Virmaître, 1894 : Les Lyonnais emploient cette expression pour dire qu’une fille a perdu tout droit à la fleur d’oranger (Argot du peuple). N.
Avoir vu péter le loup sur une pierre de bois
Bête épaulée
Delvau, 1866 : s. f. Fille qui, le jour de ses noces, n’a pas le droit de porter le bouquet de fleurs d’oranger, — dans l’argot du peuple, cruel quand il n’est pas grossier.
Casser sa cruche
Delvau, 1866 : v. a. Perdre le droit de porter le bouquet de fleurs d’oranger, — dans l’argot du peuple, qui interprète à sa manière le tableau de Greuze.
Casser son sabot
Delvau, 1866 : v. a. Perdre le droit de porter un bouquet de fleur d’oranger, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Perdre sa virginité.
Chinois
d’Hautel, 1808 : Un Chinois de paravent. Nom injurieux que l’on donne à un bambin, à un homme petit, laid, difforme et ridicule, comme on nous représente les Chinois.
Delvau, 1864 : Le vit, toujours chauve — par la tête — et pour qui le con est le céleste empire. On dit : se polir, ou se balancer le Chinois, pour se branler.
Larchey, 1865 : Homme original, fantasque.
Là-dessus, v’là mon Chinois qui se fâche.
(Monselet)
Delvau, 1866 : s. m. Original ; quidam quelconque, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Chinois de paravent.
Delvau, 1866 : s. m. Petite orange verte, confite dans l’eau-de-vie, qui est, à ce qu’il paraît, le produit d’un oranger particulier, le citrus vulgaris chinensis, le bigaradier chinois.
France, 1907 : Cafetier.
France, 1907 : Homme bizarre, singulier, original. On dit aussi : Chinois de paravent. Allusion aux Chinois que l’on représente spécialement sur les paravents.
France, 1907 : Petite orange confite dans l’eau-de-vie.
Fleur d’oranger
Delvau, 1864 : Fleurs blanches qu’une fille porte sur la tête le jour de son mariage, pour dire à tout le monde : Je n’ai pas encore été baisée ; j’ai toujours gardé ma fleur et mon fruit… défendu. — Laissons passer et disons avec Commerson :
Le bouquet de fleurs d’oranger est le cynisme de la vertu.
Jeter son bonnet par dessus les moulins
Delvau, 1866 : Dire adieu à la pudeur, à l’innocence, et, par suite au respect des honnêtes gens, et se lancer à cœur perdu dans la voie scabreuse des aventures amoureuses. Argot du peuple.
Virmaître, 1894 : Traîner sa fleur d’oranger dans les ruisseaux (Argot du peuple).
Laisser aller le chat au fromage
Delvau, 1866 : Perdre tout droit à porter le bouquet de fleurs d’oranger traditionnel. L’expression est vieille, — comme l’imprudence des jeunes filles. Il y a même à ce propos, un passage charmant d’une lettre écrite par Voiture à une abbesse qui lui avait fait présent d’un chat : « Je ne le nourris (le chat) que de fromages et de biscuits ; peut-être, madame, qu’il n’était pas si bien traité chez vous ; car je pense que les dames de *** ne laissent pas aller le chat aux fromages et que l’austérité du couvent ne permet pas qu’on leur fasse si bonne chère. »
France, 1907 : Se dit d’une fille qui se laisse prendre ce qu’elle ne peut donner qu’une fois… et continue.
Mère-abbesse
Delvau, 1866 : s. f. Grosse femme qui tient un pensionnat de demoiselles — indignes d’orner leur corsage du bouquet de fleurs d’oranger traditionnel. L’expression se trouve dans Restif de la Bretonne.
Oranger
Delvau, 1866 : s. m. La gorge, — dans l’argot de Breda-Street. M. Prudhomme, dans un accès de galanterie, s’étant oublié jusqu’à comparer le buste d’une belle femme au classique « jardin des Hespérides », et les fruits du jardin des Hespérides étant des pommes d’or, c’est-à-dire des oranges, on devait forcément en arriver à prendre toute poitrine féminine pour un oranger.
Oranger de savetier
Delvau, 1866 : s. m. Le basilic, — dans l’argot des faubouriens, qui connaissent l’odeur exquise de l’ocymum, bien faite pour neutraliser celle des cuirs amoncelés dans les échoppes de cordonnier. On le dit aussi du réséda.
Rigaud, 1881 : Basilic.
Virmaître, 1894 : Pied de sarriette, que les savetiers placent dans leur échoppe à côté d’eux (Argot du peuple).
France, 1907 : Réséda ou basilic.
Perdu (l’avoir)
Delvau, 1866 : N’avoir plus le droit de porter à son corsage le bouquet de fleurs d’oranger symbolique. Argot des bourgeois. On dit de même, en parlant d’une jeune fille vierge : Elle l’a encore. Je n’ai pas besoin d’ajouter que, dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit de Pucelage.
Petite Provence
France, 1907 : « Il y a, dans le jardin du Luxembourg, derrière l’ancienne Orangerie, aujourd’hui arrangée en Musée des artistes vivants, une allée large, bien sablée, sans arbres, et doucement baignée de soleil, dans les heures, trop rares, où il daigne sourire aux Parisiens. Le long du bâtiment, règne une série de bancs de pierre encastrés dans la muraille, exposés en plein midi, abrités du vent froid et tout de suite tiédis par le moindre rayon. On trouve des coins semblables dans la plupart des promenades publiques, et tous ont reçu, comme celui-ci, le nom de Petite Provence. Les nourrices et les bonnes d’enfants s’y donnent, naturellement, rendez-vous et l’on y rencontre aussi quelques vieilles gens qui viennent là distraire leur tristesse oisive et chauffer leurs rhumatismes. »
(François Coppée)
Rigolboche
Larchey, 1865 : Amusant drôle. — Diminutif de rigollot.
C’était au Prado… La querelle allait son train… Les agents s’approchèrent… Laissez-les donc ! m’écriai-je, sans doute inspirée, c’est bien plus rigolboche ! — Le mot fut sur-le-champ acclamé. — Marguerite, me dit C., tu viens de créer un mot qui fera fortune.
(1860, Mémoires de Rigolboche)
Rigaud, 1881 : Partie de plaisir, partie fine, et, en général, toute partie où l’on rigole, — dans le jargon du peuple.
On va trimbaler sa blonde, mon vieux ; nous irons lichoter un rigolboche à la place Pinel.
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
La Rue, 1894 : Très amusant, drôle.
Virmaître, 1894 : Quelque chose de supérieurement amusant, beaucoup plus fort que rigolo. Rigolboche était connue à Bullier sous le nom de Marie la Huguenote ; ce nom lui venait de ce qu’elle protestait sans cesse quand le municipal la rappelait à l’ordre ou plutôt à la décence. Elle débuta aux Délassements-Comiques en 1860 sous le nom de Rigolboche. On la nommait aussi Boboche. Ce n’est pas elle l’inventeur de ce mot ; il était connu dans les ateliers depuis 1840. On dit également, pour affirmer que l’on s’est bien amusé :
— Nous avons rudement rigolboché (Argot du peuple).
France, 1907 : Amusant, drôle. C’est le sobriquet donné à une danseuse de bal public qui, par sa gaité et ses entrechats, obtint une célébrité de bastringue sous le second empire.
Rigolboche était une Aspasie de cinquantième ordre, laide comme le péché mortel, sans grâce, sans esprit, puisant ses inspirations fantaisistes dans l’absinthe ; tout son talent consistait à lever la jambe et à chahuter. Ce n’était pas du nouveau ; dans le plus ignoble des bals de barrière, on pouvait en voir autant pour deux sous. Pendant une année Bo-boche, pour les dames, eut un succès fou ; elle publia ses mémoires, fabriqués par un homme de lettres aujourd’hui chevalier de la Légion d’honneur, et rédacteur, depuis quinze ans, d’un journal radical. Rigolboche, tant l’imbécillité de certaines gens est grande, était assaillie de déclarations ; plusieurs fils de famille faillirent se brûler la cervelle pour elle, plusieurs parlaient de l’épouser, pas à la fois, ce qui ne l’aurait pas effrayée, mais sérieusement devant le maire. Je vois d’ici Rigolboche en toilette de mariée, la fleur d’oranger au côté, pinçant un cavalier seul en allant à l’église !
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Sang bleu
France, 1907 : Nobles : ils sont censés avoir le sang d’une autre nuance que le commun des mortels.
À vrai dire, ce que nous appelons vertu chez la femme, ne se rencontre guère : il n’y a que des tempéraments. C’est comme le fond de toutes les convictions politiques, religieuses, sociales. Fouillez tout cela, vous trouvez l’intérêt. Combien de nos plus farouches républicains seraient pus royalistes que le roy si les chroniques du canton relataient que le vidame de leur village a violé la gardeuse d’oies, leur trisaïeule, et que peut-être coulent dans leurs roturières veines quelques parcelles de sang bleu ; de même, combien de vieilles filles portées en terre, dignes de ceindre la couronne d’oranger, parce qu’elles ont manqué du sixième sens ou de l’occasion larronnesse, ou encore résisté vaillamment à l’attaque à cause de la lune nouvelle.
(Hector France)
Schnaps
France, 1907 : Eau-de-vie de grains de seigle fabriquée en Russie. Mot importé par les soldats de la Grande Armée, et par extension toute espèce d’eau-de-vie.
Les femmes d’aujourd’hui, les ouvrières et femmes du peuple, sans compter les autres vous sirotent l’absinthe et le vermouth, l’eau-de-vie et le tord-boyaux, le schnick et le schnaps, comme celles d’autrefois vous auraient lampé de la fleur d’oranger.
(Albert Cim, Émancipées)
Voir la lune
Virmaître, 1894 : Quand une femme a vu cet astre, sa fleur d’oranger n’existe plus. On dit, et c’est plus juste :
— Elle a vu la comète.
Inutile d’insister (Argot du peuple).
France, 1907 : Même sens que voir le loup.
Y avoir passé
Delvau, 1866 : Se dit — dans l’argot du peuple — d’une jeune fille qui n’est plus digne de porter à son corsage le bouquet de fleurs d’oranger emblématique.
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