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Abbaye ruffante (four chaud)

Vidocq, 1837 : s. f. — Ce mot appartient au vieux langage argotique, il est précédé d’un astérisque ainsi que tous ceux qui sont empruntés à un petit ouvrage très-rare, publié au commencement du seizième siècle, et qui est intitulé : « Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne, comme il est à présent en usage parmi les bons pauvres ; tiré et recueilli des plus fameux argotiers dece temps ; composé par un Pilier de Boutanche qui maquille en molanche, en la vergne de Tours ; à Troyes, et se vend à Paris, chez Jean Musier, marchand libraire, rue Petit-Pont, à l’image Saint-Jean. »

Abouler

Bras-de-Fer, 1829 : Compter.

Vidocq, 1837 : v. a. — Venir.

Clémens, 1840 : Venir de suite.

M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Venir.

Larchey, 1865 : Entrer — Vient du vieux mot bouler : rouler V. Roquefort.

Maintenant, Poupardin et sa fille peuvent abouler quand bon leur semblera.

(Labiche)

Notre langue a conservé éboulement. Abouler : Donner, faire bouler à quelqu’un :

Mais quant aux biscuits, aboulez.

(Balzac)

Abouler de maquiller : Venir de faire. V. Momir. Aboulage : Abondance.

Delvau, 1866 : v. a. Donner, remettre à quelqu’un. Argot des voyous.
Signifie encore Venir, Arriver sans délai, précipitamment, comme une boule.

Rigaud, 1881 : Donner, compter. Abouler de la braise, donner de l’argent.

Écoppé, ma vieille ! aboule tes cinq ronds.

(Al. Arnaud, les Zouaves, acte 1,1856)

Aller, venir, abouler à la taule, abouler icigo, aller à la maison, venir ici. M. Ch. Nisard fait sortir abouler d’affouler, accoucher avant terme ; M. Fr. Michel le tire avec plus de raison d’advolare, bouler à, d’où ébouler dans la langue régulière.

La Rue, 1894 : Donner, remettre. Venir.

Virmaître, 1894 : Se dit dans le peuple d’un récalcitrant qui ne veut pas payer ; abouler la monnaie.

— Aboulez donc, mon vieux, faut y passer.

On dit aussi à quelqu’un qui attend : Un peu de patience, il va abouler (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Donner.

Veux-tu abouler ton pèze pour raquer la chopotte.

Hayard, 1907 : Donner, à regret.

France, 1907 : Donner, apporter : « mais, ainsi que dit Charles Nisard, l’idée de sommation ou de violence en est inséparable. »

Pègres et barbots, aboulez des pépettes…
Aboulez tous des ronds ou des liquettes,
Des vieux grimpans, brichetons, ou arlequins.

(Le Cri du Peuple, Fév. 1886)

Le patois et l’argot, auxquels il est commun, l’entendent ainsi. Que le patois l’ait pris de l’argot ou l’argot du patois, il est sûr qu’on n’en fait pas moins d’usage dans l’un que dans l’autre, que la plupart de nos provinces se le sont approprié, et qu’il fleurit même parmi le peuple de Paris.

(Curiosité de l’étymologie française)

Signifie aussi venir, dans l’argot des voleurs.

Et si tézig tient à sa boule,
Fonce ta largue, et qu’elle aboule
Sans limace nous cambrouser.

(Richepin, La Chanson des Gueux)

Il signifie également accoucher. — Voir Affouler

Aff

un détenu, 1846 : Eau-de-vie.

Larchey, 1865 : Abrév. d’Affaire. — V. Débiner.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Apocope d’Affaires, — dans l’argot des petites dames.

La Rue, 1894 : Affaire. Vie. Âme.

France, 1907 : Apocope d’affaires. Maquiller une aff, machiner un coup. Avoir ses affs, avoir ses menstrues.

Arnacher

Hayard, 1907 : Maquiller un objet.

Badigeonner

Rigaud, 1881 : Mettre du fard. C’est ce que Racine appelle :

Réparer des ans l’irréparable outrage.

Se badigeonner, se farder.

France, 1907 : Se maquiller. Badigeonner la femme au puits, mentir, c’est-à-dire farder la vérité qui sort du puits ; argot des voleurs.

Badigeonner (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se maquiller pour paraître plus jeune.

Bagatelle (faire la)

Virmaître, 1894 : Faire l’amour. Quand la maquilleuse de brèmes tire les cartes à une jeune fille et que l’as de pique sort, elle lui annonce qu’elle fera la bagatelle (Argot des filles).

Bas de buffet

Delvau, 1866 : s. m. Homme ou chose de peu d’importance. Argot du peuple. Vieux bas de buffet. Vieille femme, vieille coquette ridicule qui a encore des prétentions à l’attention galante des hommes.

Virmaître, 1894 : Injure à l’adresse des vieilles femmes prétentieuses qui se maquillent outrageusement. Pour accentuer on dit : vieux bas de buffet (Argot du peuple).

France, 1907 : Vieille coquette prétentieuse et ridicule.

Brème

un détenu, 1846 : Carte de police. Exemple : Une menesse en brême ; femme sujette à la police.

Larchey, 1865 : Carte (Vidocq). — Allusion au poisson de ce nom qui est blanc, plat et court. — Maquiller la brème : Gagner en trichant aux cartes. — Un bremmier est un fabricant de cartes. — Brème de pacquelins : Carte géographique. Mot à mot : carte de pays.

Rigaud, 1881 : Carte à jouer. — Allusion à la brème, poisson très plat. — Maquiller les brèmes, jouer aux cartes, — dans le jargon des tricheurs. — Tiranger la brème, tirer les cartes. Tirangeur de brèmes, tirangeuse de brèmes, tireur, tireuse de cartes.

Rigaud, 1881 : Permis de prostitution. C’est la carte délivrée par la préfecture de police aux filles soumises.

Elles la portent le plus souvent dans leurs bas, afin d’éviter d’en révéler l’existence, si elles n’y sont pas absolument forcées.

(Flévy d’Urville, Les Ordures de Paris)

France, 1907 : Carte que la police délivre aux filles publiques lorsqu’elle les a enregistrées.

Et dans ce cas, pauvres trognons,
C’est la brème que nous gagnons ;
C’est la consigne !
En décarrant, si nous geignons,
D’Alphonse nous avons des gnons
Pour cette guigne.

(Blédort)

— Eh bien ! je vais attendre d’avoir l’âge, puis je demanderai une brème, comme ma sœur, pour être tranquille… Ensuite j’irai travailler avec elle et je gagnerai de l’argent pour pouvoir aider p’pa et maman… quand ils seront vieux.

(Oscar Méténier)

Brèmes

Virmaître, 1894 : Les cartes (Argot des filles).

France, 1907 : Cartes à jouer.

Que donc que tu veux faire, toi ? S’il y avait des brèmes, on pourrait flancher.

(Vidocq)

Ce salon se nommait le « Marché » ; les souteneurs l’appelaient la « Halle aux veaux ». C’était là que les filles débattaient le prix de leurs charmes et que les maquilleurs de brêmes venaient racoler des clients.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Maquiller la brème, travailler la carte. Faire les trois brèmes, tenir un jeu de bonneteau composé de trois cartes. Brème de paquelins, carte géographique.

Brêmes

Ansiaume, 1821 : cartes à jouer.

Veux-lu me prêter tes brêmes pour flouer ?

anon., 1827 : Cartes.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Cartes. Maquiller les brêmes, jouer aux cartes.

Bras-de-Fer, 1829 : Cartes.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Cartes à jouer, dans l’argot des voleurs et des petites dames. Brême de paclin. Carte géographique. Maquiller les brêmes. Se servir, pour jouer, de cartes biseautées.

Rossignol, 1901 : Cartes. Les faiseurs sont des maquilleurs de brêmes. La fille publique est en brême parce qu’elle a une carte délivrée par la préfecture de police sur laquelle est mis un visa lorsqu’elle se présente à ses visites sanitaires. L’agent de la sûreté qui a une carte de réquisition est aussi en brême.

Hayard, 1907 : Cartes à jouer ; (être en) fille inscrite à la préfecture.

anon., 1907 : Cartes à jouer.

Carte (piquer la)

Rigaud, 1881 : Marquer d’un léger coup d’ongle, d’un signe microscopique les cartes dont on a besoin de se souvenir, et principalement les rois, à l’écarté… lorsqu’on veut corriger le sort et mériter le nom de grec. Ce système est bien démodé aujourd’hui, parce qu’il a été trop pratiqué jadis et qu’il est trop connu. Aux jeux de commerce, les grecs s’en tiennent au télégraphe, et, aux jeux de hasard, ils opèrent à l’aide de la portée.

France, 1907 : Marquer une carte pour la reconnaître. On dit aussi maquiller la carte.

Carton

Larchey, 1865 : Carte à jouer.

Je n’ai pas parlé des tables d’hôte où on donne le carton, c’est-à-dire où l’on fait jouer.

(Lespès)

Lorsqu’on a dîné entre amis, il faut bien remuer des cartons peints pour se dégriser.

(About)

Delvau, 1866 : s. m. Carte à jouer, — dans l’argot de Breda-Street, où fleurit le lansquenet. Manier le carton. Jouer aux cartes. — On dit aussi Graisser le carton et Tripoter le carton. Maquiller le carton. Faire sauter la coupe.

Rigaud, 1881 : Carte à jouer. Manier, patiner, tripoter le carton, jouer aux cartes.

Hayard, 1907 : Sans argent ; (être) être refait.

France, 1907 : Carte à jouer. Manier, tripoter, graisser, patiner le carton se disent pour jouer aux cartes. Maquiller le carton, c’est tricher an jeu.

Copaille

Rossignol, 1901 : Voir chatte.

Hayard, 1907 : Homme de mœurs douteuses.

France, 1907 : Jeune homme de mœurs inavouables. Individu du troisième sexe, pédéraste.

— Les copailles ?… Ce sont ces petits jeunes gens moulés dans leur culotte et leur pet-en-l’air qui se promènent et qui se tortillent en minaudant comme des filles. Elles se tiennent en général…
— Comment, elles ?
— Oui, c’est encore une particularité, on dit elles en parlant d’eux… Eh bien ! elles se tiennent en général aux Champs-Élysées et sur les grands boulevards, aux environs des cafés et principalement du Grand-Hôtel. Vous les voyez circuler deux par deux, par petits ménages, faisant des mines, des manières, maquillées, leur badine sous le bras, quelques-unes avec des tournures dans leurs pantalons. On les appelle aussi des lobes, des coquines, et quand elles parlent de l’une d’elles, elles disent entre elles : « C’est une sœur. » Mais ce qu’il faut entendre, ce sont les titres et les surnoms sous lesquels elles se distinguent. Il y a la Pompadour, la comtesse Dubarry, la duchesse de Mayenne, la de Valentinois, la reine d’Espagne, la reine d’Angleterre, l’archiduchesse d’Autriche, l’Épicière, le Petit Journal, la Petite-Semaine, la Miss Chaudron, la Miss Bombée, la mère Gamelle…

(Maurice Talmeyr)

Coup de torchon

Delvau, 1866 : s. m. Baiser, — dans l’argot des faubouriens, qui sans doute, veulent parler de ceux qu’on donne aux femmes maquillées, dont alors les lèvres essuient le visage.

Rigaud, 1881 : Duel au sabre, en terme de régiment. Se flanquer un coup de torchon.

France, 1907 : Combat, bataille.

— Eh ! margi, lui criai-je à travers les barreaux de ma lucarne, quoi de nouveau ?
— Il y a qu’on va se flanquer des coups de torchon, mon fils. Une belle occasion de dépuceler ton sabre.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Hop là ! hardi ! Il va y avoir un coup de torchon !
Pas un pioupiou ne boude.
Sac au dos ! empoignez-moi votre flingot, la cartouchière sur le bedon, et, pas gymnastique, en avant, marche !

(Traité de civilité militaire et honnête, enseignée par Dache)

Se donner un coup de torchon, se battre en duel.

Démaquiller

Vidocq, 1837 : v. a. — Défaire.

Larchey, 1865 : Défaire. V. Maquiller.

Delvau, 1866 : v. a. Défaire une chose faite ou convenue, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Décommander, défaire, renoncer à, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Défaire une chose convenue ou faite.

France, 1907 : Défaire une chose arrangée.

Drôlesse

d’Hautel, 1808 : Terme insultant et de mépris, qui équivaut à coureuse, femme dévergondée, de mauvaise vie.

Delvau, 1864 : Fille ou femme de mœurs plus que légères — qui souvent n’est pas drôle du tout, à moins qu’on ne considère comme drôleries les chansons ordurières qu’elle chante au dessert.

Mais tout n’est pas rose et billets de mille francs dans l’existence phosphorescente, fulgurante, abracadabrante de ces adorables drôlesses, qui portent leurs vingt ans sans le moindre corset.

(A. Delvau)

Delvau, 1866 : s. f. Habitante de Breda-Street, ou de toute autre Cythère, — dans l’argot des bourgeois, qui ont la bonté de les trouver drôles quand elles ne sont que dévergondées.

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, concubine, — dans l’implacable argot des bourgeoises, jalouses de l’empire que ces créatures prennent sur leurs maris, avec leur fortune.

France, 1907 : Nom que des femmes vertueuses, ou supposées telles, donnent généralement à celles qui ne le sont pas. Mais à quoi tient la vertu des femmes : une affaire de tempérament, ou encore, comme l’a écrit La Rochefoucauld, l’amour de leur réputation et de leur repos.
Léon Rossignol, dans les Lettres d’un mauvais jeune honme à sa Nini, définit ainsi la drôlesse :
« C’est une femme qui quitte un beau soir l’atelier de son père, ou la loge de sa tante, et qu’on retrouve quinze jours après à Mabille ou dans les avant-scènes des Variétés, couverte de velours, de soie, de bijoux et de dentelles, que son déshonneur a payé trop largement. Elle adorait hier le pot-au-feu et le pain bis de la famille, elle les devorait, — l’honnêteté lui servait d’absinthe. Aujourd’hui, elle grignote du bout des dents les pains viennois et les perdreaux truffés des restaurants en vogue, et insulte les garçons. Elle sent le vice, elle se maquille, elle dégoûte. »

Salomon, repu de mollesses,
Étudiant les tourtereaux,
Avait juste autant de drôlesses
Que Leonidas de héros !

(Victor Hugo, Chansons des rues et des bois)

La Victoire est une drôlesse ;
Cette vivandière au flanc nu
Rit de se voir mener en laisse
Par le premier goujat venu.

(Ibid.)

Rien n’est plus rigolo que les petites filles,
À Paris. Observez leurs mines, c’est divin,
À dix, douze ans, ce sont déjà de fort gentilles
Drôlesses qui vous ont du vice comme à vingt.

(André Gill, La Muse à Bibi)

Esquintement

Larchey, 1865 : Effraction.

Cambriolle tu maquilleras par carouble et esquintement.

(Vidocq)

Larchey, 1865 : Fatigue extrême, lutte meurtrière.

Rigaud, 1881 : Lassitude. — Effraction.

France, 1907 : Acte d’entrer par effraction dans une maison.

France, 1907 : Grande fatigue.

Essuyer les plâtres

Delvau, 1866 : v. a. Habiter une maison récemment construite, dont les plâtres n’ont pas encore eu le temps de sécher. Se dit aussi, ironiquement, des Gandins qui embrassent des filles trop maquillées.

Rigaud, 1881 : Habiter une maison nouvellement construite. Lorsqu’on eût bâti le quartier Saint-Georges, les loyers des maisons y furent cotés à très bas prix, pour attirer les locataires. Les filles plus ou moins entretenues s’y réfugièrent, furent baptisées lorettes et essuyèrent pas mal de plâtres. De cette époque date la locution. Aujourd’hui, l’essuyage des plâtres est plus cher : il s’opère rue Maubeuge avec le concours des lorettes du jour, nommées biches, cocottes, etc… — Essuyer les plâtres signifie encore, en termes galants, obtenir les premières faveurs d’une belle.

France, 1907 : Entrer dans une maison nouvellement construite et dont les murs ne sont pas encore secs. Embrasser une femme dont le visage est maquillé.

Extra, garçon d’extra

Rigaud, 1881 : Garçon que les restaurateurs, et, principalement, les restaurateurs de la banlieue, s’adjoignent le dimanche. Les garçons d’extra n’ont que les pourboires. La plupart du temps ils doivent se contenter, pour nourriture, de la desserte de leurs clients et, pour boisson, des fonds de bouteille. Un extra qui connaît son métier, s’entend avec le chef afin de donner des portions copieuses. Il y en a qui maquillent la carte à payer avec autant d’art que le plus habile des grecs les cartes à jouer.

Façade

Rigaud, 1881 : Figure, — dans le jargon des voyous. Démolir la façade, porter des coups au visage. — Un coup de tampon à démolir la façade.

France, 1907 : Tête. Démolir la façade, donner des coups de poing sur la figure. Se faire la façade, se peindre, se maquiller.

Façade (faire sa)

Rigaud, 1881 : Se maquiller, — dans le jargon des filles. — Quand t’auras fini de faire ta façade.

Faffes à l’estorgue

Virmaître, 1894 : Faux papiers. Il faut que les filles aient vingt-et-un ans pour être admises dans les maisons de tolérance ; il existe des fabriques de faux papiers pour maquiller les états civils ; d’une brune on en fait une blonde, d’une Marseillaise on en fait une Lilloise (Argot des souteneurs). V. Lopheur. N.

Faffes à l’estorgues

France, 1907 : Faux papiers. « Il faut, dit Ch. Virmaître, que les filles aient vingt et un ans pour être admises dans les maisons de tolérance ; il existe des fabriques de faux papier pour « maquiller » les états civils ; d’une brune on en fait une blonde, d’une Marseillaise on en fait une Lilloise. »

Faire sa tête

France, 1907 : Même sens que faire sa gueule.

France, 1907 : Se maquiller, en argot théâtral.

L’autre soir, étant monté dans la loge de Baron, aux Variétés, je trouvai l’artiste debout et penché sur une petite glace, en train de faire sa tête.

(Paul Alexis)

Galérienne

Rigaud, 1881 : « Sous les sombres galeries qui bordent, au rez-de-chaussée, la salle de danse du Casino, se tiennent volontiers des femmes grasses et maquillées… On les appelle Galériennes, parce qu’elles font galerie. » (Ces Dames du Casino, 1862)

France, 1907 : « Sous les sombres galeries qui bordent, au rez-de-chaussée, la salle de danse du Casino, se tiennent, veloutées, des femmes grasses et maquillées.
On les a flagellées d’une épithète horrible, mais d’une implacable étymologie : on les appelle galériennes, parce qu’elles font galerie. Assises sur des banquettes obscures, elles attendent que l’insecte… pardon, que le visiteur imprudent se jette dans la toile de la séduction qu’elles ont tendue ! »

(Ces Dames du Casino, 1862)

Grue

d’Hautel, 1808 : Faire le pied de grue. S’humilier ; faire des soumissions devant quelqu’un ; monter la garde dans les antichambres d’un homme puissant.
Avoir un cou de grue. Avoir le cou long.
Il est planté là comme une grue. Pour, il ne sait quelle contenance tenir ; il croque le marmot.

Delvau, 1864 : Fille entretenue, parce que les filles de cette espèce sont souvent plus bêtes que belles — ce qui fait qu’on ne s’explique pas les folies que les gandins font pour elles.

Dans certains théâtres, on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels ; cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.

(Joachim Duflot)

Larchey, 1865 : « Pour qualifier une fille aux jambes maigres aux gros yeux à fleur de tête, à l’intelligence épaisse, on dit : C’est une grue. » — Scholl. — « Mme Croquoison : Nous sommes tous des grues. » — Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle.

Delvau, 1866 : s. f. Femme entretenue, que la Nature a douée d’autant de bêtise que de beauté, et qui abuse de celle-ci pour faire accepter celle-là. C’est un mot heureux que les gens de lettres ont trouvé là pour répondre à l’insolence des filles envers les honnêtes femmes. Bécasses ! disaient-elles. Grues ! leur répond-on. Mais ce mot, dans ce sens péjoratif, n’est pas né d’hier, il y a longtemps que le peuple l’emploie pour désigner un niais, un sot, un prétentieux.

Rigaud, 1881 : Femme sotte et prétentieuse. — Dans le dictionnaire de l’Académie, grue est donné dans le sens de niais. — Dans le jargon des comédiens, c’est une demoiselle qui possède de la beauté, de l’argent et des toilettes en quantité suffisante pour obtenir un bout de rôle où elle montre ses épaules, ses diamants et sa bêtise. Elle lève les gentilshommes de l’orchestre, comme la grue lève les fardeaux ; d’où son surnom.

La Rue, 1894 : Bête. Femme entretenue. V. Biche.

Virmaître, 1894 : Fille publique, jolie mais bête à manger du foin. De cette allusion est né un mauvais calembourg : Les camelots crient : Demandez l’Indicateur des grues de Paris pour rues (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Fille de bas étage.

Hayard, 1907 : Fille publique.

France, 1907 : « Bête marécageuse qui plume les gros pigeons et nourrit les petits poissons », dit la Vie Parisienne. Fille ou femme de mœurs légères ; nom que donnent les femmes à leurs rivales ou simplement à celles qu’elles n’aiment pas.
D’après Lorédan Larchey, grue viendrait non de l’oiseau à longues jambes, mais du vieux français grus, qui a perdu son orthographe primitive en passant à travers les âges.

J’avais donné précédemment grue avec le sens de marcheuse, dit-il, c’est-à-dire de figurante faisant commerce d’amour à l’ombre du théâtre. Je croyais que le mot était éclos, il y a trente ans, dans les corps de ballet, où les femmes paraissent montées sur des jambes d’autant plus longues que leurs jupes sont plus courtes. Mais le Dictionnaire de Godefroy vient de me donner fort à penser. J’y trouve grus comme mot injurieux, signifiant ribaude au moyen âge. En voici un exemple justificatif daté de 1415… « Ellui Girart appela la suppliante deux ou trois fois grus ! grus ! Et pour ce qu’elle n’entendoit pas ce que c’estoit à dire de telles paroles, demanda audit Girart que c’estoit. Lequel Girart lui dit que c’estoit à dire ribaude, en l’appelant par plusieurs fois : grus : ribaude ! grus : ribaude ! »

 

— Figure-toi que, sans savoir ni pourquoi ni comment, je m’étais amourachée de lui : ce jour-là, j’ai fait un joli coup ! Pas beau, pas d’esprit, pas d’argent : rien, quoi ! Par-dessus le marché, Monsieur me trompait avec la première grue venue ; on n’a pas idée de ça !

(Jules Noriac, Le Grain de sable)

Gladiola, dans la délicieuse revue de Blondel et Montreau, nous montre avec beaucoup de talent sa superbe poitrine et son dos ensorceleur. Ses admirables jambes, qui ne mesurent pas moins de soixante-dix centimètres vers la région communément appelée cuisse, ont été rappelées quatre fois. C’est un vrai triomphe pour la charmante jeune grue.

(George Auriol, Le Journal)

— Et quand elle a parlé des tableaux vivants… J’ai eu une envie de rire… elle qui a montré ses jambes pendant quinze ans dans toutes les revues : car c’est une ancienne actrice.
— Une actrice ! pas même… une ancienne grue.

(Maurice Donnay, Chère Madame)

La dame : une trentaine d’années, plutôt très jolie, mais l’air un peu grue et surtout très dinde.

(Alphonse Allais, La Vie drôle)

Fille de petits brocanteurs juifs, elle avait l’ambition et la ténacité des femmes de sa race ; jetée à seize ans sur les planches aux figurations et aux féeries, elle avait vite eu honte de ce métier de grue.

(Henry Bauër, Une Comédienne)

— Les jeunes filles nous servent d’éprouvette. On s’apprend à flirter et à aimer avec elles, pour de rire, à blanc, en attendant qu’on s’attaque plus tard sérieusement aux vraies femmes, aux femmes mariées. Comprenez-vous ? Les jeunes filles, pour moi, c’est comme le volontariat de l’amour. Une première étape, avant les grandes manœuvres que vous faisons ensuite avec les grues, et la guerre sanglante avec les dames du monde.

(Henri Lavedan)

Et puis, aussi bien je m’ennuie :
La grue, aux yeux couleur de jais,
Dans laquelle je me plongeais,
Depuis ce matin est enfuie
Et m’a laissé d’autres sujets
De tracas et de rêverie.

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Les frimas remplacent la brise ;
Tombant comme d’un encensoir,
La neige sur la terre grise
Étend son vaste et blanc mouchoir,
Sous le ciel inclément et noir,
Malgré les rafales bourrues,
Des filles vont errant le soir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !
Princesses, heureuses d’avoir
Chambre bien close et rentes drues,
Ne condamnez pas sans savoir…
L’hiver est rude aux pauvres grues !

(Georges Gillet)

Jésus

Vidocq, 1837 : s. m. — Les voleurs donnent ce nom aux jeunes garçons que les Tantes, les Chanteurs, les Rouspans (Voir ces divers articles), prostituent à leur gré, et dressent en même temps au vol et à la débauche.

Halbert, 1849 : Grand jeune homme payé pour satisfaire aux passions d’un vieillard.

Larchey, 1865 : « Jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomistes que veut exploiter le chanteur. »

(Canler)

Grippe-Jésus : Gendarmes. — Le jésus n’est ici qu’un homme garrotté comme le Christ, lorsqu’il fut conduit devant Pilate.

Delvau, 1866 : s. m. « Enfant dressé au vol et à la débauche, » — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Innocent, — dans l’argot souvent ironique du peuple. D’où le grippe-Jésus de l’argot encore plus ironique des voleurs, puisqu’ils appellent ainsi les gendarmes.

Rigaud, 1881 : Innocent, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Jeune filou. — Tout jeune Éphestion de trottoir.

La Rue, 1894 : Innocent. Jeune Voleur. Nouveau-né. Adolescent du troisième sexe.

Virmaître, 1894 : Jeune homme à l’aspect efféminé, frisé, parfumé, qui sert d’appât pour attirer les individus à passions honteuses. Souvent il travaille réellement pour son compte (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Jeune chatte qui sert d’appât pour faire chanter les individus portes à cette passion.

Hayard, 1907 : Jeune garçon de mœurs pédérastiques.

France, 1907 : Adolescent du troisième sexe.

Dans cette catégorie d’individus (les pédérastes) on désigne deux classes : les amateurs, ceux qui recherchent dans la pédérastie la seule satisfaction de leurs sens ;
Les prostitués qui trafiquent de leur corps ; ceux-ci prennent le nom de Jésus…
Vêtu d’un costume étriqué qui lui permet d’étaler à tous les regards ses avantages, la raie allant du front à la nuque, maquillé, une cigarette aux lèvres, le Jésus va et vient, le regard en coulisse, la bouche ou cœur, le sourire aux lèvres ; il joue avec une mince badine — qu’on peut lui arracher des mains et lui casser sur la figure si prompte fuite vous en laisse le temps.

(Jules Davray, L’Armée du vice)

Le persillard, une fois d’accord avec le chanteur pour duper son douillard, devient alors son compère, c’est-à-dire son Jésus ! Tel est dénommé aujourd’hui le persillard exploiteur.

(Mémoires de M. Claude)

Le Jésus est un jeune et beau garçon lancé comme appeau près des sodomites que veut exploiter le chanteur.

(Mémoires de Canler)

France, 1907 : Innocent, et aussi jeune voleur.

Lâcher d’un cran

Rossignol, 1901 : « Fiche-nous la paix, tu nous ennuies, lâche-nous d’un cran. — Ma maîtresse m’a quitté, elle m’a lâché d’un cran. »

France, 1907 : Se débarrasser de quelqu’un.

— Les hommes sont si bêtes qu’ils n’estiment que ce qui coûte cher. Moi aussi, j’avais un amant, un poète, que j’adorais de tout mon petit cœur. Eh bien ! comme j’étais très sage et très douce avec lui, que je travaillais honnêtement afin de lui enlever l’ombre d’une dépense, un beau jour il m’a lâchée de plusieurs crans pour s’acoquiner avec une vieille lorette, maquillée comme un mur peint à neuf, et qui lui a mangé ses onze mille francs de capital en trois mois.

(Ces Dames du Casino, 1862)

Maqui

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mettre du rouge.

Delvau, 1866 : s. f. Rouge, fard, — dans l’argot des voleurs. C’est probablement une apocope du vieux mot Maquignonnage.

Rigaud, 1881 : Apocope de maquillage, maquille. Dérivé de masque. — En terme de grecs, le maquillage consiste à marquer les cartes qu’on a intérêt à connaître. Il y a les maquis au coup de pouce, au coup d’ongle, au coup d’épingle, à la mine de plomb, à la pièce et autres, suivant l’inspiration du grec et la tête des dupes.

La Rue, 1894 : Rouge, fard. Maquillage.

Maquillage

Delvau, 1864 : Tricherie féminine qui consiste à dissimuler, à l’aide de pâtes, de cosmétiques et d’onguents, les ravages que le temps apporte au visage le plus frais.

Celle-ci, une fois entrée, relève la mèche de la lampe posée sur la cheminée, mais pas trop cependant, afin de ne pas trahir son maquillage.

(Lemercier de Neuville)

Et ce qui prouve que ce n’est pas là une mode nouvelle, c’est que je trouve dans un poète du XIIIe siècle, Gaultier de Coinsy, les vers suivants :

Telle se fait moult regarder
Par s’en blanchir, par s’en farder,
Que plus est laide et plus est blesme
Que peschiez mortels en caresme.

Larchey, 1865 : Le maquillage est une des nécessités de l’art du comédien ; il consiste à peindre son visage pour le faire jeune ou vieux, le plus souvent jeune.

Dans certains théâtres on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels. Cette première catégorie de grues s’appelle les maquillées.

(Joachim Duflot, Dict. des Coulisses)

Delvau, 1866 : s. m. Application de blanc de céruse et de rouge végétal sur le visage, — dans l’argot des acteurs et des filles, qui ont besoin, les uns et les autres, de tromper le public, qui, de son côté, ne demande qu’à être trompé. Blanc de céruse et rouge végétal, — je ne dis pas assez ; et pendant que j’y suis, je vais en dire davantage afin d’apprendre à nos petits-neveux, friands de ces détails, comme nous de ceux qui concernent les courtisanes de l’Antiquité, quels sont les engins de maquillage des courtisanes modernes : Blanc de céruse ou blanc de baleine ; rouge végétal ou rouge liquide ; poudre d’iris et poudre de riz ; cire vierge fondue et pommade de concombre ; encre de Chine et crayon de nitrate, — sans compter les fausses nattes et les fausses dents. Le visage a des rides, il faut les boucher ; l’âge et les veilles l’ont jauni, il faut le roser ; la bouche est trop grande, il faut la rapetisser ; les yeux sont trop petits, il faut les agrandir. Ô les miracles du maquillage !

Rigaud, 1881 : L’art de peindre et d’orner le visage ; action qui consiste à faire d’une figure humaine un pastel. — Mélange de vins. — Restauration de tableau. — Fraude en tout genre.

France, 1907 : Art de se peindre le visage

Pour réparer des ans
L’irréparable outrage.

Elles font une prodigieuse dépense de cosmétiques et de parfumeries. Presque toutes se fardent les joues et les lèvres avec une naïveté grossière. Quelques-unes se noircissent les sourcils et le bord des paupières avec le charbon d’une allumette à demi brûlée. C’est ce qu’on appelle le maquillage.

(Léo Taxil)

C’est pendant le Directoire que le maquillage fut poussé jusqu’aux dernières limites de l’extravagance. On vit se promener au Palais-Royal, du côté du Cirque et de l’allée des Soupirs, des femmes au visage barbouillé couleur lilas. Cette mascarade dura près d’une semaine ; on se moqua et la mode passa.

Le souci te bleuira l’œil
Mieux que les crayons et les pierres,
Et nos veilles, à tes paupières,
Coudront le liséré de deuil…
Des lards sont un vain barbouillage,
Il ne résiste pas au pleur.
Je veux que mon amour brûleur
Soit ton éternel maquillage.

(Th. Hannon, Rimes de joie)

Nous chantons pour vous amuser,
Nous sommes vieux, bien avant l’âge ;
Notre visage est presque usé
Par le gaz et le maquillage :
C’est nous les cabots,
Qui ne sont pas beaux.

(Chambot et Girier, La Chanson des cabots)

Maquillé du pognon

M.D., 1844 : Faire de l’argent.

Maquillée

Delvau, 1866 : s. f. Lorette, casinette, boule-rouge, petite dame enfin, — dans l’argot des faubouriens.

France, 1907 : Fille publique, femme ridiculement et naïvement fardée.

Dans certains théâtres on voit de jeunes aspirantes qui se font des yeux jusqu’aux oreilles et des veines d’azur du corset jusqu’aux tempes ; ce ne sont pas des femmes, ce sont des pastels. Cette catégorie de grues s’appelle les maquillées.

(J. Duflot, Dictionnaire des coulisses)

Maquiller

anon., 1827 : Travailler, battre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Travailler, battre. Maquiller les brêmes, battre les cartes.

Bras-de-Fer, 1829 : Travailler, battre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Faire.

M.D., 1844 : Arranger quelque chose.

un détenu, 1846 : Cameloter, brocantage.

Halbert, 1849 : Chicaner, travailler, battre.

Larchey, 1865 : Agir, machiner.

C’est par trop longtemps boire ; Il est, vous le savez, heure de maquiller.

(Grandval, 1723)

Maquiller un suage : Se charger d’un assassinat. — Maquiller son truc : Faire sa manœuvre. — Maquiller une cambriolle : Dévaliser une chambre. — Maquiller les brèmes : Jouer aux cartes. V. Momir. Ce verbe paraît venir du vieux mot maquillon : maquignon, qui vient lui-même de maque. V. Roquefort et Fr. Michel. — Maquignonner, c’est, en effet, machiner n’importe quoi, pourvu qu’on y gagne.

Larchey, 1865 : Farder. — Même origine que le mot suivant. On sait que les maquignons maquillent à merveille un cheval pour lui donner une meilleure apparence.

Delvau, 1866 : v. a. Faire agir, machiner, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie. Maquiller les brèmes. Jouer aux cartes, — dans le même argot. Signifie aussi Tricher à l’écarté. Maquiller son truc. Faire sa manœuvre ; Maquiller une cambriolle. Dévaliser une chambre ; Maquiller un suage. Se charger d’un assassinat. Même argot.

Rigaud, 1881 : Faire ; frauder ; farder ; trafiquer. Dérivé de maquignon.

La Rue, 1894 : Faire. Frauder. Voler. Farder. Trafiquer. Maquiller la brème, préparer un jeu de cartes pour tricher.

Virmaître, 1894 : Se farder le visage.

Pour réparer des nuits l’irréparable outrage.

Quand un ouvrage est raté, on le maquille pour le faire accepter.
Maquiller un tableau. Il existe des peintres spéciaux qui font du vieux avec du neuf. Une toile est fabriquée par un rapin quelconque, une signature de maître figure au bas, le maquilleur lui donne l’aspect de la vétusté, et un amateur naïf l’achète.
Il y a comme cela des Velasquez peints à Montmartre (Argot des filles et des peintres). N.

Rossignol, 1901 : Tripoter, arranger. Celui qui en jouant arrange les cartes, de façon à avoir un beau jeu et gagner, maquille les brêmes.

Hayard, 1907 : Farder, déguiser, changer d’aspect, vendre.

France, 1907 : Travailler, et naturellement voler, le vol étant un travail.

Cambriolle tu maquilleras
Par carouble et esquintement,

disent les commandements des voleurs pour faire pièce à ceux de l’Église.

Qu’est ceci, mes enfants, écoutez-vous vos flames ?
Et perdez-vous ainsi le tems avec des femmes ?
C’est boire trop long-tems, aimer et baléller ;
Il est, vous le savez, heure de maquiller :
Levez-vous, finissez bonne chère et musique,
Partez, et travaillez pour le bien de la clique ;
C’est trop, indignes cœurs, vous devriez rougir
D’un si lâche repos, quand il est tems d’agir.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Maquiller un gayet, donner au moyen de certains procédés l’apparence d’un bon cheval à une rosse ; maquiller le papelard, écrire ; maquiller un suage, préparer un assassinat ; maquiller le vitriol, falsifier de l’eau-de-vie.

— Vieille drogue, tu as changé de litre !… Tu sais, ce n’est pas avec moi qu’il faut maquiller ton vitriol.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Tromper, falsifier.

J’ai fait par comblance
Gironde larguecapé (maîtresse)
Soiffant picton sans lance,
Pivois non maquillé.

(Winter, forçat, 1829)

Maquiller (se)

Delvau, 1866 : v. réfl. Se couvrir le visage de carmin et de blanc, — dans l’argot des petites dames, dont la beauté est l’unique gagne-pain, et qui cherchent naturellement à dissimuler les outrages que les années — et la débauche — peuvent y faire.

Rossignol, 1901 : Se farder. L’agent de la sûreté se maquille sans se farder ; son maquillage consiste tout simplement à mettre une blouse ou veste d’ouvrier pour se rendre méconnaissable.

Maquiller à la sorgue

Bras-de-Fer, 1829 : Voler la nuit.

Maquiller les brêmes

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Jouer aux cartes.

Halbert, 1849 : Tromper aux cartes.

Maquilleur

Rigaud, 1881 : Tricheur. Maquilleuse, tricheuse.

France, 1907 : Tricheur au jeu de cartes.

Maquilleur de gayés

Rigaud, 1881 : Individu chargé par un maquignon de rendre une rosse présentable à la vente. Le maquillage des gayés est souvent pratiqué par le maquignon lui-même. Ce maquillage consiste : pour les chevaux poussifs, à leur administrer, sous le nom de potion, une affreuse drogue qui les guérit… pendant un jour ou deux ; pour les chevaux couronnés, à coller sur leurs genoux des poils de chevaux morts ; pour l’assortiment d’un attelage, dans l’emploi de la teinture. Il y a encore le limage des dents, la taille des oreilles et une foule d’autres supercheries inspirées par les circonstances et l’état de la bête.

Maquilleuse de brèmes

France, 1907 : Tireuse de cartes. C’est généralement une procureuse pour les deux sexes.

Maquilleuse de brêmes

Virmaître, 1894 : La tireuse de cartes. Il en existe de célèbres dans le monde des filles. Elles font des recettes fructueuses. La maquilleuse de brêmes ne se borne pas à tirer les cartes, elle procure pour les deux sexes. Généralement, c’est une ancienne fille sur le retour qui ne peut plus peloter que le valet de cœur (Argot des filles).

Maquyer ou maquiller un truque

Clémens, 1840 : Faire un état.

Masquer en alezan

France, 1907 : Peindre un cheval pour tromper les acheteurs. Terme de maquignon. Voir Maquiller un gayet.

Môme d’altèque

Delvau, 1866 : s. m. Adolescent, — dans le même argot [des voleurs].

Virmaître, 1894 : Jeune homme beau et efféminé que l’on rencontre vêtu d’un ça ne te gêne pas dans le parc (veston), d’un pantalon collant gris clair, d’une cravate voyante à larges bouts, et maquillé la plupart du temps, On le rencontre dans la galerie d’Orléans, au Palais-Royal, ou au passage Jouffroy. Ce n’est pas l’omnibus qu’il attend. On les nomme aussi chouard en souvenir du fameux procès Germiny (Argot du peuple). N.

Momir

Larchey, 1865 : Accoucher d’un môme.

Ma largue aboule de momir un momignard d’altèque qu’on trimbalera à la chique à six plombes et mèche pour que le ratichon maquille son truc de la morgane et de la lance.

(Vidocq)

Rigaud, 1881 : Accoucher. — Momir pour l’aff, accoucher avant terme ; par allusion aux fœtus conservés dans l’alcool, l’aff. La variante est : Décarrer du crac.

Mouchettes (des) !

Delvau, 1866 : Exclamation de refus, de la même famille que Des navets ! Du flan ! etc.

France, 1907 : Équivalent de : du flan ! des navets ! des nèfles ! et autres parisianismes pétillants d’esprit.

À 8 heures, tu te lèveras. Après t’être bien et dûment maquillée, tu descendras tes quatre étages en passant rapidement devant la loge de ton concierge. S’il t’arrête au passage et te la souhaite bonne et heureuse, tu lui répondras : Je la connais, ce n’est pas à moi qu’on la fait celle-là ; des mouchettes !

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Pacquelin

Vidocq, 1837 : s. m. — Pays.

Rigaud, 1881 : Pays. — Brème de pacquelin, carte de géographie. — Pacquelin du raboin, pays du diable, enfer.

Boutmy, 1883 : s. m. Pays natal. Mot emprunté à l’argot des voleurs.

Un suage est à maquiller la sorgue dans la tolle du ratichon du pacquelin… — Un coup est à faire, la nuit dans la maison du curé du pays…

(Lettre d’un assassin à ses complices)

C’est donc à tort que quelques-uns disent patelin.

La Rue, 1894 : Pays. Ville.

France, 1907 : Pays natal ; argot des voleurs. On dit communément et à tort patelin, puisque pacquelin est une dérivation du latin pagus, village. Brême de pacquelin, carte géographique ; le pacquelin du raboin, le pays du diable, l’enfer.

Papelard

d’Hautel, 1808 : Fourbe, hypocrite, faux dévot.

Vidocq, 1837 : s. m. — Papier.

Halbert, 1849 : Papier.

Larchey, 1865 : Papier (Vidocq). Corruption de mot.

Delvau, 1866 : s. m. Papier, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu coudre une désinence de fantaisie au papel espagnol.

Rigaud, 1881 : Papier ; de l’espagnol papel.

La Rue, 1894 : Papier. Tout papier imprimé vendu par le camelot dans la rue.

Rossignol, 1901 : Marchand de journaux.

Hayard, 1907 : Papier.

France, 1907 : Papier ; argot des voleurs. « Maquiller le papelard », écrire. Tout papier imprimé vendu par les camelots dans la rue est appelé papelard.

anon., 1907 : Papier.

Peinturlurer (se)

Delvau, 1866 : Se maquiller.

Picton

Ansiaume, 1821 : Vin.

Le picton est mâte. Nous étions tous de chérence.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Boisson.

Vidocq, 1837 : s. m. — Vin.

Clémens, 1840 / un détenu, 1846 : Vin.

Delvau, 1866 : s. m. Vin bleu, sûret, — dans l’argot du peuple, qui se pique la langue et le nez en en buvant, surtout comme il en boit. « Il en boit comme un Poitevin, » dirait un étymologiste en s’appuyant sur les habitudes d’ivrognerie qu’on prête aux Pictones.

Rigaud, 1881 : Petit vin nouveau.

Vive le picton, Le picton a du bon.

(Louis Huart, Ulysse ou les porcs vengés)

Un coup d’picton / Moi je m’en fiche / Il faut que j’liche / Un coup d’picton, / J’aime bien mieux l’huil’ que l’ coton.

(B. Dorilas, Un coup de picton)

France, 1907 : Vin. C’est avec le vin qu’on se pique le nez. Le jus de la treille a dans la langue des ouvriers et des voleurs nombre de qualificatifs dont voici les principaux : bleu, petit bleu, gros bleu, briolet, ginglet, ginglard, huile, pive, pivois, vinasse, etc.

Encore un coup d’picton,
La mère Gaspard, il n’est pas tard,
Encore un verre ;
Encore un coup d’picton
Pour nous mettre à la raison.

(Vieille chanson)

Soiffans picton sans lance,
Pivois non maquillé.

(Chanson argotique)

Pivois ou pive

Delvau, 1866 : s. m. Vin, — dans l’argot des voleurs, qui l’appellent ainsi peut-être parce qu’il est rouge comme une pivoine, ou parce qu’il est poivré comme l’eau-de-vie qu’ils boivent dans leurs cabarets infects. En tout cas, avant de leur appartenir, ce mot a appartenu au peuple, qui le réclamera un de ces jours. Pivois maquillé. Vin frelaté. Pivois de Blanchimont. Vin blanc. On dit aussi Pivois savonné. Pivois citron. Vinaigre.

Raccrocheur

France, 1907 : Pédéraste qui, à l’instar de la raccrocheuse cherche et attire les individus adonnés à la sodomie.

J’ai vu, je ne sais plus où, qu’au témoignage d’un ex-préfet de police, le nombre des sodomistes, à Paris seulement, n’était pas inférieur à cent mille. La prostitution masculine tend de jour en jour à rivaliser l’autre ; c’est un fait établi par des rapports secrets, officiels. Les raccrocheurs, à mesure qu’augmente leur nombre, deviennent, d’ailleurs, plus audacieux ; ils disputent presque ouvertement la place, dans certains quartiers, aux filles du trottoir et des jardins publics ; maquillés, au reste, comme des filles, du noir aux yeux comme elles et, comme elles, faisant valoir, par une façon rythmée de se balancer en marchant, des… croupes que plus d’une pourrait leur envier.

(Léopold Lacourt, Gil Blas)

Ratiboiseur de cabot

Virmaître, 1894 : Voleur de chiens. C’est une industrie toute spéciale, elle est florissante au printemps quand les chiennes sont amoureuses. Les chiens une fois volés, sont tondus, maquillés pour les rendre méconnaissables, puis expédiés en Angleterre à une association affiliée aux voleurs parisiens. Ce vol est des plus simples, il faut être deux pour l’accomplir. Pendant que l’un fait la cour à la bonne qui promène Tom ou Mirza, le complice profite de son inattention, il enlève le cabot (Argot des voleurs). N.

Remaquiller

Vidocq, 1837 : v. a. — Refaire.

Rigaud, 1881 : Refaire.

France, 1907 : Refaire ; argot populaire.

Repousser du goulot

Fustier, 1889 : V. Delvau : Repousser du tiroir.

Virmaître, 1894 : Puer de la bouche. L’image est typique ; ceux qui sont affligés de cette infirmité repoussent en effet tous ceux qui les approchent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Sentir mauvais de la bouche. Entre artistes de la Comédie-Française : « Dis donc, X…, vous dites toutes que je repousse du goulot à tuer les mouches à quinze pas ; en voilà une qui est sur ma glace pendant que je me maquille, elle ne bouge pas. — Oh ! oui, ma chère, ça se comprend, tu n’as sans doute pas vu que c’était une mouche à m… iel. »

Hayard, 1907 : Avoir mauvaise haleine.

France, 1907 : Avoir mauvaise haleine, On dit aussi repousser du Parlement, du tiroir.

Mon n’veu, agent qui s’enivre,
Repousse le populo ;
Ma nièce, au concert, pour vivre,
Pousse un refrain rigolo ;
Mon p’tit frèr’ repouss’ du cuivre,
Ma sœur repouss’ du goulot.

(Sulbac)

Sans cœur

Vidocq, 1837 : s. m. — Usurier des bagnes et des prisons.
Il y a dans toutes les corporations d’hommes, quelque misérables qu’elles soient, des individus qui savent toujours tirer leur épingle du jeu, et mener bonne et joyeuse vie lorsque leurs compagnons meurent de faim. Les Sans Cœur sont de ceux-là. Soit au bagne, soit dans une maison centrale, leurs poches sont toujours très-bien garnies ; tous sortent du bagne ou de la prison plus riches qu’ils n’y sont entrés ; quelques-uns même y acquièrent une jolie fortune, et parmi ceux-là je dois citer un individu nommé Pantaraga, qui habitait au bagne de Toulon la salle no 3.
Cet homme joignait au métier d’usurier celui de restaurateur des forçats, et quoiqu’il fût obligé, pour conserver son privilège, de traiter gratis et bien MM. les comes, sous-comes et argousins, il sortit du bagne, après y avoir fait un séjour de 24 ans, avec un capital de 40,000 francs.
Pantaraga, il est vrai, avait plus d’une corde à son arc. Les forçats, quelles que soient les sommes qu’ils reçoivent de leur famille, ne peuvent, dans aucun cas, toucher plus de dix francs par mois, Pantaraga, restaurateur breveté du bagne, se chargeait volontiers d’aller toucher une plus forte somme au bureau du commissaire du bagne ; le forçat lui faisait, par exemple, un bon de 20 francs pour nourriture fournie, Pantaraga lui en remettait dix et en gardait dix pour lui. De cette manière le forçat pouvait jouer ou s’énivrer à loisir.
Il n’y a pas de petits métiers en prison, et l’on peut dire avec raison des Sans-Cœur, qu’ils savent mieux que personne ce que peut rapporter par minute un écu bien placé. Dans toutes les prisons, et notamment dans les prisons de la Seine, les Sans-Cœur exercent paisiblement leur infâme métier sous les yeux des agens de l’autorité ; ils prêtèrent par exemple 6 francs à celui qui aura dissipé en un seul jour ce que ses parens ou ses amis lui auront remis pour une semaine, à la charge par ce dernier de rendre 6 francs à l’époque convenue, et de laisser pour servir de nantissement sa redingotte ou son habit entre leurs mains.
Dans les maisons centrales, les Sans-Cœur avancent aux travailleurs, le dimanche, moitié du prix du travail de la semaine suivante, et touchent le prix total à leur lieu et place.
L’industrie des Sans-Cœur ne sert qu’à favoriser toutes les passions mauvaises, l’intempérance, le jeu, etc., etc. ; elle ne rend aucun service aux malheureux détenus, aussi l’autorité ne saurait employer, pour la réduire à néant, des mesures trop énergiques.
Je ne sais si je ne dois pas classer dans la catégorie des Sans Cœur les princes, les ducs et les barons de la volerie, ceux qui méritent à tous égards le titre d’Archi-Suppôt de la Haute Pègre ; en un mot, ceux que la loi n’atteint jamais. Plus adroits que leurs rivaux, ils jouissent du fruit des Chopins qu’ils ont maquillé sans crainte de la Raille des Quarts d’Œil, et des Gerbiers. Ils sont à la vérité trop haut placés pour qu’on puisse les atteindre.
J’ai promis, il est vrai, au public, de faire connaître à mes lecteurs tous les trucs et tous les voleurs. Mais puis-je raisonnablement me permettre de débiner les Grinches titrés et chamarrés de rubans de toutes les couleurs ? Je ne le crois pas. Ces Messieurs sont assez riches, et par conséquent assez puissans pour m’enflaquer à la Lorcefée si je me permettais de jaspiner sur l’orgue ; et s’il en était ainsi, les voleurs roturiers, qui du reste ne m’aiment guère, pourraient bien me tomber sur l’andosse, et me coquer du tabac pour me punir de les avoir compromis avec des hommes indignes de leur être comparés. Je crois déjà les entendre me crier aux oreilles : « Nous sommes voleurs, c’est vrai, mais nous ne sommes point dépourvus d’entrailles ; hors le métier, nous sommes quelquefois humains, généreux, bons pères, bons époux, bons amis, pourquoi donc établir une comparaison entre nous et les fripons qui pullulent dans les salons du grand monde. »
Je me contenterai donc d’avoir vu et entendu. Chacun au reste peut en faire autant que moi.

Savonnage

France, 1907 : Plaidoirie.

France, 1907 : Truc de certains lutteurs forains, principalement des lutteurs américains, qui consiste à se savonner le corps de façon que l’adversaire n’ait pas de prise.

L’Américain s’est savonné le torse à la dernière lutte, Sur cette panse de lard, les mains n’ont aucune prise. Si on ne tombe pas au bout de cinq minutes, on n’arrive à rien. Il était « maquillé » de sueur et de savon…

Se débiner

Larchey, 1865 : Disparaître.

Quant à moi, je maquille une aff après laquelle j’espère me débiner pour m’éloigner de la rousse.

(Patrie du 2 mars 1852)

Sidonie

France, 1907 : Tête de carton ou de bois sur laquelle les modistes ajustent leurs chapeaux et les coiffeurs leurs perruques. Mannequin de couturière.

De toutes les personnes peu accoutumées à la vertu quotidienne, il n’y en a guère qui le soient moins que les vieilles ou jeunes dames qui, maquillées jusqu’a la ressemblance parfaite avec les sidonies des coiffeurs de banlieue et trainant des robes louées par la marchande à la toilette, où s’accrochent des diamants prêtés par l’entremetteuse, se promènent dans les promenoirs des music-halls ou des jardins où l’on danse.

(Catulle Mendès)

Soûlasse (la grande)

Rigaud, 1881 : L’assassinat ; l’habitude de l’assassinat. — Maquiller la grande soulasse, faire le métier d’assassin.

Suage

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Torture. Mettre en suage, faire subir des tortures.

Vidocq, 1837 : s. m. — Chauffage.

Larchey, 1865 : Assassinat.

Nous voulons bien maquiller le suage de ton rochet, mais à la condition de tout connir. Il n’y a que les refroidis qui ne rapliquent nibergue.

(Vidocq)

Faire suer : Assassiner. — Mot à mot : Faire suer du sang. — V. Chêne.

Delvau, 1866 : s. m. Assassinat, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi Chauffage.

Rigaud, 1881 : Assassinat. — Maquiller un suage, combiner un assassinat.

La Rue, 1894 : Assassinat. Torture. Mettre en suage, brûler les pieds.

France, 1907 : Assassinat. Mettre en suage, c’était, dans l’argot des chauffeurs, faire griller les pieds de la victime.

Si j’avais refroidi tous les garnafiers que j’ai mis en suage, je n’aurais pas le taf aujourd’hui.

(Vidocq)

Tableau (vieux)

France, 1907 : Vieil homme fardé, vieille femme maquillée.

Elle m’avait paru charmante à la lumière des cierges, mais quand au matin les rayons de soleil pénétrèrent dans la chambre, je m’aperçus avec dégoût que ce n’était qu’un vieux tableau.

(Confessions de l’abbé Ledru)

Tête (faire sa)

Larchey, 1865 : Prendre de grands airs.

Tu y gagnes d’avoir l’exercice une fois de plus par jour pour apprendre à faire ta tête.

(Vidal, 1833)

Rigaud, 1881 : Faire des embarras ; prendre des airs importants.

Ça veut faire sa tête et ça ne sait pas seulement lire.

(V. Rozier, Les Bals publics à Paris)

France, 1907 : Prendre des airs importants, faire le glorieux.

Y’a t’y rien qui vous agace,
Comme un’ levrette en pal’tot !
Quand y’a tant de gens su’la place
Qui n’ont rien à s’mett’ su’l’dos ?
J’ai l’horreur d’ces p’tit’s bêtes,
J’aim’ pas leurs museaux pointus,
J’aim’ pas ceux qui font leur tête
Pass’ qui z’ont des pardessus.

(Auguste de Chatillon, La Levrette en paletot)

Faire une tête, ne pas paraître content.

— Allons, Mignonne, ne me fais pas ainsi une tête, tu me navres. Que veux-tu que je fasse pour toi ? — Me foutre la paix !

(Les Propos du Commandeur)

Se faire une tête, se maquiller.

Les gens comme moi ont par moments d’irrésistibles besoins de franchise. On ne peut pas pendant de longues années se faire laborieusement une tête et jouer la comédie sans se sentir heureux de se montrer quelquefois, tel que l’on est, à un homme d’esprit ; c’est un repos nécessaire.

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Travailler, tripoter, graisser le carton

Larchey, 1865 : Jouer aux cartes. — Maquiller le carton : Faire sauter la coupe.

Trinquer

Fustier, 1889 : Ce verbe, qui, dans l’argot, a le sens propre de être battu, s’emploie aussi au figuré comme synonyme de : être malmené, être tancé.

Il faut que M. B… (qui a fortement trinqué dans cette séance) et les actionnaires résilient leurs baux.

(Intransigeant, sept. 1888)

La Rue, 1894 : Recevoir des coups. Être malmené.

Virmaître, 1894 : Boire en choquant son verre. Trinquer : recevoir une volée (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Recevoir des coups ou des réprimandes.

Hayard, 1907 : Être battu.

France, 1907 : Être battu, recevoir des horions.

— Ah ! tu cherches à me prendre mon amant de cœur et tu viens me faire des propositions malhonnêtes !… Assez, charogne… Hors d’ici ou tu vas trinquer.

(Dubut de Laforest)

France, 1907 : Être l’innocente victime.

C’est presque toujours ainsi que ça se pratique dans les tueries : des pauvres diables qui ont laissé passer l’insurrection sans se mettre pour ou contre, sont choppés par les réacs et fusillés ou assommés sans pitié.
On a vu ça après la Commune ; si on pouvait faire le calcul, on trouverait que parmi les 35.000 victimes de la Semaine Sanglante, la moitié au moins étaient restés chez eux.
Cela prouve que c’est un mauvais calcul de s’abriter sous un bonnet de coton, en temps de guerre civile : on trinque quand même ! Et on n’a pas la satisfaction d’être escoffié pour quelque chose.

(Le Père Peinard)

C’matin, en r’venant d’la corvée
Comm’ j’croustillais mon biscuit,
V’là qu’tout à coup dans la chambrée
Rentre l’adjudant qui me dit :
« Ousqu’il est donc l’margis d’semaine ?
— J’sais pas, que j’réponds, mon leut’nant,
— Sais pas, m’ferez deux jours pour la peine. »
Y a pas, c’est moi que j’trinque tout l’temps.

(Th. Ailllaud)

France, 1907 : Payer pour les autres.

Des fois, je reçois un’ lettre chargée
Avec une pièce de trois francs ;
Alors faut voir á la chambrée
Les copains m’fair’ des boniments,
Pis à la cantine on m’entraîne,
On boit des schnicks, des mazagrans,
Et l’on m’dit : À la tienne, Étienne !
Et pis c’est moi qui trinque tout l’temps.

(Th. Aillaud)

France, 1907 : Perdre.

— Le trèfle gagne. Trop petit, bibi, t’as mal maquillé ton outil. V’là celle qui perd. J’ai trinqué, c’est pas gai. V’là celle qui gagne. La v’là encore. Du carreau, c’est pour ton veau. Du cœur, c’est pour ta sœur. Et v’là la noire !

(Jean Richepin)

Truc (débiner le)

Rigaud, 1881 : Révéler le secret d’un métier, les ruses d’un métier, la manière d’opérer.

Je vois que vous êtes du métier : ne débinez pas le truc.

(G. Escudier, Les Saltimbanques)

Maquiller le truc, organiser une affaire.

France, 1907 : Dévoiler le secret.

… Vous prenez un de ces vases d’élection et vous y jetez un petit carnet de coulissier bien gras ; puis vous en fermez le couvercle et vous le laissez fermenter dans un coin sans y penser davantage : tous les cinq ans, vous l’ouvrez, et avec une cuillère à pot, vous en ramenez de la représentation nationale, soit une infinité de petits députés députants, de petits sénateurs sénatorisants qui, au moindre rayon de soleil, grandissent en dansant et deviennent des ministres ministrants tels que nous, que dis-je, des candidats à la présidence, pour ensuite se répandre et pulluler dans l’administration, les postes lucratifs, les fonctions honorifiques, les consulats, ambassades et perceptions. Et voilà, Messieurs et Mesdames, tel est le truc du système et le système du truc. Nous avons l’honneur de vous le débiner, afin que vous sachiez par quoi nous avons remplacé les vagues régimes, monarchies ou empires…

(Émile Bergerat)

Vanage

Rigaud, 1881 : Piège. — Maquiller un vanage, amorcer une dupe en lui laissant gagner une ou deux parties, — dans le jargon des grecs.

La Rue, 1894 : Piège.

Vannage

Delvau, 1866 : s. m. Piège, amorce, — dans l’argot des voleurs. Faire un vannage. Allécher par un petit profit l’homme qu’on se réserve de dépouiller.

Virmaître, 1894 : Tendre un piège, amorcer un individu par des promesses alléchantes pour le duper plus facilement. M. Loredan Larchey dit que c’est une comparaison de l’escroc au meunier qui lâche un peu d’eau de sa vanne pour faire tourner le moulin (Argot des voleurs).

France, 1907 : Amorce, embûche, piège. Maquiller un vannage, amorcer un dupe ; attirer dans un piège.

Vieille garde

Rigaud, 1881 : Vieille courtisane. (H. Meilhac) Celle-là se rend et ne meurt pas.

La Rue, 1894 : Femme galante âgée.

France, 1907 : Courtisane vieille, prostituée hors d’âge.

Il pouvait citer tel et tel, des noms, des gentilshommes de sang plus bleu que le sien aujourd’hui collés légitimement et très satisfaits, et pas reniés du tout, avec de vraies roulures, avec des vieilles gardes !

(Jean Richepin, La Glu)

L’allée de droite était appelée : l’Allée du Commerce, celle de gauche, à peine éclairée à cause de la galerie qui surplombait, avait été baptisée : Allée de la Grande Armée ; cette dénomination était admirablement justifiée ; tout ce que Paris comptait de vieilles gardes s’y rencontraient chaque soir. Rien n’était plus horrible à voir que cet assemblage de ruines, paraissant encore quelque chose grâce à des artifices de tous genres, vêtues comme si elles avaient vingt ans, maquillées d’une façon épouvantable, se tenant à peine sur leurs vieilles jambes, souriantes malgré cela, agaçant les jeunes gens. Ah ! c’étaient de rudes travailleuses ! Mais quelle devait être la désillusion des malheureux qui se laissaient entraîner par elles quand ils s éveillaient le lendemain : ils s’étaient couchés avec une jeune fille, ils se réveillaient avec une grand’mère, plus horrible cent fois que la plus horrible des sorcières.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Vieillisseuse

Fustier, 1889 : « J’ai fait la connaissance d’une vieille femme qui exerce aujourd’hui la profession de vieillisseuse… nos boulevards, vous le savez, sont sillonnés de petites marchandes d’amour que leur extrême jeunesse expose souvent aux indiscrétions de la police… A l’aide de certains onguents, elle (la vieillisseuse) parvient à donner aux traits trop tendres des gamines l’expression d’un visage de 18 à 25 ans. »

(Figaro)

France, 1907 : Proxénète qui attire et maquille les jeunes filles mineures de façon à les faire paraître majeures, à cause non des clients, mais de la police.

— Tante Pascaline a pris la suite des affaires et les recettes d’une vieille amie à elle qui lui voulait du bien. Elle est vieillisseuse. Ça ne vous dit rien, cette profession-là ? Je vais vous l’expliquer… Grâce à elle, à ses drogues, à ses maquillages, les petites précoces et vicieuses, les premières communiantes d’amour que les vieux prudents renvoient si souvent à l’école, peuvent tenter le coup, se lancer, trouver chaussure à leur pied… Elle les métamorphose en un mois, éteint le rose trop violent de leurs joues, cerne leurs yeux, leur donne une apparence de lassitude, pétrit si bien leurs doux visages de fillettes qu’on leur donnerait au moins dix-sept ans… Et les libertins qu’affriande a chair à peine nubile, mais qui redoutent comme la peste les chantages, les descentes de police, les surprises, les toiles d’araignées d’où l’on ne sait comment s’évader, s’y laissent piper, se figurent que ces bouquetières qui leur épinglent un œillet à la boutonnière en se haussant sur la pointe des bottines, que ces faux trottins dont ils emboitent le pas dans les rues désertes, le soir, et dans les passages lointains ; que ces primeurs que leur vendent les proxénètes ont presque l’âge réglementaire, ne sauraient leur attirer aucun désagrément.
— Et cela lui rapporte, ce métier bizarre ?
— Dans les quinze mille par an…

(Champaubert)

Vif (faire le)

France, 1907 : Se dit des ouvrières en plumes qui maquillent les têtes et les ailes d’oiseaux.

S’il est un turbin où les femmes sont salement exploitées, c’est sûrement dans les fleurs et les plumes.
Les boîtes où se fignolent les panaches que les catins de la haute se collent sur la tronche sont d’infects foyers de mort. Les pauvrettes qui, pendant dix heures consécutives, turbinent dans ces ateliers respirent la poison à pleins poumons ; les plus à plaindre sont celles qui font ce qu’on appelle le vif, c’est-à-dire celles qui maquillent des ailes ou des têtes d’oiseaux, car des restants de peau y adhérent encore et ça emboucane salement.

(Le Père Peinard)

Vingt-deux

Vidocq, 1837 : s. m. — Couteau. Terme des voleurs flamands et hollandais.

Clémens, 1840 : Épée, couteau.

M.D., 1844 : Un poignard.

un détenu, 1846 : Couteau.

Halbert, 1849 : Un couteau.

Delvau, 1866 : s. m. Poignard, — dans l’argot des voleurs. Jouer du vingt deux, Donner des coups de poignard.

Rigaud, 1881 : Poignard, — dans l’ancien argot.

Merlin, 1888 : Couteau, — de l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Poignard.

Virmaître, 1894 : Couteau. Jouer la vingt-deux, donner des coups de couteau. Vingt-deux : les deux cocottes. Vingt-deux : quand le compagnon placé le plus près de la porte voit entrer le prote dans l’atelier de composition, il crie :
— Vingt-deux ! Synonyme d’attention. Quand c’est le patron, il crie :
— Quarante-quatre ! En raison de l’importance du singe, le chiffre est doublé (Argot d’imprimerie). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Contremaître ; surveillant. Argot des voleurs.

France, 1907 : Couteau. Jouer du vingt-deux, donner des coups de couteau. Argot des rôdeurs ; allusion aux 22 sous, prix du couteau.

Nous avons voulu maquiller à la sorgue chez un orphelin, mais le pantre était chaud ; j’ai vu le moment où il faudrait jouer du vingt-deux et alors il y aurait eu du raisinet.

(Mémoires de Vidocq)

Moi, j’suis gonzesse d’loucherbème,
Un soir qu’à m’f’ra trop lierchème,
J’y fous mon vingt-deux dans la peau.

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Deux agents (cri d’alerte).

Vioch

Virmaître, 1894 : Vieillard. Vieux galantin qui se croit toujours jeune, qui se maquille comme une vieille roue de carrosse pour faire croire que le bon Dieu l’a oublié et qu’il n’a pas neigé sur sa chevelure… quand il a des cheveux (Argot des filles). N.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique