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Aller d’attaque (y)

Delvau, 1864 : Baiser avec énergie, sur l’herbe ou sur une chaise, sous le ciel du lit ou sous le ciel de Dieu, sans se préoccuper des passants et des enfants.

La limace… là, bien blanche, avec ses creux et ses montagnes, ça m’met sens sus d’sous… Allons-y d’attaque !

(Lemercier de Neuville)

Anglais (avoir ses)

Delvau, 1864 : Avoir ses menstrues, à cause de la couleur rouge de cet écoulement, qui est aussi la couleur de l’uniforme anglais.

Puis de son corps couvrant ma mère,
Dans le sang des Anglais baigné,
Que de coups a tirés mon père
Dans la montagne où je suis né.

(Chanson anonyme moderne)

Delvau, 1866 : Avoir ses menses, — dans l’argot des filles, qui font ainsi allusion à la couleur de l’uniforme des soldats d’Albion. Elles disent aussi : Les Anglais ont débarqué.

Arbi, arbico

France, 1907 : Arabe et, par extension, ancien soldat d’Afrique.

C’était des turcos, ses hommes, un bataillon de grands arbis dégingandés, troupiers finis, ivrognes et chapardeurs, tous vieux soldats, beaucoup avec des brisques rouges sur leurs vestes bleu de ciel.

(Paul Bonnetain, En Campagne)

Chasseurs, la tribu est rasée,
Les arbis sont pincés ;
Pinçons les dératés
Qui voudraient nous escoffier.

Élégant chasseur,
Monte avec ardeur
Au haut de la montagne ;
Le Bédouin est là,
Il t’ajustera,
Mais il te ratera.

(Chanson d’Afrique)

Calicot

Larchey, 1865 : Commis marchand. Mot à mot : vendeur de calicot.

Triple escadron ! le calicot s’insurrectionne.

(P. Borel, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Commis d’un magasin de nouveautés, — dans l’argot du peuple. Le mot date de la Restauration, de l’époque où les messieurs de l’aune et du rayon portaient des éperons partout, aux talons, au menton et dans les yeux, et où ils étaient si ridicules enfin avec leurs allures militaires, qu’on éprouva le besoin de les mettre au théâtre pour les corriger.

France, 1907 : Commis de nouveauté. Cette qualification fut donnée, vers 1816, aux commis marchands de Paris, qui se faisaient remarquer par leur tenue militaire et leurs prétentions. Il parait, en effet, qu’ils portaient des éperons, des bottes à l’écuyère et qu’ils se rendaient de cette façon si ridicules que, dans un vaudeville, Le Combat des montagnes, ils furent mis en scène sous un personnage grotesque, appelé Calicot. Les commis eux-mêmes ont adopté gaiment ce surnom.

Une troupe de calicots
Va pêcher sous le pont d’Asnière ;
Les femmes — robes printanières —
Se parent de coquelicots.
Avec des boîtes d’asticots
Qu’ils portent à leur boutonnières,
Une troupe de calicot
Va pêcher sous le pont d’Asnière.

Eux, poussent des coquericos —
Qu’elles imitent — garçonnières,
Et que répètent, moutonnières,
Des voix répondant en échos…
Une troupe de calicots
Va pêcher sous le pont d’Asnières.

(Jean Ajalbert)

Côté cour, côté jardin

Rigaud, 1881 : Côté cour, les coulisses à la droite du spectateur, côté jardin, les coulisses de gauche.

Autrefois, et jusqu’à Louis XVIII, on désignait ces mêmes côtés par les noms de côté de la Reine et côté du Roi. Le duc d’Angoulême, traversant la scène pour se rendre à sa loge, entendit un ordre que donnait, à ses hommes d’équipe, le chef machiniste : Chargez le Roi, disait celui-ci : Appuyez sur la Reine. Le lendemain, sur l’ordre du duc, on baptisa côté cour le côté qui donnait sur la cour des Tuileries et côté jardin celui qui donnait sur le jardin.

(E. Montagne, Le Manteau d’Arlequin)

France, 1907 : Coulisses de droite et coulisses de gauche, c’est-à-dire le côté droit et le côté gauche de la scène.

Es

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Escroc, proprement dit, est une des nombreuses variétés de la grande famille des chevaliers d’industrie, Faiseurs et autres. Son nom même devrait être donné à ces derniers ; car, quelle que soit la manière dont ils procèdent ; le seul nom qui convienne à leurs exploits est celui d’escroquerie. Au reste, la catégorie des Escrocs est la plus nombreuse de toutes. Ce serait une entreprise difficile, pour ne pas dire, impossible, que d’énumérer les diverses manières de commettre le délit prévu par l’article 405 du Code Pénal ; les débats révèlent tous les jours de nouvelles ruses aux bénévoles habitués des tribunaux correctionnels. Mais les plus coupables ne sont pas ceux que frappe le glaive de Thémis ; aussi je ne les cite que pour mémoire ; je veux seulement m’occuper des grands hommes. La prison n’est pas faite pour ces derniers, ils se moquent des juges, et ne craignent pas le procureur du roi ; tous leurs actes cependant sont de véritables escroqueries. Quel nom, en effet, donner à ces directeurs de compagnie en commandite et par actions, dont la caisse, semblable à celle de Robert Macaire, est toujours ouverte pour recevoir les fonds des nouveaux actionnaires, et toujours fermée lorsqu’il s’agit de payer les dividendes échus ? Quel nom donner à ces fondateurs de journaux à bon marché, politiques, littéraires, ou des connaissances inutiles, qui promettent au public ce qu’ils ne pourront jamais donner, si ce n’est celui d’Escroc ? Nommera-t-on autrement la plupart des directeurs d’agences d’affaires, de mariages, déplacement ou d’enterrement ? oui, d’enterrement, il ne faut pas que cela vous étonne.
Je viens de dire que la qualification d’Escroc devait être donnée à ces divers individus ; il me reste maintenant à justifier cette allégation. Cela ne sera pas difficile.
Vous voulez, pour des raisons à vous connues, vendre ou louer, soit votre maison des champs, soit votre maison de ville ; vous avez, par la voie des Petites-Affiches, fait connaître vos intentions au public, et vous attendez qu’il se présente un acquéreur ou un locataire. Vous attendez vainement. Mais, s’il ne se présente ni acquéreur ni locataire, tous les matins votre portier vous remet une liasse de circulaires par lesquelles Messieurs tels ou tels vous annoncent qu’ils ont lu ce que vous avez fait insérer dans les Petites-Affiches, qu’ils croient avoir sous la main ce qui vous convient, et qu’ils terminent en vous priant de passer chez eux le plus tôt qu’il vous sera possible.
Vous vous déterminez enfin à voir un de ces officieux entremetteurs, et vous vous rendez chez lui. L’aspect de son domicile vous prévient d’abord en sa faveur. Avant d’être introduit dans son cabinet, on vous a fait traverser des bureaux dans lesquels vous avez remarqué plusieurs jeunes gens qui paraissaient très-occupés, et vous avez attendu quelques instans dans un salon élégamment meublé ; dans le cabinet de l’agent d’affaires, vous avez remarqué des gravures avant la lettre, des bronzes de Ravrio, des tapis ; aussi vous l’avez chargé de vendre ou de louer votre propriété, et vous lui avez remis sans hésiter un instant la somme plus ou moins forte qu’il vous a demandée, et qui est, à ce qu’il dit, destinée à le couvrir des premiers frais qu’il faudra qu’il fasse. Il vous a remis en échange de votre argent une quittance ainsi conçue :
« Monsieur *** a chargé Monsieur ***, agent d’affaires à Paris, de vendre ou de louer sa propriété, sise à ***, moyennant une somme de *** pour % du prix de la vente ou location, si elle est faite par les soins du sieur *** ; dans le cas contraire, il ne lui sera alloué qu’une somme de ***, pour l’indemniser de ses frais de démarches, publications et autres, dont il a déjà reçu la moitié ; l’autre moitié ne sera exigible que lorsque la propriété du sieur *** sera louée ou vendue. Fait double, etc., etc. »
Comme il est facile de le voir, l’adroit agent d’affaires a reçu votre argent et ne s’est engagé à rien, et vous ne pouvez plus vendre ou louer votre propriété sans devenir son débiteur. Un individu, nommé G…, qui demeure rue Neuve-Saint-Eustache, exerce à Paris, depuis plusieurs années, le métier dont je viens de dévoiler les ruses. Il a bien en quelques petits démêlés avec dame Justice, mais il en est toujours sorti avec les honneurs de la guerre, et il n’y a pas long-temps que, voulant vendre une de mes propriétés, il m’a adressé une de ses circulaires, en m’invitant à lui accorder le confiance dont il était digne.
L’agent d’affaires qui s’occupe de la vente des propriétés de ville et de campagne, fonds de commerce, etc., etc., n’est qu’un petit garçon comparativement à celui qui s’occupe de mariages. Le créateur de cette industrie nouvelle, feu M. Villiaume, aurait marié, je veux bien le croire, le doge de Venise avec la mer Adriatique, mais ses successeurs, quoique disent les pompeuses annonces qui couvrent la quatrième page des grands et petits journaux, ne font luire nulle part le flambeau de l’hyménée, ce qui ne les empêche pas de faire payer très-cher à ceux qui viennent les trouver alléchés par l’espoir d’épouser une jeune fille ou une jeune veuve dotée de quelques centaines de mille francs, le stérile honneur de figurer sur leurs cartons.
Ceux des individus dont je viens de parler, qui ne dépensent pas follement ou ne jouent pas l’argent qu’ils escroquent ainsi, acquièrent en peu de temps une brillante fortune, achettent des propriétés, deviennent capitaines de la milice citoyenne, chevaliers de la Légion-d’Honneur, électeurs, jurés, et condamnent impitoyablement tous ceux qui comparaissent devant eux. (Voir Suce-larbin.).
Les Escrocs auvergnats se sont à eux-mêmes donné le nom de Briseurs. Les Briseurs donc, puisqu’il faut les appeler par leur nom ; se donnent tous la qualité de marchands ambulans. Ils n’ont point de domicile fixe. Ils font passer à leur femme, qui réside en Auvergne, le fruit de leurs rapines, et celle-ci achette des biens que, dans tous les cas, les Briseurs conservent ; car, il faut remarquer qu’ils sont presque tous mariés sous le régime dotal, ou séparés de biens.
Lorsque les Briseurs : ont jeté leur dévolu sur un marchand, le plus intelligent, ou plutôt le plus hardi d’entr’eux, s’y présente, choisit les marchandises qui lui conviennent, achette et paie. Quelques jours après, il adresse au marchand son frère ou son cousin, qui se conduit de même. Cela fait, le premier revient, achette encore, paie une partie comptant, et, pour le surplus, laisse un petit billet à trois ou quatre mois de date. Mais quinze ou vingt jours sont à peine écoulés, qu’on le voit revenir, il demande si l’on a encore le billet, le reprend et ne demande qu’un léger escompte qu’on s’empresse de lui accorder.
Ce manège dure quelques mois, et si les Briseurs jugent le marchand bon, ils ne se lassent pas de le nourrir, ils lui amènent des parens, des amis, les crédits se montent, et, tout-à-coup vient la débâcle, et l’on apprend alors, mais trop tard, que l’on a été trompé.
Tous les membres d’une famille de l’Auvergne sont quelquefois Briseurs. Je puis, pour ma part, en citer sept ou huit qui portent le même nom.
Il faut remarquer que la brisure est héréditaire dans plusieurs familles de l’Auvergne. La bonne opinion que l’on a de ces enfans des montagnes facilite leurs escroqueries. Ces hommes paraissent doués d’une épaisseur et d’une bonhomie qui commande la confiance, aussi ils trouvent toujours des négocians qui se laissent prendre dans leurs filets ; cela prouve, si je ne me trompe, que personne n’est plus propre qu’une bête à tromper un homme d’esprit : ce dernier se laisse prendre plus facilement que tout autre ; car il compte sur sa supériorité et ne peut croire qu’un homme auquel il n’accorde que peu ou point de considération ait l’intention et le pouvoir de mettre sa perspicacité en défaut.
Les marchandises escroquées par les Briseurs sont, pour la plupart, achetées par des receleurs ad hoc, à 40 ou 50 pour % de perte. Au moment où j’écris, il existe à Paris plusieurs magasins garnis de marchandises brisées.
Les Briseurs changent entre eux de passeport, ce qui permet à celui qui est arrêté de prendre le nom de Pierre, lorsqu’il se nomme François, et que c’est François que l’on cherche.

Larchey, 1865 : Escroc (Vidocq). — Abréviation.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Escroc, — dans l’argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision et d’inintelligibilité avec les voleurs. Ils disent aussi Croc, par aphérèse.

Rigaud, 1881 : Escroc, — dans l’ancien argot ; le mot sert aujourd’hui à désigner un tricheur, vulgo grec.

France, 1907 : Abréviation d’escroc.

Faire son fendant

France, 1907 : Faire l’important, le rodomont, le tranche-montagne, toujours prêt à fendre les crânes suivant l’usage des Gascons. Aussi disait-on autrefois fendant de Gascogne.

Sans faire cependant le fendant de Gascogne,
Si j’eusse eu la mia spada di Catalogne,
Je croi qu’ils n’en auroient croqué que d’une dent ;
Mais elle se rompit, ô cruel accident !
Je sentis un frisson se couler dans mes veines.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Faltranck

France, 1907 : Boisson composée de vulnéraires. Germanisme ; mot à mot, boisson pour chutes.

Tout le monde connait l’usage de ces plantes qui sont un mélange des principales herbes dites vulnéraires, qu’on récolte dans le temps de leur floraison sur les montagnes de la Suisse et de l’Auvergne. Dans les faltrancks ordinaires, on emploie les feuilles et les fleurs de bugle, de pervenche, de verge d’or, de véronique, de pied-de-chat, de pied-de-lièvre, de langue-de-cerf, d’armoise, de pulmonaire, de verveine, d’aigre-moine, de petite centaurée, de menthe, etc.

(Dr A.-F. Aulagnier)

Fleur de mari

Delvau, 1866 : s. f. Ce que pleurait sur la montagne la fille de Jephté, — dans l’argot des voleurs, qui ont rarement autant de délicatesse.

Rigaud, 1881 : Virginité. Mot à mot : fleur dont on fait présent au mari.

Elle gardait sa fleur de mari, très décidée à ne la laisser prendre que pour le bon motif.

(Huysmans, les Sœurs Vatard)

France, 1907 : Ce qu’est supposée apporter en mariage la jeune sainte nitouche, ou la pensionnaire du Sacré-Cœur. Eugène Sue a joué sur cette expression en appelant Fleur-de-Marie l’étonnante et invraisemblable héroïne des Mystères de Paris. On dit également fleur de mai.

Fumer ses terres

Delvau, 1866 : Épouser, noble et pauvre, une fille de vilain, riche, — laquelle selon l’expression de Montesquieu, « est comme une espèce de fumier qui engraisse une terre montagneuse et aride ».

Delvau, 1866 : Être enterré dans sa propriété. Argot des bourgeois. Voltaire a employé cette expression.

Virmaître, 1894 : Être enterré dans sa propriété. Épouser une fille riche quand on n’a pas le sou. Déposer dans son jardin ce que l’on dépose pour trois sous dans un châlet de nécessité (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Être enterré dans sa propriété. « C’est l’usage en Corse de fumer ses terres. Se dit aussi d’un gentilhomme nécessiteux qui épouse une fille de vilain cossue. Dans un certain monde, cela s’appelle faire le maquereau. »

Gavache

Rigaud, 1881 : Auvergnat, habitant d’un pays de montagnes.

Rigaud, 1881 : Poltron.

Et moi plus qu’un enfant, capon, flasque, gavache.

(Petrus Borel, Rhapsodies, 1831)

France, 1907 : Gueux, étranger, homme lâche et sale.
C’est ainsi que dans la Gascogne et le Languedoc on désigne les descendants des colons de la Saintonge et de l’Angoumois qui, après la peste de 1524-1523, vinrent repeupler le pays. Gabacha, en espagnol, signifie fille publique.

Goddam

Delvau, 1866 : s. m. Anglais, — dans l’argot du peuple, qui a trouvé moyen de désigner toute une nation par son juron favori.

France, 1907 : Anglais. On a donné ce sobriquet aux insulaires de la Grande-Bretagne à cause du juron God dam ! abréviation de God damned ! damné Dieu ! que l’on met fort à tort dans leur bouche. Pendant un séjour de vingt-cinq ans en Angleterre, je n’ai pas entendu une seule fois ce juron.

Oui, la patrie ne doit pas bouger, elle ne doit pas sortir d’entre ses montagnes, sa mer, et elle a de quoi y être heureuse. Chaque an, elle secoue sa mante de blés mûrs, sa chevelure de vignes rousses ; la vie en tombe, et ceux qui la moissonnent et la vendangent sont ses vrais fils. Voilà pourquoi ce sentiment de la patrie, qu’on ne détruira jamais dans le peuple des campagnes et des villes, s’éteint peu à peu dans l’âme d’une partie de la « société », la plus opulente, et qu’elle n’y devient qu’une fantaisie de bon ton. Tandis que les humbles demeurent à côté de leur mère, souffrent ses peines et chantent ses joies, les riches partent, voyagent indifférents, et à force d’aller à droite, à gauche, de se mêler aux Goddem et aux Tarteifle, ils deviennent à la fin cosmopolites, ce ne sont plus que des Anglais et des Allemands.

(Georges d’Esparbès)

Goule

d’Hautel, 1808 : La goule. Pour la bouche, le palais.

Delvau, 1866 : s. f. La gorge, le gosier, — dans l’argot du peuple, qui parle latin sans le savoir (gula).

Rossignol, 1901 : Gueule (patois normand).

France, 1907 : Défilé étroit, à la tête des montagnes.

France, 1907 : Gosier ; du latin gula. Faire péter la goule, parler.

Gourer (se)

Rigaud, 1881 : Ne pas observer la couleur locale, commettre un anachronisme, — dans le jargon des comédiens.

Les actrices de mélodrame se gourent quand elles courent à travers la montagne avec de petits souliers de satin blanc. À Chartres, j’ai vu Abraham mettre le feu au bûcher avec un briquet de M. Fumade.

(Petit Dict. des coulisses)

Rossignol, 1901 : Se méfier, se tromper. Celui qui craint d’être suivi par un agent pour le surveiller, se goure.

Tu te goures, si tu crois que c’est Jules qui m’a dit cela.

France, 1907 : Se tromper.

C’est la raison pourquoi qu’je m’goure.

(Jean Richepin)

Grec

d’Hautel, 1808 : Être grec. Signifie être avare, être lâdre et chiche ; tenir de trop près à ses intérêts ; être égoïste, sans pitié pour les maux d’autrui.
C’est du grec pour lui. Se dit d’une personne ignorante, simple et bornée, pour laquelle les plus petites choses sont des montagnes.
Ce n’est pas un grand grec. Pour dire, c’est un ignorant ; un homme peu industrieux.

Vidocq, 1837 : s. m. — Les Grecs n’ont pas d’âge, il y a parmi eux de très-jeunes gens, des hommes mûrs, et des vieillards à cheveux blancs ; beaucoup d’entre eux ont été dupes avant de devenir fripons, et ceux-là sont les plus dangereux, ceux qu’il est moins facile de reconnaître, car ils ont conservé les manières et le langage des hommes du monde ; quant aux autres, quels que soient les titres qu’ils se donnent, et malgré le costume, et quelquefois les décorations dont ils se parent, il y a toujours dans leurs manières, dans leurs habitudes, quelque chose qui rappelle le baron de Vorsmpire ; souvent quelques liaisons dangereuses se glissent dans leurs discours, et quelquefois, quoiqu’ils se tiennent sur la défensive, ils emploient des expressions qui ne sont pas empruntées au vocabulaire de la bonne compagnie. Au reste, si les diagnostics propres à les faire reconnaître ne sont pas aussi faciles à saisir que ceux qui sont propres à diverses corporations de voleurs, ils n’en sont pas moins visibles, et il devient très-facile de les apercevoir si l’on veut bien suivre les Grecs dans le salon où sont placées les tables d’écarté.
Lorsqu’ils se disposent à jouer, ils choisissent d’abord la chaise la plus haute afin de dominer leur adversaire, pour, de cette manière, pouvoir travailler les cartes à leur aise ; lorsqu’ils donnent à couper, ils approchent toujours les cartes le plus près possible de la personne contre laquelle ils jouent, afin qu’elle ne remarque pas le pont qui a été fait.
Les Grecs qui travaillent avec des cartes bisautées, qu’ils savent adroitement substituer aux autres, les étendent devant eux sans affectation lorsqu’ils les relèvent ; ceux qui filent les cartes les prennent trois par trois, ou quatre par quatre, de manière cependant à ce que celles qu’ils connaissent et ne veulent pas donner à leur adversaire restent sous leur pouce jusqu’à ce qu’ils puissent ou les tourner, ou se les donner, suivant la manière dont le jeu se trouve préparé.
Ce n’est pas seulement dans les tripots que l’on rencontre des Grecs ; ces messieurs, qui ne gagneraient pas grand chose s’ils étaient forcés d’exercer leur industrie dans un cercle restreint, savent s’introduire dans toutes les réunions publiques ou particulières. Ils sont de toutes les fêtes, de tous les bals, de toutes les noces ; plusieurs ont été saisis in flagrante delicto dans des réunions très comme il faut, et cependant ils n’étaient connus ni du maître du salon dans lequel ils se trouvaient, ni d’aucuns des invités.
Les Grecs voyagent beaucoup, surtout durant la saison des eaux ; on en rencontre à Bade, à Bagnères, à Saint-Sauveur, au Mont-d’Or, ils ont, comme les francs-maçons, des signaux pour se reconnaître, et quand ils sont réunis plusieurs dans le même lieu, ils ne tardent pas à former une sainte-alliance et à s’entendre pour dévaliser tous ceux qui ne font pas partie de la ligue ; ils emploient alors toute l’industrie qu’ils possèdent, et ceux qui combattent contre eux ne tardent pas à succomber. Comment, en effet, résister à une telle réunion de capacités ? Lorsque les Grecs vous donnent des cartes, ils savent avant vous ce que vous avez dans la main ; dans le cas contraire, leur compère, qui a parié pour vous une très-petite somme, leur apprend au moyen des Serts (voir ce mot) tout ce qu’ils désirent savoir.

Delvau, 1866 : s. m. Filou, homme qui triche au jeu, — dans l’argot des ennemis des Hellènes. Le mot a une centaine d’années de bouteille.

Rigaud, 1881 : Tricheur. — Dans le jargon des cochers de fiacre, un grec est un bourgeois, un voyageur qui manque de générosité ou qui ne donne pas de pourboire. Il floue le cocher.

La Rue, 1894 : Tricheur au jeu.

France, 1907 : Filou, voleur au jeu.
Pourquoi toute une nation se trouve-t-elle apostrophée de la sorte et à quelle époque remonte l’origine du mot grec au sens filou ? Cela remonte très haut, car du temps de Plaute le Grec avait déjà piètre réputation, Græca fide mercori, dit-il dans son Asinaria, commercer comme avec des Grecs, c’est-à-dire argent comptant sans leur faire crédit. « Nous avons aussi, est-il relaté dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, dans les Epistolæ ad familiares de Cicéron (VII, 18, 1) : Græculo cautio chirographi mei, où il veut dire que sa signature valait de l’or en barre, faisant allusion à l’argent comptant qu’on exigeait des Grecs, auxquels on ne faisait jamais crédit. Voilà deux citations du IIe et du Ier siècle avant Jésus-Christ. On trouvera aussi dans Tertullien, IIIe siècle de notre ère : Revera enim quale est, græcatim depilari magis quam amiciri, qui fait voir que dans ce temps-là les Grecs plumaient déjà les oies.
Je puis ajouter que les habitants de l’île de Mytilène jouissaient d’une grande réputation pour la ruse et la finesse. On raconte que, jadis, quelques marchands juifs allaient à Mytilène, se proposant de s’y établir ; mais que, se promenant dans les bazars le matin après leur arrivée, en voyant les Mytiléniotes qui pesaient les œufs qu’ils achetaient pour voir s’ils valaient bien les quelques paras qu’ils les payaient : « Les affaires vont mal ici, dit un juif aux autres, filons. » Ils s’en allèrent, et même aujourd’hui il n’y a pas encore de juifs à Mytilène. »
Dans le Virgile travesti, Scarron dit au sujet du cheval de Troie :

Enfin donc dans la ville il entre
Le maudit Roussin au grand ventre,
Farcy de grecs dont les meilleurs
Étaient pour le moins des voleurs !

Aujourd’hui, comme l’écrivait Léon Gozlan, le grec est partout ; il y a le grec marquis, le grec de passage, le grec ancien colonel, le grec homme de lettres, le grec anglais ; il est peu probable senlement qu’il y ait des grecs grecs.

— Et ces voleurs au jeu que vous nommez des grecs, y en a-t-il beaucoup ?… Ici s’en trouve-t-il ?…
— Pas plus qu’ailleurs !… Le grec est du reste l’indispensable auxiliaire du directeur de cercle… S’il n’y avait pas de grecs dans un cercle, on en ferait venir, car sans eux la partie périrait…
— Ils doivent être connus, signalés, éconduits et évincés à la longue ?
— Bah ! on s’y fait… Les joueurs à qui l’on signale un grec vous regardent avec incrédulité et semblent vous dire : « Vous croyez ?… » Si vous insistez, ils vous demandent des preuves toujours difficiles à fournir… On vous parle de diffamation, alors vous vous taisez… Souvent même on vous prie de vous taire sur un ton qui n’admet pas de réplique… c’est que l’on craint que vous n’empêchiez la partie… que vous ne troubliez le jeu… à moins d’une très grande maladresse des grecs et philosophes qui se contentent de n’opérer qu’à des intervalles raisonnables et seulement lorsqu’il y a un coup…

(Edmond Lepelletier)

Car le grec est rapace
(J’entends grec, un filou),
C’est une triste race
Qu’on rencontre partout.

(Alfred Marquiset)

Infi

France, 1907 : Abréviation d’infirmerie, dans l’argot polytechnicien.

Il est rare qu’on ait à soigner à l’infi quelque affection grave, car l’École, située au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, est parfaitement saine ; l’hygiène et la nourriture laissent peu à désirer. Les malades que l’on y voit le plus habituellement sont ceux qui ne sont pas soignés par les sœurs. (Voir Castapiane)

(Albert Lévy et G. Pinet)

Jeanneton

Delvau, 1864 : Synonyme de Goton. Fille de la petite vertu, servante ou grisette, qui se laisse prendre volontiers le cul par les rouliers ou par les étudiants.

Partout on vous rencontre avec des Jeannetons.

(V. Hugo) (Ruy-Blas)

Larchey, 1865 : « Servante d’auberge, fille de moyenne vertu. » — 1808, d’Hautel.

Delvau, 1866 : s. f. Fille de moyenne vertu, — dans l’argot des bourgeois, qui connaissent leur La Fontaine.

Car il défend les jeannetons,
Chose très nécessaire à Rome.

France, 1907 : Paysanne, fille vulgaire et de mauvaises mœurs. Même sens que Gothon.

Sans vous brouiller avec les roses,
Évadez-vous des Jeannetons.
Enfuyez-vous de ces drôlesses,
Derrière ces bonheurs changeants
Se dressent de pâles vieillesses
Qui menacent les jeunes gens.

(Victor Hugo, La Légende des siècles)

Pourquoi ce diminutif de Jeanne est-il devenu terme méprisant ? Sans doute parce qu’il était commun dans les campagnes et porté par nombre de servantes. Une vielle bourrée limousine le rehaussait jadis :

Baissez-vous, montagnes !
Levez-vous, vallons !
M’empêchez de voir,
Ma mie Jeanneton…

Litholâtrie

France, 1907 : Culte de la pierre. On en retrouve des traces en Afrique, en Égypte, en Sibérie, en Chaldée et chez tous les sémites.

La litholâtrie était dans toute sa force, elle régnait en Europe comme en Asie, lorsque les Grecs, les Latins, les Germains et les Gaulois vinrent se fixer dans leurs nouvelles patries. L’adoration, soit directe, soit animiste, des pierres, des rochers et des montagnes était notamment répandue le long de la chaîne du Pinde, en Thessalie, en Béotie, en Épire, en Arcadie et jusqu’au Taygète et à l’Eurotas.

(André Lefèvre, La Religion)

Loupe

Larchey, 1865 : Fainéantise, flânerie.

Ma salle devient un vrai camp de la loupe.

(Decourcelle, 1836)

Louper : Flâner, rôder comme un loup errant. — Mot de la même famille que chat-parder.

Quand je vais en loupant, du côté du Palais de Justice.

(Le Gamin de Paris, ch., 1838)

Loupeur : Flâneur, rôdeur.

Que faisaient-elles au temps chaud, ces loupeuses ?

(Lynol)

Delvau, 1866 : s. f. Paresse, flânerie, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s’en est allé jusqu’en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. « Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper (coureur), loop (course), loopen (courir). L’allemand a Läufer… le danois lœber… ; enfin le suédois possède lopare… Tous ces mots doivent avoir pour racine l’anglo-saxon lleàpan (islandais llaupa), courir. »
L’ardeur philologique de l’estimable M. Francisque Michel l’a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler : soit les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s’acquérant vraiment que dans le far niente et le far niente ne s’acquérant que dans la pauvreté ; — soit les Lupanarii, où l’on ne fait rien de bon, du moins ; soit les lupilli, qu’employaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s’étend au soleil comme un lézard ; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.

Rigaud, 1881 : Bamboche, paresse, flânerie. — Bambocheur, fainéant, flâneur. — Camp de la loupe, réunion de vagabonds.

C’était, — c’est peut-être encore — une guinguette du boulevard extérieur, près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d’un côté, par un pâtissier nommé Laflème, et, de l’autre, par un marchand de vin nommé Feignant.

(A. Delvau)

La Rue, 1894 : Bamboche, flânerie, paresse. Loupeur, bambocheur, flâneur.

France, 1907 : Paresse, bamboche ; du hollandais looper, coureur. Enfants de la loupe, ouvriers bambocheurs ; bande de vagabonds.

Les Enfants de la loupe et les Filendèches habitaient de préférence l’extérieur des carrières, leurs fours à briques ou à plâtre.

(Mémoires de M. Claude)

Au coin de la rue des Montagnes, un bonhomme avait loué un terrain vague ; il avait fait planter des pieux sur lesquels il avait cloué des planches à bateaux ; il avait planté du gazon dans l’intervalle des tables, afin que les buveurs pussent cuver leur vin à l’aise ; puis, à la barrière en planches qui servait de porte, il avait barbouillé ces mots : Au Camp de la Loupe, tenu par Feignant.
Il faut croire que les loupeurs étaient nombreux, car il gagna un joli pécule.

(Charles Virmaître, Paris oublié)

Montagnard

Delvau, 1866 : s. m. Beignet au centre duquel est un peu de confitures de groseilles. L’expression date de 1848 : elle a été appliquée à cette sorte de beignet, par les Associations de cuisiniers, et n’a pas plus duré qu’elles.

Delvau, 1866 : s. m. Cheval de renfort destiné à être mis en flèche aux omnibus pour les montées difficiles.

Rigaud, 1881 : Cheval de renfort.

France, 1907 : Républicain avancé, partisan des doctrines de la Montagne.

Montagne

d’Hautel, 1808 : Les montagnes ne se rencontrent point, mais les hommes se rencontrent. Se dit par menace pour faire entendre à un homme qu’on se vengera de lui quand l’occasion s’en présentera ; ou lorsqu’on rencontre inopinément quelqu’un qu’on ne s’attendoit pas à voir.

Montagne de géant

Rigaud, 1881 : Potence, — dans l’ancien argot.

Montagnole

France, 1907 : Qui vient de la montagne.

Monter en l’air

Rossignol, 1901 : Celui qui commet le vol à l’aide d’effraction ou fausses clés monte en l’air.

France, 1907 : Voler avec effraction. C’est généralement dans les étages supérieurs, loin du concierge, c’est-à-dire en l’air, que les cambrioleurs opèrent. D’où le nom de monte-en-l’air donné à ces industriels.

Bien que l’Avocat n’eût point précisé la nature du travail qu’il proposait, Orlando devina tout de suite qu’il s’agissait de monter en l’air. Pour sa part, jamais il n’avait volé. Il serait mort de faim plutôt que de dérober à un étalage, de mettre, comme un Anglais, la main dans les poches. Mais, ainsi que tout Italien de montagne, il coulait dans ses veines une pinte de sang de bandit, la révolte du maquis, l’audace du rançonneur de diligences, de l’homme qui vit en guerre avec un fusil sur l’épaule, qui lève contribution sur les grandes routes et finit d’un coup de feu.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Montigène

France, 1907 : Né dans la montagne ; vieux mot.

Nascetur ridiculus mus

France, 1907 : « Qu’en naîtra-t-il ? — Un ridicule rat. » Locution proverbiale tirée de l’Art poétique d’Horace. C’est la montagne qui accouche d’une souris.

Neiges d’antan

France, 1907 : « Neiges de l’an passé. » Choses qui n’existent plus, qu’on ne saurait plus revoir, comme la jeunesse et la beauté, une fois enfuies. François Villon, dans une de ses plus jolies ballades adressée aux Dames du temps jadis, termine chaque couplet par ce vers : Mais où sont les neiges d’Antan ?

Où est la très sage Héloïs
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierres Esbaillart à Saint-Denys ?

Semblablemant où est la Royne
Qui Commanda que Buridan
Fust jeté en ung sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?
La royne Blanche comme ung lys,
Qui chantoit à voir de sereine ;
Berthe au grand pied, Bietris, Allys ;
Harembourges, qui tint le Mayne,
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Qu’Anglois bruslèrent à Rouen :
Où sont-ils, Vierge souveraine ?…
Mais où sont les neiges d’antan ?

Quelques dictons sur la neige :
Neige de février n’a pas pied (ne tient pas).

Neige qui tombe en février
Poule l’emporte avec son pied.

Neige aux montagnes, froidure aux vallées.
Neige du coucou,
neige de fin d’avril qui tombe au moment où l’entend le coucou.

En novembre froid
Si la neige abonde,
D’année féconde
Laboureur a foi.

N’écrivez point sur la neige, c’est-à-dire : ne perdez pas votre temps à enseigner aux esprits superficiels, mous et faibles. Ce dicton nous vient de l’Inde.

Œil

d’Hautel, 1808 : Taper de l’œil. Se laisser aller au sommeil ; dormir profondément.
Retaper de l’œil. Redormir après un sommeil interrompu ; dormir de plus belle.
Tortiller de l’œil. Finir, ses jours ; mourir, s’endormir dans l’éternité.
Elle lui a donné dans l’œil. Se dit d’une femme qui a su plaire à un homme, qui a gagné son cœur.
Pas plus que dans mon œil. Pour dire point du tout.
Cela n’est pas pour tes beaux yeux. Signifie, ce n’est pas pour toi ; n’y compte pas.
L’œil du fermier vaut fumier. Pour dire que tout fructifie sous l’œil du maître.
Autant vous en pend à l’œil. Pour, il peut vous en arriver tout autant.
Une mouche qui lui passe devant les yeux, le fait changer d’avis. Se dit d’un homme inconstant et léger, qui change à chaque instant d’avis.
Cette chose lui crêve les yeux. Pour dire est ostensible, très-évidente.
Quand on a mal aux yeux, il n’y faut toucher que du coude. Pour, il n’y faut point toucher du tout.
Des yeux de chat. De petits yeux hypocrites.
Des yeux de cochon. Des yeux petits et renfoncés.
Des yeux de bœufs. De gros yeux très-saillans et fort bêtes.
Le peuple désigne ordinairement et par facétie le pluriel de ce monosyllabe par le nom de la première lettre qui le compose, et dit des II (grecs) pour des yeux.

Vidocq, 1837 : s. m. — Crédit.

Larchey, 1865 : Crédit. — Noté comme terme d’argot dans le Dictionnaire du Cartouche de Grandval, 1827.

Je vous offre le vin blanc chez Toitot ; — j’ai l’œil.

(Chenu)

La mère Bricherie n’entend pas raillerie à l’article du crédit. Plutôt que de faire deux sous d’œil, elle préférerait, etc.

(Privat d’Anglemont)

En m’achetant à l’œil, ma plus belle marée.

(Ricard)

Ouvrir l’œil : Accorder du crédit.

La fruitière n’a jamais voulu ouvrir d’œil : elle dit qu’elle a déjà perdu avec des artistes.

(Champfleury)

Fermer l’œil : Ne plus vouloir accorder de crédit. — Donner dans l’œil : Plaire, fasciner.

Ma personne avait peine à te donner dans l’œil.

(Le Rapatriage, dix-huitième siècle)

Avoir de l’œil, Tirer l’œil : Produire de l’effet. — Terme d’impression. On dit aussi en parlant d’un tableau à effet qu’il a de l’œil.

La chose a de l’œil. C’est léger, mais c’est trop léger.

(A. Scholl)

Aux provinciaux que l’œil de son ouvrage a attirés chez lui.

(P. Borel)

Faire l’œil :

Le faiseur d’œil n’a pas de prétention positive. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureux ; il a toujours l’air d’un Européen lâché au milieu d’un sérail… Pourtant aucune femme n’est le point de mire de cette fusillade de regards. C’est au sexe entier qu’il en veut. Il fait l’œil, et voilà tout.

(Roqueplan)

V. Américain. — Ouvrir l’œil : Sur veiller attentivement. — Se battre l’œil, la paupière : Se moquer.

Gilles. Ah ! fussiez-vous elle ! — Isabelle. Ton maître s’en bat l’œil.

(le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle)

Que Condé soit trompé par le duc d’Anjou, je m’en bats l’œil !

(A. Dumas)

Mon œil ! Synonyme de Des fadeurs ! Des navets ! V. ces mots.

Quand le démonstrateur expose la formation des bancs de charbon de terre, mon voisin s’écrie avec un atticisme parfait : Oui ! mon œil ! Au système du soulèvement des montagnes, il répond triomphalement : « Oui ! Garibaldi ! »

(E. Villetard)

Cette expression est typique. Dès qu’une chose est à la mode au point d’accaparer toutes les conversations, les Parisiens procèdent eux-mêmes contre leur engouement, et font de son objet une dénégation railleuse essentiellement variable. C’est ainsi qu’après les événements d’Italie, on a dit : Oui ! Garibaldi ! — Auparavant, on disait : Oui ! les lanciers ! parce que cette danse avait envahi les salons. — Taper de l’œil :

Dormir profondément.

(d’Hautel, 1808)

Monsieur, faites pas tant de bruit, je vais taper de l’œil.

(Vidal) 1833.

Si nous tapions de l’œil ? Ma foi ! j’ai sommeil.

(L. Gozlan)

Tourner, tortiller de l’œil : Mourir. V. d’Hautel, 1808.

J’aime mieux tourner la salade que de tourner de l’œil.

(Commerson)

J’voudrais ben m’en aller, dit le pot de terre en râlant. Bonsoir, voisin, tu peux tortiller de l’œil.

(Thuillier, Ch)

Pas plus que dans mon œil. V. Braise. — Œil de verre : Lorgnon.

Ces mirliflors aux escarpins vernis, Aux yeux de verre.

(Festeau)

Quart d’œil : Commissaire de police.

Delvau, 1866 : s. m. Bon effet produit par une chose, bonne façon d’être d’une robe, d’un tableau, d’un paysage, etc. On dit : Cette chose a de l’œil.

Delvau, 1866 : s. m. Crédit, — dans l’argot des bohèmes. Avoir l’œil quelque part. Y trouver à boire et à manger sans bourse délier. Faire ou ouvrir un œil à quelqu’un. Lui faire crédit. Crever un œil. Se voir refuser la continuation d’un crédit. Fermer l’œil. Cesser de donner à crédit.
Quoique M. Charles Nisard s’en aille chercher jusqu’au Ier siècle de notre ère un mot grec « forgé par saint Paul » (chap. VII de l’Épître aux Éphésiens, et chap. III de l’Épître aux Colossiens), j’oserai croire que l’expression À l’œil — que ne rend pas du tout d’ailleurs l’όφθαλμοδουλεία de l’Apôtre des Gentils — est tout à fait moderne. Elle peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née, sous sa forme actuelle, il n’y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par faire de l’œil aux dames de comptoir, qui ont fini par leur faire l’œil : une galanterie vaut bien un dîner, madame Grégoire le savait.

Delvau, 1866 : s. m. Le podex, — dans l’argot des faubouriens facétieux. Crever l’œil à quelqu’un. Lui donner un coup de pied au derrière.

Rigaud, 1881 : Crédit. — L’œil est crevé, plus de crédit. C’est-à-dire l’œil du crédit est crevé. Une vieille légende fait mourir Crédit d’un coup d’épée qu’il a reçu dans l’œil. Sur les anciennes images d’Épinal ou voit Crédit succombant à sa blessure et au-dessous cette devise : Crédit est mort, les mauvais payeurs lui ont crevé l’œil.

France, 1907 : Crédit. Avoir l’œil, avoir crédit chez un débitant.

Une fois son argent reçu, le compositeur paie les dettes qui lui semblent les plus essentielles : c’est le marchand de vin et le gargotier où il pourra retrouver du l’œil, c’est-à-dire du crédit.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Avoir l’œil se dit aussi dans le sens de faire attention, voir ce qui se passe autour de soi. « Il faut avoir l’œil dans notre métier, disait une matrone de maison à gros numéro, et surtout ne pas le faire, »

Oncle

d’Hautel, 1808 : Des contes à Robert mon oncle. Des contes en l’air, des bourdes, des gausses.

Ansiaume, 1821 : Concierge de prison.

Mon oncle est un lofia : tandis qu’il roupille, on rivauche ma tante.

Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.

Larchey, 1865 : Où prendras-tu de l’argent ? dit elle. — Chez mon oncle, répondit Raoul. — Florine connaissait l’oncle de Raoul. Ce mot symbolisait l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Guichetier, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. m. Usurier, — dans l’argot des fils de famille, qui ont voulu marier leur tante à quelqu’un.

Rigaud, 1881 : Concierge de prison. Sous les verrous, les voleurs, qui ont de l’imagination, s’assimilent aux objets mis en gage. La prison pour eux est comme un Mont-de-Piété, tante, où ils sont accrochés. Celui qui garde la porte de ma tante, devient le mari de ma tante « mon oncle ». Au XVIIe siècle « oncle » désignait un usurier. — Avoir un oncle sur la planche, être héritier d’un oncle. — Manger son oncle, manger l’héritage laissé par son oncle. — Rubis sur l’oncle, calembour par à peu près pour dire qu’il ne reste plus rien de l’héritage avunculaire.

La Rue, 1894 : Guichetier. Usurier.

Virmaître, 1894 : Le guichetier qui garde la première porte d’entrée d’une prison. Je ne vois pas trop pourquoi on l’appelle mon oncle car il n’a guère de tendresse pour les visiteurs, à moins que ce ne soit un à peu près. Quand on va au clou, mon oncle prend soin dos objets déposés (Argot des prisons).

Hayard, 1907 : Guichetier de prison.

France, 1907 : Guichetier.

France, 1907 : Usurier. « Ce mot, dit Balzac, symbolise l’usure, comme dans la langue populaire ma tante signifie le prêt sur gage. » Il est a noter que les Anglais emploient le même mot pour désigner le prêteur sur gages. Dans l’argot des voleurs, oncle est synonyme de joaillier ; onclesse, femme du joaillier.
Disons en passant que notre institution le Mont-de-Piété n’a aucun rapport avec une montagne, Mont vient de l’italien monte, qui signitie amas, masse, pile de fonds et, par extension, banque, c’est-à-dire, en ce cas, banque de piété, monte di pieta. Le premier mont-de-piété établi à Paris date de 1777. Mais, dès 1468, on établit à Rome des établissements de prêts sur gage pour combattre les prêts usuraires et les honteuses extorsions des juifs. Ils furent appelés monti di pieta. Il existe également en Italie nombre d’endroits où l’on fait des avances de grains et qu’on appelle monti di grano.

Parturient montes

France, 1907 : « Les montagnes accoucheront. » Locution latine tirée d’Horace, qualifiant des promesses qui ne seront jamais suivies d’effet. De quoi accoucheront les montagnes ? C’est à quoi La Fontaine a répondu dans l’une de ses fables : d’une souris.

Pitonner

France, 1907 : Bivouaquer sur une hauteur. Néologisme créé pendant la guerre du Tonkin. De piton, sommet d’une montagne élevée.

Cet incident donne la note générale et fait voir, dans une faible mesure, l’abnégation de nos soldats, parmi lesquels on n’entend pas formuler la moindre plainte ; ils marchent, traversent l’eau dix fois par jour, se battent, bivouaquent sur les mamelons (on appelle cela pitonner !), dans l’humidité, le froid et le brouillard, heureux d’avoir gagné du terrain et d’avoir bien servi le drapeau.

(Dick de Lonlay, Au Tonkin)

Praticable

Delvau, 1866 : s. m. Partie de décors accessible aux acteurs, montagnes, rochers, etc. Argot des coulisses.

Raie du cul (la)

Delvau, 1864 : La rainure des fesses, la petite vallée qui se trouve entre ces deux montagnes — où tant de membres virils aiment à descendre.

Pour ne trouver la raie nette de la dame avec qui l’on s’ébat, on y gagne bonne vérole.

(Brantôme)

Trois mignons de la cour se tuèrent jaloux
Pour le bien prétendu d’une raie publique.

(Théophile)

Rencontrer

d’Hautel, 1808 : Deux montagnes ne se rencontrent pas, mais deux hommes se rencontrent. Cette phrase proverbiale a plusieurs acceptions ; tantôt elle signifie qu’il ne faut offenser personne, que tôt ou tard, on se retrouve ; tantôt, c’est une manière de s’excuser d’avoir une pensée semblable à celle d’une personne d’un mérite supérieur.

Repoussoir

Rigaud, 1881 : Femme très laide dont une coquette moins laide fait sa société habituelle pour mieux faire valoir, par la comparaison, ce qui lui reste de fraîcheur et de beauté. Le rôle du repoussoir est d’accompagner sa partner au Bois, au théâtre, au bal.

La Rue, 1894 : Femme d’une beauté médiocre qu’une autre femme prend pour compagne afin de mieux faire ressortir sa propre beauté.

France, 1907 : Femme laide qui fait ressortir, met en relief la beauté d’une autre femme.

Dans le monde où l’on s’amuse, et j’en excepte tout de suite les phénomènes de Lesbos, il est assez rare de voir deux jeunes femmes d’égale beauté s’aimer, vivre et sortir ensemble. Et si aux Folies-Bergère, aux Montagnes Russes, à l’Eden, à l’Hippodrome, au Moulin-Rouge, au Jardin de Paris, elles vont deux par deux, il y a toujours une dame jolie et une laide : la première, c’est la travailleuse ; l’autre, c’est le repoussoir.

(Dubut de Laforest)

Siam (bataillon de)

France, 1907 : Groupe des vénériens à l’infirmerie de l’École polytechnique.

Il est rare qu’on sait à y soigner quelque affection grave, car l’École, située an sommet de la montagne Sainte-Geneviève, est parfaitement saine… Les malades que l’on y voit habituellement sont ceux qui ne sont pas soignés par les sœurs, mais par un infirmier appelé autrefois Siam, d’où le nom de bataillon de Siam donné à ce petit groupe.

(Albert Lévy et G. Pinet)

Souris

d’Hautel, 1808 : On le feroit cacher dans un trou de souris. Se, dit d’un homme peureux, lâche et poltron, que la moindre chose met en alarme.
On entendroit une souris trotter. Pour dire qu’on observe en un lieu un rigoureux silence.
La montagne a enfanté d’une souris. Se dit quand le succès d’une affaire n’a pas répondu à l’attente.
Avoir la souris. Être sujet à clignoter des yeux.

Ansiaume, 1821 : Couteau de table.

J’ai toujours une souris dans ma soude pour servir les cognes.

Delvau, 1866 : s. f. Baiser sur l’œil, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que ce baiser fait moins de bruit que les autres.

La Rue, 1894 : Baiser.

France, 1907 : Baiser sur l’œil. Faire une souris, donner un baiser sur l’œil.

— Ah ! mon minet… Je te ferais plutôt une souris.

(Mémoires de Vidocq)

Faire la souris, chatouiller légèrement. Faire la souris le long de la jambe, se livrer à des libertés tout à fait intimes.

Terrage

France, 1907 : Petite pièce de terre, propriété en pré ou en champ.

Son père, l’ancien charron, mort quand elle touchait à sa majorité, lui avait laissé comme héritage la maison, le jardin attenant et un terrage affermé moyennant cinq cent francs. En ce pauvre pays de la montagne langroise, cela faisait d’elle un parti très sortable.

(André Theuriet)

Thalassa ! Thalassa !

France, 1907 : La mer ! La mer ! Exclamation joyeuse que poussèrent les dix mille Grecs de Xénophon quand, après leur marche héroïque à travers l’Asie Mineure, ils aperçurent du haut de la montagne les rivages du Pont-Euxin.

Toujours loup est loup

France, 1907 : On ne change jamais de nature.
« Si l’on vient vous affirmer, disait Mahomet, qu’une montagne a changé de place, permis à vous de le croire, mais si l’on vous affirme qu’un homme a changé de caractère, n’en croyez rien » ; ce que Boileau a traduit par ce vers resté proverbial :

Chassez le naturel, il revient au galop.

Tourner casaque

France, 1907 : Abandonner son parti passer à l’ennemi, trahir.
Le duc de Savoie Charles-Emmanuel, dit le Grand, prenait pendant les guerres de la France et de l’Espagne sous le règne de Henri IV, tantôt le parti de l’une, tantôt celui de l’autre. Il avait un justaucorps ou casaque d’un côté blanc, de l’autre rouge. Quand il combattait avec la France, il mettait le côté blanc, avec l’Espagne le côté rouge. Ce prince peu fidèle dans ses amitiés était bossu, et comme il possédait le Piémont, pays montagneux, on fit sur lui le quatrain suivant :

Si le bossu mal à propos
Quitte la France pour l’Espagne,
On lui laissera de montagne
Que celle qu’il a sur le dos.

Profitant des troubles religieux de la France, il s’empara du marquisat de Saluces et reçut des ligueurs le titre de comte de Provence (1590). Henri IV, après une invasion en Savoie et en Piémont, le força de lui céder en échange de l’inutile marquisat la Bresse, le Bugey, le Valromey, le pays de Gex, c’est-à-dire tout le territoire de Lyon à Genève.
L’habitude de tourner la casaque était du reste celle de tous les déserteurs d’alors. On dit encore pour exprimer la versatilité politique ou la trahison : Vive le roi ! Vive la Ligue ! allusions aux guerres civiles de la Ligue sous Henri III et Henri IV, où nombre de gens passaient du côté du roi pour revenir aux ligueurs et vice versa.

Trimarder

Delvau, 1866 : Voyager.

Rigaud, 1881 : Marcher.

Virmaître, 1894 : Voyager. Quand un apprenti a appris son état, pour se former, il fait son tour de France. Il trimarde, mais en travaillant. Mot à mot : parcourir les grandes routes. Ceux qui trimardent ne sont autre chose que des vagabonds ; ils ont une profession, mais ne travaillent jamais. Cette profession leur sert pour mendier. Le truc est des plus simples : Le trimardeur, supposons le compositeur typographe, entre dans un atelier avec la quasi-certitude qu’il ne sera pas embauché, c’est ce qu’il souhaite. Il demande mèche ; on lui répond qu’il n’y a pas de place vacante, alors il lâche son boniment :
— Il vient de loin, de Paris ; il a été malade en chemin, il est dans la plus affreuse misère, il sollicite la permission de faire la quête. Le patron donne, les compagnons donnent aussi ; ils savent bien que c’est un fainéant, mais les typos ont bon cœur, ils préfèrent être volés dix fois que d’en refuser une à une misère véritable.
Avec ce métier, les trimardeurs sont les gens les plus heureux du monde (Argot d’imprimerie). N.

Hayard, 1907 : Voyager à pied.

France, 1907 : Voyager, marcher sur les routes.

Que je dise aux aminches une histoire que j’ai entendue dans les montagnes de l’Auvergne, au temps où je trimaridais :
En ce temps-là, y avait entre le village en question et la ville, à un endroit tout à fait désert appelé « les Foulanges »,un voleur à la coule, qui foutait le trac aux richards…

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Depuis bien longtemps je trimarde,
Je suis le petit camelot ;
La liberté pour camarade,
Je vais portant mon bibelot.
Le ciel pour plafond sur la tête,
Je marche au rythme de la fête.
Allons, mesdames, en avant
Pour entendre le boniment.

(Chanson des Mercadots)

Triperie (boutique de)

France, 1907 : Corset. Il n’est peut-être pas d’instruments de torture que la mode impose périodiquement aux femmes qui ait été plus justement attaqué que le corset, et qui ait mieux résisté à toutes les attaques, ce qui prouve que chez la femme la coquetterie l’emporte sur l’hygiène et la santé.
M. Charles Bonheur a donné, dans l’Écho du Public, quelques définitions critiques et humoristiques du corset, qui trouvent ici leur place :

Niche pour deux seins. — Case-pomme. — Garde-fous. — Un écrin ou un écrou. — Petite écluse. — Appareil à l’aide duquel on soutient les faibles, contient les forts, et ramène les égarés. — Comme quoi il n’y a pas que Jonas qui ait été victime de la baleine. — Le cornet qui contient les deux sous de colle de pâte le ces dames. — Prétentieux qui doit savoir soutenir ce qu’il avance. — La camisole de force des femmes. — Tirelire contenant les gros sous de l’amour. — Plus une femme est tétonnante, plus elle en a besoin. — C’est là où la femme place ses meilleures saillies dans la conversation des mains. — L’Æs triplex du cœur de la femme. — Prison réservée aux vagabonds. — Abri pour deux sentinelles avancées. — Nid pour deux tourterelles ou deux… corbeaux. — Panier à pommes ou à poires. — Retranchement d’où ne doivent pas sortir les soldats pour aller à la découverte. — Balle de coton. — Boutique de triperie. — Urne évitant les scrutins de ballottage. — Un champ de manœuvre. — Parachute. — Filet pour ballons captifs. — Une montagne qui accouche de deux souris. — Poste de secours pour pendus. — Témoin du duel de deux teutons. — Écrin qui promet monts et merveilles. — Engin de torture servant à comprimer la taille des femmes qu’il lasse énormement et qu’elles délacent toujours avec joie.

Uba, ubac

France, 1907 : Le revers d’une montagne exposé au nord ; patois languedocien.

Ultramontain

Delvau, 1864 : Employé pour désigner un homme adonné au péché contre nature.

L’ultramontain, à son culte fidèle,
La refusait, et même avec dédain.

(Piron)

Delvau, 1866 : s. m. et adj. Catholique plus papiste que le pape, — dans l’argot des voltairiens. Cagot, — dans l’argot des abonnés du Siècle.

France, 1907 : Pédéraste, appelé ainsi à cause des vices hors nature attribués aux habitants de l’autre côté des montagnes alpines, l’Italie.

L’ultramontain, à son culte fidèle,
La refusait, et même avec dédain.

(Piron)

Voir une paille dans l’œil de son prochain et ne pas voir une poutre dans le sien

France, 1907 : Remarquer les plus petits défauts chez les autres et ne pas faire attention à ses propres vices. Célèbre parabole de Jésus dans le Discours sur la montagne.

D’où vient que vous voyez une paille dans l’œil de votre frère et que vous n’apercevez point une poutre qui est dans votre œil ? Et comment pouvez-vous dire à votre frère : Laissez-moi ôter une paille qui est dans votre œil, vous qui avez une poutre dans le vôtre ? Hypocrites, ôtez premièrement la poutre qui est dans votre œil : et après cela, vous verrez comment vous pourrez ôter la paille de l’œil de votre frère.

(Saint Mathieu)

Volaille

d’Hautel, 1808 : Une volaille. Terme populaire et injurieux, dont on se sert pour désigner une femme de mauvaise vie.

Delvau, 1864 : Femme plus que légère, et même un peu putain.

…. Eh bien, canaille !
Va donc la retrouver ; et que cette volaille
(C’est mon plus cher désir) cède à ta passion.

(L. Protat)

Ma danseus’ m’a traité d’ pochard,
Moi j’ l’ai traité d’volaille.

(J. Moinaux)

Delvau, 1866 : s. f. Femme ou fille débauchée, — dans l’argot du peuple, qui sait que la plupart des drôlesses sont bêtes comme des oies.

Delvau, 1866 : s. f. Homme sans consistance ; aimable sceptique qui ne croit qu’à lui. Argot des gens de lettres.

Fustier, 1889 : Terme de mépris à l’adresse d’une femme quelconque. — Étudiant, dans le jargon des écoles.

Des collégiens et quelques étudiants ; des volailles, comme on dit sur la montagne Sainte-Geneviève.

(XIXe siècle)

France, 1907 : Nouveau au Prytanée militaire de la Flèche. Aspirant à l’École militaire de Saint-Cyr.

France, 1907 : Prostituée qui vole le client. Jeu de mot.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique