Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Abbaye de Monte-à-Regret

Bras-de-Fer, 1829 : Guillotine.

Vidocq, 1837 : ou de Monte-à-Rebours, s. f. — Nos romanciers modernes, Victor Hugo même, qui, dans le Dernier Jour d’un Condamné, paraît avoir étudié avec quelque soin le langage bigorne, donnent ce nom à la Guillotine, quoiqu’il soit bien plus ancien que la machine inventée par Guillotin, et qu’il ne s’applique qu’à la potence ou à l’échafaud.
Celui qui jadis était condamné à passer tous ses jours à la Trappe ou aux Camaldules, ne voyait pas sans éprouver quelques regrets se refermer sur lui les portes massives de l’abbaye. La potence était pour les voleurs ce que les abbayes étaient pour les gens du monde ; l’espoir n’abandonne qu’au pied de l’échafaud celui qui s’est fait à la vie des prisons et des bagnes ; les portes d’une prison doivent s’ouvrir un jour, on peut s’évader du bagne ; mais lorsque le voleur est arrivé au centre du cercle dont il a parcouru toute la circonférence, il faut qu’il dise adieu à toutes ses espérances, aussi a-t-il nommé la potence l’Abbaye de Monte-à-Regret.

un détenu, 1846 : Échafaud.

Halbert, 1849 : L’échafaud.

Larchey, 1865 : Échafaud (Vidocq). — Double allusion. — Comme une abbaye, l’échafaud vous sépare de ce bas monde, et c’est à regret qu’on en monte les marches.

Delvau, 1866 : s. f. L’échafaud, — dans l’argot des voleurs, qui se font trop facilement moines de cette Abbaye que la Révolution a oublié de raser.

Rigaud, 1881 : L’ancienne guillotine, — dans le langage classique de feu les pères ignobles de l’échafaud. Terrible abbaye sur le seuil de laquelle le condamné se séparait du monde et de sa tête.

La Rue, 1894 : L’échafaud.

Virmaître, 1894 : La guillotine. L’expression peut se passer d’explications : ceux qui y montent le font sûrement à regret (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : La guillotine. Cette désignation n’a plus raison d’être depuis 1871, époque à laquelle les treize marches pour y monter ont été supprimées.

Hayard, 1907 : L’échafaud.

France, 1907 : La potence ou l’échafaud.

Comme une abbaye l’échafaud sépare de ce monde, et c’est à regret qu’on monte les marches.

(Lorédan Larchey)

Mon père a épousé la veuve, moi je me retire à l’Abbaye de Monte-à-regret.

(Victor Hugo, Le Dernier jour d’un condamné)

Les voleurs appellent encore l’échafaud Abbaye de Saint Pierre, la guillotine étant autrefois placée sur cinq pierres, devant la Roquette.

Abbaye ruffante (four chaud)

Vidocq, 1837 : s. f. — Ce mot appartient au vieux langage argotique, il est précédé d’un astérisque ainsi que tous ceux qui sont empruntés à un petit ouvrage très-rare, publié au commencement du seizième siècle, et qui est intitulé : « Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne, comme il est à présent en usage parmi les bons pauvres ; tiré et recueilli des plus fameux argotiers dece temps ; composé par un Pilier de Boutanche qui maquille en molanche, en la vergne de Tours ; à Troyes, et se vend à Paris, chez Jean Musier, marchand libraire, rue Petit-Pont, à l’image Saint-Jean. »

Abélardiser

Delvau, 1866 : v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C’est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s’imaginent avoir fabriqué ; on l’écrivait alors abaylarder, — avec la même signification, bien entendu.

France, 1907 : Infliger à quelqu’un l’opération que le chanoine Fulbert fit subir à l’amant de sa nièce Héloïse, ce que le pieux Lamartine indique par une singulière périphrase : « Les portes de la maison d’Abélard s’ouvrirent une nuit par la complicité achetée de ses serviteurs. Des bourreaux, guidés et soldés par Fulbert, le surprirent pendant son sommeil ; ils l’accablèrent d’outrages, et le laissèrent baigné dans son sang et dégradé par son châtiment. » Et tout cela au lieu de dire simplement : « Ils lui firent l’ablation des testicules. »
Il y a quelques mois, un jeune vicaire de l’Église anglicane fut abélardisé par le mari d’une dame que le révérend comblait de ses célestes faveurs. Ce mari médecin se servit du vieux subterfuge des maris trompés, auquel femmes et amants se laissent toujours prendre. Il feignit un voyage et rentra subito au moment où on l’attendait le moins. Les coupables dormaient dans une douce quiétude, et le docteur les chloroformisa l’un et l’autre sans esclandre. Puis il procéda à l’opération du monsieur, fit le pansement dans les règles et se retira. On devine la mutuelle surprise au lendemain matin, à l’heure des adieux. Le révérend dut se faire transporter à domicile plus penaud qu’il n’était venu. Mais le trait caractéristique, c’est qu’après guérison il assigna le mari, lui demandant des dommages et intérêts pour blessure ayant occasionné une incapacité de travail.
Le mot date du XIIIe siècle ; on l’écrivait alors abaylardiser, puis plus tard abailardiser :

D’un colonel vous courtisez la femme,
S’il vous surprend, il vous abailardisera.

(Pommereul)

Abs

Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Absinthe, créée il y a quelques années par Guichardet, et aujourd’hui d’un emploi général.
Les apocopes vont se multiplier dans ce Dictionnaire. On en trouvera à chaque page, presque à chaque ligne : abs, achar, autor, aristo, eff, délass-com, démoc, poche, imper, rup, soc, liquid, bac, aff, Saint-Laz, etc., etc., etc. Il semble, en effet, que les générations modernes soient pressées de vivre qu’elles n’aient pas le temps de prononcer les mots entiers.

Rigaud, 1881 : Absinthe, par apocope. — À son lit de mort, un vieil ivrogne, frappé de paralysie, démenait sa bouche en d’affreuses grimaces, pour arriver à expectorer de minute en minute une série de abs, abs désespérés. On crut qu’il demandait l’absolution, et on lui dépêcha un prêtre. À cette vue, la paralysie semble battre en retraite, tout le monde croit qu’un miracle va s’opérer… Le vieux biberon a poussé un grand cri, il se lève sur son séant et, par un suprême effort du gosier, il lâche un formidable « N. D. D. l’absinthe ! » retombe sur l’oreiller et meurt. C’était de l’absinthe qu’il demandait.

Afluer

Vidocq, 1837 : v. a. — Tromper.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Agacer le sous-préfet

Delvau, 1864 : Se masturber. — L’expression est tout à fait moderne, et fréquemment employée, quoique d’une étymologie difficile.

Aimer le goudron

Delvau, 1864 : Aimer s’enculer, soit les femmes, soit les hommes, — ce qui embrène la queue.

Pour Jupiter, façon vraiment divine,
Le con lui pue, il aime le goudron.

(Chanson anonyme moderne)

Aller au bonheur

Delvau, 1864 : Jouir en baisant, parvenir à la félicité suprême. — Cette expression, une des plus justes de la langue érotique moderne, est précisément celle qui se lisait comme enseigne sur les bordels de Pompéï : Hic habitat felicitas.

Tu as donc envie d’aller au bonheur, mon petit homme !

(Lemercier de Neuville)

Amadou

Vidocq, 1837 : s. m. — Les argotiers du temps passé nommaient ainsi une drogue dont ils se frottaient pour devenir jaunes et paraître malades.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme qui prend aisément feu — afin d’être aimé, amatus. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. « C’est dequoy les argotiers se frottent pour se faire devenir jaunes et paraistre malades, » — c’est-à-dire pour amadouer et tromper les bonnes âmes.

France, 1907 : Substance avec laquelle les mendiants et les vagabonds enduisent leur face pour se donner une apparence maladive.

Les anciens argotiers, ceux du moins qui avaient établi leurs pénates dans la Cour des Miracles, et dont la profession était de vivre d’aumônes, en simulant des infirmités, exprimaient la substance particulière au moyen de laquelle ils se faisaient paraitre jaunes et malades par le mot amadou.

(Charles Nisard, Curiosités de l’Étymologie française)

Ambyer

Vidocq, 1837 : v. a. — Fuir.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Amour

d’Hautel, 1808 : C’est un amour en culotte. Expression facétieuse et dérisoire dont on se sert en parlant d’un damoiseau, d’un petit garçon rempli de prétentions et d’amour de soi même, et qui, comme Adonis, se croit un chef-d’œuvre de beauté et de perfection.
Un remède d’amour. Epithète injurieuse : femme d’une extrême laideur et totalement dépourvue de graces et d’amabilité.
Il n’y a pas de belles prisons ni de laides amours. C’est-à-dire quelque beau que soit un lieu, il paroit toujours affreux à celui qui y est détenu ; et que l’on s’aveugle facilement sur les imperfections d’une personne que l’on aime passionnément.

Delvau, 1864 : Sentiment de création moderne. Les anciens ne connaissaient que la fouterie, — ce que Théophile Gautier, un poète, a si fort à tort appelé un « sentiment ridicule accompagné de mouvements malpropres, » — et il était donné à notre génération, épuisée par tant de masturbations intellectuelles, d’inventer cette sinistre plaisanterie qui dépeuplerait promptement la terre, si les Auvergnats n’étaient pas là.

L’amour est une affection
Qui, par les yeux, dans le cœur entre,
Et par forme de fluxion
S’écoule par le bas du ventre.

(Régnier)

Delvau, 1864 : Substantif des deux genres : échange de deux fantaisies ; privilège pour toutes les folies que l’on peut faire ; pour toutes les sottises que l’on peut dire. — On a de l’amour pour les fleurs, pour les oiseaux, pour la danse, pour son amant, quelquefois même pour son mari : jadis on languissait, on brûlait, on mourait d’amour ; aujourd’hui, on en parle, on en jase, on le fait, et le plus souvent on l’achète.

(E. Jouy)

De son vit couturé de chancreuses ornières,
Pénétrer, chancelant, au fond d’un con baveux,
Mettre en contact puant les canaux urinaires,
De scrofules pourris, nous créer des neveux.
De spermes combinés faire un hideux fromage ;
Au fond de la cuvette, humide carrefour,
En atomes gluants voir le foutre qui nage…
Voilà l’amour !

(Paul Saunière)

Larchey, 1865 : Aimable comme l’Amour.

Armée de son registre, elle attendait de pied ferme ces amours d’abonnés.

(L. Reybaud)

Comme j’ai été folle de Mocker, quel amour de dragon poudré.

(Frémy)

Anglais (avoir ses)

Delvau, 1864 : Avoir ses menstrues, à cause de la couleur rouge de cet écoulement, qui est aussi la couleur de l’uniforme anglais.

Puis de son corps couvrant ma mère,
Dans le sang des Anglais baigné,
Que de coups a tirés mon père
Dans la montagne où je suis né.

(Chanson anonyme moderne)

Delvau, 1866 : Avoir ses menses, — dans l’argot des filles, qui font ainsi allusion à la couleur de l’uniforme des soldats d’Albion. Elles disent aussi : Les Anglais ont débarqué.

Angluce

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Oie. Tortiller de l’angluce, manger de l’oie.

Vidocq, 1837 : s. f. — Oie.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. f. Oie, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Oie.

Virmaître, 1894 : Oie (Argot des voleurs). V. Ornichon.

France, 1907 : Oie.

Antique

Delvau, 1866 : s. m. Élève oui sort de l’École. Argot des Polytechniciens.

Rigaud, 1881 : Personnage à idées arriérées, mis à la mode du temps jadis. L’opposé de moderne.

Apothicaire

d’Hautel, 1808 : Mémoire d’Apothicaire. Compte surchargé, et sur lequel il y a beaucoup à rabattre.
Faire de son corps une boutique d’apothicaire. Se droguer continuellement ; prendre, sans nécessité, des médicamens.
Un apothicaire sans sucre. Homme qui ne possède aucune des connoissances nécessaires à son état.

Delvau, 1864 : Pédéraste, ou sodomite ; homme qui se trompe volontairement de côté quand il est au lit avec une femme et qui l’encule au lieu de la baiser.

Jean, ce frotteur invaincu,
Au soir, dans une taverne,
Frottait Lise à la moderne,
C’est-à-dire par le cul.
Elle, qui veut qu’on l’enfile,
Selon sa nécessité,
Disait d’un cœur irrité
Qu’un clystère est inutile
À qui crève de santé.

(Le Cabinet satyrique)

Ardents

Larchey, 1865 : Yeux. — Dict. d’argot moderne, 1844. — Le verbe allumer entraînait naturellement ce substantif.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les yeux, — dans le même argot [des voleurs].

Virmaître, 1894 : Les yeux (Argot des voleurs).

Argonji

Rossignol, 1901 : Argot. Le vrai mot est argoji, mais le mot le plus moderne est arlogaille.

Arriviste

France, 1907 : Jeune ambitieux sans scrupule qui veut arriver à tout prix, dût-il marcher sur le corps de son père.

Ah ! le joli mot : Arriviste ! Il peint un temps, il caractérise une époque. J’envie M. Alcanter de Brahm qui l’a trouvé. La lettre A de la nouvelle édition du Dictionnaire est achevée ; je le regrette : j’aurais combattu pour l’entrée officielle de ce mot nouveau dans la langue. L’Arriviste, c’est le mot-type. Sarcey parlait avec acharnement de la scène à faire : la comédie à faire, la comédie moderne, c’est l’Arriviste.

(J. Claretie)

Article (être fort sur l’)

Delvau, 1864 : Être toujours prêt à foutre, — porté sur sa pine comme un gourmand l’est sur sa bouche.

Et sur l’article, ah ! que j’étais solide ;
Dis-moi, Marion, dis-moi, t’en souviens-tu ?

(Chanson anonyme moderne)

La marquise est froide sur l’article.

(Louvet)

Artie

Vidocq, 1837 : s. m. — Pain.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Pain.

Delvau, 1866 : s. m. Pain, — dans l’argot des voleurs, d’aujourd’hui et d’autrefois, ainsi qu’il résulte du livre d’Olivier Chéreau, le Langage de l’Argot réformé, publié au XVIe siècle. Artie de Meulan. Pain blanc. Artie de Gros-Guillaume. Pain noir. Artie de Grimault. Pain chanci.
On dit aussi Arton et Lartie.

Rigaud, 1881 : Pain, — dans l’ancien argot. — Artie savonné, pain blanc ; artie du Gros-Guillaume, pain noir.

Virmaître, 1894 : V. Bricheton.

Artie de meulan

Vidocq, 1837 : s. m. — Pain blanc.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Pain blanc.

Virmaître, 1894 : Pain blanc. Allusion à la blancheur des farines produites par les moulins de cette ville (Argot des voleurs).

Artie du gros Guillaume

Vidocq, 1837 : s. m. — Pain noir.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Virmaître, 1894 : Pain abominablement noir qui rappelle celui du siège de Paris, en 1870, qui contenait de tout, excepté de la farine (Argot des voleurs).

Astique (faire l’)

Rigaud, 1881 : Astiquer son fourniment, faire son lit, cirer ses bottes, — dans le jargon de Saint-Cyr.

L’astique, une science très amusante de la grande manœuvre en plusieurs tableaux, qui se joue entre les quatre murs de l’École.

(R. Maizeroy, La Vie moderne, 2 août 1879)

Attrimer

anon., 1827 : Prendre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Attirer, prendre. Attrimer les robaux, faire courir les gendarmes.

Vidocq, 1837 : v. a. — Prendre.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Prendre.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre, saisir. Argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Voler. Attrimer les robaux, tromper, faire courir les gendarmes.

France, 1907 : Prendre ; argot des voleurs.

Auverpin

Larchey, 1865 : Auvergnat. V. Charabia.

Delvau, 1866 : s. m. Auvergnat, — dans l’argot des faubouriens, qui donnent ce nom à tous les charbonniers et à tous les commissionnaires.

Virmaître, 1894 : Auvergnat. On dit aussi : Auverplum et Bougnat (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Auvergnat ; il y a un mot plus moderne qui est ploume.

France, 1907 : Auvergnat ; argot populaire.

Et là seulement vous trouverez les bals-musette, les vrais, tenus par des Auverpins à la fois mastroquets et charbonniers, hantés par des Auverpins aussi, porteurs d’eau, commissionnaires, frotteurs, cochers.

(Richepin, Le Pavé)

Baccon

anon., 1827 : Pourceau.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Cochon.

Bras-de-Fer, 1829 : Pourceau.

Vidocq, 1837 : s. m. — Pourceau.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Porc, — dans l’argot des voleurs. Bacon, lard, dans le vieux langage.

Virmaître, 1894 : Cochon (Argot des voleurs).

Bahut

d’Hautel, 1808 : Un petit bahut. Nom que l’on donne par raillerie à un homme court et trapu ; à un bambin.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, dans laquelle l’homme serre — pour un instant — sa pine, comme chose précieuse.

Dans son bahut je flottais bien au large.

(Chanson anonyme moderne)

Larchey, 1865 : Institution académique.

Je te croyais au bahut Rabourdon. Jamais j’aurais pensé qu’t’étais devenu potache. Et Furet, as-tu de ses nouvelles ? en v’là un bahuteur. Il a fait la moitié des bahuts au Marais et une douzaine au moins dans la banlieue.

(Les Institutions de Paris, 1858)

Quelques fils de famille disent, par extension : le bahut paternel, en parlant du logis de leurs auteurs. Bahut spécial : École de Saint-Cyr.

L’École de Saint-Cyr ! j’ai le bonheur d’être admis à ce bahut spécial.

(La Cassagne)

Bahuter : Faire tapage. Terme propre aux élèves de Saint-Cyr. Pour eux, « ceci est bahuté » veut dire aussi : « Ceci a le chic troupier. » Bahuteur : Tapageur.

Cette écorce rude et sauvage qui allait au bahuteur de Saint-Cyr.

(La Barre)

Vient du vieux mot bahutier.

Quand un homme fait plus de bruit que de besogne, on dit qu’il fait comme les bahutiers. Car en effet les bahutiers, après avoir cogné un clou, donnent plusieurs coups de marteau inutiles avant que d’en cogner un autre.

Delvau, 1866 : s. m. Collège, — dans l’argot des collégiens. Se dit aussi de la maison du préparateur au baccalauréat, et, par extension de toute maison où il est désagréable d’aller. Bahut spécial. Saint-Cyr.

Delvau, 1866 : s. m. Les meubles en général. Argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : École, pensionnat, — dans le jargon des écoliers. — École de Saint-Cyr.

On est heureux en sortant du bahut d’avoir sa chambre, son ordonnance, son cheval.

(Vte Richard, Les Femmes des autres, 1880)

Rigaud, 1881 : Mobilier. — Bazarder tout le bahut, vendre tout le mobilier.

La Rue, 1894 : École. Mobilier.

France, 1907 : Pension, collège.

J’ai gardé bien des souvenirs du bahut, quelques-uns agréables et joyeux, un plus grand nombre, je ne dirai pas mauvais, mais mêlés d’amertume et souvent d’un certain étonnement sur la façon dont on entendait — je parle, hélas ! de plus d’une demi-douzaine de lustres — l’éducation de la jeunesse militaire.

(Hector France, Souvenirs du Prytanée)

Barre

d’Hautel, 1808 : Il est roide comme une barre. Pour il a l’air sec et rébarbatif ; le maintien gauche et empesé.

Vidocq, 1837 : s. f. — Aiguille.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. f. Aiguille, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Aiguille.

Virmaître, 1894 : Aiguille (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Aiguille ; argot des voleurs. Compter à la barre, c’est compter en traçant des barres sur une ardoise.

Bas de tire

Vidocq, 1837 : s. m. — Bas de chausses ; vêtement qui jadis remplaçait le pantalon.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Bas-off, bazof

Rigaud, 1881 : Adjudant sous-officier de l’École polytechnique ; c’est-à-dire bas-officier, par apocope dont les élèves font grand usage. Ainsi : bibli, biblo, pour bibliothèque ; colo, géné, corri, salle de récré, amphi, pour colonel, général, corridor, salle de récréation, amphithéâtre.

Les sept punis, roulés dans leurs draps, ainsi que des fantômes d’opérette, emboîtant le pas du bazof.

(R. Maizeroy, La Vie moderne, 15 sep. 1879)

Batelage

Rigaud, 1881 : Fourberie, mensonge ; d’où est dérivé la batterie des voleurs modernes.

Cependant, par ce batelage, ils amassèrent quantité d’argent.

(Ablancourt, Dialogues de Lucien, 1637)

Batelage est resté dans la langue régulière pour désigner le métier de bateleur.

Battre l’antif

Delvau, 1866 : v. n. Marcher, — dans l’argot des voleurs modernes. C’est le : Battre l’estrade des voleurs d’autrefois. Signifie aussi Espionner.

La Rue, 1894 : Marcher, s’enfuir.

Baucher

Vidocq, 1837 : v. a. — Moquer.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Moquer.

France, 1907 : Se moquer.

Baude

anon., 1827 : Vér.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Maladie de Vénus.

Bras-de-Fer, 1829 : Vér…

Vidocq, 1837 : s. m. — Mal vénérien.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Mal vénérien.

Larchey, 1865 : Vérole (Vidocq). — Du vieux mot baut joyeux. V. Lacombe Du Cange. — La baude serait donc la joyeuse, ou plutôt le mal de la joie.

Delvau, 1866 : s. f. Mal de Naples, — dans l’argot des voleurs parisiens.

Rigaud, 1881 : Maladie vénérienne. Ce qui reste de la fréquentation des ribaudes.

La Rue, 1894 : Syphilis.

France, 1907 : Mal vénérien, la syphilis ; du vieux mot baude, débauché.

Bauge

d’Hautel, 1808 : Avoir de tout à bauge que veux-tu. Avoir de tout en abondance ; être dans un pays de cocagne.

anon., 1827 : Coffre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Coffre, lit.

Bras-de-Fer, 1829 : Coffre.

Vidocq, 1837 : s. m. — Coffre.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Vidocq, 1837 : s. m. — Ventre.

Halbert, 1849 : Coffre.

Delvau, 1866 : s. f. Coffre, — dans l’argot des voleurs, qui ne craignent pas d’emprunter des termes aux habitudes des sangliers, qui sont aussi les leurs.

Delvau, 1866 : s. f. Ventre, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Ventre.

La Rue, 1894 : Malle. Coffre-fort.

France, 1907 : Bahut ; se dit aussi pour ventre.

Bettander

Vidocq, 1837 : v. a. — Mendier.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : v. n. Mendier, — dans l’argot des filous.

Rigaud, 1881 / France, 1907 : Mendier.

Bichon

d’Hautel, 1808 : Mon bichon. Nom d’amitié que l’on donne à un petit enfant.
On donne aussi ce nom à une espèce de chiens qui a communément le poil long.

Delvau, 1864 : Jeune homme qui sert aux plaisirs d’un homme mûr. C’est le giton moderne. — C’est aussi l’amant de cœur, le petit chien complaisant des femmes qui aiment à se faire bichonner, c’est-à-dire, lécher le cul.

Delvau, 1866 : s. m. Petit jeune homme qui joue le rôle de Théodore Calvi auprès de n’importe quels Vautrin.

Rigaud, 1881 : Éphestion de trottoir.

Rigaud, 1881 : Terme d’amitié. Nom de diminutif qui veut dire petite Elizabeth, petite Babet. (Hurtaut, Dict. des homonymes) Ne serait-ce pas plutôt une forme altérée de l’ancien mot bouchon, terme d’amitié, d’où est venu bouchonner ?

Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai,
Je te bouchonnerai, baiserai, mangerai.

(Molière, École des femmes)

Virmaître, 1894 : Outil de chapelier. C’est une sorte de petit tampon de soie ou de velours qui sert à bichonner les chapeaux de soie et à leur donner le coup de fion (Argot des chapeliers).

Virmaître, 1894 : Petit chien à tout faire. Cet animal est fort affectionné des dames d’un certain monde qui évitent avec lui les accidents et les maladies de neuf mois (Argot des filles).

France, 1907 : Petit jeune homme qui remplit le même rôle que les mignons de Henri III. Se dit aussi pour Jésus ; allusion à sa frisure. Les débauchés, les mignons de la cour de France.
C’est dans l’argot des filles, un de ces abominables petits chiens de manchon et de lit, qu’elles emploient à tout faire.

France, 1907 : Souliers à bouffettes ; tampon de chapelier qui sert à lustrer, à bichonner le chapeau.

Bijou artificiel

Delvau, 1864 : Phallus de cuir, — vulgo godemiché.

J’ai des bijoux artificiels
D’une forte structure
Qui, dans les cons superficiels
Remplacent ta nature.

(Chansons anonymes modernes)

Certain bijou, qui d’un sexe chéri
Offre l’image et le trait favori,
Sert de Zoé la langueur amoureuse.

(Parny)

Bilou

Vidocq, 1837 : s. m. — Membre de femme.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Binette

Halbert, 1849 : Figure.

Delvau, 1866 : s. f. Figure humaine, — dans l’argot des faubouriens, qui me font bien l’effet d’avoir inventé ce mot, tout moderne, sans songer un seul instant au perruquier Binet et à ses perruques, comme voudrait le faire croire M. Francisque Michel, en s’appuyant de l’autorité d’Edouard Fournier, qui s’appuie lui-même de celle de Salgues. Pourquoi tant courir après des étymologies, quand on a la ressource de la génération spontanée ?

La Rue, 1894 : Figure laide ou ridicule.

France, 1907 : La figure.

Oh ! là ! là ! c’te gueule,
C’te binette !
Oh ! là ! là ! c’te gueule,
Que voilà !

dit le refrain d’entrée au célèbre cabaret d’Aristide Bruant.

Voici quelle serait, d’après le Journal des Coiffeurs, l’origine de ce mot : « Binette, le coiffeur du roi, ne cédant jamais une de ses belles perruques pour moins de trois mille livres tournois. Il est vrai que ce grand perruquier ne se contentait pas de mettre une simple petite bande d’implanté sur le milieu, et qu’il garnissait toute la partie frontale de fine toile de crin, chose qui donnait à ses devants de perruque in-folio une légèreté extraordinaire. Aussi, comme les élégants de l’époque aimaient à parler toilette, parlaient souvent de binette (leur perruque), surtout lorsqu’elles sortaient de chez le grand faiseur. « Vous avez là une bien jolie binette ! » disait-on lorsqu’on voulait complimenter quelqu’un sur la beauté de sa perruque.
Aujourd’hui, et sans savoir pourquoi, on dit souvent par moquerie : Oh ! la drôle de binette ! »
Nous devons toutefois, ajoute Lorédan Larchey qui donne cette citation, faire observer que les exemples justificatifs de cette étymologie manquent totalement. En attendant qu’on en trouve quelques-uns, nous verrions plus volontiers dans binette une abréviation de bobinette.

Bler

Vidocq, 1837 : v. a. — Aller.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

La Rue, 1894 : Aller.

France, 1907 : Aller ; aphérèse d’ambler.

Blézimarder

Rigaud, 1881 : Se couper mutuellement la réplique, empêcher le voisin de dire sa phrase, émonder le dialogue comme un jardinier émonde un arbre à grands coups de serpe, — dans le jargon des acteurs. (Figaro du 31 juillet 1876, cité par Littré.) C’est sans doute une altération toute moderne de blesinarder, qui voulait dire flâner, musarder.

Ce verbe, dit M. Duflot, vient de Blésinard, un des types de Grassot, personnage flâneur, débraillé et sans soucis, dans la Vénus à la fraise.

France, 1907 : S’interrompre sur la scène ; terme de coulisses.

Bordel

d’Hautel, 1808 : Terme bas et de mépris dont on évite soigneusement l’emploi dans la bonne compagnie, et qui ne se dit au propre que d’un lieu de débauche et de prostitution ; et au figuré d’un tripot, d’une maison où tout est désordre et confusion.

Delvau, 1864 : Couvent de femmes qui ont fait vœu de lubricité. C’est le ganea (γάνος, joie) des Anciens, ordinairement situé loin de la ville, et la Borde (petite maison) des Modernes, située aussi dans la campagne, loin des regards indiscrets.

L’on envoie au conscience au bordel, et l’on tient sa contenance en règle.

(P. Charbon)

Misérable Philis, veux-tu vivre toujours
Un pied dans le bordel, l’autre dans la taverne ?

(Mathard)

Cependant vengeons-nous
Sur la grosse Cateau, qui tient bordel infâme.

(La Fontaine)

Delvau, 1866 : s. m. Prostibulum, — dans l’argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d’autres :

Miex ne voulaist estre mesel
Et ladres vivre en ung bordel
Que mort avoir ne le trespas.

dit l’auteur du roman de Flor et Blanchefleur.

Delvau, 1866 : s. m. Petit fagot de deux sous, — dans l’argot des charbonniers.

Rigaud, 1881 : Bruit, vacarme. — Faire un bordel d’enfer, faire beaucoup de bruit.

Rigaud, 1881 : Petit fagot de deux sous, — dans le jargon des charbonniers. — Petit paquet de linge sale, — dans le jargon des blanchisseuses. — Faire un bordel, laver un paquet de linge à soi appartenant.

Fustier, 1889 : Outils, instruments, objet quelconque.

France, 1907 : Débit de chair humaine.

On appelait autrefois borde une cabane, une maisonnette, et même une petite métairie, située à l’extrémité d’une ville. Le bordelier était l’hôte qui l’habitait. On en a fait depuis le mot bordel, parce que les lieux de prostitution étaient placés dans les faubourgs. Du saxon bord, maison.

(Glossaire de Rabelais)

Jeunes gens, défiez-vous des bordels, craignez la vérole et les sergots.

On m’a fait du bordel un bien sombre tableau… — Des Pontmartin !… laissez dire les imbéciles ; Tous les métiers sont bons en ces temps difficiles.

(Albert Glatigny)

Bouchon

d’Hautel, 1808 : Faire sauter le bouchon. Pour dire boire dru et sec, sans se griser.
On appelle un petit cabaret un bouchon ; et l’on dit À bon vin, il ne faut point de bouchon, parce qu’un cabaret, ou tout autre lieu en bonne renommée n’a pas besoin d’enseigne.

Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1864 : Le membre viril, que la nature a destiné à fermer hermétiquement le goulot de la femme.

Larchey, 1865 : Qualité, genre. — Allusion aux produits sortant des débits de vins appelés bouchons. On a dit ironiquement : Ceci est d’un bon bouchon, comme : Ceci est d’un bon tonneau, — ou : Ceci est du bon coin.

Delvau, 1866 : s. m. Acabit, genre, — dans l’argot du peuple. Être d’un bon bouchon. Être singulier, plaisant, cocasse.

Delvau, 1866 : s. m. Bourse, — dans l’argot des voleurs, dont les ancêtres prononçaient bourçon.

Delvau, 1866 : s. m. Cabaret. On sait que les cabarets de campagne, et quelques-uns aussi à Paris, sont ornés d’un rameau de verdure, — boscus.

Rigaud, 1881 : Bourse, — dans le jargon des voleurs.

Fustier, 1889 : Bouteille de vin cacheté. (Richepin)

Virmaître, 1894 : Bourse. Allusion à l’argent qu’elle contient, qui sert à boucher des trous. Pour payer une dette, on dit : boucher un trou (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mauvaise gargote où l’on vend du vin sans raisin. Allusion à l’usage ancien de placer comme enseigne, au-dessus de la porte d’entrée, une branche de sapin ou de houx ; cela se nomme un bouchon (Argot du peuple).

France, 1907 : Bourse, argot des voleurs, corruption de pouchon, pochon, poche. On disait aussi bourçon. — Bouteille de vin cachetée et, par métonymie, cabaret. — S’emploie aussi pour acabit, qualité : Être d’un bon bouchon, être amusant, de bonne humeur, gai compagnon. S’asseoir sur le bouchon, s’entendre condamner à la prison ; argot des voleurs.

Boucle de zoze

Vidocq, 1837 : s. m. — Pain bis.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Boudin

d’Hautel, 1808 : Clair comme du boudin. Se dit d’une affaire obscure effort embrouillée.
Faire du boudin. Minauder, bouder, faire l’enfant ; signifie aussi dormir la grasse matinée.
Cette affaire tournera en eau de boudin. Pour dire qu’elle n’aura aucun succès.
Souffleur de boudin. Homme qui a un gros visage, une figure grotesque.

Vidocq, 1837 : s. m. — Verrou.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Verrou (Vidocq). — Allusion à la forme des verrous ronds qui ferment les grandes portes.

Delvau, 1866 : s. m. Verrou, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Doigt épais et rouge.

Rigaud, 1881 : Verrou.

La Rue, 1894 : Verrou. Estomac.

France, 1907 : Verrou, estomac. En avoir plein le boudin. Sac à boudin, ventre. L’expression est vieille, on la trouve dans Scarron :

Énéas de sa grande épée,
Plus fier que ne fut un Pompée,
Éventa le sac à boudin
De ce désespéré blondin.

(Le Virgile travesti)

Bouis

d’Hautel, 1808 : Un bouis. Terme bas et de mépris ; cloaque, maison de débauche et de prostitution ou les honnêtes gens se gardent bien d’entrer.

Bras-de-Fer, 1829 : Fouet.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bordel.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Fouet, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Maison de tolérance, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Fouet.

Bouquiner

d’Hautel, 1808 : Terme technique des bibliophiles ; avoir la manie des vieux livres, se livrer tout entier à leur recherche.

Delvau, 1866 : v. n. Faire la chasse aux livres anciens ou modernes.

France, 1907 : Acheter des livres vieux ou neufs ; lire.

Boyau

d’Hautel, 1808 : Je sens mes boyaux qui crient. Pour, je commence à avoir besoin ; je sens que voilà bientôt l’heure du repas qui arrive.
Râcler le boyau. Pour dire jouer mal du violon ou de quelqu’autre instrument à corde.
Il a toujours six aunes de boyaux de vides. Se dit d’un goinfre, d’un gouliafre, d’un homme qui est toujours prêt à manger.
Rendre tripes et boyaux. Regorger, vomir excessivement.
Aimer quelqu’un comme ses petits boyaux. Voy. Aimer.

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui semble sortir du ventre — et qui y rentre quelquefois, au grand déplaisir de la femme.

Lorsque je bande,
Je me demande.
Si j’ai dans le boyau pinal
Tous les sabres de l’arsenal.

(Chanson moderne)

Adieu ! et jamais plus ne t’advienne entreprendre
Défaire le vaillant, toi gui ne saurait tendre.
Adieu ! contente toi, et ne pouvant dresser.
Que le boyau ridé te serve pour pisser.

(Rémy Belleau)

Virmaître, 1894 : Il a toujours un boyau de vide pour soiffer (Argot du peuple). V. Poivrot.

Brandouiller

Delvau, 1864 : Branler doucettement quelqu’un où quelqu’une, pour le — ou la — faire bander et l’exciter à jouir.

Qui n’invoque point le secours
D’une main gui vous le brandouille.

(Satan et Eve, 47)

Le roi disait à la reine Victoire :
Si tu voulais,
Une heure ou deux, me brandouiller l’histoire,
Je banderais…
Plus d’une fois, une main sous ta cotte,
Tandis que l’autre écartait ton fichu.
Je caressais et brandouillais ta motte…
Dis-moi, Marton, dit-moi, t’en souviens-tu ?

(Chansons anonymes modernes.)

Brigadier de l’amour (le)

Delvau, 1864 : Le doigt médium, — à cause de l’assistance qu’il prête aux amants dans les jeux libertins, puisque c’est avec lui qu’on branle une femme.

Quand amour perd de sa flamme,
Ce doigt la réveille en vous ;
Lorsqu’aussi près d’une dame
Le dieu cueille un beau laurier
Ce doigt est son brigadier.

(Chansons anonymes modernes)

Brisque

Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Année, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chevron.

Est-ce que vous attendez un larbin, par hasard, pour ranger votre case ? grommela un vieux sergent à plusieurs brisques.

(R. Maizeroy, La Vie moderne, 2 août 1879)

Rigaud, 1881 : Les dix et les as, au jeu de bezigue.

Merlin, 1888 : Chevron-galon en forme d’angle, indiquant le nombre d’années de service.

La Rue, 1894 : Année. Chevron.

France, 1907 : Galon de laine ou d’or, suivant le grade, que portaient les sous-officiers et soldats, avant la nouvelle loi militaire, et qui indiquait le nombre de rengagements. On avait jusqu’à trois brisques. Année, dans l’argot des voleurs.

Brobuante

Vidocq, 1837 : s. f. — Bague.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. f. Bague, — dans le même argot [des voleurs].

France, 1907 : Bague ; argot des voleurs qui disent aussi brocante.

Broque

Vidocq, 1837 : s. m. — Double. (Ancienne pièce de monnaie.)

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Un liard.

Rigaud, 1881 : Centime. — Cinq broques font un rond ; vingt ronds font une balle, cinq balles font une roue de derrière ou forte thune.

Virmaître, 1894 : Un sou (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Sou.

Je suis coupé, je n’ai pas un broque.

C’est un ancien mot qui voulait dire liard, quart de sou.

France, 1907 : Liard.

Cafarde

Vidocq, 1837 : s. f. — Lune (la).

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Lune (Vidocq). — C’est la lune voilée qui se dissimule derrière un nuage avant d’être la Moucharde, de briller de tout son éclat.

Delvau, 1866 : s. f. La lune, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent les indiscrétions de cette planète assistant à leurs méfaits derrière un voile de nuages.

Rigaud, 1881 : Lune, — dans le jargon des voleurs. — Cafarde ouatée, lune à demi cachée par les nuages.

La Rue, 1894 : La lune.

Virmaître, 1894 : La lune (Argot des voleurs). V. Moucharde.

France, 1907 : La lune, qui semble en effet guetter les méfaits nocturnes.

Es-tu l’œil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

(Alfred de Musset, Ballade à la lune)

Cagne

d’Hautel, 1808 : Un cagne. Synonyme de Cagnard, dont il semble être une apocope.

Bras-de-Fer, 1829 : Gendarme.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cheval.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Cheval (Vidocq). — Pris en mauvaise part. Abrév. du vieux mot cagnard : mou, paresseux. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. f. et m. Personne paresseuse comme une chienne, — dans l’argot du peuple. C’est aussi le nom qu’il donne au cheval, — pour les mêmes raisons.

Rigaud, 1881 : Agent de police. C’est une variante de cogne.

Rigaud, 1881 : Cheval, — dans le jargon des voleurs.

Avec ça qu’il est chouette ton cagne ! Il a une guibolle cassée.

(Cailler)

Rigaud, 1881 : Le comble de la paresse. Plus forte que la flemme, qui présente un état passager, la cagne est constitutionnelle ; c’est carogne, par suppression de deus lettres.

Vénus, la bonne cagne, aux paillards appétits.

(Saint-Amant, Le Melon)

Avoir la cagne, faire la cagne.

Fustier, 1889 : Mauvais chien.

Dans la bonté des chiens, il y a des bizarreries inouïes ; les disgraciés sont quelquefois les intelligents et, dans la même portée, il y a trois cagnes pour un bon chien.

(Carteron, Premières chasses)

France, 1907 : Mauvais cheval ; de cagnard, fainéant. Se dit aussi d’un mauvais chien et d’un agent de police.

Callots

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Teigneux.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sujets du grand Coësré, qui allaient mendiant par les rues de l’ancien Paris ; ils feignaient d’être récemment guéris de la teigne, et de venir de Sainte-Reine. « Sainte-Chapelle où toutes les années il s’opérait, dit Félibien, un grand nombre de guérisons vraiment miraculeuses. »

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Taigneux.

France, 1907 : Variété de vagabonds.

Les callots sont teigneux, véritables contrefaits.

(Le Jargon de l’argot)

Calot

Larchey, 1865 : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

Delvau, 1866 : s. m. Dé à coudre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi coquille de noix.

Delvau, 1866 : s. m. Grosse bille avec laquelle on cale en jouant, — dans l’argot des enfants.

Rigaud, 1881 : Dé à coudre, parce qu’il a la forme d’une calotte microscopique.

Rigaud, 1881 : Képi, — dans le jargon de Saint-Cyr.

Récompense honnête à qui rapportera le calot 3118.

(La Vie moderne, 30 août 1879)

Rigaud, 1881 : Vieillard, vieille femme ridicule, — dans l’ancien jargon des clercs de notaire.

Quant aux farces d’étude, c’est ordinairement sur de vieilles ganaches, sur ce que les clercs appellent des calots, qu’ils les exercent.

(Le Peintre des coulisses, 1822)

Dans le jargon moderne des commis de la nouveauté, un calot désigne un acheteur qui borne ses achats à un objet de peu d’importance, à une paire de gants à 29 sous par exemple.

Fustier, 1889 : Argot des commis de nouveautés : acheteur difficile, ennuyeux à servir.

Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.

(P. Giffard)

V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.

La Rue, 1894 : Dé à coudre. Coquille de noix. Œil saillant. Officier supérieur.

Virmaître, 1894 : Grosse bille avec laquelle les enfants jouent à la poucette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Synonyme de jeu de biribi.

France, 1907 : Dé à coudre, coquille de noix ; diminutif de calotte. Se dit aussi pour la calotte d’écurie que portent les militaires.

France, 1907 : Œil. Boiter des calots, loucher. Reluquer des calots, regarder.

France, 1907 : Sorte de jeu où le joueur est toujours volé. En voici l’explication par Hogier-Grison :

Le bonneteau n’est pas le seul jeu tenu par les croupiers de barrières. Ils en ont une série d’autres dont le fonctionnement ostensible est aussi simple et dont le truc caché est aussi dangereux.
Voici, par exemple, le calot, plus terrible encore que le bonneteau. Il se compose de trois quilles creuses, sous l’une desquelles le teneur place une petite boule appelée le mouton.
Il exige un personnel de quatre comtes ou compères, parmi lesquels un comte en blanc qui ne joue jamais, mais qui est chargé du rapport.
C’est un peu le jeu des gobelets et de la muscade ; le teneur s’installe ; il met le mouton sur une petite table, et le recouvre d’une quille :
— La boulette ! dit-il, elle passe, la boulette’… la boulette’… la boulette… Et, en même temps, il change les quilles de place, les faisant passer tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table de telle sorte que la boulette ne puisse sortir. Il s’arrête :
— Un louis à qui désigne la quille où se trouve la boulette ! crie-t-il.
Un des « comtes » montre un des calots :
— Elle est là, répond-il.
Le teneur soulève la quille, la boulette n’y est pas.
— Farceur, dit un autre « comte », la voici.
Et il soulève le calot sous lequel est le mouton.
— C’est bien simple, ajoute-t-il ; vous n’avez donc pas suivi le mouvement du joueur ? la boulette est toujours sous la même quille ; il y a qu’à ne pas perdre la quille de vue…
Bientôt le public s’en mêle ; le jeu change. Le teneur pose la boulette sur la table, la recouvre d’une quille, fait passer les deux autres, et tout en faisant ce double mouvement, il roule la boulette jusque dans ses doigts, où elle reste cachée, de façon qu’il n’y a plus de boulette du tout. Le pigeon peut ponter sur n’importe quelle quille, il a toujours perdu.

(Le Monde où l’on triche)

Camaro, camarluche

Rigaud, 1881 : Camarade.

Eh ! Bourdeau, eh ! las-d’aller ! lève-toi, c’est ton camarluche qui t’appelle !

(Huysmans, Marthe, 1879)

Les deux cents camaros se connaissaient, se tutoyaient.

(R. Maizeroy, La Vie moderne, 6 sept. 1879)

Camelottes, le monde camelotte

Delvau, 1864 : Celui des femmes galantes d’une catégorie très infime. Les fleuves ne peuvent pas remonter à leur source ; les mots y remontent volontiers, au-contraire ; par exemple celui-ci. Il est de création moderne, quant au sens nouveau qu’on lui a donné sans songer à l’étymologie : or, camelotte vient de camelus, qui veut dire chameau.

Camuse

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Carpe.

Vidocq, 1837 : s. f. — Carpe.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Carpe.

Delvau, 1866 : s. f. Carpe, — dans l’argot des voleurs, qui alors n’ont pas vu les carpes des bassins de Fontainebleau.

Rigaud, 1881 : Carpe, — dans l’ancien argot. À cause de son museau aplati.

France, 1907 : La mort. Se dit aussi d’une carpe ; argot des voleurs.

Capons

anon., 1827 : Les écrivains des autres.

Vidocq, 1837 : s. m. — Sujet du roi des argotiers, larrons et coupeurs de bourses.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Capre

Vidocq, 1837 : s. m. — Carolus, ancienne pièce de monnaie.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Casse-noisette

Delvau, 1864 : Habile contraction du sphincter du vagin qui retient prisonnier le membre viril qui s’est engagé, la tête la première, dans ces mystérieuses Thermopyles, et le force ainsi à combattre vaillamment — et à jouir.

L’art du casse-noisette remonte à la plus haute antiquité ; quelques femmes modernes le pratiquent encore avec succès, avec moins de succès cependant que les Chinoises, qui sont conformées de façon à faire gaudiller le Chinois le plus écourté du Céleste Empire.

(A. François)

Je possède l’art du casse-noisette,
Qui ferait jouir un nœud de granit.

(Anonyme)

Delvau, 1866 : s. m. Figure grotesque, où le nez et le menton sont sur le point d’accomplir le mariage projeté depuis leur naissance.

France, 1907 : Tête de vieux on de vieille dont le nez et le menton semblent vouloir se toucher.

Casserolage

Rigaud, 1881 : Accusation nouvelle, — dans l’ancien argot des voleurs. — Dénonciation, — dans l’argot moderne.

France, 1907 : Dénonciation.

Cayman

Vidocq, 1837 : s. m. — Mendiant.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Cert de charrue

Vidocq, 1837 : s. m. — Quart d’écu.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Champ de bataille

Delvau, 1864 : Le lit, sur lequel se tirent tant de coups et, tout au contraire de l’autre, se fabriquent tant de créatures humaines. — On employait autrefois ce mot pour : la nature de la femme. L’expression moderne est plus exacte.

Il fallut abandonner le champ de bataille et céder Haria.

(Diderot)

Quoiqu’il me parût fort dur de quitter le champ de bataille avant d’avoir remporté la victoire, il fallut m’y décider pourtant.

(Louvet)

Chanter (faire)

Vidocq, 1837 : v. a. — (Voir ci-après Chanteur.)

Delvau, 1866 : Faire donner de l’argent à un homme riche qui possède un vice secret que l’on connaît, ou à un artiste dramatique qui tient à être loué dans un feuilleton. L’expression est vieille comme le vice qu’elle représente.

Rigaud, 1881 : Battre monnaie à l’aide d’un secret. — Aux XVIIe et XVIIIe siècles l’expression avait le sens de soumettre, faire entrer en composition.

Porteront le fer et le feu au cœur de la France et la feront chanter.

(Lucien, trad. Per. d’Ablancourt)

Les voleurs modernes emploient le verbe « charrier » dans le sens de faire chanter.

France, 1907 : Extorquer de l’argent à quelqu’un sous la menace de révélations scandaleuses, en lui faisant peur, en le menaçant de publier certains faits qui pourraient nuire à sa considération, et qu’il a par conséquent intérêt à tenir ignorés. Faire chanter signifiait, autrefois, faire payer une chose qu’on ne doit pas.

Le chantage existe partout, et celui que l’en punit n’est pas toujours le plus dangereux. Il y a le chantage en gants paille qui s’exerce dans un salon, qui prend des airs de vertu, qui, du haut de son équipage, éclabousse le passant ; celui-là on ne l’atteint pas ! Mais le tribunal est la terreur de ces exploiteurs de bas étage qui proposent aux gens craintifs et aux pusillanimes une terrible alternative : la bourse ou le déshonneur !

(Figaro)

— Jouons cartes sur table. Qu’est-ce que tu veux ?… de l’argent ?… je t’en donnerai aujourd’hui… tu reviendras demain… après-demain… dans une semaine… dans un mois… tu reparaitras toujours. Tu me feras chanter, enfin… Regarde-moi bien en face. Ai-je l’air de ces timorés que les menaces effrayent ?…

(Hector France, La Vierge russe)

Chasse noble

Vidocq, 1837 : s. m. — -Chasse-coquin, suisse de porte.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Chenatre ou chenu

Vidocq, 1837 : ad. — Bon.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Chic, chique

Larchey, 1865 : Distingué, qui a du chic. — « C’est chique et bon genre. »

Ça un homme chic ! C’est pas vrai, c’est un calicot.

(Les Cocottes, 1864)

Rigaud, 1881 : Le suprême de l’élégance, de la perfection.

Il absorbe à lui seul une foule de sens. Ce qu’on nommait le goût, la distinction, le comme il faut, la fashion, la mode, l’élégance, se fondent dans le chic.

(N. Roqueplan, Parisine)

Le mot avait au XVIIe siècle à peu près le sens qu’il a aujourd’hui, comme on peut le voir par l’exemple suivant :

J’use des mots de l’art, je mets en marge hic. J’espère avec le temps que j’entendrai le chic.

(Les Satyres de Du Lorens)

En terme d’atelier le chic, mot affreux et bizarre et de moderne fabrique signifie : absence de modèle et de nature. Le chic est l’abus de la mémoire ; encore le chic ebt-il plutôt une mémoire de la main qu’une mémoire du cerveau.

(Baudelaire, Salon de 1846)

Faire de chic, c’est travailler sans le secours du modèle. — Être pourri de chic, être très bien mis, avoir beaucoup de distinction. — Femme chiquée, élégante mise à la dernière mode. — Dans le grand chic, dans le grand genre. — C’est du monde chic, c’est du monde très bien. Pour ces dames, une connaissance chic, c’est un homme généreux.

Un vieux monsieur de la Bourse, ou ce qu’on appelle une connaissance chic.

(Bertall, Petite étude sur le chic parisien.)

Chien de cour

France, 1907 : « Le maître d’études… Qui ne s’est accusé d’injustice en se rappelant les épithétes plus ou moins injurieuses dont il avait gratifié cet argus impitoyable, depuis l’antique dénomination de chien de cour, jusqu’à la moderne expression de pion ? »

(Eugène Nyon, Le Maître d’études)

L’écolier ne sait pas user, il ne sait qu’abuser ; aussi il arrive ordinairement que le pion aigri fait succéder une rigueur inusitée à son humeur débonnaire : il devient chien.

(Henri Rolland, L’Écolier)

Chier dans la malle ou dans le panier de quelqu’un

Delvau, 1866 : v. n. Lui jouer un tour qu’il ne pardonnera jamais, — dans le même argot [du peuple]. Le peuple dit quelquefois, pour mieux exprimer le dégoût que lui cause la canaillerie de quelqu’un : Il a chié dans mon panier jusqu’à l’anse.
L’expression, qu’on pourrait croire moderne, sort de la satire Ménippée, où on lit : « Cettuy-là a fait caca en nos paniers : il a ses desseins à part. »

Cigue

Ansiaume, 1821 : Louis d’or.

Si j’avois dix cigues, j’affranchirois mon garde pour cromper.

Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce d’or.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Clémens, 1840 : Pièce d’or.

France, 1907 : Pièce de vingt francs Abréviation de cigale.

Claquer

d’Hautel, 1808 : Donner une claque, un soufflet, ou tout autre coup avec la main.
Faire claquer son fouet. Se prévaloir hautement de quelqu’avantage ; faire le glorieux, le vaniteux.

Halbert, 1849 : Manger.

Larchey, 1865 : Manger — Allusion au bruit des mâchoires.

Il faut claquer, vaille que vaille : De par la loi l’on te nourrit.

(Wado, Chanson)

On dit au figuré Claquer : dissiper.

Larchey, 1865 : Mourir. Terme figuré. Ce qui claque, dans le sens ordinaire, est hors de service.

C’est là que j’ai appris, entre autres bizarreries, les dix ou douze manières d’annoncer la mort de quelqu’un : Il a cassé sa pipe, — il a claqué, — il a fui, — il a perdu le goût du pain, — il a avalé sa langue, — il s’est habillé de sapin, — il a glissé, — il a décollé le billard, — il a craché son âme, etc., etc.

(Delvau)

Delvau, 1866 : v. a. Donner des soufflets.

Delvau, 1866 : v. a. Vendre une chose, s’en débarrasser, — dans le même argot [du peuple]. Claquer ses meubles. Vendre son mobilier.

Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot des voyous, qui font allusion au bruit de la mâchoire pendant la mastication.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir. — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Dépenser. — Avoir tout claqué, avoir tout dépensé.

Rigaud, 1881 : Manger ; et claquer des bajouettes, — dans le jargon des blanchisseuses.

Rigaud, 1881 : Mourir.

Boutmy, 1883 : v. intr. Mourir. Ce mot n’est pas particulier aux typographes. Alfred Delvau, dans son Dictionnaire, l’attribue aux faubouriens. Il est aussi bien compris dans le centre de la ville qu’aux faubourgs.

La Rue, 1894 : Mourir.

La Rue, 1894 : Vendre.

Virmaître, 1894 : Donner une claque sur la figure ou sur le contraire. Synonyme de gifle. Allusion au bruit que produit la main (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Mourir. Allusion à un objet qui claque, qui casse (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mourir. Il est bien malade : il va claquer.

Hayard, 1907 : Mourir.

France, 1907 : Faire retentir.

L’œuvre de Corneille est grande, sévère, admirable en certaines de ses parties où passe un souffle ardent de passion. Le fameux « Qu’il mourut ! » peut trouver son application dans nos récentes épreuves, et certains vers claquent encore sur Bazaine à travers l’histoire. Mais enfin c’est du vieux jeu, c’est du poncif tragique, c’est de l’antinaturel, de l’antivivant poussé à la dernière expression. Et n’est-il pas dans le répertoire moderne de pièce d’une portée aussi haute et dans laquelle on sente vibrer la conscience moderne ?

(Le Mot d’Ordre)

France, 1907 : Manger. Se dit aussi au figuré pour dissiper : « J’ai claqué tout mon argent. »

Quand on est de ceux qui prétendent représenter une nation, élus par la moitié des citoyens, et que de cette moitié on acheta les trois quarts, on reste à boire, au cabaret, le fond des caisses électorales, mais on a la pudeur de se taire.
Quand on chourine, pour les voler, d’humbles épargnistes, on claque leur galette en compagnie de femmes au chignon jaune, mais on ne parle pas d’honnêteté.

(Jean Grave, La Révolte)

Claquer du bec, jeûner ; imitation des cigognes, qui font claquer leur bec.

France, 1907 : Mourir.

— Elle peut traîner un mois, six semaines, comme elle peut s’en aller cette nuit, claquer ce soir, subito, sans même que tu t’en aperçoives.

(Albert Cim)

Léda la laissa débiter son boniment, puis, pressée de questions par tous, dit qu’elle ne savait rien, sinon que la femme assassinée n’était pas morte et que seul l’English était claqué.

(Édouard Ducret, Paris canaille)

— L’hospice ! Non ! non ! je ne veux pas ! J’y ai été, quand j’ai eu la cuisse cassée. Y a des sœurs qui vous font dire des prières… On voit des camarades à côté de vous qui claquent… Les carabins avec leurs tabliers blancs… Non ! non ! je veux pas…

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Vendre.

Cocodette

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse, — la femelle du cocodès, — comme la chatte est la femelle de la souris.

France, 1907 : Créature ridicule, bonne à rien qu’à s’attifer.

La cocodette est un type féminin du second Empire, comme la merveilleuse le fut du Directoire, et la lionne, de la monarchie de Juillet. Semblable à la courtisane par son faste et ses allures, elle en diffère par la régularité de sa position sociale. Son existence est une pose incessante.

(Lorédan Larchey)

Le vingt pour cent de la galette
Aboul’-le à la cocodette.

(Hogier-Grison)

En une même génération spontanée, naquirent la cocotte et la cocodette ; celle-là, hétaïre vénale, qui remplissait Paris et autres villes de joie du fracas de ses excentricités et de ses costumes aveuglants de mauvais goût ; celle-ci, au contraire, mondaine blasée, lassée, curieuse de surmenage et de bruit, qui, affectant les allures des Phrynés modernes, s’empressait d’arborer le chignon désordonné, la chevelure artificielle, carotte on queue de vache, le fard, le clinquant des parures, le jargon et l’allure canaille des Cythères parisiennes. Entre la fille de marbre, la biche en renom et la cocodette, la différence était mince : l’une luttant pour la vie, l’autre ne combattait que contre l’ennui et le vide d’une existence morne, déséquilibrée et sans autre but plus nettement défini que le plaisir.
Cocottes et cocodettes inauguraient un règne d’inélégance, de camelote, d’abâtardissement moral, et de mauvais ton.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Coller (se)

Delvau, 1864 : S’unir charnellement, au moyen de la « moiteuse colle » que vous savez. — Cette expression, qui s’applique spécialement aux chiens, lesquels, après le coït, se trouvent soudés mutuellement, cul à cul, à la grand-joie des polissons et au grand scandale des bégueules, cette expression est passée dans le langage courant moderne pour désigner l’union illicite d’un homme et d’une femme. Que de gens croyaient ne s’être rencontrés que pour se quitter, qui sont restés collés toute leur vie !

Delvau, 1866 : v. réfl. Se lier trop facilement ; foire commerce d’amitié avec des gens qui n’y sont pas disposés.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se placer quelque part et n’en pas bouger.

Rigaud, 1881 : Absorber, avaler.

J’ai pris du Tokai… à six francs la bouteille : je m’en suis collé deux.

(E. Labiche et Ph. Gille, Les Trente millions de Gladiator)

Colle-toi ça dans le fusil.

(V. Hugo)

Rigaud, 1881 : Arriver à vivre en état de concubinage.

France, 1907 : S’unir librement.

Maintenant, ses parents étaient partis loin de Paris, l’épicier ayant mis la clé sous la porte, et Solange vivait maritalement avec Camille. Le lis, en perdant sa pureté, avait en même temps perdu sa position de « première ». Le moyen, en effet, d’aller travailler chaque matin, lorsqu’on s’est collée avec un gaillard faisant de la nuit le jour ?

(Paul Alexis)

Colleur

Delvau, 1866 : s. m. Examinateur — dans l’argot des Polytechniciens.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se lie trop facilement ; importun bavard qui, une fois qu’il vous tient, ne vous lâche plus. On dit plutôt : Collant.

Delvau, 1866 : s. m. Menteur.

Rigaud, 1881 : Examinateur dans une institution.

France, 1907 : Menteur, se dit aussi d’un homme bavard et gênant.

France, 1907 : Professeur chargé d’examiner les candidats à un examen et de leur poser des questions difficiles.
Toutes les fabriques de « bachots », le triomphe de la fumisterie de l’éducation moderne, ont leur colleur.

Comple

Vidocq, 1837 : s. m. — Chapeau.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Comte de la carruche

Vidocq, 1837 : s. m. — Geolier.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Conscrard

France, 1907 : Élève de première année à l’École Polytechnique.

Le conscrard ne devient conscrit qu’après avoir subi les épreuves de l’absorption, du bahutage, suivant l’expression moderne, après avoir passé devant la commiss, et avoir entendu la lecture de sa cote sur l’estrade le jour de la séance des cotes. Jusque-là, il a été basculé, absorbé, bahuté, en un mot brimé par les anciens.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

Quand on pense que les femmes,
Qui sont des êtres charmants,
Ont pu porter dans leurs flancs
Ces conscrards, êtres infâmes…
C’est à dégoûter vraiment
Du métier d’enfantement !

Coquardeau

Delvau, 1864 : Galantin, nigaud, bavard. — Gavarni a cru inventer Monsieur Coquardeau : il se trouvait déjà dans Rabelais.

Delvau, 1866 : s. m. Galant que les femmes dupent facilement, — dans l’argot du peuple. Le mot n’est pas aussi moderne qu’on serait tenté de le croire, car il sort du Blason des fausses amours :

Se ung coquardeau
Qui soit nouviau
Tombe en leurs mains,
C’est un oyseau
Pris au gluau
Ne plus ne moins.

France, 1907 : Mari trompé ; jeune imbécile qui se laisse facilement duper par les femmes. Le mot est vieux. Delvau et Lorédan Larchey citent ce sizain du moyen âge, tiré du Blason des fausses amours :

Se ung coquardeau
Qui soit nouviau
Tombe en leurs mains,
C’est un oyseau
Pris au gluau,
Ne plus ne moins.

Cosne

Vidocq, 1837 : s. f. — La mort.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 / France, 1907 : Auberge.

Coste de bœuf

Vidocq, 1837 : s. m. — Sabre.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Coucher avec une femme

Delvau, 1864 : En jouir ; — par extension : Tirer un coup — même sur toute autre chose qu’un lit.

C’est signe que tu ne couchas
Jamais encore avec elle.

(Cl. Marot)

Un ange la prend dans ses bras.
Et la couche sur l’autre rive.

(Parny)

Monsieur sait mieux que moi, me dit-il, que coucher avec une fille, ce n’est que faire ce qui lui plaît : de la à lui faire faire ce que nous voulons, il y a souvent bien loin.

(De Laclos)

Que veut-il donc ? Coucher avec une jolie femme et en passer sa fantaisie.

(La Popelinière)

Si j’cède à tes beaux discours,
C’est parc’que tu m’cass’ la tête,
Car avec un’ fille honnête
On n’couche pas avant huit jours.

(Chanson anonyme moderne)

Courbe

Vidocq, 1837 : s. f. — Épaule.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Épaule.

Larchey, 1865 : Épaule (Vidocq). — Allusion de forme.

Delvau, 1866 : s. f. Épaule, — dans l’argot des voleurs. Courbe de morne. Épaule de mouton.

Rigaud, 1881 : Épaule, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Épaule.

France, 1907 : Épaule. Courbe de morne, épaule de mouton.

Courte et bonne

Rigaud, 1881 : Devise des Épicuriens modernes qui prétendent dire par là que la vie doit être courte et semée de plaisirs.

Creux

d’Hautel, 1808 : Cet homme a un bon creux. Pour à la voix forte et sonore.
De la viande creuse. Alimens non-substantiels, tels que certains légumes.
Avoir le ventre creux. Être à jeun ; n’avoir pas pris ses repas accoutumés.
Il n’en a pas pour sa dent creuse. Se dit par ironie d’un homme fort dépensier, d’un envahisseur a qui on semble ne jamais donner assez, quelque chose que l’on fasse en sa faveur.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Maison.

Vidocq, 1837 : s. f. — Maison.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Maison, logis quelconque, — dans l’argot des voyous. Les voyous anglais disent de même Ken, apocope de Kennel (trou, terrier).

Delvau, 1866 : s. m. Voix, — dans l’argot du peuple. Bon creux. Belle voix, claire, sonore. Fichu creux. Voix brisée, défaillante, qui « sent le sapin ».

Rigaud, 1881 : Maison. — Voix. — Avoir un bon creux, avoir une voix bien timbrée, sonore.

La Rue, 1894 : Maison. Voix.

France, 1907 : Logis, maison.

France, 1907 : Voix. Bon creux, voix claire et sonore. Foutu creux, voix cassée, sourde. « Ah ! Mon pauvre vieux, tu as un foutu creux, tu sens le sapin. »

Crotte d’ermite

Bras-de-Fer, 1829 : Poire cuite.

Vidocq, 1837 : s. f. — Poire cuite.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Delvau, 1866 : s. f. Poire cuite, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Poire cuite.

Virmaître, 1894 : Poire cuite. Allusion à la forme (Argot des voleurs).

France, 1907 : Poire cuite.

Crucifix à ressorts

Vidocq, 1837 : Pistolet.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Pistolets (Vidocq). — Ils se présentent comme le crucifix aux heures suprêmes.

Cueilleur

d’Hautel, 1808 : Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire moderne ; on ne s’en sert que par ironie ; et pour ridiculiser un homme mal accoutré, fagoté, on dit qu’il est retroussé comme un cueilleur de pommes.

Dabusche

Vidocq, 1837 : s. m. — Roi.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Darwinisme

France, 1907 : Doctrine de Charles Darwin sur l’Origine des espèces. Ce célèbre naturaliste explique la formation graduelle des individus, animaux et végétaux, ayant une origine commune et se modifiant insensiblement à travers les âges, par suite de l’influence des milieux et des sélections, de façon à former non seulement des variétés, mais des espèces différentes. Cette doctrine fut le signal d’un mouvement dont on trouverait peu d’exemples dans l’histoire de la pensée. La descendance animale de l’homme que Darwin n’ose reconnaître ouvertement, mais que tous ses écrits font pressentir, souleva le clergé tout entier contre l’auteur de l’Origine des espèces, qui portait un coupe mortel à l’argument décisif de toutes les religions, celui des causes finales, démontrant l’existence d’un Dieu intelligent. De leur côté, les socialistes prirent comme mot d’ordre les formules du naturaliste anglais, d’où ils tirèrent le terrible axiome de notre société moderne : « Struggle for life » (la lutte pour la vie).

Dauche, doche

Rigaud, 1881 : Père, mère. Mon doche, mon père. Ma doche, ma mère, — dans le jargon des voyous. C’est le mot moderne.

Dèche

Vidocq, 1837 : s. — Dépense, déficit.

un détenu, 1846 : Voleur dans la débine.

Halbert, 1849 : Perte, misère.

Larchey, 1865 : Ruine, misère. — Abrév. de déchet.

Elles se présentent chez les courtisanes dans la dèche.

(Paillet)

Sans argent dans l’ gousset, C’est un fameux déchet.

(Chansons. Avignon, 1813)

Delvau, 1866 : s. f. Pauvreté, déchet de fortune ou de position, — dans le même argot [du peuple]. Ce mot, des plus employés, est tout à fait moderne. Privat d’Anglemont en attribue l’invention à un pauvre cabotin du Cirque, qui, chargé de dire à Napoléon dans une pièce de Ferdinand Laloue : « Quel échec, mon empereur ! » se troubla et ne sut dire autre chose, dans son émotion, que : « Quelle dèche, mon empereur ! »
Être en dèche. Être en perte d’une somme quelconque.

Rigaud, 1881 : Misère momentanée. La dèche est moins forte, moins soutenue que la débine, et surtout que la panne. — Dans une pièce militaire de Ferdinand Laloue, l’acteur chargé de donner la réplique à l’Empereur et de répondre : « Hélas ! quel échec, mon Empereur ! » se troubla. Destiné aux rôles muets, il parlait pour la première fois ; son émotion fut si grande que, bredouillant, il répondit : « Quelle dèche, mon Empereur ! » Le mot fît fortune, la presse s’en empara, et, lors de l’impression de sa pièce, Ferdinand Laloue le substitua au mot primitif. (Rapporté par Privat-d’Anglemont, Paris-Inconnu)

Boutmy, 1883 : s. f. Dénuement absolu. Employé dans d’autres argots.

La Rue, 1894 : Misère. Battre la dèche.

Rossignol, 1901 : Dépense. Celui qui paye la dépense, paye la dèche.

Hayard, 1907 : Misère.

France, 1907 : La sœur de la débine et de la panade. Être dans la déche. Battre la déche.

Elle entrevit l’abîme sombre où glisse, se débat et meurt l’employé, ce serf modèle dont la glèbe est un fauteuil de bureau, et qui attend toujours sa nuit du 4 août et sa prise de la Bastille.
La misère ouvrière est intense et cruelle, la détresse de l’employé est pire.
Elle se nomme d’un nom qui ajoute l’ironie à la souffrance : l’ouvrier est dans la misère, l’employé est dans la dèche.

(Edmond Lepelletier)

Cache-la bien, Nini, ma triste déche
À Villemain, même à Montalembert,
Chez qui souvent j’ai mangé l’huître fraîche,
Chez qui toujours est servi mon couvert.

(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais jeune homme à sa Nini)

De quel droit, bandit, t’es-tu permis de te faire mon juge ?… T’occupais-tu de moi, quand je crevais dans la dèche ?… Tiens, voilà pour toi !

(Père Peinard)

Oui, quelques joyeux garnements
Battent la déche par moments.
Chose bien faite !
Moi, dans mes jours de pauvreté,
J’ai, dit-on, beaucoup fréquenté
Père Lunette.

(Fernand Foutan)

Déconner

Delvau, 1864 : Sortir du con de la femme, soit parce qu’on a fini, soit parce qu’elle remue trop les fesses. Il y a des gens qui peuvent, comme l’Ascylte de Pétrone, rester deux jours sur une femme. Heureux Ascylte ! Plus heureuse femme !

Ah ! me voilà déconné !

(La Popelinière)

Le vit alors, bien convaincu
Qu’on ne peut voir un con vaincu,
Renonce à la victoire :
Il déconne et s’adresse au cu.

(Chanson anonyme moderne)

Avec cet outil-là, je puis, sans me gêner
Fournir mes douze coups, dont six sans déconner.

(Piron)

France, 1907 : Radoter, Mot à mot : devenir vieux, s’affaiblir.

Dernier bateau (être du)

France, 1907 : Être dans le mouvement, suivre la mode.

Je sais bien que l’employé de bureau n’a plus les manches de lustrine et le toquet de velours des romans de Paul de Kock. Je le veux aussi du dernier bateau, jeunet, habillé aux laissés pour compte des grands tailleurs, cachant même Bourget dans le fond de son pupitre, ce qui indique, ce me semble, une jolie culture intellectuelle. Pris individuellement, il est charmant, spirituel même, sachant joliment tourner une lettre agressive.

(Mentor, Le Journal)

Un membre du Jockey, tout à fait dernier bateau et converti au sport moderne, sollicite la concession d’une grande piste pour bicyclettes. Je le sais par la veuve d’un officier supérieur, qui postule elle-même la location des chaises sur la piste. Les chances de cette dame respectable étaient, jusqu’ici, à peu près nulles. Elle n’avait dans sa manche qu’une douzaine de sénateurs et de députés, personnages de second plan, sans grande influence, pas même compromis dans le Panama. Mais je viens d’apprendre avec plaisir qu’elle est sérieusement recommandée par le concierge de la maîtresse du beau-frère du fameux Terront.

(François Coppée)

Derrière (le)

Delvau, 1864 : Le cul, soit de la femme, soit de l’homme.

Et pour peu que, d’un air tendre,
On dirige un doigt savant,
On les voit se laisser prendre
Le derrière et le devant.

(Charles Monselet)

Phœbus, au bout de sa carrière,
Put les apercevoir tous deux,
Le brigadier dans le derrière
Agitant son membre nerveux.

(Parnasse satyrique)

Pour offrir
Son devant aux madames,
Son derrièr’ ferme et doux
Aux époux.

(Chanson anonyme moderne)

Détail (c’est un)

Larchey, 1865 : C’est un accident grave. — Ironie parisienne… Annoncez qu’un tel s’est cassé le bras, a perdu cinquante mille francs, etc., on vous répondra toujours : C’est un détail !

Rigaud, 1881 : Ce n’est rien. Mot que le scepticisme moderne devait appliquer aux événements les plus graves et qu’ordinairement on souligne par un rire. — Vous êtes en deuil ? — Ma femme est morte. — C’est un détail. Un tel a fait faillite et ruine plus de cent familles. — C’est un détail, je n’avais pas un sou chez lui.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique