Merlin, 1888 : Les anciens lanciers (Voyez Allumeurs de gaz).
Abatteurs de noix
Adipeux
Merlin, 1888 : Nom donné au vétérinaire, — du tissu ainsi appelé.
Adjudant (tremper un)
Merlin, 1888 : Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour les cuisiniers en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont, pour divers motifs, le plus d’intérêt à satisfaire. Aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut rechercher l’origine de cette expression ?
Fustier, 1889 : Plonger un morceau de pain dans le premier bouillon, celui qui contient le plus de graisse. Un vrai régal pour le cuisinier en pied et le caporal de planton. Les adjudants sous-officiers sont ceux que les cantiniers ont pour divers motifs le plus d’intérêt à satisfaire ; aussi leur réservent-ils les meilleurs morceaux. N’est-ce pas dans ce rapprochement qu’il faut chercher l’origine de cette expression ?
(Merlin, La langue verte du troupier)
France, 1907 : Tremper un morceau de pain dans le premier bouillon, ce que font généralement toutes les cuisinières ; argot militaire.
Aligner (s’)
Delvau, 1866 : Se battre en duel, — dans l’argot des troupiers.
Rigaud, 1881 : Avoir affaire à, dans le jargon du régiment. S’emploie surtout dans l’expression : Allez donc vous aligner avec des types pareils ! c’est-à-dire : allez raisonner avec de pareilles brutes !
Merlin, 1888 : Se battre en duel.
Virmaître, 1894 : Les duellistes s’alignent pour se battre. Quand un travail est très soigné l’ouvrier dit avec fierté : Hein ! comme c’est aligné. Quand il s’agit d’argent, aligner est synonyme d’allonger (Argot des voleurs).
Allonger la ficelle, la courroie, la croupière
Merlin, 1888 : Augmenter une punition.
Allumeurs de gaz
Merlin, 1888 : Les anciens lanciers, par allusion à leur arme, comparée au long roseau dont se servent les employés des compagnies du gaz.
Allure (il a de l’)
Merlin, 1888 : Se dit d’un beau ou vaillant cavalier.
Arme à gauche (passer l’)
Larchey, 1865 : Mourir, militairement parlant. Aux enterrements, le soldat passe l’arme sous le bras gauche.
Toute la famille a passé l’arme à gauche.
(Lacroix, 1832)
Il a reçu une volée que le diable en a pris les armes : Il a reçu une volée mortelle, telle que le diable aurait pu emporter son âme. — arme est souvent pris pour âme au moyen âge.
Rigaud, 1881 : Mourir, — dans le jargon des troupiers.
Merlin, 1888 : Mourir.
Armoire
Merlin, 1888 : Havresac. N’était-ce pas, en effet, le seul meuble mis autrefois à la disposition du soldat ?
La Rue, 1894 : Bosse. Havre-sac.
Rossignol, 1901 : Au revoir.
Je m’en vais, armoire, à bientôt.
France, 1907 : Havresac, bosse.
Artilleur (fille d’)
Merlin, 1888 : Fille à puissante poitrine. Pourquoi fille d’artilleur ? Parce que son père lui a glissé deux boulets dans le corset.
Artilleurs de la pièce humide
Merlin, 1888 : Infirmiers, par allusion à l’instrument de l’emploi. — On dit aussi : Artilleurs à genoux.
France, 1907 : Infirmiers militaires.
« C’est les mitrons », disait le bourgeois connaisseur sur un petit ton de pitié. « Ce sont les artilleurs de la pièce humide », soulignaient les voisins, des frondeurs plus méchants. Et sur nos fronts planait, non la Gloire aux ailes largement déployées, aux gestes superbes, à l’allure héroïque, mais la seringue du matassin, la seringue de Molière, la seringue d’étain, énorme, à canule, la seringue de café-concert, la seringue classique et démodée, emblème des basses œuvres médicales.
(« Germinal », Mot d’Ordre)
C’est un sauveur
Que l’artilleur
De la pièce humide ;
Dans son coup de feu,
C’est un vrai preu’ ;
Là, rien ne l’intimide,
Il est souvent couvert d’éclat,
Il n’en est pas plus fier pour c’la
L’artilleur de la pièce humide.
On dit, dans l’argot du peuple : Artilleur à genoux.
Artiste en chef
Merlin, 1888 : Vétérinaire en premier.
As de carreau
Larchey, 1865 : Havre-sac d’infanterie. — Allusion à sa forme carrée.
Troquer mon carnier culotté contre l’as de carreau ou l’azor du troupier.
(La Cassagne)
Delvau, 1866 : s. m. Le ruban de la Légion d’honneur, — dans l’argot des voleurs, qui font allusion à la couleur de cette décoration.
Delvau, 1866 : s. m. Le sac du troupier, à cause de sa forme. On l’appelle aussi Azor, — à cause de la peau de chien qui le recouvre.
Rigaud, 1881 : Ruban de la Légion d’honneur. — Sac de soldat d’infanterie.
Merlin, 1888 : Havresac ; placé dans un certain sens, il affecte la forme d’un losange, qui est aussi celle de l’as de carreau. Il en avait également jadis la couleur, alors qu’il était fait d’une peau de veau garnie de son poil.
Virmaître, 1894 : Sac du fantassin (Argot du troupier). V. Armoire à glace.
Hayard, 1907 : Sac de soldat.
France, 1907 : Le sac du troupier, à cause de sa forme carrée et de sa couleur. On dit aussi Azor, parce qu’il est en peau de chien. Le ruban de la Légion d’honneur, qu’on appelait aussi autrefois tablette de chocolat.
Assommoir
Delvau, 1866 : s. m. Nom d’un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui le tuent, — sans remarquer l’éloquence sinistre de cette métaphore, que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant pour désigner un gourdin sous le nom de vin de Champagne.
Rigaud, 1881 : Débit de liqueurs, comptoir de marchand de vin.
Les assommoirs sont des mines à poivre ou boîtes à poivre.
(Le Sublime)
J’entrerai en face, au petit assommoir.
(Ad. d’Ennery, Les Drames du cabaret, 1864)
Merlin, 1888 : Cabaret où l’on vend de la mauvaise eau-de-vie, ou cette boisson même.
Virmaître, 1894 : Boutique où l’on vend des liqueurs vitriolées qui assomment les buveurs. Le premier assommoir, bien avant celui du fameux Paul Niquet, fut créé vers 1810, rue de la Corderie, près du Temple, par un nommé Montier. Cet empoisonneur charitable avait fait établir dans son arrière-boutique une chambre spéciale pour les assommés ; la paille servait de litière, des pavés servaient d’oreillers. Cette chambre s’appelait la Morgue (Argot du peuple).
France, 1907 : Cabaret. — Voir Abreuvoir.
Astic
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Épée.
Larchey, 1865 : Tripoli, mélange servant à nettoyer les pièces de cuivre.
Et tirant du bahut sa brosse et son astic, il se met à brosser ses boutons dans le chic.
(Souvenirs de Saint-Cyr)
Delvau, 1866 : s. f. Epée, — dans l’argot des voleurs, qui ne se doutent pas que ce mot vient de l’allemand stich, chose pointue, dont on a fait estic, puis astic, et même asti.
Delvau, 1866 : s. m. Tripoli, — dans l’argot des troupiers, qui s’en servent avec un mélange de savon, d’eau-de-vie et de blanc d’Espagne, pour nettoyer les cuivres de leur fourniment. D’où Aller à l’astic.
Rigaud, 1881 : Polissoir, — dans le jargon des cordonniers.
Merlin, 1888 : Tripoli.
France, 1907 : Épée, argot des voleurs ; le l’allemand Stich, objet pointu.
France, 1907 : Tripoli dont on se sert dans l’armée pour nettoyer les cuivres.
Astiqué à l’ail (un ceinturon)
Merlin, 1888 : Brillant comme du vernis. Pour arriver à ce résultat, il faut en user, de l’huile de coude !
Attelage (un bon)
Merlin, 1888 : Une bonne paire d’amis, chez les cavaliers.
Avaleur de cuivre
Merlin, 1888 : Musicien qui joue du trombone à coulisse.
Azor
Larchey, 1865 : Sac d’infanterie. Son pelage lui a fait donner ce nom de chien. — Un fantassin en route dit qu’il part à cheval sur Azor.
Le mauvais drôle avait vendu son havre-sac, qu’il appelait son Azor.
(Vidal, 1833)
Appeler Azor : Siffler un acteur comme un chien.
Dites donc, mame Saint-Phar, il me semble qu’on appelle Azor.
(Couailhac)
Delvau, 1866 : s. m. Nom de chien qui est devenu celui de tous les chiens, — dans le même argot [du peuple]. V. Appeler Azor.
Merlin, 1888 : Autre dénomination du havresac, fait de peau et assimilé plaisamment à un chien. Lorsqu’un troupier recevait son congé de libération, il n’était pas rare autrefois de le voir sortir de la caserne, tenant Azor en laisse, c’est-à-dire traînant à terre son sac attaché à la grande courroie, en signe de parfaite indépendance.
Virmaître, 1894 : V. As de carreau.
Rossignol, 1901 : Havresac de militaire.
France, 1907 : Chien, nommé ainsi, dit Lorédan Larchey, depuis le succès d’un opéra de Grétry : Zémire et Azor. Appeler Azor, siffler un acteur.
France, 1907 : Sac des troupiers, appelé ainsi parce qu’il est en peau de chien.
Je tendis la main au vieillard avec effusion reconnaissante, et je lui dis : « Vous avez été soldat ? — Pendant vingt-cinq ans, mon lieutenant, fit-il, en Afrique, au huitième de l’arme, et malgré ma soixantaine, si je n’étais pas perclus de rhumatismes, croyez bien que j’aurais repris Azor et le flingot pour cogner sur les Prussiens… Je les hais… Je voudrais pouvoir les détruire, comme la vermine, les uns après les autres… »
(René Maizeroy)
À cheval sur Azor, sac au dos. Tenir Azor en laisse, tenir son sac par la courroie.
Baguette du fourrier
Merlin, 1888 : Le galon d’or qu’il porte au haut du bras. Est-ce pour cela que lorsqu’il n’est que brigadier, on le traite volontiers de tambour ?
Bal (aller au)
Merlin, 1888 : Le peloton de punition est peut-être, entre toutes, la peine la plus redoutée du troupier. Cela n’a, en effet, rien d’agréable de manœuvrer deux ou trois heures, sans arrêt aucun, en ayant la figure en plein vent ou en plein soleil, ou bien encore le nez cloué au mur ! Quand un homme puni se rend à cet exercice si cordialement détesté, — dérision amère ! — il va au bal.
Bancal
Larchey, 1865 : Sabre courbe. — Allusion aux jambes arquées du bancal.
Voilà M. Granger qui apporte le bancal.
(Gavarni)
Delvau, 1866 : adj. Qui a une jambe plus courte que l’autre. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. m. Sabre de cavalerie, — dans l’argot des troupiers.
Merlin, 1888 : Sabré recourbé ; par allusion à sa forme.
France, 1907 : Boiteux.
Baraque
d’Hautel, 1808 : Cahutte, masure, maison en mauvais état et de nulle valeur. Au figuré, terme de dénigrement ; atelier, boutique, maison où les ouvriers sont mal payés, et les domestiques mal nourris.
Delvau, 1866 : s. f. Maison où les maîtres font attention au service, — dans l’argot des domestiques. Journal où l’on est sévère pour la copie, — dans l’argot des aspirants journalistes.
Rigaud, 1881 : Chevron, — dans le jargon du régiment. Par abréviation de baraquement, campement. — Un vieux pied de banc à trois baraques.
Rigaud, 1881 : Pupitre d’écolier.
Sa baraque, en étude, ressemble à ces sacs-bazars qui donnaient tant d’originalité à nos zouaves de l’expédition de Crimée.
(Les Institutions de Paris, 1808)
Rigaud, 1881 : Terme de mépris pour désigner une maison, un magasin, un établissement. Baraque, le magasin dont le patron paye mal ses commis ; baraque, l’administration qui surmène ses employés ; baraque, la maison où les domestiques ne peuvent pas voler à leur aise.
Merlin, 1888 : Chevron ; peut-être en raison de sa forme de V renversé, imitant un toit.
Fustier, 1889 : Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle.
Le jeu de la baraque se compose d’une planchette de cuivre casée à l’angle d’un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon ! l’adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c’est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C’est pour rien ! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.
(Paris-Journal, 1882)
Virmaître, 1894 : Maison construite en plâtre, en torchis, provisoirement. Maison où la patronne va par méfiance au marché avec sa bonne. Maison où l’on enferme le vin et les liqueurs. Maison où l’on chipote sur tout, où l’on rogne même la nourriture.
— Tenez, voilà mon tablier, je n’en veux plus de votre baraque, j’en ai plein le dos (Argot du peuple).
France, 1907 : Nom donné par les domestiques à la maison de leurs maîtres. Chevron que les soldats portaient autrefois sur la manche gauche et qui indiquait un certain temps accompli sous les drapeaux. La première baraque après sept ans de service ; la deuxième après onze ans, et la troisième après quinze. Sorte de jeu qui se compose d’une planchette de cuivre à l’angle d’un billard et percée de 25 cuvettes numérotées.
Barboter
Vidocq, 1837 : v. a. — Fouiller.
Clémens, 1840 : Fouiller.
Delvau, 1866 : v. a. Fouiller ; voler. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Fouiller dans les poches du voisin ou de la voisine. Les voleurs barbotent beaucoup dans les omnibus. Ils fouillent dans la poche d’autrui comme les canards dans les ruisseaux.
Boutmy, 1883 : v. a. Voler des sortes dans la casse de ses camarades. Se dit souvent à la place de fricoter et de piller.
Merlin, 1888 : Fouiller dans les affaires d’autrui ; voler : pêcher en eau trouble.
Fustier, 1889 : Parler sans savoir ce que l’on dit.
Rossignol, 1901 : Fouiller, prendre.
On m’a barboté mon blavin.
France, 1907 : Fouiller, voler. Barboter la caisse, s’approprier le contenu d’un secrétaire ou d’un coffre-fort.
L’un de ces visiteurs occultes, l’abbé X…, avait même profité de la circonstance pour barboter deux livres obscènes, illustrés de galantes images inspirées par le péché peu mortel dont il aime tant à absoudre ses clientes de prédilection.
(Maxime Boucheron)
Barda
Merlin, 1888 : Sac.
Rossignol, 1901 : Havresac du troupier. C’est probablement de barda que vient le mot barder. La hauteur d’un sac de zouave est connue, il n’a pas plus à porter qu’un soldat d’infanterie ; mais, comme il a l’habitude du voyage, il ne met rien dans le sac, mais tout dessus, de façon que la Charge porte sur les épaules et non sur les reins. Dans le temps, un zouave avait toujours sur son sac un rouleau contenant son linge, un pantalon de drap, une couverture, son manteau, une toile et demie pour camper à deux, un bâton, quatre piquets, une paire de souliers, huit jours de vivres de réserve, soit quatre pains, et un des ustensiles de cuisine et sa gamelle individuelle ; avec les cent cartouches, le fusil, et quelques petits Souvenirs de famille conservés précieusement dans le sac, ça finissait par barder.
France, 1907 : Bagages ; mot arabe rapporté par les soldats d’Algérie.
Bas-off
Merlin, 1888 : Adjudant de Saint-Cyr et Polytechnique.
France, 1907 : Abréviation de bas-officier, ancienne appellation des sous-officiers ; argot de Saint-Cyr et de l’École polytechnique.
Basane
Delvau, 1866 : s. f. Amadou, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. f. Peau du corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Tanner la basane. Battre quelqu’un.
La Rue, 1894 : Peau du corps humain. Amadou. Faire une basane. Défier du geste.
Virmaître, 1894 : Peau. Les tabliers des forgerons se nomment basane (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Taper sa cuisse en faisant avec la main un geste significatif et dire : « Tiens, voilà pour toi, ou va porter ça à ton capitaine », est tailler une basane.
France, 1907 : La peau. Tanner la basane à quelqu’un, le battre ; tailler une basane, « Geste grossier qu’explique d’une manière assez pittoresque le libellé de punition suivant, dont on nous garantit l’authenticité : Untel, quatre jours de salle de police, ordre du sous-officier X…, a répondu à ce sous-officier en lui taillant une basane : la main appliquée sur la braguette du pantalon, et lui faisant décrire une conversion à gauche, avec le pouce pour pivot et le petit doigt pour aile marchante. » (Léon Merlin, La langue verte du troupier)
On dit aussi basane pour amadou.
Basane (tailler une)
Merlin, 1888 : Geste grossier qu’explique d’une manière assez pittoresque le libellé de punition suivant, dont on nous garantit l’authenticité : Untel, quatre jours de salle de police, ordre du sous-officier X…, a répondu à ce sous-officier en lui taillant une basane : la main appliquée sur la braguette du pantalon, et lui faisant décrire une conversion à gauche, avec le pouce pour pivot et le petit doigt pour aile marchante.
Basta
Merlin, 1888 : Assez, — de l’espagnol. On dit aussi Barka, — de l’arabe.
France, 1907 : Assez ; mot rapporté par les troupiers d’Algérie.
— Vous pouvez nous fouiller, vous m’avez fait flanquer deux semaines à l’ours et vous avez le toupet de me réclamer de l’argent ! Vous vous montez joliment le bourrichon. J’ai soupé de votre fiole, mon bon ami, basta !
(Hector France, L’Homme qui tue)
Bat-flancs (sauter le)
Merlin, 1888 : Sauter les murs du quartier, après l’appel du soir.
Bâton de maréchal
Merlin, 1888 : Manche à balai.
Bavard (le)
Merlin, 1888 : Le feuillet de punition, qui suit toujours le dossier du militaire et raconte à ses chefs les fautes passées.
Bêcher
Vidocq, 1837 : v. a. — Injurier, calomnier.
Clémens, 1840 : Médire, accuser.
un détenu, 1846 : Charger, accabler de paroles, de sottises, etc.
Larchey, 1865 : Battre, dire du mal. Vient du vieux mot béchier : frapper du bec (Du Cange).
Je suis comme je suis, c’est pas une raison pour me bêcher.
(Monselet)
Avocat bécheur : Magistrat chargé du ministère public. Il bêche le prévenu.
Delvau, 1866 : v. a. Médire et même calomnier, dans l’argot des faubouriens, qui ne craignent pas de donner des coups de bec à la réputation du prochain.
Rigaud, 1881 : Dire du mal. On bêche surtout ses amis. — Mot à mot : travailler quelqu’un ou quelque chose comme on travaille la terre, à coups de bêche.
Boutmy, 1883 : v. a. Dire du mal de quelqu’un ; faire des cancans sur son compte. Ce mot, dont le sens est à peu près le même que celui de « casser du sucre », n’est pas particulier au langage des typographes, non plus que cette dernière expression.
Merlin, 1888 : Critiquer, médire.
Rossignol, 1901 : Abimer, vilipender quelqu’un.
Hayard, 1907 : Blaguer, débiner.
France, 1907 : Médire ; du vieux mot béchier, frapper du bec.
Dans un salon.
Cette excellente comtesse de B… est en train de s’en donner à cœur joie sur le compte de ses « bonnes amies ».
Taupin, l’interrompant de la façon la plus respectueuse :
— Après vous la bêche, s’il vous plaît ?
Beni-coco (être de la tribu des)
Merlin, 1888 : Être un imbécile, un niais.
France, 1907 : Être simple, facile à duper ; argot militaire. Beni, pluriel de l’arabe ben, fils.
Béri
Merlin, 1888 : Genre de tunique.
Bézef
Delvau, 1866 : adv. Beaucoup, — dans l’argot des faubouriens qui ont servi en Afrique et en ont rapporté quelques mots de la langue sabir.
Merlin, 1888 : Beaucoup, — de l’arabe.
France, 1907 : Beaucoup ; mot arabe rapporté par les soldats d’Afrique.
Bibi
Delvau, 1864 : Jouvenceau, mignon qui sert aux plaisirs libertins des vieillards — le giton du Satyricon, le Ganymède de Jupiter, l’officiosus des bains publics, à Rome ; ou mignon de dame.
Larchey, 1865 : Petit chapeau de femme.
Malaga portait de jolis bibis.
(Balzac)
Bibi : Nom d’amitié donné à l’homme ou à la femme dont on est coiffé.
Paul, mon bibi, j’ai bien soif. — Déjà ?
(Montépin)
Delvau, 1866 : s. m. Petit nom d’amitié, — dans l’argot des faubouriens ; petit nom d’amour, — dans l’argot des petites dames.
Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers. La mode exige aujourd’hui que les chapeaux d’hommes soient pourvus de très petits bords ou, mieux, soient dépourvus de bords. — J’ai lâché le bibi, j’ai arboré le chapeau haute forme.
Rigaud, 1881 : Fausse clé de petit calibre.
Rigaud, 1881 : Nom d’amitié donné indistinctement aux gens et aux bêtes, ou qu’on s’octroie à soi-même. — « C’est à Bibi ça. »
J’aime pas qu’on fasse des manières avec Bibi.
(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)
Rigaud, 1881 : Nom donné aux chapeaux de femmes, vers la fin du règne de Louis-Philippe, parce que ces coiffures étaient très petites.
Dans le vieux patois bourguignon, on désignait par bibi un petit objet, de quelque nature que ce soit, servant d’amusette aux enfants.
(Ch. Nisard)
Merlin, 1888 : Lignard.
Virmaître, 1894 : Instrument de cambrioleur (Argot des voleurs). V. Tâteuse.
France, 1907 : Nom d’amitié décerné à soi-même.
Les plus farouches amis du peuple, bourgeois ou prolétaires, chacun travaille pour son singe, suivant l’expression de certain conseiller municipal manquant de lettres, ce que Jules Vallès, dans l’intimité, résumait par ce mot en montrant son puissant abdomen : « Le pauvre, c’est bibi. »
(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne)
Ce mot ne viendrait-il pas du patois béarnais bibe, vivre, bibi, je vis ?
On appelait, vers 1830, un certain petit chapeau de femme un bibi.
Bibi signifie aussi couteau et fausse clé, dans l’argot des voleurs.
S’il faut en croire, dit Lorédan Larchey, un feuilleton publié par Holstein, dans le Constitutionnel du mois de septembre 1872, bibi aurait détrôné monseigneur depuis longtemps.
C’était un bout de dialogue recueilli à la police correctionnelle (en 1848) :
— Accusé, disait le président, au moment de votre arrestation, on a surpris sur vous un trousseau de fausses clés. — Non, citoyen président. — C’était donc un monseigneur ? — Il n’y a plus de monseigneur, citoyen président. — Vous comprenez ce que je veux dire : pour employer votre langue, j’entends un rossignol. — Eh bien ! moi, je ne l’entends pas le rossignol, sans doute parce que je suis en cage. — Prenez garde ! Trêve de jeux de mots ; ils sont déplacés ici plus qu’ailleurs. Vous savez fort bien ce que je veux dire par fausses clés, rossignol, monseigneur ! — Parfaitement, citoyen président, vous voulez dire bibi.
Nous devons ajouter qu’au moment même où paraissait le feuilleton de Holstein, les journaux judiciaires disaient, en parlant de l’arrestation de faux monnayeurs, qu’on avait trouvé à leur atelier, boulevard de Grenelle, un monseigneur. Donc, monseigneur n’est pas encore détrôné tout à fait par bibi.
Bidoche
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Viande.
Delvau, 1866 : s. f. Viande, — dans l’argot des faubouriens. Portion de bidoche. Morceau de bœuf bouilli.
Rigaud, 1881 : Viande, — dans le jargon du peuple. — Morceau de bœuf bouilli, l’ordinaire du soldat, — dans le jargon des troupiers. Il faut joliment tirer sur la bidoche, pour la démolir.
Merlin, 1888 : Portion de viande.
La Rue, 1894 : Mauvaise viande. Pièce d’un centime.
Virmaître, 1894 : Viande. Cette expression est connue depuis 1830. Le nom de la mère Bidoche avait été donné à la marchande de soupe qui tenait le restaurant des Pieds humides à l’ancien marché des Innocents, aux Halles. Le mot est resté dans le peuple, qui dit aussi quand la bidoche est trop dure : c’est de la carne (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Viande.
France, 1907 : Voir Bidache.
anon., 1907 : Viande.
Bidonner
Merlin, 1888 : Boire sec.
France, 1907 : Boire.
Bifin
Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier, — dont le crochet sert à deux fins, à travailler et à se défendre.
Merlin, 1888 : Fantassin dont le sac est la hotte. Se dit aussi des prévôts d’arme dans la cavalerie.
Bignou
Merlin, 1888 : Une clarinette.
Bique (bouchonner la)
Merlin, 1888 : Faire le pansage du cheval.
Biribi (soldat envoyé à)
Merlin, 1888 : Aux compagnies de discipline.
Bizet
Merlin, 1888 : Garde national ou réserviste.
France, 1907 : Garde national réfractaire ou qui persiste ou qui se refuse à porter un uniforme. Cette appellation viendrait du beau-frère de Bourrienne qui, en 1815, refusa d’obéir aux ordres du général russe qui exigeait que les patrouilles de Paris fussent composées d’un nombre égal de Russes, de Prussiens et de gardes nationaux. De là on donna le nom de Bizet d’abord aux gardes nationaux récalcitrants, puis à ceux qui persistaient à faire leur service vêtus en civil.
Blaireau
Larchey, 1865 : Conscrit.
Moi, j’ai carotté un blaireau…
(La Bédollière)
Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des vieux troupiers.
Delvau, 1866 : s. m. Jeune homme de famille qui se croit des aptitudes littéraires et qui, en attendant qu’il les manifeste, mange sa légitime en compagnie de bohèmes littéraires.
Rigaud, 1881 : Balai, — dans le jargon du régiment. Être de garde au blaireau, être de corvée au balayage.
Rigaud, 1881 : Conscrit. — C’est-à-dire préposé au blaireau « balai », parce que les nouveaux venus au régiment ont plus que les autres droit aux honneurs du balayage.
Merlin, 1888 : Conscrit.
France, 1907 : Se dit à la fois du balai et du conscrit, sans doute parce que le conscrit maladroit est souvent commandé de corvée pour le maniement du blaireau.
Blavin
anon., 1827 : Mouchoir.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mouchoir. Faire le blavin, voler le mouchoir.
Bras-de-Fer, 1829 : Mouchoir.
Vidocq, 1837 : s. m. — Mouchoir de poche.
M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Mouchoir.
Larchey, 1865 : Mouchoir (Vidocq). — Dimin. du vieux mot blave : bleu. V. Roquefort. — Un grand nombre de mouchoirs sont de cette couleur. — Blaviniste : Voleur de mouchoirs. — V. Butter.
Delvau, 1866 : s. m. Mouchoir, — dans le même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 : Mouchoir, — dans l’ancien argot.
Rigaud, 1881 : Pistolet de poche, — dans le jargon des voleurs.
Merlin, 1888 : Mouchoir, — de l’argot parisien. On dit aussi un parc aux huîtres.
Virmaître, 1894 : Mouchoir. Une vieille chanson dit :
Le parrain care sa frime dans son blavin.
(Argot des voleurs). V. Aniterge.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Mouchoir.
France, 1907 : Mouchoir de poche ; du vieux mot blave, bleu. On peut remarquer que, dans les campagnes, les mouchoirs à carreaux bleux sont encore en usage.
Pistolet de poche, dans l’argot des voleurs.
anon., 1907 : Mouchoir de poche.
Bleu
Vidocq, 1837 : s. m. — Manteau.
Larchey, 1865 : Conscrit. — Allusion à la blouse bleue de la plupart des recrues.
Celui des bleus qui est le plus jobard.
(La Barre)
Bleu : Gros vin dont les gouttes laissent des taches bleues sur la table.
La franchise, arrosée par les libations d’un petit bleu, les avait poussés l’un l’autre à se faire leur biographie.
(Murger)
Delvau, 1866 : adj. Surprenant, excessif, invraisemblable. C’est bleu. C’est incroyable. En être bleu. Être stupéfait d’une chose, n’en pas revenir, se congestionner en apprenant une nouvelle. Être bleu. Être étonnamment mauvais, — dans l’argot des coulisses.
On disait autrefois : C’est vert ! Les couleurs changent, non les mœurs.
Delvau, 1866 : s. m. Bonapartiste, — dans l’argot du peuple, rendant ainsi à ses adversaires qui l’appellent rouge, la monnaie de leur couleur. Les chouans appelaient Bleus les soldats de la République, qui les appelaient Blancs.
Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers ; cavalier nouvellement arrivé, — dans l’argot des élèves de Saumur.
Delvau, 1866 : s. m. Manteau, — dans l’argot des voyous, qui ont voulu consacrer à leur façon la mémoire de Champion.
Delvau, 1866 : s. m. Marque d’un coup de poing sur la chair. Faire des bleus. Donner des coups.
Delvau, 1866 : s. m. Vin de barrière, — dans l’argot du peuple, qui a remarqué que ce Bourgogne apocryphe tachait de bleu les nappes des cabarets. On dit aussi Petit bleu.
Rigaud, 1881 : « C’est le conscrit qui a reçu la clarinette de six pieds ; les plus malins (au régiment) ne le nomment plus recrue ; il devient un bleu. Le bleu est une espérance qui se réalise au bruit du canon. »
(A. Camus)
En souvenir des habits bleus qui, sous la Révolution, remplacèrent les habits blancs des soldats. (L. Larchey)
Rigaud, 1881 : Manteau ; à l’époque où l’homme au petit manteau-bleu était populaire.
Merlin, 1888 : Conscrit.
La Rue, 1894 : Conscrit. Vin. Manteau. C’est bleu ! c’est surprenant.
Virmaître, 1894 : Jeune soldat. Se dit de tous les hommes qui arrivent au régiment. Ils sont bleu jusqu’à ce qu’ils soient passés à l’école de peloton (Argot des troupiers).
Rossignol, 1901 : Soldat nouvellement incorporé. À l’époque où on ne recrutait pas dans le régiment de zouaves, celui qui y était admis après un congé de sept ans était encore un bleu ; les temps sont changés.
Hayard, 1907 : Jeune soldat.
France, 1907 : Conscrit. Ce terme remonte à 1793, où l’on donna des habits bleus aux volontaires de la République. L’ancienne infanterie, jusqu’à la formation des brigades, portait l’habit blanc. Bleu, stupéfait, le conscrit étant, à son arrivée au régiment, étonné et ahuri de ce qu’il voit et de ce qu’il entend ; cette expression ne viendrait-elle pas de là, plutôt que de « congestionné de stupéfaction », comme le suppose Lorédan Larchey ? J’en suis resté bleu signifierait donc : J’en suis resté stupéfait comme un bleu. On dit, dans le même sens, en bailler tout bleu. On sait que les chouans désignaient les soldats républicains sous le sobriquet de bleus.
Bloc
Larchey, 1865 : Prison. — Du vieux mot bloc : barrière. V. Roquefort.
Prenez trois hommes et menez cette fille au bloc.
(V. Hugo)
Bloquer : Consigner.
Colonel, c’est que je suis bloque. — Je vous débloque.
(J. Arago, 1838)
Delvau, 1866 : s. m. La salle de police. Argot des soldats. Être au bloc. Être consigné. Signifie aussi Prison.
Rigaud, 1881 : Prison, salle de police, — dans le jargon des troupiers.
Encore deux jours de bloc pour cette chienne de théorie.
(Randon, Croquis militaires)
Pourquoi es-tu au bloc, mon pauvre vieux ?
(Vte Richard, Les Femmes des autres)
Mettre, fourrer au bloc, consigner.
Merlin, 1888 : Salle de police, prison. On dit : mettre, et mieux f… au bloc, à la boîte, ou clou, etc.
La Rue, 1894 : Marché. Prison.
France, 1907 : Prison ; argot populaire.
On parle de progrès, d’humanité, de sentiments altruistes, on invoque comme une des plus précieuses conquêtes de 89 la liberté individuelle. Voilà le cas qu’ils en font, les gredins que ton vote imbécile vient de rehausser au pouvoir ! Défense d’avoir faim, défense d’être sans travail et sans logis, sinon au bloc !…
(Jean Grave, La Révolte)
Mais si — prodigieux progrès !
Un beau matin Thémis s’emballe
Et, pour servir nos intérêts,
Renvoie à l’argousin la balle ;
Si, pour son amabilité,
Sa douceur, son humeur amène,
Au bloc à son tour on l’emmène,
J’en suis rudement épaté.
(Blédort)
Blockhauss
Merlin, 1888 : Schako, — de l’allemand Block et house, ou haus.
Boisseau
d’Hautel, 1808 : Il a la tête comme un boisseau. Manière exagérée de dire que quelqu’un a la tête très-enflée.
Dire des boisseaux de paroles ou d’injures. Caqueter, jaser perpétuellement ; n’ouvrir la bouche que pour dire des paroles sottes et grossières.
Cacher la chandelle sous le boisseau. C. à d. déguiser ses talens, ses moyens, sa capacité ; dissimuler ; se présenter sous de faux dehors.
Clémens, 1840 : Shako.
Delvau, 1866 : s. m. Schako, — dans l’argot des vieux troupiers.
Rigaud, 1881 : Litre de vin. — Demi-boisseau, demi-litre.
Rigaud, 1881 : Schako. — Chapeau haute forme.
Merlin, 1888 : Schako, comme le précédent.
La Rue, 1894 : Litre de vin. Tête. Chapeau haut de forme.
Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion de forme et aussi à la grandeur de certains chapeaux qui, assurément, pourraient servir à mesurer des pommes de terre (Argot du peuple). V. Bloum.
Rossignol, 1901 : Chapeau haut de forme.
France, 1907 : Litre de vin ; chapeau à haute forme.
Boit dans son blanc (un)
Merlin, 1888 : Troupier à moustaches grises.
Boîte à lanterne
Merlin, 1888 : Giberne des musiciens.
Bombardiers
Merlin, 1888 : Les artilleurs.
Bombe (partir en)
Rigaud, 1881 : C’est l’expression dont se servent les unitaires qui vont courir une bordée… de plaisirs, comme dit le peuple.
Merlin, 1888 : S’absenter sans permission.
Bons de tabac (sonnerie des)
Merlin, 1888 : Sonnerie des consignés. Plaisanterie ironique. On appelle aussi bons de tabac, les médailles commémoratives sans valeur, qu’on distribue à tous, comme les bons de tabac.
Boucler
Ansiaume, 1821 : Fermer quelque chose.
La malouse étoit joliment bouclée, grâce à mon bouton si elle est débridée.
Vidocq, 1837 : v. a. — Enfermer les détenus dans leur cabanon.
un détenu, 1846 : Fermer ; boucler une porte, fermer la porte.
Larchey, 1865 : Enfermer. — Vidocq. — Du vieux mot Bacler. V. Roquefort.
Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — même argot [des voleurs]. Boucler la lourde. Fermer la porte.
Rigaud, 1881 : Arrêter. — Boucler un poivrot, arrêter un ivrogne.
Rigaud, 1881 : Fermer. — Boucler la lourde, fermer la porte. — Boucler la position, fermer la malle.
Merlin, 1888 : Mettre à la salle de police, en prison.
La Rue, 1894 : Fermer. Partir.
Virmaître, 1894 : Enfermer. Dans les prisons, on boucle les prisonniers chaque soir dans leurs cellules. On boucle la lourde (fermer la porte) (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Fermer, enfermer ou boucler sa porte. Un militaire mis à la salle de police est bouclé.
Hayard, 1907 : Fermer, enfermer.
France, 1907 : Fermer, emprisonner. Bouclez la lourde, fermez la porte. Se faire boucler, se faire emprisonner.
Il se jette, en hurlant, à la poursuite du voleur. Mais, je t’en fiche ! L’homme était déjà loin. Les sergots, accourus, ont pu seulement boucler la fille.
(Montfermeil)
Boucler son portemanteau, partir ou mourir. Boucler sans carmer, partir sans payer, de carme, argent ; argot des voleurs.
anon., 1907 : Fermer.
Boucs du régiment ou bonnes du colonel
Merlin, 1888 : Les sapeurs.
Bouffarde
Ansiaume, 1821 : Pipe.
Je vais rifauder le trèfle et bouffarder.
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Pipe.
Vidocq, 1837 : s. f. — Pipe.
Clémens, 1840 : Pipe.
M.D., 1844 : Une pipe.
Halbert, 1849 : Pipe.
Larchey, 1865 : Pipe. — Allusion aux bouffées de fumée qui s’en échappent.
Bouffardière : Cheminée (Vidocq). — Id.
Delvau, 1866 : s. f. Pipe.
Rigaud, 1881 : Pipe.
Un peintre dit volontiers ma bouffarde en parlant de sa pipe.
(Paris-fumeur)
Merlin, 1888 / La Rue, 1894 : Pipe.
Virmaître, 1894 : Pipe. Allusion à la bouffée de fumée que le fumeur tire par intervalles de sa pipe et lance dans le vide (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Pipe.
France, 1907 : Pipe ; d’où bouffarder, fumer.
anon., 1907 : Pipe.
Bouffé le cirage (ne pas avoir)
Merlin, 1888 : N’avoir rien inventé, n’être l’auteur d’aucune merveille. Terme railleur.
Bouffer la botte
Merlin, 1888 : Faire le pied de grue, l’amour platonique ; se laisser berner par une femme.
Virmaître, 1894 : Amour platonique… faute de mieux (Argot du peuple).
France, 1907 : Faire la cour à une femme qui se moque de vous, dans l’argot militaire. Bouffer son carme, manger son avoir ; se bouffer le nez, se battre.
Bouffer ou boulotter
Merlin, 1888 : Manger.
Bouillante
anon., 1827 : Soupe.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Soupe. Tortiller la bouillante, manger la soupe.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Soupe.
Larchey, 1865 : Soupe. — Soldats, vagabonds ou prisonniers n’ont pas le temps d’attendre qu’elle refroidisse.
Delvau, 1866 : s. f. Soupe, — dans l’argot des soldats.
Merlin, 1888 : Soupe ; par euphémisme, car elle ne l’est guère, bouillante, lorsque vous êtes de garde et qu’un camarade vous l’apporte à une lieue de la caserne.
France, 1907 : Soupe ; argot populaire. « Les soldats donnent aussi ce nom à la soupe qu’ils mangent deux fois par jour. Rien de mieux choisi que cette appellation dans le temps où elle était servie dans des gamelles à cinq ou six hommes, car celui d’entre eux qui aurait attendu qu’elle refroidit risquait de n’en point manger. La soupe est aussi appelée mouillante. » (Lorédan Larchey)
Boulangers de l’impératrice
Merlin, 1888 : Autrefois Pénitenciers — par allusion à leur tenue de couleur grise.
Boule de son
M.D., 1844 : Un pain entier.
Halbert, 1849 : Pain bis.
Delvau, 1866 : s. f. Figure marquée de taches de rousseur, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. f. Pain, — dans l’argot des prisons.
Rigaud, 1881 / Merlin, 1888 : Pain de munition.
Virmaître, 1894 : Pain. Ainsi nommé à cause de sa forme ronde et de sa couleur, car autrement il n’entre pas de son dans la confection du pain de munition, pas plus que dans celui qui se fabrique à la boulangerie centrale de Saint-Lazare pour les prisons de la Seine (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Pain mêlé de farine, de seigle, de forme ronde, distribue tous les jours aux prisonniers ; on désigne de même le pain des militaires qui, avant 1855, avaient du pain noir mêlé de son.
Hayard, 1907 : Pain de soldat, ou de prisonnier.
France, 1907 : Pain ; argot des soldats et des prisonniers auxquels on donnait primitivement le même pain dit de munition.
On ne peut envisager sans frémir le sort réservé à de pauvres gens qui sont, parfois, obligés d’aller demander au poste de police de les mettre à l’abri avec les malfaiteurs, pour pouvoir, le lendemain, manger la boule de son du prisonnier.
(La Nation)
Bourichon (le)
Merlin, 1888 : Monter le bourichon à quelqu’un, se moquer de lui, lui monter une scie ; se monter le bourichon, se tromper sur sa valeur personnelle, s’en faire accroire.
Bout de cigare
Merlin, 1888 : Homme de petite taille ; l’opposé de planche à pain.
Bouton de sous-pied
Merlin, 1888 : Pièce de vingt francs.
Bricheton
Rigaud, 1881 : Pain, — dans le jargon des ouvriers. — Bricheton d’attaque, pain de quatre livres.
Merlin, 1888 : Pain. — Bricheton est sans doute une corruption des mots brique, briquette. On dit encore : Brignolet.
Rossignol, 1901 : Pain.
France, 1907 : Pain : de l’italien bricioletto, petite miette, chapelure par euphémisme, en raison de la dureté des anciens pains de munition. Bricheton d’attaque, pain de deux kilos.
Quand on a le fusil vide et que les boyaux battent la générale, qu’entre deux affaires, tout noirs de poudre, on voit s’amener les boulangers, escortant le bricheton et la bidoche, le tafia et le cafiot, on ne les blague plus les épaulettes blanches, surtout si, dans la bagarre, le sang vaillamment versé en a rougi quelques-unes…
On se disait ces choses, dans les chambrées, pour se remettre du dédain des civils et du mépris des camarades, les combattants.
(Germinal, Mot d’Ordre)
Briffer
d’Hautel, 1808 : Synonyme de bâfrer, manger goulument, avec avidité à la manière des goinfres.
Briffer solidement. Manger copieusement.
Delvau, 1866 : v. n. Manger, — dans l’argot du peuple, qui se souvient de la vieille et bonne langue. « O ! le bon appétit, voyez comme il briffe ! » dit Noël Du Fail en ses Propos rustiques.
Merlin, 1888 : Manger, du vieux français.
Virmaître, 1894 : Manger. Vient de briffe (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Manger.
France, 1907 : Manger.
Et pendant six mois à Meudon,
La faridondaine, la faridondon !
Nous avons briffé du rôti,
Biribi !
(Georges Prud’homme, Rouge et Noir)
Brig-four
Rigaud, 1881 : Brigadier-fourrier, par apocope, — dans l’argot des soldats de cavalerie.
Merlin, 1888 : Apocope de brigadier-fourrier.
Brigadier de semaine
Merlin, 1888 : Carafon de cognac accompagnant le café.
Brisquard
Merlin, 1888 : Vieux soldat, portant deux ou trois brisques.
Brisque
Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Année, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Chevron.
Est-ce que vous attendez un larbin, par hasard, pour ranger votre case ? grommela un vieux sergent à plusieurs brisques.
(R. Maizeroy, La Vie moderne, 2 août 1879)
Rigaud, 1881 : Les dix et les as, au jeu de bezigue.
Merlin, 1888 : Chevron-galon en forme d’angle, indiquant le nombre d’années de service.
La Rue, 1894 : Année. Chevron.
France, 1907 : Galon de laine ou d’or, suivant le grade, que portaient les sous-officiers et soldats, avant la nouvelle loi militaire, et qui indiquait le nombre de rengagements. On avait jusqu’à trois brisques. Année, dans l’argot des voleurs.
Brosse à dents
Merlin, 1888 : Eau-de-vie.
Brûle-fer
Merlin, 1888 : Maréchal ferrant.
Brutal
d’Hautel, 1808 : Le brutal. Nom burlesque que l’on donne à une pièce de canon.
As-tu entendu ronfler le brutal. Pour as-tu entendu ronfler ou tirer le canon.
Ansiaume, 1821 : Canon.
Entends-tu le brutal qui annonce que nous cavalons ?
Larchey, 1865 : Canon. — Allusion au bruit de son tir.
As-tu entendu ronfler le brutal ?
(d’Hautel, 1808)
Une détonation sourde se fit entendre. — Tiens, dit Pierre, voilà déjà le brutal qui chante.
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. m. Canon, — dans l’argot du peuple, qui a quelquefois à se plaindre de cet ultima ratio regum.
Rigaud, 1881 : Canon, — dans le jargon des troupiers.
Panel : Le canon ! — Duriveau, (avec joie) : Le brutal !… c’est donc vrai que l’Empereur marche sur Troyes ?
(Alph. Arnault et L. Judicis, Les Cosaques, 1853)
Merlin, 1888 : Canon.
La Rue, 1894 : Canon. Locomotive.
France, 1907 : Le canon.
Les chasseurs à pied s’éparpillent dans la plaine, voilant d’une banderole de fumée d’argent la troupe qu’ils couvrent. Cela veut dire que le brutal n’est pas loin et qu’il va gronder.
(E. Billaudel, Les Hommes d’épée)
Se dit aussi d’une locomotive.
Buif
Merlin, 1888 : (?) Cordonnier.
France, 1907 : Cordonnier ; argot militaire.
Buveurs d’encre
Merlin, 1888 : Élèves comptables, secrétaires.
Cabo
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Chien.
Delvau, 1866 : s. m. Chien, — dans l’argot du peuple, qui a contracté le vieux mot Clabaud. On dit aussi Cabe.
Rigaud, 1881 : Caporal, — dans l’argot du régiment.
Merlin, 1888 : Caporal. — N’est-ce qu’une apocope du mot, ou bien le désigne-t-on ainsi en raison de son métier de chien ?
Cabonte
Merlin, 1888 : On dit plus souvent camoufle, chandelle.
Cabrer (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. Se fâcher, — dans l’argot des bourgeois.
Merlin, 1888 : Se fâcher, se raidir, s’emporter. Cette expression — est-il besoin de le dire ? — n’est employée que dans la cavalerie.
Caisson (se faire sauter le)
Merlin, 1888 : Se brûler la cervelle.
Cambouis
Merlin, 1888 : Train des équipages. Celui de l’ancienne garde s’appelait le Royal Cambouis.
Camisards
Merlin, 1888 : Soldats des compagnies de discipline.
Canan (un)
Merlin, 1888 : Apocope de canonnier.
Canard (deuxième)
Merlin, 1888 : Deuxième servant d’artillerie.
Canasson
Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que cet animal se nourrit de son aussi bien que d’avoine : cane-à-son.
Rigaud, 1881 : Mauvais cheval. Chapeau de femme, coiffure démodée. On prononce can’son, canasson est une forme de canard. — Vieux canasson : Mot d’amitié. (L. Larchey)
Merlin, 1888 : Cheval.
La Rue, 1894 : Vieux cheval. Rosse.
Virmaître, 1894 : Vieux cheval hors de service. On appelle aussi les vieillards : canasson (Argot du peuple). V. Gaye.
Rossignol, 1901 : Vieux, mauvais. Un mauvais cheval est un canasson. Une vieille prostituée est également un canasson.
Hayard, 1907 : Mauvais cheval.
France, 1907 : Vieillard ; argot populaire. Ce mot est souvent précédé de vieux et signifie alors vieil imbécile.
Cheval ; argot des cochers et des troupiers.
Un cocher hélé par l’un de nos confrères qui, d’une voix forte, lui criait : « Hop ! » à travers le boulevard des Capucines, s’arrêta aussitôt… mais pour lui dire :
— De quoi ? « hop » C’est pas mon nom… Vous pourriez au moins m’appeler « Mossieu » !
Puis, sans même écouter les humbles excuses du coupable, il cingla le canasson en ajoutant :
— Ces bourgeois… tous des mufles !
(Maxime Boucheron)
Nous, les bourgeois à la mince bourse,
Tombons aux fers d’un canasson ;
Et, s’il fait beau, pour une course,
Qu’il fixe l’prix… de la rançon !
(Henri Buquet)
Capiston
Rigaud, 1881 : Capitaine, — dans le jargon des troupiers, — Capiston bêcheur, capitaine adjudant-major.
Merlin, 1888 : Capitaine. — On dit encore piston.
Virmaître, 1894 : Capitaine (Argot des troupiers).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Capitaine.
France, 1907 : Capitaine. Capiston bêcheur, capitaine rapporteur ; argot militaire. Capiston de la soupe, officier qui n’a jamais essuyé que le feu des marmites.
Capsule
Delvau, 1866 : s. f. Chapeau à petits bords, à la mode depuis quelques années. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon du peuple. — Schako d’infanterie. (L. Larchey)
Merlin, 1888 : Chapeau à haute forme.
La Rue, 1894 : Chapeau. Schako.
Virmaître, 1894 : Chapeau (Argot du peuple). V. Bloum.
France, 1907 : Chapeau d’homme à petits bords, ou shako d’infanterie.
Carabine (la)
Merlin, 1888 : Fouet du soldat du train.
Carotte (la)
Merlin, 1888 : La visite du docteur au régiment. C’est le moment où plus d’un carottier « en tire une de longueur », en prétextant une maladie imaginaire pour se faire exempter du service.
Carottier
d’Hautel, 1808 : Celui qui joue mesquinement, qui craint de perdre.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui vit d’expédients, qui ment volontiers pour obtenir de l’argent. Carottier fini. Carottier rusé, expert, dont les carottes réussissent toujours.
Merlin, 1888 : Hâbleur, malin, filou.
Virmaître, 1894 : Homme qui fait le métier d’en tirer pour vivre (Argot du peuple).
France, 1907 : Faiseur de dupes, homme qui exploite la crédulité et la bonne foi, ou qui vit d’expédients.
Et je suis absolument de l’avis d’Hector France qui dit que « les criminels repentants » sont généralement des hypocrites qui jouent au repentir comme les carottiers d’hôpitaux font des patenôtres et des signes de croix pour obtenir des bonnes sœurs un supplément de ration de vin.
(E. Montenaux, Rouge et Noir)
Casque-à-mèche
Rigaud, 1881 : Apprenti commis dans un magasin de bonneterie.
Merlin, 1888 : Bonnet de nuit. Expression usitée dans le langage familier ordinaire, mais qui a évidemment pour lieu d’origine la caserne.
Casquer
Vidocq, 1837 : v. a. — Donner aveuglément dans tous les pièges.
Halbert, 1849 : Croire un mensonge.
Delvau, 1864 : Donner de l’argent à use femme galante quand on est miche, à un maquereau quand on est femme galante. Casquer, c’est tendre son casque ; tendre son casque, c’est tendre la main : la fille d’amour tend la main, et l’homme qui bande y met le salaire exigé pour avoir le droit d’y mettre sa queue.
En ai-je t’y reçu de l’argent des menesses !… Oui, elles ont casqué, et dru !…
(Lemercier de Neuville)
Larchey, 1865 : Donner dans un piège. — Mot à mot : tomber tête baissée dans un casque, c’est à dire dans une enveloppe assez épaisse pour ne rien apercevoir. — De là aussi casquer dans le sens de : donner de l’argent sans voir qu’il est escroqué. V. Cavé.
Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot des filles et des voleurs, qui, comme Bélisaire, vous tendent leur casque, avec prière — armée — de déposer votre offrande dedans.
Signifie aussi : donner aveuglément dans un piège, — de l’italien cascare, tomber, dit M. Francisque Michel.
Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la seconde que de la première, — celle qui est contenue dans cette phrase fréquemment employée par le peuple : J’ai casqué pour le roublard (je l’ai pris pour un malin).
Rigaud, 1881 : Donner de l’argent de mauvaise grâce. — Allusion au casque de Bélisaire dans lequel les âmes sensibles de l’époque déposaient leurs aumônes. — Celui à qui l’on tire une carotte « casque ».
C’est pas tout ça ! Casques-tu, oui ou non ?
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Boutmy, 1883 : v. intr. Payer plus souvent qu’à son tour : faire casquer un plâtre. Par extension, taquiner.
Merlin, 1888 : Abouler, payer pour les autres.
La Rue, 1894 : Payer. Donner dans un piège. Ne pas casquer, refuser.
Virmaître, 1894 : Payer (Argot des filles). V. Billancher.
Rossignol, 1901 : Payer, croire.
C’est une banne pâte, nous allons le faire casquer d’une tournée. — Il casque ; il croit ce que je lui ai dit.
Hayard, 1907 : Payer.
France, 1907 : Payer ; argot populaire.
Un député, occupant, par suite de circonstances spéciales, une très haute position et disposant, de par sa parenté, d’influences considérables, aurait dit ou fait dire à un aspirant au ruban rouge :
— Si vous voulez la décoration, intéressez-vous dans mes affaires pour une somme de…
L’homme aurait casqué, et… aurait été décoré.
(Le Mot d’Ordre)
— Les femmes, vous le savez, je les estime à leur juste valeur et faut vraiment être un vrai pante pour casquer avec elles… Vous savez aussi si je les aime, les pantes… Pourtant il y a des cas où un homme d’honneur est obligé de faire comme eux…
(Oscar Méténier)
Tranquilles, jouissons,
Mangeons, buvons, pissons,
Vivons sans masque,
Jusqu’à satiété,
Car qui, qui Casque ?
C’est la société !
(Jules Jouy)
Mort aux vaches ! Mort aux fripons !
Ceux qui chassent la bête humaine,
Faut-il donc que l’on se démène
Pour aller coucher sous les ponts !
L’œil au guet et l’oreille ouverte,
On se fout un peu des roussins,
On peut se faire des coussins
Avec des paquets d’herbe verte.
On dort mieux sous le bleu du ciel
Quand les megs ont l’âme romaine :
Pas casquer c’est l’essentiel,
La rue apparait large ouverte,
On rigole loin des roussins
Et les mômes ont des coussins
Pour leur tête sur l’herbe verte.
(Edmond Bourgeois)
anon., 1907 : Payer.
Cavaler (se)
Bras-de-Fer, 1829 : S’évader.
Vidocq, 1837 : v. p. — S’enfuir.
un détenu, 1846 : Se sauver, prendre la fuite.
Halbert, 1849 : S’enfuir.
Larchey, 1865 : S’enfuir avec la vitesse d’un caval : cheval. V. Roquefort.
Il faut se cavaler et vivement.
(Chenu)
Delvau, 1866 : v. réfl. S’enfuir comme un cheval, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Se sauver avec une vitesse qui rappelle celle du cheval.
Merlin, 1888 : Partir, fuir, naturellement… au galop.
France, 1907 : Se sauver, s’enfuir.
— Et la Cognette donc ! Vous savez qu’elle était malade, depuis la mort du maître. Alors, ou l’avait oubliée dans son lit… Elle grillait déjà, elle n’a eu que le temps de se sauver en chemise. Ah ! ce qu’elle était drôle, à se cavaler en pleins champs, les quilles nues ! Elle gigotait, elle montrait son derrière et son devant, des gens criaient : hou ! hou ! pour lui faire la conduite, à cause qu’on ne l’aime guère… Il y a un vieux qui a dit : La v’là qui sort comme elle est entrée, avec une chemise sur le cul !
(Émile Zola, La Terre)
— Dans ce cas, répondit Baltid, nous n’aurions qu’à prendre le train, et à nous cavaler le plus loin possible.
(Édouard Ducret, Paris canaille)
Certificats de bêtise
Merlin, 1888 : Chevrons. Pour donner raison à la fameuse chanson :
Un soldat, c’est comme son pompon,
Plus ça devient vieux, plus ça devient bête, etc.
Chambrelan
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris. Ouvrier qui travaille en chambre ; ou locataire qui n’occupe qu’une chambre.
Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier en chambre ; locataire qui n’occupe qu’une seule chambre, — dans l’argot du peuple.
On dit aussi Chamberlan, et ce mot, comme l’autre, est la première forme de Chambellan. Les gens du bel air ont donc tort de rire des petites gens, — qui parlent mieux qu’eux, puisqu’ils parlent comme Villehardouin, comme Joinville, comme Froissard, qui parlaient comme les Allemands (Kämmerling ou Chamarlinc).
Chameliers (les)
Merlin, 1888 : Les anciens guides.
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