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Article (être fort sur l’)

Delvau, 1864 : Être toujours prêt à foutre, — porté sur sa pine comme un gourmand l’est sur sa bouche.

Et sur l’article, ah ! que j’étais solide ;
Dis-moi, Marion, dis-moi, t’en souviens-tu ?

(Chanson anonyme moderne)

La marquise est froide sur l’article.

(Louvet)

Attelage

France, 1907 : Le mari et l’amant ; la femme les conduit.

Et je me rappelle cette phrase que disait la jolie marquise de Luxille à une de ses amies : « Vous ne sauriez croire, ma chère, comme mon attelage me donne du mal depuis quelque temps ! »

(Champaubert)

Buen retiro

France, 1907 : Italianisme, Endroit secret, lieu discret de rendez-vous.

Angèle Renard, modiste, rue de Richelieu, et proxénète, avait à Auteuil un buen retiro où se rencontraient des femmes et des libertins qui s’y livraient à de honteuses saturnales.
Foubert, chef du cabinet au ministère de l’intérieur, quoique vivant maritalement avec une jeune fille du peuple, se rendait très souvent chez Angèle Renard pour jouir du spectacle de tableaux vivants qu’on lui préparait avec art et qu’on lui faisait payer fort cher.
La marquise de B… était aussi une habituée du buen retiro et elle s’y abandonnait aux plus raides débauches.
On assure même que cette grande dame aurait tellement abusé des faiblesses et des complaisances d’une jeune fille de quinze ans que celle-ci aurait failli en mourir.

(Numa Gilly, Mes Dossiers)

Buen retiro. Cabinet d’aisances. « …Endroit écarté où, pour se mettre à l’aise, on a la liberté. »

Au moment où l’air connu : C’est Boulange, lange, lange ! retentissait sur les boulevards, un pâle gavroche fait irruption dans un buen retiro à cinq centimes.
— Madame, dit-il à la préposée, fermez bien vite… on va piller !

(Le Diable boiteux)

Cabotine

Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse qui fait les planches au lieu de faire le trottoir.

Rigaud, 1881 : Actrice qui, sans plus de talent que le cabotin, possède une corde de plus à son arc. Elle se sert du théâtre comme d’un bureau de placement pour ses charmes. — Terme de mépris pour désigner une actrice quelconque dont on a à se plaindre ou qu’on veut blesser.

Il (le marquis de Caux) l’insultait (la marquise de Caux, la Patti)… Ainsi il a dit plusieurs fois : Maudit soit le jour où j’ai épousé une cabotine comme toi !

(Liberté du 6 août 1877, Compte rendu du procès Caux-Patti.)

France, 1907 : Mauvaise actrice, ou actrice appartenant à une troupe ambulante.

Quelques petites cabotines se font des confidences et se racontent leur premier faux pas.
— Moi, ç’a été avec mon cousin…
— Moi avec un acteur…
— Oh ! moi, dit la plus ingénue, ça a été avec deux militaires !

(Écho de Paris)

Coucou

Bras-de-Fer, 1829 : Montre.

Vidocq, 1837 : s. f. — Montre. Terme des Floueurs.

Delvau, 1864 : Oiseau jaune, de la race des cocus, aussi féconde que celle des mirmidons.

Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue guère ;
Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue pas ;
La crainte qu’on a de manger son père,
Son cousin germain, son oncle ou son frère.
Fait qu’on n’en tue guère,
Fait qu’on n’en tue pas.

(Vieille chanson)

Larchey, 1865 : Cocu.

Une simple amourette Rend un mari coucou.

(Chansons. impr. Chassaignon, 1851)

En 1350, un mari trompé s’appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.

Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — par antiphrase. Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme. On dit aussi Faire cornette, quand c’est la femme qui est trompée.

Delvau, 1866 : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les horloges de la Forêt-Noire. Ils disent mieux Bogue.

France, 1907 : Ancienne voiture des environs de Paris où grisettes et commis se faisaient véhiculer à la campagne, le dimanche, au bon temps des romans de Paul de Kock, L. Couailhac, dans Les Français peints par eux-mêmes, a ainsi décrit cette humble boîte à compartiments que trainait un cheval poussif :

On y est si bien pressé, si bien serré, si bien étouffé ! Elle rappelle si bien l’époque où les Des Grieux des gardes françaises et de la basoche allaient manger une matelote à la Râpée avec les Manon Lescaut des piliers des Halles. Comme tout ce bon attirail de cheval et de voiture unis ensemble respire le parfum de la galanterie joyeuse, vive et folle du bon temps, du temps ou les grisettes portaient les jupes courtes, faisaient gaiement claquer leurs galoches sur le pavé, se décolletaient comme des marquises et se moquaient de tout avec Madelon Friquet ! Oh ! la charmante voiture ! comme le coude touche le coude, comme le genou presse le genou, comme la taille des jeunes filles est abandonnée sans défense aux entreprises des audacieux !

On appelle aussi coucou, par ironie, la machine à vapeur.

France, 1907 : Cocu. Faire coucou, tromper un mari avec sa femme.

Il y a des syllabes qui portent en elles une vertu magique de rire ou de larmes, comme les plantes que les nécromanciens recueillent au clair de lune empoisonnent où guérissent. Ce petit mot de cocu, plein et sonore comme une tierce de clairon, sonne pour notre race une fanfare toujours joyeuse.

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Montre. Allusion aux horloges de bois fabriquées en Suisse et appelées ainsi à cause du petit oiseau qui les surmonte et chante coucou à toutes les heures.

Cristallisation

Larchey, 1865 : Condensation intellectuelle.

Un homme d’esprit, Stendhal, a eu la bizarre idée de nommer cristallisation le travail que la pensée de la marquise fit avant, pendant et après cette soirée.

(Balzac)

On sait que la cristallisation unit et solidifie les parties d’une substance dissoute dans un liquide.

Dégoûté (pas)

France, 1907 : Se dit de quelqu’un qui désire au-dessus de sa condition ou hors de toute probabilité de réussite.

— Je coucherais bien avec la marquise.
— Je te crois, mon vieux larbin, tu n’es pas dégoûté !

Demi-castor

Delvau, 1864 : Femme de moyenne vertu.

Deux de ces filles qu’on appelle dans le monde demi-castors, se trouvèrent, par hasard, assises près de moi l’autre jour au jardin des Tuileries.

(Correspondance secrète)

Fustier, 1889 : « Demi-castor est devenu un terme courant sous lequel on désigne une personne suspecte, équivoque, sous des dehors soignés ; mais en grattant le castor on trouverait le lapin. »

(Figaro, janvier 1887)

France, 1907 : Fille qui commence à se lancer dans le monde de la haute noce. Le mot est du XVIIIe siècle.

Les carpes de ces messieurs, turbineuses d’amour, rôdeuses de bitume, splendeurs fleuries d’Opéra, noctambules des cabinets particuliers, demi-castors, marquises complaisantes, toutes sont égales au pied de l’autel du grand Saint Alphonse. Celle qui donne cent louis et celle qui donne cent sous, les ont gagnés du même travail.

(Fin de Siècle)

Encore un ménage de demi-castor qui se lézarde. À vrai dire, presque tous finissent de la sorte. Du reste, comment voudriez-vous qu’il en fut autrement ? Est-ce qu’une femme qui a vécu pendant vingt ans de la vie libre et indépendante, changeant d’amant comme de chemise, peut supporter longtemps la vie de ménage ?

(Gil Blas)

Demi-poil

Fustier, 1889 : Demi-vertu.

Allez donc établir une distinction quelconque entre une marquise célébrée par les reporters de salon et une fille de demi-poil.

(L. Chapron)

France, 1907 : Demi-mondaine.

Démoc-soc

Larchey, 1865 : Démocrate socialiste. — Abréviation.

Messieurs les Démocs-socs, vous voyez si vos menaces m’ont effrayé.

(Chenu)

Rigaud, 1881 : Démocrate socialiste. En 1848, les démocs-socs étaient ce que sont aujourd’hui les radicaux, l’épouvantail de la bourgeoisie.

France, 1907 : Double abréviation de démocrate socialiste.

Nous savons que la Patti affectait un dédain tout aristocratique — avant d’être Mme Nicolas, elle était marquise, s’il vous plaît ! — pour notre France de démocs-socs : elle avait refusé énergiquement de chanter chez nous tant que nous serions en République ; elle a fini par céder. On avait employé, il est vrai, vis-à-vis d’elle, l’argument de la duchesse de Bouillon. Elle a fini par dire, elle aussi, à mesure qu’on augmentait la somme : « Vous m’en direz tant ! »

(Edmond Lepelletier)

Entreprise

Delvau, 1864 : L’acte vénérien.

Quelle commodité, trop aimable marquise
Pour une amoureuse entreprise.

(Senece)

Essarter

France, 1907 : Bêcher, piocher.

C’est un dur métier d’essarter la terre,
Sous ce joug forcé, vite on devient vieux.
Aussi barde-toi d’un fort caractère,
Et chauffe en ton cœur le sang des aïeux.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

Facile à la détente

Fustier, 1889 : Généreux.

Mon mari, dit une marquise,
Hier s’est généreusement
Fendu d’une parure exquise.
— C’est fort aimable, assurément,
Dit une comtesse charmante ;
Mon époux, malheureusement,
Est moins facile à la détente.

(Marcellus : Le langage d’aujourd’hui)

France, 1907 : Personne généreuse, à main ouverte. Dans le sens contraire on dit : dur à la détente.

— Mon mari, dit une marquise,
Hier s’est généreusement
Fendu d’une parure exquise.
— C’est fort aimable assurément,
Dit une comtesse charmante ;
Mon époux malheureusement
Est moins facile à la détente.

(Marcellus, Langage d’aujourd’hui)

Faire ça ou cela

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, — le péché dont on n’ose pas prononcer le nom et auquel on fait sans cesse allusion. Cela, c’est l’amour.

Que moyennant vingt écus à la rose
Je fis cela, que chacun bien suppose.

(F. Villon)

Veux-tu donc me faire cela ?
Promptement me coucherai là.

(Théophile)

Je crois bien qu’ils firent cela,
Puisque les amours qui les virent
Me dirent que le lit branla.

(Grécourt)

C’est que les grandes dames font ça par poids et mesures, et que, nous autres, c’est cul par-dessus tête.

(La Popelinière)

Tout le monde à peu près, putain et femme honnête,
Ministre ou chiffonier, marquise ou bien grisette,
Dit : faire ça.

(Louis Protat)

Ah ! maman, maman, que c’est bon !… Comme tu fais bien ça, mon chéri.

(Henry Monnier)

Ça n’t’empêchera pas de me faire ça, n’est ce pas ? Aux p’tits oignons, mon infante !

(Lemercier de Neuville)

Faire ripaille

France, 1907 : Mener joyeuse vie. Boire et manger outre mesure, s’adonner aux plaisirs de la table.
On raconte au sujet de cette expression une histoire du dernier et huitième comte et premier duc de Savoie, Amédée le Pacifique, connu comme antipape sous le nom de Félix V. Il prit le monde en dégoût à la mort de sa femme et céda ses États à son fils aîné (1439), pour se retirer, à l’âge de 56 ans, sur les bords du lac de Genève, dans le Chablais, en un château dépendant d’un prieuré de l’ordre de Saint-Maurice, fondé par l’un de ses prédécesseurs, et qu’il avait fait remettre à neuf. Le château se nommant Ripaglia.
Amédée prit l’habit de moine, ainsi que quelques seigneurs qui l’avaient suivi dans sa retraite pour renoncer, comme lui, au monde, aux pompes et aux œuvres de Satan. Mais ils n’avaient, parait-il, nullement renoncé à la bonne chère, car l’ermitage de Ripaglia devient le théâtre d’agapes homériques. On dit bientôt : faire grande chère comme à Ripaglia, par contraction Ripaille, et enfin faire ripaille. Les Italiens disent : audare a Ripaglia.
Dans une de ses épîtres, Voltaire s’exprime ainsi :

Ripaille, je te vois ! Ô bizarre Amédée !
Est-il vrai que dans ces beaux lieux,
Des soins et des grandeurs écartant toute idée,
Tu vécus en vrai sage, en vrai voluptueux,
Et que, lassé bientôt de ton doux ermitage,
Tu voulus être pape et cessas d’être sage !
Lieux sacrés du repos, je n’en ferais pas tant ;
Et malgré les deux clefs dons la vertu nous frappe,
Si j’étais ainsi pénitent,
Je ne voudrais point être pape.

Dans l’épître 64, il dit au roi de Prusse :

Lorsque deux rois s’entendent bien,
Quand chacun d’eux défend son bien
Et du bien d’autrui font ripaille…

Mais en dépit de Voltaire et des étymologistes qui ont trouvé cette fable, elle est controuvée. Ripaille vient tout simplement du vieux français ripuaille, dérivé lui-même de ripue, bonne chère.

Si bien que vers minuit, on cause, on fait ripaille,
Puis la discussion dégénère en bataille ;
Lors, laissant au défunt l’un d’eux pour le veiller,
Les autres titubants regagnent leur foyer.

(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)

Fermer sa boîte

France, 1907 : Se taire. On dit aussi fermer son plomb, son égout.

Quand il est trop exubérant,
Sur sa femme il bat la mesure,
Mais celle-ci de sa chaussure
Lui riposte dans le cadran,
En lui disant, toujours benoite :
« L’heure a sonné, ferme ta boîte. »

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

Flambant

Clémens, 1840 : Neuf.

Delvau, 1866 : adj. et s. Propre, net, beau, superbe, — dans l’argot du peuple, qui a eu longtemps les yeux éblouis par les magnificences des costumes des gentilshommes et des nobles dames, lesquels

… Riches en draps de soye, alloient
Faisant flamber toute la voye.

Delvau, 1866 : s. m. Artilleur à cheval, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Artilleur à cheval.

Rigaud, 1881 : Neuf, luisant de propreté.

Rossignol, 1901 : Beau.

France, 1907 : Artilleur à cheval.

France, 1907 : Propre, bien habillé, éblouissant.

Si mon habit n’est pas flambant,
On ne le voit pas à la brune ;
Je dors chaque nuit sur un banc,
Et, comme lampe, j’ai la lune.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

Fleurs blanches

Delvau, 1864 : Nom que, par corruption, on donne à un écoulement blanchâtre particulier aux femmes blondes, lymphatiques, chlorotiques, mal nourries, — parisiennes, en un mot. Mulierum vulvæ fluores, stillationes morbosæ, d’où, conséquemment, on devrait dire : flueurs blanches, du verbe latin fluere, couler.

La marquise a bien des appas,
Ses traits sont vifs, ses grâces franches,
Et les fleurs naissent sous ses pas ;
Mais, hélas ! ce sont des fleurs blanches.

(Comte De Maurepas)

Delvau, 1866 : s. f. pl. Blennorrhée spéciale aux femmes, — dans le même argot [des bourgeois], qui n’est pas la bonne langue. C’est Flueurs (de fluere, couler) qu’on devrait dire, à ce qu’il me semble du moins, — contrairement à l’opinion de Littré.

France, 1907 : Blennorrhée spéciale aux femmes trop sédentaires ou affligées de vices secrets, à celles aussi qui, comme les Parisiennes, font abus de café au lait ! Du latin fluere, couler.
On connait le quatrain de Maurepas à Mme de Pompadour :

La marquise a bien des appas,
Ses traits sont vifs, ses grâces franches,
Et les fleurs naissent sous ses pas…
Mais, hélas ! ce sont des fleurs blanches.

Gaudes

France, 1907 : Sorte de bouillie que l’on fait en Franche-Comté, dans la Bourgogne et la Bresse, avec de la farine de maïs. On connait l’offre de la paysanne au curé de son village : « Monsieur le curé, voulez-vous des gaudes ? nos cochons n’en veulent plus. »

Ève en pleurant dit à l’enfant têtu :
Que veux-tu, mon fils, que veux-tu ?
Soudain, avec un juron inédit
À faire rougir des ribaudes,
Le jeune Caïn répondit :
Je veux manger des gaudes.

(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)

Girond

Rigaud, 1881 : Bien mis. Être girond, faire son girond, faire le beau, poser. C’est un diminutif de girondin, dans le sens de beau. (Jargon des voyous.)

Rossignol, 1901 : Beau, synonyme de chatte. Une belle fille est gironde. Tout ce qui est beau est girond. Dans les régiments de zouaves, on nomme un girond le jeune soldat, beau garçon, qui campe avec un vieux. En route, le vieux a toutes les prévenances pour lui, il lui lave son linge, lui fait ses guêtres, lui porte ses cartouches et lui astique son fourbi. Un jour, un zouave faisait une réclamation parce que l’on voulait que le campement fût par trois et non par deux. « Laissez-les donc, dit le général qui entendait, la réclamation, camper comme bon leur semblera ; on sait bien ce que c’est que les petits ménages. » Voir Chatte.

France, 1907 : Joli, beau.

Ô quel minois girond !
Ô quel pif admirable !
Excusez, beau tendron,
Un zig impressionnable
Dont le cœur irritable
Est chipé par vos feux.
— Le français, dit la fable,
Est la langue des dieux.

(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)

Grec

d’Hautel, 1808 : Être grec. Signifie être avare, être lâdre et chiche ; tenir de trop près à ses intérêts ; être égoïste, sans pitié pour les maux d’autrui.
C’est du grec pour lui. Se dit d’une personne ignorante, simple et bornée, pour laquelle les plus petites choses sont des montagnes.
Ce n’est pas un grand grec. Pour dire, c’est un ignorant ; un homme peu industrieux.

Vidocq, 1837 : s. m. — Les Grecs n’ont pas d’âge, il y a parmi eux de très-jeunes gens, des hommes mûrs, et des vieillards à cheveux blancs ; beaucoup d’entre eux ont été dupes avant de devenir fripons, et ceux-là sont les plus dangereux, ceux qu’il est moins facile de reconnaître, car ils ont conservé les manières et le langage des hommes du monde ; quant aux autres, quels que soient les titres qu’ils se donnent, et malgré le costume, et quelquefois les décorations dont ils se parent, il y a toujours dans leurs manières, dans leurs habitudes, quelque chose qui rappelle le baron de Vorsmpire ; souvent quelques liaisons dangereuses se glissent dans leurs discours, et quelquefois, quoiqu’ils se tiennent sur la défensive, ils emploient des expressions qui ne sont pas empruntées au vocabulaire de la bonne compagnie. Au reste, si les diagnostics propres à les faire reconnaître ne sont pas aussi faciles à saisir que ceux qui sont propres à diverses corporations de voleurs, ils n’en sont pas moins visibles, et il devient très-facile de les apercevoir si l’on veut bien suivre les Grecs dans le salon où sont placées les tables d’écarté.
Lorsqu’ils se disposent à jouer, ils choisissent d’abord la chaise la plus haute afin de dominer leur adversaire, pour, de cette manière, pouvoir travailler les cartes à leur aise ; lorsqu’ils donnent à couper, ils approchent toujours les cartes le plus près possible de la personne contre laquelle ils jouent, afin qu’elle ne remarque pas le pont qui a été fait.
Les Grecs qui travaillent avec des cartes bisautées, qu’ils savent adroitement substituer aux autres, les étendent devant eux sans affectation lorsqu’ils les relèvent ; ceux qui filent les cartes les prennent trois par trois, ou quatre par quatre, de manière cependant à ce que celles qu’ils connaissent et ne veulent pas donner à leur adversaire restent sous leur pouce jusqu’à ce qu’ils puissent ou les tourner, ou se les donner, suivant la manière dont le jeu se trouve préparé.
Ce n’est pas seulement dans les tripots que l’on rencontre des Grecs ; ces messieurs, qui ne gagneraient pas grand chose s’ils étaient forcés d’exercer leur industrie dans un cercle restreint, savent s’introduire dans toutes les réunions publiques ou particulières. Ils sont de toutes les fêtes, de tous les bals, de toutes les noces ; plusieurs ont été saisis in flagrante delicto dans des réunions très comme il faut, et cependant ils n’étaient connus ni du maître du salon dans lequel ils se trouvaient, ni d’aucuns des invités.
Les Grecs voyagent beaucoup, surtout durant la saison des eaux ; on en rencontre à Bade, à Bagnères, à Saint-Sauveur, au Mont-d’Or, ils ont, comme les francs-maçons, des signaux pour se reconnaître, et quand ils sont réunis plusieurs dans le même lieu, ils ne tardent pas à former une sainte-alliance et à s’entendre pour dévaliser tous ceux qui ne font pas partie de la ligue ; ils emploient alors toute l’industrie qu’ils possèdent, et ceux qui combattent contre eux ne tardent pas à succomber. Comment, en effet, résister à une telle réunion de capacités ? Lorsque les Grecs vous donnent des cartes, ils savent avant vous ce que vous avez dans la main ; dans le cas contraire, leur compère, qui a parié pour vous une très-petite somme, leur apprend au moyen des Serts (voir ce mot) tout ce qu’ils désirent savoir.

Delvau, 1866 : s. m. Filou, homme qui triche au jeu, — dans l’argot des ennemis des Hellènes. Le mot a une centaine d’années de bouteille.

Rigaud, 1881 : Tricheur. — Dans le jargon des cochers de fiacre, un grec est un bourgeois, un voyageur qui manque de générosité ou qui ne donne pas de pourboire. Il floue le cocher.

La Rue, 1894 : Tricheur au jeu.

France, 1907 : Filou, voleur au jeu.
Pourquoi toute une nation se trouve-t-elle apostrophée de la sorte et à quelle époque remonte l’origine du mot grec au sens filou ? Cela remonte très haut, car du temps de Plaute le Grec avait déjà piètre réputation, Græca fide mercori, dit-il dans son Asinaria, commercer comme avec des Grecs, c’est-à-dire argent comptant sans leur faire crédit. « Nous avons aussi, est-il relaté dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, dans les Epistolæ ad familiares de Cicéron (VII, 18, 1) : Græculo cautio chirographi mei, où il veut dire que sa signature valait de l’or en barre, faisant allusion à l’argent comptant qu’on exigeait des Grecs, auxquels on ne faisait jamais crédit. Voilà deux citations du IIe et du Ier siècle avant Jésus-Christ. On trouvera aussi dans Tertullien, IIIe siècle de notre ère : Revera enim quale est, græcatim depilari magis quam amiciri, qui fait voir que dans ce temps-là les Grecs plumaient déjà les oies.
Je puis ajouter que les habitants de l’île de Mytilène jouissaient d’une grande réputation pour la ruse et la finesse. On raconte que, jadis, quelques marchands juifs allaient à Mytilène, se proposant de s’y établir ; mais que, se promenant dans les bazars le matin après leur arrivée, en voyant les Mytiléniotes qui pesaient les œufs qu’ils achetaient pour voir s’ils valaient bien les quelques paras qu’ils les payaient : « Les affaires vont mal ici, dit un juif aux autres, filons. » Ils s’en allèrent, et même aujourd’hui il n’y a pas encore de juifs à Mytilène. »
Dans le Virgile travesti, Scarron dit au sujet du cheval de Troie :

Enfin donc dans la ville il entre
Le maudit Roussin au grand ventre,
Farcy de grecs dont les meilleurs
Étaient pour le moins des voleurs !

Aujourd’hui, comme l’écrivait Léon Gozlan, le grec est partout ; il y a le grec marquis, le grec de passage, le grec ancien colonel, le grec homme de lettres, le grec anglais ; il est peu probable senlement qu’il y ait des grecs grecs.

— Et ces voleurs au jeu que vous nommez des grecs, y en a-t-il beaucoup ?… Ici s’en trouve-t-il ?…
— Pas plus qu’ailleurs !… Le grec est du reste l’indispensable auxiliaire du directeur de cercle… S’il n’y avait pas de grecs dans un cercle, on en ferait venir, car sans eux la partie périrait…
— Ils doivent être connus, signalés, éconduits et évincés à la longue ?
— Bah ! on s’y fait… Les joueurs à qui l’on signale un grec vous regardent avec incrédulité et semblent vous dire : « Vous croyez ?… » Si vous insistez, ils vous demandent des preuves toujours difficiles à fournir… On vous parle de diffamation, alors vous vous taisez… Souvent même on vous prie de vous taire sur un ton qui n’admet pas de réplique… c’est que l’on craint que vous n’empêchiez la partie… que vous ne troubliez le jeu… à moins d’une très grande maladresse des grecs et philosophes qui se contentent de n’opérer qu’à des intervalles raisonnables et seulement lorsqu’il y a un coup…

(Edmond Lepelletier)

Car le grec est rapace
(J’entends grec, un filou),
C’est une triste race
Qu’on rencontre partout.

(Alfred Marquiset)

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Gueule enfarinée

France, 1907 : Physionomie exprimant la confiance en un plaisir immédiat.

Et quand l’office est terminé,
Chaque vieux, gueule enfarinée,
S’assoit devant un bon diner.

(Alfred Marquiset)

Guincher

Delvau, 1866 : v. n. Danser.

Rigaud, 1881 : Danser dans un bal public. Guinche, guincharde, danseuse de bals publics.

Virmaître, 1894 : (et non Guinguer) Danser, fréquenter la guinche (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Danser.

France, 1907 : Danser.

Ah ! Ah ! la pauv’ Margot la belle,
Elle eut dans le cou le couteau.
Oh ! Oh ! l’Frisé guincha sur elle
Et puis s’lava des patt’s dans l’eau.

(Jean Richepin)

Si j’avais quelque rond
Je t’offrirais, aimable,
De sucer un litron,
Puis, en sortant de table,
Au bastringue ineffable
Nous guincherions, joyeux.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

anon., 1907 : Danser.

Huile de bras

Larchey, 1865 : Vigueur corporelle. — Huile de cotterets : Coup de bâtons (d’Hautel, 1808).

Delvau, 1866 : s. f. Vigueur physique, volonté de bien faire, qui remplace avantageusement l’huile pour graisser les ressorts de notre machine. Argot du peuple. On dit aussi Huile de poignet.

France, 1907 : Force physique, énergie au travail. On dit aussi huile de coude.

Les beaux jours arrivés, plus de jeu, plus de veille ;
Embrasse en te levant ta femme et ta bouteille.
Derrière ta charrue avec tes bœufs bien gras,
Munis-toi dans les champs de bonne huile de bras.

(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)

Jean-foutre

France, 1907 : Homme sans cœur et sans honnêteté. Se conduire en Jean-foutre, commettre des vilenies.

Le médiocre sera toujours l’animal le plus à redouter : car sa faiblesse est à la merci de toutes les forces. Il fait le mal avec la tranquillité de l’innocence.
C’est le médiocre qui a répandu à travers la ville le je-m’en-foutisme inventé par un sot. Garons-nous-en. Entre le je-m’en-foutiste et le Jean-foutre, il n’y a que l’épaisseur d’un imbécile.

(Louis Davyl)

La marquise de Z… interroge son nouveau valet de chambre.
— Et on vous appelle ?
— Madame : en temps ordinaire, on m’appelle Jean, tout court. Mais quand on est en colère, où m’appelle Jean-foutre.

Jouer du bancal

France, 1907 : Se battre au sabre. Les sabres de la cavalerie légère étaient appelés bancals à cause de leur forme recourbée. Ceux de la cavalerie de ligne, qui sont droits, sont nommés lattes.

Hardi sur eux, mon bon cheval ;
De tes sabots, brise les crânes.
J’ai derrière moi les plus crânes ;
Ils savent jouer du bancal,
Guide, emballe, cette avalanche ;
Nous aurons, ô Postérité !
Sabre rouge et conscience banche.

(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)

Magni magnie, magnien, magnin

France, 1907 : Termes injurieux, variant suivant les provinces, donnés aux auvergnats, ramoneurs, chaudronniers ambulants ; de l’italien magnano, serrurier.

Mon cœur à besoin d’une flamme,
Il est sec, car je ne sais rien,
Rien de la femme,
Vivre ainsi, c’est vivre en magnin.

(Alfred Marquiset)

Marque

d’Hautel, 1808 : Marque de cela. Pour preuve de cela.
Faire porter de ses marques à quelqu’un. Le maltraiter, lui donner des coups, dont il reste marqué.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Fille.

Vidocq, 1837 : s. f. — Fille.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Fille.

Delvau, 1866 : s. f. Femme, — dans le même argot [des voleurs]. Marque de cé. Femme légitime d’un voleur. Marque franche. Concubine.

Rigaud, 1881 : Fille publique.

Fustier, 1889 : Femme qui a deux cordes à son arc : la prostitution et le vol.

La Rue, 1894 : Fille publique. Marque de cé, marquecé, femme légitime du voleur. Marque franche, maîtresse du voleur.

France, 1907 : Fille, femme prostituée. Une marque de cé, une femme légitime de voleur. Marque franche, maîtresse et associée de voleur. On dit aussi marquise, dans le même sens.
Ce mot marque dérive de l’espagnol, car on trouve dans l’ancienne Germania espagnole marca, marquida et marquisa dans le sens de femme publique.

France, 1907 : Mois ; argot des voleurs, de l’italien marchese, « Il a été messiadieu à six marques pour pegrasse », il a été condamné à six mois pour vol. Quart de marque, semaine. Tirer six marques, être emprisonner pour six mois.

Il ne saurait être douteux, dit Francisque Michel, que ce nom ne soit venu à cette division de l’année de l’infirmité périodique qu’ont les marques ou femmes, lorsque la Lune, pour tenir sa diète et vaquer à ses purifications menstruelles, fait marquer les logis féminins par son fourrier, lequel pour écusson n’a que son impression rouge.

Marque franche, marquise

Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un voleur ; par abréviation de remarque. La maîtresse, comme la femme légitime du voleur la marquecé, est ordinairement employée à un travail d’observation ; elle remarque, d’où les mots marquecé et marque franche. M. Francisque Michel fait venir marque de l’ancien espagnol marca, marquida et marquisa, femme publique. Les voleurs ne vont pas chercher aussi loin des étymologies. Marquise, la marquise, est un sobriquet très fréquemment donné à celles des filles de maison qui sont un peu moins communes d’allures et de langage que leurs compagnes. Beaucoup de voleurs ont pour maîtresses des filles de cette catégorie.

Marquise

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Femme.

Vidocq, 1837 : s. f. — Maîtresse d’un adroit voleur. Terme des Romamichels ; les anciens argotiers nommaient ainsi les Bohémiennes dont le métier était de prédire l’avenir.

Halbert, 1849 : Femme.

Delvau, 1866 : s. f. Le saladier de vin blanc sucré des bourgeois, — comme le saladier de vin blanc est la marquise des ouvriers.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Breuvage composé de vin blanc, de sucre, de citron et d’eau de seltz. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Maîtresse. Saladier de vin blanc.

France, 1907 : Voir Marque.

Marquisette

France, 1907 : Petite marquise.

En face de la haute cheminée, sur un chevalet, un portrait de marquisette du siècle dernier se prélassait avec cette grâce particulière aux marquisettes de jadis. Le cadre, à simple monture d’or, s’ornait d’un tulle lilas formant ici et là des nœuds frais, à d’autres endroits de coquets bouillons. Et, sur la toile, vivait, presque, Marquisette.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Noire (forêt)

France, 1907 : « La Forêt Noire en question, dit Alfred Delvau, n’est pas en Allemagne ; elle est à Paris, entre la rue du Temple et le Marais. On n’y voit, en fait de sapins, qu’une infinité de petites boutiques ouvertes à tous les vents et à tous les acheteurs, et garnies d’habillements qui ont fait plusieurs campagnes sur des épaules humaines. Vieux habits, vieux galons, défroques de marquises et de rabotins, garde-robes de clercs de notaires et d’étudiants, costumes de débardeurs et de chambellans, tout un monde de guenilles et d’oripeaux. La Forêt Noire, c’est le nom général de cette halle aux loques qu’on appelle le Temple… La Forêt Noire est un lieu funèbre et jovial tout à la fois — comme tout ce qui touche à l’homme et surtout au Parisien. C’est le panier aux ordures des riches et la garde-robe des pauvres. Les uns y viennent ramasser avec empressement ce que les autres y ont jeté avec dédain. La Forêt Noire, c’est Madame la Ressources et ses filles. »

(Le Fumier d’Ennius)

Oiseau des îles Marquises

Fustier, 1889 : Absinthe. Rapprochement de couleur.

France, 1907 : Absinthe, dans l’argot des journalistes qui la dénomment ainsi à cause des perroquets verts abondants dans cet archipel. Voir Perroquet.

Petits cadeaux entretiennent l’amitié

France, 1907 : C’est surtout l’amour qu’ils entretiennent, et rien de plus vu que ce conte espagnol : Une jeune et belle marquise accueillit un jour d’un air boudeur son amant qui venait les mains vides. C’était, sans doute, un poète plus amoureux que riche, il s’étonna de sa froideur, surtout quand il en sut le motif : « Hélas ! dit-il, je n’ai que mon cœur à vous offrir. » Alors la marquise lui fit ce discours : « Souvenez-vous que s’il arrivait à une reine de recevoir les vœux d’un valet de ses écuries, elle attendrait de lui quelque petit présent, ne fût-ce que son étrille. » Là-dessus le poète, qui n’était pas sot, réprliqua : « Sans doute, mais elle préférerait le bouchon », faisant allusion au bouchon avec lequel on frotte les chevaux.
Les Anglais ont le même dicton : Giff-gaff makes good friends. Un autre vieux proverbe français dit : Bon présent en amour sert mieux que babil.

Pocharder (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. S’ivrogner, vivre crapuleusement.

France, 1907 : S’enivrer.

Mongelet n’eut jamais de vices ; à peine si les soirs d’ivresse — car il se pochardait comme un charretier, — il s’amusait à des fantaisies avec des filles de maisons publiques. Très connu des habituées des maisons de passe ; femmes d’officiers ou de bureaucrates dans la panade, grues de toutes nuances, marquises mal rentées, bourgeoises, commerçantes pratiques pour lesquelles il n’est point de bénéfices malpropres ou défendus, Mongelet était considéré comme un veau d’or.

(Victorien de Saussay, L’École du vice)

Poil dans la main (avoir un)

Rigaud, 1881 : Être paresseux, Allusion à un poil imaginaire qui empêche de travailler celui qui en est détenteur. — Avoir un fameux poil dans la main, être très paresseux.

France, 1907 : Être fainéant ; image populaire indiquant que l’absence de poils à la face palmaire tient aux frottements de l’instrument de travail.

— Eh ! ce fichu poil dans la main, pardi ! l’horreur du travail, la flemme, la paresse. La tête va bien, les jambes sont bonnes ; l’estomac — il est admirable : j’absorbe tout ce que je veux. Nul embarras dans le verbe : je puis, deux heures d’affilée, débiner les camarades au café. Mais dès que j’essaie de travailler, je sens que je vais mourir, je meurs, je m’éteins.

(Émile Goudeau)

Quand il a fait un joli gain,
Victoria n’est pas sa marraine,
Mais si, deux jours de la semaine,
Il possède un poil dans la main,
L’horloger, au mois de décembre,
N’en a pas toujours dans sa chambre.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

Prendre une culotte

Rossignol, 1901 : Se saouler.

France, 1907 : Perdre au jeu.

Quelle folle gavotte !
Quand tu prendras, marmot,
Ta première culotte…
Mais pas dans un tripot.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

France, 1907 : S’enivrer.

Un poivreau que le culte de Bacchus a plongé dans la plus grande débine, se fit renvoyer de son atelier. Par pitié, ses camarades font entre eux une collecte… Notre poivreau revient une heure après complétement ivre.
— Vous n’êtes pas honteux de vous mettre dans un état pareil avec l’argent qu’on vous avait donné pour vous acheter un vêtement !
— Eh bien ! répondit l’incorrigible ivrogne, j’ai pris une culotte.

(Eugène Boutmy)

Prière

Delvau, 1864 : L’acte vénérien.

Tout propre à faire la prière,
Qu’on trouve ès heures de Cythère.

(Piron)

Voici, extraite de l’Anti-Justine, la prière à la Vierge Marie ; c’est la page la plus originale du volume de Rétif :

Sainte et jolie Vierge Marie ; que Panthère branlait, gamahuchait, enculait, entétonnait, embouchait, et qu’il enconna enfin, une nuit, à côté du cornard endormi, le bon Saint Joseph ; duquel cocufiage provint le doux Jésus, ce bon fouteur de la putain publique, la belle Madeleine, marquise de Béthanie, dont le vagabond Jésus était en outre le souteneur, autrement le maquereau, lequel, au grand regret de la sainte garce, enculait encore Saint Jean, son giton. Sainte et jolie Marie, vierge comme moi, nous vous remercions de cette heureuse journée de fouterie. Faites-nous la grâce, par les mérites de votre fils, d’en avoir une pareille dimanche prochain !… Et vous, Sainte Madeleine, que foutait l’abbé Jésus, ainsi que Jean l’enculé, obtenez-moi la grâce de foutre autant que vous, soit en con, soit en cul, 15 ou 20 fois par jour, sans être épuisée, mais toujours déchargeant… Vous foutiez avec des Pharisiens, avec Hérode, et même avec Ponce-Pilate, pour avoir de quoi nourrir le gourgandin Jésus, votre greluchon, et les vagabonds qui lui servaient de Chouans. Obtenez-moi de votre maquereau Jésus, qui, étant dieu, a sans doute quelque pouvoir, d’avoir, sous peu, ce riche entreteneur, qui est un jour descendu de carrosse bandant à mon intention, comme je revenais de chez mon amie Mme Congrêlé ; à celle fin qu’au moyen de l’argent que je gagnerai, à votre imitation, avec mon con, mon cul, mes tétons et ma langue dardée, je puisse soulager mon digne père dans sa vieillesse ; non seulement en foutant avec lui, pour lui donner le plaisir, mais en me laissant vendre, comme la pieuse fille d’Eresichton le famélique, ou la pieuse Ocyrhoé, fille du centaure Chiron, qui toutes deux devinrent cavales, c’est-à-dire montures d’hommes ou saintes putains !… Modèle des maquereaux, doux Jésus ! fouteur acharné, greluchon complaisant de la brûlante et exemplaire putain Madeleine, qui était si amoureuse de votre vit divin et de vos sacrées couilles, maintenez, par votre toute puissance, mon connin toujours étroit et satiné, mes tétons toujours fermes, ma peau, mon cul, mes fesses, mes bras, mes mains, mon cou, mes épaules, mon dos ou mes arrière-tétons, toujours blancs, mes reins toujours élastiques ; les vits de mes amants, celui de mon père compris, toujours roides, leurs couilles toujours pleines ; car vous teniez en cela du saint roi David, si fort suivant le cœur de Dieu, parce qu’il était le premier fouteur de son temps !… Faites, ô Jésus ! que mes hauts talons, qui me prêtent tant de grâces, et font bander tant de monde, ne me donnent jamais de cors aux pieds, mais que ces pieds tentatifs restent toujours foutatifs, comme ils le sont !… Amen !

Punaise

d’Hautel, 1808 : Plat comme une punaise. Se dit de celui qui a le ventre creux ; et d’un lâche, d’un poltron, d’un homme bas, flatteur et rampant.

Vidocq, 1837 : s. f. — Femme de mauvais ton, fille publique du dernier rang.

Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie. — J’aurais cru ce mot moderne dans cette acception : je l’ai retrouvé dans une épigramme de Sygognes :

Lise, cette insigne punaise,
Me fait montre de ses ducats,
Et c’est afin que je là baise :
Mais qu’elle ne l’espère pas.

Une cocotte arrête une voiture, monte dedans, et dit au cocher d’une voix de duchesse : « Cocher, au bois ! » — « Au bois de lit, punaise ! » crie un voyou !

(A. Delvau)

Delvau, 1866 : s. f. Femme hargneuse, acariâtre, puante de méchanceté, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il se sert là de l’expression même employée par le prince des poètes latins : Cimex, dit Horace.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs, — dans l’argot des gens de lettres. Encore une punaise dans le beurre ! Encore une drôlesse qui du trottoir passe sur les planches d’un petit théâtre pour y faire des hommes plus respectables, — comme argent.
Cette expression sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre (une pièce à poudre à Lazari !). La soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l’ouvre et recule en s’écriant : « Madame la marquise ! encore une punaise dans le beurre ! » L’auteur de la pièce, qui n’avait pas écrit cette phrase, fut très étonné ; mais le public, habitué aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C’était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.

Delvau, 1866 : s. f. Fleur de lit, — dans l’argot des voyous, qui ne sont pas précisément légitimistes.

Rigaud, 1881 : Sale femme ; sale fille publique.

La Rue, 1894 : Femme acariâtre. Basse prostituée. Lentille.

Virmaître, 1894 : Cette expression date de 1862 ; elle est due à un voyou. Sur le boulevard Montmartre, une fille hèle un cocher.
— Au Bois, lui dit-elle.
— Au bois de lit, punaise, fait le gamin.
Le mot est resté (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Méchante femme.

Hayard, 1907 : Femme publique.

France, 1907 : Femme hargneuse, sale et méchante ; argot populaire.

France, 1907 : Fille ou femme de mauvaise vie. « Punaise dans le beurre. » Se dit d’une fille qui de l’asphalte monte sur les planches.

Cette expression, dit Alfred Delvau, sort du théâtre du Petit Lazari. On jouait une pièce à poudre ; la soubrette entre en scène, va droit à une armoire, l’ouvre et recule en s’écriant : « Madame la marquise ! encore une punaise dans le beurre ! » L’auteur de la pièce, qui n’avait pas écrit cette phrase, fut très étonné : mais de public, habituée aux choses abracadabrantes, ne fut pas étonné du tout. C’était une interpolation soufflée dans la coulisse par Pelletier, un acteur affectionné des titis.

France, 1907 : Nom que les républicains et bonapartistes donnaient à fleur de lis emblème royaliste et que le roi Louis XVIII avait rapportée de Gand avec la charte et mise partout jusque sur les boutons des collégiens.

Putz

France, 1907 : Abri ; argot des polytechniciens, du nom d’un colonel d’artillerie qui fit construire une marquise dans la cour de récréation de l’École.

Qui chante vendredi, dimanche pleurera

France, 1907 : Le vendredi étant le jour où Jésus mourut sur la croix, est, aux yeux des dévots, un jour de deuil. L’on ne doit donc ni chanter, ni rire ce jour-là ; et, si l’on s’amuse, on sera puni le dimanche. Mais, au lieu de gémir le vendredi, les humains devraient le fêter, car c’est, suivant une autre légende, le jour de la naissance de Vénus, dont il porte le nom, Veneris dies, et, dans le monde, il y a plus de sectateurs de la déesse de l’amour que de fidèles du Christ, puisque tout ce qui vit et respire se courbe sous les lois de la déesse qui sortit de l’onde. François Ier le pensait ansi ; il affirmait que tout lui réussissait le vendredi. C’était aussi le jour de prédilection de Henri IV, parce que ce fut ce jour qu’il vit pour la première fois la belle marquise de Verneuil, la plus chérie de ses maîtresses, après Gabrielle d’Éstrées. Sixte-Quint affectionnait le vendredi. Il lui rappelait sa naissance, sa promotion au cardinalat, son élection à la tiare, son couronnement. Le Calendrier des bons laboureurs pour 1618 n’est pas d’accord sur les mérites ou les démérites du vendredi :

Vendredi de la semaine est
Le plus beau ou le plus laid.

Rachet

France, 1907 : Poltron.

J’ai peur le soir des cris d’l’orfraie,
J’crains aussi le chant du cochet,
La mort m’effraie,
Je n’suis pourtant pas un rachet.

(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)

Ribote, ribotte

France, 1907 : Petite débauche, excès bachiques.

En entendant le four ronfler,
On s’arrêtait pour renifler.
Ô souvenir des gaies ribottes !
Combien de folles sans souci
Ont fait craquer sous leurs quenottes
Les pâtés du père Jussy !

(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)

Être en ribotte.

Pas une seule fois en ribotte, même le lundi ; rapportant sa quinzaine intacte. Et avec cela, très délicat. Jamais un mot qui rappelât à sa femme qu’elle avait été bien folle autrefois.

(François Coppée, Le Coupable)

Romamichel

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Maison où logent ordinairement les saltimbanques, les bohémiens, les voleurs, etc.

Vidocq, 1837 : Bohémien. Les Romamichels, originaires de la Basse-Égypte, forment, comme les juifs, une population errante sur toute la surface du globe, population qui a conservé le type qui la distingue, mais qui diminue tous les jours, et dont bientôt il ne restera plus rien.
Les Romamichels sont donc ces hommes à la physionomie orientale, que l’on nomme en France Bohémiens, en Allemagne Die Egyptens, en Angleterre Gypsès, en Espagne, et dans toutes les contrées du midi de l’Europe, Gitanos.
Après avoir erré long-temps dans les contrées du nord de l’Europe, une troupe nombreuse de ces hommes, auxquels on donna le nom de Bohémiens, sans doute à cause du long séjour qu’ils avaient fait en Bohème, arriva en France en 1427, commandés par un individu auquel ils donnaient le titre de roi, et qui avait pour lieutenans des ducs et des comtes. Comme ils s’étaient, on ne sait comment, procuré un bref du pape qui occupait alors le trône pontifical, bref qui les autorisait à parcourir toute l’Europe, et à solliciter la charité des bonnes âmes, ils furent d’abord assez bien accueillis, et on leur assigna pour résidence la chapelle Saint-Denis. Mais bientôt ils abusèrent de l’hospitalité qui leur avait été si généreusement accordée, et, en 1612, un arrêt du Parlement de Paris leur enjoignit de sortir du royaume dans un délai fixé, s’ils ne voulaient pas aller passer toute leur vie aux galères.
Les Bohémiens n’obéirent pas à cette injonction ; ils ne quittèrent pas la France, et continuèrent à prédire l’avenir aux gens crédules, et à voler lorsqu’ils en trouvaient l’occasion. Mais pour échapper aux poursuites qui alors étaient dirigées contre eux, ils furent forcés de se disperser ; c’est alors qu’ils prirent le nom de Romamichels, nom qui leur est resté, et qui est passé dans le jargon des voleurs.
Il n’y a plus en France, au moment où nous sommes arrivés, beaucoup de Bohémiens, cependant on en rencontre encore quelques-uns, principalement dans nos provinces du nord. Comme jadis, ils n’ont pas de domicile fixe, ils errent continuellement d’un village à l’autre, et les professions qu’ils exercent ostensiblement sont celles de marchands de chevaux, de brocanteurs ou de charlatans. Les Romamichels connaissent beaucoup de simples propres à rendre malades les animaux domestiques, ils savent se procurer les moyens de leur en administrer une certaine dose, ensuite ils viennent offrir leurs services au propriétaire de l’étable dont ils ont empoisonné les habitans, et ils se font payer fort cher les guérisons qu’ils opèrent.
Les Romamichels ont inventé, ou du moins ont exercé avec beaucoup d’habileté le vol à la Carre, dont il a été parlé dans le premier volume de cet ouvrage, et qu’ils nomment Cariben.
Lorsque les Romamichels ne volent pas eux-mêmes, ils servent d’éclaireurs aux voleurs. Les chauffeurs qui, de l’an IV à l’an VI de la République, infestèrent la Belgique, une partie de la Hollande, et la plupart des provinces du nord de la France, avaient des Romamichels dans leurs bandes.
Les Marquises (les Romamichels nomment ainsi leurs femmes) étaient ordinairement chargées d’examiner la position, les alentours, et les moyens de défense des Gernafles ou des Pipés qui devaient être attaqués, ce qu’elles faisaient en examinant la main d’une jeune fille à laquelle elles ne manquaient pas de prédire un sort brillant, et qui souvent devait s’endormir le soir même pour ne plus se réveiller.

Rigaud, 1881 : Bohémien. Tribu de bohémiens. — Vagabond, coureur de grands chemins, diseur de bonne aventure et voleur à l’occasion.

Ruffian

Delvau, 1864 : Accouplement de Ruffi et d’Anus. Mot qui s’est introduit en France au XIIe siècle, et n’a été en vogue qu’à la fin du XVe, quand l’italianisme déborda dans l’idiome gaulois. Ce mot avait alors différentes significations, telles que : lénon, proxénète, débauché, habitué de mauvais lieu, etc. Aujourd’hui, il signifie tout bonnement maquereau.

Elle introduit dans ma maison,
Son rufien, qui sait fort bien
Faire son profit de mon bien.

(J. Grévin)

On l’accusait d’avoir fait quelquefois le ruffian à son maître.

(Tallemant des Réaux)

Je suis ruffian, et m’en vante.

(A. Glatigny)

France, 1907 : Ce mot, qui a perdu son ancienne signification, s’appliquait à l’amant d’une veuve ou d’une femme mariée : « Le ruffian de Madame la marquise. » Il est encore employé dans ce sens en Bourgogne, conformément à son origine italienne : ruffiano, maquereau, souteneur. Dans le peuple des villes et des campagnes, l’amant d’une femme mariée est appelé maquereau.

Sans-culotte

Delvau, 1866 : s. m. Républicain, — dans l’argot des bourgeois, pour qui Terreur est inséparable de République.

France, 1907 : Sobriquet donné aux républicains de 93, la plupart vêtus de haillons. La sans-culotterie est l’opinion des sans-culottes et le sans-culottisme le nom de leur parti.

Discussion politique dans le salon de la marquise de R…
— Vraiment, mon cher député, on ne peut pas vous prendre au sérieux comme homme politique… Je vous ai connu bonapartiste, puis républicain modéré. Maintenant vous êtes monarchiste. Je ne désespère pas de vous voir un jour sans-culotte.
— Cela dépend de vous, Madame la marquise, et dès que vous voudrez bien me le permettre…

(Gil Blas)

Surfine, ou sœur de charité

Vidocq, 1837 : Les voleurs donnent ce nom à des voleuses qui procèdent à-peu-près de cette manière :
L’âge de la Sœur de Charité est raisonnable, sa mise décente, même quelque peu monastique, elle fréquente les églises, assiste à toutes les messes, fait l’aumône, fait allumer des cierges, se confesse et communie au besoin ; après avoir quelque temps fréquenté une église et s’y être fait remarquer par sa piété et son exactitude, la Sœur de Charité cause avec les employés de l’église et les prie de lui indiquer quelques nécessiteux dignes d’intérêt, car elle est, dit-elle, chargée de distribuer les aumônes d’une riche veuve ; l’un des employés, soit la loueuse de chaises ou tout autre, lui indique aussitôt quelques pauvres auxquels elle donne immédiatement deux ou trois francs, et elle se retire après avoir pris leur adresse et leur avoir promis des secours plus considérables.
Quelques jours après la Sœur de Charité rend chez un des pauvres qu’elle a assisté, et lui dit qu’elle est heureuse de pouvoir lui annoncer que madame la marquise ou madame la comtesse veut bien prendre sa position en considération, et lui accorder quelques secours ; mais, ajoute-t-elle, madame, qui ne veut point que ses bienfaits servent à satisfaire des passions mauvaises, ne donne jamais d’argent. Vous allez me dire ce qui vous manque, et vous l’obtiendrez en nature ; elle examine alors les effets de son protégé, fouille partout, car elle veut acquérir la certitude qu’on ne simule pas des besoins que l’on n’éprouve point.
Les pauvres honteux possèdent presque toujours, quelques débris de leur fortune passée, qui servent à leur rappeler des temps plus heureux ; pendant qu’elle fouille dans les tiroirs, la Sœur de Charité sait s’emparer adroitement de ces objets ; cela fait, elle fait sortir le pauvre diable pour le mener de suite chez la noble dame qui veut bien s’intéresser à lui, mais avant d’être arrivés à la destination indiquée elle a trouvé le moyen de s’en débarrasser.
Dans le courant de l’année 1814, deux Romamichelles, la mère Caron et la Duchène, dévalisèrent, en procédant ainsi, un grand nombre de malheureux ; elles avaient, à la même époque, commis un vol très-considérable au préjudice du brave curé de Saint-Gervais ; ces deux femmes, découvertes et arrêtées par moi, furent condamnées deux mois après la consommation de ce dernier vol.

Trottillon

France, 1907 : Apprentie qui fait les courses, petite ouvrière, même sens que trottin.

Marquise, marquise, marquise !
Souvenez-vous d’avoir été
Un petit trottillon crotté
Qui trottait au soleil d’été,
Qui trottait l’hiver par la bise,
Oubliez, petit trottillon,
Comment vous devintes marquise ;
Un jour que vous trottiez, la bise
Fit voir votre jambe bien prise…

(Louis Veuillot, Les Couleuvres)

Vent (du)

France, 1907 : Rien ; synonyme de du flan !

Marquise au tabouret d’or,
Vous voulez m’avoir pour page,
Aux missels tournant la page,
Aux forêts sonnant du cor,
Et sous la lampe agitant
L’écran, pour faire du vent ?
Du vent !

(Maurice Boukay)

On dit aussi dans le même sens vent et mousse.

Vignes du seigneur

France, 1907 : Ivresse. Être dans les vignes du Seigneur, être ivre.

Puis lorsque dame Automne,
Sereine, arrive enfin,
Assis sur une tonne,
Il fête le dieu : Vin.
Et dans des airs très dignes
Il trouve, le bon sieur,
Que les meilleures vignes
Sont celles du Seigneur.

(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)

Zut !

Delvau, 1866 : Exclamation qui est une formule de refus ou de congé. Depuis 1865, on dit : Ah ! zut alors si ta sœur est malade ! C’est plus long, mais c’est plus canaille — et, à cause de cela, préférable.

La Rue, 1894 : Non. Allez au diable. Vous m’ennuyez.

France, 1907 : Cette exclamation employée si fréquemment aujourd’hui dans le langage familier, pour exprimer le dépit, l’ennui, l’incrédulité, se prononçait autrefois zot, diminution de Diablezot, qui avait la même signification. Suivante Furetière, la locution complète était au diable zot : « Vous imaginez que je vous crois, au diable zot ! » Zot me semble être la corruption de soit. Au diable, soit ! D’un autre côté, certains étymologistes, entre autre le comte Jaubert, prétendent que zut n’est autre que le vieux mot ut, corruption de l’anglais out, hors d’ici, qui s’est naturalisé dans le Bas-Berry lors des ravages qu’y exercèrent les envahisseurs. On lit dans le Roman de Rou de Wace :

Normanz escrient : Dex aïe !
La gent Englesche : Ut ! s’escrie.

Le z euphonique se serait joint au monosyllabe ut. Voir ce mot. Burnouf, au contraire, le fait venir du sanscrit suth, dédaigner. Au lecteur de choisir.

Le critique. — Ah ! cher ami, quelle joie vous me faites !…zut !… le joli mot si court, si prestement national, comme il résonne, délicieusement, à mes oreilles françaises !… Zut !… Comme je vous retrouve enfin dans ce mot bref et vibrant, tel un coup de clairon !… Zut !… Comme je m’y retrouve moi-même !… Zut ! Zut ! Zut !… Chercher ailleurs, dans de fabuleux pays, sur des terres mortes, de soi-disant émotions littéraires, alors que nous avons, chez, ce zut ! si joyeux et si clair, et si sublime, ce zut ! divin qui dit nos âmes, notre esprit, notre bravoure, notre gaité, nos croyances !… quelle aberration ! quelle folie ! quel crime !… Ah ! redites-le, redisons-le ensemble, ce mot lustral, et qu’il se répande de nos lèvres, dans toute cette salle, pour en laver les boues étrangères… et qu’il aille, tout droit, comme le défi de notre génie, frapper la face obscure, la face des ténèbres des Ibsen et des Bjornson !… Zut ! Zut ! Zut ! Ah ! ce zut ! cliquetis de nos épées, baiser de nos amantes, rire vengeur et triomphant de notre Paris !… Zut !
L’abonné. — Zut ! Zut !…

(Octave Mirbeau)

— Marguerite ?
— Père…
— Viens un peu !
Mais Margot ne vint point. Jamais elle n’avait vu, à ce point, la pleutrerie du vieux. Elle se révoltait enfin et gueulait de toutes ses forces :
— Zut ! T’avais ma mère pour ça ; cours après !… J’en ai plein le dos, moi aussi, d’être ta femme…

(Montjoyeux)

Zut, pour le qu’en-dira-t-on ;
Ici-bas nous sommes libres.
Les gosiers sont bons calibres
Si le crâne est de carton.

(Alfred Marquiset)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique