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Compositrice

Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.

Pacant

d’Hautel, 1808 : Un pacant, un lourdaud, homme sans intelligence, sans pénétration, d’un sens et d’un esprit très-bornés.

anon., 1827 : Un passant.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Passant.

Bras-de-Fer, 1829 : Un passant.

Delvau, 1866 : s. m. Paysan, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi Palot.

Rigaud, 1881 : Paysan, — dans le jargon des voleurs. — Intrus, maladroit, lourdaud.

Mais ce pacant-là va tout gâter.

(Balzac, Pierre Grassou)

France, 1907 : Paysan, individu grossier, lourd, butor, et, par extension, un intrus ; argot des voleurs ; vieux français, du latin paganus.

— Ce pacant-là va tout gâter.

(Balzac)

Se dit aussi pour passant.

Pacant, pâlot

La Rue, 1894 : Paysan.

Pacaut ou palot

Halbert, 1849 : Homme de campagne.

Pallot

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Halbert, 1849 : Paysan.

Larchey, 1865 : Paysan (Vidocq). — Au moyen âge, palot signifiait bêche. V. Roquefort.

Palot

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, un rustre, un lourdaud ; homme brusque et grossier, sans principes ni instruction.

Pâlot

La Rue, 1894 : Paysan.

Pâlot, pâlotte

Rigaud, 1881 : Paysan, paysanne ; de palea, paille.

Pâlote

La Rue, 1894 : Lune.

Pâlotte (la)

Rigaud, 1881 : La lune, — dans le jargon des voleurs.

Saigner aux quatre veines (se)

France, 1907 : S’imposer des privations pour quelqu’un. C’est l’habitude des mères de se saigner aux quatre veines pour leurs fils qui les payent parfois en ingratitude.

Toute pâlotte en sa robe noire, ses cheveux blonds décolorés par l’anémie des miséreux, mais frisottés sur le front et noués bas sur la nuque, elle inspira un goût à son chef de rayon, qui se l’offrit.
On me se défend pas longtemps quand il faut garder sa place pour manger.
Lorsqu’il la vit enceinte, le chef la remplaça. C’est à l’hospice qu’elle mit au monde un misérable gosse à moitié déformé par le buse du corset désespérément serré pour dissimuler la grossesse interdite.
Puis, elle se saigna aux quatre veines — comme dit le peuple en ses locutions imagées — pour envoyer son petit en nourrice à la campagne, proche Paris.

(Marco, Le Journal)

Trotter (se)

Rigaud, 1881 : Déguerpir, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

La Rue, 1894 : Aller. Aller vite. Partir. S’enfuir.

France, 1907 : S’en aller, s’enfuir, ou simplement marcher.

Mélie, un bout de femme pâlotte, aux joues piquetées de taches de rousseur, aux lèvres friandes, d’une joliesse de petite bouquetière vicieuse et qui, dans sa robe nuptiale, avait l’air de s’être déguisée pour quelque chahut de mi-carême plutôt que de revenir de l’église, s’était tranquillement trottée en même temps que le trombone de l’orchestre, un solide garçon dont la tête faisait penser aux images qui ornent les romances sentimentales.

(Champeaubert, Le Journal)

Se dépêcher.

Quand je sors, c’est avec orgueil
Que je me mets en grand’ tenue ;
Les p’tits tendrons me font de l’œil,
J’vous avou’ qu’mon cœur éternue,
Mais sitôt rentré, cré mâtin !
Faut qu’aux écuri’s je me trotte,
Et quand je lav’ le cul d’Cocotte,
Pour l’amour j’n’ai plus de béguin !

(Rosario)


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