d’Hautel, 1808 : Un artichaut. Pour dire un nigaud, un homme maladroit et ignorant ; un sot ; un imbécile. Ce mot est très à la mode parmi le peuple de Paris.
Artichaut
Attrappe-minette
d’Hautel, 1808 : Attrappe-nigaud ; niaiserie, manège grossier auquel les ignorans et les sots peuvent seuls se laisser prendre.
Badaud
d’Hautel, 1808 : Niais, dandin, nigaud, hébété.
Les badauds de Paris. Sobriquet injurieux que l’on donne aux Parisiens à cause de leur frivolité ; et de la surprise qu’ils témoignent sur les choses les moins dignes de fixer l’attention.
Si les Parisiens, hors de leur ville, passent pour badauds aux yeux des étrangers, combien ceux-ci ne le paroissent-ils pas davantage aux Parisiens, en arrivant dans la grande ville ?
Badauderie
d’Hautel, 1808 : Niaiserie, nigauderie, sottise.
Bayer
d’Hautel, 1808 : Baye, Colas ! Espèce d’interjection dont on se sert en parlant à un ébaubi, à un nigaud qui a constamment la bouche béante et qui semble n’avoir jamais rien vu que par le trou d’une bouteille.
Bayer aux mouches, aux corneilles. Niaiser, s’amuser à des frivolités, à des bagatelles ; admirer sottement une chose peu digne de fixer les regards.
Beribono
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme simple.
France, 1907 : Nigaud.
Bestiole
d’Hautel, 1808 : Diminutif badin, Nigaude, petite fille simple et crédule.
Delvau, 1866 : s. f. Petite bête, au propre et au figuré, — dans l’argot du peuple, qui a parfois des qualificatifs caressants.
France, 1907 : Petite bête.
Borne
d’Hautel, 1808 : Il est planté là comme une borne. Se dit d’un nigaud ; d’un homme niais et emprunté, qui n’ose remuer de l’endroit où il se trouve, qui ne sait quelle contenance tenir en société.
Chose, machin, machine
d’Hautel, 1808 : Ces mots sont d’un grand secours dans le langage du peuple ; on pourroit presque dire dans la conversation familière. En effet, ils suppléent continuellement à tous noms quelconques d’objets ou de personnes que la mémoire ne présente pas à l’instant.
Dites à Chose, à Machin ou Machine de s’occuper de cela. C’est chose, Machin ou Machine qui a fait cela. Pour c’est un tel ou une telle.
On dit aussi que l’On travaille pour l’intérêt de la chose, pour dire l’intérêt d’une affaire, le bien commun.
Avoir l’esprit à sa chose. C’est-à-dire être très assidu à son ouvrage.
On dit d’un homme maladroit, ou qui a un maintien gauche et emprunté, qu’il a l’air d’un chose, pour dire d’un nigaud, d’un stupide, d’une bête.
Colas
d’Hautel, 1808 : Un grand Colas. Terme de raillerie qui a la même signification que grand dadais, nigaud, badaud, homme d’une extrême simplicité d’esprit.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Le cou. Faire suer le colas, égorger, couper le cou.
Halbert, 1849 : Le cou.
Delvau, 1866 : s. m. Cou, — dans le même argot [des voleurs]. Faucher le colas. Couper le cou. On dit aussi le colin.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, ou seulement homme timide, — dans l’argot du peuple, qui aime les gens dégourdis. Grand Colas. Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.
France, 1907 : Niais, benêt de village. Faire bailler le colas, couper la gorge. Allusion soit au cou, soit au mot Colas, la victime étant, aux yeux de l’assassin, toujours un niais, c’est-à-dire un pante.
Colin-maillard (jeu de)
France, 1907 : Jean Colin Maillard était un chevalier du pays de Liège qui vivait vers la fin du Xe siècle. Doué d’une force herculéenne, il avait coutume de se battre avec un énorme maillet ou maillard ; de là son surnom. Ayant eu les deux yeux crevés dans une bataille contre le comte de Louvain, il continua de combattre, frappant à l’aventure sur l’ennemi.
C’est à cette particularité dramatique qu’on fait remonter l’origine de ce jeu si cher aux enfants petits et grands.
Les yeux bandés, le bras tendu,
Colin-maillard court à la ronde,
À la ronde il court éperdu,
Au grand plaisir du petit monde,
Quand il croit surprendre une main,
Sur un croc-en-jambe il trébuche ;
Et nigaud, d’embûche en embûche,
Mesure en chutes son chemin.
Et c’est le monde, et c’est la vie :
Le jeu d’enfants que chaque jour
Nous revoyons avec envie,
Nous le rejouons dans l’amour.
(Albert Gros)
… Ce qui est plus extraordinaire, c’est le jeu de colin-maillard qu’on joue ensuite après être passé au salon, quand portes et fenêtres sont bien closes et gens de maison partis. Le sort désigne d’abord celui qui, les veux bandés, doit prendre un camarade ou une amie.
Dès qu’il tient une victime, sa main ne doit la reconnaître qu’à ce signe particulier qui, jusqu’a ce jour, ne nous avait paru appelé qu’à distinguer les sexes. Mais, pour diminuer les difficultés, il a le droit de pousser aussi loin qu’il le juge nécessaire ses précieuses investigations.
(Gil Blas)
Coquardeau
Delvau, 1864 : Galantin, nigaud, bavard. — Gavarni a cru inventer Monsieur Coquardeau : il se trouvait déjà dans Rabelais.
Delvau, 1866 : s. m. Galant que les femmes dupent facilement, — dans l’argot du peuple. Le mot n’est pas aussi moderne qu’on serait tenté de le croire, car il sort du Blason des fausses amours :
Se ung coquardeau
Qui soit nouviau
Tombe en leurs mains,
C’est un oyseau
Pris au gluau
Ne plus ne moins.
France, 1907 : Mari trompé ; jeune imbécile qui se laisse facilement duper par les femmes. Le mot est vieux. Delvau et Lorédan Larchey citent ce sizain du moyen âge, tiré du Blason des fausses amours :
Se ung coquardeau
Qui soit nouviau
Tombe en leurs mains,
C’est un oyseau
Pris au gluau,
Ne plus ne moins.
Cornichon
d’Hautel, 1808 : Petit concombre propre à confire. On dit ironiquement, bassement et figurément d’un homme niais, inepte, inhabile à faire quelque chose : C’est un cornichon, il a l’air d’un cornichon, il est bête comme un cornichon.
Vidocq, 1837 : s. m. — Veau.
Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel les femmes aiment à accommoder leur viande.
Larchey, 1865 : Veau (id.). — Mot à mot : fils de cornante. — Cornichon : Niais (d’Hautel, 1808).
Jour de Dieu ! Constantin, fallait-il être cornichonne.
(Gavarni)
Cornichon : Élève de l’École militaire.
Une fois en élémentaires, il se bifurque de nouveau en élève de Saint-Cyr ou cornichon, et en bachot ou bachelier ès-sciences.
(Institutions de Paris, 1858)
Delvau, 1866 : s. et adj. Nigaud, homme simple, qui respecte les femmes, — dans l’argot de Breda-Street ; parfois imbécile, — dans l’argot du peuple, qui juge un peu comme les filles, ses filles.
Delvau, 1866 : s. m. Veau. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Aspirant à l’École militaire de Saint-Cyr.
France, 1907 : Niais, nigaud ; argot populaire.
Vous me disiez qu’il y a je ne sais combien de siècles, un vieux c…ornichon, qui faisait de la menuiserie, et qui s’appelait Joseph, avait épousé une petite brune… et que la petite brune avait fait la connaissance d’un pigeon, qui était le Saint-Esprit… et qu’à la suite de cette affaire votre idiot de menuisier était devenu pa ju d’un petit Jésus, sans avoir eu à en prendre la peine… et que la petite brune était restée demoiselle comme avant.
(Léo Taxil, Le Sacrement du Curé)
France, 1907 : Sobriquet donné par les potaches aux candidats à l’École de Saint-Cyr.
Le monôme des candidats à Saint-Cyr, autrefois dit le monôme des cornichons, a eu lien comme d’habitude. Plus de neuf cents jeunes gens y ont pris part. Les cornichons s’étaient réunis place du Panthéon. Ils se sont mis en marche à quatre heures et demie, précédés et flanqués de nombreux gardiens de la paix. En tête, un candidat portait un magnifique drapeau en soie frangé d’or, sur lequel on lisait : « Les candidats de Saint-Cyr — 1893. »
(Gaulois)
Couenne
d’Hautel, 1808 : Peau de Pourceau. On dit grossièrement d’un homme peu industrieux ; d’un nigaud, d’un maladroit, d’un sot, qu’il est couenne ; qu’il est bête comme une couenne.
Se ratisser la couenne. Pour, se raser le visage, se faire la barbe.
Delvau, 1864 : Le membre viril, — une cochonnerie.
Larchey, 1865 : « On dit d’un nigaud, d’un maladroit, d’un sot qu’il est couenne. » — d’Hautel, 1808. — V. Coenne.
Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, niais, homme sans énergie, — dans l’argot des faubouriens, qui pensent comme Émile Augier (dans la Ciguë), que « les sots sont toujours gras ».
Delvau, 1866 : s. f. Chair, — dans l’argot du peuple. Gratter la couenne à quelqu’un. Le flatter, lui faire des compliments exagérés.
Rigaud, 1881 : Niais.
Est-il couenne, ce petit N… de D… là…, ça lui fait de la peine quand on bat les autres.
(Eug. Sue. Misères des enfants trouvés.)
Rigaud, 1881 : Peau. — Se racler la couenne, se raser.
France, 1907 : Chair. Gratter, racler ou ratisser la couenne, raser. Se dit aussi pour flatter, dans le même sens que passer la main dans le dos.
France, 1907 : Sot, lourdaud, à l’intelligence épaisse comme la peau du porc.
Oui, y a pas d’doute, à ton accent
On voit qu’t’es faubourien pur sang ;
T’es éveillé, t’as pas l’air couenne,
T’es p’t’êtr’ du quartier Saint-Antoine.
(A. Bruant et J. Jouy)
Couillé
Larchey, 1865 : Niais. — Forme de couyon.
Un couillé, j’ai remouché.
(Vidocq)
France, 1907 : Nigaud.
— Tu n’y es pas, couillé ! Ce Vidocq est un grinche, qui était pire qu’à vioque (à vie), à cause de ses évasions.
(Marc Mario et Louis Launay)
Dadais
d’Hautel, 1808 : Un grand dadais. Sobriquet insultant qui signifie un benêt, un nigaud ; un grand garçon niais et décontenancé ; d’un air simple, innocent et stupide.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, homme qui fait l’enfant, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas que le mot a trois cents ans de noblesse.
France, 1907 : Niais, nigaud.
Pas tout à fait un imbécile, mais un candidat qui a des chances.
(Dr Grégoire, Turlutaines)
Daim
d’Hautel, 1808 : Puer comme un daim. Exhaler une odeur fétide, comme il arrive à celui qui est sujet à lâcher de mauvais vents.
Clémens, 1840 : Niais, Niaise.
Delvau, 1864 : Le monsieur qui paie les filles pour être trompé par elles avec leurs amants de cœur ; le mâle naturel de la biche.
Des daims ! J’ôte jamais mes frusques, moi.
(Lemercier de Neuville)
Larchey, 1865 : Niais, dupe.
L’une des grandes finesses des garçons de restaurant, quand ils servent un homme et une femme dans un cabinet, est de pousser à la consommation… persuadés que le daim n’osera refuser aucune dépense en présence de celle à qui il veut plaire.
(La Fizelière)
V. cocodès. — Il est possible que Daim soit une abréviation de dindon. V. ce mot.
Delvau, 1866 : s. m. Monsieur bien mis, et garni d’un porte-monnaie mieux mis encore, qui se fait gloire et plaisir d’être le mâle de la biche, — dans l’argot des faubouriens, dont la ménagerie s’augmente tous les jours d’une bête curieuse. Daim huppé. Daim tout à fait riche. Signifie aussi : imbécile, nigaud.
Rigaud, 1881 : Personnage dont le rôle, dans la comédie humaine, consiste à jouer les grandes premières dupes auprès des femmes. Le daim est généralement riche, bien mis et stupide.
Virmaître, 1894 : Imbécile (Argot du peuple). V. Couillon.
Rossignol, 1901 : Synonyme de pante. Daim veut aussi dire bête, imbécile.
France, 1907 : Niais, imbécile qui se laisse facilement duper. C’est aussi le synonyme de gommeux. Daim huppé, riche imbécile.
— Pourquoi, dit le mari, mettez-vous sur votre tête les cheveux d’une autre femme ?
— Pourquoi, répond sa douce moitié, portes-tu sur la main la peau d’un autre daim ?
Ça s’appell’ des genss’ à son aise,
Mais c’est pas eux qu’est les malins ;
Si c’est toujour’ eux qu’a la braise,
C’est toujour’ eux qui s’ra les daims.
(Aristide Bruant)
Être de la paroisse de la Nigaudaie
Delvau, 1866 : Être un peu trop simple d’esprit, — dans l’argot du peuple.
Être de la paroisse de la nigauderie
France, 1907 : Être simple et niais.
Fin
d’Hautel, 1808 : C’est la fin finale. Manière de parier redondante et railleuse, pour dire qu’une chose, qu’une affaire entamée depuis long-temps est absolument terminée.
Plus fin que lui n’est pas bête. Voyez Bête.
Aimer le linge fin. Expression figurée qui signifie aimer les jolies femmes, être grand partisan du beau sexe.
Fin comme l’amble. Se dit d’un homme très-rusé en affaires.
Il est fin comme Gribouille qui se cache dans l’eau peur de la pluie. Phrase équivoque et piquante dont on se sert en parlant d’un nigaud, d’un homme inepte, dont la maladresse et la balourdise font connoître aisément les tours qu’il veut jouer aux autres.
C’est un fin merle, un fin matois, un fin renard, etc.
Fin contre fin n’est pas bon à faire doublure. Signifie qu’il ne faut rien entreprendre contre quelqu’un d’aussi fin que soi.
C’est un gros fin. Se dit par ironie d’un homme d’une grande simplesse. V. Dague.
Gandin
Delvau, 1864 : Imbécile bien mis qui paie les filles pour qu’elles se moquent de lui avec leurs amants de cœur. Il reste une consolation aux gandins qui grappillent dans les vignes amoureuses après ces maraudeurs de la première heure, c’est de se dire :
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
(A. Delvau)
Nous soupions au sortir du bal. Quelques gandins,
Portant des favoris découpés en jardin,
Faisaient assaut d’esprit avec des femmes rousses.
(Th. De Banville)
Larchey, 1865 : Dandy ridicule. Du nom d’un personnage de vaudeville.
L’œillet rouge à la boutonnière, Les cheveux soigneusement ramenés sur les tempes comme deux gâteaux de pommade, le faux-col, les entournures, le regard, les favoris, le menton, les bottes ; tout en lui indiquait le parfait gandin, tout, jusqu’à son mouchoir fortement imprégné d’essence d’idiotisme.
(Figaro, 1858)
Delvau, 1866 : s. m. Amorce, paroles fallaces, — dans l’argot des marchandes du Temple. Monter un gandin. Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.
Delvau, 1866 : s. m. Coup monté ou à monter, — dans l’argot des voleurs. Hisser un gandin à quelqu’un. Tromper.
Delvau, 1866 : s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des drôlesses, — et qui n’y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit d’enfer. Le mot n’a qu’une dizaine d’années. Je ne sais plus qui l’a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.
Rigaud, 1881 : Dandy dégénéré. Homme à la mise recherchée, prétentieuse et ridicule. D’où vient-il ? Est-ce de gant ? Est-ce de l’ancien boulevard de Gand ? Est-ce du nom d’un des personnages — Paul Gandin — des Parisiens de la Décadence, de Th. Barrière ? Est-ce de gandin, attrape-nigaud, en retournant la signification : nigaud attrapé ? Est-ce de dandy, avec changement du D en G, addition d’un N et réintégration de l’Y en I ? Je ne sais. — Le gandin s’éteignit en 1867, en laissant sa succession au petit-crevé qui creva en 1873, en léguant son héritage au gommeux, qui le léguera à un autre, et ainsi de suite jusqu’à la consommation des siècles.
Rigaud, 1881 : Duperie, attrape-nigaud. Hisser un gandin à un gonse, tromper un individu. — Monter un gandin, — dans le jargon des revendeurs du Temple, signifie chauffer l’article, harceler le client pour lui faire acheter quelque chose.
Rigaud, 1881 : Fort, — dans le jargon des barrières. Il est rien gandin.
Fustier, 1889 : Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple.
Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. À présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai ! c’est pas gandin !
(Fournière, Sans métier)
La Rue, 1894 : Duperie. Coup monté. Riche oisif.
France, 1907 : Riche oisif, jeune fainéant dont le père a travaillé sa vie durant pour qu’il passe la sienne à ne rien faire, parasite social. C’est le successeur et l’imitateur des lions du temps de Louis-Philippe, qui succédèrent eux-mêmes aux dandys et aux fashionables de la Restauration, aux beaux de l’empire, engendrés par les incroyables et les muscadins du Directoire, fils des petits maîtres de la fin du règne de Louis XV, descendants des talons rouges et des roués de la Régence, neveux des marquis de Louis XIV. Le nom de gandin parait pour la première fois en 1854 dans une pièce de Théodore Barrière, Les Parisiens, porté par un élégant ridicule, mais il ne se répandit guère dans le publie avant 1858. Gandin vient-il du boulevard de Gand, devenu le boulevard des Italiens et qui était la promenade habituelle des jeunes et riches oisifs, ou, suivant quelques étymologistes, du patois beauceron gandin, dont les éleveurs de la Beauce désignent le jeune mouton ? La bêtise, la simplicité, la passivité du mouton adolescent qui suit pas à pas celui qui le précède, et les instincts moutonniers, l’épaisse imbécillité de ces jeunes abrutis qui se copient tous en habits, en langage et en gestes offrent quelque créance à la seconde version. Cependant le public parisien ignore le patois de la Beauce, gandin adolescent mouton est inconnu sur le boulevard, et pour cette raison nous nous en rapporterons à la première.
Cigare aux dents, lorgnon dans l’œil,
Chaussé par Fabre, habillé par Chevreuil,
Un de ces élégants dont l’esprit reste en friche,
Nommés gandins hier, cocodès aujourd’hui,
Et qui nonchalamment promènent leur ennui
Depuis la Maison d’Or jusques au Café Riche…
(J.-B. de Mirambeaux)
Adieu, gandins infects, drôlesses éhontées, vous tous, abrutis qui, depuis ma majorité, n’avez cessé de jeter un froid dans mon existence. Je vous lâche !
C’était à l’Ambigu, la jeune X… des Folies Dramatiques se pavanait dans une avant-scène en compagnie de plusieurs crétins, tous gandins, et plus bêtes les uns que les autres, par conséquent.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais jeune homme à sa Nini)
On l’emploie adjectivement dans le sens de beau, élégant.
— Il est pourtant gandin, mon panier, insiste le gitane avec le plus pur accent du faubourg Antoine ; étrennez-moi, Monsieur, ça vaut une thune et à deux balles je vous le laisse.
(Jean Lorrain)
Gigolo
Delvau, 1864 : Le mâle de la gigolette — comme le pierrot est celui de Pierrette, comme le maquereau celui de la maquerelle.
Le gigolo est un adolescent, un petit homme… qui tient le milieu entre Chérubin et Don Juan, — moitié nigaud et moitié greluchon.
(A. Delvau)
Delvau, 1866 : s. m. Mâle de la gigolette. C’est un adolescent, un petit homme. Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan, — moitié nigaud et moitié greluchon. Type tout à fait moderne, que je laisse à d’autres observateurs le soin d’observer plus en détail.
Rigaud, 1881 : Petit commis de magasin doublé d’un petit amant de cœur dont le métier, le soir, était de faire danser la gigolette.
Si tu veux être ma gigolette, moi je serai ton gigolo.
(Chanson jadis populaire)
Virmaître, 1894 : L’amoureux de la gigolette. Un vieux refrain très populaire, dit :
Si tu veux être ma gigolette
Moi, je serai ton gigolo.
Gigolo s’applique aussi à un individu peu aimable.
— Qu’est-ce qui nous a foutu un gigolo aussi bassinant que toi (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Homme, amant.
J’ai rencontré Julie au bras de son gigolo.
France, 1907 : Jeune homme dépourvu de préjugés et de scrupules, amant de la gigolette.
Est-ce qu’un vigoureux gaillard, — même quadragénaire, — ayant beaucoup retenu, ne sait pas, moralement et physiquement, rendre une maîtresse plus heureuse qu’un gigolo de vingt ans !
(Pompon, Gil Blas)
Ah ! plaignez-moi ! J’ai trop d’amis !
Totor, je te regrette !
J’avais qu’un gigolo, tandis
Que j’suis la gigolette
À trent-six…
Je suis leur gigolette !
(L’Imagier : L. D)
— Tu m’entends, salope, tu m’entends je te l’ai toujours dit et je te le répéterai toujours, tu y auras tout laissé, à tes gigolos, tout, ton avenir, ta fortune, ta gloire, et les frusques qui te trainent encore sur les fesses, et ton talent aussi…
(Jean Richepin)
Girondin
Rigaud, 1881 : Dupe, imbécile, — dans le jargon des camelots et des truqueurs. — Le girondin a donné, l’imbécile s’est laissé plumer.
La Rue, 1894 : Dupe.
France, 1907 : Nigaud, dupe ; argot des camelots.
Godiche
Delvau, 1866 : s. et adj. Niais, ou seulement timide. On dit aussi Godichon.
France, 1907 : Niais, nigaud, benêt. Corruption de Claude.
Un jour, elle était revenue au Culot, en robe de velours, des bagues à tous les doigts, si joliment astiquée que le village entier avait processionné devant les fenêtres pour la voir ; même le vieux et la vallée, interloqués par ses airs de grande dame, n’avaient su quoi lui offrir à manger. C’est ça qui s’appelait avoir de la chance ! Elle aurait pu en faire autant si elle avait été moins godiche.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
— Si, au lieu d’avoir fait de mes deux grandes, de mon Adèle comme de ma Victoire, ce que j’en ai fait, de leur avoir mis à toutes les deux le balai et l’aiguille à la main, j’avais été assez godiche pour leur faire étudier un tas de belles choses comme celles qu’on a enseignées aux princesses d’ici, de la pédagogie qu’elles appellent ça, de la géométrie… de l’anatomie, de la… mythologie, je ne sais plus quoi ! je les aurais encore sur les bras.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
— Si tu crois que c’est amusant d’être là comme une godiche de jeune fille… et de se heurter la cervelle à un tas d’affaires qu’on devine à moitié… et auxquelles on n’ose pas croire tout de même… parce que c’est tellement fort ! tellement fort ! Alors, dans ces moments-là, on pense à ses amies qui sont mariées… on va les trouver ; on les interroge tout doucement, gentiment, comme je le fais… et puis elles, qui savent à présent tout ce qu’on peut savoir et qui en font de toutes les couleurs… puisque ça leur est permis !…
(Henri Lavedan)
…Nous nous sommes regardés profondément… un de ces regards qui déshabillent le corps et fouillent l’âme… Puis, dans ses yeux, un sourire ineffable, car elle s’apercevait que, douze ans après, je la trouvais toujours belle et désirable… Puis, tout à coup, elle devint distraite… Et, à la vue d’un tout jeune homme, à l’air à la fois malin et godiche, qui l’accompagnait, j’ai compris qu’il n’était plus temps de réparer une erreur de ma jeunesse.
(Paul Alexis)
Comme autrefois, l’amour, cachant ses ailes,
Sur son blason met deux cœurs enflammés ;
Comme autrefois, les femmes sont fidèles,
Comme autrefois, les maris sont aimés.
Les amoureux seront toujours godiches ;
Les innocents seront toujours dupés ;
Les daims courront toujours après les biches,
Mais ce sont eux qui seront attrapés.
(La Toile ou mes quat’ sous, Revue de 1859)
Gogo
d’Hautel, 1808 : Avoir de tout à gogo. Pour avoir abondamment tout ce que l’on peut désirer ; être très à son aise ; être à même de se procurer les jouissances de la vie.
Larchey, 1865 : Dupe, homme crédule, facile à duper. — Abréviation du vieux mot gogoyé : raillé, plaisanté. V. Roquefort. — Villon paraît déjà connaître ce mot dans la ballade où il chante les charmes de la grosse Margot qui…Riant, m’assit le point sur le sommet, Gogo me dit, et me lâche un gros pet.
C’est en encore ces gogos-là qui seront les dindons de la farce.
(E. Sue)
Avec le monde des agioteurs, il allèche le gogo par l’espoir du dividende.
(F. Deriège)
Delvau, 1866 : s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses, — chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire. À propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route, — parce qu’ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L’un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie : l’autre trouve gogo dans François Villon et n’hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu’il a aujourd’hui. Pourquoi, au lieu d’aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l’on promet qu’ils auront tout à gogo ? Ce mot « du moyen âge » date de 1830-1835.
Rigaud, 1881 : Niais, nigaud ; abréviation et redoublement de la dernière syllabe de nigaud. Gogo pour gaudgaud. — Quelques écrivains l’ont, par raillerie, employé comme synonyme d’actionnaire. C’est le nom d’un actionnaire récalcitrant dans la pièce de Robert-Macaire.
La Rue, 1894 : Niais, dupe.
France, 1907 : Homme crédule, dupe, proie des gens d’affaires et des lanceurs d’affaires ; du vieux français gogaille, sottise, simplicité, « Paris est peuplée de gogos. » M. Gogo est un personnage de Robert Macaire et passa dans la circulation à l’époque de la grande vogue de cette pièce, c’est-à-dire de 1830 à 1835, mais le mot existait déjà depuis longtemps, puisqu’on le trouve dans une ballade de François Villon, où, raconte-t-il, la grosse Margot,
Riant, m’assit le poing sur le sommet,
Gogo me dit, et me lâche un gros pet.
En 1844, Paul de Kock donna un roman sous le titre : La Famille Gogo, et sous le même titre, en 1859, un vaudeville en cinq actes.
Avez-vous vu jouer Robert Macaire ? ou avez-vous lu ? Car il y a, sous des titres divers, Robert Macaire, pièce, et Robert Macaire, roman. Avant même que l’inventeur de cette extraordinaire et féroce bouffonnerie, inventeur resté mystérieux, — je ne m’en tiens pas aux auteurs qu’affirmait l’affiche ou la couverture, et, en tout cas, ils ont eu pour collaborateur quelqu’un qui avait plus de génie que Benjamin Entier et même que Frédérick-Lemaître. M. Tout-le-Monde ! — avant même que cette atroce farce eût popularisé Gogo, le type, sous d’autres noms, en était banal au théâtre ; car la bêtise crédule est une des formes éternelles de l’humanité. Les dieux le savent bien, et les financiers aussi.
(Catulle Mendès)
Vers minuit, la partie commençait à devenir sérieuse ; à peine si la rumeur du boulevard produisait une légère émotion parmi les membres présents, pour la plupart desquels le mot de patrie n’existe pas, car la patrie pour eux, c’était le pays où l’on peut, le plus impunément, détrousser le gogo d’une façon quelconque.
(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)
Attaquer une diligence,
En ce temps de chemins de fer,
Impossible. On met, c’est moins cher
Monsieur Gege dans l’indigence,
On pousse d’infectes valeurs,
Des métaux on annonce l’ère…
C’est bien mesquin. Tout dégénère
Aujourd’hui, — même les voleurs.
(Don Caprice, Gil Blas)
Les aventures d’Arton, aussi bien dans le monde de la finance que dans le monde galant, sont banales, et mille Parisiens les ont vécues. Seulement, lui les a vécues toutes ensemble. Il brassait les affaires comme il embrassait ses maîtresses, vingt-deux à la fois. Ce fut un type. Il a sombré — tandis que plusieurs de ses collègues en escroquerie, plusieurs de ceux qui, dans cette gigantesque odyssée du Panama, se sont enrichis avec la bonne galette des gogos, tiennent aujourd’hui le haut du pavé, font de la poussière, commanditent celui-ci, asservissent celui-là, bavardent avec les ministres et consentent à ce que certains députés et certains journalistes ramassent les miettes de leur table.
(Pédrille, L’intransigeant)
Huile de cotret
Delvau, 1866 : s. f. Coups de bâton, — dans l’argot des ouvriers, qui, dans les jours gras, se plaisent à envoyer les nigauds chez les épiciers pour demander un litre de cette huile-là. La plaisanterie et l’expression sortent du roman de Cervantès.
France, 1907 : Coup de bâton.
Qu’ils viennent vous frotter les épaules de l’huile de cotret.
(Don Quichotte)
Jacqueline
Delvau, 1864 : Nom de femme qui est devenu celui de toutes les femmes — devenues filles.
Le banquier Kocke, chez qui toi et ta Jacqueline vous passez les beaux jours de l’été.
(Camille Desmoulins)
Larchey, 1865 : Fille de mauvaise vie. — On dit de même une Margot.
Notre Jacqueline le fouille,
Empoigna la grenouille,
Laissa là mon nigaud.
(Chanson du jeune Picard partant pour Paris)
Delvau, 1866 : s. f. Grisette, — dans l’argot des bourgeois ; Concubine, — dans, l’argot des bourgeoises.
Notre Jacqueline le fouille,
Emporte la grenouille.
Laisse là mon nigaud,
dit une vieille chanson.
Delvau, 1866 : s. f. Sabre de cavalerie, — dans l’argot des soldats.
Rigaud, 1881 : Prostituée. — Sabre de cavalerie.
La Rue, 1894 : Prostituée. Sabre de cavalerie.
Virmaître, 1894 : Grisette.
— J’ai été promener ma petite jacqueline (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Cruche de grès à long ventre, en usage en Picardie et dans le Nord.
France, 1907 : Fille de mœurs légères.
France, 1907 : Sabre de cavalerie.
Joseph
Delvau, 1866 : s. m. Homme par trop chaste, — dans l’argot des petites dames, qui ressemblent par trop à madame Putiphar. Faire son Joseph. Repousser les avances d’une femme, comme le fils de facob celles de la femme de Pharaon.
Fustier, 1889 : Couteau. Argot des malfaiteurs.
Bébé, condamné à mort pour un simple coup de Joseph.
(A. Humbert, Mon bagne)
La Rue, 1894 : Couteau. Mari trompé.
Virmaître, 1894 : Homme trop chaste. A.D. Joseph, dans le peuple, est le patron des cocus. On ne dit pas : tu fais ton Joseph, mais bien : tu es un Joseph, à celui qui a assez de cornes sur la tête pour alimenter de manches une fabrique de couteaux (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Mari trompé, sot en ménage, cocu. Allusion au célèbre époux de la Vierge Marie qui fut père comme on le sait.
Riez si vous voulez, impies !
Pour les corbeaux, je fuis les Pies,
Et repentant, et convaincu,
Je vais, secouant l’hérésie,
Je cours, l’âme toute saisie,
Je vole aux lieux où j’ai vécu,
Criant partout, à perdre haleine :
— « Il a sauvé la Madeleine,
Le bon Joseph, le saint Cocu ! »
(Maurice Montégut)
Le mot s’emploie aussi pour désigner un niais, timide en amour, un jeune nigaud qui laisse échapper les bonnes occasions et qui, par jocrisserie, scrupule, crainte on autre raison, fuit les avances des dames. Ceci est en mémoire de l’autre Joseph, fils de Jacob, qui repoussa les avances de Mme Putiphar.
Mario, mariole, mariolle
France, 1907 : Malin, rusé. Les écrivains qui emploient ce mot ne se sont pas encore entendus sur son orthographe.
Il y a deux camps parmi les petits colons, deux camps ennemis.
Le pante, en argot ordinaire, c’est la dupe, la victime. Le mariolle, c’est le malin, celui qui sait se tirer d’affaire. Donc, à la Colonie, le pante et le mariolle sont tout simplement le bon et le mauvais sujet. Le pante, flétri de ce nom par les autres comme d’un ridicule et d’une infamie, se soumet sans résistance à la dure discipline, tâche de faire de son mieux, est laborieux et obéissant. Il est rare ; et, parfois, il faut le dire, le pante n’est qu’un hypocrite, qui fuit le chien couchant auprès des gardiens, dénonce et trahit ses camarades…
Quant aux mariolles, ce sont les indomptables, les incorrigibles. Pareils aux fruits véreux que l’entassement achève de corrompre, ils sont entrés vicieux dans le bagne ; ils en sortiront scélérats. C’est l’histoire de presque tous ces malheureux enfants, et c’est la condamnation de l’absurde régime de promiscuité qu’on leur impose. Les pénitenciers d’enfants sont des pépinières de voleurs et d’assassins. On les enferme, pendant de longues années, avec l’espoir — oh ! bien faible — de les amender ; puis, un beau jour, on les lâche, exaspérés contre le sort, perfectionnés dans le mal, mûrs pour le crime.
(François Coppée, Le Coupable)
Toujours le même fourbi : se dispenser d’agir et croire à une intervention supérieure et extra-humaine.
Et donc, il n’y eut rien de changé : les prêtres de l’État remplacèrent les représentants de Dieu. À leur tour, ces birbes-là bénéficièrent de la nigauderie populaire, vivant bien et tirant riche profit des préjugés et de l’ignorance.
Or, de même que, dans le cours de la kyrielle de siècles que l’humanité a égrenés, les hommes avaient changé de Dieu, — croyant tomber sur le vrai, — le seul, l’unique — assez mariol pour faire leur bonheur ;
De même, quand ils eurent changé d’idolâtrie, remplace la croyance en Dieu par la superstition de l’État, ils changèrent de « forme » gouvernementale, comme ils avaient souvent changé de « forme » divine.
(Le Père Peinard)
I’s aurons beau fair’ leur mariole
Sous prétesque qu’i’s ont l’pognon,
J’en ai soupé, moi, d’leur sal’ fiole.
En attendant d’leur fout’ des gnons
Sur la gueul’, j’vais crier c’que j’pense !
Tant que l’populo sommeill’ra,
J’emmerd’rai les ceuss’ qu’a d’la panse ;
Et l’jour d’la révoltes on verra.
(Aristide Bruant)
Marpau. marpaut
France, 1907 : Le maître de la maison. Vieux mot, terme injurieux.
Pour n’offenser point le marpaut
Afin qu’il ne fasse défaut
De foncer à l’appointement.
(Le Pasquil de la rencontre des cocus)
L’après le Dictionnaire comique de Le Roux, marpaut était autrefois employé à Paris pour sot, niais, nigaud, badaud. Notons à ce sujet que Francisque Michel fait observer que le mot morpion, injurieuse épithète, dérive sans doute de marpaut.
Marpaud
d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux et méprisant que l’on donne, à Paris, aux hommes qui fréquentent les mauvais lieux ; il signifie aussi niais, sot, nigaud, badaud.
Mastroquet
Larchey, 1865 : Marchand de vins. Mot à mot : l’homme du demi-setier. — Vient de demi-stroc : demi-setier.
Delvau, 1866 : s. m. Marchand de vin, — dans l’argot des faubouriens. Ne serait-ce pas une corruption de mastoquet, homme mastoc, le marchand de vin étant ordinairement d’une forte corpulence ?
Virmaître, 1894 : Marchand de vin. Dernière transformation du mot mannezingue. Mann, homme, zinc, par corruption zingue, comptoir (Argot du peuple). V. Bistro.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Marchand de vin.
France, 1907 : Cabaretier, marchand de vin au détail. On attribue à Louis Veuillot, le célèbre rédacteur en chef de l’Univers, la paternité de ce mot bizarre.
Celles qui se trainent depuis la chute du jour jusques au milieu de la nuit, s’usant les jambes jusques aux genoux en arpentant les distances, se morfondant sur les trottoirs, aux coins des rues, toujours à l’affût, se portant sans cesse d’un point à un autre, et quêteuses poussives du rentrant attardé, toujours inquiètes de la rousse, fuyant l’argousin et marchant de longues heures, trempées d’humidité, transies de froid à travers les ténèbres et les brouillards, et n’ayant pour tout refuge, après la petite pièce si péniblement gagnée, que le comptoir du mastroquet où l’on boit ce qui met le vert-de-gris dans le ventre et oxyde l’estomac.
(Louis Davyl)
Les scènes scandaleuses, renouvelées de Lesbos, dont on peut être témoin dans ces maisons tolérées jusqu’à 3 heures du matin, alors qu’on fait contravention au mastroquet du coin s’il dépasse minuit…
(La Nation)
Les ouvriers ont toujours eu un faible pour les farceurs qui les grugent, et quand ces farceurs sont par-dessus le marché des mastroquets, ils les adorent.
(L’Avenir de Calais)
Au tribunal.
— Accusé, vous avez eu un passé quelque peu orageux ?
— C’est vrai, mon président.
— Cependant, vous paraissiez avoir mis un peu d’eau dans votre vin ?
— Fallait bien, mon président, j’étais devenu mastroquet.
(L’Écho de Paris)
Comme un nigaud, j’ai cherché noise
Aux patrons, à l’autorité :
Aujourd’hui, je n’ai qu’une ardoise
Chez le mastroquet d’à côté.
(Alfred Capus)
Melon
d’Hautel, 1808 : Il est aussi difficile de trouver un bon melon qu’une bonne femme. L’un et l’autre cependant ne sont point introuvables.
Larchey, 1865 : Niais, élève de première année à l’École de Saint-Cyr.
Vous êtes si melons à Châtellerault.
(Labiche)
Qui viennent me brimer, moi, malheureux melon.
(Souvenirs de Saint-Cyr)
On dit aussi cantaloup.
Ah ça ! d’où sort-il, ce cantaloup ? Sur quelle couche monsieur son papa l’a-t-il récolté, ce jeune légume ?
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, nigaud. Cette injure, — quoique le melon soit une chose exquise, — a trois mille ans de bouteille, et son parfum est le même aujourd’hui que du temps d’Homère : « Thersite se moquant des Grecs, dit Francisque Michel, les appelle πέπονες. » Il y a longtemps, en effet, que l’homme, « ce Dieu tombé », ne se souvient plus des cieux, puisqu’il y a longtemps que la moitié de l’humanité méprise et conspue l’autre moitié.
Delvau, 1866 : s. m. Élève de première année, — dans l’argot des Saint-Cyriens.
Rigaud, 1881 : Chapeau rond et bas de forme, à la mode en 1880. Pareil aux phares à éclipse, le melon paraît, disparaît et reparaît, suivant les caprices de la mode.
Rigaud, 1881 : Nouveau venu, élève de première année à l’école de Saint-Cyr.
En ma qualité de melon, j’avais reçu, comme ennemi, un nombre prodigieux de coups de traversin sur la tête.
(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)
Merlin, 1888 : Jeune sous-lieutenant de l’école.
Fustier, 1889 : On appelle ainsi au prytanée militaire tout élève faisant partie du troisième bataillon.
C’est au troisième bataillon des élèves, c’est-à-dire au bataillon des melons que l’agitation est très grande.
(Revue alsacienne, juillet 1887)
(V. Melon au Dictionnaire.)
La Rue, 1894 : Imbécile. Élève de première année à Saint-Cyr.
France, 1907 : Chapeau à fond bombé.
Après avoir examiné des pieds à la tête Chrétien, qui, malgré la misère, était encore assez proprement mis :
— Mince de frusques ! dit Mahurel. Un complet, un melon, du linge… T’as donc un héritage ? Paies-tu un verre ?…
(François Coppée, Le Coupable)
France, 1907 : Nigaud. Nouveau, élève de première année dans l’argot de Saint-Cyr et du Prytané militaire de la Flèche. Ce sobriquet viendrait de ce que jadis les nouveaux saint-cyriens entraient à l’école le jour de la Saint-Mellon, 22 octobre.
Connaissez-vous une spirituelle caricature de Draner, dans laquelle un saint-cyrien imberbe, un vrai melon, murmure mélancoliquement, en cirant ses bottes maculées de boue :
— Avoir cent mille livres de rentes, descendre des croisades et cirer ses bottes ! Enfn, papa m’a dit : Noblesse oblige !
(René Maizeroy, Souvenirs d’un Saint-Cyrien)
Fanatisez à l’exercice
Devant l’ancien qui vous instruit,
Sans quoi la salle de police,
Melons, vous attend cette nuit.
(Vieille chanson de Saint-Cyr)
Miché, Mikel, Miquel
Rigaud, 1881 : Nigaud ; homme simple, dupe, gobe-mouche. Monter un miquel, duper quelqu’un à qui on avait promis monts et merveilles.
Neuf
d’Hautel, 1808 : Faire le balai neuf. Voyez Balai.
Il est neuf, il durera trop long-temps. Se dis d’un nigaud, d’un sot, d’un stupide.
Un habit tout battant neuf. Un habit qui sort de l’ouvrier.
Faire un corps neuf. Pour, rétablir sa santé après une longue maladie.
Nicodème, nicdouille, nigaudinos
Larchey, 1865 : Nigaud. Le dernier mot vient du nom d’un personnage du Pied de Mouton, féerie de Martinville, 1806.
Vous vous êtes en allé fâché, désespéré, nigaudinos.
(Balzac)
Tais-toi donc, nicdouille.
(Phys. du Matelot, 1843)
Va t’en, grand nicodème, avec ton air dindon.
(Decourcelle, 1832)
Nigaud
d’Hautel, 1808 : Un grand nigaud. Un sot, un niais, un hébêté.
On dit dans le même sens, au féminin, une grande nigaude.
Nigauderie
d’Hautel, 1808 : Niaiserie, sottise, bagatelle, frivolité, bibus.
Nigaudinos
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, nigaud, — dans l’argot du peuple, qui se souvient du Pied de Mouton de Martainville.
France, 1907 : Sot, simple, benêt.
Nigousse
France, 1907 : Conscrit. Argot militaire ; corruption de nigaud.
Le conscrit pousse la porte.
Et aussitôt il s’arrête, immobile d’étonnement. Une vingtaine d’anciens bondissent à cloche-pied par-dessus les lits, où d’autres, étendus, la tête sous un bras, fumotent, les yeux fermés, de longues pipes noires. Un grand barbu, que les camarades appellent « l’ordonnance », nettoie son fusil et siffle un air de chasseur. Trois jeunes brossent leurs godillots, le pied sur un banc, une serviette sur l’épaule. Il y a dans l’air de cette chambre de la nicotine et des jurons. Le grand barbu voit entrer le conscrit, et pose à terre la gueule de son Lebel.
— Tiens, un nigousse !
(George d’Esparbès)
Les pomm’s de terre pour les cochons,
Les épluchur’s pour les Bretons
À la nigousse, gousse, gousse.
(Chanson de caserne)
Niguedouille
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, nigaud, — dans l’argot des faubouriens. C’est une des formes du vieux mot français niau, — le nidasius de la basse latinité, — dont nous avons fait niais. Gniolle — qu’on devrait écrire niolle, mais que j’ai écrit comme on le prononce — a la même racine.
Rigaud, 1881 : Nigaud.
La Rue, 1894 : Imbécile.
France, 1907 : Nigaud, sot, naïf. Quelques auteurs écrivent niquedouille.
Sur les champs de courses, l’État a fait construire des baraquettes où les niquedouilles viennent engloutir leur pognon.
L’État — honorable filou — prélève, sur les paris, tant pour ceci, tant pour cela et distribue le moins possible aux gagnants.
Il est donc facile de comprendre que, si les jobards qui engagent leur douille dans ces baraquettes de bandits ne renouvelaient pas leurs provisions de galette, grâce à leur turbin, un moment viendrait — et vite, nom de dieu ! où leur porte-braise aurait été vidé, jusqu’au dernier centime, dans la caisse du Paris Mutuel.
(Père Peinard)
Niquedouille
d’Hautel, 1808 : Idiot, hébêté, niais, nigaud ; homme simple et innocent.
France, 1907 : Sot, simple.
Ah ! ah ! dit l’Frisé, te v’là morte !
Et l’grand niqu’douill’ s’mit à pleurer.
Oh ! oh ! qu’il chialait, faut qu’j’emporte
Un bout d’souv’nir pour l’adorer.
(Jean Richepin)
Palantin
d’Hautel, 1808 : Nigaud, lambin, niais, badaud, janot, musard, fainéant, paresseux.
Poulet
d’Hautel, 1808 : Mot satirique et injurieux qui équivaut à bête, nigaud, sot, stupide, homme simple et borné.
C’est aussi un terme caressant que l’on donne aux petits enfans. Mon poulet ; ma poulette.
Delvau, 1866 : s. m. Billet doux, ou lettre raide, — dans l’argot du peuple, qui se sert du même mot que Shakespeare (capon).
France, 1907 : Billet doux, missive d’amour. Ce nom viendrait de ce qu’en Italie c’était généralement des marchands de volailles qui se chargeaient des messages d’amour. Allant de maison en maison, ils pouvaient s’acquitter de ces commissions sans éveiller la méfiance des maris ou des parents. Ils cachaient d’ordinaire le billet sous l’aile de la volaille qu’ils présentaient au destinataire. D’après le géographe Duval, qui écrivit en 1636 un Voyage en Italie, ceux que l’on surprenait dans ce commerce d’entremetteur étaient punis du supplice de l’estrapade avec deux poulets vivants attachés à leurs pieds.
Une institutrice avait écrit dans ses mémoires : « Poulet, oiseau à quatre cuisses. »
(Dr Grégoire, Turlutaines)
Pas de danger que tu m’apprennes
Les potins du jour ; tes poulets
N’ont vraiment rien dans leurs bedaines,
Et cependant, si tu voulais…
(Jacques Rédelsperger)
Serrer la vis
Delvau, 1866 : Achever une affaire, presser un travail. Étrangler quelqu’un. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Serrer le frein, — dans l’argot des mécaniciens des chemins de fer.
Virmaître, 1894 : Étrangler quelqu’un (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Serrer le cou.
France, 1907 : Étrangler.
Ah ! maudite routine, on n’a plus la foi, comme ci-dessus je le dégoise, mais par veulerie on laisse encore l’Église, qui s’en accommode, nous fiche le grappin dessus à notre naissance, à notre accouplement, à notre crevaison.
On lui laisse farcir la caboche de nos loupiots de fariboles nigaudes et criminelles ; notre copine n’ayant d’autre lieu de rassemblement, d’autre récréation que la sacrée turne du bon dieu, s’y laisse obscurcir la comprenette, ne peut se dépêtrer des gourderies religieuses.
Épatez-vous donc ensuite que capitalos et gouvernants continuent à nous serrer la vis.
(Le Père Peinard)
Simple
Delvau, 1866 : s. et adj. Niais, dans l’argot du peuple, qui a un faible pour les roublards. Les Anglais ont la même expression : Flat, plat, — nigaud.
La Rue, 1894 : Dupe. Malfaiteur par occasion.
France, 1907 : Malfaiteur d’occasion qui ne connait pas encore les roueries du métier. C’est aussi la dupe à voler.
Socialo
France, 1907 : Socialiste.
Espérons et souhaitons que, malgré tous les mic-macs de ces socialos assiette-beurriers, le populo ne se laissera pas embobiner.
Sans quoi y aurait plus de limite !
Un de ces quatre matins, messieurs les élus se déculotteraient et présenteraient leur postérieur aux nigaudins électoraux, leur ordonnant d’embrasser, sous prétexte que — mieux que la bague de l’évêque — ça porte bonheur.
Et, aux soupçonneux qui ne marcheraient pus, les birbes prouveraient que de pareilles baisades sont nécessaires pour l’émancipation humaine.
Ce courant de crétinisme n’est pas nouveau c’est le résidu de la masturbation autoritaire dont, depuis des siècles, nous sommes — de père en fils — les malheureuses victimes.
(Le Père Peinard)
Qu’on enterre un socialo,
Il sabre le populo
Et s’y montre fort habile,
L’sergent d’ville.
Puis, l’soir, aux autres, dans l’poste,
Il va dire, s’rengorgeant,
Comment au Peuple riposte
Le parfait agent (bis).
(É. Blédort)
Tac-tac
d’Hautel, 1808 : Un Nicolas tac-tac. Pour dire un nigaud, un homme sot et stupide, qui se mêle des petits détails qui concernent qui les femmes.
Tac-tac sert aussi à exprimer un bruit réglé, comme celui d’un pendule.
Voir
d’Hautel, 1808 : Voir deux cochers sur un siège. Être ivre.
Il ne voit pas plus loin que son nez. Se dit par raillerie d’une personne bornée, sans jugement et sans prévoyance.
Il faut voir cela avec les yeux de la foi. C’est-à-dire, ne pas l’examiner avec scrupule ; n’y pas mettre une grande attention.
Si vous ne voulez pas le croire, allez-y voir. Se dit à quelqu’un qui fait l’incrédule, qui se refuse à ajouter foi à un discours, à un récit.
Il a vu le loup. Pour, c’est un vieux renard, un rusé compère qui a vu du pays, qui a fait des siennes.
On diroit qu’il n’a jamais rien vu que par le trou d’une bouteille. Se dit par raillerie d’un nigaud, d’un homme qui s’extasie sur des bagatelles, qui n’a pas fréquenté le monde.
Voyons voir. Pléonasme et solécisme très-usités parmi le peuple ; pour dire, permettez que je voye, ou, laissez moi voir.
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.
Vous languissez quelquefois
À lacour plus de trois mois,
Sans que l’heure se présente,
Et moi, bienheureux, je vois,
Quand il me plaît ma servante.
(Cabinet satyrique)
Vous avez été pour le moins six mois à la voir journellement.
(Ch. Sorel)
Il dit que si je la vois
En un mois plus d’une fois,
Il m’en coûtera la vie.
(Saint-Pavin)
Le dernier homme que voit Fulvia, c’est toujours celui qu’elle croit destiné par le ciel à perpétuer sa race.
(Diderot)
Delvau, 1866 : v. a. Permolere uxorem quamlibet aliam, — dans l’argot des bourgeois.
Delvau, 1866 : v. n. Se dit de l’indisposition mensuelle des femmes, — dans l’argot des bourgeoises.
Rigaud, 1881 : Arrêter, — dans le jargon des voleurs. — Se faire voir, se faire arrêter.
Rigaud, 1881 : Avoir ses menstrues, — dans le jargon des bourgeoises. Voir Sophie, — dans celui des ouvrières.
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