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Lancequine, lansquine

France, 1907 : Pluie, averse.

— Si l’on t’entend crier, me disait-il, je te tue ; si tu ne dis rien, je donnerai de l’argent à tes parents et je les protégerai.
— Qu’est-ce qu’il leur a donné à tes auteurs !
— Quatre bons de pain qu’il m’a donnés pour eux, en me mettant à terre au coin d’une rue noire, et puis, fouette cocher ! Je ne l’ai jamais revu. Depuis ce temps, j’ai plus de goût à rien ; j’ai fait que poiroter sous les lansquines en battant mon quart…

(Louise Michel, Les Microbes humains)

Lansque

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Lansquenet, — dans l’argot de Breda-Street. Faire un petit lansque. Jouer une partie de lansquenet.

France, 1907 : Apocope de lansquenet ; argot des joueurs.

France, 1907 : Eau.

— Y avait des mecs qui m’ont appelée pour un fourbi, qu’ils disaient que c’était un velours… Y s’agissait de glisser un machabée au fil de la lansque. On devait avoir l’air de faire tranquillement la noce. Je m’ai sauvée…

(Louise Michel, Les Microbes humains)

Microbe

France, 1907 : Du grec micros, petit, et bios, vie. Mot créé vers 1878 par Sédillot, chirurgien de Strasbourg, pour désigner les plus petits représentants de la nature vivante. Ces êtres se mesurent par millièmes ou dixièmes de millième de millimètre. Les microbes se reproduisent avec une vitesse prodigieuse. En 24 heures, 16 millions d’individus peuvent provenir d’un seul. Un millimètre cube de sang corrompu donne en un jour le nombre de 5,000 milliards de micro-organismes. La doctrine microbienne, dite théorie parasitaire ou doctrine du contage animé, explique les phénomènes de la contagion et de l’épidémicité des maladies infectieuses. Les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, les pneumonies, les abcès, les furoncles, la tuberculose, etc., sont causés par la pénétration du microbe dans l’organisme.
On dit « ensemencer » ou « cultiver » les microbes parce que, par une suite de gradations insensibles, ils se rattachent aux moisissures et aux algues, ce qui les a fait considérer à tort comme des végétaux.

France, 1907 : Injure signifiant avorton, être sans aucune valeur.

On se prend à douter si l’avenir, au lieu de désigner notre siècle par le nom de quelque rare génie, ne l’appellera pas le siècle de microbes ; nul mot ne rendrait mieux notre physionomie et le sens de notre passage à travers les générations.

(M. de Vogüé)

Microbiologie

France, 1907 : Étude du microbe. « On peut dire que la microbiologie a pris naissance avec les travaux de Pasteur sur le vin et la bière. »

(Jules Héricourt)

Mistoufles

Virmaître, 1894 : Faire des misères, causer des désagréments à quelqu’un (Argot du peuple).

France, 1907 : Désagréments, ennuis.

Les médecins de nos jours, avec leurs théories parasitiques, ne voient plus que microbes partout, que microbes acharnés à nous faire des mistoufles, comme on dit à Montmartre.

(Armand Silvestre)

Le deuxième me fit des « pouffes »,
Le troisièm’ me fit tatouer,
L’quatrièm’ me fit des mistoufles
Et le cinquièm’ me fit suer,
Le sixième fit des manières,
L’septièm’ me fit du boniment,
Le huitièm’ me fit des misères,
Le neuvièm’ me fit un enfant.

(René D’Esse)

Employé au singulier, mistoufle signifie misère.

Et fichtre, c’est très légitime que l’appétit vienne enfin au populo : il a un ventre, c’est pour l’emplir ! Il a parfaitement raison de vouloir jouir de l’existence et de n’en plus pincer pour confire dans la mistoufle.

(Le Père Peinard)

Panspermie

France, 1907 : Le monde des microbes, les bactéries, des germes innombrables dont le travail incessant produit toute transformation, et qu’a découvert Pasteur.

Mais Dieu ! le voilà réduit au rôle de garçon de laboratoire… la panspermie mène tout droit au panthéisme ; il n’y a d’autre Dieu que la nature, s’organisant et se combinant par sa propre force… Alors le pape n’est plus bon à rien et le denier de saint Pierre est un fonds d’escroquerie.

(Jules Lermina, Le Radical)

Papyrolithe

France, 1907 : Papier-pierre. Néologisme. Aux États-Unis, l’on construit des maisons entières en papier. Ce papier est réduit en pâte, puis comprimé. Un inventeur allemand préconise le papyrolithe pour la confection de planchers qui, ne présentant pas de rainures, seraient exempts de poussière et par conséquent de microbes. Il existe déjà depuis quelques années dans les services auxiliaires de l’armée française des ambulances de campagne démontables, en carton comprimé, d’une étanchéité et d’une solidité absolues. Du reste, un constructeur américain proposait récemment de bâtir une cathédrale en papyrolithe.

Reguicher

France, 1907 : Attaquer :, argot des voleurs.

— Eh ! la Gribouille, comment que t’as été pigée ? dit une vagabonde à une autre.
— Je dormais par terre avec mon petit dans mes bras, pelotonnée comme un p’tit chat sous un arbre des boulevards. V’là qu’on me tire par la jambe ; je me cavale, mais y z’étaient du monde, on me reguiche, je m’ai défendue et me v’là.

(Louise Michel, Les Microbes humains)

Scatologie

France, 1907 : Qui traite des excréments. « Un écrivain scatologique. » Du grec skatos, excrément.

— Nous entendrons toutes les gaudrioles qu’on voudra bien nous servir ; mais foin des choses artistiques ! Si Fertu récite des vers, je parlerai de force pendant huit jours et huit nuits sur les microbes et du choléra asiatique !
Les acclamations couvrirent la voix du docteur. Fertu, devant son échec, n’insista point : son devoir, dit-il, étant d’obéir au vœu de la société, il composerait séance tenante une brillante improvisation en prose sur un sujet scatologique.

(Paul Pourot, Les Ventres)

Tuyau de poêle

Larchey, 1865 : Chapeau rond, botte à l’écuyère. — Allusion de forme.

Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue.

(Th. Gautier, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes. Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l’ont ainsi baptisé.

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme. — Pantalon des soldats d’infanterie de ligne, — dans le jargon des troupiers.

Merlin, 1888 : Dans le langage familier, on désigne ainsi un chapeau de haute forme ; dans l’argot militaire, c’est une botte.

La Rue, 1894 : Chapeau haut de forme. Soulier dont l’extrémité est béante.

Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion juste, car il a la forme et la couleur d’un tuyau (Argot du peuple).

France, 1907 : Chapeau haut de forme appelé ainsi parce qu’il fait ressembler celui qui le porte à quelqu’un coiffé d’un tuyau de poêle tronqué. Il faut être, comme nous le sommes, habitués à cette grotesque coiffure pour ne pas en voir tout le ridicule. Cette abomination nous vient comme tant d’autres modes de la Grande-Bretagne. Ce fut un chapelier anglais, John Hetherington qui, désirant se faire une réclame monstre, s’en coiffa le premier. Il l’inaugura le 15 janvier 1797 — notez cette date mémorable dans les fastes de l’imbécillité publique — en se promenant dans les rues principales de Londres, où il provoqua un véritable scandale. Bien que fervents admirateurs de tout ce qui est excentrique, les Anglais trouvèrent que ce chapeau dépassait les bornes du laid. Le chapelier fut hué ; il y eut des bousculades ; Hetherington tint bon et reparut le lendemain et les jours suivants aves son grotesque couvre-chef, dont il avait orné de pareils sa vitrine. Le scandale ne discontinua pas et finalement son auteur fut poursuivi devant le tribunal du lord-maire sous l’inculpation d’avoir troublé la paix publique. Il déclara pour sa défense qu’un citoyen anglais avait le droit de se coiffer comme bon lui semblait. Le Times lui donna raison et dès lors l’opinion fut en sa faveur.
Quelques jeunes fashionables s’affublèrent par plaisanterie du nouveau chapeau, un membre de la famille royale le trouva à son goût et dès lors la gentry l’adopta. De l’Angleterre, il passa sur le continent, et traversant les frontières, les monts et les mers, il est allé coiffer jusqu’aux têtes des rois nègres.

La perfidie du chapeau haut de forme, dit George Auriol, est du reste indéniable. Il est fatal aux crânes les plus endurcis. Il recèle le microbe de la migraine et propage le bacille de l’abrutissement. Il exige des soins constants. Dès qu’on oublie de le lisser, de le polir, de le caresser et de le lécher, — il se rebiffe !
Moi qui vous parle, lorsque par hasard je m’encombre d’un chapeau tube, je suis le plus malheureux des hommes. À peine l’horrible tuyau est-il sur ma tête, qu’il s’horripile de lui-même malgré toutes les précautions que je prends, si bien qu’au bout d’une demi-heure il ressemble à un hérisson longtemps battu par la tempête.

 

Nous sommes tous fort laids même en habits de fête :
Boutonnés, ficelés et traînant notre ennui,
Les pieds dans deux tuyaux, un tuyau sur la tête,
Les deux bras engainés, le corps dans un étui
Que fabrique un tailleur pour les preux d’aujourd’hui.
Aussi prêtons-nous mal à la mélancolie,
Et la belle qui rêve et veut l’émotion
Ne peut guère trouver que par une folie
L’emblème du monsieur qui fait sa passion.

(Aurélien Scholl)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique