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Assigner

d’Hautel, 1808 : Ses rentes sont assignées sur les brouillards de la Seine. Se dit plaisamment et par raillerie d’un homme qui n’ayant ni bien ni patrimoine, veut par le faste et la dépense en imposer à des créanciers soupçonneux et importuns.
Assigner, Signer. Les personnes qui parlent bien mouillent le g en prononçant ces deux mots, comme dans magnifique ; le peuple en retranche tout-à-fait cette consonne et dit, Assiner, Siner.

Bot

France, 1907 : Très beau ; même sens que bath. Argot des souteneurs et des filles :

Trop giron, trop bot pour rien faire,
C’est naturel qu’y soit feignant :
Pauvr’ chat ! l’turbin c’est pas sa sphère ;
Moi, j’m’en rattrape en persillant ;
J’me balade, quand y pleut j’me mouille :
Y m’attend tranquill’ment au lit,
Et, quand j’y rapporte la douille,
Ah ! faut voir comme il est poli !

(A. Gill, L’éponge à Polyte)

Bouillon

d’Hautel, 1808 : Prendre un bouillon. Signifie se jeter à l’eau dans le dessein de se détruire.
On lui a donné un bouillon de onze heures. Pour, on lui a fait prendre un breuvage empoisonné ; on l’a empoisonné.
Il a bu un fameux bouillon. Manière burlesque de dire qu’un marchand a essuyé une perte considérable ; qu’il s’est blousé dans ses spéculations.
Il va tomber du bouillon. Pour dire une averse ; il va pleuvoir.

Larchey, 1865 : Mauvaise opération. — Allusion aux gorgées d’eau qui asphyxient un noyé.

Il a bu un fameux bouillon : il a fait une perte considérable.

(d’Hautel, 1808)

Prendre un bouillon d’onze heures : Se noyer, s’empoisonner.
Bouillon de canard : Eau.

Jamais mon gosier ne se mouille avec du bouillon de canard.

(Dalès)

Bouillon : Pluie torrentielle.

Il va tomber du bouillon, pour dire une averse.

(d’Hautel, 1808)

Bouillon pointu : Lavement. Double allusion au clystère et à son contenu.

Dieu ! qu’est-ce que je sens ? — L’apothicaire (poussant sa pointe) : C’est le bouillon pointu.

(Parodie de Zaïre. Dix-huitième siècle)

Bouillon pointu : Coup de baïonnette :

Toi, tes Cosaques et tous tes confrères, nous te ferons boire un bouillon pointu.

(Layale, Chansons, 1855)

Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise affaire, opération désastreuse. Même argot [des bourgeois]. Boire un bouillon. Perdre de l’argent dans une affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Pluie, — dans l’argot du peuple. Bouillon qui chauffe. Nuage qui va crever.

Rigaud, 1881 : Exemplaires non vendus d’un journal. Dans certains journaux on reprend le bouillon ; dans d’autres il reste au compte du marchand. Rendre le bouillon, rendre les exemplaires non vendus.

Rigaud, 1881 : Restaurant où les portions semblent taillées par un disciple d’Hahnemann, où l’on paye la serviette, où la nappe brille par son absence, mais où les prix ne sont pas plus élevés qu’ailleurs.

La Rue, 1894 : Journaux ou livres invendus. Bouillonner, ne pas vendre ses livres ou journaux.

France, 1907 : Mauvaise affaire, opération funeste ; d’où l’expression boire un bouillon. En termes de librairie, les bouillons sont les exemplaires non vendus d’un livre ou d’un journal.

La plupart des administrations de journaux de Paris ont l’habitude de reprendre aux marchands des kiosques, dans une proportion déterminée, les journaux non vendus. Ce stock de journaux non vendus, constitue ce qu’en terme de métier on appelle les bouillons. Certaines marchandes spéculent sur cet usage et recourent au petit procédé suivant pour augmenter leurs bénéfices : elles louent aux cafetiers et aux marchands de vins, voisins de leurs kiosques, des journaux qu’elles font ensuite passer dans leurs bouillons.

Se dit aussi, dans l’argot du peuple, pour pluie : bouillon qui chauffe, pluie qui menace ; bouillon aveugle, bouillon trop maigre, sans yeux ; bouillon d’onze heures, breuvage empoisonné ; bouillon de canard, eau ; on dit aussi dans le même sens élixir de grenouilles ; bouillon pointu, lavement, coup de baïonnette.

Cane

d’Hautel, 1808 : Être peureux comme une cane ; ou faire la cane. Manquer de cœur, de courage dans une affaire d’honneur.
Quand les canes vont aux champs, les premières vont devant. Se dit à ceux qui font des demandes importunes : quand viendra-t-il ? quand sera-ce ? quand ? etc.
Mouillé comme une cane. Se dit de quel qu’un qui a été surpris par une grande pluie.

France, 1907 : Mort ; de caner, mourir.

Couyon

Delvau, 1866 : s. m. Lâche, paresseux, — dans l’argot du peuple, qui mouille l’y d’une façon partiticulière.

France, 1907 : Lâche, paresseux. Voir Couillon.

Croire cela et boire de l’eau

France, 1907 : Ce terme est appliqué aux gens crédules et, particulièrement, aux malades qui vont chercher la santé aux Stations balnéaires, croyant aux éloges intéressés des médecins prônant la vertu imaginaire de certaines eaux. Collé l’emploie dans une de ses chansons badines, Vaudeville de Razibus :

Ce raisonnement est fort beau,
Mais croyez ça z’et buvez d’l’eau.

On le trouve aussi dans une piquante parodie de l’Énéide de Virgile en patois bourguignon, parue en 1718 : Virgile virai en Borguignon. Didon répond à Énée, qui lui déclare qu’il doit quitter Carthage par l’ordre des dieux pour se rendre en Italie :

— Croyé celai beuvé de l’éau.
Ces gens lui ont dans le cervaaa
Be d’autre dirfaire que les tienne.

Charles Nisard fait remonter ce dicton aux premiers jours de l’Inquisition, où l’on infligeait le supplice de l’eau à ceux dont les croyances ne concordaient pas avec celles de l’abominable tribal. À cet effet, on étendait le malheureux sur un chevalet de bois, la tête plus basse que les pieds, et on lui introduisait dans la bouche un linge mouillé qui couvrait aussi les narines ; puis on lui versait de l’eau qui filtrait lentement à travers le linge, de sorte que, pour respirer, le patient devait, à chaque seconde, avaler de l’eau pour donner passage à l’air. C’était une succession d’étouffements ; quand le malheureux était presque asphyxié, on retirait le linge, l’on recommençait l’interrogatoire, et, suivant les réponses, le supplice. Bref, il fallait croire ou boire de l’eau. « En usant des mêmes termes aujourd’hui, dit Ch. Nisard, on en a gâté le sens, en substituant la conjonction copulative à l’alternative ; on en a rendu en même temps l’origine plus obscure. »

Dandy

France, 1907 : Fat oisif dont la seule occupation est de se parer. Le dandy est l’ancien petit-maître du XVIIe siècle, le marquis de Molière, ridicule espèce de parasite social, que l’immortel moraliste La Bruyère a si bien décrit et qui traverse les âges avec de simples variations de costumes, étalant son outrecuidance et sa nullité sous des noms divers : élégant, incroyable, merveilleux, dameret, muscadin, gandin, cocodès, petit crevé, gommeux, pschutteux, etc.
Dandy, comme fashionable, est une importation d’outre-Manche. Apocope du vieil anglais dandeprat ou dandiprat, terme usité quelquefois en signe de mépris, dit Johnson dans son Dictionnaire, pour petit drôle, moutard, « a little fellow, an urchin ». Il est donc erroné de prétendre, comme le fait Littré, que ce mot vient du français dandin, avec lequel, du reste, il n’a aucun rapport.
L’importation date de 1838 ; Mme de Girardin, dans ses Lettres Parisiennes, protestait déjà à cette époque contre l’anglomanie :

Les dandys anglais ont fait invasion à Paris ; leur costume est étrange : habit bleu flottant, col très empesé, dépassant les oreilles, pantalon de lycéen, dit à la Brummel, gilet à la maréchal Soult, manteau Victoria, souliers à boucles, bas de soie blancs, mouchetés de papillons bruns, cheveux en vergette, un œil de poudre, un scrupule de rouge, l’air impassible et les sourcils rasés, canne assortie.

George Brummel, dit le beau Brummel, plus tard, chez nous, le comte d’Orsay furent les plus célèbres type du dandysme.
« Le dandy, dit Barbey d’Aurevilly, a l’impertinence somptueuse, la préoccupation de l’effet extérieur. » Le même écrivain donne de curieux exemples des raffinements que les dandies apportaient dans la conception de leur toilette.

Un jour, ils eurent la fantaisie de l’habit râpé. Ils étaient à bout d’impertinence, ils n’en pouvaient plus. Ils trouvèrent celle-là, qui était si dandy, de faire râper leurs habits avant de les mettre, dans toute l’étendue de l’étoffe, jusqu’à ce qu’elle ne fût plus qu’une espèce de dentelle — une nuée.
Ils voulaient marcher dans leur nuée, ces dieux ! L’opération était très délicate et très longue, et on se servait, pour l’accomplir, d’un morceau de verre aiguisé. Eh bien ! voilà un véritable fait de dandysme. L’habit n’est presque plus. — Et en voici un autre encore : Brummel portait des gants qui moulaient ses mains comme une mousseline mouillée. Or, le dandysme n’était pas dans la perfection de ces gants, qui prenaient le contour des ongles comme la chair le prend, c’était qu’ils eussent été faits par quatre artistes spéciaux, trois pour la main, et un pour le pouce.
Telle est la façon subtile dont les dandys pratiquaient l’élégance.
 
Le dandy n’est qu’une transformation du raffiné, du muguet, du roué, de l’homme à la mode, de l’incroyable et du merveilleux.

(Frédéric Soulié, L’Âme méconnue)

J’ai dit que ce type avait existé en tous temps et dans tous les pays ; rapprochons des lignes de Barbey d’Aurevilly ces lignes de Sénèque sur les dandies de son époque, qu’il considérait comme les gens les plus occupés du monde.

Jouissent-ils du repos, ceux qui passent les heures entières chez un barbier pour se faire arracher les poils qui ont pu croître dans la nuit précédente, pour prendre conseil sur l’arrangement de chaque cheveu, sur la façon de les faire revenir ou de les ramener sur le front, afin de remplacer ceux qui leur manquent ? Voyez comme ils se mettent en colère quand le barbier n’y a point apporté toute son attention et s’est imaginé qu’il avait affaire à des hommes !
Voyez comme ils entrent en fureur lorsqu’on leur a coupé quelques cheveux des côtés, lorsque quelques-uns passent les autres et ne forment pas la boucle ! Est-il un de ces personnages qui n’aimât mieux voir la république en désordre que sa coiffure, qui ne soit plus inquiet de sa frisure que de sa santé et qui ne préfère la réputation d’être l’homme le mieux coiffé à celle d’être le plus honnête ? Jouissent-ils du repos, ces hommes perpétuellement occupés d’un peigne et d’un miroir ?

Dégringoler par la gargouille

France, 1907 : Couler dans le gosier ou sur la figure.

Sûr, i’ pleut ! Mêm’ que ça coul’ dru ;
Ça dégringol’ par la gargouille ;
Jusqu’à présent j’ai toujours cru
Qu’quand i’ tombe d’eau ça vous mouille…

(Aristide Bruant)

Doigt

d’Hautel, 1808 : Il y a mis les quatre doigts et le pouce. Signifie, il s’est donné beaucoup de peine pour faire réussir une affaire ; il s’y est employé avec ardeur.
Il a de l’esprit jusqu’au bout des doigts. Pour dire qu’une personne est très-spirituelle.
Ne faire œuvre de ses dix doigts. Se croiser les bras ; ne rien faire de la journée ; être excessivement paresseux.
Mon petit doigt me l’a dit. Voyez. Dire.
Ce sont les deux doigts de la main. Se dit de deux personnes liées d’une étroite amitié, et qui sont inséparables.
Il s’en est léché les doigts. Pour, il a mangé de ce mets avec plaisir ; il en désiroit encore.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. Pour, il ne faut pas s’initier dans les secrets de ménage.
Il sait cela sur le bout de son doigt. C’est-à dire, il sait cela par cœur.
Je n’en mettrois pas mon doigt au feu. Pour je n’en jurerois pas ; je n’en suis pas bien certain.
Il a mis le doigt dessus. Pour, il a deviné juste.
Avoir l’esprit au bout des doigts. Faire tout ce que l’on veut de ses mains ; être fort industrieux.
Un doigt de vin. Pour dire très-peu de vin.
Il s’en mord les doigts. Se dit de quelqu’un qui regrette de n’avoir pas fait une chose qui lui avoit d’abord été proposée.
Donner sur les doigts. Réprimander, corriger quelqu’un.
Être servi au doigt et à l’œil. Pour dire, à souhait ; au premier commandement.
Être à deux doigts de sa perte. Pour, être dangereusement malade ; sur le point d’être ruiné ; dans un péril éminent.
Les cinq doigts de la main ne se ressemblent pas. Pour dire que rien n’est semblable dans la nature.
Faire aller une montre au doigt et à l’œil. Se dit d’une mauvaise montre qu’on est obligé de toucher souvent pour la remettre à l’heure.
Il n’en a donné qu’à lèche doigt. C’est-à dire, avec parcimonie ; à regret.

Delvau, 1864 : Le membre viril, que nous insinuons si volontiers dans le dé de la femme.

Et moy d’un seul petit coup
J’ay gagné la chaude-pisse,
Et du doigt de quoy je pisse
On m’en a coupé le bout.

(Chansons folâtres)

Il cherche le temps et le lieu
Pour mettre le doigt du milieu
Dans la bague de ta nature.

(Théophile)

Sans y réfléchir j’enfonçai
Ce pauvre doigt jusqu’à la gard

(É. Debraux)

Ma seringue, sans nul obstacle,
Peut seule opérer un miracle :
Pour guérir radicalement.
Prenez un doigt de lavement.

(J. Cabassol)

Ce passe-temps partout d’usage
Favorise plus d’un amant :
La fillette innocente et sage,
Par là s’engage très souvent.
L’amour qui toujours nous partage
A soin que tout soit débrouillé,
Il dissipe plus d’un nuage
En conduisant le doigt mouillé.

(La Goguette du bon vieux temps.)

Drapeau

d’Hautel, 1808 : Il ne se soutient non plus qu’un drapeau mouillé. Se dit d’un homme dont la foi blesse est telle, qu’il ne peut se soutenir.

Delvau, 1866 : s. m. Serviette, — dans l’argot des francs-maçons. Grand drapeau. Nappe.

Rigaud, 1881 : Drap de lit. Être sous les drapeaux, être couché.

Rigaud, 1881 : Serviette, — dans le jargon des francs-maçons. — Grand drapeau, nappe.

France, 1907 : Serviette ; argot des francs-maçons. Grand drapeau, nappe.

Enviander

Fustier, 1889 : Copuler. On dit aussi, tremper sa mouillette.

Rossignol, 1901 : Il y a des gens qui prétendent que celui qui se fait enviander, si ça ne lui paye pas ses dettes, ça lui bouche toujours un trou.

France, 1907 : Copuler.

Escrabouillé

France, 1907 : Écrasé.

Mais i’ gliss’ su’l’ sol mouillé,
Cahin, caha,
Hu’ dia ! Hop là !
Mais i’ gliss’ su’l’ mouillé,
Crac, il est escrabouillé !

(L. Xanrof)

Faire mouiller la fesse (se)

Delvau, 1864 : Se faire baiser, — parce que dans l’averse de sperme qui tombe tout à coup sur elle, la femme n’a pas le temps d’ouvrir son parapluie et de préserver son ventre et ses fesses de l’inondation.

Par un député ce mac
A fait repasser sa nièce,
Qui s’est fait mouiller la fesse
Pour un bureau de tabac.

(Dumoulin)

Feuille à l’envers (voir la)

Larchey, 1865 : « Sitôt, par un doux badinage, Il la jeta sur le gazon. Ne fais pas, dit-il, la sauvage ; Jouis de la belle saison. Ne faut-il pas dans le bel âge Voir un peu la feuille à l’envers ? » — Cet exemple est pris dans la 177e Contemporaine de Rétif (édit. 1783) ; mais la chanson est plus ancienne, car ses auditeurs ajoutent dans le texte : Charmante quoique vieille !

Rigaud, 1881 : S’asseoir avec une dame, à la campagne, au pied d’un arbre, et deviser des choses les plus tendres à la manière de Jasion et de Cérès.

Attendez-moi, n’avez-vous jamais vu les feuilles à l’envers ?

(Ane. Théâtre Italien.)

France, 1907 : Un couplet de Restif de la Bretonne donne l’explication de cette expression. La scène se passe entre le berger Colinet et la bergère Lisette :

Sitôt par un doux badinage
Il la jeta sur le gazon.
— Ne fais pas, dit-il, la sauvage,
Jouis de la belle saison.
Pour toi le tendre amour m’engage
Et pour toi je porte ses fers ;
Ne faut-il pas, dans le jeune âge,
Voir un peu de feuille à l’envers ?

En voici un autre de Théodore Hannon :

Dans l’herbe en pleurs mon pied s’emperle,
J’ai des éblouissements verts
La feuille implacablement brille,
Et, railleur, le merle me trille :
Viens-t’en donc la voir à l’envers !

(Rimes de joie)

On peut p’us, à la campagne,
Au fond des bois verts,
Aller voir, près d’sa compagne,
La feuille à l’envers,
On peut p’us prendr’ pour banquette
L’gazon tout crotté.
Sans se mouiller la jaquette !
Qué cochon d’été !

(Jules Jouy)

Filoselle

d’Hautel, 1808 : Vulgairement on mouille les deux derniers ll de ce mot, et on prononce filoseille, comme dans oseille.

Fripouillard, fripouille

France, 1907 : Canaille, vaurien, individu cynique et grossier, fainéant et propre à rien ; du vieux mot fripaille, dérivé de friperie.

Contre le goss’ levant la patte,
La levrett’, — cett’ chienn’ de salon ! —
Avec un’ morgu’ d’aristocrate
Lui compiss’ tout son pantalon.
Le gamin sent l’pipi qui l’mouille,
I’ s’retourne, i’ fait du potin…
Mais de la levrett’ le larbin
Le trait’ de p’tit gouape et d’fripouille !

 

… Comme tous les fripouillards de son espèce, ce ministre payait ses dettes avec des morceaux de ruban…

(Rochefort)

Galli-trac

Delvau, 1866 : s. m. Poule-mouillée, homme qui a le trac.

France, 1907 : Poule mouillée. Ce nom est-il une allusion à la célèbre cantatrice Galli-Marié, la créatrice de Mignon, qui tremblait en abordant un rôle pour la première fois ?

Gobelotter

Delvau, 1866 : v. a. Aller de cabaret en cabaret. Signifie aussi, Buvotter, boire à petits coups.

Rigaud, 1881 : S’amuser, rire, boire et chanter. — Le dictionnaire de l’Académie le donne dans le sens de boire à plusieurs petits coups.

France, 1907 : Aller boire de cabaret en cabaret, vider des gobelets. « Façon de boire, quand on n’a pas soif, dit le docteur Grégoire. Et c’est la bonne. »

— Hein ? crois-tu que ça commence à être agréable d’être député ? Qu’est-ce que ce sera quand nous serons les maîtres… les maîtres en plein ?… Ce qu’on va gobelotter !

— Ah ! mais… vous savez, il y a une grande réception au ministère du commerce, ce soir : on va gobelotter à l’œil. Ah ! merci, il est temps ! Mac-Mahon, il se fiche de ça, lui. Il a beau mouiller son uniforme, il a, pour se chauffer, le bois de l’État, il vit aux frais de la princesse ; mais nous, nous qui votons les fonds de tous les budgétivores, grands et petits, nous ne gobelottons pas. En voilà un métier de faire gobeletter les autres, si on ne gobelotte pas soi-même. Moi, ce soir, je ne dépote pas du buffet.

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

Humecter (s’)

Larchey, 1865 : Boire.

Il me demande si je veux m’humecter. Je lui réponds : J’ai mon casque.

(Monselet)

Delvau, 1866 : v. réfl. Boire, — dans l’argot des ouvriers qui avaient assez de poussières malsaines pour avoir le droit de se mouiller un peu le palais.

France, 1907 : Boire. On dit généralement s’humecter les amygdales, la dalle du cou on le pavillon.

Il a été bien rincé

Larchey, 1865 : Il a été bien mouillé.

(1808, d’Hautel)

Jodoter

France, 1907 : Laver un dessin, argot de l’École polytechnique, et par extension mouiller, asperger avec de l’eau.

On jodote un conscrit avec une bombe hydraulique, ou bien on lui verse le contenu du corio sur la tête. Se jodoter, c’est faire sa toilette. Quand il pleut, on dit qu’il jodote.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

Lavasse

d’Hautel, 1808 : Pluie qui tombe abondamment. Il signifie aussi vulgairement gronde, blâme, reproche, réprimande.
Il a reçu une bonne lavasse. Signifie au propre, il a été bien mouillé ; et au figuré, on l’a grondé, vespérisé.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvais bouillon, trop lavé d’eau, où la viande a été trop épargnée. Argot des bourgeois. Se dit aussi du mauvais café.

Rigaud, 1881 : Soupe ordinaire, — dans le jargon des prisons. Lavasse sénatoriale, lavasse ministérielle, soupe grasse. Lavasse présidentielle, soupe énormément grasse ; mot très rarement employé, et pour cause.

La Rue, 1894 : Soupe dans les prisons. Lavasse ministérielle, soupe grasse.

France, 1907 : Mauvaise soupe, mauvais café.

Lavette

d’Hautel, 1808 : C’est une lavette. Se dit par mépris d’une femme qui est mal vêtue ; qui est toute chiffonnée, toute mouillée.

Delvau, 1864 : Le membre viril — peu viril.

Mais c’machin, s’change en lavette,
Grâce au pouvoir d’la vertu,
Et j’ m’en tire quitte et nette
Avec un peu d’ colle au cul

(Parnasse satyrique)

Delvau, 1866 : s. f. Langue, — dans l’argot des faubouriens, qui le disent aussi bien à propos des hommes que des chiens.

Rigaud, 1881 : Langue. — Laveter, bavarder. — Laveteur, bavard.

La Rue, 1894 : Langue.

Virmaître, 1894 : Langue. Dans le peuple, cette expression veut dire mou. On dit aussi : Mou comme une chiffe, apocope de chiffon rouge, langue (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 / France, 1907 : Langue.

France, 1907 : Mou, personne sans consistance, sans parole, sans énergie, qu’on peut employer aux plus sales besognes.

Marjolet

d’Hautel, 1808 : Céladon, sot, ignorant, qui fait l’entendu dans tout ; poule mouillée, qui n’a de l’homme que le nom.

Mauviette

d’Hautel, 1808 : C’est une véritable mauviette. Se dit d’une femme de foible complexion ; d’un homme qui fait la poule mouillée, qui ne peut supporter ni travail ni fatigue.

Delvau, 1866 : s. et adj. Enfant, et même grande personne d’un tempérament délicat, d’une apparence chétive.

Delvau, 1866 : s. f. Décoration à la boutonnière, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent aussi Trompe-l’œil.

Rigaud, 1881 : Croix d’honneur ; bijou honorifique.

France, 1907 : Brochette de décorations.

Mettre en pâte

Delvau, 1866 : v. a. Renverser un ou plusieurs paquets en les transportant ou en imposant, — dans l’argot des typographes. On dit aussi Tomber en pâte.

Virmaître, 1894 : Les compositeurs lient les paquets de caractères avec une ficelle. Quand le paquet est mal lié ou que le bout de la ficelle est emprisonné, le metteur en pages met le paquet en pâte, c’est-à-dire que les caractères se mélangent et qu’il faut recomposer. Quand, dans le paquet, Il y a des lettres qui ne sont pas du corps, ou que le paquet n’a pas été assez mouillé, en le déliant, si les lettres tournent, on appelle cela : faire un soleil (Argot d’imprimerie). N.

France, 1907 : Renverser plusieurs paquets de composition ; argot des typographes.

À cette dernière et brillante transformation de son idée, le rêveur n’y tient plus, il fait un mouvement comme pour prendre la coupe, et dans ce mouvement, sa composition, retenue par une simple ficelle, tombe avec bruit et se met en pâte, c’est-à-dire que toutes les lettres sont éparpillées, mêlées, amalgamées, répandues dans une confusion horrible.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Mouillé

d’Hautel, 1808 : Être mouillé comme un canard. Être trempé, avoir reçu une grande averse.
Faire la poule mouillée. Se dorloter, faire le paresseux, le sans cœur.
C’est du papier mouillé. Pour dire qu’une étoffe est de peu de valeur.
Se couvrir d’un drap mouillé. Alléguer de mauvaises excuses.

France, 1907 : Connu de la police.

Mouillé (être)

Vidocq, 1837 : v. p. — Être remarqué, être connu pour ce que l’on est. Ce terme dont les agens de la police se servent, est aussi celui des voleurs du Languedoc.

Delvau, 1866 : v. pron. Être signalé comme suspect, — dans l’argot des agents de police.

Delvau, 1866 : Être ivre, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Être mal noté. — Être signalé à la police.

La Rue, 1894 : Être signalé à la police. Être ivre.

Mouiller

d’Hautel, 1808 : Qui touche mouille. Dicton bachique, qui signifie que, lorsqu’on touche à un verre rempli de vin, il faut le boire ; et que lorsqu’on boit, il faut payer.
Mouiller. Pour dire boire, hausser le coude.

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, — au bout duquel les deux, acteurs se sentent réciproquement inondés de sperme.

La nature entière se pâme
Sous un baiser mystérieux,
Et se mouille comme une femme,
Sous le vit du plus beau des dieux.

(Parnasse satyrique)

Rigaud, 1881 : Attraper une punition, — dans l’argot du régiment.

Fustier, 1889 : Argot théâtral. Jouer bien. — Mouiller à ou dans ; toucher des droits d’auteur.

France, 1907 : Se griser et, par extension, se passionner.

— Seulement, voilà le chiendent ! Ce qu’elle l’est, mouillée, ce n’est rien de le dire. Pas vrai, la Ginn ? Car, depuis cinq ans que nous nous sommes lâchés, ou que tu m’as lâché, plutôt, je vois bien à ta gueule que tu en mouilles toujours autant pour ces cochons d’hommes, hé, la gosse ?

(Jean Richepin)

France, 1907 : Voler.

Si la présence d’un agent leur est signalée, loin de s’en émouvoir, elles tournent autour de lui et cherchent à lier conversation. L’une d’elles a dit à un inspecteur en surveillance à la porte des magasins du Bon Marché : « Mon ami, vous perdez votre temps, vous n’arriverez pas à me prendre. Je mouille, mais il faut me faire maronne. »

(G. Macé, Un Joli Monde)

Mouiller (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Boire avec excès.

Rigaud, 1881 : Commencer à se griser. On se mouille, on s’émèche, on se culotte, on se poivre.

Mouillez-vous pour sécher, ou séchez pour mouiller.

(Rabelais, l. I)

Mouiller la dalle (se)

France, 1907 : Boire.

En mouillant la dalle à la rousse,
Y a pus d’pet qu’nous ayons la frousse
D’nous voir dans l’lac.

(É. Blédort)

Mouiller les pieds (se)

Fustier, 1889 : Aller à Nouméa.

Interrogé, il s’écria : Vous me ferez faucher le pré, mais je ne veux pas que les camarades se mouillent les pieds.

(Événement, 1882)

Mouiller ses bibelots

Virmaître, 1894 : Pisser dans son pantalon (Argot du peuple).

Mouiller ses draps

Delvau, 1864 : Avoir des pollutions nocturnes ; jouir comme Ixion, d’une nuée qui a le con d’une femme ou la pine d’un homme.

Il n’est que toi, V***, ma toute belle,
Qui seule, hélas ! te chatouillant le sein.
Fais chaque nuit des rêves de pucelle,
Et sans plaisir mouilles ton travertin.

(J. Duflot)

Mouiller une femme

Delvau, 1864 : Décharger à son profit la provision de sperme que l’on a dans les couilles.

Va… va… va… petit homme… Ah ! cela vient… Tu me mouilles… Ah !…

(H. Monnier)

Mouillette

France, 1907 : Membre viril.

Un honnête homme était reprimandé
Pour ce qu’après avoir mis sa mouillette
Dans le coquetier mal gardé
De je ne sais quelle fillette
Troussant volontiers ses jupons…

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Pantoufle (et cœtera)

Larchey, 1865 : Injure peu traduisible. Pour la comprendre, il faut savoir qu’on appelle aussi c-n pantoufle un homme nul, sans énergie, qui n’a rien de viril.

L’animal le traitait alors de fainéant, de poule mouillée et d’et cœtera pantoufle.

(L. Desnoyer)

Et cœtera pantoufle : Quolibet dont on se sert lorsqu’un ouvrage pénible et ennuyeux vient à être terminé.

(d’Hautel, 1808)

Pas permis à tout le monde d’aller à Corinthe (il n’est)

France, 1907 : Vieux dicton grec passé en latin, puis en français : Non licet omnibus adire Corinthum. Ou encore, suivant l’adage d’Horace :

Non cuivis homini contingit adire Corinthum.

Traduction vulgaire : L’on ne fait pas ce que l’on veut. L’on ne peut se lancer dans telle ou telle entreprise, car il en coûte des efforts et de l’argent. Corinthe, dans l’antique Grèce, étant autrefois, à cause de son temple de Vénus, habitée par nombre de courtisanes. Le poète Anacréon, qui ne comptait à Athènes que trente-cinq maîtresses, en avait une légion à Corinthe. C’est lui qui le dit ; il est à présumer qu’il se vante comme un simple Marseillais, car il ajoute : « Compte-m’en de Lesbos, d’Ionie, de Carie et de Rhodes deux mille. Mais quoi, tu parais surpris de me voir tant de maîtresses ! Je ne t’ai pas encore nommé celles de Syrie, de Canope ni de Crète où le fils de Vénus cache ses mystères. Et je ne pourrais entreprendre de nombrer celles que j’ai eues au delà de Gadès, de la Bactriane et des Indes ! » Et encore le jeune Bathilde n’est pas dans le tas ! Voilà des mœurs qui effaroucheraient fort M. le sénateur Bérenger ! Quoi qu’il en soit, s’il faut s’en rapporter au voluptueux poète de l’Amour mouillé, c’était à Corinthe que l’on trouvait les plus belles filles de la Grèce. Le lieu était donc très couru et, en conséquence, la vie fort chère. On y poussait le luxe à l’extrême et Aspasies et Phrynés, les horizontales de l’époque, y trafiquaient de leurs charmes à des prix exagérés. Les opulents seuls pouvaient se permettre d’affronter un voyage dans la capitale de l’Achaïe et les dépenses excessives d’un séjour dans cette ville de plaisirs. De là le dicton passé à travers les âges.

Sapho, qui va trop loin se perd,
Je crains un labyrinthe ;
Le chemin ne m’est point ouvert
Pour aller à Corinthe.

(De Coulanges)

Érasme donne une autre version. D’après lui, l’aphorisme grec viendrait de ce qu’il était très difficile et dangereux d’entrer dans le port de Corinthe à cause des nombreux écueils qui l’entouraient. Nous préférons la première version.

Patte mouillée

France, 1907 : Chiffon mouillé dont se servent les tailleurs pour enlever à l’aide d’un fer chaud les marques du lustre sur le drap.

Patte-mouillée

Delvau, 1866 : s. f. Vieux chiffon imprégné d’eau, qui, à l’aide d’un carreau chaud, sert a enlever les marques du lustre sur le drap. Expression de l’argot des tailleurs.

Pavé

d’Hautel, 1808 : Il a la tête dure comme un pavé. Se dit d’une personne sans intelligence et sans pénétration.
Être sur le pavé. Pour être hors de maison, n’avoir pas d’ouvrage.
C’est tout pavé d’ici là. Manière goguenarde de dire qu’une course est très-longue, qu’un lieu est très-éloigné d’un autre.
Tâter le pavé. Agir avec prudence et circonspection.
Être sur le pavé du roi. Être dans un lieu public, d’ou personne n’a le droit de vous renvoyer.
Il est tombé sur le pavé. Pour dire sa fortune est bouleversée, il est ruiné.
Il a le gosier pavé. Se dit d’un goulu qui mange des alimens bouillans.
De pavé sec et bois mouillé, libera nos domine. Dicton populaire qui signifie que l’un et l’autre de ces inconvéniens sont dangereux.

Larchey, 1865 : Éloge maladroit. — Allusion au pavé de la Fontaine.

C’était un journal pavé de bonnes intentions ; mais on y rencontrait plus de pavés encore que de bonnes intentions.

(Alb. Second)

Delvau, 1866 : adj. Insensible, — dans l’argot du peuple. Avoir le gosier pavé. Manger très chaud ou boire les liqueurs les plus fortes sans sourciller.

Delvau, 1866 : s. m. Bonne intention malheureuse, comme celle de l’ours de la Fontaine. Réclame-pavé. Éloge ridicule à force d’hyperboles, qu’un ami, — ou un ennemi, — fait insérer à votre adresse dans un journal.

Rigaud, 1881 : Éloge exagéré et si maladroitement lancé qu’il assomme celui qui en est l’objet.

Persiller

Delvau, 1864 : Se promener, le soir, quand on est putain libre, sur le trottoir des rues et des boulevards où l’on est assurée de rencontrer des hommes qui bandent ou à qui l’on promet de les faire bander.

Pour persiller l’ jour dans la pépinière,
De vingt penauds, j’ lui paye un p’tit panier.

Elles explorent le boulevard, persillent dans les squares.

(Lynol)

Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher, — dans l’argot des souteneurs de filles. On dit aussi Aller au persil et Travailler dans le persil. Francisque Michel, qui se donne tant de peine pour retrouver les parchemins de mots souvent modernes qu’il ne craint pas, malgré cela, de faire monter dans les carrosses du roi, reste muet à propos de celui-ci, pourtant digne de sa sollicitude. Il ne donne que Pesciller, prendre. En l’absence de tout renseignement officiel, me sera-t-il permis d’insinuer que le verbe Persiller pourrait bienvenir de l’habitude qu’ont les filles d’exercer leur déplorable industrie dans les lieux déserts, dans les terrains vagues — où pousse le persil ?

France, 1907 : Raccrocher les passants.

Trop giron, trop bot pour rien faire,
C’est naturel qu’y soit feignant,
Pauvr’ chat, l’turbin c’est pas sa sphère,
Moi, j’m’en rattrape en persillant,J’me ballade, quand y pleut j’me mouille,
Y m’attend tranquill’ment au lit
Et quand j’rapporte la douille,
Ah ! faut voir comme il est poli,
Et puis l’matin, l’amour ça creuse,
J’y port’ dans l’pieu son chocolat :
C’est vraiment chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là.

(André Gill, L’Éponge à Polyte)

Petit voltigeur (le)

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui, par ses évolutions habiles et réitérées, fait la joie du corps dans lequel il sert comme engagé volontaire.

Dieux ! qu’il sera beau sous les armes.
Quand l’Amour, ce dieu protecteur.
Mouillera, pour doubler ses charmes,
Le front du petit voltigeur.

(Guillemé)

Poule

d’Hautel, 1808 : Ma poule. Terme de bienveillance, de tendresse et d’amitié, que l’on emploie ordinairement en parlant à une petite fille.
Une poule mouillée. Homme mou, sans capacité, sans vigueur.
Faire le cul de poule. Faire la lipe ; bouder ; être d’une humeur maussade.
Un bon coq a sept poules. Se dit par plaisanterie d’un homme volage, qui courtise plusieurs femmes à-la-fois.

La Rue, 1894 : Non, rien.

Hayard, 1907 : Femme.

France, 1907 : Maîtresse mâle de forçat.

On a vu des forçats, séparés de leur poule par la libération où l’échafaud, s’éteindre de désespoir et de langueur, dans l’impuissance de la rejoindre, si elle était libre ; ou périr par le bourreau, parce qu’elle avait péri par le bourreau.

(A. Dauvin)

Poule laitée

Delvau, 1866 : s. f. Homme sans énergie, — dans l’argot du peuple. Il dit aussi Poule mouillée.

France, 1907 : Homme sans énergie.

Poule mouillée

France, 1907 : Même sens que poule laitée.

— Sacrédié ! hurlait Béchu, vous n’êtes tous que des poules mouillées ! Comment ! voilà un camarade que sa femme, au su et au vu de toute la ville, fait cocu, et pas un de vous n’ose se risquer à lui dire ce qui se passe !

(Camille Lemonnier)

Rincer

d’Hautel, 1808 : Il a été bien rincé. Pour dire, bien mouillé ; il a reçu toute la pluie.
On se sert aussi de cette locution pour dire que quelqu’un a été vivement réprimandé ; qu’il a reçu quelque mauvais traitement.

Ansiaume, 1821 : Faire des dupes.

Je suis rincé, on a déplanqué ma camelotte.

anon., 1827 : Voler.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler. Rincer la cambriole, voler tout ce qui se trouve dans une chambre.

Bras-de-Fer, 1829 : Dévaliser, voler.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler.

Halbert, 1849 : Voler.

Larchey, 1865 : Battre.

Un général, fût-il un prince, Fond sur l’ennemi et vous le rince.

(Favart, — 1750)

Tu m’as rincé, et personne ne peut se vanter de me mettre le pied sur la tête.

(E. Sue)

Larchey, 1865 : Dévaliser.

Des malfaiteurs crurent pouvoir rincer la caisse du juif.

(Balzac)

Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups. Signifie aussi Gagner quelqu’un au jeu.

Delvau, 1866 : v. a. Dévaliser, nettoyer, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Dépouiller ; voler.

La Rue, 1894 : Battre. Dépouiller, voler. Ruiner.

Rossignol, 1901 : Payer à boire. —

Nous avons soif, tu devrais bien nous rincer.

France, 1907 : Battre.

Nos officiers dans la bataille
Sont pêle-mêle avec nous tous :
Il n’en est point qui ne nous vaille,
Et les premiers ils sont aux coups.
Un général, fût-il un prince,
Des grenadiers se met au rang.
Et r’li, et r’lan,
Fond sur l’s enn’mis et vous les rince,
Relan tamplan, tambour battant.

(Favart)

France, 1907 : Dépouiller, piller. Rincer la cambriole, dévaliser une chambre, un appartement.

— Un immeuble à rincer sur le chemin de Chatou. Maison de maître dans le chic des chics, vaisselle plate dans les armoires, valeur de toute espèce dans les tiroirs des meubles. Sans compter les glaces, les pendules, les tableaux et les bibelots, qu’il n’y a qu’à se baisser pour en prendre.

(Paul Mahalin, Les Monstres de Paris)

Risées

France, 1907 : Rides que produit sur l’eau une légère brise ; argot des marins.

Ceux qui venaient de la rade étaient plus mouillés que les autres, plus ruisselants de pluie et d’eau de mer. Leurs canots voilés, en s’inclinant sous les risées froides, en sautant au milieu des lames pleines d’écume, les avaient amenés grand train dans le port.

(P. Loti, Mon frère Yves)

Sac mouillé (se couvrir d’un)

France, 1907 : Ne pas avouer ses torts, se servir d’excuses frivoles pour cacher ses fautes, comme si, dit un vieil auteur, l’on se mettait un sac mouillé sur la tête pour se garantir de la pluie.

Saucé

Larchey, 1865 : Mouillé jusqu’aux os. — Donner une sauce : Gronder. — Connus dès 1808.

Saucer

d’Hautel, 1808 : Être saucé. Pour mouillé, traversé par la pluie, surpris par un orage.
Saucer quelqu’un dans la boue, dans le ruisseau. Pour, le trainer dans la boue, dans le ruisseau ; le traiter durement, avec le plus grand mépris.

d’Hautel, 1808 : Saucer quelqu’un. Pour dire le gronder, lui donner une mercuriale ; le réprimander d’une manière vive et sensible.

Delvau, 1866 : v. a. Réprimander. On disait autrefois Faire la sauce à quelqu’un.

Rossignol, 1901 : Voir rouscailler.

Soulaud, soulaude

France, 1907 : Ivre.

Et j’suis pas mouillé… j’suis soulaud,
Tiens ! Qu’est-ce j’sens là l’long d’ma cuisse ?
Ah ben ! c’est moi qui lâche d’l’eau…
Alors i’ pleut pas !… c’est que j’pisse !

(Aristide Bruant)

Soulographie

Vidocq, 1837 : s. f. — Ivrognerie.

Delvau, 1866 : s. m. Ivrognerie dégoûtante.

Rigaud, 1881 : Ivrognerie constitutionnelle.

France, 1907 : Ivresse.

S’agit-il, par exemple, de suivre tous les degrés de la soulographie, remarquez la progression parfaite indiquée par les quarante-six termes qui suivent, dont nous avons justifié l’existence par de nombreux exemples. Sans rentrer l’un dans l’autre, ils ont leur signification propre. — Chacun indique, dans l’état, une nuance.
Au début, nous rencontrons les neuf verbes : être bien, avoir sa pointe, avoir un grain, être monté, en train, poussé, parti, lancé, en patrouille.
Un peu plus loin, nous voyons l’homme légèrement ému ; — il sera tout à l’heure attendri, il verra en dedans, et se tiendra des conversations mystérieuses. Cet autre est éméché ; il aura certainement demain mal aux cheveux.
Pour dépeindre les tons empourprés par lesquels va passer cette trogne de Silène, vous n’avez que la liberté du choix entre : teinté, allumé, pavois, poivre, pompette, ayant son coup de soleil, ayant son coup de sirop, son coup de bouteille, son plumet, sa cocarde, se piquant ou se rougissant le nez.
De la figure passons à la marche. — L’homme ivre a quatre genres de port qui sont également bien saisis. Ou il est raide comme la justice et lasse trop voir par son attitude forcée combien il lui en coûte de commander à la matière ;
Ou il a sa pente (ce qui arrive souvent quand on est dans les vignes), et il marche comme si le terrain lui manquait ;
Ou il festonne, brodant de zigzags capricieux la ligne droite de son chemin ;
Ou il est dans les brouillards… tâtonnant en plein soleil, comme s’il était perdu dans la brume.
Attendons dix minutes encore ; laissons notre sujet descendre au plus bas, et vous pourrez dires indifféremment : Il est chargé, gavé, plein, complet, pion, rond comme une balle, mouillé, humecté, bu, pochard, casquette, il a sa culotte, son casque, son toquet, son sac, sa cuite, son affaire, son compte, il est soûl comme trente mille hommes, il en a jusqu’à la troisième capucine. — Ce n’est plus un homme, c’est un canon chargé jusqu’à la bouche.

(Lorédan Larchey)

Soupe

d’Hautel, 1808 : Il s’emporte comme une soupe au lait. Se dit d’une personne vive, et prompte à se mettre en colère.
Qu’on m’appelle comme on voudra, pourvu qu’on ne m’appelle pas trop tard à la soupe. Voyez Appeler.
C’est arrangé comme des cheveux sur de la soupe. Pour dire mal rangé, mal disposé, très-en désordre, dans une grande confusion.
Un docteur en soupe salée. Terme de dérision. Faux savant, pédant sans instruction.
Un mangeur de soupe apprêtée. Fainéant, paresseux, qui aime à faire bonne chère sans se donner la peine de travailler ; ou à retirer les bénéfices d’une affaire, sans avoir contribué en rien à son succès.
La soupe à perroquet. Du pain trempé dans du vin ; ce que les enfans appelle la trempette.
Trempé comme une soupe.
Pour dire mouillé jusqu’aux os.
Voulez-vous venir demain manger la soupe avec moi. Manière bourgeoise d’engager quelqu’un à dîner.

Suée

d’Hautel, 1808 : Il a une bonne suée d’ouvrage. Pour dire il a beaucoup d’ouvrage à faire.
Il a eu la suée. Pour il a eu peur.
Il a eu une furieuse suée. Pour il a été fort mouillé ; il a éprouvé une grosse perte.

Delvau, 1866 : s. f. Réprimande, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Peur.

Rigaud, 1881 : Correction manuelle.

France, 1907 : Réprimande, peur. Flanquer une suée, gronder. Avoir une suée, avoir peur.

Touche mouille (qui)

France, 1907 : Synonyme de Qui s’y frotte s’y pique.

Trempé (être)

Delvau, 1866 : Être mouillé par la pluie.

Tremper sa mouillette

France, 1907 : Sacrifier à Vénus ; argot populaire.

Tumer

France, 1907 : Ennuyer ;argot populaire. Se dit d’un œuf dont le contenu déborde en y trempant la mouillette, ou de tout liquide qui déborde ; vieux français, du latin tumera.

Vache enragée (manger de la)

France, 1907 : Éprouver de grandes privations, tomber dans la misère, manquer du strict nécessaire, n’avoir à manger que des rogatons. Il est défendu, dit Charles Rozan, de manger de la chair des animaux atteints d’épizootie ou mordus par un chien enragé. Les pauvres, privés de tout, ne tiennent pas toujours compte de cette défense, et, pour manger de la viande, ils mangent même de la vache enragée. Il est bon, il est nécessaire que les jeunes gens mangent de la vache enragée, surtout ceux qui ont été choyés, gâtés, adulés dans leur famille.

Si vous interrogiez l’histoire gastronomique des hommes célèbres de notre époque, vous seriez étonnés de la consommation effrayante que ces illustres personnages ont faite de ce bétail privilégié.
Un vieux professeur disait qu’un homme que n’avait pas mangé de la vache enragée n’était qu’une poule mouillée… C’est assez mauvais comme style, mais comme pensée c’est bien profond.

(Mme Émile de Girardin)

Vache enragée, vache enragée qui m’as causé tant de tiraillements et de maux d’estomac, tu es peut-être le condiment de la vie d’artiste. Quand on t’a mâchée et remâchée, la moindre tartine de beurre prend ensuite des succulences d’ambroisie !

(Jules Claretie, Brichanteau, comédien)

Vergette

d’Hautel, 1808 : Vous faut-il une vergette ? Demande ironique, que l’on fait à quelqu’un, lorsqu’il a été surpris par la pluie, et que ses habits sont tout mouillés.

Vinasse

Fustier, 1889 : Vin.

Virmaître, 1894 : Mauvais vin fabriqué avec du bois de campêche. Se dit communément quand le marchand de vin a eu la main trop lourde pour mouiller le vin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Vin.

Hayard, 1907 : Mauvais vin.

France, 1907 : Mauvais vin.

Si vous voulez m’en croire,
Je fus l’autre matin
À notre Grande Foire
Avec mon tâte-vin,
Pour déguster sur place
— Je m’en fais une loi —
L’exotique vinasse.

(Raoul Ponchon)

Dans cette société nouvelle de révolutionnaires, se reproduisent servilement les vices, les ridicules et les abus de la vieille société. À côté des ouvriers, des producteurs, voici qu’apparaissent tout de suite les parasites, les trafiquants. Un déporté a acheté an mercanti une douzaine de litres de vin qu’il revend au détail par chopine, par demi-setier, additionné d’eau, à ses camarades. Ce fut le premier cabaretier. Son exemple n’a pas manqué d’imitateurs qui bientôt font crédit et débitent la vinasse sur la table de leur bouchon.

(Henry Bauër, Mémoires d’un jeune homme)

Vit

Delvau, 1864 : « La partie qui fait les empereurs et les rois, la garce et le cocu, » dit le vertueux Pierre Richelet. En voici la description, d’après l’auteur du Noviciat d’amour :

Ce tube est le chef-d’œuvre de l’architecture divine qui l’a formé d’un corps spongieux, élastique, traversé dans tous les sens par une ramification de muscles et de vaisseaux spermatiques. Il est, à son extrémité supérieure, surmonté d’une tête rubiconde, sans yeux, sans nez, n’ayant qu’une petite ouverture et deux petites lèvres, couvert d’un prépuce, retenu par un frein délicat qui ne gêne point le mouvement d’action et de rétroaction : au bas de cet instrument précieux sont deux boules ou bloc arrondis, qui sont les réservoirs de la liqueur reproductive, qu’aspire et pompe votre partie dans le mouvement et le frottement du coït, id est, de la conjonction ; ces deux boules enveloppent deux testicules, d’où elles ont pris leur nom, et sont soutenues par le ralphé ; on les nomme plus généralement couilles et couillons…

(Mercier De Compiègne)

On dit de quelqu’un qui rougit de chaleur, de honte, de colère, ou pour toute autre cause : il est rouge comme un vit de noce.

(Dicton populaire)

L’académicien dit : Mon vit.

(L. Protat)

Ah ! je n’y tiens plus ! le cul me démange…,
Qu’on m’aille chercher l’Auvergnat du coin…
Car je veux sentir le vit de cet ange
Enfoncer mon con — comme avec un coin.

(Parnasse satyrique)

Si je quitte le rang de duchesse de Chaulne
Et le siège pompeux qu’on accorde à ce nom,
C’est que Gino a le vit long d’une aune,
Et qu’à mon cul je préfère mon con.

(Collé)

De Madeleine ici gisent les os,
Qui fut des vits si friande en sa vie,
Qu’après sa mort tout bon faiseur supplie
Pour l’asperger lui pisser sur le dos.

(B. Desperriers)

Quand votre vit, à jamais désossé,
Comme un chiffon pendra triste et plissé.

(Chanson d’étudiants)

France, 1907 : Membre viril, du latin vitum, dérivé de vita, vie. C’est en effet, suivant l’expression de Boccace, le bâton avec lequel on plante les hommes et qui perpétue la vie et les espèces. Le mot est aussi vieux que notre langue et nos pères, qui, n’étant pas englués de notre fausse et ridicule pudeur, n’hésitaient pas à le prononcer ni à l’écrire.

Ton vieux couteau, Pierre Martel, rouillé
Semble ton vit jà retrait et mouillé ;
Et le fourreau tant laid où tu l’engaînes,
C’est que toujours as aimé vieilles gaines.
Quant à la corde à quoi il est lié,
C’est qu’attaché seras et marié.
Au manche aussi de corne connoît-on
Que tu seras cornu comme un mouton.
Voilà le sens, voilà la prophétie
De ton couteau, dont je te remercie.

(Clément Marot)

Vougri

France, 1907 : Auvergnat, dénommé ainsi à cause du juron qui lui est familier et qui n’est autre que notre mot bougre.

— Chouette, patron ! Ça y est !… C’est aujourd’hui que nous allons en mouiller. La gonzesse est seule. Le larbonchem vient de s’esbigner de sa turne. En dimanche, oui, madame ! habillé comme un astre : tromblon et rédingue, mince d’épate ! Longue course, rentrera pas avant souper. Hé ! là, vous y êtes ?
— Et j’y chuis, vougri !

(Jean Richepin)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique