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Camoufler

Vidocq, 1837 : v. a. — Déguiser.

M.D., 1844 : Se rendre méconnaissable.

Larchey, 1865 : Déguiser. — Mot à mot : cacher le muffle. — Camouflement : Déguisement (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. pr. S’instruire, — se servir de la camoufle, de la lumière intellectuelle et morale.

Rigaud, 1881 : Falsifier. — Camoufler la bibine et le pive, falsifier la bière et le vin.

La Rue, 1894 : Falsifier. Arranger.

Virmaître, 1894 : Réparer. On camoufle un décor (Argot des artistes).

Rossignol, 1901 : Arrêter. Celui qui se fait arrêter se fait camoufler.

anon., 1907 : Voler.

Dans le train (être)

France, 1907 : Être de son époque. Faire comme tout le monde. N’avoir ni préjugé ni conscience.

Qui donc aux élections lui a pris la moitié de ses voix ? Le troisième larron, le socialiste, le jeune avocat Mufflet. Oh ! tout à fait « dans le train », celui-là, et — si j’osais me servir d’une expression aussi éculée — tout à fait « fin de siècle. »

(François Coppée)

Gandin

Delvau, 1864 : Imbécile bien mis qui paie les filles pour qu’elles se moquent de lui avec leurs amants de cœur. Il reste une consolation aux gandins qui grappillent dans les vignes amoureuses après ces maraudeurs de la première heure, c’est de se dire :

Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !

(A. Delvau)

Nous soupions au sortir du bal. Quelques gandins,
Portant des favoris découpés en jardin,
Faisaient assaut d’esprit avec des femmes rousses.

(Th. De Banville)

Larchey, 1865 : Dandy ridicule. Du nom d’un personnage de vaudeville.

L’œillet rouge à la boutonnière, Les cheveux soigneusement ramenés sur les tempes comme deux gâteaux de pommade, le faux-col, les entournures, le regard, les favoris, le menton, les bottes ; tout en lui indiquait le parfait gandin, tout, jusqu’à son mouchoir fortement imprégné d’essence d’idiotisme.

(Figaro, 1858)

Delvau, 1866 : s. m. Amorce, paroles fallaces, — dans l’argot des marchandes du Temple. Monter un gandin. Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.

Delvau, 1866 : s. m. Coup monté ou à monter, — dans l’argot des voleurs. Hisser un gandin à quelqu’un. Tromper.

Delvau, 1866 : s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des drôlesses, — et qui n’y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit d’enfer. Le mot n’a qu’une dizaine d’années. Je ne sais plus qui l’a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.

Rigaud, 1881 : Dandy dégénéré. Homme à la mise recherchée, prétentieuse et ridicule. D’où vient-il ? Est-ce de gant ? Est-ce de l’ancien boulevard de Gand ? Est-ce du nom d’un des personnages — Paul Gandin — des Parisiens de la Décadence, de Th. Barrière ? Est-ce de gandin, attrape-nigaud, en retournant la signification : nigaud attrapé ? Est-ce de dandy, avec changement du D en G, addition d’un N et réintégration de l’Y en I ? Je ne sais. — Le gandin s’éteignit en 1867, en laissant sa succession au petit-crevé qui creva en 1873, en léguant son héritage au gommeux, qui le léguera à un autre, et ainsi de suite jusqu’à la consommation des siècles.

Rigaud, 1881 : Duperie, attrape-nigaud. Hisser un gandin à un gonse, tromper un individu. — Monter un gandin, — dans le jargon des revendeurs du Temple, signifie chauffer l’article, harceler le client pour lui faire acheter quelque chose.

Rigaud, 1881 : Fort, — dans le jargon des barrières. Il est rien gandin.

Fustier, 1889 : Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple.

Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. À présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai ! c’est pas gandin !

(Fournière, Sans métier)

La Rue, 1894 : Duperie. Coup monté. Riche oisif.

France, 1907 : Riche oisif, jeune fainéant dont le père a travaillé sa vie durant pour qu’il passe la sienne à ne rien faire, parasite social. C’est le successeur et l’imitateur des lions du temps de Louis-Philippe, qui succédèrent eux-mêmes aux dandys et aux fashionables de la Restauration, aux beaux de l’empire, engendrés par les incroyables et les muscadins du Directoire, fils des petits maîtres de la fin du règne de Louis XV, descendants des talons rouges et des roués de la Régence, neveux des marquis de Louis XIV. Le nom de gandin parait pour la première fois en 1854 dans une pièce de Théodore Barrière, Les Parisiens, porté par un élégant ridicule, mais il ne se répandit guère dans le publie avant 1858. Gandin vient-il du boulevard de Gand, devenu le boulevard des Italiens et qui était la promenade habituelle des jeunes et riches oisifs, ou, suivant quelques étymologistes, du patois beauceron gandin, dont les éleveurs de la Beauce désignent le jeune mouton ? La bêtise, la simplicité, la passivité du mouton adolescent qui suit pas à pas celui qui le précède, et les instincts moutonniers, l’épaisse imbécillité de ces jeunes abrutis qui se copient tous en habits, en langage et en gestes offrent quelque créance à la seconde version. Cependant le public parisien ignore le patois de la Beauce, gandin adolescent mouton est inconnu sur le boulevard, et pour cette raison nous nous en rapporterons à la première.

Cigare aux dents, lorgnon dans l’œil,
Chaussé par Fabre, habillé par Chevreuil,
Un de ces élégants dont l’esprit reste en friche,
Nommés gandins hier, cocodès aujourd’hui,
Et qui nonchalamment promènent leur ennui
Depuis la Maison d’Or jusques au Café Riche…

(J.-B. de Mirambeaux)

Adieu, gandins infects, drôlesses éhontées, vous tous, abrutis qui, depuis ma majorité, n’avez cessé de jeter un froid dans mon existence. Je vous lâche !

C’était à l’Ambigu, la jeune X… des Folies Dramatiques se pavanait dans une avant-scène en compagnie de plusieurs crétins, tous gandins, et plus bêtes les uns que les autres, par conséquent.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais jeune homme à sa Nini)

On l’emploie adjectivement dans le sens de beau, élégant.

— Il est pourtant gandin, mon panier, insiste le gitane avec le plus pur accent du faubourg Antoine ; étrennez-moi, Monsieur, ça vaut une thune et à deux balles je vous le laisse.

(Jean Lorrain)

Muffle

d’Hautel, 1808 : Pour, visage.
Un vilain muffle. Pour, un détestable visage ; une très-laide figure.

Halbert, 1849 : Imbécile.

Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, goujat, brutal. M. Francisque Michel à qui les longs voyages ne font pas peur, s’en va jusqu’à Cologne chercher une étymologie probable à cette expression, et il en rapporte muf et mouf, — afin qu’on puisse choisir. Je choisis muffle, tout naturellement, autorisé que j’y suis par un trope connu de tous les philologues, la synecdoque, par lequel on transporte à l’individu tout entier le nom donné à une partie de l’individu.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier, — dans l’argot des filles, qui n’aiment pas la blouse.

Delvau, 1866 : s. m. Visage laid ou grotesque, plus bestial qu’humain, — dans l’argot du peuple, qui se sert de cette expression depuis trois cents ans. Il trouve plus euphonique de prononcer Muffe.

La Rue, 1894 : Mal élevé, grossier. Maçon.

Virmaître, 1894 : Communément, ce sont les maçons qu’on appelle ainsi. La chanson dit :

Tous les muffles que nous connaissons
Ne sont pas à la grève.


En effet, il y a plusieurs genres de muffles :
Tout individu qui se conduit mal avec quelqu’un est un muffle.
Muffle
est synonyme de goujat (Argot du peuple).

Mufflerie

Delvau, 1866 : s. f. Sottise, niaiserie ; brutalité. On dit aussi Mufflelonnerie.

Muffleton

Delvau, 1866 : s. m. Petit muffle, jeune imbécile. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’on prononce Muffeton.

Mufle, muffe, feton

Larchey, 1865 : Homme mal élevé, grossier. — Allusion au mufle d’un animal. — V. Balancer.

Eh ! dis donc, la belle blonde, tu vas quitter ces deux muffles et t’en venir avec moi.

(E. Sue)

Vois-tu, muffeton ? lui disait la dame.

(G. de Nerval)

Numéroter ses abatis

France, 1907 : Se préparer à recevoir une forte raclée.

Le grand Jules. — Nini, tu couches avec moi, ce soir ; je te paye une tripe et un petit noir.
Nini. — J’peux pas : la dernière fois que j’ai couché avec Dodolphe, j’ai rien reçu une riche floppée.
Le grand Jules — Ton dab est un muffle, t’y diras ça de ma part.
Nini. — Va-z-y dire toi-même, mais avant fais numéroter tes abatis.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Pomponnette

France, 1907 : Chanson grivoise.

Le second candidat, député sortant, est le docteur Dumuffle, opportuniste ou radical, on ne sait pas au juste — en tout cas, personnage officiel.
Enfant du pays, il s’est, jadis, longtemps attardé au quartier Latin, où personne ne lui damait le pion pour chanter une pomponnette jusqu’à 2 heures du matin, au fond d’une brasserie, devant une pile de ronds de feutre rappelant l’architecture de la colonne Trajane.

(François Coppée)

Réac

Larchey, 1865 : Réactionnaire. — Date de 1848.

Il s’agira seulement d’applaudir nos orateurs — et d’aplatir les réacs.

(Chenu)

Delvau, 1866 : adj. et s. Bourgeois, réactionnaire, — dans l’argot des faubouriens. Le mot date de 1848.

Rigaud, 1881 : Réactionnaire. Le réactionnaire de 1848 est devenu le conservateur de 1876.

France, 1907 : Réactionnaire ; argot populaire.

Est-il besoin d’ajouter que les trois rivaux firent une énorme dépense d’impression, de papier et de colle de pâte, et que les affiches de chacun d’eux furent immédiatement souillées par le parti adverse des inscriptions les plus outrageuses ? Ainsi, sur le boniment du docteur Dumuffle, ou put lire : « À bas les voleurs ! » et, sur la profession de foi de M. des Muffliers : « Mort au réac ! » Quant au programme du jeune Mufflet, partout il fut sabré au fusain d’une citation — oh ! très courte, un seul mot, — empruntée aux œuvres complètes du général Cambronne.

(François Coppée)

J’suis réac, en politique,
Mais mon magot s’arrondit
Et… grâce à la République…
Jamais rien n’me réussit.

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Triquer le muffle (se)

France, 1907 : Se débarbouiller ; argot des voleurs.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique