Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Butté (être)

anon., 1827 : Être guillotiné.

France, 1907 : Être guillotiné, être assassiné.

Il suppute les heures, maintenant, comme il comptait les jours sur ses doigts, calculant qu’il cause de l’exécution d’Albi, les « bois » n’arriveraient qu’à telle date et que ce serait pour tel matin. Alors à sa mère, à son avocat, il disait : « Je serai butté ; soyez donc calmes ! et laissez-moi me préparer à sauter le pas sans trop me faire de bile ! »

(Le Voltaire)

Le patron de l’hôtel accourut, furieux, gesticulant.
— Encore un homme buté chez moi ! cria-t-il. Qui a fait le coup ? On fermera l’hôtel, sûr !

(Félix Pyat)

Hégélien, hégélienne

France, 1907 : Ce qui se rapporte au célèbre professeur allemand Hegel, qu’on peut appeler le père du socialisme moderne, père inconscient qui certainement renierait ses enfants.

Notre Proudhon, comme Marx et Bakounine, tient de Hegel. Formidable filiation ! L’honnête bourgeois de qui Hegel élevait les enfants, du temps qu’il concevait son principe, se fût évanoui d’horreur s’il avait imaginé ce qui naissait sous son toit. Mais Hegel lui-même ne soupçonnait pas les conséquences de l’idée qu’il élaborait. Le père spirituel de tant de révolutionnaires n’aimait pas les révolutions, et le gouvernement prussien de la Restauration le tenait pour son ferme soutien.
La voilà bien, cette belle ironie que nous signalions : l’idée hégélienne, bienfait ou fléau, a traversé le monde, saccageant et fécondant sans que son auteur se soit même douté de conséquences qu’il n’avait pas prévues et qu’avec tout son génie il eût été incapable de modifier. Selon les milieux et les tempéraments où elles se combinaient, l’idée hégélienne s’est résolue en ces formes opposées, le collectivisme et l’anarchie. Les transformations imprévues, l’idée hégélienne est appelée à les dépasser. Selon nous et conformément à la dialectique du maître, elle va concilier ses contrariétés, par une évolution plus surprenante encore, dans le fédéralisme.
L’atmosphère française est toute chargée de Rousseau. C’est dans un tel milieu que se combina l’idée hégélienne. Nos différents socialismes, en effet, sont la sensibilité de Rousseau ordonnée par la dialectique de Hegel. De telle sorte que s’ils parlaient un langage exact, les tribuns de la transformation sociale ne devraient pas dire : « Nous autres petits-fils de la Révolution », car cela n’est vrai que des bonapartistes, des orléanistes, ou des républicains parlementaires, c’est-à-dire des conservateurs des anciennes formes politiques et économiques ; mais un révolutionnaire français, qu’il soit collectiviste, ou fédéraliste, ou anarchiste, doit se réclamer de Rousseau pour sa sentimentalité, et de Hegel pour sa dialectique.

(Maurice Barrès)

In fidelium (passer quelque chose)

France, 1907 : Traiter un sujet à la légère. L’on trouve dans Pasquier l’origine de cette expression :

Quand au lieu de nous acquitter de plusieurs charges auxquelles nous sommes obligés, nous les passons à la légère, on dit que nous les avons toutes passées par un fidelium. Il ne faut pas douter que nous n’ayons emprunté ce proverbe des fautes que font quelques curés quand ils ne s’acquittent pas de ce qu’ils doivent aux morts ; car comme il arrive qu’il y a tant d’obitz fondés dans une église, que dans le siècle du temps il est très difficile de s’en acquitter, où bien que la négligence des ecclésiastiques est très grande, nos anciens ont dit que tout cela se passait par un fidelium, qui est la dernière oraison dont on ferme les prières des morts, voulant dire que l’on avait employé une seule messe des morts pour tous les autres. Le même proverbe a été en usage dans toutes les autres affaires où l’on commet de semblables fautes.

(Recherches de Pasquier)

Passer par un fidelium

France, 1907 : Un fidelium est le nom de la dernière oraison dont on ferme les prières des morts dans l’Église romaine. Nombre de prêtres ayant plusieurs messes de mort à dire se débarrassaient de leur besogne et passant de suite à l’un fidelium. Aussi, quand au lieu de s’acquitter de plusieurs choses auxquelles on est obligé, on s’en exempte en passant rapidement à la dernière, on dit qu’on les a passées par un fidelium.

Porte

d’Hautel, 1808 : Assemblage de bois ou de fer qui tourne sur des gonds ; que l’on ouvre trop souvent aux importuns, et que l’on ferme trop facilement à la détresse et à la pauvreté.
Prendre le chemin de la porte. S’esquiver, s’échapper, fuir à bas bruit.
Il faut une porte ouverte ou fermée. Pour dire il faut se déterminer à quelque chose, prendre un parti quelconque.
Porte de derrière. Subterfuge, faux fuyant.
Il a écouté aux portes. Se dit par ironie de quelqu’un qui a mal entendu, mal compris ce qu’on lui a dit.
Enfoncer une porte ouverte. Faire de grands efforts, pour venir à bout d’une chose qui n’offre aucun obstacle.
Agréable comme la porte d’une prison. Se dit d’une personne brusque et rebutante, que l’on ne peut aborder.
Il va de porte en porte comme le pourceau de Saint-Antoine. Se dit d’un parasite, d’un écornifleur, d’un homme qui vit d’aumône.

Verseuse

Fustier, 1889 : « Il fréquente les établissements dits cafés à femmes, où les garçons sont remplacés par des demoiselles appelées verseuses. »

(Frondeur, 1880)

France, 1907 : Servante de brasserie.

La brasserie de femmes est infiniment plus périlleuse pour le jeune homme que la maison fermée.
La verseuse procure au naïf collégien l’illusion d’une femme libre d’aimer qui lui plait ; elle sait provoquer la jalousie du jouvenceau ; elle arrive à le dominer en paraissant accorder à d’autres consommateurs des privautés que, du reste, son métier l’oblige à laisser prendre à tout venant et qu’elle ne peut refuser sans encourir le blâme et la disgrâce des patrons.

(M. Goron)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique