France, 1907 : Prêtre.
— Moi qui vous parle, j’ai vu mourir Gustave Maroteau sur le grabat du bagne… Nous l’avons enterré sans goupillonneur.
(G. Macé)
Goupillonneur
France, 1907 : Prêtre.
— Moi qui vous parle, j’ai vu mourir Gustave Maroteau sur le grabat du bagne… Nous l’avons enterré sans goupillonneur.
(G. Macé)
Taquer
Halbert, 1849 : Hausser.
Delvau, 1866 : v. a. Hausser, — dans l’argot des voleurs.
Boutmy, 1883 : v. intr. Frapper avec le marteau sur un morceau de bois nommé taquoir, pour égaliser le niveau des lettres d’une forme en baissant celles qui pourraient remonter. Par ext. et au fig., frapper quelques coups légers avec le composteur sur le bord de la casse, quand un compositeur conte une piau. C’est une façon de protester contre ce qu’il dit ; c’est un diminutif de roulance.
France, 1907 : Hausser.
France, 1907 : Interrompre par un roulement le composteurs le récit d’un bavard ; argot des typographes.
— Ne dis pas de mal du théâtre Montmartre, interrompit le père Polastron ; de très grands artistes y ont débuté. Moi qui vous parle, j’y ai vu jouer M. Mélingue ; c’était en 1883. Figurez-vous que ce jour-là…
À ce moment un roulement sec, mais bien nourri, retentit dans l’atelier. Tous les typos frappaient de leur composteur sur leur casier avec un entrain et un ensemble des plus remarquables.
Ce petit exercice est de tradition dans les ateliers de compositions cela s’appelle taquer et sert de protestation, souvent préventive, contre un récit trop long, une redite, où quelque mensonge évident.
Nul n’y échappe, Gutenberg lui-même reviendrait en ce monde qu’on le taquerait s’il menaçait de devenir raseur.
(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)
Tuyau de poêle
Larchey, 1865 : Chapeau rond, botte à l’écuyère. — Allusion de forme.
Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue.
(Th. Gautier, 1833)
Delvau, 1866 : s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes. Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l’ont ainsi baptisé.
Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme. — Pantalon des soldats d’infanterie de ligne, — dans le jargon des troupiers.
Merlin, 1888 : Dans le langage familier, on désigne ainsi un chapeau de haute forme ; dans l’argot militaire, c’est une botte.
La Rue, 1894 : Chapeau haut de forme. Soulier dont l’extrémité est béante.
Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion juste, car il a la forme et la couleur d’un tuyau (Argot du peuple).
France, 1907 : Chapeau haut de forme appelé ainsi parce qu’il fait ressembler celui qui le porte à quelqu’un coiffé d’un tuyau de poêle tronqué. Il faut être, comme nous le sommes, habitués à cette grotesque coiffure pour ne pas en voir tout le ridicule. Cette abomination nous vient comme tant d’autres modes de la Grande-Bretagne. Ce fut un chapelier anglais, John Hetherington qui, désirant se faire une réclame monstre, s’en coiffa le premier. Il l’inaugura le 15 janvier 1797 — notez cette date mémorable dans les fastes de l’imbécillité publique — en se promenant dans les rues principales de Londres, où il provoqua un véritable scandale. Bien que fervents admirateurs de tout ce qui est excentrique, les Anglais trouvèrent que ce chapeau dépassait les bornes du laid. Le chapelier fut hué ; il y eut des bousculades ; Hetherington tint bon et reparut le lendemain et les jours suivants aves son grotesque couvre-chef, dont il avait orné de pareils sa vitrine. Le scandale ne discontinua pas et finalement son auteur fut poursuivi devant le tribunal du lord-maire sous l’inculpation d’avoir troublé la paix publique. Il déclara pour sa défense qu’un citoyen anglais avait le droit de se coiffer comme bon lui semblait. Le Times lui donna raison et dès lors l’opinion fut en sa faveur.
Quelques jeunes fashionables s’affublèrent par plaisanterie du nouveau chapeau, un membre de la famille royale le trouva à son goût et dès lors la gentry l’adopta. De l’Angleterre, il passa sur le continent, et traversant les frontières, les monts et les mers, il est allé coiffer jusqu’aux têtes des rois nègres.
La perfidie du chapeau haut de forme, dit George Auriol, est du reste indéniable. Il est fatal aux crânes les plus endurcis. Il recèle le microbe de la migraine et propage le bacille de l’abrutissement. Il exige des soins constants. Dès qu’on oublie de le lisser, de le polir, de le caresser et de le lécher, — il se rebiffe !
Moi qui vous parle, lorsque par hasard je m’encombre d’un chapeau tube, je suis le plus malheureux des hommes. À peine l’horrible tuyau est-il sur ma tête, qu’il s’horripile de lui-même malgré toutes les précautions que je prends, si bien qu’au bout d’une demi-heure il ressemble à un hérisson longtemps battu par la tempête.
Nous sommes tous fort laids même en habits de fête :
Boutonnés, ficelés et traînant notre ennui,
Les pieds dans deux tuyaux, un tuyau sur la tête,
Les deux bras engainés, le corps dans un étui
Que fabrique un tailleur pour les preux d’aujourd’hui.
Aussi prêtons-nous mal à la mélancolie,
Et la belle qui rêve et veut l’émotion
Ne peut guère trouver que par une folie
L’emblème du monsieur qui fait sa passion.
(Aurélien Scholl)
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