Virmaître, 1894 : De la Bastille à la Madeleine, et de Belleville à Montparnasse, on y pèche la morue sans hameçons (Argot du peuple).
Banc de terre neuve
Baptisé à l’eau de morue
Rossignol, 1901 : Se dit de celui qui a toujours soif.
Baptisé d’eau de morue
Virmaître, 1894 : Ne pas avoir de chance. Homme ou femme à qui rien ne peut réussir. Ce qui équivaut à deveine salée, par allusion à l’eau dans laquelle la morue a été dessalée (Argot du peuple). N.
Biche, cocotte, grue, horizontale, persilleuse, bergeronnette, Louis XV
La Rue, 1894 : Fille galante, maîtresse. Les prostituées de basse catégorie ont reçu beaucoup de noms : crevette, bourdon, passade, fesse, galupe, catau, catin, gerse, gaupe, ruttière, gouge, gouine, baleine, chausson, roubion, grognasse, gourgandine, truqueuse, asticot, morue, brancard, autel ou outil de besoin, dossiers, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, traînée, trouillarde, camelotte, volaille, carogne, blanchisseuse de tuyaux de pipes, pouffiasse, moellonneuse, pontonnière, pilasse, ponante, ponifle, pierreuse, vadrouille, chiasse, avale-tout, taupe, paillasse, cambrouse, wagon à bestiaux, voirie, rouchie, gadoue, etc.
Caneter
France, 1907 : Marcher d’une façon lasse, en appuyant sur l’une et l’autre hanche, à la façon des canes.
Magdelon, je suis bien malade,
J’ai les yeux caves et battus,
La face terreuse et maussade,
Les genoux maigres et pointus ;
Ceux qui me voient par la rue
Jaune comme une vieille morue,
Caneter en avant fourbu,
Estiment que c’est la vérole
Qui me fait aller en bricole
Et m’enivre sans avoir bu.
(Cyrano de Bergerac, Le Pauvre malade)
Dessalé
Virmaître, 1894 : Noyé que l’on retire de l’eau, Allusion à la morue que les ménagères font dessaler avant de la manger (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Dégourdi, malin. Un intelligent est un dessalé. Un noyé, un dessalé. Tomber à l’eau c’est se dessaler.
Dessalée
Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans le même argot [du peuple]. Cette expression, qui a plus d’un siècle, signifie aussi femme rusée, roublarde.
Rigaud, 1881 : Femme rusée, coquine délurée, femme sans moralité ni tenue. La dessalée était la gourgandine de nos pères. Ce n’était primitivement qu’une épithète accrochée au vocable « morue. » On disait sous Louis XV « morue dessalée » pour donner plus de force à l’injure. Aujourd’hui tout est si cher, même les mots du bas langage, que d’mie injure on en a fait deux, et voilà pourquoi l’on dit « morue » pour désigner une femme sale, repoussante, et pourquoi « dessalée » dans le sens de fille de joie.
Vous paraissez toutes deux assez dessalées.
(Les Souffleurs)
La Rue, 1894 : Femme rusée ou sans moralité ni tenue.
France, 1907 : Femme de mœurs légères.
Enterrement
Delvau, 1866 : s. m. Morceau de viande quelconque fourré dans un morceau de pain fendu, — comme, par exemple, une tranche de gras-double revenu dans la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté, tout enterré dans une miche de pain de marchand de vin.
Rigaud, 1881 : Bout de charcuterie, tranche de gras-double, rogaton quelconque interné dans un morceau de pain. C’est le déjeuner de bien des pauvres gens. On voit beaucoup d’enterrements dans le quartier des halles à l’heure de midi, alors que l’oreille de morue crépite dans la poêle et que la moule nage dans un bain gris-verdâtre.
Rigaud, 1881 : Ouvrage abîmé par un apprenti ou par un ouvrier, — dans le jargon des cordonniers.
Rigaud, 1881 : Petite supercherie pratiquée par les soldats de cavalerie, laquelle consiste à cacher le crottin sous la paille, au lieu de le ramasser dans la vanette et de le porter au fumier.
Ça s’est-y bien tiré, ta garde d’écurie ?
— Ma foi, tu sais, avec des enterrements.
La Rue, 1894 : Fragment de charcuterie on rogaton interné dans un morceau de pain.
Virmaître, 1894 : Morceau de gras-double, de lard et de pain que les femmes vendent aux environs des halles. On les appelle Mesdames la poêle, parce qu’elles font frire leur marchandise dans cet instrument de cuisine. Un enterrement de première classe coûte trois sous, de deuxième deux sous, de troisième un sou. Ces femmes gagnent de dix à douze francs par jour (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Sandwich, c’est-à-dire morceau de viande ou de charcuterie placée dans un petit pain.
Leur spécialité consistait à vendre pour deux sous un morceau de pain dans lequel elles mettaient un morceau de gras-double rôti dans la poêle ; les plus riches allaient jusqu’à trois sous ; alors, pour ce prix, ils avaient une saucisse plate. Dans le langage du boulevard, cela s’appelait un enterrement de première classe.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
On appelle aussi enterrement de première classe une cérémonie longue et ennuyeuse.
Éponge
d’Hautel, 1808 : Boire comme une éponge. Boire avec excès ; s’enivrer.
Passer l’éponge sur quelque chose. Pardonner ; oublier noblement une mauvaise action ; une offense.
Presser l’éponge. C’est faire rendre à quel qu’un ce qu’il a pris ; le faire regorger.
Delvau, 1864 : Femme. Épouse ou maîtresse qui vous éponge, en manœuvrant au cul, le trop plein de vos couilles.
Delvau, 1866 : s. f. Ivrogne, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des voyous, qui révèlent ainsi d’un mot tout un détail de mœurs. Autrefois (il n’y a pas longtemps) les filles et leurs souteneurs hantaient certains cabarets borgnes connus de la police. Ces messieurs consommaient, en inscrivait sur l’ardoise, ces dames payaient, et le cabaretier acquittait la note d’un coup d’éponge.
Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un souteneur.
Mais, pardon, tiens, que je te fasse voir mon éponge, poursuivit-il, en tirant à lui Céline.
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
La Rue, 1894 : Femme de souteneur. Éponge d’or, avoué.
France, 1907 : Ivrogne. La périphrase s’explique de soi.
France, 1907 : Maîtresse ; argot des souteneurs.
Me v’là, Laur’, l’éponge à Polyte,
C’est un beurr’ comm’ nous nous aimons,
Mon homme et moi, nous somm’s l’élite,
La fleur, la crèm’ des butt’s Chaumont,
C’est dimanch’ dernier, au bastringue,
Qui m’a plu Polyte, et qu’j’y plus ;
La grande Irma, c’t’espèc’ de bringue,
Était sa marmite, ell’ l’est pus,
Dès qu’j’en suis d’venue amoureuse,
Y m’a dit : Toc, ça t’va, ça m’va !
C’est vraiment chouett’ pour un’ pierreuse
D’avoir un mec comm’ celui-là.
(André Gill, L’Éponge à Polyte)
Voici en bloc les noms donnés aux prostituées de basse catégorie : asticot, autel du besoin, avale-tout, baleine, blanchisseuse de tuyau de pipe, bourdon, brancard, cambrouse, camelotte, carogne, catau, catin, chausson, chiasse, dossière, fesse, gadoue, galupe, gaupe, gerse, gouge, gouine, gourgandine, grognasse, moellonneuse, morue, outil de nécessité, paillasse, passade, pétasse, pierreuse, ponante, ponifle, pontonnière, pouffiasse, punaise, roubion, rouchie, roulante, roulasse, rouleuse, roulure, rullière, taupe, trainée, trouillarde, truqueuse, vadrouille, voirie, volaille, wagon à bestiaux.
Habit à queue de morue
Virmaître, 1894 : Habit de soirée. Les pans ressemblent, en effet, à une queue de morue (Argot du peuple).
Habit queue de pie, queue de moineau, queue de morue
France, 1907 : Différentes désignations de l’ignoble et grotesque habit noir.
La plupart des convives mettent la cravate blanche et l’habit en queue de pie ; mais cette grande tenue n’est nullement obligatoire.
(François Coppée)
Las
d’Hautel, 1808 : J’en suis las comme d’une vieille morue. Se dit de quelqu’un ou de quelque chose qui obsède, qui impatiente, qui rebute.
Un las d’aller. Voy. Aller.
Las. On fait vulgairement un calembourg de ce mot ; et, quand quelqu’un dit qu’il est las, on ajoute malignement che ; ce qui fait lâche.
Limace
Ansiaume, 1821 : Chemise.
Il y avoit 2 limaces, 3 blards et 6 loubions.
Vidocq, 1837 : s. f. — Chemise.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Chemise.
Delvau, 1864 : Membre viril — qui n’est pas viril ; par exemple, celui des vieillards, qui ne sait plus relever fièrement la tête au premier appel d’une femme, et aspire honteusement a la tombe, comme le nez du père Aubry.
Bien qu’en toi sa limace ait été dégorgée,
Pour toi je bande encore…
(Louis Protat)
Delvau, 1866 : s. f. Chemise, — dans l’argot des voleurs et des vendeurs du Temple.
Delvau, 1866 : s. f. Fille à soldats, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Prostituée du dernier ordre.
Merlin, 1888 : Chemise, — de l’argot parisien.
La Rue, 1894 : Basse prostituée. Chemise.
Virmaître, 1894 : Chemise (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : V. Rôdeuse.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Chemise.
France, 1907 : Chemise ; du vieil argot lime.
Alle avait eun’ robe d’reps noir,
L’matin ça y servait d’peignoir,
La nuit ça y servait d’limace.
(Aristide Bruant)
Par les accrocs de la limace
Qui se donne un air de drapeau,
Le soleil leur chauffe la peau ;Leurs godillots font la grimace.
Il fait bon dehors pour les gueux
Qui battent le pavé des rues,
Sans bidoches et sans morues
À foutre sous leurs doigts rugueux.
Les feuilles servent de limace
Aux va-nu-pieds, aux trottins ;
Est-ce pour vivre de crottins
Que depuis si longtemps on masse ?
(Ed. Bourgeois)
France, 1907 : Fille à soldats. Les Anglais disent haquenée de caserne.
Manchot (n’être pas)
France, 1907 : Être brave, travailleur, dur à l’ouvrage.
— Je vois que cette arrestation vous étonne ! continua le chef de la Sûreté, d’un air bonhomme. Vous avez tort ! Si vous êtes habiles, de notre côté nous ne sommes pas manchots.
(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)
Et si l’on n’est pas des manchots,
Nous pourrions, à l’angle des rues,
Faire dans la nuit, la pêche aux morues.
(Clovis Hugues)
Sur le pavé sale et gluant qui glisse, –
Glisse, mon conteau ! glisse en ta coulisse ! —
Les bois sont montés ; on n’est pas manchot !
Les matins sont chauds.
(Maurice Boukay)
Manger de la merluche
France, 1907 : Se mortifier. La merluche ou morue sèche ne se mange guère qu’en carême, temps de mortification pour les bons catholiques.
Marmouset
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; morveux, sot, niais ; homme mal fait et de petite taille.
C’est aujourd’hui fête, les marmousets sont aux fenêtres. Se dit en plaisantant, quand on voit à la fenêtre des gens que l’on méprise.
Halbert, 1849 : Pot ou marmite.
Delvau, 1866 : s. m. Gamin, homme de mine chétive.
Delvau, 1866 : s. m. Pot-au-feu, — dans l’argot des voleurs, par allusion au marmousement du bouillon. Le marmouset riffode. Le pot bout.
Virmaître, 1894 : Le pot au feu.
— Amène ta morue ce soir, nous boulotterons, mince de bidoche dans le marmouset.
Allusion au bruit que fait l’eau en bouillant : elle marmouse (Argot des voleurs).
France, 1907 : Petite marmite.
Morue
d’Hautel, 1808 : J’en suis las comme d’une vieille morue. Se dit d’une personne que l’on supporte avec peine, dont on est fatigué, dégoûté.
Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie, qu’on pourrait appeler — si l’ichthyologie ne s’y opposait pas formellement — la femelle du maquereau.
Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu’on vous fait trois francs ; j’en offre un franc, moi, et la marchande m’appelle… — Oui, madame, elle vous appelle… morue !
(Gavarni)
Larchey, 1865 : Femme abjecte.
Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu’on vous fait trois francs ; j’en offre un franc, moi, et la marchande m’appelle… — Oui, madame, elle vous appelle… morue !
(Gavarni)
Delvau, 1866 : s. f. Femme sale, dégoûtante, — dans l’argot des faubouriens. Se dit aussi, comme injure, d’une Femme laide et d’une gourgandine.
Rigaud, 1881 : Femme qui pue ; salope, — dans le jargon des Halles. Épithète dont ces dames gratifient volontiers les bourgeoises qui déprécient la marchandise ou qui, marchandent trop. Mot à mot : qui pue comme une morue.
Rigaud, 1881 : Lot d’ouvrages manuscrits que les anciens colporteurs faisaient imprimer à leurs frais. — Les canards ont eu raison des morues.
La Rue, 1894 : Femme sale ou de mauvaise vie.
Virmaître, 1894 : Terme employé par les femmes des halles pour répondre aux râleuses qui leur offrent un prix dérisoire de leurs marchandises.
— Va donc, morue, faudrait-y pas te foutre du beurre avec et te le porter à ton poussier (Argot du peuple).
France, 1907 : Qualificatif que les voyous et leurs compagnes donnent volontiers à toute femme qui leur déplaît. On connait la charge de Gavarni :
— Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu’on vous fait trois francs ; j’en offre un franc, moi, et la marchande m’appelle.
— Oui, Madame, elle vous appelle… morue.
On dissertait à n’en plus finir sur l’affaire : l’un prouvait qu’on devait fermer les maisons de tolérance ; l’autre en voulait aux maisons de passe ; celui-ci réclamait le célibat des concierges qui, mariés, n’enfantaient que des morues et des maquereaux… Les loges des concierges produisent quatre-vingt-dix-neuf pour cent des filles d’amour.
(Victorien du Saussay, L’École du vice)
Morutier
France, 1907 : Pêcheur de morues.
— Il y a longtemps que je navigue, vous le savez, et j’ai rarement vu la mer aussi en colère. Si nous avons pu tenir avec notre gréement tout neuf, pensez à ceux qui ont été surpris sans avoir pareil atout dans leur jeu. Surtout près de la côte, avec les courants terribles qui vous drossent sur les roches en un rien de temps ! Et puis, c’est l’époque du retour des morutiers. Hier, au moment où le chambard a commencé, il y en avait plusieurs autour de nous et je n’aurais pas voulu être à leur place. Il faut avoir bourlingué sur ces goélettes, comme je l’ai fait pendant six campagnes, pour savoir ce qu’elle valent. Ah ! malheur, quelle vie de chien on mène là-dessus !
(Ivan Bouvier)
Mouillante
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Morue.
Vidocq, 1837 : s. f. — Morue.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Vidocq, 1837 : s. f. — Soupe.
Halbert, 1849 : Morve.
Larchey, 1865 : Soupe (Vidocq). — Mouillante : Morue. — On sait que la morue trempe ordinairement dans des baquets d’eau.
Delvau, 1866 : s. f. Soupe, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Morue. — Soupe, et aussi bouillante, — dans l’ancien argot.
Virmaître, 1894 : La soupe (Argot du peuple). V. Laffe.
France, 1907 : Soupe.
Queue de morue
Rigaud, 1881 : Habit.
Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue, et jura sur son âme qu’il ne le remettrait de sa vie.
(Th. Gautier, Les Jeunes-France)
Rossignol, 1901 : Habit.
France, 1907 : Habit noir.
Hier, selon ma coutume,
Toute seule avec mon chien,
Je flânais sur le bitume,
Dans un honnête maintien,
Soudain, au bout de la rue,
Je vois sortir d’un coupé
Un homme en queue de morue…
Ciel ! mon voisin d’à côté !
(Jules Célès)
Sifflet
d’Hautel, 1808 : Couper le sifflet à quelqu’un. Pour dire, le rendre muet et confus ; l’interdire, le mettre hors d’état de répondre.
Larchey, 1865 : Gosier. — Comparaison facile à deviner. Vidocq donne aussi siffle pour voix.
Qu’en te coupant le sifflet, quelqu’un délivre le royaume.
(La Nouvelle Mazarinade, 1652)
Se rincer, s’affuter le sifflet : Boire.
Là, plus d’un buveur bon apôtre, Venait se rincer le sifflet.
(Colmance, Ch)
Faut pas aller chez Paul Niquet Six fois l’jour s’affuter le sifflet.
(P. Durand, Ch. 1836)
Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — entonnoir à air et à vin. S’affûter le sifflet. Boire. On dit aussi Se rincer le sifflet. Couper le sifflet à quelqu’un. Le forcer à se taire, soit en lui coupant le cou, ce qui est un moyen extrême, soit en lui prouvant éloquemment qu’il a tort de parler, ce qui vaut mieux.
Rigaud, 1881 : Voix, gosier. — Couper le sifflet, tuer, interrompre, faire taire. Étonner au point de rendre l’interlocuteur muet. — Raboter le sifflet, brûler le gosier.
Hein ! ça rabote le sifflet ! Avale d’une lampée.
(É. Zola)
Se rincer le sifflet, boire.
Merlin, 1888 : Canon. — Il en a tant soit peu la forme, et sa détonation peut être comparée à un sifflement gigantesque. L’un et l’autre servent, d’ailleurs, de signal de combat.
Rossignol, 1901 : Habit de cérémonie.
Rossignol, 1901 : Le cou.
Hayard, 1907 : Habit à queue de morue.
France, 1907 : Canon ; argot militaire.
France, 1907 : Cou, gosier, gorge. Se rincer le sifflet, boire. Couper le sifflet, égorger, guillotiner.
Les aminches et les gigolettes,
Ceux de Belleville et de la Villette,
Viendront nous voir couper le sifflet
Si ça leur fait pas trop d’effet.
(Sellier, dit le Manchot de Montmartre)
Se dit aussi pour surprendre, étonner ; même sens que couper la chique.
France, 1907 : L’habit noir, appelé ainsi à cause de la forme.
Derrière Harimina, formant un groupe sympathique, voici le père, en sifflet, la mère, en robe de velours à traine, les quatre demoiselles d’honneur, essaim bourdonnant de petites demi-vierges, aux grands yeux luisant de prometteuses précocités.
(Émile Blavet)
On dit aussi sifflet d’ébène.
Dans une invitation à un dîner de la Société nationale des professeurs de français en Angleterre, on lit ce nota bene :
N. B. — On est prié de ne pas endosser le « sifflet d’ébène », alias habit noir — evening dress, comme disent les Anglais.
Soucier
d’Hautel, 1808 : Je m’en soucie comme de Colin tampon.
Je m’en soucie comme de la vieille morue. Ces deux locutions ont absolument le même sens, et signifient qu’on se met peu en peine des menaces de quelqu’un, ou de la valeur d’une chose quelconque.
Soûl
d’Hautel, 1808 : Deo gratias, les moines sont soûls. Se dit par plaisanterie, lorsque quelqu’un lâche un rot.
J’en suis soûl comme de la vieille morue. Manière incivile de dire qu’on est las, dégoûté de quelqu’un ou de quelque chose ; qu’on désiroit pour tout au monde en être débarssé.
J’en suis soûl. Pour, j’en suis dégoûté, rassasié.
Terre-Neuve (banc de)
Rigaud, 1881 : Partie du boulevard comprise entre la Porte Saint-Denis et la Madeleine, — dans le jargon des souteneurs.
Les macs disent par abréviation : Aller au banc ; c’est aller à la recherche d’une femme. Le soir il viendra voir le défilé du banc de Terre-Neuve ; il trouvera là son affaire dans les prix doux.
(Le Sublime)
Le poisson s’est fait pêcheur. Il va à Terre-Neuve pêcher une morue.
Les mœurs des maquereaux sont assez connues pour qu’il ne soit pas besoin de vous apprendre qu’ils fraient de préférence avec les morues.
(Tam-Tam du 6 juin 1880)
Tronche de morue
anon., 1827 : Tête de mouton.
Tube
Halbert, 1849 : Fusil.
Delvau, 1866 : s. m. Le gosier, — dans l’argot des faubouriens. Se rincer le tube. Boire. Se coller quelque chose dans le tube. Manger. Signifie aussi Voix.
Delvau, 1866 : s. m. Nez, — dans l’argot des marbriers de cimetière. Se flanquer du terreau dans le tube. Priser.
Rigaud, 1881 : Gosier. — Nez. Se piquer le tube, se griser.
La Rue, 1894 : Gosier. Nez. Fusil. Chapeau.
Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. On dit aussi : tuyau de poêle (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Le gosier. Dans le peuple, on dit deo celui qui a le ventre creux :
— Il n’a rien à se mettre dans le tube.
Boire un bon coup, c’est se rincer le tube.
— Il est quatre heures, je vais me coller un peu de fripe dans le tube.
Mot à mot : je vais manger (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Chapeau haut-de-forme, nez.
France, 1907 : Gosier. Se coller quelque chose dans le tube, boire ou manger. Argot populaire.
La gamelle a du bon, mes fistons, et la preuve c’est que le prince d’Orléans, qui a pourtant mieux que ça à se coller dans le tube, est venu réclamer la sienne quand il a eu l’âge d’en boulotter.
(Monthabor, La Vie au régiment)
France, 1907 : Même sens que tubard ; le digue pendant de l’ignoble habit à queue de morue.
— Mon horreur pour le chapeau noir surpasse de 69 coudées 7 dixièmes la haine que Jules Lemaître professe à l’égard du même objet. Je demande pour le ridicule couvre-chef une nouvelle Saint Barthélémy !
— Parfait !
— Ce que je n’admets surtout pas, c’est la consécration tyrannique du tube par le protocole de la snoberie moderne. Certaines gens ne peuvent récupérer leur pain quotidien que si, malgré le délabrement de leur costume, ils sont coiffés de ce monstrueux cylindre !
(George Auriol)
Son successeur est un tub très à la mode,
Digne d’être chanté sur le rythme d’une ode,
Au dernier goût du jour et d’un chic élégant ;
Il luit plus qu’un miroir, il me va comme un gant.
(George Bois, Cœur au vent)
Tuyau de poêle
Larchey, 1865 : Chapeau rond, botte à l’écuyère. — Allusion de forme.
Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue.
(Th. Gautier, 1833)
Delvau, 1866 : s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes. Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l’ont ainsi baptisé.
Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme. — Pantalon des soldats d’infanterie de ligne, — dans le jargon des troupiers.
Merlin, 1888 : Dans le langage familier, on désigne ainsi un chapeau de haute forme ; dans l’argot militaire, c’est une botte.
La Rue, 1894 : Chapeau haut de forme. Soulier dont l’extrémité est béante.
Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion juste, car il a la forme et la couleur d’un tuyau (Argot du peuple).
France, 1907 : Chapeau haut de forme appelé ainsi parce qu’il fait ressembler celui qui le porte à quelqu’un coiffé d’un tuyau de poêle tronqué. Il faut être, comme nous le sommes, habitués à cette grotesque coiffure pour ne pas en voir tout le ridicule. Cette abomination nous vient comme tant d’autres modes de la Grande-Bretagne. Ce fut un chapelier anglais, John Hetherington qui, désirant se faire une réclame monstre, s’en coiffa le premier. Il l’inaugura le 15 janvier 1797 — notez cette date mémorable dans les fastes de l’imbécillité publique — en se promenant dans les rues principales de Londres, où il provoqua un véritable scandale. Bien que fervents admirateurs de tout ce qui est excentrique, les Anglais trouvèrent que ce chapeau dépassait les bornes du laid. Le chapelier fut hué ; il y eut des bousculades ; Hetherington tint bon et reparut le lendemain et les jours suivants aves son grotesque couvre-chef, dont il avait orné de pareils sa vitrine. Le scandale ne discontinua pas et finalement son auteur fut poursuivi devant le tribunal du lord-maire sous l’inculpation d’avoir troublé la paix publique. Il déclara pour sa défense qu’un citoyen anglais avait le droit de se coiffer comme bon lui semblait. Le Times lui donna raison et dès lors l’opinion fut en sa faveur.
Quelques jeunes fashionables s’affublèrent par plaisanterie du nouveau chapeau, un membre de la famille royale le trouva à son goût et dès lors la gentry l’adopta. De l’Angleterre, il passa sur le continent, et traversant les frontières, les monts et les mers, il est allé coiffer jusqu’aux têtes des rois nègres.
La perfidie du chapeau haut de forme, dit George Auriol, est du reste indéniable. Il est fatal aux crânes les plus endurcis. Il recèle le microbe de la migraine et propage le bacille de l’abrutissement. Il exige des soins constants. Dès qu’on oublie de le lisser, de le polir, de le caresser et de le lécher, — il se rebiffe !
Moi qui vous parle, lorsque par hasard je m’encombre d’un chapeau tube, je suis le plus malheureux des hommes. À peine l’horrible tuyau est-il sur ma tête, qu’il s’horripile de lui-même malgré toutes les précautions que je prends, si bien qu’au bout d’une demi-heure il ressemble à un hérisson longtemps battu par la tempête.
Nous sommes tous fort laids même en habits de fête :
Boutonnés, ficelés et traînant notre ennui,
Les pieds dans deux tuyaux, un tuyau sur la tête,
Les deux bras engainés, le corps dans un étui
Que fabrique un tailleur pour les preux d’aujourd’hui.
Aussi prêtons-nous mal à la mélancolie,
Et la belle qui rêve et veut l’émotion
Ne peut guère trouver que par une folie
L’emblème du monsieur qui fait sa passion.
(Aurélien Scholl)
Velte
France, 1907 : Baril de huit litres où les pêcheurs de morue mettent leur provision de tafia.
Vieux
d’Hautel, 1808 : C’est un jeune homme avec un vieux visage. Se dit par moquerie pour faire entendre qu’un homme est plus âgé qu’il ne veut le paroître.
J’en suis las comme d’une vieille morue. Voy. Morue.
Se faire vieux. Parvenir à un âge avancé, vieillir.
Vieux comme Hérode, comme les rues. C’est-à-dire connu depuis nombre de siècles, depuis temps immémorial. Se dit aussi pour se railler d’un homme très-avancé en âge.
C’est de la vieille drogue ; de la vieille mercerie. Se dit pour abaisser la valeur de quelque chose.
Des contes de vieilles. C’est-à-dire des récits qui ne méritent aucune croyance.
C’est du vieux jeu. Pour ces contes, ces tours sont connus, on n’y croit plus, on ne s’y laisse plus attraper.
Delvau, 1866 : s. m. Amant en cheveux blancs ou gris, et même sans cheveux, — dans l’argot des petites dames. Avoir son vieux. Être entretenue.
Rigaud, 1881 : Amant sérieux, à lunettes, ventru, riche, et frisant la cinquantaine.
Rigaud, 1881 : Père, — dans le jargon des ouvriers. — Le vieux se décatit joliment.
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