d’Hautel, 1808 : Bégayer, bredouiller, chercher de mauvaises excuses pour se dispenser de faire quelque chose.
Delvau, 1866 : v. n. et a. Parler bas ; murmurer ; marmotter.
Baragouiner
d’Hautel, 1808 : Bégayer, bredouiller, chercher de mauvaises excuses pour se dispenser de faire quelque chose.
Delvau, 1866 : v. n. et a. Parler bas ; murmurer ; marmotter.
Blanquette
Ansiaume, 1821 : Argenterie.
Il a au moins 30 plombes de blanquette dans une marmotte.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Argenterie.
Vidocq, 1837 : s. f. — Argenterie.
Larchey, 1865 : Argenterie (Vidocq). — Allusion à la blancheur de son éclat.
Delvau, 1866 : s. f. Argenterie, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Argenterie, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Argenterie.
Virmaître, 1894 : Argenterie (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Argent.
Hayard, 1907 : Argenterie.
France, 1907 : Pièce d’argent, ou plat d’argent.
Elle ne fourgue que de la blanquette, des bogues et des broquilles. C’est dommage, car c’est une bonne bougresse.
(Vidocq)
Bocotter
Delvau, 1866 : v. n. Murmurer, marmotter entre ses dents ; rechigner, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Grogner, ne pas être content.
France, 1907 : Grogner ; bêler comme une bocquotte (chèvre).
Bondieusard
Rigaud, 1881 : Marchand d’objets de dévotion. Le quartier St-Sulpice est peuplé de bondieusards. — Enlumineur d’images de sainteté.
Un bondieusard habile pouvait faire ses six douzaines en un jour. Un bondieusard passable, ni trop coloriste ni trop voltairien, pouvait gagner son salut dans l’autre monde et ses quarante sous dans celui-ci.
(J. Vallès, Les Réfractaires)
Le mot a été créé par Gustave Courbet, qui l’employait souvent pour désigner soit un peintre de sujets religieux, soit un de ces peintres qui semblent s’inspirer des enlumineurs d’estampes. Par extension les libres-penseurs donnent du « bondieusard » à quiconque croit en Dieu, à quiconque fait montre de sentiments religieux.
France, 1907 : Marmotteur de prières ; fabricant ou marchand d’objets de sainteté.
Bourdonner
d’Hautel, 1808 : Grommeler, marmonner, marmotter entre ses dents.
Il ne fait que bourdonner. Pour, il est toujours grondeur et mécontent.
Brider
d’Hautel, 1808 : Brider la lourde. En terme d’argot signifie, fermer la porte.
Un oison bridé. Homme ignorant et d’une extrême stupidité.
Cette affaire est scellée et bridée. Pour elle est conclue, terminée.
Brider la figure à quelqu’un. C’est lui appliquer un coup de bâton sur le visage.
Brider l’oie. Tromper soigneusement quelqu’un, abuser de sa bonne foi, de sa simplicité.
Brider. S’opposer, mettre obstacle, contrecarrer.
Brider les volontés, les désirs de quelqu’un.
La bécasse est bridée. Se dit par raillerie d’un sot que l’on engage dans une mauvaise affaire, que l’on a pris pouf dupe. Voyez Âne.
Ansiaume, 1821 : Fermer.
Il faut débrider la marmotte, il a dix plombs de rouget.
anon., 1827 : Fermer.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fermer. Le boucard est bien bridé, la boutique est solidement fermée.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fermer.
Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — dans le même argot [des voleurs]. Brider la lourde. Fermer la porte.
Fustier, 1889 : Interdire, défendre. Argot des marchands forains.
Il m’a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d’être débridé depuis qu’on a constaté l’impossibilité de harnaquer.
(Temps, avril 1887)
La Rue, 1894 : Interdire, défendre.
Rossignol, 1901 : Retirer une autorisation. Retirer l’autorisation à un camelot ou marchand quelconque de stationner sur la voie publique pour y débiter sa marchandise, c’est le brider. Un établissement fermé par ordre de la préfecture est bridé.
France, 1907 : Fermer ; argot des voleurs. Brider la lourde, fermer la porte. Se dit aussi pour ferrer un forçat.
Carotter
d’Hautel, 1808 : Jouer petit jeu ; n’être point hardi au jeu.
Larchey, 1865 : Ne vivre que de légumes. Vivre mesquinement.
Il se dépouillait de tout… Il sera très heureux de vivre avec Dumay en carottant au Havre.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Obtenir de l’argent en tirant une carotte :
Allons, va au marché, maman, et ne me carotte pas.
Delvau, 1866 : v. a. Se servir de carottes pour obtenir de l’argent de son père, de son patron, ou de toute personne charitable. Carotter l’existence. Vivre misérablement. Carotter le service. Se dispenser du service militaire, ou autre, en demandant des congés indéfinis, sous des prétextes plus ou moins ingénieux.
Delvau, 1866 : v. n. Jouer mesquinement, ne pas oser risquer de grands coups ni de grosses sommes.
Rigaud, 1881 : Se contenter d’un léger bénéfice en exposant peu. — Carotter à la Bourse, dans les affaires. — Jouer très serré, jouer petit jeu, — dans le jargon des joueurs.
France, 1907 : Faire des dupes.
La plus hardie de ces ribaudes parait avoir été la dame des Armoises ; elle arriva à s’établir convenablement, carotta de droite et de gauche, non sans habileté, et fit souche de nombreux marmots.
Telle est la Jeanne d’Arc dont M. Lesigne prétend faire présent à la France : — reste à savoir si elle en voudra !
(Jacqueline, Gil Blas)
Carotter l’existence, mener une vie misérable. Carotter à la Bourse, spéculer sur une petite échelle.
Chigner
Larchey, 1865 : Pleurer.
Ça lui fera du bien de chigner.
(Balzac)
Rigaud, 1881 : Bouder ; gronder. — Chignard, boudeur, grognon.
Rossignol, 1901 : Griser.
France, 1907 : Larmoyer, pleurer comme les enfants ; aphérèse de rechigner. « Cet affreux marmot ne fait que chigner. »
— Alors, la v’là qui se met à chigner :
— Je vas te dire la vérité… C’est que j’a pas mangé depuis avant-hier.
Du coup, je l’ai lâchée, et j’ai sorti ma pièce de vingt ronds… Je voyais bien qu’elle ne mentait pas. Elle pissait de l’œil avec trop de conviction…
— Si c’est ça, que je lui dis, v’là de quoi aller bouffer…
(Oscar Méténier)
Credo
Delvau, 1866 : s. m. Aveu, — dans l’argot des ouvriers, qui ne sont pas tenus de savoir le latin. Faire son credo. Avouer franchement ses torts.
Delvau, 1866 : s. m. Potence, — dans l’argot des voleurs, qu’ils aient voulu faire soit une anagramme de Corde, soit une allusion à la confession du condamné à mort, qui récite son Credo avant de réciter son mea culpa.
La Rue, 1894 : Potence. Aveu. Crédit.
France, 1907 : Aveu, emplové dans ce sens : faire son credo. Latinisme. Credo est évidemment mis là par le populaire, qui n’y regarde pas de si près, pour Confiteor. C’est aussi une profession de foi, une affirmation de principes.
D’un an à dix-huit mois, on soumet déjà l’enfant aux fatigues. Des marmots de cet âge trottent nu-pieds dans la neige sans s’en porter plus mal. Leur faire subir des fatigues qui tueraient un petit blanc, est le principe de leur éducation. Ils n’ont qu’un but : exceller dans l’art de la guerre. C’est une sorte de Credo, et la peine et la patience déployées à enseigner cet art aux enfants seraient dignes d’une cause meilleure.
(Hector France, Chez les Indiens)
Le Credo de ces gens-là est le Syllabus, et le Syllabus est le testament du jésuitisme. C’est lui qui l’a emprunté à de Maistre, formulé, rédigé, dicté à son vieillard du Vatican. Or, qu’est-ce que le Syllabus, ce chef-d’œuvre du genre qui ne dit pas directement ce qu’il dit, qui ne le dit que par voie inverse pour dérouter l’esprit du lecteur ? C’est le double esclavage du corps et de l’esprit. Mort à la science, mort à l’industrie, sa fille aînée, mort à la liberté, mort à la souveraineté nationale, mort enfin au siècle tout entier et au progrès de l’esprit humain ! Ne pense pas, je pense pour toi, et si tu t’avises de penser par toi-même, prends garde à toi ; l’inquisiteur est là, qui a toujours une allumette dans la poche de son capuchon. Il ne faut à une société bien organisée que le gendarme, le bourreau, le prêtre et le roi, et encore le roi n’est qu’une doublure, le prêtre du dehors.
Autrement dit, c’est l’Europe en général, et la France en particulier, décapitées, abruties, bestialisées, transformées en une jésuitière laïque, où chacun de nous ne serait plus qu’une variante du perinde ac cadaver, un bloc de cinq pieds quatre pouces, plus ou moins, de matière organisée, confessé et fessé régulièrement de la main paternelle d’un révérend pour tout ce qu’il lui plairait d’appeler un péché.
Voltaire, où es-tu ? Ta tombe est vide ; il ne reste plus de toi que ton cœur, — et c’est un sénateur clérical qui l’a reçu en héritage et qui le garde sous clé au fond d’un tiroir.
(Eugène Pelletan)
France, 1907 : Crédit, par changement de finale.
France, 1907 : Potence ; Anagramme de corde.
Croquer
d’Hautel, 1808 : Faire croquer le marmot. Faire attendre long-temps quelqu’un ; le laisser sans occupation et dans une espérance vague.
On dit aussi simplement croquer le marmot, pour, s’amuser à des minuties, à des futilités, se croiser les bras par paresse.
Cet argent sera bientôt croqué. C’est-à-dire, dépensé. Cette locution ne s’emploie qu’en parlant d’un bélître, d’un dissipateur, d’un homme qui n’a ni ordre ni économie.
Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.
Par où le drôle en put croquer,
Il en croqua.
(La Fontaine)
Tout
Est de votre goût,
Vous croquez tout.
(Collé)
Larchey, 1865 : Esquisser, dessiner.
Si je croquais ce chêne avant de déjeuner !
(Marcellin)
Delvau, 1866 : v. a. Dessiner à la hâte, — dans l’argot des artistes.
Delvau, 1866 : v. n. Faire crier les souliers en marchant, — dans l’argot des enfants et des ouvriers.
France, 1907 : Craquer.
France, 1907 : Dessiner rapidement.
Croquer le marmot
France, 1907 : Attendre.
J’étais là depuis une heure à croquer le marmot et à écouter la musique des chiens…
(André Theuriet)
Enfin l’Église se déclare victorieuse et il y aura, sur les restes de ce franc-maçon enseveli comme un chrétien, aucune quincaillerie et les frères et amis sont condamnés par six degrés de froid à croquer le marmot dans le cimetière, ou à battre la semelle, ou, ce qui serait préférable, à faire un nombre considérable de carambolages au café de la Mairie, tous revêtus de leurs insignes.
(Louis Davyl, Gil Blas)
Croquer un marmot
Delvau, 1866 : Attendre en vain, — dans l’argot du peuple.
Dabicule
Delvau, 1866 : s. m. Fils du patron.
France, 1907 : Fils du patron, généralement un sale petit môme.
Un affreux marmot, le dabicule, tyran de la maison, qu’on eut aimé écraser comme une punaise, poussait des cris de paon.
(Les Propos du Commandeur)
Dauphin
Ansiaume, 1821 : Pince de fer.
Si j’avois eu un dauphin, je pésillois la marmotte.
Rigaud, 1881 : Souteneur ; le dos vert d’autrefois, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Souteneur.
Dégrimauder
France, 1907 : Marmotter entre ses dents d’un air mécontent, comme fout les vieilles femmes.
Dormir
d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit en plaisantant d’un enfant mutin, espiègle, et difficile à conduire.
Dormir comme un sabot. C’est-à-dire, très profondément, comme le font ordinairement les apathiques, les gens d’un sang lourd et épais ; et par allusion au sabot qui, agité fortement par le fouet d’un enfant, semble ne décrire aucun mouvement, et être tout-à-fait immobile.
Dormir comme une marmotte. Avoir l’air nonchalant, et toujours endormi. On sait que les marmottes dorment six mois de l’année.
Il ne sait s’il dort ou s’il veille. Se dit d’une personne étonnée, surprise, stupéfaite.
Des contes à dormir debout. Histoires ennuyeuses et mensongères.
Dormir la grasse matinée. C’est dormir en paresseux, toute la matinée.
Il ne faut pas réveiller le chat qui dort. Voy. Éveiller.
On dit communément parmi le peuple, dormir un somme, pour faire un somme, prendre un moment de sommeil.
Dormir sans débrider. Dormir la nuit entière sans s’éveiller.
Jeunesse qui veille et vieillesse qui dort, c’est signe de mort.
On dit d’un homme alerte, vigilant, intrigant dans les affaires, que le diable le berce quand il dort.
Il ne dort non plus qu’un jaloux. Pour, il a le sommeil inquiet, agité, fort léger ; un rien suffit pour le réveiller.
Dormir à bâtons rompus. Se réveiller vingt fois dans une nuit.
Le bien vient en dormant. Proverbe qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre ; et qui se dit de certaines gens à qui il arrive des bonnes fortunes qu’elles n’ont pas méritées par leurs travaux.
d’Hautel, 1808 : Qui dort dîne. Se dit par plaisanterie d’une personne qui se laisse aller au sommeil au moment où l’on se met à table.
Eau
d’Hautel, 1808 : L’eau va toujours à la rivière. Signifie que la fortune favorise presque toujours les gens qui n’en ont pas besoin ; qu’il suffit que l’on soit riche pour que les biens, les dignités, les honneurs viennent en profusion.
Faire de l’eau ; lâcher de l’eau. Pour dire uriner, pisser.
Il n’y a pas de l’eau à boire à être honnête homme. Maxime odieuse, que les fripons, pour le malheur de la société, ne mettent que trop souvent en pratique.
Cette entreprise est tournée en eau de boudin. C’est-à-dire, n’a point réussi ; s’en est allée en fumée.
Donner de l’eau bénite de cour. Flatter, caresser quelqu’un ; lui faire des politesses basses et exagérées.
Mettre de l’eau dans son vin. Devenir plus doux, plus traitable après s’être d’abord très-emporté.
Un médecin d’eau douce. Médecin sans expérience, qui vous inonde de tisannes et de remèdes infructueux.
Les eaux sont basses. Pour dire que l’on est à sec d’argent, ou, que quelque chose, s’épuise, tire à sa fin.
Tout s’en est allé à veau-l’eau. Signifie, toute sa fortune s’est dissipée, dispersée ; a été engloutie, dans de folles dépenses.
Après l’eau, c’est ce qu’il déteste le plus. Pour exprimer le haut degré d’aversion qu’un ivrogne porte à quelque chose.
Nager entre deux eaux. Être dans l’irrésolation et l’incertitude, être de tous les partis.
Il est revenu sur l’eau. Se dit d’un négociant qui étoit ruiné, et que l’on voit reparoître dans le commerce ; d’un homme qui, après avoir été disgracie, reparoit subitement dans des emplois honorables.
Faire venir l’eau au moulin. Pour, faire venir de l’argent à la maison.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Voyez Casser.
Nager en grande eau. Être bien dans ses affaires, après y avoir été fort gêné ; être sur le pinacle ; être en faveur dans les emplois.
Laisser courrir l’eau. Se peu soucier de ce qui se passe, être fort indifférent sur les affaires publiques.
Il est heureux comme le poisson dans l’eau. Signifie qu’un homme a tout ce qui peut le satisfaire.
Il n’y a pas de quoi boire de l’eau. Se dit d’un ouvrage mal payé ; d’un travail pénible et ingrat ; d’un métier qui donne à peine les moyens de subsister à celui qui le professe.
Battre l’eau. Travailler inutilement ; sans fruit.
Gare l’eau ! Cri que l’on fait entendre pour avertir les passans que l’on va jeter quelque chose par les fenêtres.
Il se mettroit dans l’eau jusqu’au cou pour le servir. Se dit d’un homme extrêmement attaché à quelqu’un ; et qui lui est tout-à-fait dévoué.
Il ne trouveroit pas de l’eau à la rivière. Se dit d’un idiot, d’un homme sans capacité, qui ne trouve pas les choses les plus simples ; pour lequel tout devient une affaire.
Pêcher en eau trouble. Profiter des désordres, publics, ou de la discorde d’une famille pour s’enrichir.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. Lui faire croquer le marmot ; le tenir dans l’incertitude et l’anxiété sur ce qu’on lui fait espérer.
C’est le feu et l’eau. Se dit de deux personnes qui se détestent mutuellement.
Boire de l’eau comme un canard. C’est-à dire en grande quantité.
C’est une goutte d’eau dans la mer. Métaphore qui se dit d’un secours trop foible pour tirer quelqu’un d’un grand embarras.
Il se noyeroit dans un verre d’eau. Pour dire qu’un homme est malheureux dans ses entreprises ; que les choses les plus probables deviennent incertaines pour lui.
Cela lui est aussi facile que de boire un verre d’eau. Signifie que le service qu’on demande à quelqu’un, ne tient absolument qu’à sa bonne volonté, à son obligeance.
Ils, ou elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit de deux personnes qui ont entr’elles une ressemblance parfaite.
Il n’y a pas de l’eau à boire. Se dit d’un ouvrage auquel on ne peut trouver son compte, même en travaillant beaucoup.
On dit d’un avare, d’un parent intraitable, d’un égoïste, qu’il vous verroit tirer la langue d’un pied, qu’il ne vous donneroit pas un verre d’eau.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que lorsqu’on a éprouvé quelque grande perte ; quelque grand malheur, on se tient sur ses gardes.
Il faut qu’il fasse voir de son eau. Pour, il faut voir ce qu’il sait faire pour que l’on puisse juger de son mérite.
Un buveur d’eau. Nom que les enfans de Noé donnent par mépris à un homme tempérant et flegmatique, qu’ils supposent, par cela même n’être pas habile aux affaires.
Rompre l’eau à quelqu’un. Le contrarier dans ses desseins, dans ses entreprises.
Porter de l’eau à la mer. Faire des cadeaux à des gens fortunés ; à ceux qui n’ont aucun besoin.
Il ne gagne pas beau qu’il boit. Se dit d’un paresseux, d’un mauvais ouvrier, dont le gain est si médiocre qu’il suffit à peine aux premières dépenses.
Échappé d’Hérode
Delvau, 1866 : s. m. Homme innocent, c’est-à-dire niais, — dans l’argot ironique du peuple.
France, 1907 : Homme simple, innocent. Allusion au massacre des innocents ordonné par ce monarque ennemi de l’enfance, mais apprécié de ceux qui n’aiment pas les marmots.
Escoffion
d’Hautel, 1808 : Au propre bonnet ou chapeau de femme ; au figuré, horion, mauvais coup.
Il a reçu son escoffion. Pour il a reçu une volée de coups de bâton
France, 1907 : Foulard dont les paysannes et les filles de fabrique du département du Nord se serrent la tête ; on dit aussi marmotte.
Il avait à peine fait quelques pas qu’il se rencontrait avec une fille de dix-sept à dix-huit ans, brune, des accroche-cœur dépassant le petit escoffion de cotonnette qui lui coupait le front.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Fifre
d’Hautel, 1808 : Jouer du fifre. Pour dire, croquer le marmot ; se passer d’une chose à laquelle on devoit avoir part. Cette locution burlesque s’emploie à-peu-près dans ce sens.
Et moi, que ferai je pendant ce temps ? Tu joueras du fifre.
Merlin, 1888 : Terme de mépris. Il joue comme un fifre, c’est-à-dire comme un maladroit.
Flirter
Rigaud, 1881 : Filtrer le sentiment ; courtiser avec raffinement ; mot ; d’importation américaine.
On ! commence par flirter avec une jolie fille.
(E. Augier, Les Fours hambault)
France, 1907 : Badiner amoureusement avec une femme ou une fille. C’est notre vieux mot fleureter, passé dans la langue anglaise où il est devenu le verbe to flirt, et que nous avons repris sous cette forme.
On se frôle, on se renvoie par la même glace, comme aux devantures des magasins, le regard aguichant et l’œillade passionnée.
À la tasse de thé où elle a bu, si peu, le cavalier servant, l’ayant conquise, feignant un air distrait, appuie longuement ses lèvres.
C’est flirter et rien de plus.
(Le Journal)
Plus tard, quand les marmots informes se sont transformés en garçonnets et en fillettes, nous sourions de les voir se faire des mines, prendre des attitudes étudiées et — la chose n’est pas rare, parait-il, dans un certain monde — de flirter, tout comme les grandes sœurs et les grands frères. Ces manières nous amusent : comment ne nous apercevons-nous pas qu’ils sont la preuve d’un éveil prématuré des sens, de l’imagination et de l’esprit, et qu’à l’âge où l’on ne doit faire que l’ange, cette jeunesse fait déjà la bête ?
(Pierre Domerc, La Nation)
Franquette (à la bonne)
d’Hautel, 1808 : Ingénûment ; et non à la bonne flanquette, comme on le dit par corruption.
France, 1907 : Franchement, avec simplicité. Cette locution, qui vient évidemment de l’adjectif franc, était déjà employée au XVIe siècle. On disait aussi : à la franche Marguerite.
Vivant à la bonn’ franquette,
Moi, je veux avoir pour lot
Du pain blanc sur la planchette,
Au grenier plus d’un fagot,
Et pour not’ premier marmot
Une solide layette.
Galette
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme maladroit, dépourvu d’intelligence.
Larchey, 1865 : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.
Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.
(La Bédollière)
Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.
Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Matelas d’hôtel garni.
Rigaud, 1881 : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.
Rigaud, 1881 : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.
Rigaud, 1881 : Individu sans intelligence.
Rigaud, 1881 : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.
Fustier, 1889 : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.
La Rue, 1894 : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.
Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.
France, 1907 : Argent.
—Les femmes, ça sert à quelque chose ou ça sert à rien. Si ça sert à rien, fourrez-les dedans, mais ne vous en servez pas. Non ! ces Messieurs veulent bien rigoler ; puis, quand ils ont casqué, qu’ils en ont eu pour leur argent, ils se plaignent… On dirait qu’ils regrettent leur galette. Faudrait peut-être les prendre à l’œil ! Ça serait pas à faire !… Et le commerce donc !
(Oscar Méténier)
Ô sainte Galette dorée
Devant qui l’on est à genoux,
Par toute la terre adorée,
Bonne sainte, priez pour nous !
Telle est votre toute-puissance
Aux yeux avides des mortels,
Que même en pâte on vous encense
Et qu’on vous dresse des autels.
(Jacques Rédelsperger)
Le lendemain de la fête des Rois, un marmot demande à un autre :
Y avait-il un bébé, hier, dans ta galette ?…
L’autre répond :
— Ah ! ouiche, rien du tout, et j’ai même entendu la nuit, papa qui disait à maman : « Avant d’avoir le bébé, faudrait avoir la galette ! »
(Le Charivari)
Embrassons-nous, ma gigolette,
Adieu, sois sage et travaill’ bien,
Tâch’ de gagner un peu d’galette
Pour l’envoyer à ton pauv’ chien ;
Nous r’tourn’rons su’ l’bord de la Seine,
À Meudon, cueillir du lilas,
Après qu’j’aurai fini ma peine
À Mazas.
(Aristide Bruant)
Bouffer la galette de quelqu’un, manger son argent, le ruiner.
Solange avait à elle environ quatre cents francs d’économies couchés sur un livret de la Caisse d’épargne postale ; de son côté, Camille, pour ne pas être en reste, ni accusé un jour de lui avoir bouffée sa galette, s’ingénia, parvint à tirer une carotte de cinq cents francs à sa famille, peu aisée pourtant et souvent déjà tapée dans les grands prix.
(Paul Alexis)
On dit aussi bonne galette.
Angèle se tenait derrière sa porte. Vous la voyez d’ici : des bas à fleurs, un peigne rose, ouvert du haut en bas, sur des chairs écroulées, et qui se gonflait au courant d’air. Une âcre odeur de musc flottait autour de ses aisselles ; ses cheveux étaient rougis par le fer, et la ligne blanche du maquillage, arrêtée à son cou, faisait paraitre sa graisse plus jaune.
— C’est vrai, me dit-elle, mon mignon, que tu veux m’apporter ta bonne galette ?
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Fête, dans l’argot des saint-cyriens. Sortie galette, sortie générale, sortie de fête.
France, 1907 : Homme sans valeur, caractère plat comme une galette.
France, 1907 : Matelas très mince et dur.
France, 1907 : Mauvais acteur.
… Il est donc très avantageux pour le correspondant de traiter avec des galettes semblables, qui, sans cesse à l’affut de nouveaux engagements, sont obligés d’avoir recours à son entremise.
(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)
France, 1907 : Mauvais soulier.
France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à la contre-épaulette de sous-lieutenant. Il y a une chanson intitulée : La Galette, dont voici une strophe qui donnera l’idée du reste.
Notre galette que ton nom
Soit immortel en notre histoire,
Qu’il soit embelli par la gloire
D’une brillante promotion !
On dit aussi : fine galette.
Autrefois les soldats du centre portaient tous des galettes en guise d’épaulettes.
Gammifère
France, 1907 : Qui a la manie des gammes.
La campagne contre les bas-bleus est chétive ; dirigez vos coups, moralistes, contre les gammifères. Le Domisoldo, chant national, nous tue nos femmes et nos filles. Il est le fléau social. N’est-il pas sinistre de penser qu’à l’heure où vous lisez ces lignes, des millions de douces créatures font crouler la gamme inexorable et abrutissante sur les bruits enchanteurs de la nature et même sur les criailleries vivaces des marmots ?
(Émile Bergerat)
Gober
d’Hautel, 1808 : Pour dire manger, prendre de la nourriture.
Gober des mouches. Croquer le marmot, passer une vie oisive et désœuvrée.
Il a gobé le morceau. Se dit de quelqu’un qui dans une bataille ou un duel a été blessé ; d’un homme sur lequel sont tombés tous les frais d’une affaire.
Gober la chèvre. Voyez Chèvre.
Gober. Pour, prendre, se saisir.
On l’a gobé. Pour, on s’en est saisi, on l’a mis en prison.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Attraper. Être gobé, être pris sur le fait.
un détenu, 1846 : Aimer, affectionner.
Delvau, 1866 : v. a. Avoir de la sympathie pour quelqu’un ; ressentir de l’enthousiasme pour certaines idées. Argot des faubouriens. Éprouver un sentiment subit de tendresse pour un compagnon, — dans l’argot des petites dames.
Delvau, 1866 : v. a. Croire légèrement aux choses qu’on dit, avaler les mensonges avec autant de confiance que si c’étaient des vérités.
Rigaud, 1881 : Trouver bien ; trouver à son goût. Se dit principalement des personnes. Gober quelqu’un. — Ils se gobent, ils s’aiment, ils se plaisent mutuellement. — Se gober, avoir une haute opinion de sa personne, être infatué de soi-même.
Boutmy, 1883 : v. a. Avoir de la sympathie pour : C’est un bon compagnon, je le gobe. Se gober, être infatué de sa personne.
Virmaître, 1894 : Aimer quelqu’un. Gober : croire à quelque chose, même à une chose fausse.
Virmaître, 1894 : la pilule. Gober une aventure extraordinaire. Gober (se) : s’imaginer valoir plus que les autres (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Aimer.
France, 1907 : Aimer.
Autrefois, j’aimais les gendarmes.
Drôle de goût, me direz-vous.
…
Mais je les gobais tout de même,
Comme on prise de bons enfants.
Élitre de l’armée et crème
Et fleur, ils m’étaient triomphants.
(Paul Verlaine)
Je te parlerais bien de Millaud et du Petit Journal, mais le soir même je recevrais du papier timbré. Il ne plaisante pas, le papa Millaud. Le voilà, à l’heure qu’il est, intentant trois procès à trois journaux différents, qui ne gobent pas son papier à chandelle, et qui trouvent étranges les prétentions littéraires de ce banquier journaliste, libraire et marchand de tortues.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)
Moi, je n’gob’ pas
El’ son du glas
D’l’églis’ du Maine,
J’aim’ cent fois mieux
Les chants joyeux
Ed’ la Mad’leine.
(Aristide Bruant)
Gontran, vous voulez m’épouser ;
Je n’dis pas non, car vous m’plaisez,
Vous n’êt’s pas trop laid, pas trop bête,
Vous vous habillez… proprement,
Vous êtes très rich’ : (Naturell’ment !)
Et J’gob’ vot’ tête.
(L. Xanrof, L’Ingénue moderne)
France, 1907 : Croire légèrement, attraper au vol ce que l’on dit ; du gaélique gob, bouche, bec. Gober le morceau, se laisser duper.
Il lui semblait qu’elle était quelque chose de plus qu’avant, reniflait à pleines narines la senteur musquée du cosmétique mangé sur les cheveux de Ginginet, en même temps s’amusait, comme d’un bon tour, de ce mari cornard et qui n’en saurait rien. Elle lui collerait une histoire, qu’il goberait comme toutes les autres, et bernique pour le reste.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Songez-y bien et croyez-le : il n’y a chez nous que ceux partis, deux, et point davantage. Ceux qui « gobent » et ceux qui « blaguent ». Car il convient de parler la langue de son temps.
Telle est la grande division. Le reste n’est que subtilite électorale.
(Émile Bergerat)
Grue
d’Hautel, 1808 : Faire le pied de grue. S’humilier ; faire des soumissions devant quelqu’un ; monter la garde dans les antichambres d’un homme puissant.
Avoir un cou de grue. Avoir le cou long.
Il est planté là comme une grue. Pour, il ne sait quelle contenance tenir ; il croque le marmot.
Delvau, 1864 : Fille entretenue, parce que les filles de cette espèce sont souvent plus bêtes que belles — ce qui fait qu’on ne s’explique pas les folies que les gandins font pour elles.
Dans certains théâtres, on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels ; cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.
(Joachim Duflot)
Larchey, 1865 : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres aux gros yeux à fleur de tête, à l’intelligence épaisse, on dit : C’est une grue. » — Scholl. — « Mme Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.
Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d’autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là. C’est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l’insolence des filles envers les honnêtes femmes. Bécasses ! disaient-elles. Grues ! leur répond-on. Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n’est pas né d’hier, il y a longtemps que le peuple l’emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.
Rigaud, 1881 : Femme sotte et prétentieuse. — Dans le dictionnaire de l’Académie, grue est donné dans le sens de niais. — Dans le jargon des comédiens, c’est une demoiselle qui possède de la beauté, de l’argent et des toilettes en quantité suffisante pour obtenir un bout de rôle où elle montre ses épaules, ses diamants et sa bêtise. Elle lève les gentilshommes de l’orchestre, comme la grue lève les fardeaux ; d’où son surnom.
La Rue, 1894 : Bête. Femme entretenue. V. Biche.
Virmaître, 1894 : Fille publique, jolie mais bête à manger du foin. De cette allusion est né un mauvais calembourg : Les camelots crient : Demandez l’Indicateur des grues de Paris pour rues (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Fille de bas étage.
Hayard, 1907 : Fille publique.
France, 1907 : « Bête marécageuse qui plume les gros pigeons et nourrit les petits poissons », dit la Vie Parisienne. Fille ou femme de mœurs légères ; nom que donnent les femmes à leurs rivales ou simplement à celles qu’elles n’aiment pas.
D’après Lorédan Larchey, grue viendrait non de l’oiseau à longues jambes, mais du vieux français grus, qui a perdu son orthographe primitive en passant à travers les âges.
J’avais donné précédemment grue avec le sens de marcheuse, dit-il, c’est-à-dire de figurante faisant commerce d’amour à l’ombre du théâtre. Je croyais que le mot était éclos, il y a trente ans, dans les corps de ballet, où les femmes paraissent montées sur des jambes d’autant plus longues que leurs jupes sont plus courtes. Mais le Dictionnaire de Godefroy vient de me donner fort à penser. J’y trouve grus comme mot injurieux, signifiant ribaude au moyen âge. En voici un exemple justificatif daté de 1415… « Ellui Girart appela la suppliante deux ou trois fois grus ! grus ! Et pour ce qu’elle n’entendoit pas ce que c’estoit à dire de telles paroles, demanda audit Girart que c’estoit. Lequel Girart lui dit que c’estoit à dire ribaude, en l’appelant par plusieurs fois : grus : ribaude ! grus : ribaude ! »
— Figure-toi que, sans savoir ni pourquoi ni comment, je m’étais amourachée de lui : ce jour-là, j’ai fait un joli coup ! Pas beau, pas d’esprit, pas d’argent : rien, quoi ! Par-dessus le marché, Monsieur me trompait avec la première grue venue ; on n’a pas idée de ça !
(Jules Noriac, Le Grain de sable)
Gladiola, dans la délicieuse revue de Blondel et Montreau, nous montre avec beaucoup de talent sa superbe poitrine et son dos ensorceleur. Ses admirables jambes, qui ne mesurent pas moins de soixante-dix centimètres vers la région communément appelée cuisse, ont été rappelées quatre fois. C’est un vrai triomphe pour la charmante jeune grue.
(George Auriol, Le Journal)
— Et quand elle a parlé des tableaux vivants… J’ai eu une envie de rire… elle qui a montré ses jambes pendant quinze ans dans toutes les revues : car c’est une ancienne actrice.
— Une actrice ! pas même… une ancienne grue.
(Maurice Donnay, Chère Madame)
La dame : une trentaine d’années, plutôt très jolie, mais l’air un peu grue et surtout très dinde.
(Alphonse Allais, La Vie drôle)
Fille de petits brocanteurs juifs, elle avait l’ambition et la ténacité des femmes de sa race ; jetée à seize ans sur les planches aux figurations et aux féeries, elle avait vite eu honte de ce métier de grue.
(Henry Bauër, Une Comédienne)
— Les jeunes filles nous servent d’éprouvette. On s’apprend à flirter et à aimer avec elles, pour de rire, à blanc, en attendant qu’on s’attaque plus tard sérieusement aux vraies femmes, aux femmes mariées. Comprenez-vous ? Les jeunes filles, pour moi, c’est comme le volontariat de l’amour. Une première étape, avant les grandes manœuvres que vous faisons ensuite avec les grues, et la guerre sanglante avec les dames du monde.
(Henri Lavedan)
Et puis, aussi bien je m’ennuie :
La grue, aux yeux couleur de jais,
Dans laquelle je me plongeais,
Depuis ce matin est enfuie
Et m’a laissé d’autres sujets
De tracas et de rêverie.
(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)
Les frimas remplacent la brise ;
Tombant comme d’un encensoir,
La neige sur la terre grise
Étend son vaste et blanc mouchoir,
Sous le ciel inclément et noir,
Malgré les rafales bourrues,
Des filles vont errant le soir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !
Princesses, heureuses d’avoir
Chambre bien close et rentes drues,
Ne condamnez pas sans savoir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !
(Georges Gillet)
Laïus
Larchey, 1865 : Discours.
Dans le dialecte de l’École polytechnique, tout discours est un laïus, depuis la création du cours de composition française en 1804. L’époux de Jocaste, sujet du premier morceau oratoire traité par les élèves, a donné son nom au genre. Les députés à la Chambre, les avocats au barreau, les journalistes dans les premiers-Paris, piquent des laïus.
(La Bédollière)
Pour les officiers sortant de Saint-Cyr, le laïus est un broutta, du nom d’un professeur de l’École, doué d’une certaine facilite d’élocution. Ce qui a fait le verbe broutasser et le substantif broutasseur.
(De Vauvineux)
Delvau, 1866 : s. m. Discours quelconque, — dans l’argot des Polytechniciens, chez qui ce mot est de tradition depuis 1804, époque de la création du cours de composition française, parce que le sujet du premier morceau oratoire à traiter par les élèves avait été l’époux de Jocaste. Piquer un Laïus. Prononcer un discours. Les Saint-Cyriens, eux, disent Brouta (du nom d’un professeur de l’École), broutasser et broutasseur.
France, 1907 : Composition française et, par extension, discours ; argot des Écoles militaires, Polytechnique, Saint-Cyr, La Flèche.
Cette locution vient — disent MM. Albert Lévy et G. Pinet — de la fidélité rare avec laquelle le professeur de littérature Arnault revenait souvent sur Œdipe et sur les malheurs de Laïus, roi de Thèbes. « Allons, bon ! se disait-on, aussitôt que la leçon commençait, roulant toujours sur les tragédies grecques, voilà le Laïus qui recommence. » Et le mot est resté.
Arnault, de l’Académie française, occupait la chaire de littérature à l’École polytechnique, de 1830 à 1834. Le mot ne date donc pas de 1804, comme l’écrivait de La Bédollière.
Ce qu’il marmotte entre ses dents, c’est le petit laïus qu’il a pignoché la veille et qu’il appris par cœur. Mais, comme le brave homme a la mémoire rebelle, il a eu soin de transcrire ledit laïus et, de temps en temps, il tire de sa poche on morceau de papier qu’il examine attentivement.
(La Nation)
Faire un discours, c’est pousser ou piquer un laïus.
Pour mes adieux au fauteuil présidentiel, n’est-il pas convenable que je leur pousse aussi mon petit laïus, à mes chers « pays » ? Que pourrais-je bien leur raconter ?
(Le Journal)
Les députés à la Chambre, les avocats au barreau, les journalistes dans les premiers-Paris, piquent leur laïus.
(Émile de La Bédollière)
Marmonner
d’Hautel, 1808 : Murmurer sourdement entre ses dents. Le peuple dit, par corruption, marronner.
Delvau, 1866 : v. a. Parler entre les dents d’un air fâché ; murmurer, gronder, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Marmotter.
Marmot
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris, qui se dit d’un petit garçon qui fait l’important, qui fait l’entendu dans les choses qu’il ne connoît pas.
Croquer le marmot. Attendre avec impatience ; s’ennuyer ; trouver le temps long ; ne rien faire de ses dix doigts.
Delvau, 1866 : s. m. Enfant, et, par extension, Homme chétif. Croquer le marmot. Attendre en vain.
Marmot (choquer le)
La Rue, 1894 : Ne pas voir arriver ce qu’on attend.
Marmot (croquer le)
France, 1907 : Attendre inutilement. D’après Lorédan Larchey, croquer le marmot ne serait qu’un équivalent de marmotter. En effet, celui qui attend murmure et marmotte des injures contre celui qui le fait attendre. Mais s’il faut s’en rapporter à Didier Loubens, cette expression devrait son origine au gros morceau de fer ou heurtoir qui était attaché à la porte principale des anciennes maisons et qu’à cause de la figure qu’il représentait, le plus souvent une tête de singe, ou de tout autre animal à physionomie grotesque, on appelait le marmot. Quand un visiteur frappait inutilement ce heurtoir, il pouvait dire : « J’ai longtemps fait craquer le marmot » ; de là, par altération, on est venu à cette expression, croquer le marmot.
Marmot (nourrir un)
France, 1907 : Préparer un vol.
Marmotier
Rigaud, 1881 : Petit Savoyard. Allusion aux marmottes que montrent ces jeunes galopins lorsque le ramonage des cheminées a dit son dernier mot.
Marmotte
Ansiaume, 1821 : Cassette.
J’ai décarré avec la marmotte.
Delvau, 1864 : Le con, — qui ne dort jamais. — Allusion au poil d’une motte bien garnie.
Un soir, ma sœur me dit : Si nous étions dans le même lit, tu pourrais faire entrer ta petite broquette qui est toujours raide dans la bouche de ma petite marmotte que tu aimes tant.
(Anti-Justine)
Delvau, 1866 : s. f. Boîte ou carton d’échantillons, — dans l’argot des commis-voyageurs.
Delvau, 1866 : s. f. Madras que les femmes du peuple se mettent sur la tête pour dormir.
Rigaud, 1881 : Boîte de placier. Boîte où les commis voyageurs mettent les échantillons.
Rigaud, 1881 : Femme, — dans le jargon des souteneurs ; par altération de marmite.
Virmaître, 1894 : Madras que les marchandes portent encore sur la tête en guise de coiffure. Marmotte : diminutif de marmite.
— Tu n’es qu’une sale marmotte (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Femme qui se prostitue.
France, 1907 : Boîte de commis placier. Allusion aux boîtes où les petits Savoyards enferment leur marmotte.
France, 1907 : Mouchoir de coton ou de soie que les femmes de certaines campagnes et les marchandes des rues portent sur la tête.
Coiffée d’une simple marmotte, un fichu sur les épaules, les seins bombés, la croupe rebondie, elle était plus charmante ainsi que les belles dames avec leurs chapeaux à plumes et leurs manteaux de velours.
(Les Propos du Commandeur)
Marmotter
d’Hautel, 1808 : Parler entre ses dents ; murmurer sourdement.
Marmotteur de patenôtres
France, 1907 : Dévot, hypocrite.
Les marmotteurs de patenôtres,
Vicaires, desservants, curés,
Devant le Veau d’or sont vautrés,
« Exploitez-vous les uns les autres ! »
Tel est leur mot d’ordre divin,
Et Cartouche leur sert d’exemple,
Il faudrait que Jésus revint
Pour chasser les marchands du Temple !
(Gringoire, Gazette rimée)
Marmottier
Delvau, 1866 : s. m. Savoyard, — dans l’argot des faubouriens.
France, 1907 : Savoyard. On sait que c’est une spécialité des petits Savoyards d’exhiber des marmottes.
Marmottier, -ère
Vidocq, 1837 : s. m. — Savoyard, savoyarde.
Marronner
Larchey, 1865 : Bouder, murmurer. — C’est, selon d’Hautel, une corruption du mot marmonner : marmotter.
J’peux pas voir ça, moi ! je marronne tout haut.
(Cogniard, 1831)
Delvau, 1866 : v. a. Maugréer, être de mauvaise humeur, — dans l’argot du peuple. Faire marronner quelqu’un. Le faire attendre en murmurant et plus que la politesse et la raison ne le permettent. Signifie aussi Faire enrager, taquiner.
Rossignol, 1901 : Mécontent, de mauvaise humeur.
Mec à la mie de pain
France, 1907 : Voleur maladroit et craintif.
C’était un môme assez costeau,
Mais il ’tait avec eun’ cathau
Qu’était blèche :
I’ la r’levait à la mi’ d’pain,
Il était, au lieu d’êt’ rupin,
Dans la dèche.
(Aristide Bruant)
Vous m’direz : Mon vieux cochon,
Quand on veut qu’eun’ marmott’ turbine,
Faut pas qu’alle ay’ l’air d’un torchon
Ni qu’a soy’ trop dans la débine,
— Oui… mais ça m’fait r’naquer du fla
D’avoir l’air d’un mec à la mie,
Quand on s’paye eun’ anatomie
Et eun’ gueul’ comm’ la cell’ que v’là.
(Aristide Bruant, Dans la rue)
Mion
anon., 1827 : Garçon.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Filou de bas étage.
Bras-de-Fer, 1829 : Garçon.
Vidocq, 1837 : s. m. — Garçon.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Halbert, 1849 : Garçon.
Hayard, 1907 : Enfant.
France, 1907 : Canard siffleur.
France, 1907 : Petit garçon, marmot, mioche ; même origine que ce dernier mot, à moins qu’il ne vienne du vieux français dérive du grec meion, moindre.
Fonçons à ce mion folâtre
Notre palpitant.
(Nicolas Grandval)
France, 1907 : Petite mesure pour le vin ; provincialisme.
Mulet
d’Hautel, 1808 : Une tête de mulet ; entêté comme un mulet. Se dit d’un homme très-entêté, très-obstiné, qui ne veut faire qu’à sa tête.
Faire garder le mulet à quelqu’un. Le faire attendre, lui faire croquer le marmot.
Travailler comme un mulet. Travailler à des ouvrages très-fatigans, porter de lourds fardeaux.
Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui aide le metteur en page, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Artilleur de marine.
Rigaud, 1881 : Diable. (F. Michel.) — Metteur en pages en second dans une imprimerie.
Boutmy, 1883 : s. m. Compositeur qui aide dans son travail un metteur en pages surchargé de besogne. Le mulet est en conscience ; son office reçoit encore le nom de fonctions ; il serre et desserre les formes, fait corriger les paquetiers, fait faire les épreuves et descend ou porte les formes aux machines.
France, 1907 : Artilleur de marine.
France, 1907 : Diable, à cause des longues oreilles.
France, 1907 : Ouvrier qui aide le metteur en pages ; argot des typographes.
Paire (se faire la)
Hayard, 1907 : Se sauver.
France, 1907 : Se sauver, courir. Jambes est sous-entendu : se faire la paire de jambes. On dit également se faire la paire de mains courantes.
— Oùs qu’est ma menesse ? Veux-tu calter, Pamela… Non, mais n’s’fera pas la paire… C’est-y cruche une marmotte !
(A. Bruant, Les Bas-fonds de Paris)
Diner à la paire, se sauver sans payer après le repas.
J’ai connu à la Roquette un peintre en bâtiments ; depuis cinq à six ans, tous les hivers, il rappliquait passer sa saison. Il avait environ trois mois à tirer pour un coutumier dîner à la paire.
(La Sociale)
Panne
d’Hautel, 1808 : Il a deux doigts de panne. Se dit en plaisantant d’un homme qui est extrêmement gras.
Larchey, 1865 : Misère.
Il est dans la panne et la maladie.
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. f. Misère, gène momentanée, — dans l’argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de pain.
Delvau, 1866 : s. f. Rôle de deux lignes, — dans l’argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un pauvre rôle. Se dit aussi d’un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d’un acteur ou la beauté d’une actrice.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui n’a pas un sou vaillant, — dans l’argot des filles, qui n’aiment pas ces garçons-là.
Rigaud, 1881 : Grande misère ; ruine complète.
Ce fut alors, madame Alcide, que commença votre grande panne.
(Ed. et J. de Goncourt)
Ils sont tournés comme Henri IV sur le Pont-Neuf et m’font l’effet de n’son-ger qu’à faire la noce, au risque d’être dans la panne et de se brosser le ventre après.
(É. de La Bédollière, Les Industriels)
En terme de théâtre, bout de rôle.
Plus de rôles à jambes, et une panne de dix lignes dans ta nouvelle féerie !… Ah ! Ernest, vous ne m’aimez plus.
(J. Pelcoq, Petit journal amusant)
Il faut vous dire que tous mes camarades, étant jaloux de moi, s’arrangeaient de manière à avoir les bons rôles, tandis que moi, on me donnait les pannes… les bouche-trous !…
(P. de Kock, Le Sentier aux prunes)
En terme d’atelier, mauvais tableau.
Qu’est-ce que c’est que cette panne ? C’est assez mal léché ! merci.
(J. Noriac, Têtes d’artistes)
La Rue, 1894 : Gêne, misère. Bout de rôle au théâtre.
France, 1907 : Actrice, où plutôt cabotine à qui l’on ne confie que des bouts de rôle, que des pannes. Georges Ben a fait sur elles une chanson dont voici quelques vers :
Dans les coulisses, d’un pas lent,
Ell’s se promen’nt en somnolant,
Les pannes,
Ou bien ell’s dorm’nt ou bien encore
Ell’s regard’nt poser les décors,
Les pannes.
Ell’s attend’nt, en croquant l’marmot,
L’occasion de placer leur mot,
Les pannes.
France, 1907 : Fanon du bœuf.
France, 1907 : Mauvais tableau vendu bien au delà de sa valeur ; argot des brocanteurs.
Le brocanteur avait groupé un ramassis d’objets tarés, invendables… — Vous m’entendez, vieux, pas de carottes, pas de pannes ! La dame s’y connaît.
(Alphonse Daudet, Les Rois en exil)
France, 1907 : Pauvreté. « Tomber dans la panne. » Du vieux français panne, haillon.
Quand il n’y a plus de son, les ânes se battent, n’est-ce pas ? Lantier flairait la panne ; ça l’exaspérait de sentir la maison déjà mangée.
(Émile Zola, L’Assommoir)
France, 1907 : Rôle insignifiant ; argot théâtral.
Une panne ? Je n’ai jamais très bien compris le sens de ce mot-là. J’ai toujours cru — suis-je assez sot ! — qu’au théâtre il y avait de petits artistes et non pas de petits rôles.
Je me souviens d’un acteur, dont le nom m’échappe en ce moment, qui n’avait que quelques lignes à dire dans la Mort du duc d’Enghien, de M. Hennique. Il eut, en dépit de cette panne, un triomphe le soir de la première représentation.
(Pierre Wolff)
France, 1907 : Situation difficile, comme celle d’un navire qui ne peut plus avancer. Argot des marins. « Être en panne, rester en panne. »
— Amen ! répondit le matelot, mais sans vouloir vous fâcher, la mère, m’est avis que les saints, les anges et le bon Dieu nous laissent joliment en panne depuis quelque temps.
(Jean Richepin, La Glu)
Pays des marmottes (le)
Delvau, 1866 : La terre, — dans l’argot du peuple. S’en aller dans le pays des marmottes. Mourir. On dit aussi le Royaume des taupes.
Planquer
Ansiaume, 1821 : Cacher.
Il faut planquer la camelotte jusqu’à sorgue.
Vidocq, 1837 : v. a. — Cacher.
un détenu, 1846 : Faire le guet.
Halbert, 1849 : Cacher.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Engager quelque chose au Mont-de-Piété, mettre au plan. Argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Mettre quelque chose de côté, — dans l’argot des typographes.
Delvau, 1866 : v. a. Cacher. Signifie aussi Emprisonner.
Rigaud, 1881 : Cacher. — Observer. — Mettre de l’argent de côté.
Virmaître, 1894 : Cacher.
— Pour dépister la rousse, je vais me planquer un marqué chez un garnaffier de mes aminches (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire une planque ; veut aussi dire cacher, dissimuler.
en me couchant, je suis obligé de planquer mon porte-monnaie pour que ma femme n’y fasse pas une descente.
France, 1907 : Abandonner, laisser en place.
— Et ta ménesse ? — Laquelle ? — La rouquine ? — Elle trouillottait des aisselles ; il y a beau temps que je l’ai planquée.
France, 1907 : Mettre, placer, cacher.
À c’te piaule je suis si bien planquée que je ne crains ni cognes, ni griviers, ni railles, ni quart-d’œil, ni gerbiers.
(Mémoires de Vidocq)
Planquer le marmot, cacher le produit du vol. Planquer les paccins dans un roulant, mettre les paquets dans une voiture.
Planquer (se)
Rigaud, 1881 : Se cacher. — Planquer le marmot, cacher un objet volé.
Planter
d’Hautel, 1808 : S’il est bien planté, il reviendra. Se dit d’une personne dont on fait peu de cas, et qui s’en est allée avec humeur.
Il est allé planter ses choux. Se dit par raillerie d’un homme qui s’est retiré à la campagne.
Planter là quelqu’un. L’abandonner, le quitter, lui retirer son amitié, sa protection, ses secours.
Arrive qui plante. Locution adverbiale qui marque la résolution dans laquelle on est, de ne pas changer d’idée quelque chose qu’il arrive.
Il m’a planté-là pour reverdir. Pour, il m’a abandonné subitement ; il m’a fait croquer le marmot.
Halbert, 1849 : Laisser.
Fustier, 1889 / La Rue, 1894 : Coïre.
France, 1907 : Sacrifier à Venus.
Pou de sacristie
France, 1907 : Dévot, hypocrite, marmotteur de patenôtres.
Les poux de sacristie ont trouvé une sorte de plaisanterie extra-topique. Quand ils ont un surcroit d’absinthe sur la conscience, c’est-à-dire sur l’estomac, ils cultivent un brin de poésie. Ils s’amusent à fabriquer des chansons atroces, épouvantables ; puis ils prétendent les avoir reçues par la poste et les publient pour terroriser les deux douzaines de gâteux auxquels ils envoient leur journal gratis.
(L’Évènement, 1877)
Prendre une culotte
Rossignol, 1901 : Se saouler.
France, 1907 : Perdre au jeu.
Quelle folle gavotte !
Quand tu prendras, marmot,
Ta première culotte…
Mais pas dans un tripot.
(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)
France, 1907 : S’enivrer.
Un poivreau que le culte de Bacchus a plongé dans la plus grande débine, se fit renvoyer de son atelier. Par pitié, ses camarades font entre eux une collecte… Notre poivreau revient une heure après complétement ivre.
— Vous n’êtes pas honteux de vous mettre dans un état pareil avec l’argent qu’on vous avait donné pour vous acheter un vêtement !
— Eh bien ! répondit l’incorrigible ivrogne, j’ai pris une culotte.
(Eugène Boutmy)
Quinquet
d’Hautel, 1808 : Espèce de lampe ainsi nommée du nom de son inventeur. Vulgairement ce mol se prend pour la vue, les yeux ; ainsi pour exprimer qu’une personne est borgne, on dit qu’Il lui manque un quinquet ; qu’elle n’a plus qu’un quinquet.
Larchey, 1865 : Œil brillant (Vidocq, 1837) comme la lampe Quinquet qui passa en son temps pour un phénix de lumière. On dit : Quelle paire de quinquets ! V. Esbrouffer.
Virmaître, 1894 : Les yeux. La marmotte allume le pante du quinquet (Argot des souteneurs). V. Chasses.
Ragot
d’Hautel, 1808 : Homme qui radote, qui marmote continuellement entre ses dents ; d’une humeur grondeuse et souvent qui ne sait ce qu’il dit.
Ragot. Pour dire, de petite stature, court et gros, mal fait, mal proportionné dans sa structure.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Quart d’écu.
Delvau, 1866 : s. m. Cancan, médisance, — sans doute par allusion aux grognements des sangliers de deux à trois ans, moins inoffensifs que ceux des marcassins.
Rigaud, 1881 : Conte en l’air, bavardage. — Faire du ragot, des ragots, tenir des propos de commère.
La Rue, 1894 : Cancan, bavardage.
France, 1907 : Cancans, bavardages, futilités.
C’est une des beautés du scrutin d’arrondissement de supprimer les questions d’intérêt général, au moins en dehors des grandes villes, et de ramener le programme de la démocratie à de petites questions de boutique, à des minuties et à des ragots.
(A. Maujan)
France, 1907 : Quart d’écu.
Ramage
d’Hautel, 1808 : Gronde, réprimande, grognement, murmure, mécontentement ; l’action de marmoter entre ses dents.
Il m’a fait un beau ramage. Pour, il m’a vivement réprimandé, grondé.
Auras-tu bientôt fini ce ramage ? Pour cesseras-tu de marmoter, de murmurer, de grogner ?
Ramoner
Delvau, 1866 : v. n. Murmurer, marmotter, parler entre ses dents, — par allusion au bruit désagréable que fait le ramona en montant et en descendant dans la cheminée qu’il nettoie.
Rigaud, 1881 : Confesser, — dans l’argot des congréganistes ; c’est-à-dire : ramoner la conscience.
Rigaud, 1881 : Marmotter ; rabâcher.
La Rue, 1894 : Murmurer, marmotter. Confesser.
France, 1907 : Coïter.
France, 1907 : Marmotter, grogner.
France, 1907 : Nettoyer. Ramoner sa cheminée, se purger. Ramoner ses tuyaux, se laver les pieds. Se faire ramoner la conscience, se confesser.
Rebrider
Ansiaume, 1821 : Refermer.
Il faut pésiller le mornif et rebrider la marmotte.
Ronron
France, 1907 : Bruit monotone et sourd, comme celui d’un chat qu’on cajole où d’une dévote qui marmotte son chapelet.
Dans les hôpitaux, les sœurs n’ont jamais fait un pansement et se sont toujours bornées aux fonctions de surveillantes.
Ces fonctions, elles les exercent au point de vue tout spécial qui est le leur : c’est-à-dire qu’elles outragent du matin au soir la conscience des malades par le spectacle de leurs petites chapelles et le ronron de leurs patenôtres ; c’est-à-dire qu’elles réservent toutes les faveurs aux patients qui jouent avec elles la comédie de la soumission aux rites romains et toutes les sévérités, — parfois toutes les cruautés, — à ceux qui ne pratiquent pas ce genre d’opportunisme.
(Germinal)
Roupieuse
France, 1907 : Femme au nez de laquelle pendent des roupies.
Une vieille roupieuse guettait la mariée, marmottant des Ave Maria.
(Albert Cim)
Siffler
d’Hautel, 1808 : Faire siffler la linote à quelqu’un. Le faire attendre en plein air ; lui faire croquer le marmot.
Il n’a qu’à siffler. Pour dire, il est obéi à la parole.
Il n’y a qu’à siffler et remuer les doigts. Pour dire, c’est une chose fort aisée.
Larchey, 1865 : Boire.
Il a sifflé pour dire : il a bu, parce que les lèvres ont à peu près le même mouvement.
(Le Duchat, 1738)
Tiens, vieux chéri, siffle-moi ça, ça va te remettre.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : v. a. et n. Boire ou manger, mais surtout boire, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce verbe depuis plus d’un siècle, comme le prouvent ces vers d’une chanson du commencement du XVIIe siècle :
Lorsque je tiens une lampée
Pleine de vin, le long de la journée,
Je siffle autant que trois.
Delvau, 1866 : v. a. Dépenser. Avoir tout sifflé. Être ruiné.
Rigaud, 1881 : Boire d’un coup, boire promptement.
La Rue, 1894 : Boire. Dépenser. Siffler au disque, attendre, se morfondre.
France, 1907 : Boire.
J’avais ma place réservée à une table de bois blanc dans l’angle de la grande salle commune, et je restais là à fumer pipe, en rêvassant, en regardant les gens du bourg qui, près de moi, sifflaient des bouteilles ou jouaient au billard.
(Fernand Vandérem)
Troufignard
Rossignol, 1901 : Voir troufignon.
France, 1907 : Troufignon, anus ; littéralement trou de la figne.
T’entends nos gardeuses d’marmots
En train d’hurler dans un melingue !
Crois-tu qu’a’s en f’raient du bastringue,
Vrai ! ça s’rait pus poir’ qu’à Carmaux ;
Tu les vois pas s’crêper l’chignon,
Dans un élan démocratique
Et crier : Viv’ la République !
En tortillant leur troufignon !
(Aristide Bruant, Émancipation)
Trucher
d’Hautel, 1808 : Caimander, gueuser, mendier par fainéantise.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Demander l’aumône.
La Rue, 1894 : Mendier.
France, 1907 : Mendier ; vieux français.
Grenipille ou bien Misère,
C’est même chose en deux mots,
C’est de hameaux en hameaux
Traîner un ventre qu’on serre,
Pour soi-même et les marmots
Trucher le pain nécessaire,
Envier leur sort même aux
Plus pauvres des animaux,
Égrener le noir rosaire
Dont tous les grains trop gémeaux
Sont des maux, des maux, des maux…
Grenipille ou bien Misère,
C’est même chose en deux mots.
(Jean Richepin)
Zozotte
Rigaud, 1881 : Argent ; — pour pézotte, — dans le jargon des souteneurs. — Mettre le doigt sur la zozotte, toucher à l’argent, voler de l’argent. — La zozotte à la Louis, l’argent de la maîtresse d’un souteneur.
La Rue, 1894 : Argent.
Virmaître, 1894 : Argent.
— Pas moyen de trimballer ma bidoche, j’ai pas de zozotte.
Zozotte a aussi une autre signification dans le même argot :
— As-tu bien passé la première nuit de tes noces ?
— Mon cochon était tellement poivre qu’il a pioncé comme une marmotte toute la nuit.
— Alors, pas de zozotte ? (Argot des blanchisseuses). N.
Rossignol, 1901 : Argent.
France, 1907 : Argent. Zozotte à la Louis, argent que donne une prostituée à son souteneur. Mettre son doigt sur la zozotte, découvrir l’argent caché.
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