsperger)

anon., 1907 : Peur.

Matérielle

Fustier, 1889 : « Et alors, quelques malheureux pontes… se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle. »

(Belot, La Bouche de Madame X)

France, 1907 : Gain modeste et journalier des pontes vivant sur les maisons de jeu. Faire sa matérielle, gagner sa journée au jeu.

— Je vous ferai remarquer que si ma maîtresse avait cinquante ans, je ne serais pas obligé de jouer : j’espère qu’elle subviendrait amplement à mes besoins, car je ne joue pas pour m’amuser, je joue pour gagner ma matérielle, pour vivre, en un mot.

(Maurice Donnay)

Quelques malheureux pontes se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle.

(Adolphe Belot, La Bouche de Madame X.)

— Quels sont les habitués ?
— Les boursiers, des entrepreneurs aux affaires compromises, des commerçants aux abois, des fils de famille dont le cercle est la profession… Ils y déjeunent, ils y font leur courrier ou un somme sur un confortable divan de moleskine, et y gagnent leur matérielle — c’est-à-dire les deux ou trois louis quotidiens nécessaires à leurs dépenses en dehors du cercle — avant ou après le dîner, selon la chance…

(Edmond Lepelletier)

Mettre au rancart

France, 1907 : Mettre de côté.

C’est le vice capital de notre théâtre, de notre littérature romanesque, de faire consister l’existence dans un événement aussi mesquin que l’adultère. Non ! l’humanité n’est pas enserrée dans les jambes illicitement offertes d’une femme mariée et les êtres ne sont pas hypnotisés par la contemplation d’un organe placé au-dessous d’un nombril.
Il y a autre chose dans nos préoccupations que le rapport des sexes. Regardez autour de vous, interrogez-vous, lecteur, et demandez-vous si les questions du salaire, du pain quotidien, si le souci de l’avenir, l’éducation des enfants, si la santé, si même le jeu, la spéculation, l’ambition, et encore la politique, le patriotisme, la religion, si, pour quelques-uns, la littérature, l’art, si, pour le plus grand nombre, les affaires, le métier, la profession, le « business », ne tiennent pas plus de place dans l’existence, ne sont pas la « vie » cent fois plus que le déraillement conjugal dont cent auteurs, à côté de l’observation vraie et de l’humanité surprise dans sa sincérité, ont fait le pivot de toute action dramatique, le moule de toute action humaine, le ressort vital ? Quand mettrons-nous au rancart cette trop vieille catachrèse ?

(Jean de Montmartre)

Mettez au rancart, Miss, les évangiles,
Pour un idéal moins marmoréen,
Prenez pour appui des bras moins fragiles
Que les bras troués du Nazaréen.

(Gringoire)

Nègre

d’Hautel, 1808 : Traiter quelqu’un comme un nègre. Le traiter d’une manière très-rigoureuse ; le maltraiter.

Virmaître, 1894 : Heure de minuit, à laquelle l’obscurité est la plus profonde (Argot des voleurs).

France, 1907 : « Corruption du mot nec, qui lui-même est une abréviation de nec plus ultra. En parlant d’un objet remarquable, on dit : « C’est le nègre ! » Le mot s’emploie au féminin. On dit : « J’ai la pipe négresse », c’est-à-dire la plus belle pipe et non, comme on pourrait le croire, la pipe la mieux culottée. »

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : Dans l’argot littéraire, c’est un débutant de lettres ou un besoigneux qui travaille pour le compte d’un « littérateur arrivé ». Celui-ci l’appelle son secrétaire, secrétaire dont la fonction est d’écrire moyennant un mince salaire des romans-feuilletons qui le patron signe et dont il empoche le profit. Auguste Maquet fut longtemps le nègre d’Alexandre Dumas père. De nos jours, nombre de romanciers populaires dont on adore sinon les œuvres, mais la fécondité, n’obtiennent cette fécondité que grâce à une dizaine de nègres.

Le nègre se tue à ce métier, qui lui assure le pain quotidien, mais qui donne à l’exploiteur des bénéfices considérables ; un feuilleton qui était payé en moyenne vingt mille francs à d’Ennery lui en coûtait à peine cinq cents. Il n’est personne qui ne connaisse cet étrange commerce. Je pourrais citer les nègres qui sont morts, à bout de surmenage…

(Don Juan)

France, 1907 : Domestique pour les dures besognes, souffre-douleur.

À Paris y a des quartiers
Où qu’les p’tiots qu’ont pas d’métiers
I’s s’font pègre ;
Nous, pour pas crever la faim,
À huit ans, chez un biffin
On est nègre…

(Aristide Bruant)

Pain quotidien (le)

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, qu’un mari et une femme, ou plutôt un amant et une maîtresse accomplissent volontiers chaque jour, matin et soir, sans y manquer, — de peur de laisser mourir leur amour d’inanition.

Le mari et la femme, cela est bon, vois-tu, mais il n’est pas encore si bon que les autres, à cause qu’il est plus ordinaire et que c’est leur pain quotidien.

(Mililot)

La plus aimable des comtesses,
Ne refusez pas votre bien ;
Tous les jours quatre politesses
Seront votre pain quotidien.

(Collé)

Politesse (faire une)

Delvau, 1864 : Décaloter son prépuce en bradant devant une femme, et le lui introduire dans le vagin, pour lui prouver tout son respect — et la faire jouir par la même occasion.

J’m’offre à lui faire un’ politesse :
Ell’ m’répond oui modestement.

(Chanson anonyme moderne)

Il a voulu de quelque politesse
Payer au moins les soins de son hôtesse.

(Voltaire)

Tous les jours quatre politesses
Seront le pain quotidien.

(Collé)

Quotidien

d’Hautel, 1808 : C’est son pain quotidien. Pour dire, c’est son ouvrage habituel, ce qui le fait subsister.

Tube

Halbert, 1849 : Fusil.

Delvau, 1866 : s. m. Le gosier, — dans l’argot des faubouriens. Se rincer le tube. Boire. Se coller quelque chose dans le tube. Manger. Signifie aussi Voix.

Delvau, 1866 : s. m. Nez, — dans l’argot des marbriers de cimetière. Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Nez. Se piquer le tube, se griser.

La Rue, 1894 : Gosier. Nez. Fusil. Chapeau.

Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. On dit aussi : tuyau de poêle (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Le gosier. Dans le peuple, on dit deo celui qui a le ventre creux :
— Il n’a rien à se mettre dans le tube.
Boire un bon coup, c’est se rincer le tube.
— Il est quatre heures, je vais me coller un peu de fripe dans le tube.
Mot à mot : je vais manger (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Chapeau haut-de-forme, nez.

France, 1907 : Gosier. Se coller quelque chose dans le tube, boire ou manger. Argot populaire.

La gamelle a du bon, mes fistons, et la preuve c’est que le prince d’Orléans, qui a pourtant mieux que ça à se coller dans le tube, est venu réclamer la sienne quand il a eu l’âge d’en boulotter.

(Monthabor, La Vie au régiment)

France, 1907 : Même sens que tubard ; le digue pendant de l’ignoble habit à queue de morue.

— Mon horreur pour le chapeau noir surpasse de 69 coudées 7 dixièmes la haine que Jules Lemaître professe à l’égard du même objet. Je demande pour le ridicule couvre-chef une nouvelle Saint Barthélémy !
— Parfait !
— Ce que je n’admets surtout pas, c’est la consécration tyrannique du tube par le protocole de la snoberie moderne. Certaines gens ne peuvent récupérer leur pain quotidien que si, malgré le délabrement de leur costume, ils sont coiffés de ce monstrueux cylindre !

(George Auriol)

Son successeur est un tub très à la mode,
Digne d’être chanté sur le rythme d’une ode,
Au dernier goût du jour et d’un chic élégant ;
Il luit plus qu’un miroir, il me va comme un gant.

(George Bois, Cœur au vent)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique