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Bête

d’Hautel, 1808 : Plus fin que lui n’est pas bête. Locution badine et dérisoire, qui signifie que quelqu’un n’est rien moins que malicieux.
Bête à Pain. Dénomination basse et satirique, que l’on donne communément à un homme peu intelligent, emprunté et inhabile dans tout ce qu’il entreprend.
Bête comme un pot, comme une cruche, comme un oie. Sot et stupide au suprême degré.
Remonter sur sa bête. Rétablir ses affaires ; réparer ses pertes ; reprendre son premier état ; rentrer en faveur après avoir été disgracié.
La bonne bête. Expression piquante qui se dit d’un hypocrite, d’une personne qui affiche des sentimens qu’elle ne ressent pas.
Prendre du poil de la bête. Reprendre ses travaux accoutumés, après un long divertissement ; et dans un sens opposé, se mettre de nouveau en ribotte.
C’est une méchante bête ; une fausse bête. Se dit grossièrement et par dénigrement, d’un homme qui sous des dehors mielleux cache une ame noire et perfide.
Morte la bête, mort le venin. Signifie qu’une fois mort, un méchant n’est plus à craindre.
Quand Jean-Bête est mort, il a laissé bien des héritiers. Pour dire qu’en ce monde, il y a plus de sots que de gens d’esprit.
C’est comme l’arche de Noé, il y a toutes sortes de bêtes. Voyez Arche.
On n’y voit ni bête ni gens. Se dit d’un lieu obscur, où l’on ne peut rien distinguer.
C’est la bête du bon Dieu. Manière ironique de dire que quelqu’un est bon jusqu’à la foiblesse ; qu’on le mène comme on veut.
Faire la bête, faire l’enfant. Jouer l’ingénu ; minauder, avoir l’air de ne pas comprendre une chose dont on a une parfaite connoissance.
Bête épaulée. Fille qui se réfugie sous les lois de l’hymen, pour réparer les désordres de l’amour.
Pas si bête ! Espèce, d’exclamation, pour exprimer que l’on n’a pas donné dans un piège ; que l’on n’a pas voulu consentir à des propositions artificieuses.

Vidocq, 1837 : s. m. — Dans la partie de billard dont les détails seront donnés à l’article Emporteur, la Bête est celui qui tient la queue.

Larchey, 1865 : Voir bachotteur.

Delvau, 1866 : s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial par l’emporteur.

Rigaud, 1881 : Floueur qui, dans une partie de cartes ou de billard, allèche la dupe, en perdant quelques coups. Il fait la bête.

Rigaud, 1881 : Vache, — dans le jargon des bouchers.

Un boucher ne dit jamais : j’ai acheté une vache, mais bien : j’ai acheté une bête.

(É. de La Bédollière)

La Rue, 1894 : Compère qui allèche la dupe en perdant quelques coups au jeu.

France, 1907 : Compère d’un escroc au jeu qui allèche le dupe en perdant, en faisant la bête.

Déchirer sa toile

Virmaître, 1894 : Pester. Allusion au bruit qui souvent ressemble à un déchirement (Argot du peuple). V. Peau courte.

France, 1907 : Péter.

— Et tu crois que c’est pas emmiellant de coucher avec un type comme ça ! Le bougre de salaud ne fait toute la mit que déchirer sa toile. Tu penses si ça danse dans la piaule.

(Les Propos du Commandeur)

Douillard

Delvau, 1866 : s. m. Homme riche, fourni de douille. Se dit aussi de quiconque a une chevelure absalonienne.

Virmaître, 1894 : Peut s’entendre de deux manières. Clovis Hugues a beaucoup de douilles (cheveux). Rothschild a beaucoup de douilles (argent) (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui a des douilles (cheveux).

Hayard, 1907 : Ennuyeux (arg. typo).

Hayard, 1907 : Riche ; personne, travail ennuyeux.

France, 1907 : Richard, ou homme chevelu.

Je suis un pauvre bougre et je m’en contrefiche,
Ça doit être souvent emmiellant d’être riche,
D’abord, dès sa jeunesse, ayant toujours été
Un douillard, être pris par la satiété,
Et comme on peut avoir tout ce que l’on désire,
S’apercevoir qu’en soi le désir même expire,
Et que dans votre cœur lassé, blasé de tout,
Il ne vous reste rien qu’un immense dégoût…

(André Gill)

Emmerder

d’Hautel, 1808 : Enduire quelque chose de matière fécale.
S’emmerder ; se laisser emmerder. Figurément et d’une manière ignoble, pour se blouser ; se laisser attraper.

Delvau, 1866 : v. a. Ennuyer, obséder quelqu’un. Les bourgeois disent Emmieller.

Rigaud, 1881 : Ennuyer à l’excès. — Mépriser au dernier point. — Injure que le peuple a sans cesse à la bouche.

France, 1907 : Ennuyer, tracasser, obséder. On l’écrit généralement em…bêter.

Dans une dispute, ce sont toujours les gens constipés qui crient à leur interlocuteur : « Je vous em…bête ! »

(Paul Bonnetain)

— J’emmerde la Cour, je respecte messieurs les jurés.

(Victor Hugo)

Emmieller

d’Hautel, 1808 : Enduire quelque chose de miel ; et trivialement, pour ennuyer, importuner, obséder.
Tu m’emmielles. Locution très-usitée parmi le bas peuple, pour dire à quelqu’un que ses discours, ses remontrances ennuient ou déplaisent.

Larchey, 1865 : Emmerder.

M’emmiell’ra Qui voudra ! Moi, je n’m’emmielle guère.

(Valère, Chanson)

Rigaud, 1881 : C’est le mot précédent adouci. Cela se prononce : Em… m… m… ieller, en appuyant fortement sur les m, afin qu’il n’y ait pas de doute possible sur le sentiment exprimé. La variante est : Em… mener à la campagne.

France, 1907 : Euphémisme de emmerder.

Empaumeur

d’Hautel, 1808 : Homme artificieux et trompeur dont les paroles sont mielleuses et sucrées, ou brusques et choquantes, selon qu’il convient aux circonstances.

En pincer

France, 1907 : Être amoureux, avoir un caprice pour quelqu’un.

Monsieur de curé de Fouilly
En pinçait pour sa bonne ;
Il promettait le paradis
À la jeune friponne :
« Un baiser doux comme le miel,
De ta lèvre, ma belle,
Te conduira tout droit au ciel !
Ne me sois pas rebelle. »

(Léo Lelièvre)

On dit aussi dans le même sens : être pincé.

Fia

Rigaud, 1881 : Une des notes du tambour. Il y a le fia, le ra et le roulement.

Votre fia est si moelleux, si séduisant, si doux ! c’est du miel !

(H. Berlioz, Les Grotesques de la musique)

Et il n’y en a pas un pour pincer un roulement comme moi. Ce n’est pas moi qui prendrai un ffla pour un rrra.

(Scribe et Poirson, Une Nuit de la Garde nationale, sc. III, 1815)

Galantiser

France, 1907 : Faire la cour, le galant.

Il avait la langue dorée et s’entendait à merveille à galantiser. La sauvage Mancienne écoutant, troublée, ces galanteries qu’elle prenait au sérieux et qui coulaient comme miel des lèvres souriantes de cet élégant garçon.

(André Theuriet)

Lipet

France, 1907 : Vin fait avec le miel.

C’est surtout en Pologne que les vins faits avec le miel se préparent dans la plus grande perfection. Le lipet est aussi clair que le vin de Champagne ; comme lui, il pétille, et beaucoup de Polonais le lui préfèrent, tant pour le goût que pour la force. C’est à la supériorité des miels de Lithuanie que cette liqueur doit sa valeur.

(A.-F. Aulagnier)

Loque

France, 1907 : Maladie des ruches qui détruit les abeilles : d’où miel loqueux, mauvais miel.

Lune de miel

France, 1907 : Premières semaines du mariage dont le nombre varie suivant le tempérament et le caractère des époux. Tout est douceur et miel alors dans la vie conjugale ; la femme est adorable et le mari parfait. Cette expression, qui vient de l’Orient, a été popularisée en France par un roman de Voltaire, Zadig, d’où elle a passé le détroit, car les Anglais nous l’on textuellement prise : honey moon, disent-ils.
Voici le passage de Voltaire : « Zadig éprouva que le premier mois du mariage, comme il est écrit dans le livre du Zend, est la lune de miel, et que le second est la lune de l’absinthe. »

Sur la plage, Gontran et la petite baronne. Conversation sérieuse. On agite la peu nouvelle mais toujours grave question de savoir si la lune est habitée.
— Comment, baronne, vous croyez à l’homme dans la lune ?
— Eh ! mon ami, j’y ai cru au début de mon mariage. Car quelle est la femme qui ne croit à l’homme dans la lune… de miel ?

(Pontaillac)

J’en ai vu déjà, de ces mariages, je devrais dire de ces mésalliances, qui est le mot véritable, Ils promettaient de longs jours de bonheur et de prospérité. L’amant jurait d’aimer toujours, et il était de bonne foi. Puis, au bout d’un temps plus ou moins long, l’amour s’éteignait, la lune de miel tournait en lune rousse, les discussions s’élevaient. Elles commençaient sur des reproches, elles finissaient par des injures, et aboutissaient à un scandale.

(Paul Saunière)

Lune rousse

France, 1907 : Lune d’avril. Elle est généralement accompagnée de gelée et de vents froids, aussi la fait-on présider aux nuits des couples mal assortis. « Après la lune de miel, la lune rousse. »

Miel !

Delvau, 1866 : Interjection de l’argot des bourgeois, amis de l’euphémisme.

France, 1907 : Exclamation que les gens polis emploient pour merde. On dit également miel de blé.

Miel (c’est un)

Delvau, 1866 : Phrase de l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout, et surtout mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou belle : C’est un miel. Ils entrent dans un endroit qui pue : C’est un miel. On se bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang coule : C’est un miel, etc., etc.

Rigaud, 1881 : C’est bon, c’est amusant, très agréable ; et par ironie, c’est laid, ennuyeux, désagréable.

France, 1907 : C’est une chose excellente. On dit aussi : C’est un beurre !

Mielleux

d’Hautel, 1808 : Avoir un air mielleux. Pour dire fade, doucereux, comme sont ordinairement les fourbes et les hypocrites.

Mine à chier dessus

Rigaud, 1881 : Vilain visage, — dans le jargon du peuple. Qu’est-ce qu’il vient vous emm… ieller, celui-là, avec sa mine à chier dessus ?

France, 1907 : Vilaine figure.

— Qu’est-ce qu’il vient nous emmieller celui-là, avec sa mine à chier dessus ?

On dit aussi dans le même sens : mine à coucher dehors, c’est-à-dire avoir une figure à qui personne ne voudrait ouvrir la porte de chez soi pour y passer la nuit.

Mirquin

Halbert, 1849 : Bonnet.

Delvau, 1866 : s. m. Bonnet, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Bonnet.
— J’ai vu une gerce au rastue de Saint-Lago ; elle était rudement gironde avec sou melet mirquin ; il y manquait un rayon de miel (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 : Bonnet.

France, 1907 : Bonnet de femme ; argot des voleurs.

Mouche à miel

Fustier, 1889 : Argot des écoles. Se dit des aspirants à l’École centrale.

France, 1907 : Candidat à École centrale des arts et manufactures. Allusion à l’abeille d’or qui orne leur casquette et leur collet.

Noces (pain de)

France, 1907 : Chose très agréable dont on se promet ou reçoit grand plaisir. D’après M. Quitard, cette expression nous viendrait des Romains. « Dans le mariage par confarréation, dit-il, les deux époux mangeaient, en signe d’union, un pain ou gâteau fait de la farine de froment rouge. L’usage de ce gâteau s’était conservé dans les noces chrétiennes au moyen âge et de là vient l’expression pain de noces. Nous disons aussi de deux époux qui conservent longtemps l’un pour l’autre des procédés galants et tendres : Ils font durer le pain de noces. » Ce qui s’appelle en d’autres termes la lune de miel. Il faut observer que, dans le Languedoc, le baiser que l’on donne aux nouveaux mariés s’appelle pa de novis, paix de noces.
Le pain de noces coûte cher à qui le mange, vieux dicton peu encourageant non seulement pour les nouveaux époux, mais pour leurs invités. On sait, en effet, que les cadeaux que doivent faire les convives d’un repas de noce dépassent de beaucoup la valeur de leur part au festin.
Les Espagnols disent :

Pan de boda,
Carne de bultrera.

« Pain de noce, chair de piège à vautour. »

Œuvre on connaît l’artisan (à l’)

France, 1907 : C’est le débat d’une fable de La Fontaine, Les Frelons et les Mouches à miel.
Ce dicton, qui se passe d’explication, remonte à Solon, suivant Sophocle, ou a Bias, suivant Aristote. « L’emploi, disait-il, fait connaître l’homme. »

Parole d’angelot, ongle de diabletot

France, 1907 : Méfiez-vous des gens à parole mielleuse.

Pincer (en)

Rigaud, 1881 : Faire partie de, en être, — dans le jargon des voleurs.

Quand je vous récidive qu’on en pince et dur.

(P. Mahalin, Les Monstres de Paris)

France, 1907 : Être amoureux.

Monsieur le curé de Fouilly,
En pinçait pour sa bonne,
Il promettait le paradis
À la jeune friponne :
« Un baiser doux comme le miel,
De ta lèvres, ma belle,
Te conduira tout droit au ciel. »

(Léo Lelièvre, La Bonne du curé)

France, 1907 : Locution facétieuse employée dans le Centre, exprimant la prétention de s’entendre à une chose, de connaître un art ou un métier ; synonyme de s’en piquer.
L’expression est vieille. Le comte Jaubert fait observer qu’on la trouve déjà dans le Roman du Renard, à l’entrée en scène du chien qui se vante de pincer le beau français.

Radie

Rigaud, 1881 : Radical, par apocope.

Qué que t’as donc fait, pour qu’on te foute 500 livres sur la daube ! t’as un peu emmiellé le radie.

(Le petit Badinguet)

Rata

Vidocq, 1837 : s. f. — Fricassée.

Larchey, 1865 : Abréviation de ratatouille.

Pour le rata : faites bouillir de l’eau, prenez des pommes de terre, jetez le légume choisi dans la bassine, ajoutez 3 kilogr. de lard par cent hommes, remuez et servez.

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : s. m. Ragoût de pommes de terre et de lard, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : C’est le ragoût servi aux troupiers les jeudis et les dimanches ; pour ratatouille, mauvais ragoût. Rata aux pommes, ragoût aux pommes de terre que les restaurateurs des grands boulevards appellent pompeusement : « Un navarin », et qu’ils font payer en conséquence.

Merlin, 1888 : Ragoût composé de toute espèce de viande et légumes.

France, 1907 : Ragoût que l’on sert journellement aux soldats et qu’on ne donnait autrefois à leurs devanciers qu’aux grandes occasions, ou au plus le dimanche. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, l’apocope de ratatouille. Rata vient du grec ratos, ragoût fait de lait de chèvre, de miel et d’andouilles, et c’est de ce dernier mot combiné avec rata qu’on a fait ratatouille.

Homère raconte que les grognards de son temps veillaient à ce que leurs troupiers fussent toujours suffisamment repus. Aussi un festin suivait-il immédiatement un combat. Ajax tournait la broche gigantesque d’Agamemnon. Diomède, après avoir bouchonné ses chevaux, préludait à l’enfoncement complet des Troyens en confectionnant, dans une lèchefrite d’or, ce brouet noir appelé ratos, dont les Grecs étaient si friands, et Achille lui-même, le tendre et vaillant Achille, ne dédaignait pas de mettre la main à la pâte sous la tente de la sensible Briséis.

(Émile Marco de Saint-Hilaire)

Rayon de miel

Delvau, 1866 : s. m. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Dentelle, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Dentelle.

France, 1907 : Dentelle ; argot des voleurs. Allusion aux jours de la dentelle comparés aux cellules de la ruche.

Siroter le bonheur

Delvau, 1866 : v. a. Être dans la lune de miel. Argot des faubouriens.

Sucre (c’est un)

Rigaud, 1881 : C’est très bon.

France, 1907 : C’est excellent ; argot populaire, même sens que c’est un beurre.

On aura depuis longtemps chassé du vocabulaire des images de cette sorte : « C’est un beurre » ou « c’est un sucre » qu’on n’aura pas cessé de dire couramment d’une chose agréable et suave qu’elle est douce comme le miel.

(Frédéric Loliée, Parisianismes)

Tailler

Rigaud, 1881 : Tenir la banque au baccarat.

Avoir une veine pareille et ne pas tailler !

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Bien tailler, gagner à la banque ; mal tailler, y perdre, mal connaître le jeu.

France, 1907 : Battre un jeu de cartes. Tailler un arc-en-ciel, c’est, dans l’argot des grecs, battre les cartes en les faisant sauter de façon à les voir.

Taille toujours en arc-en-ciel,
Pour le flambeur c’est un vrai miel.

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

Ubi mel, ibi apes

France, 1907 : Là où est le miel, les abeilles y sont. Locution latine tirée de Plaute, signifiant que là où se trouve une attraction, les amateurs ne manquent pas.


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Dictionnaire d’argot classique