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Boucan (faire du)

France, 1907 : Faire du bruit, du tapage, du désordre. Agir comme des boucaniers ; du mot caraïbe Bou-Kann, lieu où les Indiens de l’Amérique séchaient leurs viandes.
Les boucaniers, dont l’origine remonte à l’an 1660, étaient des aventuriers anglais, et surtout normands, organisés en troupes pour chasser le bœuf sauvage, alors très abondant dans les Antilles, et dont ils vendaient le cuir. Ils chassaient aussi le sanglier et élevaient des meutes de 25 à 30 chiens. Ce rude métier était en quelque sorte l’apprentissage et la préparation au métier plus difficile et plus dangereux de flibustier, qui exigeait une grande intrépidité et une énergie hors ligne. Ils furent en guerre constante avec les Espagnols, qui redoutaient leur voisinage et craignaient qu’ils ne devinssent maître de Saint-Domingue, le paradis des Antilles. Bien que les boucaniers défissent constamment les troupes espagnoles, comme il se recrutaient difficilement, leur nombre diminuait sans cesse ; ils abandonnèrent leurs comptoirs et, sous le nom de Frères de la Côte, devinrent, pendant un demi-siècle, la terreur des mers des Antilles et du golfe du Mexique.

Bricole

d’Hautel, 1808 : Meuterie, gasconnade, raillerie, subterfuge.
Un ami de bricole. Signifie un ami de rencontre et sur lequel on ne peut faire aucun fonds.
Une fortune de bricole. Un bien que l’on a amassé de côté et d’autre, souvent d’une manière illicite.
Donner une bricole à quelqu’un. Faire entendre une chose pour une autre.
Jouer de bricole. Tricher, ne pas jouer de bonne foi.

Larchey, 1865 : Petit travail mal rétribué.
Bricoler : « M. Jannier bricolait à la Halle, c’est-à-dire qu’il y faisait à peu près tout ce qu’on voulait, qu’il était au service de qui désirait l’occuper. » — Privat d’Anglemont. — Vient de bricole : harnais qui fait de l’homme qui le porte une sorte de cheval bon à tout traîner.
Bricoler : Faire effort, donner un coup de collier ou bricole.

Et bricolons tout plus vite que ça, car j’ai les pieds dans l’huile bouillante.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise affaire, affaire d’un produit médiocre. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Travail de peu d’importance ; travail mal rétribué, fait à temps perdu.

Le soir même, le zingueur amena des camarades, un maçon, un menuisier, un peintre, de bonszigs, qui feraient cette bricole après leur journée.

(É. Zola)

Au XVIIIe siècle, bricole avait le sens de mauvaise excuse, menterie.

France, 1907 : Petit travail de peu de profit.

Grâce à son travail — lequel consistait le plus souvent en bricoles — il eut presque constamment de quoi se nourrir et se vêtir.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Se dit aussi dans le sens d’équipe : Toute la bricole est en bordée.

Carabin

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à un étudiant en chirurgie.

Delvau, 1866 : s. m. Étudiant en médecine, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Étudiant en médecine. Le nom de carabin était autrefois appliqué aux garçons barbiers, à l’époque où les barbiers étaient, en même temps, chirurgiens et apothicaires, ayant pour arme une seringue. On les appelait aussi carabin de Saint-Côme.

Et, dans une indignation qu’il n’analysa point, Fouesnel fut sur le point de s’écrier : « Barbares ! » quand il vit les carabins enfoncer leurs scalpels dans cette blancheur de marbre, avec l’impatience d’une meute à l’hallali, une joie sourde de dépecer, de scier, d’ouvrir, de débiter ce corps de supplicié comme une pièce de boucherie.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

— Il y a précisément un carabin qui habite sur mon carré. Vous savez, le grand blond qui était au café, un jour, comme nous passions… qui nous a arrêtées pour nous forcer à trinquer avec lui et ses amis… Il est interne à la Pitié et on le dit très fort, plus fort que biens des grands médecins…

(Albert Cim)

Chienlit

Delvau, 1866 : s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement, — dans l’argot du peuple, qui n’a pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (Paradoxes philologiques), venir de si loin.
Remonter jusqu’au XVe siècle pour trouver — dans chéaulz, enfants, et lice, chienne — une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c’est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbe cacare — en français — date du XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n’a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu du XVIIIe siècle ; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l’avait été, et l’on peut dire qu’il est né tout d’une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d’ingéniosité à ce propos ; mais aussi, son point de départ était par trop faux : « La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, est chiaulit. Les gamins ont raison. » M. Nisard a tort, qu’il me permette de le lui dire : les gamins de Paris ont toujours prononcé chit-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s’écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.

France, 1907 : Personnage ridicule et grotesque.

Être inintelligent, ce n’est qu’une guigne ; mais en faire parade, exhiber sa disgrâce, prétendre s’en faire une arme et un titre à dominer les autres !… Voilà qui est insoutenable et prête a rire ! Voilà qui ameute, contre les chienlits du parlementarisme, tout ce que la France a de graine de bon sens : sa jeunesse, ses artistes, ses plébéiens, et jusqu’aux gamins de ses rues, pépiant et gouaillant, les mains en entonnoir autour du bec, l’œil émerillonné, « reconduisant » les ministres.

(Séverine)

Chienneur

France, 1907 : Tondeur de chiens.

En dehors des sens qui mènent à Paris une vie de chien, il y a ceux qui exploitent la vie des chiens. Je ne parle, bien entendu, ni des piqueurs de meutes, ni des marchands de muselières et autres industriels à patentes respectables, mais des humbles qui glanent où les autres ont moissonné. D’une appellation collective on les nomme les chienneurs ; tous ne vous sont pas inconnus, mais il est peu probable que les détails de leurs petits commerces vous soient familiers.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Cogner (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Échanger des coups de pied et des coups de poing, — dans le même argot [des faubouriens]. Se dit aussi pour : Prendre les armes, descendre dans la rue et faire une émeute.

Rossignol, 1901 : Dans un partage, celui qui n’a rien se cogne.

Rossignol, 1901 : Se battre.

France, 1907 : Se battre ; argot populaire.

Et l’enfant du hideux père,
Lui-même encor plus hideux,
Prit les sous, se nourrit d’eux,
Puis grandit, cœur de vipère,
Et de sa mère aux poils blancs,
Fut le mec, les poings sanglants,
Sanglants à cogner dans elle,
Quand elle ne gagnait pas
Assez pour les trois repas
Dont il gavait sa donzelle.

(Jean Richepin)

Et, lorsque, subitement,
Se produit quelque évén’ment,
I’ s’conduit en imbécile,
L’sergent d’ville,
Ne connaissant plus sa b’sogne,
Il devient plus… diligent :
Sur le journaliste il cogne,
Le parfait agent.

(Blédort)

Hélas ! Les bougres de là-bas avaient remisé leurs gourdins derrière la porte. Cré pétard ! c’était pourtant bougrement plus le moment de cogner que d’applaudir !

(Père Peinard)

Cris de merluche

Delvau, 1866 : s. m. pl. Cris épouvantables, — comme ceux que poussait Mélusine, la pauvre belle serpente dont Jean d’Arras nous a conservé la touchante histoire. On dit aussi Crier comme une merlusine.

Rigaud, 1881 : Cris formidables poussés dans le but d’ameuter le monde ; cris comme en font entendre les femmes corrigées à tour de bras par leurs maris.

Harnaque

France, 1907 : Mécanisme.

À l’écart de cette émeute, Panpan installait un jeu de petits chevaux de plomb dont il était le constructeur. Dix fois, la police avait dérangé ses opérations, contrôlé son pivot. Mais le harnaque en était si perfectionné que les agents n’y voyaient que dig.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Jacter

Ansiaume, 1821 : Parler.

Pendant que vous jactés, j’ai grinchi deux rondines à la buque.

Clémens, 1840 : Crier.

un détenu, 1846 : Dire, proclamer, crier.

Delvau, 1866 : v. n. Parler, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté ce verbe à la vieille langue des honnêtes gens (jactare, vanter, prôner).

La Rue, 1894 : Parler. Crier. Jaquette, bavard.

Virmaître, 1894 : Parler, crier.

Si quelque pante
Se glisse et entre
Et se permet
Chez nous de faire du pet
On l’saigne, on l’frotte,
Et c’est fini par là.
S’il se cacale et jacte dans la rue
Pour ameuter tous les daims contre nous.

dit une des plus vieilles chansons d’argot connue.
Jacter vient sûrement de jacare (Argot des voleurs).

Ligne (tirer à la)

Larchey, 1865 : Écrire des phrases inutiles dans le seul but d’allonger un article payé à tant la ligne. Vive la ligne !

Je rapporte un petit magot. Ah ! quelle chance ! Vive la ligne !

(Léonard, parodie, 1863)

Ce vivat, poussé fréquemment aux jours d’émeute où l’on veut gagner le cœur des troupes de ligne, est devenu proverbial et s’applique ironiquement à tous les cas d’enthousiasme.

Rigaud, 1881 : Allonger un article de journal payé à tant la ligne.

France, 1907 : Allonger, délayer un article de journal ou un chapitre de roman de manière à faire le plus de lignes possible. C’est le procédé qu’emploient les écrivassiers et les pondeurs de romans-feuilletons payés à tant la ligne. On les appelle pêcheurs à la ligne. « Le pêcheur à la ligne est un rédacteur qui, comme le pêcheur, vit de sa ligne. » (Balzac)

Manche (avoir la première)

France, 1907 : « Chez nous, l’émeute, sous toutes ses formes, a toujours la première manche et ne cède que devant les forces organisées de la police ou de l’armée. »

(Nestor, Gil Blas)

Perruquier de la sérieuse

France, 1907 : Le bourreau. Il procède à la dernière toilette.

— Ouvrez donc, bistro de malheur !… J’ai une soif carabinée, et tout est fermé dans ce sacré pays… C’est un désert depuis Clichy !… Ouvres-tu ? puisqu’il y a de la lumière, c’est que tu es encore là…
À présent le tenace consommateur tambourinait le volet avec les poings.
— Si je le laisse dehors, pensa l’assassin, il va ameuter les environs… des gendarmes faisant leur ronde peuvent passer, et ils s’informeront… et alors gare au perruquier de la sérieuse… Non ! je ne me laisserai pas comme ça rafraîchir les douilles…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Pingrerie

d’Hautel, 1808 : Vilenie, lâdrerie, intérêt bas et sordide.

Delvau, 1866 : s. f. Ladrerie.

France, 1907 : Avarice, lésinerie.

Paul Féval, qui avait beaucoup d’esprit, s’étonnait, un jour, devant moi, que, dans les émeutes, on eût tout d’abord recours à la violence, à la force armée. « Pour dissiper les rassemblements, proposait le romancier, il serait si simple de faire une quête. »
Guérissons-nous du vilain défaut de pingrerie.

(François Coppée)

Renaud

Delvau, 1866 : s. m. Reproche, esclandre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Danger, péril.

Rigaud, 1881 : Reproche. — Esclandre. — Remords. — Faire du renaud, se plaindre, ameuter le monde par des cris. Renauder. Grogner, refuser. — Reprocher. — Avoir des remords.

Virmaître, 1894 : Faire des reproches à quelqu’un, c’est lui pousser un renaud.
— Y m’en a foutu un de renaud à l’instruction, y m’a dit que je crapserai d’une fièvre cérébrale soignée par Charlot (Argot des voleurs).

France, 1907 : Mauvaise humeur, réprimande. Chercher du renaud, chercher querelle. Être à renaud, grogner. Faire du renaud, faire du tapage.

Ce que le vieux serait à renaud quand il apprendrait que la momignarde avait déguerpi sans sa permission !… Ce qu’il déballerait de ne pas pouvoir la repaumer !

(Ed. Lepelletier)

Tire-larigot

d’Hautel, 1808 : Boire à tire-larigot. Pour dire à grand trait, excessivement.
Les uns prétendent qu’il faudroit écrire tire la Rigaud, du nom d’un sonneur de Rouen, qui buvoit d’une manière excessive. Les autres font remonter plus haut cette étymologie, et veulent persuader que les Goths, dans une émeute, ayant tué leur roi Alaric, mirent sa tête au haut d’une pique, et, l’ayant plantée au milieu de leur camp, ils se mirent à boire et à danser autour, en proférant ces mots, ti Alaric Got, dont, par la suite, on a fait tire-larigot.

France, 1907 : Boire à tire-larigot. On a déjà donné une explication de cette locution. En voici d’autres. « Un glossaire de Rabelais, dit le comte Jaubert dans son Glossaire du centre de la France, fait dériver ce mot de larynx. Suivant une autre édition du même auteur : « Aucuns tirent ce mot d’Alaric roi des Goths, qui fut défait près de Poitiers par Clovis ; lors les soldats joyeux, lorsqu’ils beuvoient, se disoient les uns aux autres : Je bé à ti, ré Alaric Goth. » — Enfin, il y en a qui, non sans quelque vraisemblance, expliquent cette locution populaire par : Boire jusqu’à tirer l’arigot (l’ergot, équivalent burlesque de la jambe, comme dans cette autre locution familière : se tenir sur ses ergots). Arigot, èrigot, pour ergot, existent dans plusieurs patois notamment en Normandie. »
On dit aussi tourner à tire larigot, pour tourner vite, tourner tant qu’on peut sur ses ergots, ce qui appuierait cette dernière explication.

Accourez en chœur, jeunes filles,
Avec les vieilles du quartier,
Pour esquisser de fous quadrilles
Autour de cet ardent brasier.
Venez sauter, brunes et blondes,
Au-dessus du rouge fagot ;
Vous, jeunes gens, amis des rondes,
Tournez à tire-larigot.

(A. Capdeville, Rouge et Noir)

Enfin, pour donner satisfaction à tous, P. Borel, conseiller et médecin ordinaire du roi, dans le Trésor de recherches et antiquitez gauloises et françaises (Paris, 1655) donne la version suivante aussi plausible que les premières :

Tirelarigot peut venir du mot de Languedoc s’arrigoula, prendre tout son saoul de quelque chose ; Et ce mot ayant esté ouï dire par quelque français, il le retint mal ; et, le travestissant ainsi, lui a donné cours…

Train

d’Hautel, 1808 : Il va un train de chasse. Pour, on ne peut le suivre, tant il va vite ; il travaille avec une grande ardeur ; il mène une vie d’enfer.
Mener quelqu’un grand train, belle manière. Le mener vertement, avec vigueur.
Un bout en train. Un homme de joyeuse humeur, un roger-bontemps ; un bon vivant qui met tout le monde en gaieté.

Delvau, 1866 : s. m. Vacarme, rixe de cabaret, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi Émeute. Il y aura du train dans Paris. On fera des barricades et l’on se battra.
Originairement le mot signifiait Prostibulum, et, par une métonymie fréquente dans l’Histoire des mots, la cause est devenue l’effet. De même pour Bousin.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Coup de pied dans le train.

La Rue, 1894 : Vacarme. Le postérieur. Être en train, être légèrement ivre.

Yeomanry

France, 1907 : Cavalerie de volontaires anglais, composée de fermiers et de petits propriétaires fonciers montés et équipés à leurs frais.
Chaque comté à sa yeomanry. Elle a cette particularité qu’elle peut, en cas d’émeute, être appelée pour prêter main-forte au pouvoir civil, tandis que la troupe ne peut l’être que sur un vote du parlement.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique