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Déboulonner

Rigaud, 1881 : Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.

Rigaud, 1881 : Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d’un ouvrage.

Éteignoir

Delvau, 1864 : La nature de la femme, où vient en effet s’éteindre, en fondant, la chandelle de l’homme.

La chandelle était trop petite,
Ou l’éteignoir était trop grand.

(Émile Debraux)

Nous allâmes rire chez moi de cette tragi-comédie et éteindre dans nos voluptueux ébats, les feux dont ce spectacle lascif venait de nous embraser.

(Félicia)

Il avait éteint sa chandelle par deux fois.

(Noël du Fail)

Larchey, 1865 : Nez aussi gros qu’un éteignoir.

Ah ! Quel nez ! Rien que de l’apercevoir, On s’dit : Dieu ! quel éteignoir !

(Guinod 1839)

V. Piston.

Larchey, 1865 : Personne assez maussade pour éteindre la gaîté de ses voisins.

Rigaud, 1881 : Préfecture de police ; Palais de Justice ; double allusion aux tours de la Conciergerie terminées en forme d’éteignoir, et à la situation de l’accusé qui est éteint, qui est enlevé à la clarté du jour.

Virmaître, 1894 : Cafard qui éteint l’intelligence des enfants qu’il est chargé d’instruire. Éteignoir : individu morose qui éteint toute gaieté dans une réunion. Éteignoir : nez monumental.
— Dérange donc ton nez que je voie la tour Eiffel (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Nez.

France, 1907 : Large et grand nez.

France, 1907 : Préfecture de police.

Frapper au monument

France, 1907 : Mourir.

Horizontale

Fustier, 1889 : Femme galante. Il y a plusieurs sortes d’horizontales. D’abord l’horizontale de haute marque, celle dont certains journaux narrent les faits et gestes et qui fait partie du Tout-Paris où l’on s’amuse ; puis, l’horizontale de moyenne marque, moins haut cotée sur le turf de la galanterie ; enfin l’horizontale de petite marque qui n’a pas su réussir comme ses sœurs.
Le mot horizontale a été bien accueilli et s’est aujourd’hui répandu un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d’après l’auteur même de Denise, les horizontales virent le jour.

Depuis longtemps le baron de Vaux (un rédacteur du Gil Blas) qualifiait du doux nom de tendresse les marchandes de sourire. Il disait « une tendresse » comme on dit un steamer, par abréviation.
Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un vocable qui pût détrôner la tendresse. Le Voyage autour de ma chambre, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à la position horizontale. J’ai pris le mot de X. de Maistre pour l’appliquer à celles qui sont de son avis. L’horizontale fit fortune. Le baron de Vaux lui servit de parrain… Je n’en ai pas moins le droit de revendiquer ce mot dans l’intérêt des glossateurs…

Cette explication n’a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d’aucuns veulent que ce mot horizontale soit une réminiscence de ce passage des Reisebilder où Henri Heine parle de la femme qui enseigne à Rauschenwasser la philosophie horizontale. Un abonné de La République française fait remonter jusqu’à Casanova l’emploi de ce mot horizontale dans l’acception spéciale qu’il a ici. Je trouve, en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note suivante : « On a discuté ces jours derniers la paternité du mot horizontale qui désigne les vieilles et jeunes personnes d’accès facile. On ne s’est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher si le mot tant revendiqué n’appartient pas de prime-abord à l’un de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux fois des horizontales. V. à ce sujet l’édition italienne de Périno, à Rome. »

Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales de la grande marque…

(Illustration, juin 1883)

D’horizontale est dérivé horizontalisme, désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales et aussi l’ensemble de ce monde spécial.

Le vrai monde ma foi, tout ce qu’il y a de plus pschutt… et aussi tout le haut horizontalisme…

(Figaro, juillet 1884)

La Rue, 1894 : Fille galante. V. Biche.

France, 1907 : Qualification inventée par Aurélien Scholl pour désigner les marchandes d’amour d’une certaine catégorie, celles qui vendent cher ce que d’autres plus humbles donnent pour presque rien.

Horizontale plaît aux gens de goût ; horizontale n’évoque des images gracieuses et séduisantes ; horizontale a du chic, de la ligne, et nous ouvre des horizons d’un parallélisme tout à fait aimable.
Mais en pareils sujets rien ne dure et les bons esprits ont toujours dû se torturer à l’extrême pour étiqueter, au gré de la mode, les ravissantes personnes qui veulent bien livrer ce qu’elles ont de plus cher à l’indiscrète volupté de contemporains.
Du plus loin qu’il me souvienne (je ne veux pas remonter au delà, histoire d’éviter de faire de l’histoire), celles que l’Académie qualifie de grenouilles, que Sarcey traite de Babyloniennes et que Bourget considère comme autant de dévoyées furent appelées cocottes.
La fortune de ce mot fut telle qu’il est encore employé dans certaines provinces de l’Ouest.
Belle-petite n’obtint qu’un succès de mésestime ; tendresse se fit apprécier pendant quelques mois seulement et mouquette passa.
De piquants sobriquets d’agenouillées et de pneumatiques avaient le tort d’être un jeu spéciaux.
Divers qualificatifs : momentanées, éphémères, impures, hétaires modernes, tours-de-lac, spongieuses, égarées, n’eurent qu’une notoriété éphémère.
Je ne signalerai que pour mémoire certaines définitions peu courtoises : filles du désert, porte-carres, monte-charge, déraillés, déraillés, paillassons, etc., etc. que, seuls, les gens sans éducation se permirent d’infliger à la courtisane parisienne.

(Maxime Boucheron, Écho de Paris, 1881)

Recherches et fouilles faites, je crois pouvoir affirmer que le mot n’est pas nouveau et que ce n’est, en somme, que du neuf retapé.
Je lis, en effet, dans la Petite Encyclopédie bouffonne, publiée par Passard en l’an de grâce 1853, le dialogue que voici :

Dans un boudoir de Bréda-Street, en attendant Mondor.
Ophélia, rêveuse. — La terre est ronde.
Héloise, idem. — C’est donc pour cela qu’il est si difficile de s’y tenir en équilibre ?
Ophélia. — Et d’y gagner sa vie autrement que penchée d’un côté ou d’un autre…
Héloise. — Le bureaucrate obliquement en avant…
Ophélia. — Le laquais de tilbury obliquement en arrière…
Héloise. — Le fantassin verticalement au port d’armes…
Ensemble. — Et nous ?…
— Serait-ce horizontalement ? fit observer Mondor en entrouvrant la porte…
 

On voit aux horizontales
Et même aux femmes comme il faut,
Des croupières monumentales…
Par ce temps-ci, ça doit t’nir chaud.

(Victor Meusy)

Mail-coach

France, 1907 : Voiture attelée à quatre chevaux de piste à grandes guides. Anglicisme.

Les sonneurs du temps n’ayant pas de mail-coachs pour y accrocher ces monuments encombrants, on se préoccupa de les réduire et c’est vers le XVe siècle qu’on eut l’idée de replier les tubes les uns sur les autres de manière à diminuer le volume sans atténuer le son. Les cors d’harmonie, trompettes et clairons étaient nés.

(Jean Frollo)

Et les fouets claquent et les cris redoublent, et s’en vont roulant les berlines et mail-coachs, les coucous, les voitures de déménagement, les omnibus hors d’usage, tout cela sonnant la ferraille et les grelots…

(F. Laffon, Le Monde des courses)

Mince

d’Hautel, 1808 : Des minces. On appeloit ainsi vulgairement le papier monnoie, connu sous le nom d’assignats, quand il étoit en émission ; c’est maintenant le nom que le peuple donne aux billets de banque.
Mince comme la langue d’un chat. Se dit par mépris d’une chose peu épaisse, qui n’a de valeur qu’autant qu’il y a beaucoup de matière.
Il est assez mince. Pour dire, il n’est pas trop à son aise.
Avoir l’esprit mince. Pour avoir peu d’esprit, être borné.

Ansiaume, 1821 : Papier.

Pour chomir les bocaux, il faut appliquer du mince bien plaqué pour ne pas attirer la raille.

Vidocq, 1837 : s. m. — Papier à lettre.

Larchey, 1865 : Papier à lettres (Vidocq). — Allusion d’épaisseur.

Delvau, 1866 : s. m. De peu de valeur, morale ou physique, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des gens et des choses. Mince alors !

Delvau, 1866 : s. m. Papier à lettres, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Papier à lettres, billet de banque, papier. — Le mot mince pour désigner papier date de la création des assignats.

Boutmy, 1883 : adj. Pris adverbialement Beaucoup, sans doute par antiphrase. Il a mince la barbe, il est complètement ivre. Commun à plusieurs argots.

La Rue, 1894 : Papier. Billet de banque. Mince ! Beaucoup, très.

Virmaître, 1894 : Rien. Mais, dans le peuple, cette expression sert à manifester l’étonnement.
— Ah ! mince alors, elle en a une nichée dans la paillasse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Ce mot sert à marquer l’étonnement, et signifie beaucoup.

Vois ce que j’ai pris de poisson ! Mince alors. — Le patron offre à dîner : mince ce que nous allons nous les caler.

France, 1907 : Beaucoup. Mince de chic ! Mince de potin ! Mince de colle ! Mince de rigolade ! Mince de pelle !

Depuis qu’nous somme on république,
On fourr’ ces mots un peu partout.
Nos gouvernants sont ironiques,
Ils la connaiss’nt pour s’fout’ de nous,
Sur les monuments, les écoles,
Les mairies, on voit ces trois mots,
Comm’ si qu’c’était vrai. Minc’ de colle !
C’qu’on te gourr’, mon vieux populo !

(Le Père Peinard)

Je r’viens d’un’ noce aux Batignolles,
Minc’ de rigolade ! Ah ! chaleur !
Les invités avaient des fioles
À fair’ pâmer un saul’ pleureurs 
Y avait d’quoi rir’ comm’ un’ baleine
En voyant parents et mariés.

(Jeanne Bloch)

France, 1907 : Papier à lettres ; argot des voleurs.

Monument

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers.

Ne pas se fier à femme morte

France, 1907 : Cette singulière devise est traduite du latin : Mulieri ne credas, ne mortuæ quidem. « Ne te fie pas aux femmes, même aux mortes », laquelle devise vient du grec. Le grammairien Diogénien l’explique par l’aventure arrivée à un jeune homme qui, étant allé visiter le tombeau de sa marâtre, fut écrasé par la chute d’une colonne élevée sur le monument.
Les Anglais ont le même proverbe irrévérencieux pour le sexe : Seldom lies the devil dead in a woman’s ditch. « Rarement le diable reste enterré dans la fosse d’une femme. »

Œuvre

d’Hautel, 1808 : Reprendre quelqu’un en sous œuvre. Tendre un nouveau piège à une personne que l’on n’a pas réussi à tromper du premier abord.
C’est l’œuvre de Notre-Dame, qui ne finit jamais. Se dit par raillerie d’un ouvrage dont on ne voit pas la fin, parce que, dit-on, il y a quelque chose qui n’a pas été achevé dans ce monument religieux.
Il ne fait œuvre de ses dix doigts. Se dit d’un fainéant, d’un paresseux, qui reste toute la journée à ne rien faire.
À l’œuvre on connoît l’ouvrier. Pour dire, qu’on ne peut juger d’un ouvrier que quand on l’a employé.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien.

Qu’autant de fois que la fillette,
Commettrait l’œuvre de la chair.

(Cabinet satyrique)

Or, les œuvres de mariage
Étant un bien, comme savez.

(La Fontaine)

Ces mécréants, au grand œuvre attachés,
N’écoutaient rien, sur leurs nonnains juchés.

(Voltaire)

Palais du four

Delvau, 1866 : s. m. Monument élevé par Charles Monselet, dans le Figaro, en l’honneur des victimes malheureuses de la littérature et de l’art, des artistes et des gens de lettres qui, en croyant faire une œuvre digne d’admiration, n’ont fait qu’une œuvre digne de risée.

Pétroler

Rigaud, 1881 : Incendier les maisons et les monuments publics au moyen du pétrole comme sous la Commune.

Pigeon

d’Hautel, 1808 : Un niais, un sot, un homme simple et crédule, que les fripons attirent dans un piège pour le duper ; l’escroquer.
Plumer le pigeon. Filouter, duper, tromper un homme simple et naturel.
Il ne faut pas laisser de semer, par la crainte des pigeons. Signifie qu’il ne faut abandonner une affaire, pour quelque léger inconvénient qu’on y rencontre ; ni se laisser décourager par les clameurs des sots et des ignorans.

Clémens, 1840 : Facile à gagner au jeu.

Delvau, 1864 : Jeune homme innocent, ou vieillard crédule, dont les filles se moquent volontiers, prenant son argent et ne lui laissant pas prendre leur cul, et le renvoyant, plumé a vif, au colombier paternel ou conjugal.

Près de là je vois un pigeon,
Qui se tenait droit comme un jonc,
Le nez au vent et l’âme en peine,
Il regardait d’un air vainqueur,
Ma nymphe qu’avait mal au cœur :
Pour un cœur vierge, quelle aubaine !

(Ant. Watripon)

J’lui dit : Ma fille, allons, n’fais pas d’ manière. Et j’ la conduit moi-même au pigeonnier.

(Chanson nouvelle)

J’ai ma colombe.
— Moi, je tiens mon pigeon.

(les Bohémiens de Paris)

Delvau, 1866 : s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite, — dans l’argot des vaudevillistes.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour. Avoir son pigeon. Avoir fait un amant, — dans l’argot des petites dames. Plumer un pigeon. Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l’honnêteté des hommes et à celle des femmes. On dit aussi Pigeonneau. Le mot est vieux, — comme le vice. Sarrazin (Testament d’une fille d’amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue :

…De mes pigeonneaux
Conduisant l’inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.

Rigaud, 1881 : Avance sur un livre, sur une pièce de théâtre, — dans le jargon des libraires.

La Rue, 1894 : Dupe. Acompte. Pigeon voyageur, prostituée exploitant les trains de banlieue.

Virmaître, 1894 : Homme facile à plumer. Plumer un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
— Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcôve (Argot des filles).

France, 1907 :

Qui veut tenir nette sa maison
N’y mette prêtre ni pigeon.

(Vieux dicton)

France, 1907 : Dupe, simple, naïf, facile à attraper. Élever des pigeons, engager des dupes à jouer pour les tricher et leur vider les poches.

Il est malheureusement avéré qu’une partie de la population des grandes villes sert de pâture a l’autre, mais il faut avouer aussi que l’étourderie et la distraction de certains pigeons font la partie trop belle aux exploiteurs.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Au salon — quelques bambins absorbés par l’innocent jeu de « pigeon vole », les yeux fixés sur la jeune fille qui parle :
— Hanneton vole !
Une douzaine de petits doigts montrent le plafond.
— Mon oncle Charles vole !
Personne ne bouge.
— Tout le monde un gage, dit Bébé.
Récriminations sur toute la ligne ; intervention de l’oncle Charles qui demande une explication.
— Mais oui, que tu voles, faut l’espiègle, parce que petite mère a dit que pour te faire plumer comme ça tous les jours à la Bourse, il fallait que tu sois un fameux pigeon.

(Aladin, Germinal)

France, 1907 : Part des recettes dues à un auteur par un directeur de théâtre ou acompte que reçoit l’auteur sur une pièce à l’étude.

Pion

d’Hautel, 1808 : Damer le pion à quelqu’un. Lui jouer quelque mauvais tour, le supplanter dans une affaire ; l’emporter sur lui avec une supériorité marquée, le contraindre à céder ; le forcer à s’avouer vaincu.

Halbert, 1849 : Ivre.

Delvau, 1866 : s. m. Maître d’études, — dans l’argot des collégiens, qui le font marcher raide, cet âge étant sans pitié.

Rigaud, 1881 : Ivre ; de pier, boire. Être pion, être gris.

Rigaud, 1881 : Maître d’étude. Le souffre-douleur d’un collège, d’un pensionnat. La plupartdu temps, c’est un pauvre diable de bacho qui pioche un examen en faisant la classe, en menant les élèves à la promenade, en allant les conduire au lycée.

Quelle est l’étymologie du mot pion ? Un collégien nous fait savoir que généralement on le considère comme un diminutif d’espion

(Albanès, Mystères du collège)

La Rue, 1894 : Maître d’études. Être pion, être ivre.

France, 1907 : Ivre ; argot des voleurs, du vieux français pier, boire.

France, 1907 : Maitre d’étude, surveillant.
Nombre de célébrités littéraires ont débuté dans la vie par le métier ingrat de pion. Qu’il suffise de citer Alphonse Daudet, Jules Vallés, Pierre Larousse. Edmond About trace le portrait suivant de ce dernier, pion chez Jauffret, vers 1847 :

J’ai connu des maîtres d’étude bien méritants, un entre autres qui avait pris du service chez mon cher et vénéré chef d’institution, M. Jauffret. C’était un petit homme trapu, à barbe fauve, aux yeux pétillants, un piocheur renfermé, ténébreux, fortement soupçonné de couver des idées subversives. Il en avait au moins une, subversive ou non, et il la mena à bonne fin, sans autre ressource qu’une volonté de fer. Ce pion rêvait de publier un dictionnaire comme on n’en avait vu, une encyclopédie populaire, et on n’en a pas eu le démenti. Il a laissé non seulement une fortune, mais une œuvre. Exegit monumentum.

 

Ces Parisiens me semblent éreintés, malingres, gringalets. Tout cela, faute d’exercices physiques, manque de liberté. On voit de grands collégiens barbus s’en aller en promenade deux par deux, conduits par un maître qu’ils appellent le pion. De grandes filles de vingt ans n’osent sortir sans être accompagnées de leur mère ou de leur servante. C’est à crever de rire ! Quelle différence avec la liberté dont on jouit dans la grande Amérique !

(Hector France, Les Mystères du monde)

Ce qui fait la force de l’enseignement des jésuites, c’est qu’ils n’ont pas de pions. Ceux d’entre eux qui sont chargés de la surveillance des élèves ne sont certes pas les égaux des professeurs intellectuellement parlant, mais ils sont leurs égaux et dans la congrégation et aux yeux du monde.
Il faut que l’enfant ne méprise plus le pion, il faut qu’il l’aime et le respecte.

(Alex. Tisserand, Voltaire)

Vivent les vacances
Denique tandem !
Et les pénitences
Habebunt finem.
Les pions intraitables
Vultu barbaro
S’en iront au diable
Gaudio nostro !

(Vieille chanson de collège)

Par extension, l’on donne le nom de pion aux professeurs et aux normaliens.

Les héros de Mürger nous avaient précédés d’une dizaine d’années dans la vie. Ils exerçaient encore une certaine fascination sur la génération à laquelle j’ai appartenu, car dès mes premiers pas dans le journalisme, je n’eus pas à me louer d’être tombé à bras raccourcis sur la bohème et les attardés qui la chantaient encore.
Une même révolution a emporté et les bohèmes de Mürger, et les pions de l’École. Pions ! c’était le sobriquet dont on nous affublait. Je ne connais pas beaucoup les cénacles de 1897 ; je sais seulement qu’ils ne sont pas tendres pour les Rodolphe, les Millet et les Schaunard et autres habitués du café Momus à qui ils ne ressemblent guère.
J’imagine que nos jeunes universitaires ne doivent pas avoir meilleure idée de nous, qui, au sortir de l’École, bornions nos ambitions à vieillir honorablement dans le professorat, et qui n’avions que deux soucis au monde : piocher ferme et rire dru. C’est l’Université, elle-même, qui nous a poussés dehors, par les épaules, et ne nous a laissé d’autre ressource que la célébrité.

(Francisque Sarcey)

Pognon

M.D., 1844 : De l’argent.

Delvau, 1866 : s. m. Argent, monnaie qu’on remue à poignée, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Argent de poche. — Pognon secret, économies, argent, caché, argent mignon.

La Rue, 1894 : Argent.

Virmaître, 1894 : Argent, monnaie. Allusion à l’argent mis à même la poche et que l’on prend à poignée. Une poignée d’argent ; de là, pognon (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent ; pour poignon, argot des faubouriens.

— Tu te figures que je l’aime ? Ça ne serait pas à faire, par exemple ! Seulement, je le ménage, rapport au pognon. Si tu me voyais… je suis gentille tout plein.

(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)

Égalité, c’est beau à dire,
C’est mêm’ beau sur les monuments.
Tous égaux. Hé ! y a rien à r’dire,
Il est chouett’ not’ gouvernement.
D’vant la loi faut qu’tout l’mond’ s’incline,
Seul’ment v’là, ceux qu’a du pognon
Y s’tir’ d’affair’ ! L’pauvr’ qui turbine,
C’est lui qui garnit les prisons.

(Le Père Peinard)


Argot classique, le livreTelegram

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