Rigaud, 1881 : Vente sur la voie publique. Aujourd’hui presque tous les grands magasins de nouveautés pratiquent la vente à l’abatage et encombrent les trottoirs avec des marchandises plus ou moins défraîchies.
Abatage (vente à l’)
Abattage
La Rue, 1894 : Étalage de marchandises en plein vent. Vive réprimande.
Rossignol, 1901 : Celui qui est grand de taille, a de longs abattis et, par conséquent, de l’abattage.
Rossignol, 1901 : Recevoir des réprimandes d’un chef ou d’un patron.
Abloquer
Ansiaume, 1821 : Vendre.
J’ai abloqué pour 200 balles de camelotte.
Virmaître, 1894 : Acheter en tas, en bloc. Les brocanteurs bloquent un tas de marchandises les plus disparates (Argot des camelots). V. revidage.
Acheteur
d’Hautel, 1808 : Il y a plus de fous acheteurs que de fous vendeurs. Signifie que les vendeurs ne sont jamais dupes des marchés qu’ils font, parce qu’ils connoissent tous les défauts de leurs marchandises.
Anquilleuse, ou voleuse à la mitaine
Rigaud, 1881 : Voleuse à la détourne qui s’attaque aux magasins de nouveautés. Habile à faire tomber un coupon d’étoffe, elle se sert de ses pieds, chaussés de bas en forme de mitaine, pour cacher la marchandise entre ses jambes, quilles, ce qui ne l’empêche ni de marcher, ni même de courir, quand elle sent la police à ses trousses.
Argent
d’Hautel, 1808 : On donne vulgairement à ce précieux métal, des noms plus bizarres les uns que les autres. Voici les principaux : de l’Aubert ; du Baume ; de la Mazille ; du Sonica ; des Sonnettes. Tous ces mots servent alternativement à désigner l’or, l’argent, le cuivre, en tant que ces métaux sont monnoyés, et qu’ils ont une valeur nominale.
L’argent est rond c’est pour rouler. Se dit pour excuser les folles dépenses et les prodigalités d’un bélître, d’un dissipateur.
Vous ne faites argent de rien. Reproche obligeant et bourgeois que l’on adresse à un convive qui ne fait pas honneur à la table, ou qui semble ne pas manger de bon appétit.
Manger de l’argent. Expression métaphorique, qui équivaut à dissiper, dépenser avec profusion, se ruiner.
Il a mangé plus gros que lui d’argent. Se dit par exagération d’un homme dépensier et prodigue, dont la jeunesse a été fort déréglée.
Faire argent de tout. C’est-à-dire, faire toutes sortes de commerce ; se procurer de l’argent de tout ce qui tombe sous la main. Se prend aussi en bonne part, et signifie être d’une humeur égale et facile, s’accommoder aux circonstances les plus désagréables.
Il y va bon jeu bon argent. Pour il agit avec franchise et loyauté ; ses intentions sont remplies de droiture.
C’est de l’argent en barre. Et plus communément, C’est de l’or en barre. Se dit pour vanter la Solvabilité de quelqu’un ; et signifie que ses promesses valent de l’argent comptant.
Il est chargé d’argent comme un crapaud de plumes. Façon de parler burlesque, qui signifie qu’un homme est absolument dépourvu d’argent.
Mettre du bon argent contre du mauvais. Faire des dépenses pour une chose qui n’en vaut pas la peine ; plaider contre un insolvable.
Point d’argent point de suisse. C’est-à-dire, rien pour rien.
Bourreau d’argent. Prodigue, dissipateur ; panier percé.
Qui a assez d’argent a assez de parens. Proverbe qui n’a pas besoin d’explication.
Jeter l’argent à poignée, ou par les fenêtres. Le dépenser mal à propos, et sans aucune mesure ; en faire un mauvais usage.
Qui a de l’argent a des pirouettes. C. à d. qu’avec ce maudit métal on obtient tout ce qu’on veut.
Il veut avoir l’argent et le drap. Se dit d’un usurier, d’un homme rapace qui veut tout envahir.
Il a pris cela pour argent comptant. Se dit par raillerie d’un homme simple et crédule que l’on est parvenu à tromper par quelque subterfuge.
Argent comptant porte médecine. Pour dire que l’argent comptant est d’un grand secours dans les affaires.
C’est de l’argent changé. Dicton des marchands, pour persuader aux chalands que la marchandise qu’ils achettent est à très-bon compte, et qu’ils n’y gagnent rien.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Signifie que de belles paroles, de beaux discours, ne suffisent pas pour remplir les engagemens, que l’on a contractés envers quelqu’un.
N’être point en argent. Gallicisme qui signifie, être gêné, n’avoir point de fonds disponibles.
Arnellerie
Vidocq, 1837 : s. m. — Rouennerie, (marchandise).
Delvau, 1866 : s. f. Rouennerie.
Article (faire l’)
Delvau, 1864 : Se dit des maquerelles plantées le soir sur le seuil des bordels, qui essaient d’y faire entrer les passants en leur dépeignant rapidement, avec des couleurs un peu fortes mais saisissantes, les beautés diverses et les talents particuliers de leurs pensionnaires.
Tu resteras sur le seuil du bazar et tu feras l’article pour nos demoiselles.
(Lemercier)
Larchey, 1865 : Faire valoir une personne ou une chose comme un article de commerce.
Malaga ferait l’article pour toi ce soir.
(Balzac)
Examinez-moi ça ! comme c’est cousu ! — Ce n’est pas la peine de faire l’article.
(Montépin)
Être à l’article : Être à l’article de la mort, sur le point de mourir.
Porté, fort sur l’article : Enclin à la luxure.
Rigaud, 1881 : Faire valoir une marchandise, faire ressortir les qualités d’une personne. Le boutiquier et la fille s’entendent mieux que personne à faire l’article.
Aùs
Rigaud, 1881 : « Chaque saison a ses articles défraîchis, et même démodés, ses aùs, dans la langue de magasin. »
(Commis et demoiselles de magasin, 1868)
Aùs, dans le même jargon, signifie encore une personne qui ne sait pas au juste ce qu’elle veut acheter, un tatillon qui tourne, retourne la marchandise, fait tout étaler et s’en va comme il était venu ; la terreur des commis de magasin. Aujourd’hui, aùs n’est usité que dans ce dernier sens.
Bâche
Rigaud, 1881 : Casquette. Elle couvre la tête comme la bâche couvre la marchandise.
Rigaud, 1881 : Drap, — dans le jargon des troupiers, qui ne couchent pas précisément dans de la batiste. — Se bâcher, se mettre dans la bâche, se coucher.
Rigaud, 1881 : Enjeu, — dans l’ancien argot des Grecs. — Faire les bâches, bachotter, établir des paris entre compères dans le but d’exploiter des dupes. Allusion à la grosse toile nommée bâche qui sert à garantir une marchandise. La bâche garantit le floueur contre les mauvaises chances du jeu.
La Rue, 1894 : Casquette. Enjeu. Faire les bâches, bâchotter, se dit de grecs qui simulent entre eux des paris dans le but de tromper des dupes.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Casquette.
France, 1907 : Casquette ; argot des voleurs.
anon., 1907 : Casquette.
Bande noire
France, 1907 : On désignait de ce nom une association de spéculateurs, composée généralement de capitalistes qui achetaient en bloc les grandes propriétés foncières, pour les revendre au détail Maintenant ce nom est donné plus spécialement à une vaste association de filous qui, spéculant le plus souvent à l’étranger, se font expédier, sous de faux noms et à l’aide de fausses références, des marchandises qu’ils ne payent jamais et revendent à vil prix. C’est à Londres, surtout, et dans quelques autres villes de l’Angleterre et du continent, que fleurit cette bande de coquins.
Elle ne douta plus un instant qu’il ne fit partie de la fameuse bande noire qui a son centre spécial dans un café du voisinage de Leicester Square, et des ramifications dans une douzaine de tavernes mal famées de la métropole, où l’on met systématiquement à rançon les maisons de commerce du continent, assez confiantes pour envoyer sur d’illusoires garanties leurs marchandises à ces forbans.
(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)
Banque (faire la)
Rigaud, 1881 : Faire mousser la marchandise, — dans le jargon des camelots.
Banqueroute
d’Hautel, 1808 : N’a-t-il pas peur qu’on lui fasse banqueroute ? Pour a-t-il peur qu’on s’en aille sans le payer ? Se dit par ironie et par humeur d’un homme qui ayant prêté de l’argent a quelqu’un, manifeste sur son compte des craintes offensantes.
C’est la banqueroute d’un Juif. Charlatanerie dont les marchands des rues, font un fréquent usage, en criant leurs marchandises, pour faire accroire quelle est à un très-bas et afin d’engager par-là les passans à acheter.
Bazar
Delvau, 1864 : Bordel, — qui est en effet un endroit où l’on expose la femme comme marchandise.
Je suis la patronne de ce bazar, la mère de dix-huit petites dames.
(Lemercier de Neuville)
Larchey, 1865 : Maison chétive, ou mal distribuée.
Petit bazar entre cour et jardin.
(Labiche)
Bazar : Mobilier.
J’ai vendu la moitié de mon bazar pour payer le médecin.
(E. Sue)
Mot contemporain de notre entrée en Afrique. Bazarder : Vendre.
J’ai bazardé mon pantalon.
(Les Tribunaux)
Delvau, 1866 : s. m. Ensemble d’effets mobiliers, — dans l’argot de Breda-Street.
Delvau, 1866 : s. m. Maison où les maîtres sont exigeants, — dans l’argot des domestiques paresseux ; maison quelconque, — dans l’argot des faubouriens ; maison de filles, — dans l’argot des troupiers.
Rigaud, 1881 : Maison de tolérance. Terme de mépris pour désigner une maison, un établissement quelconque. Envoyer promener tout le bazar, envoyer promener toute la maison.
Rigaud, 1881 : Mobilier, vêtements. — Laver tout le bazar, vendre tout le mobilier.
Rigaud, 1881 : Or étranger, or à bas titre, — dans le jargon des bijoutiers.
Fustier, 1889 : Lycée, pension.
Les jeunes citoyens de l’avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.
(Événement, 1881)
France, 1907 : Maison de tolérance, bordel, terme militaire ; précédé de sale, appellation que donne les domestiques à la maison de leurs maîtres. Se dit aussi des menus objets que possèdent dans leurs pupitres les écoliers. Bazar signifie aussi lycée et pension, dans l’argot des potaches.
Beauté vénale
Delvau, 1864 : Femme qui fait métier et marchandise de ce qu’elle devrait donner pour rien, — l’homme, après tout, ne faisant pas payer les services de sa pine, qui valent bien ceux du con.
O vous, vénales beautés
À l’humeur aventurière,
Vainement vous présentez
Le devant ou le derrière
À l’abbé
La Bédollière,
L’abbé
Qui sera flambé.
(Émile de La Bédollière)
Bibelotage
Rigaud, 1881 : Petit trafic, échange de marchandises.
Bidon
Virmaître, 1894 : Ventre. Corruption de bedon ; on dit aussi bidouard. S’emplir le bidon chez le mastroquet : boire (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Marchandise truquée, ventre.
France, 1907 : Ventre ; de bedon. Attacher un bidon, dénoncer.
Bidonnier
Rossignol, 1901 : Truc importé à Paris par des Lyonnais, qui est maintenant blanchi (connu) ; il n’y en a plus que deux pu trois qui se livrent à ce commerce. Le bidonnier achète trois coupons de 1,10 m de mauvais drap de couleur différente ne valant pas plus de 2 fr. 50 le mètre. Il plie les trois coupons de façon à les intercaler les uns dans les autres, il en parait six du côté apparent ; le derrière est enveloppe dans sa grande blouse bleue, cela constitue le bidon. Il offre sa marchandise pour le prix de 25 francs aux consommateurs à la porte des débits. On le plaisante sur lé prix, c’est ce qu’il cherche, et tout en ayant l’air de se fâcher il répond :
Pourquoi marchander ? vous n’avez pas le sou, je parie que si je vous laisse le paquet pour 12 francs, vous ne le prendrez pas.
Le consommateur se pique d’amour-propre, le marché est conclu, il paye, la marchandise lui est ensuite livrée, c’est alors qu’il s’aperçoit ne pas avoir acheté six coupons, mais trois qui ne valent pas le prix de la façon de trois pantalons ; il est volé, mais il n’y a pas escroquerie, le bidonnier lui a parlé du paquet et non du nombre des coupons.
Hayard, 1907 : Qui vend du bidon.
Blé en grenier
France, 1907 : Marchandise d’un débit certain.
Avoir du blé en grenier, être à son aise ; argot des paysans.
Bocal
Larchey, 1865 : Petit appartement.
Voyons si le susdit bocal est toujours à louer.
(Montépin)
Bocal : Estomac.
Au restaurant le bohème dit qu’il va se garnir le bocal.
(Lespès)
Dans les deux mots, l’allusion s’explique d’elle-même, et les logements parisiens continuent de la mériter.
Delvau, 1866 : s. m. Carreau de vitre, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Estomac. Se garnir le bocal. Manger.
Delvau, 1866 : s. m. Logement.
Rigaud, 1881 : Estomac. Bocal vide, estomac à jeun. Emplir le bocal, manger. — Se rincer le bocal, boire.
Rigaud, 1881 : Vitre, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte en bocal, marchandise sous vitrine.
La Rue, 1894 : Vitre. Estomac. Logement.
France, 1907 : Anus, dans l’argot du peuple, toujours disposé aux grasses plaisanteries. Se dit aussi de l’estomac et d’un petit logement.
Boîte d’échantillons, boîte aux échantillons
Rigaud, 1881 : Tonneau de vidange, — dans le jargon des vidangeurs. Dans ce tonneau, il y a de la marchandise de toutes provenances et de toutes couleurs.
Boniment
Vidocq, 1837 : s. m. — Long discours adressé à ceux que l’on désire se rendre favorables. Annonce d’un charlatan ou d’un banquiste.
M.D., 1844 : Conversation.
un détenu, 1846 : Parole, récit ; avoir du boniment : avoir de la blague.
Halbert, 1849 : Couleur, mensonge.
Larchey, 1865 : Discours persuasif. — Mot à mot : action de rendre bon un auditoire.
Delvau, 1866 : s. m. Discours par lequel un charlatan annonce aux badauds sa marchandise, qu’il donne naturellement comme bonne ; Parade de pitre devant une baraque de « phénomènes». Par analogie, manœuvres pour tromper.
Rigaud, 1881 : Annonce que fait le pitre sur les tréteaux pour attirer la foule ; de bonir, raconter. — Discours débité par un charlatan, discours destiné à tenir le public en haleine, à le séduire, coup de grosse caisse moral. Depuis le député en tournée électorale, jusqu’à l’épicier qui fait valoir sa marchandise, tout le monde lance son petit boniment.
C’était le prodige du discours sérieux appelé le boniment : boniment a passé dans la langue politique où il est devenu indispensable.
(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)
Le coup du boniment, le moment, l’instant où le montreur de phénomènes, le banquiste, lance sa harangue au public. — Y aller de son boniment, lâcher son boniment, dégueuler, dégoiser, dégobiller son boniment.
La Rue, 1894 : Propos, discours.
Virmaître, 1894 : Discours pour attirer la foule. Forains, orateurs de réunions publiques, hommes politiques et autres sont de rudes bonimenteurs. Quand un boniment est par trop fort, on dit dans le peuple : c’est un boniment à la graisse de chevaux de bois (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Discours.
France, 1907 : Discours destiné à tromper le public ; camelots, charlatans, bazardiers, orateurs de mastroquets, candidats électoraux et bonneteurs font tous leur boniment.
Accroupi, les doigts tripotant trois cartes au ras du sol, le pif en l’air, les yeux dansants, un voyou en chapeau melon glapit son boniment d’une voix à la fois trainante et volubile… « C’est moi qui perds. Tant pire, mon p’tit père ! Rasé le banquier ! Encore un tour, mon amour. V’là le cœur, cochon de bonheur ! C’est pour finir. Mon fond, qui se fond. Trèfle qui gagne. Carreau, c’est le bagne. Cœur, du beurre pour le voyeur. Trèfle, c’est tabac ! Tabac pour papa. Qui qu’en veut ? Un peu, mon n’veu ! La v’là. Le trèfle gagne ! Le cœur perd. Le carreau perd. Voyez la danse ! Ça recommence. Je le mets là. Il est ici, merci. Vous allez bien ? Moi aussi. Elle passe ! Elle dépasse. C’est moi qui trépasse, hélas… Regardez bien ! C’est le coup de chien. Passé ! C’est assez ! Enfoncé ! Il y a vingt-cinq francs au jeu ! etc… »
(Jean Richepin)
Boulotter
un détenu, 1846 : Aller lentement. Exemple : Les affaires boulottent.
Halbert, 1849 : Manger.
Larchey, 1865 : Vivre à l’aise. Mot à mot : rouler sans peine dans la vie. — Diminutif de bouler.
Ils boulottaient l’existence, sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain.
(De Lynol)
Boulotter : Assister (Vidocq).
Delvau, 1866 : v. a. Manger. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : v. n. Aller doucement, faire de petites affaires. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Manger. — boulotter de l’argent, manger de l’argent.
Rigaud, 1881 : N’aller ni bien ni mal, marcher doucement, en parlant de la santé, des affaires. — Ça boulotte.
Boutmy, 1883 : v. intr. Manger. Aller boulotter, c’est aller prendre son repas. Cette expression est commune à d’autres argots.
La Rue, 1894 : Manger. Boulottage, mangeaille.
Virmaître, 1894 : Faire ses petites allaires. Quant ça va bien on dit : ça boulotte à la douce, comme le marchand de cerises. On sait que ce dernier pour annoncer sa marchandise crie :
— À la douce, à la douce (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Manger (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Manger ; on dit aussi lorsque ça va bien : ça boulotte.
France, 1907 : S’emploie aussi, dans l’argot des voleurs, pour aider un camarade.
France, 1907 : Vivre à l’aise sans trop se faire de bile, aller doucement, réaliser de petits bénéfices. Boulotter l’existence, vivre tranquillement, être eu bonne santé.
Ils boulottaient l’existence sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain.
(Lynol)
Se dit aussi pour manger :
Quand y a plus rien à boulotter,
On va là où qu’on vous invite.
(Ch. Saint-Heant)
Boulotter de la galette, dépenser de l’argent.
Et tout le monde se disperse, vivement, excepté les trois compères et le môme, qui rentrent d’un pas tranquille dans Paris pour y fricoter l’argent des imbéciles, y boulotter la galette des sinves.
(Richepin)
Boutique à surprises
Virmaître, 1894 : Maisons qui, on apparence, vendent des livres, des tableaux ou de la parfumerie et chez lesquelles l’acheteur trouve tout autre chose que la marchandise annoncée. Ces maisons ne sont pas au coin du quai, on ne rend pas l’argent si le client n’est pas content (Argot des filles). N.
Bric-à-brac
Larchey, 1865 : « Ces travaux, chefs-d’œuvre de la pensée, compris depuis peu dans ce mot populaire, le bric-à-brac. » — Balzac.
Le fait est qu’aujourd’hui le bric-à-brac est une industrie formidable, que le gros marchand de bric-à-brac possède jusqu’à 500 000 fr. de marchandises.
(Roqueplan, 1841)
Bric-à-brac : Marchand de bric-à-brac.
Ce voleur de bric-à-brac ne voulait me donner que quatre livres dix sous.
(Gavarni)
Delvau, 1866 : s. m. Choses de peu de valeur, — ou d’une valeur énorme, selon le monde où on emploie ce mot : Vieilles ferrailles ici, vieux Sèvres là.
Delvau, 1866 : s. m. Revendeur, petit marchand de débris, de bric-à-brac.
Rigaud, 1881 : Vieilleries artistiques, non artistiques, pseudoartistiques : vieux chandeliers, vieilles soupières, poteries, cuirs, cuivres, meubles des temps passés. — Commerce de vieux objets disparates. Les marchands de bric-à-brac sur une grande échelle s’instituent volontiers marchands de curiosités, marchands d’antiquités.
Brider
d’Hautel, 1808 : Brider la lourde. En terme d’argot signifie, fermer la porte.
Un oison bridé. Homme ignorant et d’une extrême stupidité.
Cette affaire est scellée et bridée. Pour elle est conclue, terminée.
Brider la figure à quelqu’un. C’est lui appliquer un coup de bâton sur le visage.
Brider l’oie. Tromper soigneusement quelqu’un, abuser de sa bonne foi, de sa simplicité.
Brider. S’opposer, mettre obstacle, contrecarrer.
Brider les volontés, les désirs de quelqu’un.
La bécasse est bridée. Se dit par raillerie d’un sot que l’on engage dans une mauvaise affaire, que l’on a pris pouf dupe. Voyez Âne.
Ansiaume, 1821 : Fermer.
Il faut débrider la marmotte, il a dix plombs de rouget.
anon., 1827 : Fermer.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fermer. Le boucard est bien bridé, la boutique est solidement fermée.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fermer.
Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — dans le même argot [des voleurs]. Brider la lourde. Fermer la porte.
Fustier, 1889 : Interdire, défendre. Argot des marchands forains.
Il m’a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d’être débridé depuis qu’on a constaté l’impossibilité de harnaquer.
(Temps, avril 1887)
La Rue, 1894 : Interdire, défendre.
Rossignol, 1901 : Retirer une autorisation. Retirer l’autorisation à un camelot ou marchand quelconque de stationner sur la voie publique pour y débiter sa marchandise, c’est le brider. Un établissement fermé par ordre de la préfecture est bridé.
France, 1907 : Fermer ; argot des voleurs. Brider la lourde, fermer la porte. Se dit aussi pour ferrer un forçat.
Brisant
Vidocq, 1837 : s. m. — Vent.
Larchey, 1865 : Vent. — Vidocq. — Diminutif de brise.
Briser (se la) : S’enfuir. — Mot à mot : se laisser aller à la brise.
Dans le beau monde on ne dit pas : Je me la casse, ou : Je me la brise.
(Labiche)
Briseur : « Les briseurs sont tous Auvergnats et se prétendent commerçants. Ils s’entendent pour inspirer toute confiance à des fabricants qu’ils trompent pour une grosse somme, après leur en avoir payé plusieurs petites. Les marchandises brisées sont revendues à 40 p. 100 de perte, et le produit de la brisure est placé en Auvergne. » — Vidocq. — Même étymologie que les mots précédents. Un briseur est un homme qui se la brise dès qu’il a fait son coup.
France, 1907 : Vent ; argot des voleurs.
Briseur
Delvau, 1866 : s. m. Variété d’escrocs dont parle Vidocq.
France, 1907 : Variété d’escroc. En voici la définition que donne Vidocq : « Les briseurs sont tous Auvergnats et se prétendent commerçants. Ils s’entendent pour inspirer la confiance à des fabricants qu’ils trompent pour une grosse somme, après leur en avoir payé plusieurs petites. Les marchandises brisées sont revendues à 40 pour 100 de perte, et le produit de la brisure est placé en Auvergne. »
Briseurs
Rigaud, 1881 : Mot à mot : voleurs qui se la brisent. Ce sont des faiseurs d’affaires qui disparaissent avec la marchandise que des négociants imprudents leur ont confiée.
Virmaître, 1894 : Bande noire. Cette bande est composée de plusieurs Auvergnats qui achètent des marchandises neuves et qui les brisent pour les revendre ensuite à la feraille comme marchandises d’occasion (Argot des voleurs).
Brocante
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Bague.
Delvau, 1866 : s. f. Chose de peu de valeur, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Bague, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Brocantage. — Marchandise sans valeur, — dans le jargon des revendeurs. Toute sorte de petits travaux qui se rattachent plus ou moins à l’art et que l’artiste exécute faute de mieux. Les brocantes des artistes sont les bricoles des ouvriers.
Je vais faire des brocantes, une corbeille de mariage, des groupes en bronze.
(Balzac, La Cousine Bette)
Rigaud, 1881 : Vieux soulier encore bon pour la vente, — dans le jargon des chiffonniers, c’est-à-dire soulier qu’on peut brocanter.
La Rue, 1894 : Bague.
France, 1907 : Marchandise sans valeur, bague.
Je plains les curieux de l’avenir qui, sur la foi d’une signature autrefois estimée, dénicheront l’opuscule paru hier ; je les mets en garde contre cette brocante anecdotique d’un marchand de petits papiers qui ne veut rien laisser perdre et promène son oisiveté à travers les néfastes souvenirs de l’année terrible avec toute la grâce d’un éléphant lâché dans un magasin de porcelaines.
(Mentor, Le Journal)
Brocantes
Larchey, 1865 : Troc de marchandises de hasard.
Je vais faire des brocantes.
(Balzac)
Brocante : Objet sans valeur.
Calebasse
d’Hautel, 1808 : Frauder la calebasse. Pour dire tromper quelqu’un, le frustrer de la part qui lui revient.
Bras-de-Fer, 1829 : Tête.
Larchey, 1865 : Tête. — Allusion de forme.
Faudrait pas gros de sens commun pour remplir une calebasse comm’ ça.
(Gavarni)
Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui ont trouvé une analogie quelconque entre l’os sublime et le fruit du baobab, presque aussi vides l’un que l’autre. Grande calebasse. Femme longue, maigre et mal habillée.
Fustier, 1889 : Secret. Vendre la calebasse, révéler le secret. (Littré)
La Rue, 1894 : Tête.
Virmaître, 1894 : Seins. Se dit quand les malheureux sont sans consistance, qu’ils pendent et se répandent (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Objets, marchandises, produit d’un vol.
France, 1907 : Tête ; argot des faubouriens. Grande Calebasse, femme maigre et mal tournée.
Calebasse signifie aussi secret. Vendre la calebasse, dénoncer.
— Toujours est-il, reprit le recéleur, que c’est lui qui a vendu la calebasse, et que sans lui…
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Calège
Vidocq, 1837 : s. f. — Quoiqu’on ne rencontre pas la Calège sur la voie publique, elle n’est pas cependant une femme honnête ; ses appas sent la marchandise qu’elle débite, mais elle vend très-cher ce que la Ponante et la Dossière (voir ces mots), livrent à un prix modéré ; sa toilette est plus fraîche, ses manières plus polies, mais ses mœurs sont les mêmes ; la Ponante danse le chahut à la Courtille ; la Calège danse le cancan au bal Musard ; l’une boit du vin à quinze et se grise ; l’autre boit du champagne et s’énivre ; la première a pour amant un Cambriolleur ou un Roulotier ; l’amant de la seconde est faiseur ou escroc. Il ne faut pas juger sur l’étiquette du sac.
Larchey, 1865 : Prostituée élégante, et associée à des hommes dangereux.
Elle vend très-cher ce que la ponante et la dossière livrent à des prix modérés. Sa toilette est plus fraîche ; ses manières plus polies. Elle a pour amant un faiseur ou un escroc, tandis que les autres sont associées à un cambriolleur ou à un roulotier.
(Vidocq)
Vient de cale, qui signifiait grisette au dix-septième siècle.
Gombault, qui se piquait de n’aimer qu’en bon lieu, cajolait une petite cale crasseuse.
(Tallemant des Réaux)
Rigaud, 1881 : Fille richement entretenue, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire fille calée, par altération.
La Rue, 1894 : Fille entretenue richement.
Cam, camelotte
anon., 1907 : Marchandise.
Cambuse
Halbert, 1849 : Maison.
Delvau, 1866 : s. f. Cabaret, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi logis quelconque, taudis.
Rigaud, 1881 : Petite chambre mal meublée.
Virmaître, 1894 : Maison qui ne tient pas debout, bâtie avec de la boue et du crachat. Cambuse : cabaret où l’on sert mal et de mauvaise marchandise (Argot du peuple).
France, 1907 : Cabaret, maison mal famée ; argot populaire.
L’assassin regarda froidement le cadavre :
— C’est joliment turbiné… Ça n’est pas si coriace qu’on croit, un usurier ! Dit-il cyniquement… Voyons ! à présent, il s’agit de s’orienter et de ne pas moisir dans cette cambuse.
(Vidocq)
Cantine, terme de marine.
Camelote
anon., 1827 : Chose.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Vol que font les forçats en allant à la fatigue.
La Rue, 1894 : Butin du chiffonnier. Marchandise du camelot ou marchandise de mauvaise qualité. Signifie aussi prostituée.
Rossignol, 1901 : La marchandise de mauvaise qualité est de la camelote ; si elle est mal faite, elle est camelotée. Un camelot nomme sa marchandise sa camelote.
Camelotte
d’Hautel, 1808 : C’est de la camelotte ; ce n’est que de la camelotte. Se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d’une marchandise quelconque, et pour faire entendre que la qualité en est au-dessous du médiocre.
Ansiaume, 1821 : Marchandise.
J’ai de la camelotte en rompant, mais pour du carle, niberg.
Vidocq, 1837 : s. m. — Sperme.
Vidocq, 1837 : s. f. — Toute espèce de marchandises.
M.D., 1844 : Marchandise.
un détenu, 1846 : Mauvaise marchandise.
Delvau, 1866 : s. f. « Femme galante de dix-septième ordre, » — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise marchandise ; besogne mal faite, — dans l’argot des ouvriers ; Livre mal écrit, dans l’argot des gens de lettres. Les frères Cogniard, en collaboration avec M. Boudois, ont adjectivé ce substantif ; ils ont dit : Un mariage camelotte.
Rigaud, 1881 : Le contenu en bloc de la hotte, — dans le jargon des chiffonniers. Au moment du triquage, du triage, chaque objet est classé sous sa dénomination. Ainsi, les os gras sont des chocottes ; les os destinés à la fabrication, des os de travail ; le cuivre, du rouget, le plomb, du mastar ; le gros papier jaune, du papier goudron ; le papier imprimé, du bouquin ; la laine, du mérinos ; les rognures de drap, les rognures de velours, des économies ; les croûtes de pain, des roumies ; les têtes de volaille, des têtes de titi ; les cheveux, des douilles ou des plumes ; les tissus laine et coton, des gros ; les toiles à bâche et les toiles à torchon, des gros-durs ; les rebuts de chiffons de laine, des gros de laine ou engrais.
Rigaud, 1881 : Mauvaise marchandise, objet sans valeur. Le camelot est une étoffe très mince et d’un mauvais usage, faite de poils de chèvre, de laine, de soie et de coton de rebut, d’où camelotte. — Tout l’article-Paris qui se fabrique vite, mal, à très bas prix, est de la camelotte.
Ah ! ce n’est pas de la camelotte, du colifichet, du papillotage, de la soie qui se déchire quand on la regarde.
(Balzac, L’Illustre Gaudissart)
Rigaud, 1881 : Prostituée de bas étage.
Rigaud, 1881 : Toute espèce de marchandise, — dans le jargon des voleurs. — Camelotte savonnée, marchandise volée. — Balancer la camelotte en se débinant, jeter un objet volé quand on est poursuivi. — Les revendeurs, les truqueurs, les petits étalagistes, désignent également leur marchandise sous le nom de camelotte. — J’ai de la bonne camelotte, j’ai de la bonne marchandise.
Virmaître, 1894 : Marchandise. Pour qualifier quelque chose d’inférieur on dit : c’est de la camelotte (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Marchandise.
France, 1907 : Objet de nulle valeur ou marchandise volée.
— Si elle ne veut pas de la camelotte, une autre en voudra.
— Si j’en étais sûr !…
— Viens avec moi chez ma fourgate.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Camelotte en pogne, être pris en flagrant délit de vol. On dit aussi camelotte dans le pied. Prostituée de bas étage.
Camelotte en pogne
Halbert, 1849 : Le vol dans la main.
Delvau, 1866 : s. f. Vol dans la main. Argot des prisons.
Rigaud, 1881 : Flagrant délit de vol. Mot à mot : marchandise dans la main, la pogne.
Virmaître, 1894 : Voler un objet quelconque dans la main de quelqu’un (Argot des voleurs).
Charbon
d’Hautel, 1808 : On ne peut rien tirer d’un sac à charbon. Pour dire qu’il n’y a rien d’honnête à prétendre d’un ignorant ou d’un sot parvenu.
Il a l’ame noire comme du charbon. Manière exagérée de dire qu’un homme est faux, perfide, hypocrite et méchant.
Il y a bien du charbon de rabais. Pour dire qu’une marchandise est bien diminuée de prix.
Gracieux comme un sac à charbon. C’est-à dire brusque, revêche, qui a l’humeur acariâtre et farouche.
Chaudronnier
Delvau, 1866 : s. m. Acheteur et revendeur de marchandises d’occasion, — de la tribu des Rémonencq parisiens.
France, 1907 : Cuirassier.
Chère
d’Hautel, 1808 : Faire chère lie. Se divertir, faire chère fine, faire bonne chère.
Il n’y a chère que de vilain, quand il traite tout y va. C’est-à-dire que quand les avaricieux se mettent en dépense, ils ne ménagent rien.
Il ne sait quelle chère lui faire. Pour il ne sait quel accueil, quelle réception lui faire.
Un cher, ou une chère épice. Marchand ou marchande qui surfait sa marchandise, qui vend à un prix exorbitant.
Chère de commissaire. Repas étendu et recherché, ou l’on sert viande et poisson.
Chevalier de la bande noire
France, 1907 : Escroc qui, à l’aide de fausses références et sous le titre d’un établissement fictif, se fait envoyer des marchandises qu’il ne paye jamais et revend à bas prix. Voir Coup de fusil.
Elle ne douta plus un instant qu’il ne fit partie de la fameuse bande noire qui a son centre spécial dans un café du voisinage de « Leicester Square » et des ramifications chez Tom Dick et une demi-douzaine de tavernes mal famées de la métropole, où l’on met systématiquement à rançon les maisons du continent assez confiantes pour envoyer sur d’illusoires garanties leurs marchandises à ces forbans.
(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)
Chiasse
d’Hautel, 1808 : Au propre, écume des métaux, excrémens de la mouche et du ver. On dit aussi figurément par mépris de quelqu’un ou de quelque chose dont on veut diminuer la valeur, C’est de la chiasse. N’est-ce pas une belle chiasse ? C’est la chiasse du genre humain.
Delvau, 1866 : s. f. Chose de peu de valeur ; marchandise avariée. Même argot [du peuple]. Chiasse du genre humain. Homme méprisable.
Delvau, 1866 : s. f. Diarrhée, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des faubouriens, disrespectueux de la femme en général et en particulier.
Virmaître, 1894 : Vieille fille publique. C’est le dernier degré de l’abaissement (Argot des souteneurs).
France, 1907 : Diarrhée. Vieille fille publique. Se dit aussi de choses ou de marchandises avariées ou sans valeur.
anon., 1907 : Diarrhée.
Chiné
M.D., 1844 : Aller offrir ses marchandises.
Chiner
Larchey, 1865 : Aller à la recherche de bons marchés.
Remonenq allait chiner dans la banlieue de Paris.
(Balzac)
Les roulants ou chineurs sont des marchand d’habits ambulants qui, après leur ronde, viennent dégorger leur marchandise portative dans le grand réservoir du Temple.
(Mornand)
Delvau, 1866 : v. n. Brocanter, acheter tout ce qu’il y a d’achetable — et surtout de revendable — à l’hôtel Drouot.
Rigaud, 1881 : Crier dans les rues, — dans le jargon des marchands d’habits ambulants. Quand ils parcourent la ville, au cri de : « habits à vendre ! » ils chinent, ils vont à la chine.
Rigaud, 1881 : Critiquer, se moquer de.
Rigaud, 1881 : Porter un paquet sur le dos ; trimballer de la marchandise, — dans le jargon des marchands ambulants : c’est une abréviation de s’échiner.
Merlin, 1888 : Médire de quelqu’un ; le ridiculiser.
Fustier, 1889 : Travailler. (Richepin) — Plaisanter.
La Rue, 1894 : Crier et vendre dans les rues ; Brocanter. Plaisanter.
Virmaître, 1894 : Blaguer quelqu’un. — Il est tellement chineur que tout le monde passe à la chine (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : Courir les rues ou les campagnes pour vendre sa camelotte. Chiner est synonyme de fouiner. Comme superlatif on dit chignoler (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Blaguer, plaisanter quelqu’un est le chiner ; celui qui chine est aussi un chineur.
Rossignol, 1901 : Le marchand d’habits qui court les rues pour acheter de vieux vêtements, c’est un chineur, il fait la chine. Le marchand ambulant chine sa camelote de porte en porte. Le marchand de chiffons qui court les rues est aussi un chineur. Il y a aussi le chineur à la reconnaissance du mont-de-piété dont le montant du prêt est toujours surchargé et qui cherche à escroquer un passant, Le camelot qui offre sa marchandise aux abords des cafés est chineur. On remarque encore le chineur au balladage qui vend dans une voiture dite balladeuse ; le chineur à la boîterne, avec une boîte.
Hayard, 1907 : Blaguer, courir les rues et la campagne pour vendre ou acheter.
France, 1907 : Faire le chinage.
France, 1907 : Médire, se moquer.
C’est vrai que j’comprends pas grand’chose
À tout c’qu’y dis’nt les orateurs,
Mais j’sais qu’is parl’nt pour la bonn’ cause
Et qu’i’s tap’nt su’ les exploiteurs.
Pourvu qu’on chine l’ministère,
Qu’on engueul’ d’Aumale et Totor
Et qu’on parl’ de fout’ tout par terre !…
J’applaudis d’achar et d’autor.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Travailler avec ardeur ; abréviation de s’échiner.
Chopinette
France, 1907 : Petite chopine.
Quand le marchand de vin, par un habile coup de pouce, renversait une partie de la marchandise contenue dans la mesure sur son comptoir : — C’est pas une chopine, disait l’ivrogne, c’est une chopinette.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Cochonnerie
d’Hautel, 1808 : Malpropreté.
Dire des cochonneries. Signifie, au figuré, tenir des propos sales, déshonnêtes et obscènes.
Faire des cochonneries. Manquer aux lois de l’honneur et de la délicatesse ; montrer un intérêt sordide et de la petitesse dans une affaire.
Delvau, 1866 : s. f. Besogne mal faite ; marchandise de qualité inférieure ; nourriture avariée ou mal préparée. — Argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Ce que Cicéron appelle turpitudo verborum. — Argot des bourgeois.
Delvau, 1866 : s. f. Vilain tour, trahison, manque d’amitié.
Rigaud, 1881 : Ratatouille. Aliments de mauvaise qualité, salement préparés et mal servis. — Dire des cochonneries, tenir des propos très libres. — Faire des cochonneries, passer des paroles à l’action.
France, 1907 : Même sens que cochonaille. Se dit aussi d’aliments malpropres où mauvais, de vilains tours joués à son prochain, d’actes de trahison, etc.
Condé
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Permission.
Vidocq, 1837 : s. f. — Permission de tenir des jeux illicites.
Clémens, 1840 : Pouvoir.
un détenu, 1846 : Libre. Être condé, être libre d’agir.
Larchey, 1865 : Maire — Demi-condé : Adjoint. — Grand condé : Préfet de police. — Diminutif dérivant du même mot que le précédent.
Delvau, 1866 : s. m. Permission de tenir des jeux de hasard, — dans l’argot des voleurs, qui obtiennent cette permission d’un des condés suivants :
Grand condé. Préfet.
Petit condé. Maire.
Demi-condé. Adjoint.
Condé franc ou affranchi. Fonctionnaire qui se laisse corrompre.
Plus particulièrement : Faveur obtenue d’un geôlier ou d’un directeur.
Rigaud, 1881 : Jeu autorisé sur la voie publique. — L’autorisation elle-même. C’est une déformation de congé, permission. Par extension se dit de ceux qui octroient les permis de stationnement sur la voie publique, tels que maires, adjoints, préfets.
Rigaud, 1881 : Maire. — Demi-condé, adjoint. — Grand-condé, préfet de police.
Fustier, 1889 : Influence.
Ils avaient accaparé les meilleurs postes, ceux qui procurent le plus de condé (influence).
(Humbert, Mon bagne)
La Rue, 1894 : Pouvoir. Autorité. Faveur. Permission de tenir des jeux de hasard dans une foire ou une fête obtenue du grand condé (préfet), du petit condé (maire), du demi condé (adjoint) ou du condé franc ou affranchi (fonctionnaire qui s’est laissé corrompre).
Rossignol, 1901 : Permission, autorisation. Être autorise à stationner sur une place publique pour y débiter de la marchandise, ou y exercer un métier c’est avoir un condé. Un individu soumis à la surveillance, qui est autorisé à séjourner à Paris, a un condé.
Hayard, 1907 : Dispense, permission de s’installer sur la voie publique.
France, 1907 : Maire. Demi-condé, adjoint. Grand condé, préfet. Condé franc, magistrat ou fonctionnaire qu’on peut corrompre.
France, 1907 : Permission ou faveur obtenue dans la prison. C’est aussi la permission de tenir des jeux de hasard, dans les fêtes foraines ou sur la voie publique, à charge de servir d’indicateur à la police. De là on a donné au même mot la signification d’influence. Du vieux mot condeau, écriteau : « Les permis se délivrent sur des cartes qui sont de petits écriteaux. » (Lorédan Larchey)
Coquille
d’Hautel, 1808 : Vendre bien ses coquilles. Être avare, intéressé ; faire trop valoir son travail ; vendre tout au poids de l’or.
Rentrer dans sa coquille. Se retirer prudemment d’une mauvaise affaire.
On dit aussi d’un homme dont on a réprimé le caquet et les mauvais propos, qu’on l’a fait rentrer dans sa coquille.
Qui a de l’argent a des coquilles. Pour dire qu’avec de l’argent, on se procure tout ce qui peut faire plaisir.
À qui vendez-vous vos coquilles ? Locution usitée, en parlant à des marchands, pour leur faire entendre qu’on n’est pas leurs dupes ; que l’on sait apprécier la valeur de leurs marchandises.
À peine s’il est sorti de sa coquille. Espèce de reproche que l’on adresse à un jeune rodomont, qui prend trop de familiarité avec des gens plus âgés et plus expérimentés que lui.
Delvau, 1864 : La nature de la femme — dans laquelle l’homme aime à faire entrer son petit limaçon, qui y bave tout à son aise. Con, cha ? demanderait un Auvergnat.
Et Laurette, à qui la coquille démangeait beaucoup, s’y accorda facilement.
(Ch. Sorel)
Delvau, 1866 : s. f. Lettre mise à la place d’une autre, — dans l’argot des typographes.
La Rue, 1894 / France, 1907 : Assiette.
France, 1907 : Lettre ou mot mis à la place d’un autre. Il est des mots curieux, et d’autres fort désagréables pour les auteurs, qui voient leurs articles non seulement défigurés, mais rendus incompréhensibles et souvent ridicules. Un ouvrier compositeur s’est amusé, dans le Paris Vivant, à énumérer quelques-unes des espiègleries de la coquille.
Toi qu’à bon droit je qualifie
Fléau de la typographie,
Pour flétrir tes nombreux méfaits,
Ou, pour mieux dire, tes forfaits,
Il faudrait un trop gros volume,
Et qu’un Despréaux tint la plume,
S’agit-il d’un homme de bien,
Tu m’en fais un homme de rien ;
Fait-il quelque action insigne,
Ta malice la rend indigne,
Et, par toi, sa capacité
Se transforme en rapacité ;
Un cirque à de nombreux gradins,
Et tu Ie peuples de gredins ;
Parle-t-on d’un pouvoir unique,
Tu m’en fais un pouvoir inique,
Dont toutes les prescriptions
Deviennent des proscriptions…
Certain oncle hésitait à faire
Un sien neveu son légataire :
Mais il est enfin décidé…
Décidé devient décédé…
À ce prompt trésor, pour sa gloire,
Ce neveu hésite de croire,
Et même il est fier d’hésiter,
Mais tu le fais fier… d’hériter ;
A ce quiproquo qui l’outrage,
C’est vainement que son visage
S’empreint d’une vive douleur,
Je dis par toi : vive couleur ;
Plus, son émotion visible
Devient émotion risible,
Et si allait s’évanoir,
Tu le ferais s’épanouir…
Te voilà, coquille effrontée !
Ton allure devergondée
Ne respecte raison ni sens…
Dans la constitution Exurge, Domine, donnée par le pape Léon X en 1520, se trouve une coquille qui a fait bondir de nombreuses générations de dévots. Au lieu de Sauveur, Jésus-Christ y est traitée de sauteur ! Le mot saltator est imprimé dans le texte, au lieu de salvator.
Coup de fusil
Virmaître, 1894 : Vendre à n’importe quel prix (Argot des camelots).
Rossignol, 1901 : Acheter à très bon compte des marchandises escroquées. Voir Fusilleur.
Hayard, 1907 : Voler.
France, 1907 : Mauvais diner, On dit aussi fusiller.
France, 1907 : Vente à bas prix d’objets volés.
La bande noire possède dans le neuvième et dans le dixième arrondissement deux maisons spécialement affectées aux coups de fusil. Dans ces entrepôts de la flibuste on trouve tout : bas de soie, chronomètres, vases de nuit, éventail, galoches, ombrelles, pianos, raisiné, photographies obscènes, clysopompes, diamants et bonnets de coton… c’est un capharnaüm indescriptible.
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)
Coup de pouce
Rigaud, 1881 : Effraction, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Faux poids obtenu au moyen d’une légère et vive application du pouce sur celui des plateaux de la balance où repose la marchandise. — Être fort sur le coup de pouce, avoir l’habitude de vendre à faux poids.
Virmaître, 1894 : Systeme employé par certains commerçants pour aider la balance à pencher du côté de la pesée. Les bouchers jouissent d’une grande habileté pour le coup de pouce (Argot du peuple).
France, 1907 : Coup que donnent à la balance les boutiquiers peu scrupuleux, destiné à augmenter le poids.
France, 1907 : Petit fourbi des fourriers consistant à tenir le quart avec lequel ils font la distribution de vin ou d’eau-de-vie de façon à y enfoncer le pouce, ce qui diminue d’autan à leur profit la part de chaque homme.
Coup du moineau
Virmaître, 1894 : Un pégriot a un pierrot apprivoisé ; il avise une boutique et lache son oiseau ; celui-ci se sauve derrière les sacs ; il entre, pleure, se désole :
— Mon pierrot, mon pierrot.
Les garçons, le patron, la patronne, tout le monde est après le pierrot. Le pégriot profite de cette chasse improvisée pour fouiller dans le comptoir et prendre une poignée de monnaie.
Le pierrot est pris, le gamin se sauve en remerciant, le tour est joué (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : C’est un nouveau truc inventé par l’esprit fécond des voleurs. Un gamin lâche un moineau apprivoisé dans une boutique, et, tandis que celui-ci voltige à droite et à gauche et que chacun court pour l’attraper, le petit garçon fait main basse sur tout ce qu’il peut trouver, argent où marchandise.
Cul
d’Hautel, 1808 : Vos raisons n’ont ni cul ni tête. Pour dire sont pitoyables ; n’ont pas le sens commun.
Un petit bas-du-cul. Se dit par ironie d’un bambin, d’un homme extrêmement petit, qui se carre et fait le fanfaron
Pour vivre long-temps, il faut donner à son cul vent. Dicton facétieux et populaire, qui se dit en plaisantant, et par manière d’excuse, lorsqu’il est échappé quelqu’incongruité.
Avoir le cul nu et les manches de même. Phrase triviale et bouffonne qui signifie être à peine vêtu ; être dans l’indigence la plus honteuse.
Retirer son cul de la presse. Se retirer d’une mauvaise affaire ; d’un embarras où l’on étoit engagé.
Il perdroit son cul s’il ne tenoit. Se dit d’un étourdi ; d’un homme peu soigneux de ses affaires ; d’un joueur malheureux.
On dit d’un peureux, d’un poltron, qu’on lui boucheroit le cul d’un grain de millet ; et bassement d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération, aucun respect, qu’On l’a dans le cul.
Être à cul. Être interdit ; confus ; n’avoir plus de ressource ; avoir dissipé tout ce qu’on possédoit.
Elles ne font plus qu’un cul et qu’une chemise. Se dit de deux personnes qui sont devenues intimes et familières ; qui sont continuellement en semble.
Tirer le cul en arrière. Avoir de la peine à se résoudre à quelque chose.
Il est demeuré entre deux selles le cul par terre. Se dit d’une personne qui, faute d’opter entre plusieurs affaires avantageuses qui se présentoient, les a toutes manquées ; de quelqu’un qui se trouve sans emploi.
Brûler le cul. Se retirer sans mot dire, d’une compagnie ; se sauver furtivement d’un endroit où l’on étoit retenu malgré soi.
Montrer le cul dans une affaire. S’en retirer avant de l’avoir achevée ; faire le poltron ; abandonner une affaire que l’on avoit entreprise avec éclat, et avant qu’elle soit achevée.
Elle est laide comme un cul. Manière excessivement grossière de dire qu’une personne est laide à faire peur ; qu’elle est hideuse.
Cul rompu. Nom injurieux que les jeunes soldats entr’eux, donnent aux vieux invalides qui s’immiscent aux plaisirs de la jeunesse.
Péter plus haut que le cul. S’élever au-dessus de sa condition ; entreprendre plus qu’on ne peut exécuter.
Baiser le cul à quelqu’un. Voyez Baiser.
Faire quelque chose à écorche cul. Le faire à contre-sens, en rechignant.
Faire le cul de poule. Pousser la lippe ; être grimaud et boudeur.
Arrêter quelqu’un par le cul. L’arrêter tout court ; déjouer ses projets ; ruiner ses espérances.
Donner sur le cul. Corriger, châtier un enfant, en lui donnant le fouet.
Cul-de-jatte. Au propre, estropié, perclu de ses jambes ; impotent. Au figuré, homme inhabile et sans capacité.
Cul-de-plomb. Homme sédentaire et peu alerte ; on donne aussi ce nom à un homme fort laborieux qui travaille avec une grande assiduité, qui ne remue pas de dessus sa chaise.
Se lever le cul devant. Être maussade, grondeur en se levant.
Être crotté jusqu’au cul. Être plein de boue et de crotte.
Renverser cul par-dessus tête. Bouleverser tout ; mettre tout en désordre.
Ils se tiennent tous par le cul, comme des hannetons. Se dit d’une coterie, d’une assemblée de marchands qui s’entendent ensemble pour ne pas rabattre du prix de leurs marchandises.
Baiser le cul de la vieille. Voyez Baiser.
Charger à cul. Se dit d’un porteur ou d’un cheval que ton charge trop en arrière.
Donner du pied au cul. Chasser quelqu’un ; le renvoyer d’une manière ignominieuse.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Voyez Abattre.
On lui verra bientôt le cul. Se dit d’un homme déguenillé ; vêtu misérablement ; ou qui est fort négligent pour son habillement.
Tenir quelqu’un au cul et aux chausses. Le tenir étroitement, de manière qu’il ne puisse échapper.
Larchey, 1865 : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (d’Hautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.
Rigaud, 1881 : Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd’hui on dit faux-cul.
En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, son corps, son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur.
(Lettre d’un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)
France, 1907 : Imbécile. Garçon stupide et grossier.
Dada
d’Hautel, 1808 : Mot enfantin, qui signifie cheval.
Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot des enfants. Fantaisie, manie, — dans l’argot des grandes personnes, plus enfants que les enfants.
France, 1907 : Marotte, manie, idée à laquelle on revient continuellement comme un cheval que l’on monte toujours, d’où : monter sur son dada, enfourcher son dada. « Une monture qui nous monte, dit le docteur Grégoire, et qui va toujours droit devant elle, à travers champs, à travers choux. Une espèce de bélier breton. »
Le dada d’une jeune fille, c’est d’avoir un mari ; quand elle a un mari, son dada est d’avoir un amant ; quand elle a un amant, son dada est de devenir veuve pour épouser son amant ; quand elle devient veuve, son dada est de mettre son amant à la porte.
(Jules Noriac)
— Mais la morale, la morale sans épithète, qui veut que la vertu soit toujours récompensée et le vice puni ?
— En voilà une blague ! fit Marthe en haussant les épaules. Est-ce que c’est vrai cela, dans la vie ? Et puis, qu’est-ce que la vertu et le vice ?
Puis, reprenant son dada ordinaire :
— La vertu, c’est d’être mariée ! Le vice, c’est de ne pas avoir un éditeur responsable ; il y a des femmes mariées qui aiment leurs cochers ou leurs valets de chambre ; n’importe, le mari est là ; son nom est le pavillon qui couvre la marchandise.
(E. Ducret, Le Baiser funeste)
Déballage
Delvau, 1864 : Le déshabillé des femmes. Telle qui, sur le boulevard, avec sa crinoline et les tromperies ouatées de son corsage, a un aspect très appétissant, n’a plus, une fois nue, que des séductions de manche à balai.
Faut voir ça au déballage… y a p’t-être plus d’ réjouissance que d’ viande là-dessous.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : s. m. Déshabillé de l’homme ou de la femme, — dans l’argot des faubouriens. Être volé au déballage. S’apercevoir avec une surprise mêlée de mauvaise humeur, que la femme qu’on s’était imaginée idéalement belle, d’après les exagérations de sa crinoline et les exubérances de son corsage, n’a aucun rapport, même éloigné, avec la Vénus de Milo.
Rigaud, 1881 : Linge de femme.
Tout ce coin où traînait le déballage des dames du quartier.
(É. Zola)
Rigaud, 1881 : Opération qui, pour une femme, consiste à s’affranchir de ses appas d’emprunt et à se montrer sous un jour plus naturel. — Perdre au déballage, perdre à être vue dans le simple appareil. — Gagner au déballage, tenir plus qu’on ne promet. — Être volé au déballage, c’est mettre la main sur un Ary Schelfer alors qu’on croyait trouver un Rubens.
Virmaître, 1894 : Étalage par les camelots de marchandise sur la voie publique ou dans des boutiques louées au mois. Déballage se dit aussi dans le peuple d’une femme avec qui on couche pour la première fois.
— Tu la crois dodue, bien faite tu vas la voir au déballage ; elle a été moulée dans un cor de chasse (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Sortir du lit.
C’est une belle fille le soir, mais si tu la voyais au déballage, elle est rudement moche.
France, 1907 : Déshabillé. Être volé au déballage, s’apercevoir, en couchant avec une femme, que les charmes qui vous ont séduit sont des appas postiches. Plus le déballage cause de déceptions, dit un philosophe, plus c’est flatteur pour la couturière. Gagner au déballage : le triomphe des fausses maigres.
Le long de la plage,
Comme au déballage,
C’est un étalage
De gens mal bâtis ;
Maillots uniformes,
Où des corps difformes
Exhibent leurs formes
Et leurs abatis.
(L. Xanrof)
Déballer
Rigaud, 1881 : Déshabiller, enlever l’arsenal des faux-chignons, tournures, soutien des faibles, faux râteliers, et tous les trompe-l’œil de la toilette féminine.
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Domange, — dans le jargon des voleurs.
Virmaître, 1894 : Soulager ses entrailles pour quinze centimes, ce que ne pouvait digérer Villemessant qui trouvait exorbitant d’être forcé de donner trois sous pour restituer un petit pain qui n’en coûtait qu’un et encore en laissant la marchandise (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Personne n’en est exempt.
Hayard, 1907 : Soulager ses entrailles.
France, 1907 : Déshabiller ; soulager ses entrailles ; exhiber.
Dedans
d’Hautel, 1808 : Il est dedans comme le frère Laurent. Rebus qui équivaut à il a fait un sot marché ; il est dupé, attrappé, friponné.
Je ne suis pas dedans. Dicton des marchands de commestibles et de fruits, quand on leur reproche que leur marchandise étoit gâtée intérieurement.
Mettre quelqu’un dedans. Pour le tromper, l’escroquer ; le friponner daris une affaire. Signifie aussi mettre quelqu’un en prison.
On ne l’a mis ni dehors ni dedans. Pour, on ne lui a rien promis ; on l’a laissé en suspens, dans l’incertitude.
Beaucoup de personnes ont coutume d’employer cet adverbe de lieu pour la préposition dans, et de dire :
J’ai votre affaire dedans ma poche, pour dans ma poche.
Dedans ne veut point de régime après lui.
Est-il dans cette chambre ? oui, il est dedans.
Dessus du panier
France, 1907 : Ce qu’il y a de mieux. Allusion aux maraîchères qui étalent, au dessus de leurs paniers, leurs fruits les plus beaux ou leurs plus fraiches marchandises.
Trop pressé de signer un livre,
Pauvres vers, éclos en rêvant,
Sans raisonner, quand je vous livre
À tous les caprices du vent ;
Lorsque durant toute ma vie,
Ne vous mirant qu’à mon miroir,
J’aurais, sans peur et sans envie,
Pu vous garder dans mon tiroir,
Peut-être vainement j’enroule
Vos fleurs d’un ruban printanier ;
Ceci, me répondra la foule,
N’est pas le dessus du panier.
(Léon Rossignol, Lettres d’un mauvais jeune homme à sa Nini)
Détourneur, -euse
Vidocq, 1837 : s. m. — Voleurs dans l’intérieur des boutiques. On ne saurait, dans le commerce, prendre de trop minutieuses précautions, l’on objecterait en vain que la méfiance est un vice, pour ma part je suis de l’avis du proverbe qui dit que la méfiance est la mère de la sûreté ; il est encore une considération qui doit, si je ne me trompe, lever les scrupules des ames timorées qui croiraient, en se tenant continuellement sur leurs gardes, blesser la susceptibilité des individus avec lesquels elles peuvent se trouver en relation, cette considération peut être formulée en peu de mots : la loi punit le crime, mais elle ne le prévient pas ; le législateur a voulu, sans doute, laisser ce soin aux particuliers. Combien, à l’heure qu’il est, y a-t-il, dans les bagnes et dans les prisons, de malheureux qui jamais n’auraient succombé, si l’incurie et la négligence n’avaient pas pris le soin d’écarter tous les obstacles qui pouvaient les embarrasser.
Ces réflexions devaient naturellement trouver place ici ; mais, pour être conséquent, il faut de suite pouvoir indiquer le remède propre à combattre le mal que l’on signale ; voici, au reste, les précautions qu’il faut prendre pour éviter les vols que tous les jours encore les Détourneurs et Détourneuses commettent dans l’intérieur des magasins.
Lorsqu’il se présente une femme, il faut examiner avec soin si, immédiatement après elle, et au même comptoir, il n’en vient pas une ou deux autres pour faire diversion ; s’il en est ainsi, la première entrée demande toujours des marchandises placées dans des rayons élevés ; elle examine et pousse de côté la pièce destinée à sa compagne, qui marchande de son côté, observe et saisit le moment propice pour escamoter une pièce et la faire adroitement passer par l’ouverture d’une robe à laquelle sont jointes, sur le devant, des poches dont la capacité peut facilement contenir deux pièces de taffetas ou de toute autre étoffe du même genre, de 25 à 30 aunes ; ces robes, on le pense bien, sont presque toujours très-amples ; ainsi l’ampleur excessive d’une robe à poches est un diagnostic qui trompe rarement.
L’hiver le manteau de ces femmes leur sert à exécuter la même manœuvre.
D’autres femmes ne volent que des dentelles ou malines, et quelque difficile qu’elle paraisse, voilà cependant leur manière de procéder : tout en marchandant, elles laissent, ou plutôt font tomber une ou deux pièces de dentelles qu’elles ramassent avec le pied et savent cacher dans leur soulier qui est un peu grand et sans cordons autour de la jambe, le bout du bas est coupé, ce qui forme une sorte de mitaine. Ces femmes se servent du pied avec une dextérité vraiment étonnante ; la première qui imagina ce genre de vol, que l’on nomme grinchir à la mitaine, la grande Dumiez, était douée d’une adresse extraordinaire.
Quoique ces femmes soient ordinairement vêtues avec une certaine élégance, avec de l’attention et la clé de leur individualité, il n’est pas difficile de les reconnaître ; elles prononcent souvent ces mots dans la conversation, coquez ou servez (prenez). Quelquefois aussi, si l’une d’elles remarque de l’attention de la part du commis qui la sert ou de quelqu’autre, elle prononce celui-ci : rengraciez (ne faites-rien, on regarde) ; ou bien elle affecte une sorte de crachement, cherchant à imiter celle qui aurait de la peine à expectorer.
D’autres voleuses de dentelles, voiles, foulards, etc., procèdent de la manière suivante. L’une d’elles arrive seule, et tandis qu’elle marchande, une femme d’une mise propre, mais quelque peu commune, arrive, tenant un enfant entre ses bras ; au même instant la première arrivée laisse tomber devant elle l’objet destiné à l’arrivante, celle-ci se baisse pour poser son enfant à terre, ramasse l’objet et le cache sous les jupes de l’enfant, qu’elle pince instantanément ; il crie, elle le relève avec une phrase ad hoc, et sort après avoir montré un échantillon qu’on ne peut lui assortir. Ainsi, si, contre toute attente, on venait à s’aperçevoir du vol qui vient d’être commis, celle qui reste n’a rien à craindre.
D’autres Détourneuses se servent d’un carton à double fond, qu’elles posent sur l’objet qu’elles convoitent, quoique ce carton paraisse toujours très-bien fermé, il peut néanmoins s’ouvrir très-facilement.
Les hommes qui exercent le métier de Détourneurs sont beaucoup plus faciles à reconnaître que les femmes, quoiqu’ils agissent d’une manière à-peu-près semblable. Beaucoup disent qu’ils viennent acheter pour une dame très-difficile, mais très-souvent ils travaillent de complicité avec une femme. Bon nombre de voleurs sont vêtus à la mode des gens de province, ou en marchands forains. Les Détourneuses les plus adroites sont évidemment celles qui ont été surnommées Enquilleuses, elles savent placer à nu entre leurs cuisses une pièce d’étoffe de vingt à vingt-cinq aunes, et marcher sans la laisser tomber et sans paraitre embarrassées, si ce n’est pour monter ou descendre un escalier.
Il faut être bien convaincu que les voleurs que je viens de faire connaître ont continuellement les yeux attachés sur la proie qu’ils convoitent, et qu’ils ne laissent pas échapper l’occasion lorsqu’elle se présente ou qu’ils l’ont fait naître ; on ne saurait donc exercer sur tous ceux qui se présentent dans un magasin, une trop grande surveillance. Il ne faut pas non plus se laisser éblouir par une mise recherchée, voire même par un équipage : les voleurs savent se procurer tous les moyens d’exécution qui leur paraissent nécessaires ; un excellent ton n’indique pas toujours un homme comme il faut, donc examinez comme les autres, et peut-être plus que les autres, celui qui se ferait remarquer par l’excellence de ses manières.
Lorsqu’ils auront conçu quelques soupçons sur un acheteur, le maître de la maison et l’inspecteur devront dire assez haut pour être entendus : Donnez-la sur les largues, ou bien : Allumez la Daronne et le Momacque, si ce sont des femmes du genre de celles qui ont été signalées.
Remouchez le Rupin et la Rupine, si ce sont des hommes ou des femmes vêtus avec élégance.
Débridez les chasses sur les Cambrousiers, si ceux que l’on soupçonne ressemblent à des marchands forains ou gens de la campagne.
On peut même, lorsque l’on soupçonne les personnes qui sont à un comptoir, venir dire au commis chargé de les servir : Monsieur, avez-vous fait les factures de M. Détourneur et de Mme l’Enquilleuse, cela suffira ; et si les soupçons étaient fondés, les voleurs se retireront presque toujours après avoir acheté. La mise en pratique de ces conseils, qui sont dictés par une vieille expérience, ne peut manquer de prouver leur sagesse.
Il y a parmi les Détourneurs de nombreuses variétés, entre lesquelles il faut distinguer ceux qui ont été surnommés les Avale tout cru ; ces voleurs sont presque toujours vêtus avec élégance, ils portent des lunettes a verres de couleur, du plus bas numéro possible, afin de passer pour myopes.
Ils se présentent chez un marchand de diamans et de perles fines, et demandent à voir de petits diamans ou de petites perles. Ces pierres sont ordinairement conservées sur papier ; le marchand leur présente ce qu’ils demandent ; comme ils sont myopes ils examinent la carte de très-près et savent, avec leur langue, enlever une certaine quantité de perles ou de diamans qu’ils conservent dans la bouche sans paraître gênés : ces voleurs sont rarement pris, et gagnent beaucoup.
Après les Avale tout cru, viennent les Aumôniers, ces derniers, comme ceux dont je viens de parler, sont toujours vêtus avec élégance ; ils entrent dans la boutique d’un joaillier, et demandent des bijoux que le marchand s’empresse de leur présenter ; tandis qu’ils les examinent, un mendiant ouvre la porte du magasin, et demande la caristade d’une voix lamentable, l’Aumônier, généreux comme un grand seigneur, jette une pièce de monnaie, le mendiant se baisse, et avec elle il ramasse soit une bague, soit une épingle de prix que l’Aumônier a fait tomber à terre. L’Aumônier se retire après avoir acheté quelque bagatelle ; mais si avant son départ le marchand s’est aperçu du vol qui a été commis à son préjudice, il insiste pour être fouillé, et ne sort que lorsque le marchand croit avoir acquis les preuves de son innocence.
Donner
d’Hautel, 1808 : Se donner du pied au cul. S’émanciper ; faire des siennes ; prendre de grandes libertés.
S’en donner à tire-larigot ; s’en donner à cœur-joie. Se rassasier de plaisir ; en prendre tout son soul.
Donner un pois pour avoir une fève ; un œuf pour avoir un bœuf. Semer pour recueillir ; faire un présent peu considérable dans le dessein d’en retirer un grand profit.
En donner de dures, de belles. Craquer, hâbler, exagérer.
À cheval donné, on ne regarde point à la bride. Voyez Cheval.
Se faire donner sur les doigts. Se faire corriger ; trouver son maître.
S’en donner de garde. Éviter de faire une chose.
On ne donne rien pour rien.
Il n’en donne pas sa part aux chiens. Voyez Chiens.
Se donner à tous les diables. Se dépiter, se dégoûter de quelque chose quand on y trouve de grands obstacles ; se mettre en colère.
Donner de la gabatine. Tenir des propos ambigus ; faire des promesses que l’on ne veut point tenir.
Qui donne au commun ne donne pas à un. Signifie que personne ne vous tient compte de ce que vous donnez au public.
Donner de la tablature. C’est donner de la peine, du fil à retordre à quelqu’un dans une affaire ; mettre de grands obstacles à son succès.
Donner des verges pour se fouetter. Procurer à un ennemi les moyens de vous nuire.
Donner de cul et de tête dans une affaire. Pour dire y employer toute son industrie, tout son savoir.
Se donner du menu. Signifie prendre ses aises ; se divertir ; ne rien ménager à ses plaisirs.
Le peuple dit à l’impératif de ce verbe, donne moi-zen, il faut dire : donne-m’en, ou donne moi de cela.
Il donneroit jusqu’à sa chemise. Se dit d’un homme généreux et libéral à l’excès.
À donner donner ; à vendre vendre. Signifie qu’il ne faut pas faire acheter ce que l’on veut donner, ni user d’une libéralité mal entendue lorsqu’on veut vendre.
Donnant, donnant. Pour dire de la main à la main ; ne livrer la marchandise qu’en en recevant l’argent.
Qui donne tôt, donne deux fois. Proverbe qui signifie que la manière de donner vaut souvent plus que ce que l’on donne.
Il ne faut pas se donner au diable pour deviner cela. Veut dire qu’une chose n’a rien de difficile, qu’on peut aisément la deviner.
Vous nous la donnez belle ! et plus communément encore : vous nous la baillez belle. Voyez Bailler.
Je donnerois ma tête à couper. Serment extravagant pour exprimer que l’on est très-sûr de ce que l’on dit.
Donner du nez en terre. Être ruiné dans ses espérances et dans ses entreprises.
Donner un coup de collier. Voyez Coup.
Delvau, 1866 : v. a. Dénoncer, — dans l’argot des voleurs. Être donné. Être dénoncé.
Rigaud, 1881 : Pour donner dans le piège ; abonder, — dans le jargon des filles.
Vous les retrouverez, si les hommes ne donnent pas, arpentant le terrain jusqu’à deux heures du matin.
(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874)
La Rue, 1894 : Dénoncer.
Virmaître, 1894 : Dénoncer. Les nonneurs en dénonçant, mot à mot : donnent (livrent) leurs complices à la justice (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Dénoncer.
Douce
d’Hautel, 1808 : Aller à la douce, comme les marchands de cerises. Faire tout doucement ses petites affaires, par allusion avec les marchands de cerises qui vont très-lentement dans les rues, en criant leur marchandise.
Vidocq, 1837 : s. f. — Soierie.
Larchey, 1865 : Soie (Vidocq). — Elle est douce au toucher.
Delvau, 1866 : s. f. Étoffe de soie ou de satin, — dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : s. f. Fièvre, — dans le même argot [des voleurs].
Rigaud, 1881 : Soie, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Soie. Fièvre.
France, 1907 : Étoffe soyeuse.
France, 1907 : Fièvre.
France, 1907 : Masturbation. Se donner ou se faire donner une douce.
L’habitude du vieux paillard était d’aller chaque semaine, à la nuit, vers les terrains vagues qui avoisinent le pont de Grenelle, et de s’y faire donner une douce par quelques gosselines dressées à ce métier lucratif.
(Les Propos du Commandeur)
Écornage ou écorne (vol à l’)
France, 1907 : Vol qui consiste à couper un fragment de vitre à la devanture d’une boutique et à tirer à soi les marchandises étalées au moyen d’un crochet.
Emporter
d’Hautel, 1808 : Il ne l’emportera pas en Paradis. Menace que l’on fait à quelqu’un contre lequel on a quelque sujet de plainte, pour dire que l’on s’en vengera sitôt que l’occasion s’en présentera.
Emporter la pièce, tenir des discours mordans et satiriques, ne parler que par brocards et lardons.
Larchey, 1865 : Voir Bachotteur. — Emporteur à la côtelette : Grec exerçant son art dans les cafés et dans les restaurants, à la suite d’un déjeuner offert à sa dupe (Vidocq). — Il emporte l’argent de son invité à la côtelette, comme des troupiers emportent à la baïonnette une position. — « Les emporteurs sont des malfaiteurs qui, sous prétexte de payer leurs achats à domicile, font emporter leurs acquisitions par des commis du magasin. Le grand point, c’est de séparer le commis de sa marchandise. Tantôt on le renvoie au magasin pour faire rectifier un prix de la facture, tantôt on le fait entrer par une porte dans un hôtel garni, et l’on en ressort par une autre. »
(Al. Monnier)
La Rue, 1894 : Escroquer. Emporteur, escroqueur.
France, 1907 : Voler.
Emporteur
Vidocq, 1837 : s. m. — L’Emporteur, proprement dit, est le héros de la partie de billard dont nous avons ci-dessus promis les détails ; pour le truc dont nous allons parler, il faut de toute nécessité être trois : l’Emporteur, la Bête et le Bachotteur ; nous avons dit plus haut quelle était la tâche de ces deux derniers ; celle de l’Emporteur est beaucoup plus difficile, c’est lui qui doit chercher et trouver une dupe, et l’amener au lieu où elle doit être dépouillée.
Après avoir examiné si rien ne manque à son costume, qui doit être très-propre, l’Emporteur sort suivi de loin par ses deux acolytes, qui ne le perdent pas de vue, il se promène jusqu’à ce qu’il avise un individu tel qu’il le désire, c’est-à-dire qui annonce, soit par ses manières, soit par son costume, un étranger ou un provincial, et c’est ici le lieu de faire remarquer la merveilleuse perspicacité que possèdent ces hommes, et plusieurs autres espèces de fripons dont il sera parlé plus tard, qui savent tirer de la foule le seul individu propre à être dupé, ces hommes, presque toujours dépourvus d’éducation, savent cependant saisir le plus léger diagnostic ; ils jugent un homme à la coupe de ses habits, à la couleur de son teint, à celle de ses gants, et ils le jugent bien.
Lorsque l’Emporteur a rencontré ce qu’il cherche, il s’approche, et une conversation à peu-près semblable à celle-ci ne tarde pas à s’engager : « Monsieur pourrait-il m’indiquer la rue… — Cela m’est impossible, monsieur ; je suis étranger. — Eh ! parbleu, nous sommes logés à la même enseigne ; je ne suis à Paris que d’hier matin. »
L’Emporteur n’a pas cessé de marcher près du provincial. « Vous êtes étranger, ajoute-t-il après quelques instans de silence, vous devez désirer voir tout ce que la capitale renferme de curieux. » Signe affirmatif. « Si vous le voulez, nous irons ensemble voir les appartements du roi. J’allais, lorsque je vous ai rencontré, chercher ici près des billets que doit me donner un des aides-de-camp du duc d’Orléans ; c’est une occasion dont je vous engage à profiter. »
Le provincial hésite, il ne sait ce qu’il doit penser de cet inconnu si serviable ; mais, que risque-t-il ? Il n’est pas encore midi, et les rues de Paris ne sont pas dangereuses à cette heure ; et puis les appartemens du roi Louis-Philippe doivent être bien beaux ; et puis ce n’est pas lui, le plus mâdré des habitans de Landernau ou de Quimper-Corentin, qui se laisserait attraper : il accepte ; l’Emporteur fait le St-Jean à ses deux compagnons (voir ce mot), qui prennent les devans et vont s’installer au lieu convenu.
C’est un café estaminet d’assez belle apparence, dont le propriétaire est presque toujours affranchi. L’Emporteur y arrive bientôt, suivi de son compagnon ; en entrant il a demandé à la dame de comptoir si un monsieur à moustaches, et décoré, n’était pas venu le demander ; on lui a répondu que ce monsieur était venu, mais qu’il était sorti après toutefois avoir prié de faire attendre. « Eh bien, nous attendrons, » a-t-il répondu ; et il est monté au billard après avoir demandé quelques rafraichissemens qu’il partage avec son compagnon.
Le monsieur à moustaches n’arrive pas ; pour tuer le temps on regarde jouer les deux personnes qui tiennent le billard, et qui ne sont autres que la Bête et le Bachotteur. La Bête joue mal, et à chaque partie qu’elle perd elle veut augmenter son jeu, le Bachotteur ne veut plus jouer, et offre de céder sa place au premier venu, la Bête sort pour satisfaire au besoin, alors le Bachotteur s’exprime à-peu-près en ces termes, en s’adressant à l’Emporteur : « C’est une excellente occasion de gagner un bon dîner, le spectacle, et le reste, il est riche, il est entêté comme une mule ; rendez-lui quelque points, et son affaire est faite. — Si je savais seulement tenir une queue, répond l’Emporteur, j’accepterais la poposition. » Le provincial, qui a entendu cette conversation, et qui a vu jouer la Bête, trouve charmant de ce faire régaler par un parisien ; il pourra parler de cela dans son endroit. Il joue, il perd ; son adversaire raccroche toujours ; il s’échauffe, il joue de l’argent ; les enjeux sont mis entre les mains du Bachotteur ; le provincial envoie au diable l’Emporteur, qui l’engage à modérer son jeu. Somme totale, il sort du café les poches vides, mais cependant bien persuadé qu’il est beaucoup plus fort que son adversaire, qui n’est, suivant lui, qu’un heureux raccrocheur. (Voir Floueur.)
Delvau, 1866 : s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un estaminet borgne, où ils sont plumés par le bachotteur et la bête. (Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)
Rigaud, 1881 : Filou qui vit au détriment des magasins. Après avoir fait un achat d’importance, l’emporteur se fait accompagner par un garçon de magasin, qu’il doit payer à domicile. Une fois en route, sous un prétexte quelconque, il écarte le garçon en ayant eu la précaution de se faire remettre la marchandise. Les hôtels garnis, les passages, les maisons à deux issues, favorisent beaucoup le jeu de l’emporteur.
France, 1907 : Filou qui racole des provinciaux ou des naïfs et les amène dans quelque cabaret borgne où ils sont dévalisés par des compères.
Empousteur
Vidocq, 1837 : s. m. — Les Empousteurs sont presque tous des juifs, et le moyen qu’ils emploient pour tromper ceux qui veulent bien leur accorder une certaine confiance est très-ingénieux.
Un individu qui se donne la qualité de commis, ou de commissionnaire, se présente chez un marchand épicier ou papetier, et lui offre des crayons qu’il laissera, dit-il, à un prix très-modéré ; le marchand, dont les provisions sont faites, refuse presque toujours cette proposition, mais cela est fort indifférent à l’Empousteur. « Vous ne voulez pas m’acheter ces crayons, dit-il au marchand, vous avez tort ; mais permettez-moi de vous en laisser quelques douzaines en dépôt. » Le marchand ne peut refuser cette proposition, il accepte, et l’Empousteur sort après lui avoir promis de revenir. Quelques jours après, un individu vient demander au marchand des crayons absolument semblables à ceux que l’Empousteur a laissés en dépôt, il achette tout et paie sans marchander, en témoignant le regret qu’on ne puisse pas lui en fournir davantage ; le marchand qui attend la visite de l’Empousteur l’engage à repasser dans quelques jours. Le lendemain, l’Empousteur vient chez le marchand, et lui demande des nouvelles du dépôt. « Tout est vendu, dit le marchand. — Je vous l’avais bien dit, répond l’Empousteur, que vous en tireriez un bon parti. En voulez-vous d’autres ? » Le marchand achette et paie tout ce que veut lui vendre l’Empousteur, et attend vainement le chaland sur lequel il comptait.
Larchey, 1865 : « Escroc faisant métier de vendre à des détaillants des produits dont le premier dépôt a été acheté par des compères. »
(Vidocq)
Rigaud, 1881 : Autre variété de filou. Celui-là sait allécher les entrepositaires par des dépôts de marchandises, qu’achètent très avantageusement des compères. Lorsqu’il a gagné la confiance des entrepositaires, l’empousteur fait de forts dépôts qui lui sont, en partie, payés comptant. Le tour est joué : la marchandise est invendable. « Un empousteur poussa l’audace jusqu’à vendre à plusieurs marchands-de la rue Saint-Denis plus de mille douzaines de faux-cols en papier et de voilettes en papier dentelle. » (L. Paillet, Voleurs et volés)
Virmaître, 1894 : Truc très commun employé par des placiers. Ils déposent chez des commerçants des mauvaises marchandises, à condition ; des compères les achètent ; les marchands alléchés prennent de nouveaux dépôts qui, cette fois, leur restent pour compte (Argot des voleurs).
France, 1907 : Industriel qui vend des marchandises falsifiées aux marchands.
Enquilleuse
Delvau, 1866 : s. f. Femme qui porte un tablier pour dissimuler ce qu’elle vole.
Virmaître, 1894 : Voleuse qui opère dans les grands magasins de nouveautés. Elle enquille la marchandise volée entre ses cuisses. Il faut vraiment être organisée particulièrement pour cacher un coupon de soie à cet endroit-là (Argot des voleurs).
France, 1907 : Voleuse qui cache le produit de ses larcins entre ses jambes.
Enterrement
Delvau, 1866 : s. m. Morceau de viande quelconque fourré dans un morceau de pain fendu, — comme, par exemple, une tranche de gras-double revenu dans la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté, tout enterré dans une miche de pain de marchand de vin.
Rigaud, 1881 : Bout de charcuterie, tranche de gras-double, rogaton quelconque interné dans un morceau de pain. C’est le déjeuner de bien des pauvres gens. On voit beaucoup d’enterrements dans le quartier des halles à l’heure de midi, alors que l’oreille de morue crépite dans la poêle et que la moule nage dans un bain gris-verdâtre.
Rigaud, 1881 : Ouvrage abîmé par un apprenti ou par un ouvrier, — dans le jargon des cordonniers.
Rigaud, 1881 : Petite supercherie pratiquée par les soldats de cavalerie, laquelle consiste à cacher le crottin sous la paille, au lieu de le ramasser dans la vanette et de le porter au fumier.
Ça s’est-y bien tiré, ta garde d’écurie ?
— Ma foi, tu sais, avec des enterrements.
La Rue, 1894 : Fragment de charcuterie on rogaton interné dans un morceau de pain.
Virmaître, 1894 : Morceau de gras-double, de lard et de pain que les femmes vendent aux environs des halles. On les appelle Mesdames la poêle, parce qu’elles font frire leur marchandise dans cet instrument de cuisine. Un enterrement de première classe coûte trois sous, de deuxième deux sous, de troisième un sou. Ces femmes gagnent de dix à douze francs par jour (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Sandwich, c’est-à-dire morceau de viande ou de charcuterie placée dans un petit pain.
Leur spécialité consistait à vendre pour deux sous un morceau de pain dans lequel elles mettaient un morceau de gras-double rôti dans la poêle ; les plus riches allaient jusqu’à trois sous ; alors, pour ce prix, ils avaient une saucisse plate. Dans le langage du boulevard, cela s’appelait un enterrement de première classe.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
On appelle aussi enterrement de première classe une cérémonie longue et ennuyeuse.
Es
Vidocq, 1837 : s. m. — L’Escroc, proprement dit, est une des nombreuses variétés de la grande famille des chevaliers d’industrie, Faiseurs et autres. Son nom même devrait être donné à ces derniers ; car, quelle que soit la manière dont ils procèdent ; le seul nom qui convienne à leurs exploits est celui d’escroquerie. Au reste, la catégorie des Escrocs est la plus nombreuse de toutes. Ce serait une entreprise difficile, pour ne pas dire, impossible, que d’énumérer les diverses manières de commettre le délit prévu par l’article 405 du Code Pénal ; les débats révèlent tous les jours de nouvelles ruses aux bénévoles habitués des tribunaux correctionnels. Mais les plus coupables ne sont pas ceux que frappe le glaive de Thémis ; aussi je ne les cite que pour mémoire ; je veux seulement m’occuper des grands hommes. La prison n’est pas faite pour ces derniers, ils se moquent des juges, et ne craignent pas le procureur du roi ; tous leurs actes cependant sont de véritables escroqueries. Quel nom, en effet, donner à ces directeurs de compagnie en commandite et par actions, dont la caisse, semblable à celle de Robert Macaire, est toujours ouverte pour recevoir les fonds des nouveaux actionnaires, et toujours fermée lorsqu’il s’agit de payer les dividendes échus ? Quel nom donner à ces fondateurs de journaux à bon marché, politiques, littéraires, ou des connaissances inutiles, qui promettent au public ce qu’ils ne pourront jamais donner, si ce n’est celui d’Escroc ? Nommera-t-on autrement la plupart des directeurs d’agences d’affaires, de mariages, déplacement ou d’enterrement ? oui, d’enterrement, il ne faut pas que cela vous étonne.
Je viens de dire que la qualification d’Escroc devait être donnée à ces divers individus ; il me reste maintenant à justifier cette allégation. Cela ne sera pas difficile.
Vous voulez, pour des raisons à vous connues, vendre ou louer, soit votre maison des champs, soit votre maison de ville ; vous avez, par la voie des Petites-Affiches, fait connaître vos intentions au public, et vous attendez qu’il se présente un acquéreur ou un locataire. Vous attendez vainement. Mais, s’il ne se présente ni acquéreur ni locataire, tous les matins votre portier vous remet une liasse de circulaires par lesquelles Messieurs tels ou tels vous annoncent qu’ils ont lu ce que vous avez fait insérer dans les Petites-Affiches, qu’ils croient avoir sous la main ce qui vous convient, et qu’ils terminent en vous priant de passer chez eux le plus tôt qu’il vous sera possible.
Vous vous déterminez enfin à voir un de ces officieux entremetteurs, et vous vous rendez chez lui. L’aspect de son domicile vous prévient d’abord en sa faveur. Avant d’être introduit dans son cabinet, on vous a fait traverser des bureaux dans lesquels vous avez remarqué plusieurs jeunes gens qui paraissaient très-occupés, et vous avez attendu quelques instans dans un salon élégamment meublé ; dans le cabinet de l’agent d’affaires, vous avez remarqué des gravures avant la lettre, des bronzes de Ravrio, des tapis ; aussi vous l’avez chargé de vendre ou de louer votre propriété, et vous lui avez remis sans hésiter un instant la somme plus ou moins forte qu’il vous a demandée, et qui est, à ce qu’il dit, destinée à le couvrir des premiers frais qu’il faudra qu’il fasse. Il vous a remis en échange de votre argent une quittance ainsi conçue :
« Monsieur *** a chargé Monsieur ***, agent d’affaires à Paris, de vendre ou de louer sa propriété, sise à ***, moyennant une somme de *** pour % du prix de la vente ou location, si elle est faite par les soins du sieur *** ; dans le cas contraire, il ne lui sera alloué qu’une somme de ***, pour l’indemniser de ses frais de démarches, publications et autres, dont il a déjà reçu la moitié ; l’autre moitié ne sera exigible que lorsque la propriété du sieur *** sera louée ou vendue. Fait double, etc., etc. »
Comme il est facile de le voir, l’adroit agent d’affaires a reçu votre argent et ne s’est engagé à rien, et vous ne pouvez plus vendre ou louer votre propriété sans devenir son débiteur. Un individu, nommé G…, qui demeure rue Neuve-Saint-Eustache, exerce à Paris, depuis plusieurs années, le métier dont je viens de dévoiler les ruses. Il a bien en quelques petits démêlés avec dame Justice, mais il en est toujours sorti avec les honneurs de la guerre, et il n’y a pas long-temps que, voulant vendre une de mes propriétés, il m’a adressé une de ses circulaires, en m’invitant à lui accorder le confiance dont il était digne.
L’agent d’affaires qui s’occupe de la vente des propriétés de ville et de campagne, fonds de commerce, etc., etc., n’est qu’un petit garçon comparativement à celui qui s’occupe de mariages. Le créateur de cette industrie nouvelle, feu M. Villiaume, aurait marié, je veux bien le croire, le doge de Venise avec la mer Adriatique, mais ses successeurs, quoique disent les pompeuses annonces qui couvrent la quatrième page des grands et petits journaux, ne font luire nulle part le flambeau de l’hyménée, ce qui ne les empêche pas de faire payer très-cher à ceux qui viennent les trouver alléchés par l’espoir d’épouser une jeune fille ou une jeune veuve dotée de quelques centaines de mille francs, le stérile honneur de figurer sur leurs cartons.
Ceux des individus dont je viens de parler, qui ne dépensent pas follement ou ne jouent pas l’argent qu’ils escroquent ainsi, acquièrent en peu de temps une brillante fortune, achettent des propriétés, deviennent capitaines de la milice citoyenne, chevaliers de la Légion-d’Honneur, électeurs, jurés, et condamnent impitoyablement tous ceux qui comparaissent devant eux. (Voir Suce-larbin.).
Les Escrocs auvergnats se sont à eux-mêmes donné le nom de Briseurs. Les Briseurs donc, puisqu’il faut les appeler par leur nom ; se donnent tous la qualité de marchands ambulans. Ils n’ont point de domicile fixe. Ils font passer à leur femme, qui réside en Auvergne, le fruit de leurs rapines, et celle-ci achette des biens que, dans tous les cas, les Briseurs conservent ; car, il faut remarquer qu’ils sont presque tous mariés sous le régime dotal, ou séparés de biens.
Lorsque les Briseurs : ont jeté leur dévolu sur un marchand, le plus intelligent, ou plutôt le plus hardi d’entr’eux, s’y présente, choisit les marchandises qui lui conviennent, achette et paie. Quelques jours après, il adresse au marchand son frère ou son cousin, qui se conduit de même. Cela fait, le premier revient, achette encore, paie une partie comptant, et, pour le surplus, laisse un petit billet à trois ou quatre mois de date. Mais quinze ou vingt jours sont à peine écoulés, qu’on le voit revenir, il demande si l’on a encore le billet, le reprend et ne demande qu’un léger escompte qu’on s’empresse de lui accorder.
Ce manège dure quelques mois, et si les Briseurs jugent le marchand bon, ils ne se lassent pas de le nourrir, ils lui amènent des parens, des amis, les crédits se montent, et, tout-à-coup vient la débâcle, et l’on apprend alors, mais trop tard, que l’on a été trompé.
Tous les membres d’une famille de l’Auvergne sont quelquefois Briseurs. Je puis, pour ma part, en citer sept ou huit qui portent le même nom.
Il faut remarquer que la brisure est héréditaire dans plusieurs familles de l’Auvergne. La bonne opinion que l’on a de ces enfans des montagnes facilite leurs escroqueries. Ces hommes paraissent doués d’une épaisseur et d’une bonhomie qui commande la confiance, aussi ils trouvent toujours des négocians qui se laissent prendre dans leurs filets ; cela prouve, si je ne me trompe, que personne n’est plus propre qu’une bête à tromper un homme d’esprit : ce dernier se laisse prendre plus facilement que tout autre ; car il compte sur sa supériorité et ne peut croire qu’un homme auquel il n’accorde que peu ou point de considération ait l’intention et le pouvoir de mettre sa perspicacité en défaut.
Les marchandises escroquées par les Briseurs sont, pour la plupart, achetées par des receleurs ad hoc, à 40 ou 50 pour % de perte. Au moment où j’écris, il existe à Paris plusieurs magasins garnis de marchandises brisées.
Les Briseurs changent entre eux de passeport, ce qui permet à celui qui est arrêté de prendre le nom de Pierre, lorsqu’il se nomme François, et que c’est François que l’on cherche.
Larchey, 1865 : Escroc (Vidocq). — Abréviation.
Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Escroc, — dans l’argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision et d’inintelligibilité avec les voleurs. Ils disent aussi Croc, par aphérèse.
Rigaud, 1881 : Escroc, — dans l’ancien argot ; le mot sert aujourd’hui à désigner un tricheur, vulgo grec.
France, 1907 : Abréviation d’escroc.
Étalage (vol à l’)
Rigaud, 1881 : Il faut être deux pour opérer et choisir le moment où un marchand est seul dans sa boutique. L’un des voleurs s’empare de quelques objets à l’étalage et se sauve ; après quoi le compère entre, prévient le marchand et lui désigne un paisible promeneur. Tandis que le boutiquier court après le promeneur, le compère, à son tour, fait son choix et se sauve. Ce genre de vol a reçu encore le nom de vol à la carambole, c’est-à-dire vol au carambolage.
France, 1907 : Dans Paris voleur, Pierre Delcourt en donne ainsi l’explication :
Vol banal, dans toute l’acception du mot, le développant que très peu les facultés intellectuelles de l’opérateur, ne demandant même pas de l’habileté, n’exigeant que peu d’audace. Il suffit au « désœuvré » stationné devant l’étalage d’un magasin, de profiter d’une distraction du marchand ou de son commis, d’abaisser la main, au hasard, sur un objet quelconque et de l’enlever ; cela se fait aisément, à Paris, où les étalages sont à la portée des doigts, s’offrent irrésistiblement à la cupidité du voleur sans cesse mis à l’aise par le défaut de surveillance des propriétaires ou des gardiens de la marchandise.
Étaler sa marchandise
Delvau, 1866 : v. a. Se décolleter trop, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos des marchandes d’amour.
France, 1907 : Montrer ses seins ou son derrière.
Étouffe ou étouffoir
Vidocq, 1837 : s. f. — Table d’hôtes où l’on joue l’écarté. Ces maisons, plus dangereuses cent fois que les tripots de l’administration Benazet, sont ordinairement tenues par des vétérantes de Cythère qui ne manquent pas d’esprit, et dont le ton et les manières semblent appartenir à la bonne compagnie. Toutes ces femmes, s’il faut les croire, sont veuves d’un officier général, ou tout au moins d’un officier supérieur ; mais ce serait en vain que l’on chercherait les titres de leurs défunts époux dans les cartons du ministère de la guerre.
J’ai dit que ces maisons étaient plus dangereuses que les tripots de la ferme des jeux, et je le prouve : il y a des gens qui ne mettraient jamais les pieds dans un des autres Benazet, et qui cependant fréquentent les Étouffes ou Étouffoirs. Pour les y attirer, la veuve du général ou du colonel a ouvert les portes de son salon à une foule de femmes charmantes ; ce n’est point par la vertu que ces femmes brillent, mais elles sont pour la plupart jeunes, jolies, bien parées, la maîtresse de la maison n’exige point d’elles d’autres qualités. Des chevaliers d’industrie, des Grecs, des Faiseurs, forment, avec ces dames, le noyau de la société des tables d’hôtes, société polie peut-être, mais assurément très-peu honnête.
Il y a sans doute à Paris des réunions de ce genre composées de personnes très-honnêtes, mais ce sont justement celles-là que recherchent les flibustiers en tous genres, car là où il y a des honnêtes gens il y a nécessairement des dupes à exploiter. Ceux qui ont l’habitude de vivre à table d’hôtes devraient donc obliger les personnes qui tiennent ces sortes d’établissements à s’enquérir des mœurs et de la position sociale de chacun des convives. Une mesure semblable, prise avec des ménagemens et de la discrétion, ne pourrait blesser personne, lorsqu’elle serait générale, et suffirait seule pour éloigner tous ceux dont l’unique métier est de spéculer sur la fortune d’autrui.
Les tables d’hôtes ne sont pas seulement fréquentées par des escrocs, des Grecs ou des chevaliers d’industrie, il s’y trouve aussi des donneurs d’affaires ; ces derniers chercheront à connaître votre position, vos habitudes, les heures durant lesquelles vous serez absent de chez vous, et lorsqu’ils auront appris tout ce qu’il leur importe de savoir pour pouvoir vous voler avec impunité, ils donneront a celui qu’ils appellent un Ouvrier, et qui n’est autre qu’un adroit Cambriolleur, le résultat de leurs observations. Cela fait, l’Ouvrier prend l’empreinte de la serrure ; une fausse clé est fabriquée, et, au moment favorable, l’affaire est faite. Il n’est pas nécessaire de dire que le donneur d’affaires sait toujours se ménager un alibi incontestable, ce qui le met à l’abri des soupçons auxquels ses questions hardies et ses visites indiscrètes auraient pu donner naissance.
Viennent ensuite les donneurs d’affaires, Emporteurs. On a pu voir aux articles Emporteur et Emportage à la côtelette, les détails du truc qu’ils exercent.
Puis enfin les indicateurs de dupes ; ce sont ceux qui amènent dans les Étouffes ou Étouffoirs cette foule de jeunes gens sans expérience, qui y perdent leurs plus belles années. Et comment n’en serait-il pas ainsi ? tout y est mis en œuvre pour les corrompre : le jeu, des vins exquis, une chère délicate, des amis empressés, des femmes agréables et d’une complaisance extrême si leur bourse paraît bien garnie.
Si le jeune homme appartient à une famille riche, ses amis improvisés le mettent en rapport avec d’honnêtes usuriers qui lui prêteront de l’argent à un intérêt raisonnable, c’est-à-dire à 60 ou 50 pour % au moins. Souvent il ne recevra pour 10,000 francs de lettres de change que 1,000 à 1,500 francs, et le reste en marchandises qui ne vaudront, prisées à leur juste valeur, que le dixième au plus de leur estimation. Il est au reste notoire qu’un jeune homme ne reçoit jamais plus de 3 ou de 4,000 francs en échange de 10,000 francs de lettres de change ; cependant il doit, sur cette somme, payer aux courtiers qui lui ont fait faire cette brillante négociation une commission assez forte ; puis viennent les camarades auxquels il faut prêter quelque chose ; et, si le jeune homme aime à jouer, il est rare qu’il rentre chez lui avec seulement quelques pièces de cinq francs. Alors les amis le tiennent ; ils lui font faire des masses de lettres de change ; bientôt il est ruiné ; s’il a des dispositions ils en font un flibustier, sinon un voleur ou un faussaire.
Faire
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.
Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.
De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.
(Balzac)
Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.
(Id.)
Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.
Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?
(Ed. Lemoine)
Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.
Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?
(Balzac)
Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.
(id.)
Larchey, 1865 : Risquer au jeu.
Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.
(Noriac)
Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.
Larchey, 1865 : Voler.
Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.
(Bertall)
Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.
(Commerson)
Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.
Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.
Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.
Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.
Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.
Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.
Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.
Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)
Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.
Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.
Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.
M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.
(Imbert.)
Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.
Rigaud, 1881 : Séduire.
La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.
(Balzac, La Cousine Bette)
L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.
(Idem)
Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.
Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.
(Jean Rousseau, Paris-Dansant)
Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.
Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.
Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.
Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.
(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)
Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.
Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.
(Gil Blas, juin, 1886.)
La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.
Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).
France, 1907 : Exploiter.
Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.
(Paul Arène)
France, 1907 : Voler.
Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.
(Le Journal)
Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.
(Edmond Lepelletier)
Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.
(Gil Blas)
À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.
Faire flanelle
Rossignol, 1901 : Rester des heures dans un débit, devant la même consommation, c’est faire flanelle.
France, 1907 : Aller dans une maison de filles sans consommer la marchandise. Jeu de mot sur flâner.
La maquerelle a généralement en réserve, dans une pièce retirée, deux ou trois gros bouledogues aux crocs puissants pour imposer, au besoin, aux clients par trop tapageurs ou à ceux qui, ayant passé un quart d’heure à faire flanelle, c’est-à-dire à flâner dans les salons sans consommer ni monter avec une femme, refusent de s’en aller et s’entêtent à ne pas vouloir faire marcher le commerce de la maison.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
L’expression s’emploie au figuré pour aller au hasard, errer dans les rues.
Un coin d’chambe, eun’ soupente, eun’ niche,
Eun’ machine oùs qu’on est chez soi,
Ousque quand i’ pleut, on s’en fiche,
Ousqu’on a chaud quand i’ fait froid ;
Quand j’étais p’tit ej’ me rappelle
Que c’était comm’ ça chez moman…
Aujord’hui, forcé d’faire flanelle…
V’là porquoi que j’cherche un log’ment.
(Aristide Bruant)
Faire l’article
Delvau, 1866 : v. a. Vanter sa marchandise, — dans l’argot des marchands. Parler de ses titres littéraires, — dans l’argot des gens de lettres. Faire étalage de ses vices, — dans l’argot des petites dames.
France, 1907 : Vanter une chose, faire ressortir ses qualités, à l’instar des marchands qui offrent un article dont ils veulent se défaire et qu’ils vantent d’autant plus qu’il est difficile à placer.
— Vous cherchiez à me séduire par l’espoir de joies libertines que le mariage ne connait point. Vous vous vantiez — oh ! de quelle discrète et spirituelle façon — de n’être pas un amant ordinaire, borné à ces grossières façons de contenter les femmes qui sont à la porté du moindre capitaine. Vous saviez (disiez-vous) les mystérieuses incantations par où l’amant envoûte le cerveau et l’âme même de l’aimée, lui fait vivre mille amours en un seul, et se transforme lui-même en mille amants. Si j’ose m’exprimer si bassement à propos de vos mérites, mon pauvre Pierre, vous faisiez l’article non sans adresse… Je suis convaincue, d’ailleurs, que la réclame n’était point mensongère, et que vous devez être effectivement ce que vous annoncez : un artiste de l’amour.
(Marcel Prévost, Le Journal)
Faire la révision
Rossignol, 1901 : Tous les brocanteurs, ou autres marchands, dans les ventes par autorité de justice ou du mont-de-piété, font la révision ; il y en a qui ne font absolument que cela et qui gagnent de l’argent sans avoir de marchandises. Ils sont par groupes de cinq ou six, jamais ils ne poussent les enchères et achètent pour leur compte personnel. Ils sont tellement connus par les commissaires-priseurs que lorsqu’un lot est adjugé à l’un d’eux on ne lui demande pas son nom pour le transcrire sur le procès verbal, La vente terminée, on fait la révision et la marchandise reste au plus enchérisseur d’entre eux ; le surplus qu’a produit la surenchère est à partager entre le groupe. Dans les monts-de-piété, notamment dans la salle de vente des bijoux, il y a plusieurs groupes qui sont toujours les mêmes marchands, qui ont une place attitrée ; chacun prend note de l’objet acheté, du prix et de la valeur approximative. La révision se fait ensuite le plus souvent d’une autre façon que les brocanteurs ; chacun inscrit en cachette, sur un morceau de papier qu’il plie, ce qu’il offre de tout le lot ; chacun dépose son papier, on en fait le dépouillement et le lot reste au plus enchérisseur, et alors chacun touche au prorata de ce qu’il a offert. Cela se passe rarement en présence des commissaires-priseurs qui n’interviennent pas, quoique cela constitue une escroquerie.
Faire ses orges
Delvau, 1866 : v. a. Faire des profits illicites, — dans l’argot du peuple.
Virmaître, 1894 : Gratter. Faire danser l’anse du panier. Engraisser ses poches aux dépens de celles des autres (Argot du peuple).
France, 1907 : Voler ; détourner des marchandises ou des denrées ; s’engraisser du bien d’autrui.
Faire un coup d’étal
France, 1907 : Voler des marchandises sur un comptoir où à l’étalage.
Faisan
Fustier, 1889 : On appelle ainsi, dans le commerce parisien, des filous qui ont cette spécialité : exploiter des fonds de commerce qu’ils se repassent entre eux tous les trois mois, au moment de l’échéance des traites, soldant les marchandises qu’ils se sont procurées à crédit. Le faisan est proche parent du fouilleur. (V. ce mot)
Certains inculpés, tels que Colson, ont joué le rôle de faisans.
(Droit, août, 1886)
La Rue, 1894 : Escroc qui solde les marchandises qu’il s’est procurées à crédit.
France, 1907 : « Escroc qui solde les marchandises qu’il s’est procurées à crédit. »
(Jean La Rue)
Faisanderie
Rossignol, 1901 : Escroquer de la marchandise est faire de la faisanderie.
France, 1907 : La faisanderie ou bande noire comprend quatre catégories de fripons nécessaires à son confectionnement. C’est d’abord le courtier qui, au moyen de faux certificats, se donne comme agent d’une maison de commerce importante, négociant en vins, joaillier, négociant en denrées, facteur de la Halle. Il s’adresse à de petits marchands, appelés petits faisans ou frères de la côte et leur offre à bas prix des marchandises dont il prétend disposer.
— Il voulait faire mon éducation… il m’a engagé à chauffer des lettres que ma patronne écrivait un ancien étalier de chez nous… elle les mettait à la poste restante, et puis elle venait rechercher la réponse… j’ai pu mettre la main dessus… Ah ! ce qu’il a fait reluire le singe avec celle monnaie-là, je n’te dis qu’ça… V’là ce qui m’a donné le goût de la faisanderie…
(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Faisans
Rossignol, 1901 : Escrocs qui font venir à crédit des marchandises qu’ils revendent au comptant, à des fusilleurs, meilleur marche que le prix d’achat. Voir Fusilleurs.
Faiseur
d’Hautel, 1808 : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.
Vidocq, 1837 : s. m. — [Déjà, depuis plusieurs années, j’ai déclaré aux Faiseurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de moi dans un article destiné à les faire connaître ; que le lecteur ne soit donc pas étonné de trouver ici quelques détails sur l’établissement que je dirige, et sur les moyens d’augmenter encore son influence salutaire.]
Lorsqu’après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m’était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans, je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans l’obscurité, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici, m’ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d’adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s’occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme ; je ne me suis (style de biographe) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m’ont chansonné, si les dramaturges qui m’ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m’avaient chansonné, mis en pièce, ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive, et, par le temps qui court, les champs de l’imagination sont si arides qu’il doit être permis à tous ceux dont le métier est d’écrire, et qui peuvent à ce métier
Gâter impunément de l’encre et du papier,
de glaner dans la vie réelle ; mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable.
La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j’ai servi de but à ses atteintes. Par la nature de l’emploi que j’ai occupé de 1809 à 1827, et en raison de mes relations antérieures, il y avait entre moi et ceux que j’étais chargé de poursuivre, une lutte opiniâtre et continuelle ; beaucoup d’hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire, et comme mes adversaires n’étaient pas de ceux qui ne combattent qu’avec des armes courtoises, ils se dirent : « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. Traînons dans la boue celui qui nous fait la guerre, lorsque cela sera fait nous paraîtrons peut-être moins méprisables. » Je dois le reconnaître, mes adversaires ne réussirent pas complètement. L’on n’estime, au moment où nous sommes arrivés, ni les voleurs, ni les escrocs, mais grâce à l’esprit moutonnier des habitans de la capitale, le cercle de mes calomniateurs s’est agrandi, les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d’abord n’était qu’un bruit sourd est devenu un crescendo général, et, à l’heure qu’il est, je suis (s’il faut croire ceux qui ne me connaissent pas) un être exceptionnel, une anomalie, un Croquemitaine, tout ce qu’il est possible d’imaginer ; je possède le don des langues et l’anneau de Gygès ; je puis, nouveau Prothée, prendre la forme qui me convient ; je suis le héros de mille contes ridicules. De braves gens qui me connaissaient parfaitement sont venus me raconter mon histoire, dans laquelle presque toujours le plus beau rôle n’était pas le mien. Mon infortune, si infortune il y a, ne me cause pas un bien vif chagrin : je ne suis pas le premier homme qu’un caprice populaire ait flétri ou ridiculisé.
Plus d’une fois cependant, durant le cours de ma carrière, les préjugés sont venus me barrer le chemin ; mais c’est surtout depuis que j’ai fondé l’établissement que je dirige aujourd’hui que j’ai été à même d’apprécier leur funeste influence. Combien d’individus ont perdu des sommes plus ou moins fortes parce que préalablement ils ne sont pas venus me demander quelques conseils ! Et pourquoi ne sont-ils pas venus ? Parce qu’il y a écrit sur la porte de mes bureaux : Vidocq ! Beaucoup cependant ont franchi le rocher de Leucade, et maintenant ils passent tête levée devant l’huis du pâtissier, aussi n’est-ce pas à ceux-là que je m’adresse.
Deux faits résultent de ce qui vient d’être dit : je suis calomnié par les fripons, en bien ! je les invite à citer, appuyé de preuves convenables, un acte d’improbité, d’indélicatesse, commis par moi ; qu’ils interrogent leurs souvenirs, qu’ils fouillent dans ma vie privée, et qu’ils viennent me dire : « Vous avez fait cela. » Et ce n’est pas une vaine bravade, c’est un défi fait publiquement, à haute et intelligible voix, auquel, s’ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur, ils ne peuvent se dispenser de répondre.
Les ignorans échos ordinaires de ce qu’ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceux qui, depuis plusieurs années, se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j’ai eu des intérêts à débattre, et que jusqu’à ce qu’ils aient fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j’ai le droit d’exiger.
Et qu’ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens ? Je n’ai jamais été l’homme du pouvoir ; je ne me suis jamais mêlé que de police de sûreté ; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociaux et à la sécurité publique, on m’a toujours trouvé éveillé à l’heure du danger ; payé par la société, j’ai plus d’une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l’administration, j’ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l’industrie d’éminents services. Voilà ce que j’ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et éclairés me jugent ; ceux-là seuls, je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.
Il me reste maintenant à parler des Faiseurs, du Bureau de renseignemens, et du projet que je viens soumettre à l’appréciation de Messieurs les commerçans et industriels.
Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon, on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n’est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune l’or qui brille à travers les réseaux de sa bourse, et l’on honni, l’on conspue, l’on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l’étalage d’une boutique ; c’est sans doute parce que les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces, un langage plus fleuri, un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que l’on agit ainsi ; c’est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes, nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que la surface de ce que nous voyons. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, sont cependant plus dangereux et plus coupables que tous les autres : plus dangereux, parce qu’ils se cachent pour blesser, et échappent presque toujours aux lois répressives du pays ; plus coupables, parce que la plupart d’entre eux, hommes instruits et doués d’une certaine capacité, pourraient certainement ne devoir qu’au travail ce qu’ils demandent à la fraude et à l’indélicatesse.
C’est presque toujours la nécessité qui conduit la main du voleur qui débute dans la carrière ; et, souvent, lorsque cette nécessité n’est plus flagrante, il se corrige et revient à la vertu. Les Faiseurs, au contraire, sont presque tous des jeunes gens de famille qui ont dissipé follement une fortune péniblement acquise, et qui n’ont pas voulu renoncer aux aisances de la vie faishionable et aux habitudes de luxe qu’ils avaient contractées. Ils ne se corrigent jamais, par la raison toute simple qu’ils peuvent facilement et presqu’impunément exercer leur pitoyable industrie.
Ils savent si bien cela, que lorsque j’étais encore chef de la police de la sûreté, les grands hommes de la corporation me défiaient souvent de déjouer leurs ruses. Aussi, jointe à celle d’être utile à mes concitoyens, l’envie d’essayer mes forces contre eux a-t-elle été une des raisons qui m’ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.
« C’est une nécessité vivement et depuis longtemps sentie par le commerce que celle d’un établissement spécial, ayant pour but de lui procurer des renseignemens sur les prétendus négocians, c’est-à-dire sur les escrocs qui, à l’aide des qualifications de banquiers, négocians et commissionnaires, usurpent la confiance publique, et font journellement des dupes parmi les véritables commerçans.
Les écrivains qui se sont spécialement occupés de recherches statistiques en ces matières, élèvent à vingt mille le chiffre des industriels de ce genre. Je veux bien admettre qu’il y ait quelque exagération dans ce calcul… » Les quelques lignes qui précédent commençaient le prospectus que je publiais lors de l’ouverture de mon établissement, et, comme on le voit, j’étais disposé à taxer d’exagération les écrivains qui élevaient à vingt mille le chiffre des industriels ; mais, maintenant, je suis forcé d’en convenir, ce chiffre, bien loin d’être exagéré, n’est que rigoureusement exact. Oui, vingt mille individus vivent, et vivent bien, aux dépens du commerce et de l’industrie. (Que ceux qui ne pourront ou ne voudront pas me croire, viennent me visiter, il ne me sera pas difficile de les convaincre.) Que l’on me permette donc de recommencer sur cette base nouvelle les calculs de mon prospectus. Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de chaque individu, ce qui produit pour vingt mille :
Par jour. . . . . 200,000.
Par mois. . . .6,000,000.
Par an . . . . .70,200,000.
C’est donc un impôt annuel de 70,200,000 fr. que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois, je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d’affaires, de la différence entre le prix d’achat et celui de vente.) L’œuvre de celui qui a diminué d’un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur ? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.
Je ne dois pas le cacher, mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incertains ; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir : Errare hunanum est ! Pauvre homme que j’étais ! J’ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe, que pendant tout le temps que j’ai dirigé la police de sûreté. S’il voulait s’en donner la peine, le Vidocq d’aujoud’hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Ruses des Escrocs et Filous, et jouer par dessous la jambe celui d’autrefois.
Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m’ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots, ont donné naissance à je ne sais combien d’agences, copies informes de ce que j’avais fait : Phare, Tocsin, Éclaireur, Gazette de Renseignemens, etc., etc. Il ne m’appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé, ou qui dirigent encore ces divers établissemens, mais je puis constater ce qui n’est ignoré de personne ; le Phare est allé s’éteindre à Sainte-Pélagie, ses directeurs viennent d’être condamnés à une année d’emprisonnement, comme coupables d’escroquerie. Les affiches qui ont été placées à chaque coin de rue, ont permis à tout le monde d’apprécier à sa juste valeur le personnel des autres établissemens.
Pour qu’un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile, il faut qu’il soit dirigé avec beaucoup de soin. S’il n’en était pas ainsi, les intérêts des tiers seraient gravement compromis ; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l’a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l’établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l’honnête homme, rien ne leur est plus facile que de s’entendre avec les Faiseurs, sur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela, au reste, s’est déjà fait ; les affiches dont je parlais il n’y a qu’un instant le prouvent.
Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour m’opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Et, que l’on ne croie pas que c’est un présent de peu d’importance : j’ai, par jour, 100 francs au moins de frais à faire, ce qui forme un total annuel de 36,500 francs ; et, cependant, quoique je n’exige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur l’importance des affaires qui me sont confiées, il me rapporte quinze à vingt mille francs par année de bénéfice net.
Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien, absolument rien ; je ne vends pas mon baume, je le donne, et cela, pour éviter que les Faiseurs, qui attendent avec impatience l’heure de ma retraite, ne puissent s’entendre avec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.
Il a certes fallu que les services rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j’ai dû surmonter, et les préjugés que j’ai eu à vaincre, je puisse, après seulement trois années d’exercice, avoir inscrit, sur mes registres d’abonnement, les noms de près de trois mille négocians recommandables de Paris, des départemens et de l’Étranger. Il n’est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par la plus impérieuse nécessité ; et, je dois en convenir, j’ai eu plus à réparer qu’à prévenir. Tels qui sont venus m’apprendre qu’ils avaient été dépouillés par tel ou tel Faiseur, dont le nom, depuis long-temps, était écrit sur mes tablettes, n’auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à l’agence Vidocq.
Pour atteindre le but que je m’étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais, j’avais déjà, lorsque je commençai mon entreprise, fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l’activité doivent, à la longue, ouvrir tous les chemins. Je commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j’ai réussi, du moins en partie.
A l’heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n’a pas encore été fait ; il ne m’a pas été possible de faire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi, il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Renseignemens sera dirigé par le commerce, dont il sera la propriété.
Et cela est facile à concevoir, les préjugés alors n’arrêteront plus personne, et tous les jours on verra s’augmenter le nombre des abonnés ; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n’opérer qu’avec sécurité. Mais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu’il aura payée, peu de chose, il est vrai, mais que, pourtant, il aura le droit d’exiger ? sans nul doute.
Le nombre des abonnés étant plus grand, beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n’est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perte de temps, sans dérangement, ce qui est déjà quelque chose.
Mais on n’aurait pas atteint le but que l’on se propose, si l’on se bornait seulement à mettre dans l’impossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il faut que ceux qui se présenteraient avec un nom vierge encore, mais dont les intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant même d’avoir pu mal faire.
On ne se présente pas habituellement dans une maison pour y demander un crédit plus ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d’un individu, qu’il se réserve de tromper plus tard, tient à ne point paraître tomber du ciel. Eh bien ! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nouveaux, et ces diagnostics, s’ils trompent, tromperont rarement. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent ; celui qui en connaît un, les connaîtra bientôt tous, s’il est doué d’une certaine perspicacité, et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. Il ne faut, pour acquérir cette connaissance, que procéder par analogie et avec patience.
Si ma proposition est acceptée, on ne verra plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de l’échelle sociale, et qui possèdent une fortune indépendante, servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d’un malheureux négociant, et se retirer, lorsqu’arrivent les jours d’échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n’a osé déchirer. Lorsqu’ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de l’opinion publique, ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.
Les Faiseurs, chassés de Paris, exploiteront les départemens et les pays étrangers ? Mais, rien n’empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseignemens ne reçoive encore de l’extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et l’Étranger. Cela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.
En un mot, j’ai la ferme conviction, et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d’hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du commerce et de l’industrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.
Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et, maintenant que le navire est en pleine mer, qu’il n’y a plus qu’à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligents et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés, pourrait, au besoin, être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu’elle peut produire, l’opération que je propose ne perd rien de son importance. C’est ce qu’il me serait facile de prouver par des chiffres, si des chiffres étaient du domaine de ce livre.
Je ne sais si je me trompe, mais j’ai l’espérance que ma voix ne sera pas étouffée avant de s’être fait entendre ; j’ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu’il soit possible de croire que l’intérêt est ici le mobile qui me fait agir.
Je ne me serais pas, il y a quelque temps, exprimé avec autant d’assurance ; mais, maintenant que l’expérience m’a instruit, je puis, je le répète, défier le premier Faiseur venu, de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-je acquis le droit de m’étonner que tout ce qu’il y a en France d’honorables négocians ne soit pas encore abonné.
Depuis que j’exerce, les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c’est-à-dire l’audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tête de Méduse, et peut-ètre qu’il suffirait, pour être constamment à l’abri de leurs tentatives et de leurs atteintes, de placer, dans le lieu le plus apparent de son domicile, une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d’assurances contre l’incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Vidocq ! Assurance contre les Faiseurs, seraient écrits en gros caractères.
Cette plaque, j’en ai l’intime conviction, éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs ; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heures de son temps à faire inutilement l’article.
Cette plaque, je le répète, éloignerait les Faiseurs. Je ne prétends pas dire, cependant, qu’elle les éloignerait tous ; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l’apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.
Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n’est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans l’allée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est, en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d’année, à l’époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître sur l’horizon, pâles et décharnés, les yeux ternes et vitreux, cassés, quoiques jeunes encore, toujours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux, ils ne font que peu ou point d’affaires, leur unique métier est de vendre leur signature à leurs confrères de la haute.
Les Faiseurs de la haute sont les plus dangereux, aussi, je ne m’occuperai que d’eux. J’ai dit des derniers tout ce qu’il y avait à en dire.
Tous les habitans de Paris ont entendu parler de la maison H… et Compagnie, qui fut établie dans le courant de l’année 1834, rue de la Chaussée d’Antin, n° 11. L’établissement de cette maison, qui se chargeait de toutes les opérations possibles, consignations, expéditions, escompte et encaissement, exposition permanente d’objets d’art et d’industrie, causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n’avait, disait-on, présenté autant d’éléments de succès. La Société française et américaine publiait un journal, ordonnait des fêtes charmantes, dont M. le marquis de B… faisait les honneurs avec une urbanité tout-à-fait aristocratique. Il n’en fallait pas davantage, le revers de la médaille n’étant pas connu, pour jeter de la poudre aux yeux des plus clairvoyants. H…, comme on l’apprit trop tard, n’était que le prête-nom de R…, Faiseur des plus adroits, précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel, condamné à douze années de travaux forcés.
Après avoir fait un grand nombre de dupes, R… et consorts disparurent, et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Peu de temps après la déconfiture de la maison H… et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Duhaim Père et Compagnie. Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s’empressèrent d’accepter les propositions avantageuses de la maison Duhaim Père et Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu’ils furent bien convaincus de leur malheur, ils vinrent me consulter. La contexture des pièces, et l’écriture des billets qu’ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n’était autre que R... Je me mis en campagne, et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L’instruction de son procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur-Mer.
R… est, sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs, ses capacités financières sont incontestables, et cela est si vrai que, nonobstant ses fâcheux antécédens, plusieurs maisons de l’Angleterre, où il avait exercé long-temps, qui désiraient se l’attacher, lui firent, à diverses reprises, des offres très-brillantes. R… est maintenant pour long-temps dans l’impossibilité de nuire, mais il ne faut pas pour cela que les commerçans dorment sur leurs deux oreilles, R… a laissé de dignes émules ; je les nommerais si cela pouvait servir à quelque chose, mais ces Messieurs savent, suivant leurs besoins, changer de nom aussi souvent que de domicile.
Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R… procèdent à-peu-près de cette manière :
Ils louent dans un quartier commerçant un vaste local qu’ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde, sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de sacoches d’argent viennent verser des fonds à la nouvelle maison de banque. C’est un moyen adroit d’acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s’accorde qu’à celui qui possède.
Après quelques jours d’établissement la maison adresse des lettres et des circulaires à tous ceux avec lesquels elle désire se mettre en relation ; c’est principalement aux nouveaux négocians qu’ils s’adressent, sachant bien que ceux qui n’ont pas encore acquis de l’expérience à leurs dépens seront plus faciles à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n’épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cent lettres à la poste.
En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse quelques billets de bricole, les bons font passer les mauvais, et comme ces derniers, aussi bien que les premiers, sont payés à l’échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables, des noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde commercial, ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.
Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d’argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans.
Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondans ; ainsi, par exemple, un des effets qu’ils auront mis en circulation ne sera pas payé, et l’on se présentera chez eux pour en opérer le recouvrement, alors ils n’auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement imprévu, mais ils donneront un bon sur des banquiers famés qui s’empresseront de payer pour eux, par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.
Lorsque le Faiseur-Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie, et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n’ont entendu parler de lui.
L’unique industrie d’autres Faiseurs est d’acheter des marchandises à crédit. Pour ne point trop allonger cet article, j’ai transporté les détails qui les concernent à l’article Philibert.
Halbert, 1849 : Commerçant.
Larchey, 1865 : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de Balzac, mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un mercadet. — pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.
Delvau, 1866 : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.
Rigaud, 1881 : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.
Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.
(H. Murger, Lettres)
On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.
La Rue, 1894 : Exploiteur. Escroc.
Hayard, 1907 : Escroc.
France, 1907 : Chevalier d’industrie, banquiste, brasseur d’affaires plus ou moins louches, Alfred Delvau dit que le faiseur est un type essentiellement parisien ; il est certain que Paris est la ville du monde qui contient le plus de faiseurs. Le mot n’est pas moderne. Le général Rapp, dans ses Mémoires, le met dans la bouche de Napoléon :
Il travaillait avec Berthier. Je lui appris les succès du grand-duc et la déroute de Tauenzien.
— Tauenzien ! reprit Napoléon, un des faiseurs prussiens ! C’était bien la peine de tant pousser à la guerre !
Faiseur de flanelle
France, 1907 : Amateur qui fréquente les débits de chair humaine sans toucher à la marchandise.
Tous les voyous, tous les faiseurs de flanelle, contre lesquels la maquerelle dépitée lâchait autrefois ses souteneurs, sont maintenant choyés et bien reçus, on leur paye à boire ; on les excite à aller faire du charivari chez la voisine triomphante ; on leur sert même des huitres, à la condition qu’ils iront lancer les coquilles contre les carreaux du lupanar possesseur de la beauté ravie.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Ferrer la mule
France, 1907 : Tromper sur le prix des marchandises qu’on achète pour un autre. Même sens que faire danser l’anse du panier.
Cette expression, qui n’est plus guère en usage que dans certaines provinces, date du temps où les conseillers du parlement de Paris se rendaient au palais sur des mules. Les laquais ne manquaient pas de demander de l’argent à leurs maitres soi-disant pour faire ferrer les mules, tandis que c’était pour aller boire ou jouer pendant que durait la séance.
Fille
d’Hautel, 1808 : Une fille de joie. Fille de mauvaise vie, d’un commerce débauché ; coureuse, gourgandine.
C’est la fille au vilain, qui en donnera le plus l’aura. Se dit d’une fille que l’on veut marier à celui qui aura plus de fortune ; d’une chose que l’on met à l’enchère.
Delvau, 1864 : Mot injurieux pour désigner une femme qui fait métier et marchandise de l’amour.
Le mot fille signifie, ad libitum, ce qu’il y a de plus pur, ce qu’il y a de plus doux, ce qu’il y a de plus bas, ce qu’il y a de plus vil dans le sexe féminin. — Il est sage et timide comme une fille. — Il aime tendrement sa fille. — En quittant l’auberge, il a donné quelque chose à la fille. — Il a eu l’imprudence de se montrer au spectacle avec une fille.
(E. Jouy)
Prenez les intérêts des filles de Cypris,
Et ne permettez pas qu’on en fasse mépris.
(La France galante)
Le ramage des filles est cent fois préférable à l’argot des boursiers.
(A. Delvau)
Nos ingénues à sentiments,
En fait d’amants,
Ruin’nt plus d’jeun’s gens
En quinze jours,
Qu’une fille en douze ans.
(É. Debraux)
Delvau, 1866 : s. f. Femme folle de son corps, — dans l’argot du peuple. Fille d’amour. Femme qui exerce par goût et qui n’appartient pas à la maison où elle exerce. Fille en carte. Femme qui, par l’autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison. Fille à parties. Variété de précédente. Fille soumise. Fille en carte. Fille insoumise. Femme qui exerce en fraude, sans s’assujettir aux règlements et aux obligations de police, — une contrebandière galante.
Delvau, 1866 : s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme, — dans l’argot des bourgeoises, implacables pour les fautes qu’elles n’ont pas le droit de commettre.
Delvau, 1866 : s. f. Servante, — dans l’argot des bourgeois.
Rigaud, 1881 : Dans le jargon des joueurs de rams, ce sont les cartes du talon qui restent sur le tapis à la disposition du premier en cartes. — Quand un ramseur échange son jeu contre celui qui est sur le tapis, il a coutume de dire :
Voyons le cul de la fille ou voyons le derrière de la fille.
La Rue, 1894 : Bouteille. Fillette, demi-bouteille.
France, 1907 : Bouteille. La demi-bouteille est la fillette.
France, 1907 : Paquet de cartes.
Je connais un monsieur qui joue aux cartes tous les soirs. Il y a sur la table une fille, c’est-à-dire un jeu secret, avec lequel on peut changer le sien si l’on en est mécontent. À tout moment, j’entends mon monsieur crier : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. » Cela ne lui réussit pas, ce qui n’empêche qu’un quart d’heure après, il la prend de nouveau, en répétant : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. »
(Henry Maret, Le Radical)
France, 1907 : Prostituée. Dans l’argot bourgeois, ce mot a remplacé garce, qui lui-même veut dire jeune fille (féminin de gars).
— Nous ne sommes pas des pieds-de-mufles. Je laisse nos sœurs en dehors. Beaux bijoux d’amour, gentilles biquettes, les sœurs à nous, les filles à maman ! Non, je parle des autres, du tas. Sérieusement, qu’est-ce que vous pouvez trouver d’amusant à ces faux mammifères ? C’est gauche, et laid.
— Il y en a de ravissantes !
— Non. C’est pas formé, ça court encore après la gorge et ses hanches, et, au moral, de deux choses l’une : c’est bête comme un lapin de choux ou effronté comme une guenou. Quand ça ne fait pas la petite fille, ça fait la fille. Pas de milieu.
(Henri Lavedan)
Et c’est coquet, et ça vous dévisage un homme
Du haut en bas, avec un regard polisson.
Ah ! ces gamines… c’est tout de suite grand comme
La botte, et c’est déjà — fille — comme chausson.
(André Gill, La Muse à Bibi)
Fille d’amour
Delvau, 1864 : Fille de bordel, qui fait de l’amour un métier et de son cul une marchandise.
J’apprends qu’tu veux, monsieur d’Belleyme,
Numéroter les fill’s d’amour.
(Béranger)
La Rue, 1894 : Prostituée.
Flac
M.D., 1844 : Boni quelconque.
un détenu, 1846 : Argent.
Delvau, 1866 : s. m. Sac, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu rendre la flaccidité de cette enveloppe. Flac d’al. Sacoche à argent. Ils disent aussi Flacul.
France, 1907 : Sac.
Vivent le flac,
Le pognon, le fricot, le pèse,
Le plâtre, les pélots, la braise,
Millets en sac !
Vive le flac !
C’est su’ terr’ la seul’ marchandise
Pour qui que l’cœur du vrai barbize
Bat son tic tac,
Vive le flac !
Qu’i’vienn’ d’un gibier qui trimarde
Ou ben encor d’un mômignarde
Qui marne en clac.
(Blédort, Ronde du flac)
Fourgat
Vidocq, 1837 : s. m. — Marchand, receleur en boutique, en magasin, ou seulement en chambre, chez lequel les voleurs déposent et vendent les objets volés. Ils entrent par une porte, reçoivent le prix des objets qu’ils ont apportés, et sortent par une autre. Plusieurs négocians de Paris, en apparence très-recommandables, sont connus pour acheter habituellement aux voleurs ; mais, comme il n’a pas encore été possible de les prendre, personne ne s’est avisé de leur dire que le métier qu’ils faisaient n’était pas des plus honnêtes. Comme on le pense bien, les marchandises achetées par les Fourgats ne conservent pas long-temps leur physionomie primitive ; les bijoux d’or ou d’argent sont immédiatement fondus, le chef d’une pièce de drap est enlevé ou détruit ; certains Fourgats savent, en moins de vingt-quatre heures, dénaturer assez un équipage entier, voiture, harnais, chevaux même, pour qu’il soit impossible à celui auquel il appartenait primitivement de le reconnaître. Un bruit populaire, dont je ne garantis pas l’exactitude, accusait autrefois certain joaillier, maintenant retiré du commerce, d’avoir en permanence dans ses ateliers, des creusets dans lesquels il y avait toujours des matières en fusion, où toutes les pièces de métal dont l’origine pouvait paraître suspecte, étaient mises aussitôt qu’elles étaient achetées. Les Fourgats choisissent ordinairement leur domicile dans une rue où il est difficile d’ établir une surveillance. Ils sont bons voisins, complaisans, serviables, afin de se concilier la bienveillance de tout le monde.
La destinée de l’homme qui travaille sans capitaux, quel que soit d’ailleurs le métier qu’il exerce, est d’être continuellement exploité par ceux qui possèdent. Les voleurs subissent la loi commune, ils volent tout le monde, mais, à leur tour, ils sont volés par les Fourgats, qui ne craignent pas de leur payer 100 francs ce qui vaut quatre fois autant. Aussi les Fourgats habiles font-ils en peu de temps une très-grande fortune ; et si, durant le cours de leur carrière, il ne leur est pas arrivé quelques mésaventures, leur fille épouse un notaire ou un avoué qui a besoin d’argent pour payer sa charge ; et tandis que ceux aux dépens desquels ils se sont enrichis pourrissent dans les prisons et dans les bagues, les Fourgats, pour la plupart, vieillissent et meurent au milieu des aisances de la vie, et une pompeuse épitaphe apprend à ceux qui passent devant leur tombe, qu’ils fouillent la cendre d’un honnête et excellent homme.
Il faut établir une distinction entre les Fourgats et les marchands qui achètent aux Faiseurs. Ces derniers, quelle que soit la profession qu’ils exercent, s’arrangent de tout ce qu’on leur présente. Ainsi, un apothicaire achète des sabots, un savetier des lunettes et des longues vues, etc., etc.
Delvau, 1866 : s. m. Receleur, — dans le même argot [des voleurs].
Virmaître, 1894 : Receleur qui achète les objets volés (Argot des voleurs). V. Meunier.
Rossignol, 1901 : Recéleur.
Fourgueroles
France, 1907 : Objets ou marchandises volés.
— Contrebande ? Recel ? Où ça ? Dans mes marines ? J’octroie la permission de farfouiller la cambuse. Il y a belle lurette que la camelote est lavée. Celui qui trouvera des fourgueroles chez Tom Dick, je l’appellerai monsieur le malin.
(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)
Fruche
Fustier, 1889 : Objet disqualifié. Argot des commis de nouveautés.
France, 1907 : Marchandise disqualifiée, passée de mode.
Fusiller
Larchey, 1865 : Donner un mauvais dîner. — Usité dans l’armée.
Delvau, 1866 : v. n. Donner un mauvais dîner — dans l’argot des troupiers.
Rigaud, 1881 : Dépenser. Fusiller le fade, dépenser le produit d’un vol, — dans le jargon des voleurs. Fusiller son pèse, dépenser son argent, — dans le jargon des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Faire pleuvoir de petits jets de salive en parlant. — Donner un mauvais dîner. Il a fusillé ses invités.
La Rue, 1894 : Dépenser.
Virmaître, 1894 : Donner un mauvais dîner. A. D. Fusiller se dit des soldeurs qui fusillent des marchandises volées. Ils les vendent à n’importe quel prix. On les nomme des fusilleurs (Argot des camelots). N.
France, 1907 : Dépenser.
Fusilleur
Fustier, 1889 : On appelle ainsi, dans l’argot des commerçants, les filous qui achètent argent comptant, mais à vil prix, des marchandises à des escrocs qui, eux-mêmes, les ont obtenues à crédit avec l’intention de ne jamais les payer.
Les fusilleurs ont été certainement de mauvaise foi, mais les précautions prises par eux pour masquer leurs agissements n’ont point permis de relever contre eux des faits assez précis pour établir leur entière culpabilité.
(Droit, août 1886)
Rossignol, 1901 : Celui qui achète aux faisans. Les faisans ou faisandiers se font livrer des marchandises payables à quatre-vingt-dix jours ; arrivées en gare, ils les vendent au comptant meilleur marche que le prix d’achat, et bien au-dessous de la valeur, au fusilleur à qui il est fait une facture dont le montant est plus élevé que la somme donnée. Cela se nomme un coup de fusil ; l’acquéreur, qui est le fusilleur, n’ignore pas la provenance de la marchandise qu’il a achetée et il n’a pas à craindre d’être poursuivi pour complicité d’escroquerie. Il est regrettable que ces sortes d’affaires soient plus souvent du ressort du Tribunal de commerce que de celui de la Correctionnelle.
France, 1907 : Vendeur d’objets volés.
Galifard
Larchey, 1865 : « Commissionnaire, saute-ruisseaux qui porte au client les marchandises vendues au Temple. » — Mornand.
Delvau, 1866 : s. m. Cordonnier, — dans l’argot des revendeuses du Temple.
Rigaud, 1881 : Cordonnier.
La Rue, 1894 : Apprenti cordonnier. Galifarde, apprentie, fille de boutique.
France, 1907 : Apprenti, commissionnaire ; saute-ruisseau.
Les galifards sont des façons de commissionnaires saute-ruisseaux, qui portent aux clients les marchandises vendues. Il y a aussi les galifardes.
(Félix Mornand)
Les galifardes sont plus généralement appelées trottins.
Une petite galifarde aux appas rondelets se tortillait et faisait des mines derrière le comptoir.
(Les Propos du Commandeur)
Gâte-métier
d’Hautel, 1808 : Celui qui donne ses peines, ses services ; sa marchandise à trop bon compte.
Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier qui met trop de cœur à l’ouvrage ; marchand qui vend trop bon marché, — dans l’argot du peuple, qui, s’il le connaissait, citerait volontiers le mot de Talleyrand : « Pas de zèle ! Pas de zèle ! »
France, 1907 : Ouvrier, commis ou employé qui prend au sérieux sa besogne et met trop de cœur à l’ouvrage. Il gâte le métier des fainéants.
Giberneur
Fustier, 1889 : « On appelle vulgairement giberneurs des industriels qui se livrent au commerce des herbes, telles que fougères, pervenches, feuilles de vigne, etc., servant à l’étalage des fruits et à l’ornementation des vitrines des restaurateurs et marchands de comestibles. »
(Journal des Débats, déc. 1882)
Ils ont aussi reçu le nom d’hommes sauvages, car beaucoup d’entre eux n’ont d’autres moyens de se procurer de la marchandise que les déprédations qu’ils commettent dans les propriétés de la banlieue.
Gnognotte
Delvau, 1866 : s. f. Marchandise sans valeur ; chose sans importance. Balzac a employé aussi ce mot à propos des personnes, — et dans un sens péjoratif, naturellement.
Hayard, 1907 : Rien qui vaille.
France, 1907 : Chose ou personne sans aucune valeur. Même origine que gnangnan.
Ils me font suer, avec leurs mélodies, symphonies, harmonies, oratorios… Ils auront beau racler, souffler, tapoter, ils ne feront rien d’aussi beau que la Marseillaise : « Allons, enfants de la patrie… » Voilà de la musique ! Mais leurs roucoulades, leurs pleurnicheries à porter le diable en terre, c’est de la gnognotte !
(Albert Goullé)
Les lascars useront du truc ; ils colleront des pétards au bon endroit, et le train ohéissant se jettera dans leurs bras. Le reste n’est que de la gnognotte : avec bougrement de politesse, ils passeront la visite sanitaire des voyageurs de première et de wagons-lits qui ont généralement le gousset bombé et la malle bien fournie.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
— Sais-tu la différence qu’il y a entre toi et les autres hommes ?
— Non… Va, ma belle.
— Les autres hommes, moins on est vêtue, plus ils vous admirent et vous bénissent… et toi, c’est le contraire, avoue ?
— Oh ! j’avoue !… Le costume, c’est tout !
— Et une jolie femme nue, rien ? La Vénus de Milo et les Vénus en chair et en os, de la gnognotte, alors ?
(Dubut de Laforest, Angéla Bouchaud)
Nous arrivons à une décadence qui, si l’on n’y met bon ordre, ne sera que de la gnognotte en comparaison de celle qui força jadis un empereur romain à demander un abri au Domange de son époque.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)
— L’exemple des autres, leurs conseils comme leur expérience, tont ça, vois-tu, c’est de la gnognotte, comme on dit à Saint-Roch. On n’apprend bien que ce qu’on apprend à ses dépens.
(Léo Trézenik, La Confession d’un fou)
Goure (vol à la)
France, 1907 : Offre à bas prix de marchandises de nulle valeur que l’on fait passer pour excellentes et bien au-dessus du prix qu’on en demande.
Goureur
Larchey, 1865 : « Les goureurs sont de faux marchands qui vendent de mauvaises marchandises sous prétexte de bon marché. — Le faux marin qui vend dix francs des rasoirs anglais de quinze sous… goureur. — Le chasseur d’Afrique qui rapporte d’Alger des cachemires… goureur. — L’ouvrier qui a trouvé une montre d’or et qui veut la vendre aux passants… goureur. »
(H. Monnier)
Rigaud, 1881 : Escroc qui exploite la crédulité ou la bêtise de quelqu’un pour lui vendre fort cher un objet de peu de valeur. — Goureur de la haute, celui qui fait des dupes en émettant des actions d’une entreprise imaginaire, comme, par exemple, les actions de mines de pains à cacheter.
France, 1907 : « Les goureur sont de faux marchands qui vendent de mauvaises marchandises sous prétexte de bon marché. Le faux marin qui vend dix francs des rasoirs anglais de quinze sous… goureur. L’ouvrier qui a trouvé une montre d’or et qui vient la vendre aux passants… goureur. »
(Lorédan Larchey)
Goureurs
Virmaître, 1894 : Les goureurs sont des individus qui se déguisent en marins étrangers venant des pays lointains. Ils offrent au public des marchandises qu’ils ont soi-disant rapportées de l’Inde ou de la Perse, et qui proviennent tout bonnement d’un bazar quelconque (Argot des voleurs).
Gratis
Delvau, 1866 : s. m. Crédit, — dans l’argot des marchands de vin.
Rigaud, 1881 : Crédit, — dans l’argot des marchands de vin. Pour eux, faire crédit, c’est, souvent, donner la marchandise gratis.
Gratte
Vidocq, 1837 : s. f. — Galle.
Larchey, 1865 : Abus de confiance.
Il y a de la gratte là-dessous.
(La Correctionnelle)
Delvau, 1866 : s. f. Dîme illicite prélevée sur une étoffe, — dans l’argot des couturières, qui en prélèvent tant et si fréquemment qu’elles arrivent à s’habiller de soie toute l’année sans dépenser un sou pour cela. C’est un vol non puni, mais très punissable. Les tailleurs ont le même mot pour désigner la même chose, — car eux aussi ont la conscience large.
Rigaud, 1881 : Excédant d’une marchandise confiée à un ouvrier à façon, et qu’il croit devoir s’approprier.
Rigaud, 1881 : Gale. — Avoir pincé la gratte, avoir attrapé la gale.
Rossignol, 1901 : Bénéfice. Faire danser l’anse du panier, c’est faire de la gratte. Lorsqu’un patron donne à un ouvrier la matière première pour confectionner douze objets, et que l’ouvrier en tire quatorze, s’il garde le surplus, il fait de la gratte. Aucun ne se doute que cela constitue un vol.
France, 1907 : Vol sur les étoffes confiées aux couturières et aux tailleurs.
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