Halbert, 1849 : Moqueur.
Becheur
Boscot, boscotte
d’Hautel, 1808 : Diminutifs badins et moqueurs. Bamboche ; petit homme, petite femme contrefaits, bossus.
Larchey, 1865 : « Petit homme, petite femme contrefaits, bossus. »
(d’Hautel, 1808)
France, 1907 : Bossu, bossue.
— Hé, la Boscotte ! Cours donc pas si vite, tu vas la laisser en route !
Le gamin répéta : Hé ! La Boscotte ! Et voyant qu’elle ne se retournait pas, continua sa route en sifflant. Elle ne s’était point retournée, mais elle avait tressailli, une contraction rapide aux coins des lèvres, une pâleur aux joues.
Plus grande que ne le sont généralement les déshéritées de son espèce, elle l’avait visible, cette proéminence ridicule, malgré l’épaisseur de ses cheveux blonds qu’elle laissait libres et qui ne la cachaient, en attirant le regard par leur belle nuance dorée, que pour la faire remarquer davantage.
(Georges Maldague, La Boscotte)
Calotin
Delvau, 1866 : s. m. Prêtre, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Prêtre ; celui qui porte la calotte.
On a été prodigue avec eux : ils ont chacun un calotin.
(H. Monnier, Sciences populaires)
France, 1907 : Prêtre, tonsuré, homme d’Église, enfant de chœur, tout ce qui porte la petite calotte cléricale noire ou rouge. Ce terme moqueur par lequel on désigne les prêtres, à cause de cette petite calotte, n’était pas pris autrefois en mauvaise part. On l’employait, mais assez rarement, dès le XVe et le XVIe siècle, et ce n’est qu’à partir de 1789 qu’il a pris une signification désobligeante et même injurieuse.
— Fin finalement, faut pas moins que j’me préoccupe de la faire baptiser, c’t’enfant. Ça m’serait core assez indifférent… on en meurt pas ; mais tous ces calotins à qui j’vas m’adresser vont tous me d’mander si c’est que nous sommes mariés, si c’est qu’nous l’sommes pas ; ça, vois-tu, ça m’écœure ; quoi leur y répondre, quoi, dis-le ?
— J’en sais rien.
(Henry Monnier, Les Bas-fonds de la société)
— Puisque vous le voulez absolument, la mère, voilà la chose en deux mots : c’est un curé qui a arrangé votre fille comme cela. J’ai dit.
— Un curé ?
— Oui, bonne femme, ou un vicaire, je ne sais pas. Bref, un calotin pour sûr.
(Michel Morphy, Les Mystères du crime)
Cancan
Larchey, 1865 : Danse. — Du vieux mot caquehan : tumulte (Littré).
Messieurs les étudiants,
Montez à la Chaumière,
Pour y danser le cancan
Et la Robert Macaire.
(Letellier, 1836)
Nous ne nous sentons pas la force de blâmer le pays latin, car, après tout, le cancan est une danse fort amusante.
(L. Huart, 1840)
M. Littré n’est pas aussi indulgent.
Cancan : Sorte de danse inconvenante des bals publics avec des sauts exagérés et des gestes impudents, moqueurs et de mauvais ton. Mot très-familier et même de mauvais ton.
(Littré, 1864)
Delvau, 1866 : s. m. Fandango parisien, qui a été fort en honneur il y a trente ans, et qui a été remplacé par d’autres danses aussi décolletées.
Delvau, 1866 : s. m. Médisance à l’usage des portières et des femmes de chambre. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : La charge de la danse, une charge à fond de train… de derrière.
La Rue, 1894 : Danse excentrique, un degré de moins que le chahut et la tulipe orageuse.
France, 1907 : Danse de fantaisie des bals publics, particulière à la jeunesse parisienne, et qui n’a d’équivalent dans aucun pays, composée de sauts exagérés, de gestes impudents, grotesques et manquant de décence. Ce fut le fameux Chicard, auquel Jules Janin fit l’honneur d’une biographie, l’inventeur de cette contredanse échevelée, qu’il dans pour la première fois dans le jardin de Mabille, sous Louis-Philippe. Il eut pour rival Balochard, et ces deux noms sont restés célèbres dans la chorégraphie extravagante. Nombre de jolies filles s’illustrèrent dans le cancan ; Nadaud les a chantées dans ces vers :
Pomaré, Maria,
Mogador et Clara,
À mes yeux enchantés
Apparaissez, chastes divinités.
Le samedi, dans le jardin de Mabille,
Vous vous livrez à de joyeux ébats ;
C’est là qu’on trouve une gaité tranquille,
Et des vertus qui ne se donnent pas.
Il faut ajouter à ces reines de Mabille, Pritchard, Mercier, Rose Pompon et l’étonnante Rigolboche, qui, toutes, eurent leur heure de célébrité. Parmi les plus fameuses, on cite Céleste Venard, surnommée Mogador, qui devint comtesse de Chabrillan, et Pomaré, surnommée la reine Pomaré, dont Théophile Gautier a tracé ce portrait :
C’est ainsi qu’on nomme, à cause de ses opulents cheveux noirs, de son teint bistré de créole et de ses sourcils qui se joignent la polkiste la plus transcendante qui ait jamais frappé du talon le sol battu d’un bal public, au feu des lanternes et des étoiles.
La reine Pomaré est habituellement vêtue de bleu et de noir. Les poignets chargés de hochets bizarres, le col entouré de bijoux fantastiques, elle porte dans sa toilette un goût sauvage qui justifie le nom qu’on lui a donné. Quand elle danse, les polkistes les plus effrénés s’arrêtent et admirent en silence, car la reine Pomaré ne fait jamais vis-à-vis, comme nous le lui avons entendu dire d’un ton d’ineffable majesté à un audacieux qui lui proposait de figurer en face d’elle.
Pomaré a eu les honneurs de plusieurs biographies. La plus curieuse est celle qui a pour titre :
VOVAGE AUTOUR DE POMARÉ
Reine de Mabille, princesse de Ranelagh,
grande-duchesse de la Chaumière,
par la grâce du cancan et autres cachuchas.
Le volume est illustré du portrait de Pomaré, d’une approbation autographe de sa main, de son cachet… et de sa jarretière — une jarretière à devise.
Le mot cancan est beaucoup plus ancien que la danse, car on le trouve ainsi expliqué dans le Dictionnaire du vieux langage de Lacombe (1766) : « Grand tumulte ou bruit dans une compagnie d’hommes et de femmes. »
La génération qui précède celle-ci, connaît, au moins pour l’avoir entendu, ce vieux refrain de 1836 :
Messieurs les étudiants
S’en vont à la Chaumière
Pour y danser l’cancan
Et la Robert-Macaire.
Nestor Roqueplan, dans des Nouvelles à la main (1841), a fait la description du cancan :
L’étudiant se met en place, les quadrilles sont formés. Dès la première figure se manifestent chez tous une frénésie de plaisir, une sorte de bonheur gymnastique. Le danseur se balance la tête sur l’épaule ; ses pieds frétillent sur le terrain salpêtré : à l’avant-deux, il déploie tous ses moyens : ce sont de petits pas serrés et marqués par le choc des talons de bottes, puis deux écarts terminés par une lançade de côté. Pendant ce temps, la tête penchée en avant se reporte d’une épaule à l’autre, à mesure que les bras s’élèvent en sens contraire de la jambe. Le [beau] sexe ne reste pas en arrière de toutes ces gentillesses ; les épaules arrondies et dessinées par un châle très serré par le haut et trainant fort bas, les mains rapprochées et tenant le devant de sa robe, il tricote gracieusement sous les petits coups de pied réitérés ; tourne fréquemment sur lui-même, et exécute des reculades saccadées qui détachent sa cambrure. Toutes les figures sont modifiées par les professeurs du lieu, de manière à multiplier le nombre des « En avant quatre ». À tous ces signes, il n’est pas possible de méconnaître qu’on danse à la Chaumière le… cancan.
Chaud
d’Hautel, 1808 : Plâtre-chaud. Sobriquet injurieux que l’on donne à un maçon qui ne sait pas son métier ; à un architecte ignorant.
Jouer à la main chaude. Au propre, mettre une main derrière son dos, comme au jeu de la main chaude. Le peuple, dans les temps orageux de la révolution, disoit, en parlant des nombreuses victimes que l’on conduisoit à la guillotine, les mains liées derrière le dos, ils vont jouer à la main chaude, etc.
C’est tout chaud tout bouillant. Pour dire que quelque chose qui doit être mangé chaud est bon à prendre. On dit aussi d’un homme qui est venu d’un air empressé et triomphant annoncer quelque mauvaise nouvelle, qu’Il est venu tout chaud tout bouillant annoncer cet évènement.
Chaud comme braise. Ardent, bouillant, fougueux et passionné.
Tomber de fièvre en chaud mal. C’est-à-dire, d’un évènement malheureux dans un plus malheureux encore.
Avoir la tête chaude. Être impétueux, et sujet à se laisser emporter à la colère.
On dit, par exagération, d’une chambre ou la chaleur est excessive, qu’Il y fait chaud comme dans un four.
Il fait bon et chaud. Pour dire que la chaleur est très-forte. Voy. Bon.
Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. C’est-à-dire, pousser vivement une affaire quand l’occasion est favorable.
À la chaude. Dans le premier transport.
Cela ne fait ni chaud ni froid. C’est-à-dire, n’influe en rien, n’importe nullement.
La donner bien chaude. Exagérer un malheur, donner l’alarme pour une un événement de peu d’importance, faire une fausse peur.
Si vous n’avez rien de plus chaud, vous n’avez que faire de souffler. Se dit à quelqu’un qui se flatte de vaines espérances, qui se nourrit d’idées chimériques.
Il n’a rien eu de plus chaud que de venir m’apprendre cet accident. Pour, il est venu avec empressement, d’un air moqueur et joyeux m’annoncer cet accident.
Larchey, 1865 : Coureur de belles, homme ardent et résolu. — Autrefois on disait chaud lancier :
Le chaud lancier a repris Son Altesse royale.
(Courrier burlesque, 2e p., 1650)
Delvau, 1866 : adj. et s. Rusé, habile, — dans l’argot du peuple, assez cautus. Être chaud. Se défier. Il l’a chaud. C’est un malin qui entend bien ses intérêts.
Delvau, 1866 : adj. Cher, d’un prix élevé.
La Rue, 1894 : Dangereux. Passionné. Se tenir chaud, être sur ses gardes.
France, 1907 : Rusé, malin. Se dit aussi pour un homme porté à l’amour ; on ajoute alors souvent : de la pince. Henri IV était très chaud de la pince. Ce n’est jamais un mal, si c’est parfois un danger. Dans le même sens, chaud lancier.
Chien (se coiffer à la)
France, 1907 : Frisotter les cheveux et les laisser retomber sur le front.
Il y avait dans le petit hôtel une femme de chambre d’emprunt qui vint donner le dernier coup à la coiffure, quelque peu rebelle au peigne. Mais surtout dans un temps où toutes les femmes se coiffent à la chien, les ébouriffades de Maria étaient de saison… Elle jouait encore avec la houppette et le crayon. Sans avoir rien appris, les femmes savent tout, mais surtout l’art de s’habiller et de se faire belles.
(Arsène Houssaye, Le Journal)
… Une petite bobonne toute jeunette, pimpante et proprette, aux yeux pers, hardis et moqueurs, au nez effrontément retroussé, à la chevelure châtain clair, frisés et moutonnante sur le front, coiffée à la chien.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Claque
d’Hautel, 1808 : Il ne vaut pas une claque. Manière fort incivile de dire que quelqu’un ou quelque chose n’a ni mérite ni valeur.
Donner une claque. Pour, frapper avec la main, donner un soufflet.
Delvau, 1866 : s. f. Soufflet, — dans l’argot du peuple, qui aime les onomatopées. Figure à claques. Visage moqueur qui donne des démangeaisons à la main de celui qui le regarde.
Virmaître, 1894 : Maison de tolérance. Abréviation de claque-dents (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Maison de tolérance.
France, 1907 : Hôpital et, aussi, maison de prostitution.
— Je n’ai qu’un mot à vous dire : c’est pour cette nuit l’exécution. Rendez-vous vient d’être pris à la minute pour minuit au claque de la mère Poivre-et-Sel. Que pas un de vous ne manque. C’est dit, n’est-ce pas ? Au claque… à minuit !
(Michel Morphy, Les Mystères du crime)
France, 1907 : Restaurant de dernier ordre. On dit aussi, dans le même sens, claque-dents.
France, 1907 : Soufflet.
— J’voulais être aimée, moi. J’ai pas été heureuse, ici… Tiens.… si j’ai mal fait, c’est ta faute à toi, maman, et à toi aussi, p’pa. Vrai !… Qu’est-ce que vous avez fait pour que je vous aime ? Des claques, d’abord, et puis…
(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)
Critiqueur
d’Hautel, 1808 : Barbarisme fort usité dire, railleur, moqueur, persiffleur.
Daubeur
d’Hautel, 1808 : Pour railleur, moqueur, pointilleur, persiffleur.
Rigaud, 1881 : Forgeron qui bat le fer.
Donjuanesque
France, 1907 : Se rapportant à la conduite du fameux séducteur don Juan.
Alexandre Dumas, qui sera toujours un grand moqueur, die aujourd’hui qu’il n’a pas reçu de lettres de « belles inconnues », ces insatiables qui veulent tourmenter tous les esprits, faute d’avoir tourmenté tous les cœurs. Dumas joue ainsi au « donjuanesque » qui ne daigne pas se souvenir de ses victoires féminines d’antan.
(Arsène Houssaye)
Gausseur
d’Hautel, 1808 : Moqueur, railleur, gascon ; conteur de gausses.
Gausseur, gausseuse
France, 1907 : Moqueur, moqueuse.
Margot, morbleu !
Est par trop joyeuse ;
Elle est jaseuse,
Gausseuse.
(Vadé)
Guignol
Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des voleurs.
Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)…
(Petit Journal, mai 1886)
France, 1907 : Homme sans consistance, sans caractère et sans parole, qui n’est bon qu’à amuser les autres et sur lequel on ne peut compter. Faire le guignol, c’est faire de grands gestes, se remuer à tort et à travers.
On a donné le nom de guignol à tous les farceurs politiques et littéraires. Henry Bauer a publié une série d’études critiques sous le titre : Les Grands Guignols.
Parfois, dans mes rares éclaircies d’obnubilation politique, il me passe comme un sentiment confus de ce qu’ils veulent dire par : le jeu des portefeuilles. J’y entrevois une sorte de conséquence farce et logique du parlementarisme où nous pataugeons, et, — vous l’avouerai-je ? — la comédie la plus burlesque de son grand guignol national. Mais ce n’est qu’un éclair dans ma nuit de contribuable.
(Émile Bergerat)
France, 1907 : Théâtre de marionnettes en plein vent, appelé ainsi de son principal personnage.
D’après Joanny Augier qui a décrit le canut dans les Français peints par eux-mêmes, Guignol aurait Lyon pour origine : « Il fréquente, dit-il en parlant du canut, un petit spectacle de marionnettes, tout à fait local, dont le principal personnage, assez semblable au Pulcinella des Italiens, au Punch des Anglais, est un nommé Guignol, type du canut lui-même, dont les lazzis moqueurs et dérisoires à son encontre font pourtant ses délices et son plus parfait amusement »
Guignol est une marionnette d’origine lyonnaise, et date de la fin du premier empire. Vers 1812 un entrepreneur de marionnettes, ruiné à la suite des guerres, se vit réduit à vendre aux enchères ses décors et ses pantins. Un seul acquéreur se présenta, un nommé Mourguet, connu depuis vingt ans dans Lyon où il vendait des chansons sur les places publiques, tandis que sa femme l’accompagnait en jouant de l’orgue de Barbarie. Il eut les marionnettes à très bon compte. Il loua alors dans un quartier pauvre de la ville, celui de Saint-Paul, une vieille salle qui pouvait contenir cent personnes, y installa, outre la scène, une galerie et un parterre. On payait de quatre à douze sous. On y joua d’abord les Jocrisse, qui étaient fort à la mode. Mais un directeur d’un des grands théâtres de la ville défendit, en vertu de son privilège, qu’on représentât les Jocrisse ailleurs que chez lui. Mourguet alors changea les types de ses personnes et appela Jocrisse Guignolant.
« Le nouveau Jocrisse était méconnaissable, dit Tony Révillon qui raconte l’anecdote dans le Drapeau noir. Son nez était aplati ; un petit serre-tête noir terminé par une queue ou salsifis en demi-cercle couvrait sa perruque rousse ; le justaucorps rouge des valets avait disparu pour faire place à la veste marron à boutons blancs de l’ouvrier lyonnais. L’accent s’était modifié comme le costume. Mourguet parlait canut. Il avait les ô et les â circonflexes de la Croix-Rousse, l’accent traînard et doux de Saint-Just.
Le succès fut immense.
Pendant six mois, on s’abordait par ces mots : « Avez-vous vu Guignol ? »
Le public, trouvant Guignolant trop long, avait baptisé lui-même le héros du théâtre lyonnais.
Mais en dépit du costume et de l’accent, Guignol rappelait trop Jocrisse. Son créateur le modifia.
Désormais il sera lui-même. Ouvrier, il représentera les misères, les tiraillements, les menues joies du peuple des tisseurs ; héros de théâtre, il incarnera la justice, protégera les faibles, se soustraira à la tyrannie par la ruse et châtiera la méchanceté par les coups. Gai comme tous les comiques, sa gouaillerie aura parfois la dent cruelle, mais la bonne humeur et la verve l’emporteront. Cette verve et le bâton de Polichinelle (le picarlat) sont italiens. Tout le reste est lyonnais, et surtout l’ami, le confident du héros, Benoit, qui plus tard deviendra Gnafron, mais qui aura laissé pour trace de son passage deux locutions : Dis donc, Benoit ! et Va donc, Benoit ! populaires aujourd’hui dans le département un Rhône. »
Un gendre de Mourguet, Josseraud, introduisit Guignol à Paris.
Moqueur
d’Hautel, 1808 : Appelle-le moqueur de bête. Se dit en plaisantant à un homme simple dont on se joue, pour lui faire entendre qu’en se moquant de lui, on ne se moque que d’une bête.
Pipo
France, 1907 : Élève de l’École polytechnique. Ce sobriquet est usité, dans les lycées et dans le quartier des écoles, mais, d’après les auteurs de l’Argot de l’X, les polytechniciens ne l’emploient guère entre eux : ils lui trouvent un air moqueur qui sied mal à leur dignité de jeunes savants. Les pipos ont fourni deux présidents à la République, le général Cavaignac qui appartenait à la promotion de 1820, et Carnot à celle de 1857. Les réformateurs, les idéologues de la moitié du XIXe siècle sont presque tous des pipos : Jean Reynaud, Pierre Leroux, Enfantin, Auguste Comte, Michel Chevallier, etc.
La Boulangère habite auprès
Tout auprès de polytechnique,
Elle ne l’a pas fait exprès,
Mais pourtant elle habite auprès,
Les beaux pipos sont toujours prêts
À regarder dans sa boutique…
(La Boulangère)
On appelle aussi Pipo l’École polytechnique. Quelques-uns écrivent pipot, mais nous nous conformons à l’orthographe des polytechniciens.
Plancheur
Vidocq, 1837 : s. m. — Mauvais plaisant.
France, 1907 : Moqueur, farceur.
Puissant
Delvau, 1866 : adj. Gros, fort, — dans l’argot du peuple, qui ne s’éloigne pas autant du sens latin (potens) que seraient tentés de le croire les bourgeois moqueurs.
France, 1907 : Gros et gras. Provincialisme.
Ricaneur
d’Hautel, 1808 : Celui qui ricane, qui a le rire moqueur et sardonique ; ou qui rit sottement et sans sujet.
Serpentement
France, 1907 : Manière d’agir tortueuse, caressante, féline. Néologisme.
Sainte-Beuve était charmant dans la causerie ; il avait des amis de toutes sortes pour sa bonté, pour son esprit, pour ses mots de sentiment, pour ses mots cruels, pour ses amitiés, pour ses trahisons ; mais il eut beau dire et beau faire, il eut beau rechercher le coin des femmes, il eut beau leur prouver qu’il était familier à toutes les fémineries, à tous les serpentements, à toutes les ondulations ; il eut beau être, tout à tour, attendri et moqueur, il eut beau prendre des mines de Werther et des airs de Lovelace, rien n’y fit.
(Arsène Houssaye, Souvenirs de jeunesse)
Veste
Larchey, 1865 : « Je crois que le filou qui compterait trop sur cette robe ne remporterait qu’une veste. Vous savez que veste est synonyme d’insuccès. »
(H. Monnier)
Delvau, 1866 : s. f. Échec honteux, Waterloo de la vie bourgeoise ou littéraire auquel on ne s’attendait pas, — dans l’argot des gens de lettres et des comédiens.
M. Joachim Duflot fait dater cette expression de la pièce des Étoiles, jouée au Vaudeville, dans laquelle l’acteur Lagrange, en berger, faisait asseoir mademoiselle Cico sur sa veste pour préserver cette aimable nymphe de la rosée du soir, ce qui faisait rire le public et forçait le berger à reprendre sa veste. Mais il y a une autre origine : c’est la Promise, opéra-comique de Clapisson, dans lequel Meillet chantait au 1er acte, un air (l’air de la veste) peu goûté du public ; d’où cette expression attribuée à Gil-Pérez le soir de la première représentation : Meillet a remporté sa veste.
Ramasser ou remporter une veste. Échouer dans une entreprise, petite ou grande. — Se faire siffler en chantant faux ou en jouant mal. — Écrire un mauvais article ou un livre ridicule. On dit aussi Remporter son armoire, depuis le 13 septembre 1865, jour de la première représentation à la salle Hertz des prétendus phénomènes spirites des frères Davenport.
Rigaud, 1881 : Le contraire de la réussite, — dans le jargon des acteurs. — Remporter sa veste, ne pas réussir.
Virmaître, 1894 : Remporter une veste. Avoir compté sur un succès et faire un four complet. Se dit d’une pièce mal accueillie au théâtre, d’une opération ratée, en un mot de tout insuccès (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Une chose qui ne réussit pas est une veste. Une mauvaise pièce de théâtre est une veste. L’artiste lyrique qui quitte la scène sans succès a remporte une veste. Le pêcheur qui n’a pas pris de poisson remporte une veste.
France, 1907 : Échec. Remporter une veste, éprouver un échec. Cette expression tire son origine d’une pièce en trois actes, Les Étoiles, jouée au Vaudeville vers 1855.
Au troisième acte de cette pièce, le dialogue suivant s’établit entre l’étoile du Berger (acteur Lagrange) et l’étoile de Vénus (actrice Cico) :
Le Berger. — La nuit est sombre, l’heure propice, viens t’asseoir sur ce tertre de gazon.
Vénus. — L’herbe est humide des larmes de la rosée.
Le Berger. — Assieds-toi sur ma veste.
À ce mot, la salle, déjà mal préparée par les deux premiers actes, éclata d’un rire moqueur auquel se joignirent les sifflets. La pièce s’arrêta là, le public ayant demandé de baisser le rideau, Lagrange dut ramasser sa veste jetée sur le tertre, saluer et se retirer tout confus. La même scène s’étant renouvelée aux représentations suivantes et toujours au même endroit, donna lieu au dicton.
(Courrier de Vaugelas)
Mais il y a une autre origine : c’est la Promise, opéra-comique de Clapisson, dans lequel Meillet chantait, au premier acte, un air (l’air de la veste) peu goûté du public ; d’où cette expression attribuée à Gil-Pérez le soir de la première représentation : Meillet a remporté sa veste.
On dit aussi, dans le même sens, décrocher une veste.
Enfin, tous les ans, à la même heure, il est d’usage d’ouvrir l’armoire aux guenilles dans les deux théâtres subventionnés, d’en décrocher une veste et de la battre pendant une soirée devant les vieilles perruques de l’orchestre.
(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais Jeune homme à sa Nini)
Vésuvienne
Delvau, 1866 : s. f. Femme galante. L’expression date de 1848, et elle n’a pas survécu à la République qui l’avait vue naître. Les Vésuviennes ont défilé devant le Gouvernement Provisoire ; mais elles n’auraient pas défilé devant l’Histoire si un chansonnier de l’époque, Albert Montémont, ne les eût chantées sur son petit turlututu gaillard :
Je suis Vésuvienne,
À moi le pompon !
Que chacun me vienne
Friper le jupon ?
France, 1907 : Sobriquet donné aux membres d’un club féminin qui se forma en 1848, appellation que justifiait la pétulance de ces dames et demoiselles et l’ardeur de leur feu pour la nouvelle république. Ces excentriques personnes devaient être âgées de 15 à 30 ans. Le 26 mars 1848, Le bataillon des vésuviennes, drapeau tricolore en tête, se rendit à l’Hôtel de Ville pour y solliciter la protection du gouvernement provisoire. Ce fut Lamartine qui les reçut. Le porte-parole de la bande l’apostropha en ces termes :
Citoyen, les vésuviennes out tenu à t’exprimer toute l’admiration que tu leur inspires. Au nom de toutes nos sœurs, nous avons mission de t’embrasser !
Lamartine frémit. Il ne se sentait nulle attraction pour ces viragos en dépit de leur costume qui participait de celui de la cantinière et de la danseuse de corde ; mais il se tira habilement de la corvée dont on le menaçait :
Citoyennes, s’écria-t-il, merci des sentiments que vous me témoignez ! mais laissez-moi vous le dire : des patriotes telles que vous ne sont pas des femmes : elles sont des hommes. Entre hommes, on ne s’embrasse pas, on se tend la main…
Elles finirent, dit-on, toutes ou presque toutes à la Closerie des Lilas. C’est ce qu’elles avaient à faire de mieux. Elles furent chantonnées dans des couplets moqueurs :
Je suis vésuvienne,
À moi le pompon ;
Que chacun me vienne
Friper le jupon !
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