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Anarcho

France, 1907 : Anarchiste. Épouvantail du bourgeois. Partisan de la nouvelle évolution sociale.

Andrins

Delvau, 1864 : Culistes, hommes qui ne font aucun cas des charmes féminins et ne fêtent que des Ganymèdes.

Les andrins sont les jacobins de la galanterie ; les janicoles en sont les monarchiens démocrates, et les francs sectateurs du beau sexe sont les royalistes de Cythère.

(Diable au corps)

Anesthésieurs

France, 1907 :

Les vols, dits au narcotique, sont l’œuvre d’individus connus sous le nom « d’anesthésieurs » ; ils se mettent en quête de personnes disposées à boire avec le premier venu, et dans les grands centres, ces sujets-là foisonnent.
Après s’être assuré que le buveur choisi possède de l’argent, ou l’endort en lui faisant fumer du tabac mélangé avec de l’opium, ou bien en lui versant dans son verre un liquide dont l’effet procure un assoupissement assez long permettant de le dévaliser en toute sécurité.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Aquarium

Rigaud, 1881 : Réunion de souteneurs. — Estrade d’un bal public de Paris qui leur est affectée.

La Rue, 1894 : Réunion de souteneurs.

Virmaître, 1894 : Lieu où se réunissent les souteneurs. Allusion aux poissons. Aquarium : La Chambre des députés. Cette expression n’est pas très polie pour ces messieurs, qui assurément ne sont pas tous des poissons, mais comme elle est d’origine anarchiste, elle ne surprendra personne (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Débit ou établissement fréquenté par les souteneurs : aquarium à maquereaux.

France, 1907 : Endroit où se réunissent les souteneurs ou poissons.

Baiser Lamourette

France, 1907 : Réconciliation de peu de durée.

Un baiser historique célèbre et dont le souvenir fait sourire à tort, c’est le baiser Lamourette.
L’Assemblée législative de 1792 était divisée. Des députés, les uns voulaient la paix, les autres la guerre. Un parti soutenait la constitution monarchique, un autre parti essayait de la renverser pour rétablir la République.
Cependant les armées ennemies allaient passer la frontière, entrer en France.
Devant ce cri : « La patrie est en danger ! » Les discordes civiles devraient-elles continuer à troubler les discussions de l’Assemblée ? Une pensée commune ne devrait-elle pas réunir tous les citoyens ?
Un brave homme, l’abbé Lamourette, monta à la tribune et fit un appel à la conciliation.
— Jurons de n’avoir qu’un seul esprit, qu’un seul sentiment ! Jurons-nous fraternité éternelle ! Que l’ennemi sache que ce que nous voulons, nous le voulons tous, et la patrie est sauvée !
À ces mots, un souffle d’enthousiasme passa sur l’Assemblée. Les députés des opinions les plus opposées se jetèrent dans les bras les uns des autres. Il n’y eut plus ni droite ni gauche, mais des hommes confondus, échangeant un baiser fraternel. Ce ne fut qu’une trêve dans la guerre implacable entre l’ancien régime et le nouveau ; et pourtant le baiser Lamourette s’impose à l’histoire par sa grandeur, car il représente, dans la Révolution, la tolérance philosophique : des hommes épris du bien, combattant pour le triomphe de leurs idées sans cesser de s’aimer, oubliant, à un moment donné, leurs querelles dans l’élan d’un sentiment de justice et d’amour.

Blanc

d’Hautel, 1808 : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin.
Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.

M.D., 1844 : Connu.

Delvau, 1866 : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.

Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.

(L. Festeau, Le Tapageur)

Rigaud, 1881 : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.

Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants trouvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.

L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.

(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.

France, 1907 : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.

Bois blanc (société des)

France, 1907 : C’était une association de laïques et de prêtres qui s’engageaient à vivre le plus simplement possible, à renoncer au luxe, à toutes les mollesses de la vie ; et l’on prétendait que les membres de cette association s’interdisaient tout autre mobilier que celui de bois blanc. Cette association avait été fondée par le curé de la Madeleine, l’abbé Le Rebours, mort de chagrin, dit-on, en avril 1894, à la suite de l’explosion de la bombe de l’anarchiste Pauwel. Elle n’eut pas grand succès ; les mondaines se refusèrent à l’introduction du bois blanc dans leur salon.

Bouclage

un détenu, 1846 : Emprisonnement.

Delvau, 1866 : s. m. Liens, menottes. Même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Cadenas. — Arrestation.

France, 1907 : Emprisonnement, menottes.

Et ce propos du vieux Clément (à qui la République doit être, pour le moins, aussi chère que l’Empire, car elle lui donne autant d’ouvrage), ce propos du vieil argousin faisant le discret sur un bouclage d’anarchiste, « parce que la divulgation de ce nom entrainerait la révocation de parents fonctionnaires ».
Le scrupule est louable, mais, en soi, la chose est-elle assez renversante ? Qu’avaient-ils fait, ces infortunés ronds-de-cuir, pour être menacés de la mise à pied ? En quoi l’opinion d’un ascendant ou descendant devait-elle déterminer leur disgrâce ?

(Séverine)

Bougresse

Delvau, 1864 : Gourgandine, femme qui aime l’homme.

France, 1907 : Méchante femme ou simplement femme ou fille de mœurs équivoques. Dans la chanson du Père Duchesne, imprimée sous le Directoire, on trouve cet amusant couplet :

Pour mériter les cieux,
Nom de Dieu !
Voyez-vous ces bougresses,
Au curé le moins vieux,
Nom de Dieu !
S’en aller à confesse,
Nom de Dieu !
Se faire peloter les f…,
Nom de Dieu !
Se faire peloter les f… !

La chanson entière, avec les couplets ajoutés en 1848, se trouve dans les Coulisses de l’anarchie, de Flor O’Squarr. C’est un des derniers couplets qu’entonna Ravachol en allant à l’échafaud.

Bourgeois

d’Hautel, 1808 : Il se promène la canne à la main comme un bourgeois de Paris. Se dit d’un marchand qui a fait fortune et qui est retiré du commerce. On se sert aussi de cette locution et dans un sens ironique en parlant d’un ouvrier sans emploi, sans ouvrage et qui bat le pavé toute la journée.
Cela est bien bourgeois. Pour dire vulgaire, sot, simple et bas : manière de parler, usitée parmi les gens de qualité, à dessein de rabaisser ce qui vient d’une condition au-dessous de la leur.
Mon Bourgeois. Nom que les ouvriers donnent au maître qui les emploie.

Halbert, 1849 : Bourg.

Larchey, 1865 : Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture.

Chez les artistes, le mot Bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier.

 

Le Bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme.

(H. Monnier)

Delvau, 1866 : s. m. Expression de mépris que croyaient avoir inventée les Romantiques pour désigner un homme vulgaire, sans esprit, sans délicatesse et sans goût, et qui se trouve tout au long dans l’Histoire comique de Francion : « Alors lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »

Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des ouvriers ; Maître, — dans l’argot des domestiques. On dit dans le même sens, au féminin : Bourgeoise.

Delvau, 1866 : s. m. Toute personne qui monte dans une voiture de place ou de remise, — à quelque classe de la société qu’elle appartienne. Le cocher ne connaît que deux catégories de citoyens ; les cochers et ceux oui les payent, — et ceux qui les payent ne peuvent être que des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Anti-artistique, — dans le jargon des artistes. Ameublement bourgeois.

Rigaud, 1881 : Imbécile, homme sans goût, — dans le jargon des peintres qui sont restés des rapins, — Voyageur, — dans le jargon des cochers. — Individu dans la maison duquel un ouvrier travaille. — Maître de la maison dans laquelle est placé un domestique.

France, 1907 : Terme de mépris pour désigner un homme vulgaire, sans délicatesse, sans goût, sans connaissances artistiques ou littéraires. Certains fabricants de romans ou de tableaux ont souvent des idées plus bourgeoises que beaucoup d’épiciers. Mener une vie bourgeoise, c’est couler une existence tranquille, monotone, sans incidents. Le mot n’est pas neuf, Alfred Delvau l’a relevé dans l’Histoire comique de Francion : « Alors, lui et ses compagnons ouvrirent la bouche quasi tous ensemble pour m’appeler bourgeois, car c’est l’injure que ceste canaille donne à ceux qu’elle estime niais. »
Ce nom, depuis si longtemps en discrédit chez les amis de l’art pour l’art, a reçu une très bonne définition de Théophile Gautier : « Bourgeois, dit-il, ne veut nullement dire un citoyen ayant droit de bourgeoisie. Un duc peut être bourgeois dans le sens détourné où s’accepte ce vocable. Bourgeois, en France, a la même valeur ou à peu près que philistin en Allemagne, et désigne tout être, quelle que soit sa position, qui n’est pas initié aux arts, ou ne les comprend pas. Celui qui passe devant Raphaël et se mire aux casseroles de Drolling, est un bourgeois. Vous préférez Paul de Kock à lord Byron ; bourgeois ; les flonflons du Vaudeville aux symphonies de Beethoven : bourgeois. Vous décorez votre cheminée de chiens de verre filé : bourgeois. Jadis même, lorsque les rapins échevelés et barbus, coiffés d’un feutre à la Diavolo et vêtus d’un paletot de velours, se rendaient par bandes aux grandes représentations romantiques, il suffisait d’avoir le teint fleuri, le poil rasé, un col de chemise en équerre et un chapeau tuyau de poêle pour être apostrophé de cette qualification injurieuse par les Mistigris et les Holophernes d’atelier. Quelquefois le bourgeois se pique de poésie et s’en va dans la banlieue entendre pépier le moineau sur les arbres gris de poussière, et il s’étonne de voir comment tout cela brille romantiquement au soleil.
Maintenant il est bien entendu que le bourgeois peut posséder toutes les vertus possibles, toutes, les qualités imaginables, et même avoir beaucoup de talent dans sa partie : on lui fait cette concession ; mais, pour Dieu, qu’il n’aille pas prendre, en face d’un portrait, l’ombre portée du nez pour une tache de tabac, il serait poursuivi des moqueries les plus impitoyables, des sarcasmes les plus incisifs, on lui refuserait presque le titre d’homme ! »

Nous, les poètes faméliques
Que bourgeois, crétins et pieds-plats
Lorgnent avec des yeux obliques…

(Paul Roinard, Nos Plaies)

Henri Monnier, en 1840, a expliqué complètement les différentes significations de ce mot : « Les grands seigneurs, si toutefois vous voulez bien en reconnaître, comprennent dans cette qualification de bourgeois toutes les petites gens qui ne sont pas nés. Le bourgeois du campagnard, c’est l’habitant des villes. L’ouvrier qui habite la ville n’en connaît qu’un seul : le bourgeois de l’atelier, son maître, son patron. Le bourgeois du cocher de fiacre, c’est tout individu qui entre dans sa voiture. Chez les artistes, le mot bourgeois est une injure, et la plus grossière que puisse renfermer le vocabulaire de l’atelier. Le bourgeois du troupier, c’est tout ce qui ne porte pas l’uniforme. Quant au bourgeois proprement dit, il se traduit par un homme qui possède trois ou quatre bonnes mille livres de rente. »
Ajoutons qu’à l’heure actuelle, pour certains ouvriers obtus, bourgeois est un terme de mépris ou de haine à l’égard de tout individu qui porte redingote et chapeau et ne vit pas d’un travail manuel, ne se rendant pas compte que nombre de ces prétendus bourgeois, employés de bureaux, commis de magasins, gagnent moins qu’eux, et sont plus à plaindre, ayant à garder un décorum dont l’ouvrier est exempt.
Mon bourgeois, dans l’argot populaire, se dit pour : mon mari. Se mettre en bourgeois se dit d’un militaire qui quitte l’uniforme. Se retirer bourgeois, ambition légitime des ouvriers et paysans, ce qui a fait dire à l’auteur du Prêtre de Némi : « Un bourgeois est un anarchiste repentant. »

Quand un bourgeois est cocu.
Mon cœur, triste d’ordinaire,
Est heureux d’avoir vécu
Et ce fait le régénère.

(A. Glatigny)

Bricole

d’Hautel, 1808 : Meuterie, gasconnade, raillerie, subterfuge.
Un ami de bricole. Signifie un ami de rencontre et sur lequel on ne peut faire aucun fonds.
Une fortune de bricole. Un bien que l’on a amassé de côté et d’autre, souvent d’une manière illicite.
Donner une bricole à quelqu’un. Faire entendre une chose pour une autre.
Jouer de bricole. Tricher, ne pas jouer de bonne foi.

Larchey, 1865 : Petit travail mal rétribué.
Bricoler : « M. Jannier bricolait à la Halle, c’est-à-dire qu’il y faisait à peu près tout ce qu’on voulait, qu’il était au service de qui désirait l’occuper. » — Privat d’Anglemont. — Vient de bricole : harnais qui fait de l’homme qui le porte une sorte de cheval bon à tout traîner.
Bricoler : Faire effort, donner un coup de collier ou bricole.

Et bricolons tout plus vite que ça, car j’ai les pieds dans l’huile bouillante.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise affaire, affaire d’un produit médiocre. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Travail de peu d’importance ; travail mal rétribué, fait à temps perdu.

Le soir même, le zingueur amena des camarades, un maçon, un menuisier, un peintre, de bonszigs, qui feraient cette bricole après leur journée.

(É. Zola)

Au XVIIIe siècle, bricole avait le sens de mauvaise excuse, menterie.

France, 1907 : Petit travail de peu de profit.

Grâce à son travail — lequel consistait le plus souvent en bricoles — il eut presque constamment de quoi se nourrir et se vêtir.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Se dit aussi dans le sens d’équipe : Toute la bricole est en bordée.

Cabotinage

Delvau, 1866 : s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d’être applaudi à Paris.

Rigaud, 1881 : Le cabotinage consiste à savoir se passer de talent, à se montrer plus souvent au café que sur les planches, à préférer les petits verres sur le comptoir aux alexandrins des classiques et même à la prose de M. Anicet-Bourgeois.

Le cabotinage est aussi la basse diplomatie des coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme certains courtiers font des affaires de bourse, écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de, l’ouvrage qu’on vient de surprendre, mendier ou acheter des tours de faveur, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage.

(Petit dict. des coulisses, 1835.)

France, 1907 : Art perfectionné de la réclame qui devient de plus en plus commun chez les artistes, les plumitifs, et, ô horreur ! les hommes dits d’État.
Cet art s’étend partout, à tel point qu’on accuse même les anarchistes « militants » d’être des cabotins.

Faire du cabotinage quand la tête est en jeu, c’est raide.

France, 1907 : Vie de déceptions, de travail, de hauts et de bas de l’acteur avant qu’il prenne la place dont parlait Edmond Deschaumes, et décroche le ruban de la Légion d’honneur.

Cocodette

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse, — la femelle du cocodès, — comme la chatte est la femelle de la souris.

France, 1907 : Créature ridicule, bonne à rien qu’à s’attifer.

La cocodette est un type féminin du second Empire, comme la merveilleuse le fut du Directoire, et la lionne, de la monarchie de Juillet. Semblable à la courtisane par son faste et ses allures, elle en diffère par la régularité de sa position sociale. Son existence est une pose incessante.

(Lorédan Larchey)

Le vingt pour cent de la galette
Aboul’-le à la cocodette.

(Hogier-Grison)

En une même génération spontanée, naquirent la cocotte et la cocodette ; celle-là, hétaïre vénale, qui remplissait Paris et autres villes de joie du fracas de ses excentricités et de ses costumes aveuglants de mauvais goût ; celle-ci, au contraire, mondaine blasée, lassée, curieuse de surmenage et de bruit, qui, affectant les allures des Phrynés modernes, s’empressait d’arborer le chignon désordonné, la chevelure artificielle, carotte on queue de vache, le fard, le clinquant des parures, le jargon et l’allure canaille des Cythères parisiennes. Entre la fille de marbre, la biche en renom et la cocodette, la différence était mince : l’une luttant pour la vie, l’autre ne combattait que contre l’ennui et le vide d’une existence morne, déséquilibrée et sans autre but plus nettement défini que le plaisir.
Cocottes et cocodettes inauguraient un règne d’inélégance, de camelote, d’abâtardissement moral, et de mauvais ton.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Collecto

France, 1907 : Collectiviste.

— Heu ! heu ! J’étais pour la Sociale… Je ne savais pas trop au juste comment : pourvu qu’on fasse la guerre aux richards, je marchais, nom de Dieu ! Des fois même je me disais : « Les collectos ont raison ;» d’autres fois, je penchais pour les anarchos… Un moment j’en ai bougrement pincé pour Guesde et Joffrin… ah ! foutre ! je suis vieux, mais quand je pense à ma putaine de vie, mille bombes ! j’en reviens pas ! Me suis-je foutu des fois et des fois au cul d’un bonhomme !

(Père Peinard)

Communard

France, 1907 : Homme qui a pris part à la révolution de 1871.

« Des réactionnaires ! » disent les anarchistes. Ce qui prouve la vérité de l’aphorisme : « On est toujours le réactionnaire de quelqu’un. »

(Dr Grégoire, Turlutaines)

La misère en commun et la souffrance égale ne détruisent pas tous les bons sentiments… Il y a, allez, de braves gens parmi les forçats… Les condamnés politiques de 1871, les communards, qu’on a eu l’infamie de mêler à eux, ont pu le constater… oui, il y a un bagne des hommes capables de dévouement, de pitié, de sacrifice…

(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

— Ne me parlez pas de ce temps-là !… Ce que je le regrette, mes enfants !… Jamais on ne reverra une si chouette époque !… Ainsi, moi, j’ai pu me débarrasser de tous mes créanciers !… Sans blague !… Je n’avais qu’à les dénoncer comme communards à quelqu’un des officiers de Galliffet. De chics types, allez ! ces petits chasseurs, et qui тe barguignaient pas !… En deux temps de galop, ils aboulaient chez le créancier : en l’empoignant, on le tirait de chez lui, par les cheveux, par les pieds, par n’importe quoi… Et crac, au mur, mon bonhomme ! Ils avaient beau protester, supplier, demander une enquête : va te faire fiche… Le plus drôle, c’est qu’ils avaient passé le temps de la Commune à suer la peur, dans leurs caves ! Non, là, vrai ! nous avons bien rigolé.

(Octave Mirabeau, Le Journal)

Communiste

Delvau, 1866 : s. m. Républicain, — dans l’argot des bourgeois, qui, en 1848, donnaient ce nom à tout ce qui n’était pas eux.

France, 1907 : Nom que donnent les bourgeois de 1848 à tous les républicains. Le communiste rêve d’une société idéale d’après laquelle les hommes produiraient selon leurs forces et consommeraient suivant leurs besoins ; tout étant à tous, dans la mesure des ressources sociales.
Les communistes diffèrent des communistes libertaires où anarchistes en ce sens que ceux-ci n’admettent aucune forme de gouvernement, ni congrès, ni suffrage universel, ni parlementarisme : leurs moyens sont exclusivement révolutionnaires, et, trait caractéristique, ils préconisent la propagande par le fait.

Couper dans le ceinturon, dans la pommade, dans le pont

France, 1907 : Se laisser duper, croire aux mensonges, tomber dans le panneau. Allusion à la courbe que les grecs impriment à une carte ou à un paquet de cartes, de façon à obliger le partenaire à couper, sans qu’il en ait conscience, dans la portion du jeu préparé par le filou.

Ah ! ces braves militaires… À l’occasion, ils emportent le pont d’Arcole, de Rivoli ou de Palikao ; mais, pour les autres ponts, ils se contentent d’ordinaire de couper dedans…

(Gil Blas)

Ravachol reçut la visite de l’abbé Claret… qui lui apporta l’éncyclique de Léon XIII et essaya de lui représenter le pape comme le premier des anarchistes. Défiant par nature, Ravachol flaira une manifestation de calotin.
À un des gendarmes qui le conduisaient chaque jour au préau et le gardaient étroitement pendant sa promenade, il a dit :
— Ce ratichon-là est un bon type… seulement quand je serai raccourci, il ira crier partout que j’avais coupé dans sa pommade.
Aussi demanda-t-il à l’abbé de ne point l’assister le matin de l’exécution.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Et pour les goss’, ah ! que salade !
C’qu’on s’gondol’ ! I’ sont étouffants !
Si nous coupions dans leur pommade,
Faudrait aimer tous les enfants.

(Paul Paillette)

Décembraillard

Rigaud, 1881 : Partisan du coup d’état du 2 décembre 1851. Nom donné aux partisans de la dynastie napoléonienne par leurs adversaires politiques.

France, 1907 : Sobriquet donné par les républicains et les monarchistes aux bonapartistes en souvenir du coup d’État de décembre 1851. On dit aussi décembrailleur.

Déroyaliser

Delvau, 1866 : v. a. Détrôner un roi, enlever à un pays la forme monarchique et la remplacer par la forme républicaine. L’expression date de la première Révolution et a pour père le conventionnel Peysard.

Rigaud, 1881 : Renverser un souverain de son trône. Enlever à un roi la couronne de dessus la tête, et quelquefois la tête, avec la couronne.

Donner du fil à retordre

Delvau, 1866 : Embarrasser quelqu’un, lui rendre une affaire épineuse, une question difficile à résoudre.

France, 1907 : Embarrasser quelqu’un, l’occuper d’une façon fastidieuse et désagréable.

— Tel que vous me voyez, j’étais noté dangereux, anarchiste, révolutionnaire. Et le colonel, en bonapartiste fini, n’a pas été fâché que je lui aie montré si j’étais bossu. Il disait à l’adjudant-major : « Ce sacré bougre de la quatrième du trois, il fait bien de se tirer les guêtres ; par le temps qui court, il nous donnerait du fil à retordre. » Oh ! oui, je leur en aurais donné !

(Hector France, Marie Queue-de-Vache)

Eau bénite de cour

France, 1907 : Compliments ou promesses non suivies d’effet. Bien que mous ne soyons plus sous le régime monarchique, nos gouvernants sont prodigue en eau bénite de cour.

Parce qu’on n’est pas chiche de belles promesses à la cour, non plus que d’eau bénite à l’église.

(Leroux, Dictionnaire Comique)

Endormage (vol à l’)

France, 1907 : Vol qui se pratique généralement dans les trains en endormant un compagnon de voyage à l’aide d’un narcotique.

Endormeur

d’Hautel, 1808 : Flatteur, enjôleur, séducteur.

Rigaud, 1881 : Voleur au narcotique. — L’endormeur attire sa victime, chez un marchand de vin, la fait boire, lui verse un narcotique et le dépouille.

Fustier, 1889 : Homme ennuyeux.

La Rue, 1894 : Voleur au narcotique.

Virmaître, 1894 : Individu qui sans cesse promet une chose et ne la tient jamais. Endormir est aussi synonyme de voler.
— Il s’est endormi sur des bijoux (Argot des voleurs).

Virmaître, 1894 : Voleur qui opère au moyen d’un narcotique. Les romanichels se servent pour ce genre de vol d’une décoction de datura stramonium. Ce vol se pratique en wagon. Le voleur profite du sommeil d’un voyageur pour lui couvrir le visage d’un mouchoir imbibé de chloroforme. Les voleurs qui ont cette spécialité forment une secte à part (Argot des voleurs).

France, 1907 : Homme ennuyeux ou raseur qui vous fait perdre votre temps. Flatteur qui cherche à vous gagner de belles paroles, pour obtenir de qu’il désire.

France, 1907 : Voleur à l’endormage.

Étrangler la gueuse

France, 1907 : Tuer la République ; argot des monarchistes.

Fabriquer un endormage

France, 1907 : Préparer un vol en endormant le pante par un narcotique.
Fabriquer à la dure, à la flan, à la rencontre, voler avec violence ; fabriquer un poivrot, dévaliser un ivrogne. Le mot fabriquer est, dans ces différents sens, synonyme de travailler.

Ficelle

d’Hautel, 1808 : Être ficelle. Métaphore populaire qui signifie friponner avec adresse.
Un ficelle. Escroc ; homme fort enclin à la rapine. En ce sens, ce mot est toujours masculin.

Larchey, 1865 : Chevalier d’industrie.

Cadet Roussel a trois garçons : L’un est voleur, l’autre est fripon. Le troisième est un peu ficelle.

(Cadet Roussel, chanson, 1793, Paris, impr. Daniel)

Larchey, 1865 : Procédé de convention, acte de charlatanisme. M. Reboux a publié, en 1864, Les Ficelles de Paris.

M. M…, pour animer la statuaire, emprunte a la peinture quelques-uns de ses procédés ; je n’oserais l’en blâmer, si l’austérité naturelle de ce grand art ne repoussait point les ficelles.

(Ch. Blanc)

Mais il n’est pas en relation avec les directeurs, et d’ailleurs il n’est pas outillé pour le théâtre ; il ne connaît pas les ficelles de la scène.

(Privat d’Anglemont)

Ferdinand lui indiqua plusieurs recettes et ficelles pour différents styles, tant en prose qu’en vers.

(Th. Gautier, 1833)

Delvau, 1866 : adj. et s. Malin, rusé, habile à se tirer d’affaire, — dans l’argot du peuple, qui a gardé le souvenir de la chanson de Cadet-Rousselle :

Cadet Rousselle a trois garçons,
L’un est voleur, l’autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle…

Cheval ficelle. Cheval qui « emballe » volontiers son monde, — dans l’argot des maquignons.

Delvau, 1866 : s. f. Secret de métier, procédé particulier pour arriver à tel ou tel résultat, — dans l’argot des artistes et des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Filou prudent. Un homme ficelle se prête à toutes les malhonnêtetés qui échappent à l’action de la loi.

Rigaud, 1881 : Mensonge transparent, petite ruse. — Ruses d’un métier.

À la ville, ficelle signifie une ruse combinée maladroitement. — Au théâtre, ficelle exprime un moyen déjà employé, connu, usé, qui sert à amener une situation ou un dénoûment quelconque mais prévu.

(J. Noriac, Un Paquet de ficelles)

Tous les métiers ont leurs ficelles. Connaître toutes les ficelles d’un métier, c’est le connaître à fond, en connaître toutes les ruses, tous les fils qui le font mouvoir.

La Rue, 1894 : Ruse, malice. Secret de métier.

Virmaître, 1894 : Être ficelle, malin, rusé, employer toutes sortes de ficelles pour réussir dans une affaire.
— Je la connais, vous êtes trop ficelle pour ma cuisine.
— Vous ne me tromperez pas, je vois la ficelle (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Rusé.

France, 1907 : Escroc, chevalier d’industrie.

Cadet Rousselle a trois garçons :
L’un est voleur, l’autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle,
Il ressemble à Cadet Rousselle,
Ah ! ah ! ah ! mais vraiment,
Cadet Rousselle est bon enfant.

(Chanson populaire, 1792)

La femme. — Et tantôt, deux heures avant de mourir, il me le disait encore : « Le portefeuille est là… tout ce qu’il y a dedans, ça sera pour vous. » Vieille canaille ! vieille ficelle !
L’homme. — Et voilà deux ans qu’il nous la répète, cette phrase-là. C’est avec ça qu’il nous a lanternés, parbleu ! Il s’est fait soigner pendant deux ans à l’œil…

(Maurice Donnay)

France, 1907 : Truc de métier, ruse, procédé, charlatanisme.

Aussi me semble-t-il même superflu de dénier à M. Ohnet les qualités de composition qu’on lui à reconnues. Je veux bien qu’il soit maître dans l’art de charger un roman comme les anarchistes chargent une bombe, avec de gros clous, de la menuaille et des poudres détonantes. Sa mèche est une ficelle.

(Le Journal)

Saluons ! C’est ici que trône et règne majestueusement la ficelle ; voici le restaurant. — Flanqué de deux mensonges, sa vitrine et sa carte, il vous attend entre deux pièges : payer trop ou manger mal ; défilé des Thermopyles, dans lequel tant d’étrangers succombent !

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Le monde est une corderie,
Car la ficelle est notre amie ;
On voit que, dans chaque métier,
L’homme veut devenir cordier,
C’est le refrain du monde entier.
Ficelle, ficelle,
Méthode la plus belle.
Sans ficelle on n’a pas
Le bonheur ici-bas.

(Émile Durafour, Les Ficelles du monde)

Gnioleries

France, 1907 : Bizarreries, sottises.

Les gas ayant plein le cul de toute discipline, en pinçant pour les avaros et les aventures, voudront réagir de vive lutte contre les gnioleries de la société qui les étouffe bêtassement. Oui, cré tonnerre ! dans le populo y aura des bougres râblés qui se foutront dans le banditisme par amour de l’art ; histoire de prouver leur audace et leur nerf, en attendant de povoir foutre en jeu, à la bonne franquette, leurs riches qualités, grâce à la sociale anarchote.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Gober (se)

Delvau, 1866 : Avoir de la fatuité ; s’écouter parler et se regarder dans une glace en parlant.

France, 1907 : S’aimer, tomber dans le narcissisme, éprouver pour soi une admiration sans bornes.

À l’arrivée des premières huîtres, de jeunes gommeux très friands de ces mollusques en dégustent à la devanture d’un dépôt.
Passe Gavroche :
— Ah ! zut, j’aime pas les gens qui s’gobent !

 

Comme notre ami Barrère, un tantinet fat, vantait devant une dame ses propres mérites, ses propres qualités :
— Au moins, vous n’êtes pas comme les huîtres… lui demanda-t-elle.
— J’espère que non, belle dame, mais pourquoi cette question ?
— Eh oui ! les huîtres, on ne les manne pas pendant les mois sans r, tandis que vous…
— Moi ?
— Vous, vous vous gobez toute l’année.

Gueule noire

France, 1907 : Surnom que se donnent eux-mêmes les ouvriers métallurgiques.

Il faisait partie de ce que l’on appelle dans l’anarchie les gueules noires, c’est-à-dire les corporations des ouvriers du fer, serruriers, maréchaux ferrants, etc.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Les gueules noires, dans tous les centres, ont organisé des syndicats ; et chaque ouvrier versant un sou par jour pour l’entretien d’un compagnon — un véritable chef — que les métallurgistes ont choisi, les groupes, on le voit, suivent une direction établie.

(Auguste Marin)

Hégélien, hégélienne

France, 1907 : Ce qui se rapporte au célèbre professeur allemand Hegel, qu’on peut appeler le père du socialisme moderne, père inconscient qui certainement renierait ses enfants.

Notre Proudhon, comme Marx et Bakounine, tient de Hegel. Formidable filiation ! L’honnête bourgeois de qui Hegel élevait les enfants, du temps qu’il concevait son principe, se fût évanoui d’horreur s’il avait imaginé ce qui naissait sous son toit. Mais Hegel lui-même ne soupçonnait pas les conséquences de l’idée qu’il élaborait. Le père spirituel de tant de révolutionnaires n’aimait pas les révolutions, et le gouvernement prussien de la Restauration le tenait pour son ferme soutien.
La voilà bien, cette belle ironie que nous signalions : l’idée hégélienne, bienfait ou fléau, a traversé le monde, saccageant et fécondant sans que son auteur se soit même douté de conséquences qu’il n’avait pas prévues et qu’avec tout son génie il eût été incapable de modifier. Selon les milieux et les tempéraments où elles se combinaient, l’idée hégélienne s’est résolue en ces formes opposées, le collectivisme et l’anarchie. Les transformations imprévues, l’idée hégélienne est appelée à les dépasser. Selon nous et conformément à la dialectique du maître, elle va concilier ses contrariétés, par une évolution plus surprenante encore, dans le fédéralisme.
L’atmosphère française est toute chargée de Rousseau. C’est dans un tel milieu que se combina l’idée hégélienne. Nos différents socialismes, en effet, sont la sensibilité de Rousseau ordonnée par la dialectique de Hegel. De telle sorte que s’ils parlaient un langage exact, les tribuns de la transformation sociale ne devraient pas dire : « Nous autres petits-fils de la Révolution », car cela n’est vrai que des bonapartistes, des orléanistes, ou des républicains parlementaires, c’est-à-dire des conservateurs des anciennes formes politiques et économiques ; mais un révolutionnaire français, qu’il soit collectiviste, ou fédéraliste, ou anarchiste, doit se réclamer de Rousseau pour sa sentimentalité, et de Hegel pour sa dialectique.

(Maurice Barrès)

Hydre de l’anarchie (l’)

Delvau, 1866 : Le socialisme, — dans l’argot des bourgeois qui ont peur de leur ombre.

Jéromiste

Fustier, 1889 : Partisan du prince Jérôme Napoléon.

Et en effet 1 dégringolade des intransigeants, collectivistes et anarchistes est tout aussi marquée que celle des ultramontains et des jéromistes.

(Henri IV, 1881)

Jeu (vieux)

Rigaud, 1881 : Vieille école, ancien régime, vieux système. — L’écrivain qui emploie dans un livre des moyens usés, des rengaines pour charmer ses lecteurs : vieux jeu. — L’auteur dramatique dont les procédés scéniques, le dialogue rappellent soit l’exagération des romantiques, soit la monotonie des classiques : vieux jeu. — L’avocat, l’orateur qui effeuille à la barre, à la tribune, les vieilles fleurs desséchées de la rhétorique, celui qui dit : « Nos modernes Hétaïres, le vaisseau de l’État conduit par d’habiles pilotes, l’honorable organe du ministère public, l’hydre de l’anarchie ose relever la tête… » vieux jeu. — Celui qui appelle sa femme « sa moitié » ; celui qui, en quittant un ami, le prie de « mettre ses respectueux hommages aux pieds de madame » ; vieux jeu, vieux jeu.

France, 1907 : Anciennes habitudes hors de cour, usages passés de mode, plaisanteries rabattues.

Quand, vers la trentaine, le comte Sosthène d’Apremont, après une éducation provinciale et vieux jeu sous les jupons maternels, devenu grand gas balourd et hobereau savantasse, décoré du pape, avait eu, comme il convient, l’idée du mariage…

(Gaëtan de Meaulne)

Larante, larantequet

France, 1907 : Quarante.

Tiens, j’te vas dir’ comment qu’on fait :
C’est pas malin… Tu vas au gonce,
Tu y dis : « T’as eun’ gueule qui m’plaît,
Viens-tu chez moi, mon p’tit Alphonse ? »
I’ dit : « Non » — mais c’est du chiquet.
Tu y r’dis : « Viens, mon p’tit Narcisse,
Viens, pour toi, ça s’ra qu’larant’quet. »
Et tu l’emmèn’ à la condisse.

(Aristide Bruant)

Non… vrai… ces chos’s-là ça m’dépasse !
Faut-i’ qu’eun’ gonzess’ soy’ paquet
D’prendre un franc cinquant’ pour eun passe
Quand on peut d’mander larant’quet.

(Aristide Bruant)

Larmes de saint Laurent le grillé

France, 1907 : On appelle ainsi les pluies d’étoiles filantes qui tombent principalement dans les nuits du 9 au 14 août. Comme c’est à cette époque de l’année que saint Laurent fut torturé et grillé vif à Rome, au IIIe siècle de l’ère chrétienne, l’imagination populaire leur a trouvé ce nom. On sait que c’est ce saint qui, étendu sur le gril et se sentant rôti d’un côté, demanda paisiblement au bourreau qu’on le retournât pour être rôti de l’autre.

Le malheureux avait commis le crime d’être le trésorier fidèle des chrétiens, considérés alors comme une secte dangereuse. Saint Laurent était donc, de son temps, ce qu’on appellerait aujourd’hui le banquier de l’anarchie.

(Petit Parisien)

Légitimard

Fustier, 1889 : Partisan du comte de Chambord, de la monarchie légitime. — Qui se rapporte à la monarchie.

De Chambord, le vingt-neuf septembre,
Les légitimards ont fêté
Par un petit banquet en chambre
L’anniversaire peu vanté.

(L’Esclave Ivre, no 4)

France, 1907 : Légitimiste.

De Chambord, le vingt-neuf septembre,
Les légitimards ont fêté
Par un petit banquet en chambre
L’anniversaire peu vanté.

(L’Esclave ivre)

Mannezingue

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret ; marchand de vin, — dans l’argot des faubouriens, qui n’emploient ce mot que depuis une trentaine d’années. On dit aussi Minzingouin et Mannezinguin.
Voilà un mot bien moderne, et cependant les renseignements qui le concernent sont plus difficiles à obtenir que s’il s’agissait d’un mot plus ancien. J’ai bien envie de hasarder ma petite étymologie : Mannsingen, homme chez lequel on chante, le vin étant le tirebouchon de la gaieté que contient le cerveau humain.

La Rue, 1894 / Rossignol, 1901 : Marchand de vin.

France, 1907 : Marchand de vin : c’est-à-dire homme du zing : man-zing, à moins qu’il ne faille s’en rapporter à l’étymologie donnée par Delvau, qui ferait de mannezingue un mot tout à fait germanique : Mannsingen, homme chez lequel on chante, le vin étant, dit-il, Le tire-bouchon de la gaieté que contient le cerveau humain.

Les mannezingues ont toutes les audaces.
L’un d’eux, l’autre jour, dans le quartier Montmartre, voulant se donner tout le temps nécessaire pour faire des mouillages abondants, a pris le parti de fermer sa boutique.
Et les passants ont pu lire ces mots écrits à la craie sur la devanture :
« Fermé pour cause de baptême. »

(Le Journal)

J’suis républicain socialisse,
Compagnon, radical ultra,
Révolutionnaire, anarchisse,
Eq’cœtera… eq’cœtera…
Aussi j’vas dans tous les métingues,
Jamais je n’rate un’ réunion.
Et j’pass’ mon temps chez les mann’zingues
Oùs qu’on prêch’ la révolution.

(Aristide Bruant)

Marmite anarchiste

Virmaître, 1894 : Comme la précédente, celle-là ne rapporte pas ; elle fait sauter — pas les écus, mais les maisons. C’est une marmite qui n’est guère en faveur, car elle fait perdre la tête (Argot du peuple). N.

Marmiteux

d’Hautel, 1808 : Pour, taciturne, triste, piteux de mauvaise humeur, qui est mal dans ses affaires.

Delvau, 1866 : s. et adj. Piteux, ennuyé, malade, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Souffrant, pleurnicheur. L’épithète de « marmiteux » a été accolée au nom d’un de nos hommes politiques, ancien ministre, sénateur, académicien, orateur disert, mais larmoyant.

Virmaître, 1894 : Homme qui a sans cesse la larme à l’œil. Corruption par extension du mot miteux (qui a la cire aux yeux) (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Pleurnichard, qui cherche à apitoyer sur lui.

La Révolution a livré la France aux hommes d’argent qui, depuis cent ans, la dévorent. Ils y sont maîtres et seigneurs. Le gouvernement apparent, composé de pauvres diables piteux, miteux, marmiteux et calamiteux, est aux gages des fins renards. Depuis cent ans, dans ce pays empanaché, quiconque aime les pauvres est tenu comme traître à la société. Et l’on est un homme dangereux quand on dit qu’il est des misérables.

(Anatole France, Les Lys rouges)

Marmiteux, honteux d’être né,
Rongé d’ennui et de vermine,
Au hasard le gueux mit son nez,
Malgré soucis, pluie et famine.

(André Gill, La Muse à Bibi)

On condamne à mort un malheureux qui érafla les nez d’une demi-douzaine d’honorables ; par la terreur d’un engin opportunément déposé, à 2 heures du matin, au seuil d’un grand magasin, on refrène le mouvement de pitié publique. Donc, on va couper le cou de l’anarchiste Vaillant à l’aube prochaine. Et maintenant, apprenez, maîtres gueux, à respecter les justes du Parlement et à ne pas mépriser les dieux de la République !

(Henry Bauër)

Mèche (vendre la)

France, 1907 : Trahir. C’est éventer et non vendre qu’il faudrait dire ; mais le populaire n’y regarde pas de si près.

On se chamaillait, entre concurrents groupés autour du même os ; mais on savait bien, au fond, que ce n’était pas « arrivé », qu’il y avait, sous cet étalage de haine, bien moins de différences de doctrines que d’antagonismes de personnalités — et surtout d’intérêts.
Tandis que celui-là, soit rigolo, soit féroce, il va mettre les pieds dans le plat, débiner le truc, vendre la mèche, devant les journalistes « bourgeois » qui écoutent, blagueurs et amusés, en mordillant leur plume, et qui reproduiront tout au long, le lendemain, l’intervention tragique ou cocasse du malavisé.
Aussi les orthodoxes du socialisme ont inventé une arme de guerre contre ces gêneurs. Pour tout bon marxiste, qui dit anarchiste dit mouchard. Et parmi ceux qui l’affirment, il en est qui le croient — à force de l’avoir répété !
Les vieux anarchos s’en moquent ; les novices, moins habitués aux luttes courtoises de la politique, s’emballent et donnent dans le panneau.

(Jacqueline, Gil Blas)

Médiocratie

France, 1907 : Gouvernement des médiocres. « L’oligarchie a succédé à la monarchie, et la médiocratie à l’oligarchie. »

En politique, je n’admets guère que deux sortes de gouvernement : l’anarchie — proh pudor ! — ou le « bon tyran », que prônait justement Balzac. Quant au règne de la médiocratie, résumée par son élite, bonsoir !
Il me semble que Balzac, avec son grand mépris des ridicules bourgeois, n’était pas si loin que cela de cette outrance : et peut-être, s’il eût été notre contemporain, eût-il abouti à semblable conclusion.

(Séverine)

Métingue

France, 1907 : Réunion, assemblée. Francisation du mot anglais meeting, participe présent du verbe to meet, se réunir, s’assembler. On doit prononcer mitingue.

Saluez Sa Majesté ! Vous croyez être des démocrates, des citoyens d’une république, des hommes indépendants, des serfs émancipés, des révolutionnaires ayant brisé tout joug injuste, renversé toute barrière désagréable, secoué toute tyrannie pénible. Allons donc ! vous pourrez, dans les métingues, déclamer contre le capital, conspuer les chéquards, vouer aux gémonies, les maîtres chanteurs, les panamistes et les victimes de M. Dopffer, le Jeffreys français, vous n’en serez pas moins les respectueux sujets de Sa Majesté Préjugé, un monarque qui ne porte pas de numéro, car il est unique et éternel.

(Edmond Lepelletier)

J’suis républicain socialisse,
Compagnon, radical ultra,
Révolutionnaire, anarchisse,
Eq’cœtera… eq’cœtera…
Aussi, j’vas dans tous les métingues,
Jamais je n’rate un’ réunion,
Et j’pass’ mon temps chez les mann’zingues
Oùsqu’on prêch’ la révolution.

(Aristide Bruant, Dans la rue)

Mijoter

d’Hautel, 1808 : Mijoter une affaire. La traiter doucement, avec beaucoup de prudence ; la mener petit à petit au succès.
Se mijoter. Le même que mignoter.

Delvau, 1866 : v. a. Entreprendre à la sourdine ; préparer lentement, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe au figuré.

Rigaud, 1881 : Combiner avec soin. — Mijoter une affaire, une intrigue. — Mijoter un livre.

France, 1907 : Bouillir lentement, se préparer de longue main.

Comprenez donc que ce mot République, nous ne le gardons que pour la frime, ça fait patienter les ventres creux, —— en attendant la monarchie se mijote.

(Père Peinard)

J’suis pourtant pas un imbécile !…
Pour mijoter un coup d’fric-frac,
Ya pas deux comm’ mon gniasse au mille…
Mais quand i’ faut marcher, j’ai l’trac !

(Aristide Bruant, Dans la rue)

Monter un bateau

Virmaître, 1894 : Faire croire à une affaire imaginaire ; présenter à des niais un projet de mise en actions pour exploiter une fonderie de pavés ou une filature de pains de sucre. Monter un bateau, synonyme de monter le coup (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Faire croire à un ami une chose qui n’existe pas.

Hayard, 1907 : Tromper.

France, 1907 : Tromper.

Qui qui fait percer des canaux et des isthsses ?
Ah ! mes bons amis, c’est les capitalisses.
Si les anarchiss’s avaient des capitaux,
À l’actionnaire i’s mont’rai’nt les mêm’s bateaux.

(Jules Jouy)

On dit aussi promener en bateau.

— Avant que la destinée eût fait de moi un escroc, j’étais un simple fumiste. Disons qu’un escroc est un fumiste intéressé, ou que la fumisterie, c’est de l’escroquerie à blanc. Il n’y a pas de joie plus délicate que celle de charrier les gens.
Mme Tamanoir. — Charrier ?
Henri. — Charrier ou promener en bateau. Je vais, tout à l’heure, promener un jeune homme en bateau, mais non pas à l’œil, et j’attends de lui un copieux salaire… Voilà des gens qui sortent de la Banque…. Allons, me voici devenu un pauvre musicien de théâtre. Je lui offrirai des billets. Les jeunes Parisiens aiment les billets de théâtre. Ce jeune homme, qui entre au restaurant, n’est pas mal. Il a un binocle et un petit cerveau. Au revoir, maman. Le dîner à sept heures ? J’espère vous rapporter du dessert.

(Tristan Bernard)

Mufle

Rigaud, 1881 : Mal élevé, grossier personnage. Le peuple prononce mufe.

France, 1907 : Gymnastique. Poudre de mufle, résine ; argot de l’École navale.

France, 1907 : Homme mal élevé, grossier et hôte, digne d’avoir un mufle au lieu de figure.

Le dimanche, c’est le jour de sortie des mufles. On ouvre les portes toutes grandes et on les lâche. Ils circulent, ils font ce qu’ils veulent. On ne voit que des gens laids, mal habillés, gauches, qui parlent fort et qui rient bête. Ils ont un nom : les endimanchés. Ils sont en récréation. Les jardins publics, les avenues, les boulevards, les cafés leur appartiennent. Ils envahissent les musées et ils disent devant la Joconde ou la Victoire de Samothrace des choses écœurantes, à taper dessus. Des brutes joviales. Les parents se mettent le doigt dans l’œil et les enfants dans le nez. Qu’est-ce que c’est que ces gens-là ? D’où sortent-ils ? C’est de l’humanité inférieure.

(Henri Lavedan)

On dit et écrit à tort muffe.

Ceux qui tuent journellement, lentement, des travailleurs, par économie sur le matériel ou sur le salaire, le font du moins, il faut en convenir, dans des enceintes ad hoc et privées, loin des beaux quartiers, sans scandale et sans bruit… d’une façon comme il faut. Le sang ne coule que par accident…
Tandis que les explosions indignent, effrayent — tout le monde eût pu y être — et font passer les anarchistes pour des muffes, ce qui nuit toujours à l’avenir d’un parti.

(Séverine, Le Journal)

Noir (cabinet)

France, 1907 : Bureau du ministère de l’intérieur où sont envoyées les lettres de toute personne compromise ou réputée hostile au gouvernement. Elles sont ouvertes et, suivant leur contenu, gardées où envoyées au destinataire. Le cabinet noir a fonctionné sous toutes les monarchies ; supprimé à la révolution de juillet 1830, il fut rétabli sous le second empire par le ministre des affaires étrangères, Sébastiani.

Au temps où M. Constans était ministre, le cabinet noir fonctionnait comme il n’a jamais fonctionné depuis. Toutes les lettres y passaient. Un jour, un député trouva dans son courrier une enveloppe grossièrement recollée. Elle contenait une lettre salie, froissée, portant la trace de doigts graisseux. Le député s’empressa de l’adresser au ministre, avec un mot ainsi conçu : « Faites ouvrir mes lettres, si vous voulez, mais recommandez au moins à vos employés de se laver les mains. »
Deux jours après, sa lettre lui était retournée avec cette annotation de la main de M. Constans : « Réclamation trop juste. C’est entendu. »

(Ad. Manière, L’Aurore)

Opportunisme

Rigaud, 1881 : Politique expectante d’un groupe de républicains qui, sans rien sacrifier… que les principes des autres, attendent patiemment l’occasion favorable pour faire prévaloir leurs idées, et trouvent qu’il est toujours opportun d’occuper une excellente place, et au besoin plusieurs places.

France, 1907 : Ligne de conduite politique consistant à profiter de l’opportunité qui se présente, de quelque côté qu’elle vienne. Alphonse Karr, à la naissance de ce parti, l’a défini en une phrase concise et d’une saisissante vérité : « L’opportunisme, c’est Marat jouant Tartuffe. »

Le pays a l’opportunisme comme un individu a certaines maladies que je ne veux nommer ; et notez bien que depuis quinze ans, tous ces scandales, les décorations, le Panama, et plus récemment l’anarchie, ne sont que les accidents secondaires ou tertiaires de la même maladie honteuse, l’opportunisme !

(Maurice Donnay, 1892)

Ah ! la République, si elle savait son métier… de République ! Si une bonne fois, une fois pour toutes, elle se dégageait d’un coup d’épaule de tous ces vieux fils élimés et pourris de la routine, de la tradition, de l’ordre établi, des usages anciens, et de la révérence historique, dont l’opportunisme lui ficelle les bras et les jambes, si elle osait oser, agir, marcher et vivre ! Que de forces perdues s’éparpillent autour d’elle !

(Émile Bergerat)

L’électeur. — Mon cher député, nos amis se plaignent de votre conduite.
— Comment cela ?
— Oui, vous tournez au radicalisme.
— Oh ! en ce moment, c’est faire acte d’opportunisme.

(Rouge et Noir)

Opportuniste

Rigaud, 1881 : Réactionnaire de l’avenir ; Orléaniste honteux. Républicain qui, en attendant le moment opportun où il pourra voir triompher sa cause, sait se contenter d’une bonne place. Les opportunistes, dont M. Gambetta est le chef, ont pour adversaires les intransigeants, républicains trop pressés.

France, 1907 : Au banquet des places et des honneurs fortuné convive, ou simplement postulant à l’assiette au beurre — disent les anti-opportunistes qui n’ont d’autre désir que de prendre les mêmes places au susdit banquet.

Les hideux opportunistes donnaient, dans les balthazars officiels, le baiser de Judas à l’alliance russe, tandis qu’ils travaillaient sournoisement à la rendre impossible.
Ce qui distingue les opportunistes des autres échantillons de l’espèce humaine, c’est qu’ils ne s’intéressent ni à la patrie, ni à la République, ni à la défense des frontières, ni à la paix, ni à la guerre, ni au bonheur du peuple, ni à son malheur. Ils ne s’occupent que d’eux-mêmes, ne connaissent qu’eux-mêmes et ne voient qu’eux-mêmes.

(Henri Rochefort)

Je ne connais pas de plus répugnant, de plus ignoble parti que le parti dit opportuniste.
Il n’en est aucun. d’ ailleurs, qui soit honni, méprisé davantage par les vrais républicains.
Pourquoi ?
Parce que l’opportunisme n’est ni la République, ni la Monarchie, parce que c’est un parti hybride, où il n’y a ni doctrines, ni principes, ni programmes, ni pudeur, un parti politique où, sans le moindre souci de la dignité, de l’honneur, on emprunte à l’heure et à la course, comme on prend un fiacre, les doctrines, les principes et les programmes des autres.

(L’Autorité, août 1889)

Paillasse

d’Hautel, 1808 : Un paillasse. Nom que l’on donne par mépris à un mauvais comédien qui charge trop son rôle ; à un homme sans esprit qui fait le bouffon, le plaisant, et qui y réussit mal.

d’Hautel, 1808 : Une paillasse de corps-de-garde. Femme livrée à la débauche la plus crapuleuse, et entièrement adonnée au vice, gourgandine qui fréquente les casernes, les corps-de-garde, et qui sert de divertissement aux soldats.
Serviteur à la paillasse. Pour dire, adieu à l’armée, ou il faut coucher sur la paille.

d’Hautel, 1808 : Pour la bedaine, le ventre.
Il a bien bourré sa paillasse. Pour, il s’est bien repu, il a mangé d’une belle manière.
Il s’est fait crever la paillasse. Pour il s’est fait tuer ; il a été tué en se battant.

Delvau, 1864 : Fille de la dernière catégorie, — la digne femelle du paillasson.

En avant, la femm’ du sergent !
Balancez, la femm’ dm fourrier,
Demi-tour, la femm’ du tambour,
Restez là, paillasse à soldat…

(La Leçon de danse, — chant guerrier)

Eh ! titi ! oh ! èh ! là-bas,
Tiens ! est-c’ que tu déménages ?
— Pourquoi qu’ tu tiens ce langage ?
— C’est qu’ t’as ta paillass’ sous le bras.
— Eh ! non, mon vieux, c’est ma femme…

(Chanson populaire).

Larchey, 1865 : Caméléon politique. — Allusion à la chanson de Béranger : Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi, Saute pour tout le monde, etc. De là aussi est venu le synonyme de sauteur.

Larchey, 1865 : Ventre. — La paille s’en échappe comme les intestins.

Il s’est fait crever la paillasse, il s’est fait tuer.

(d’Hautel, 1808)

Delvau, 1866 : s. f. Corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Se faire crever la paillasse. Se faire tuer en duel, — ou à coups de pied dans le ventre. On dit aussi Paillasse aux légumes.

Delvau, 1866 : s. f. Femme ou fille de mauvaise vie. On dit aussi Paillasse de corps de garde, et Paillasse à soldats.

Delvau, 1866 : s. m. Homme politique qui change d’opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu’il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu’il met. On dit aussi Pitre et Saltimbanque.

Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon des troupiers.

Rigaud, 1881 : Saltimbanque politique dont les opinions sont plutôt à vendre qu’à louer. — Celui qui saute à pieds joints sur ses promesses.

La Rue, 1894 : Fille publique. Saltimbanque. Le corps humain. Se faire crever la paillasse, se faire tuer.

Virmaître, 1894 : Femme. Un homme se promène, sa femme au bras ; il est rencontré par un ami :
— Tiens, tu déménages, Charlot ?
— Pourquoi donc ?
— Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). V. Boulet.

Virmaître, 1894 : Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques. Paillasses : les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.

Paillass’, mon ami,
N’saut’ pas à demi.
Saute pour tout le monde. (Argot du peuple).

France, 1907 : Femme de mauvaise vie, prostituée. Paillasse de corps de garde, fille à soldats. On dit aussi, dans le même sens, paillasse à troufion.

Les nymphes d’alentour ne se laissent pas approcher, ou si par hasard on accroche une jupe à la brune, on est sûr que c’est une vieille paillasse qui a servi à tous les avant-postes du camp.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Du temps qu’elle faisait la noce,
Jamais on n’aurait pu rencontrer — c’est certain,
Paillasse plus cynique et plus rude catin.

(André Gill, La Muse à Bibi)

France, 1907 : Individualité. « S’il s’imagine que je vais me décarcasser pour sa paillasse ! »

France, 1907 : Ventre. Crever la paillasse à quelqu’un, le tuer.

Toujours bonne fille et sans corset, la France prit sur elle, et à ses frais, bien entendu, de mettre en œuvre l’utopie sentimentale du Bohême, et, sous tous les rois susnommés, des milliers de benêts, ses fils et nos pères, se firent crever glorieusement la paillasse pour assurer le droit contre la force et établir le fameux équilibre ! Cette besogne de la monarchie française est ce que l’on définit dans les manuels scolaires par la locution : « abaisser la maison d’Autriche. »
Que fit Louis XI ? — Il commença l’abaissement de la maison d’Autriche. — Que fit François Ier ? — Il continua à abaisser la maison d’Autriche. — Et Henri IV ? — Il abaissa la mais… ! — Et Richelieu ?… Et Louis XIV ?… — Sous leurs règnes, l’abaissement de la… etc., etc., et ainsi de suite, jusqu’au mariage de Napoléon avec Marie-Louise, ce dernier cran de l’abaissement est le coup du lapin aux Habsbourg.

(Émile Bergerat)

Panthère

Fustier, 1889 : Individu qui professe des idées révolutionnaires, anarchistes. Il faut voir dans ce mot une allusion à une société d’anarchistes fondée à Paris sous ce titre : La Panthère des Batignolles.

Les rentes de M. Clémenceau sont, en somme, aussi enviées par les panthères que celles de M. de La Rochefoucauld.

(Figaro, mars 1887)

France, 1907 : Nom donné vers 1840 aux beautés à la mode. « C’était, dit Lorédan Larchey, une race inférieure à celle de la lionne, qui florissait vers le même temps, mais elle était plus carnassière, plus mangeuse d’hommes. »

Patelin

Fustier, 1889 : Compatriote.

En qualité de patelins, nous avions été assez bien accueillis…

(Humbert, Mon bagne)

Signifie aussi pays, lieu de naissance, — dans l’argot militaire.

La Rue, 1894 : Compatriote. Le pays natal V. Pacquelin.

Virmaître, 1894 : Pays. Corruption du vieux mot pasquelin, qui signifiait la même chose (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Pays.

France, 1907 : Pays, villages même sens que paquelin dont il est la déformation.

Y a à Amiens une floppée de fistons qui ont pris une riche habitude ; tous les dimanches ils s’en vont en balade dans les environs, choisissant les patelins où y a une fête, puis, une fois là, ils guignent le cabaret ou le café qui leur semble le plus vaste, s’y rendent et, sans faire de magnes, ils poussent des chansons anarchotes, débitent des monologues.
C’est de la bonne propagande et les idées s’infiltrent en douceur.

(Le Père Peinard)

Il en a pour vingt ans d’Nouvelle ;
On en r’vient pas de c’pat’lin-là,
Mais l’on part avec sa donzelle,
C’est tout c’qu’i’ faut pour vivr’ là-bas.

Pisse-froid

d’Hautel, 1808 : Mot injurieux et satirique, qui se dit d’un homme flegmatique, sombre et sournois, sans vigueur du tempérament.

Delvau, 1864 : Bande-à-l’aise.

Où diable Valère a-t-il raccroché ce pisse-froid-là ?

(Comte de Caylus)

Delvau, 1866 : s. m. Homme lymphatique, tranquille qui ne se livre pas volontiers, — dans l’argot du peuple, ennemi des flegmatiques.

France, 1907 : Individu qui manque d’ardeur, de chaleur dans ses opinions, un pusillanime. S’emploie dans le Centre dans le sens de méticuleux. On dit aussi pisse-froid dans la canicule et pisse-verglas.

La question n’est pas de travailler tant d’heures, de toucher tant… mais plutôt de ne pas être exploités ! C’est ce qu’ont tout à fait perdu de vue les pisse-froids : ils ne parlent plus de faire rendre gorge aux capitalos, c’est passé de mode.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Y a pas à tortiller, si on veut que le populo gobe les idées révolutionnaires, les gas d’attaque doivent s’aligner de façon pour que leurs manières de vivre soient en concordance avec leurs opinions.
Et c’est pourquoi les anarchos ne doivent pas suivre l’exemple de ce triste socialo pisse-froid qui, à l’atelier, est un infect contre-coup et qui, dans la rue, parle d’émancipation.

(Le Père Peinard)

Platventrisme

France, 1907 : Bassesse, avilissement, soumission outrée comme celle du chien qui rampe à plat ventre devant son maître.

Si vous trouvez dans vos recherches un citoyen plus plat que moi devant une manche galonnée, plus lâche devant l’ombre d’une casquette officielle, je m’engage à faire douze cents francs de rente annuelle au malin qui m’amènera ce phénomène d’avilissement.
Si l’on m’interpelle, je salue ; si l’on m’injurie, je souris agréablement. Il suffit de me menacer d’une poussée vers le poste de police pour que je me confonde en honteuses excuses…
Seulement, j’ai parfois mal aux ongles ; il me semble qu’au bout des doigts, entre cuir et chair, il me pousse par gerbes les brûlantes torches de l’incendiaire, et je ne réponds pas qu’un jour mon platventrisme bien connu ne me conduise à l’anarchie.

(Gonzague-Privat, Germinal)

Plume de Beauce

Halbert, 1849 : Paille.

Delvau, 1866 : s. f. La paille, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Paille, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Paille.

France, 1907 : Paille. « Piausser sur la plume de Beauce », dormir sur la paille.

En ses jours de misère, alors qu’aucun camaro n’avait pu lui donner l’hospitalité, il s’allait coucher dans un galetas proche les étangs de la Glacière où l’on passe une nuit pour deux sous sur de la paille dite « plume de Beauce… »

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Quand on couche sur la plume de la Beauce, des rideaux, c’est un luxe de mauvais goût.

(Mémoires de Vidocq)

Pognon être (au)

France, 1907 : Avoir de l’argent, être riche.

Quand la pauvrette eut fait ses couches, le mufle avait soupé d’elle et il la plaqua.
Un moment, il avait eu envie de « régulariser sa situation », mais sa famille, qui était au pognon, n’eut pas de peine à faire comprendre au bourgeoisillon qu’on prend une ouvrière pour s’amuser, — histoire de jeter sa gourme — mais non pour le conjugo.

Pour le mariage, c’est pas le caractère et les sympathies qu’il faut assortir : c’est les sacs d’écus !

(Le Père Peinard)

Quand viendra le jour ousque les anarchisses
Auront pris le pognon des capitalisses,
Les capitalisses deviendront anarchos
Et les anarchiss’s auront des capitaux.

(Jules Jouy)

Poireau (ordre du)

France, 1907 : Ordre du Mérite agricole. Ce nouvel ordre a été créé par M. Maline le 7 juillet 1883. Il fixait à mille le nombre des chevaliers et à 500 celui des officiers, et décidait qu’il ne pourrait être fait plus de 350 nominations de chevaliers par semestre. D’après le décret de création, pour être admis dans l’ordre du Mérite agricole, il faut avoir exercé pendant quinze ans au moins, avec distinction, des fonctions se rattachant à l’agriculture, ou compter au moins quinze ans de pratique agricole.
Un conseil de l’ordre du Mérite agricole est établi près le ministre de l’agriculture.
Il est composé du ministre de l’agriculture, président ; de huit membres de l’ordre nommés par le président de la République et d’un secrétaire à la nomination du ministre.
Les directeurs du ministère de l’agriculture, le chef de la division du secrétariat, de la comptabilité et le chef du cabinet du ministre font partie de droit de ce conseil qui se réunit à la fin de chaque trimestre et aussi souvent que le ministre le juge utile.
Mais devant le nombre toujours croissant des demandes, le chiffre primitif s’est trouvé insuffisant. Il est à remarquer que depuis la République, il y a beaucoup plus de décorations que sous le régime impérial. C’est que l’amour des distinctions, qui nous vient des Gaulois, nos pères, se manifeste autant chez les républicains que chez les monarchistes. Aussi un décret du 18 juin 1887 a-t-il, pour donner de plus larges satisfactions, porté à 3.000 le nombre des chevaliers du Mérite agricole. Ce dernier chiffre a probablement été augmenté depuis. Un décret du 11 mars 1893 a institué un conseil de discipline de l’ordre du Poireau.

Rallié

France, 1907 : Personne nouvellement ralliée à la république.

Les ralliés lâchent allègrement le vieux shako de la monarchie et se coiffent du bonnet phrygien, qu’ils portent incliné sur l’oreille pour mieux accuser la crânerie de leurs nouvelles convictions.

(A. Maujan)

Raseur

Larchey, 1865 : « Le raseur est l’individu qui croit vous intéresser infiniment par le récit des choses les plus ennuyeuses dont sa mémoire est ornée. — Une fois qu’il tient votre bras, le raseur ne vous quitte plus. » — A. Scholl, 1853.

Rigaud, 1881 : Commis en nouveautés qui procède comme il est indiqué ci-dessus.

Virmaître, 1894 : Être ennuyeux, qui vous raconte des riens pendant des heures entières (Argot du boulevard). V. Crampon.

Rossignol, 1901 : Voir raser.

Hayard, 1907 : Bavard ennuyeux.

France, 1907 : Ennuyeux importun, gêneur.

Si les sentiers du journalisme et de la littérature ne sont pas encore tout à fait encombrés par de vagues raseurs bien coiffés, c’est que ceux-ci préfèrent exercer une profession moins aléatoire que celle d’écrivain. Ce n’est pas la modestie qui les empêche d’écrire : c’est la raison. Rendons hommage à leur prudence et à leur souci de l’avenir. Grâce à cette réserve, il y a encore des gens qui, sur les feuilles de recensement, ne s’intitulent pas homme de lettres, et l’on peut écrire à son bottier sans être forcé, par la plus élémentaire des courtoisies, de l’appeler « Monsieur et cher confrère. »

(Paul Foucher)

Nous reverrons encor bien des choses insanes
Qui font lever le cœur et amènent le rot :
Sur des velours en zinc des vestales sans cuisses,
Sur des crus épinards des vierges sans tétons
Dans les grands bois sacrés d’impudiques Narcisses
Et devant des pianos des raseurs en veston.

(Don Juan)

Refiler la comète

France, 1907 : Coucher à la belle étoile. On dit aussi renifler la comète. Refiler a ici le sens de suivre, surveiller.

Dans l’avenue, Dupont fendit d’un coup de pouce l’enveloppe (que lui avait remise la duchesse d’Uzès) ; elle contenait un billet de 50 francs. Cet argent a reçu la destination indiquée par la donatrice. 25 francs furent distribués à des copains qui refilaient la comète. Le reste fut envoyé dans les prisons et aux parents des prisonniers.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Renverser sa marmite

Delvau, 1866 : Mourir, — dans l’argot des ouvriers.

Virmaître, 1894 : Mourir. Renverser la marmite : ne plus tenir table ouverte, évincer les parasites. Renverser la marmite : refuser le service. Allusion aux Janissaires qui renversaient la marmite pour indiquer qu’ils se mettaient en état d’insurrection. Nous avons, c’est le progrès, la marmite à renversement des anarchistes (Argot du peuple). N.

Reprise individuelle

France, 1907 : Formule anarchique par laquelle chacun est invité à reprendre sa part de bien sur autrui.

Quatre anarchistes ont encore pratiqué hier la reprise individuelle chez un marchand de vins. Après s’être fait servir par lui un excellent repas, ils lui ont déclaré qu’ils ne le payeraient pas, leurs opinions s’opposant à ce qu’ils enrichissent un bourgeois de leur argent.

(Le Journal)

Rigodon (jour du)

France, 1907 : Temps de la révolution sociale ou anarchiste, littéralement : jour de la danse.

Aux policiers, aux renégats,
Leur compte sera bon
Aux jours du rigodon !
Dansons la Communarde,
Et tenons bon (bis).
Dansons la Communarde,
Et tenons bon,
Nom d’un nom !

(La Communarde)

Sans-culotte

Delvau, 1866 : s. m. Républicain, — dans l’argot des bourgeois, pour qui Terreur est inséparable de République.

France, 1907 : Sobriquet donné aux républicains de 93, la plupart vêtus de haillons. La sans-culotterie est l’opinion des sans-culottes et le sans-culottisme le nom de leur parti.

Discussion politique dans le salon de la marquise de R…
— Vraiment, mon cher député, on ne peut pas vous prendre au sérieux comme homme politique… Je vous ai connu bonapartiste, puis républicain modéré. Maintenant vous êtes monarchiste. Je ne désespère pas de vous voir un jour sans-culotte.
— Cela dépend de vous, Madame la marquise, et dès que vous voudrez bien me le permettre…

(Gil Blas)

Se donner une culotte, se culotter

Larchey, 1865 : Faire excès de boire ou de manger. — Donné déjà par le Dict. de Leroux, 1718. — Synonyme d’un terme fréquemment employé : S’en donner plein la ceinture.

Nous pouvons donc enfin nous culotter avec du vin du tyran.

(Chenu)

Un ivrogne ferait bien mieux de s’acheter un pantalon que de se donner une culotte.

(Commerson)

Culotte se prend au figuré pour tout autre excès

nous nous sommes donné une fameuse culotte monarchique et religieuse.

(Balzac)

Siphon

France, 1907 : Tête ; argot populaire.

Selon l’époque, ceux qui ont des idées dans le siphon, — les galeux d’où vient tout le mal, changent de nom, — rien que de nom ! Dans le temps, les Rouges et les Partageux ont été des monstres rudement à la mode. Aujourd’hui, c’est le tour aux anarchos.

(Père Peinard)

Socialisse

France, 1907 : Autre forme de socialo.

J’ suis républicain socialisse,
Compagnon, radical ultra,
Révolutionnaire, anarchisse,
Eq’ cœtera… Eq’ cœtera…

(Aristide Bruant)

Sourdine (grincher à la)

La Rue, 1894 : Voler après avoir endormi en jetant du datura ou un narcotique quelconque dans le vin.

Tanagras

France, 1907 : Cocotte, poule, de Tanagra, ancienne ville de Béotie où l’on élevait quantité de poules pour choisir dans leurs couvées les meilleurs coqs destinés aux combats.

Ô maître François qui, dans Montfaucon,
Lieu qu’une forêt de potences boise,
Faillis d’une soie au vilain cocon
Apprendre « à ton col ce que ton cul poise »,
Aïeul des musards qui, sans oraison,
Comme un chien les os, quêtent leurs poèmes
Au hasard des tas, prince des bohèmes,
Cette « honneste dame » avait bien raison !
Que faisait-il là, le Villon moderne,
Entre ces gandins et leurs tanagras,
Perdu comme un poil dans un bouillon gras ?
Ils l’ont pris pour un anarcho baderne !

Transformisme

France, 1907 : Évolution lente des espèces qui, d’après Larmarck et Darwin, dérivent les unes des autres par une série de transformations dépendant du milieu et des conditions vitales. Néologisme.

Le mépris des temps présents est le commencement du transformisme que subissent les âmes — ça commence bien ! Sauf les satisfaits, le dégoût est général, la nausée unanime, la lassitude immense ! On attend et on espère…
Tandis que défile cette descente de Courtille énumérée par le compagnon — pardon ! le président — Cartier : « La loi, la propriété, l’ordre, la famille, la morale… et autres balançoires ! »
Ce ne fut pas un anarchiste qui s’exprima ainsi, ce fut un magistrat ! Concluez.

(Séverine)

Trimardeur

Fustier, 1889 : Voleur de grand chemin. (V. Delvau : Trimar.)

Rossignol, 1901 : Celui qui voyage sur les routes. Celui qui travaille beaucoup est aussi un trimardeur.

France, 1907 : Nomade, vagabond, individu qui marche sur les routes, qui arpente le trimard. Argot populaire.

À côté du premier anarchiste qui est un théoricien pur (Satan), nous voyons apparaître le premier magistrat bourgeois. Le créateur punit sans pitié sa créature pour une pomme volée ! Il condamne l’homme au labeur sans espoir — les travaux forcés à perpétuité, — la femme à l’esclavage, à l’enfantement dans la douleur. Il les chasse, il les exproprie, il requiert la force armée pour les expulser. Regardez Adam fuyant par le monde, nu, sans défense, terrifié sous le glaive flamboyant de l’archange, c’est le premier trimardeur. Il porte l’anarchie en lui à travers l’humanité.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Je sais bien que d’être empereur
Ou seulement roi de Hollande
Ça rapporte plus qu’d’être trimardeur
Ou que d’faire de la contrebande,
Mais c’est égal, j’crois que les pauvres vieux
N’sont plus tout à fait à leur aise
Et que d’puis le p’tit père Louis XVI
C’est un métier qu’est rien dangereux.

(J.-B. Clément)

Trois glorieuses (les)

France, 1907 : Les trois journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, où la monarchie constitutionnelle succéda à celle de droit divin. Il était d’usage que chaque année les survivants des combattants se rendissent à la place de la Bastille pour déposer des couronnes sur le socle de la colonne. Le 29 juillet 1897, il ne restait plus que six de ces combattants.

Truc (débiner le)

Rigaud, 1881 : Révéler le secret d’un métier, les ruses d’un métier, la manière d’opérer.

Je vois que vous êtes du métier : ne débinez pas le truc.

(G. Escudier, Les Saltimbanques)

Maquiller le truc, organiser une affaire.

France, 1907 : Dévoiler le secret.

… Vous prenez un de ces vases d’élection et vous y jetez un petit carnet de coulissier bien gras ; puis vous en fermez le couvercle et vous le laissez fermenter dans un coin sans y penser davantage : tous les cinq ans, vous l’ouvrez, et avec une cuillère à pot, vous en ramenez de la représentation nationale, soit une infinité de petits députés députants, de petits sénateurs sénatorisants qui, au moindre rayon de soleil, grandissent en dansant et deviennent des ministres ministrants tels que nous, que dis-je, des candidats à la présidence, pour ensuite se répandre et pulluler dans l’administration, les postes lucratifs, les fonctions honorifiques, les consulats, ambassades et perceptions. Et voilà, Messieurs et Mesdames, tel est le truc du système et le système du truc. Nous avons l’honneur de vous le débiner, afin que vous sachiez par quoi nous avons remplacé les vagues régimes, monarchies ou empires…

(Émile Bergerat)

Watriner

Fustier, 1889 : Tuer, assassiner et, par extension, détruire, renverser par force. Allusion au meurtre que commirent, au mois de février 1886, les mineurs de Decazeville sur la personne de leur sous-directeur, M. Watrin, dont ils prétendaient avoir à se plaindre.

Il ne manque dans ma boutique
Que le tonnerre et les éclairs
Pour watriner toute la clique
Des exploiteurs de l’univers.

(Galette anecdotique, février 1887)

En avant ! et watrinez les obstacles qui entravent votre mouvement.

(Grève sociale, février 1886)

De watriner on a fait watrinade qui, pour les révolutionnaires, est synonyme de vengeance, de représailles et qui, pour les honnêtes gens, signifie tout simplement crime, meurtre, assassinat.

Hier encore, un ouvrier jugeait à propos de tirer sur son patron. Le Cri du Peuple, naturellement, exalte le courage de l’assassin et qualifie de watrinade ce qui est un crime.

(Parti national, mars 1887)

France, 1907 : Assassiner le contremaitre ou le patron ; néologisme créé depuis l’assassinat de l’ingénieur Watrin par ses propres ouvriers aux troubles de Decazeville en 1886. C’est une expression très caractéristique et spéciale à ajouter à celles indiquant l’acte de tuer son prochain et dont voici les principales : abasourdir, buter, capahuter, cônir, couper le sifflet, crever la paillasse, chouriner, décrocher, dégringoler, démolir, descendre, dévisser le trognon, écharper, endormir, entailler, envoyer ad patres, érailler, esbasir, escarper, escoffier, estourbir, estrangouiller, expédier, faire banque, faire flotter, faire passer le goût du pain, faire un macchabée, faire suer un chêne, faire la grande soulasse, faire le pante, foutre à l’ombre, laver son linge dans la saignante, lingrer, moucher le quinquet, rebâtir, rebouisser, refroidir, sabler, saigner, scionner, suager, sonner, suriner, terrer, tortiller le gaviot, tourner la vis, tourlourer, watiner.

J’ai ce qu’il faut dans ma boutique,
J’ai le tonnerre et les éclairs,
Pour watriner toute la clique
Des affameurs de l’univers.

(Chanson anarchique.)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique