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Abbesse

Delvau, 1864 : Grosse dame qui tient un pensionnat de petites dames à qui on n’enseigne que les œuvres d’Ovide et de Gentil-Bernard : autrement dit Maîtresse de bordel, — le bordel étant une sorte de maison conventuelle habitée par d’aimables nonnains vouées, toutes au dieu de Lampsaque.

Lorsque tu vas rentrer, ton abbesse en courroux
Te recevra bien mal et te foutra des coups.

(Louis Protat)

Fustier, 1889 : Maîtresse d’une maison de tolérance. On dit plus communément : Madame.

La Rue, 1894 : Maîtresse d’une maison de tolérance.

Virmaître, 1894 : Maîtresse d’une maison de tolérance. Allusion aux filles qui sont cloîtrées comme dans un couvent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Tenancière d’une maison à gros numéro où les pensionnaires sont cloitrées et reçoivent la visite d’hommes, le plus possible.

France, 1907 : Matrone d’une maison de tolérance qu’on désignait aussi sous le nom de couvent. On dit également mère abbesse, ce que les gens polis appellent comme elles dames de maisons.

Les dames de maisons ne sont, de fait, que des prostituées qui en réunissent d’autres ; si elles n’appartiennent pas à la classe des prostituées lorsqu’elles demandent leur livret, la demande de ce livret équivaut à un véritable enregistrement parmi les prostituées. Si elles allèguent que, pour tenir des prostituées, elles ne se prostituent pas elles-mêmes, quelle garantie peut donner de cette allégation l’état auquel elles se vouent ? Il y a faculté implicite pour elles de tirer parti de leur personne, comme elles le font des femmes qu’elles régissent, sans qu’elles puissent donner aucune garantie du contraire. Tous les peuples civilisés ont, d’un commun accord, placé les prostituées en dehors de la loi commune. Mais quelle est la plus coupable de celle qui se prostitue pour ne pas mourir de faim, ou de celle qui, par calcul, par avarice, prostitue les autres, et emploie pour cela les moyens les plus iniques, les plus immoraux, les plus infâmes, ceux enfin qui répugnent le plus aux règles de ce sentiment intérieur que la nature place dans le cœur de tous les hommes ? Que l’on consulte à cet égard l’opinion du public, et l’on verra que s’il y a une différence entre une dame de maisons et ses tristes victimes dans le mépris qu’il leur porte, l’avantage ne se trouve pas du côté de la première. Or, en cela, comme dans beaucoup d’autres choses, le jugement du public doit être notre règle ; j’ai sondé à ce sujet l’opinion de ceux qui ont étudié ce qui regarde la prostitution et j’ai trouvé dans tous mépris profond pour les dames de maisons, et mépris adouci par la commisération pour les prostituées.

(Parent-Duchâtelet, De la prostitution dans la ville de Paris)

On disait au siècle dernier Appareilleuse (Voir Maquerelle).

Ils furent de là prendre des courtisanes chez une appareilleuse.

(La France galante)

Aimer à crédit

Delvau, 1866 : v. a. Être l’amant de cœur d’une femme entretenue, — dans l’argot de Breda-Street, où cependant,

Tout en chantant Schubert et Weber,
On en vient à réaliser
L’application de l’algèbre
À l’amour, à l’âme, au baiser.

On dit aussi Aimer à l’œil.

Virmaître, 1894 : Être l’amant de cœur d’une femme. Ne la payer qu’en nature. De la famille des maquereaux (Argot des filles).

Aller en remonte

France, 1907 : Terme des dames de maisons, alias maquerelles, pour indiquer qu’elles renouvellent leur personnel.

— Je vais vous dire ce que, dans notre profession, signifie aller en remonte. Les mêmes personnes ne peuvent pas toujours rester dans la même maison ; au bout de quelque temps on les a trop vues, et ce que le client demande avant tout, c’est du nouveau. Alors on fait des échanges avec les confrères. Par exemple, je vois une dame qui me plaît chez Mme Séraphin : eh bien ! je paie sa dette, et je la prend chez moi, contre une autre que je donne à mon tour, me faisant payer, moi aussi, bien entendu. Nous agissons de même avec la province. Toujours une femme a contracté des dettes dans l’établissement qu’elle quitte, c’est très rare autrement, je ne sais même pas si le contraire s’est jamais vu.

(Louis Davyl, 13, rue Magloire)

Alphonse

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’homme qui est devenu — dans l’argot des filles — celui de tous les hommes assez peu délicats pour se laisser aimer et payer par elles.

Rigaud, 1881 : Joli jeune homme qui reçoit de l’argent des femmes séduites par sa beauté et ses complaisances. Type d’un personnage d’une comédie de M. Dumas fils. Fort à la mode un moment, le mot a déjà vieilli. Alphonse de barrière. Souteneur de barrière. Le nom d’Alphonse, pour désigner un homme qui vit des générosités d’une femme, paraît être bien antérieur à la comédie de M. Dumas fils. Il y a une vingtaine d’années, il devait avoir cours au quartier latin, s’il faut en croire l’exemple suivant :

L’an dernier, elle avait un Alphonse pour lequel elle travaillait du matin au soir et souvent du soir au matin. L’Alphonse est parti.

(Petits Mystères du quartier latin, 1800)

La Rue, 1894 : Souteneur.

Virmaître, 1894 : Souteneur. On a attribué cette expression à M. Alexandre Dumas qui en a fait le titre d’une pièce ; elle était connue depuis plus de vingt ans par la chanson si populaire de Lacombe : Alphonse du Gros-Caillou (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Homme qui vit de la prostitution.

France, 1907 : Homme entretenu par une femme galante ; amant, ou, comme on disait autrefois, ami de cœur.
Ce surnom vient d’une pièce qu’Alexandre Dumas fit représenter au Gymnase sous le titre : Monsieur Alphonse, et dont le héros était précisément de la catégorie de ceux que le XVIIIe siècle appelait Greluchons.
Les allemands défigurent le personnage sous le nom de Louis ; les Anglais sous celui de Sunday-man, l’homme du dimanche, parce que la dame, qui se repose ce jour-là, le lui consacre entièrement.
On dit aussi Arthur, mais il y a une différence. L’Alphonse est celui qui est payé, l’Arthur se contente de ne rien donner. On les appelle aussi dos, dauphin, barbeau, chevalier de la guiche, marlou, maquereau, mac, poisson, etc. — Voir Poisson.

Tout homme qui ne se ruine pas pour une femme est un Alphonse, et quand un homme s’est ruiné, il y a bien des chances pour qu’il le devienne.
Tel est l’horrible dilemme dans lequel se débat la pauvre humanité.

(Henriette de Barras)

Amant de cœur

Delvau, 1864 : Greluchon, maquereau, homme qui, s’il ne se fait pas entretenir par une femme galante, consent cependant à la baiser quand il sait parfaitement qu’elle est baisée par d’autres que lui : c’est, pour ainsi dire, un domestique qui monte le cheval de son maître. Il y a cette différence entre l’amant simple et l’amant dit de cœur que le premier est un fouteur qui souvent se ruine pour sa maîtresse, et que le second est un fouteur pour lequel sa maîtresse se ruine quelquefois — quand il la fout bien. Aussi devrait-on appeler ce dernier l’amant de cul, le cœur n’ayant absolument rien voir là-dedans.

Larchey, 1865 : Les femmes galantes nomment ainsi celui qui ne les paie pas ou celui qui les paie moins que les autres. La Physiologie de l’Amant de cœur a été faite par Marc Constantin en 1842. Au dernier siècle, on disait indifféremment Ami de cœur ou greluchon. Ce dernier n’était pas ce qu’on appelle un souteneur. Le greluchon ou ami de cœur n’était et n’est encore qu’un amant en sous-ordre auquel il coûtait parfois beaucoup pour entretenir avec une beauté à la mode de mystérieuses amours.

La demoiselle Sophie Arnould, de l’Opéra, n’a personne. Le seul Lacroix, son friseur, très-aisé dans son état, est devenu l’ami de cœur et le monsieur.

(Rapports des inspecteurs de Sartines)

Ces deux mots avaient de l’avenir. Monsieur est toujours bien porté dans la langue de notre monde galant. Ami de cœur a détrôné le greluchon ; son seul rival porte aujourd’hui le non d’Arthur.

Delvau, 1866 : s. m. Jeune monsieur qui aime une jeune dame aimée de plusieurs autres messieurs, et qui, le sachant, ne s’en fâche pas, — trouvant au contraire très glorieux d’avoir pour rien ce que ses rivaux achètent très cher. C’est une variété du Greluchon au XVIIIe siècle. On disait autrefois : Ami de cœur.

La Rue, 1894 : L’homme aimé pour lui-même, par opposition à l’homme aimé pour son argent.

Aquarium

Rigaud, 1881 : Réunion de souteneurs. — Estrade d’un bal public de Paris qui leur est affectée.

La Rue, 1894 : Réunion de souteneurs.

Virmaître, 1894 : Lieu où se réunissent les souteneurs. Allusion aux poissons. Aquarium : La Chambre des députés. Cette expression n’est pas très polie pour ces messieurs, qui assurément ne sont pas tous des poissons, mais comme elle est d’origine anarchiste, elle ne surprendra personne (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Débit ou établissement fréquenté par les souteneurs : aquarium à maquereaux.

France, 1907 : Endroit où se réunissent les souteneurs ou poissons.

Arlequin

d’Hautel, 1808 : Un habit d’arlequin. On appelle ainsi et par mépris, un enfant né d’un commerce illicite ; une composition de toutes sortes de pièces qui n’ont aucun rapport entr’elles ; un habit racommodé de morceaux de diverses couleurs.

Larchey, 1865 : Rogatons achetés aux restaurants et servis dans les gargotes de dernier ordre.

C’est une bijoutière ou marchande d’arlequins. Je ne sais pas trop l’origine du mot bijoutier ; mais l’arlequin vient de ce que ces plats sont composés de pièces et de morceaux assemblés au hasard, absolument comme l’habit du citoyen de Bergame. Ces morceaux de viande sont très copieux, et cependant ils se vendent un sou indistinctement. Le seau vaut trois francs. On y trouve de tout, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux.

(Privat d’Anglemont)

Delvau, 1866 : s. m. Plat à l’usage des pauvres, et qui, composé de la desserte des tables des riches, offre une grande variété d’aliments réunis, depuis le morceau de nougat jusqu’à la tête de maquereau. C’est une sorte de carte d’échantillons culinaires.

Rigaud, 1881 : Épaves de victuailles recueillies pêle-mêle dans les restaurants, dans les grandes maisons, et débitées aux pauvres gens. La variante est : Bijou.

En effet, c’est une chose affreuse que les arlequins… une chose affreuse, puisqu’elle a empoisonné deux hommes, la semaine dernière, l’un en vingt-quatre heures.

(Le Titi, du 17 janv. 1879)

Ça un arlequin, la petit’ mère ! vous vous foutez de moi… c’est tout au plus du dégueulis.

La Rue, 1894 : Reste de victuailles des maisons bourgeoises et des restaurants.

Rossignol, 1901 : Rogatons divers ramassés dans les restaurants et vendus dans les marchés aux malheureux ; arlequin, parce que du poisson peut être mêlé avec du lapin ou autres victuailles.

France, 1907 : Assemblage de restes achetés dans les restaurants par les gargotiers de dernier ordre et provenant de la desserte des tables. On y trouve de tout, dit P. d’Anglemont, depuis le poulet truffé et le gibier jusqu’au bœuf aux choux.

Autrefois chez Paul Niquet
Fumait un vaste baquet
Sur la devanture,
Pour un ou deux sous, je croix,
On y plongeait les deux doigts,
Deux, à l’aventure,
Les mets les plus différents
Étaient là, mêlés, errants,
Sans couleur, sans forme,
Et l’on pêchait, sans fouiller,
Aussi bien un vieux soulier
Qu’une truffe énorme.

(Richepin, La Chanson des Gueux)

Arthur

Delvau, 1864 : Nom poli qu’on donne à l’amant de cœur d’une femme galante. C’est le chevalier à la mode de Dancourt.

Toute lorette, inévitablement, a son Arthur, comme toute fille publique son maquereau, comme toute pomme pourrie son ver.

(Baron Wodel)

Larchey, 1865 : Voir Amant de cœur.

Quant aux Arthurs de Ces Dames.

(Delvau)

Arthur : Homme à prétentions galantes.

Un haut fonctionnaire bien connu, membre d’une académie, Arthur de soixante ans.

(De Boigne)

Delvau, 1866 : Amant de cœur, — dans l’argot de Breda-Street.

France, 1907 : Amant de cœur d’une fille ou homme à bonnes fortunes.

Article (faire l’)

Delvau, 1864 : Se dit des maquerelles plantées le soir sur le seuil des bordels, qui essaient d’y faire entrer les passants en leur dépeignant rapidement, avec des couleurs un peu fortes mais saisissantes, les beautés diverses et les talents particuliers de leurs pensionnaires.

Tu resteras sur le seuil du bazar et tu feras l’article pour nos demoiselles.

(Lemercier)

Larchey, 1865 : Faire valoir une personne ou une chose comme un article de commerce.

Malaga ferait l’article pour toi ce soir.

(Balzac)

Examinez-moi ça ! comme c’est cousu ! — Ce n’est pas la peine de faire l’article.

(Montépin)

Être à l’article : Être à l’article de la mort, sur le point de mourir.
Porté, fort sur l’article : Enclin à la luxure.

Rigaud, 1881 : Faire valoir une marchandise, faire ressortir les qualités d’une personne. Le boutiquier et la fille s’entendent mieux que personne à faire l’article.

Astiquer

Delvau, 1864 : Faire l’amour, — dans l’argot des filles et des maquereaux, l’astic pour eux étant une épée, et l’épée piquant.

Larchey, 1865 : Nettoyer.

Quand son fusil et sa giberne sont bien astiqués.

(1833, Vidal)

Un troupier dira de bourgeois élégants : Ce sont des civils bien astiqués. La marine donne à ce mot de nombreux synonymes :

Peste ! maître Margat, vous avez l’air d’un Dom Juan… — Un peu, que je dis ! on a paré la coque… On s’a pavoisé dans le grand genre ! On est suifé et astiqué proprement.

(Capendu)

Astiquer : Battre.

Sinon je t’astique, je te tombe sur la bosse.

(Paillet)

Du vieux mot estiquer : frapper d’estoc ou de la pointe. V. Du Cange. — Nous croyons cette étymologie commune à l’autre sens. L’homme qui frappe droit exécute le même mouvement qu’un fourbisseur en exercice.

Fustier, 1889 : Fourbir, nettoyer, se pomponner.

C’est qu’on est un peu beau, mon vieux,
Quand on s’astique.

(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X)

Avoir quelqu’un

Delvau, 1864 : Avoir un entreteneur, un miché, quand on est fille ; avoir une maîtresse, être la maquereau d’une fille, quand on est homme — sans préjugés.

J’ai pas d’amant… veux-tu me l’êt’ ?… — Non. — Tas quéqu’un ?… — Oui ?… — N’en parlons plus.

(Henry Monnier)

Voilà ce qu’une femme qui se sent poursuivie devrait se dire à elle-même, à tous les moments du jour : Un tel me suit, il me cherche, je le trouve partout ; donc il veut m’avoir et me mettre sur sa liste.

(La Popelinière)

Une duchesse à l’œil noir
L’an passé voulut m’avoir.

(Béranger)

Baigne dans le beurre

La Rue, 1894 : Souteneur.

Virmaître, 1894 : On sait que le maquereau maître d’hôtel est appelé par les ménagères : la mort au beurre. Rothschild aussi baigne dans le beurre, mais par la richesse (Argot du peuple).

France, 1907 : Souteneur, par allusion au maquereau que l’on fait cuire généralement dans du beurre.

Baigne-dans-le-beurre

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion aux scombéroïdes du trottoir.

Rigaud, 1881 : Souteneur de filles. Allusion au beurre dont le maquereau est friand, à ce que prétendent les gourmets.

Baillive

Rigaud, 1881 : Nom donné anciennement à une maîtresse de maison de filles. Les variantes de l’époque étaient : Supérieure, maman, abbesse, maquerelle. La dernière a surnagé jusqu’à nous.

Balance de boucher

Delvau, 1864 : Fille publique, — parce qu’elle pèse toutes sortes de viandes, des quéquettes de jouvenceaux, des courtes de maçons, des pines d’Auvergnats et des vits de maquereaux.

Balancer sa largue

Delvau, 1864 : Se débarrasser de sa maîtresse, — dans l’argot des filles et des maquereaux.

Delvau, 1866 : v. a. Se débarrasser de sa maîtresse, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Renvoyer sa maîtresse, argot des voleurs ; — ses alènes, devenir honnête homme, se ranger ; — ses châsses, regarder à droite et à gauche.

Barbeau

Delvau, 1864 : Souteneur de filles ; membre de la grande famille des maquereaux — qui n’a rien de commun, que le nom, avec la grande famille des scombéroïdes.

Pègr’ et barbeaux, aboulez au Sauvage ;
Et sans traquer livrez-vous au plaisir ;
On aurait tort de vouloir être sage,
Puisqu’après tout, on sait qu’il faut roidir.

(A. Dumoulin)

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de tilles, homme-poisson qui sait nager entre deux eaux, l’eau du vice et celle du vol.

France, 1907 : Souteneur, domestique attaché à un bordel. On dit aussi barbillon.

Barbillon

Vidocq, 1837 : s. m. — Souteneur de filles.

un détenu, 1846 : Souteneur de filles.

Delvau, 1864 : Souteneur de filles ; homme qui vend sa protection aux putains. — Du moment qu’il a été convenu qu’on appellerait ces drôles-là maquereaux, comme le maquereau est un poisson, on les a appelés aussi d’autres noms de poissons ; on les a même appelés poissons purement et simplement.

Quoi ! pour aller danser, ma chère,
Tu abandonnes le persil,
Et de ton barbillon de père,
Tu ne conserves aucun souci.

(A. Dumoulin)

Larchey, 1865 : Souteneur de filles (Vidocq). — Équivalent de poisson.

Delvau, 1866 : s. m. Jeune souteneur de filles.

Virmaître, 1894 : Souteneur. Diminutif de brochet, quoiqu’ils soient aussi voraces l’un que l’autre pour dévorer la recette de la marmite (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Synonyme de barbize.

France, 1907 : Jeune souteneur, l’amant des filles de joie.

Bébé

Delvau, 1864 : Nom d’amitié que les filles donnent depuis quelques années aux hommes avec qui elles baisent, — maquereaux ou michés.

Théodore, c’est mon bébé ; M. Martin, c’est mon monsieur.

(Lemercier de Neuville)

Un mot dont on nous favorise,
Mot aux nourrices dérobé,
C’est, aurait-on la barbe grise :
— Comment ça va ? Bonjour, bébé.

(Fr. De Courcy)

Larchey, 1865 : Poupard. — De l’anglais baby.

Emma arriva le lendemain, au sortir du bal de la Porte Saint-Martin, en costume de bébé.

(Ces Dames, 1860)

Bébé sert aussi de mot d’amitié. — Tu sais, mon petit homme, que je n’ai plus un sou, et que ton petit bébé ne doit pas rester sans espèces. — Id.

Delvau, 1866 : s. m. Costume d’enfant (baby) que les habituées des bals publics ont adopté depuis quelques années.

France, 1907 : Petit enfant, garçon ou fille ; de l’anglais baby.

Depuis quelque temps, la lorette se donne des airs de mère de famille ; on la voit tenant par la main une blonde et gentille enfant, dont l’âge varie de quatre à huit ans. Quelquefois, les petites dames se font accompagner par un collégien ; cela leur donne un air respectable.
Ces babys sont nés d’ordinaire dans la loge du concierge ou dans l’échoppe du savetier ; le prix de la location est en raison de la gentillesse du sujet. La leçon est bientôt faite et apprise, les enfants s’en acquittent pour le mieux, ils appellent leur petite mère des plus doux noms, surtout quand les beaux messieurs s’arrêtent devant elles.

(Physionomies parisiennes)

Mon bébé, terme de tendresse que les dames, petites et grandes, adressent à leur amant.

Avec l’âge, un instinct s’éveille, violent, fougueux, comme une force sans emploi : le désir de la maternité. Moralement, les prostituées sont indignes d’être mères ; physiquement, elles en sont incapables. De la maternité, elles ne peuvent connaître — pour leur châtiment — que les joies amères du sacrifice. Il leur faut un être qui profite de leur dégoût, à qui elles procurent les joies matérielles de l’oisiveté, du vêtement chaud, du vin, de la bonne nourriture. Elles ne sont jamais lasses de satisfaire aux exigences de cet enfant qu’elles se donnent ; elles ont entre elles d’étranges rivalités dans la concurrence du sacrifice. Il faut que cet élu soit plus élégant que les autres, qu’il ait plus d’argent dans ses poches que tous ses camarades, afin qu’il juge par là à quel point il est aimé ! Pour désigner cette catégorie d’élus, les malheureuses stériles ont trouvé un mot ignoble et doux : les bébés.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

On dit se costumer en bébé, s’habiller en petite fille pour exciter les vieux messieurs aux doux ébats de l’amour.
Bébé se dit aussi pour avorton, en souvenir d’un nain célèbre attaché à la cour du roi Stanislas, duc de Lorraine et de Bar, qui s’appelait Bébé.

Benoit

Virmaître, 1894 : Maquereau. Benoit, dans le langage populaire, est synonyme d’imbécile, de niais, n’en déplaise à ceux qui portent ce nom. Il veut dire aussi maquereau, dans le monde des filles (Argot des souteneurs). N.

France, 1907 : Imbécile, benêt ; argot des canuts.

France, 1907 : Souteneur.

… La vrai vérité
C’est que les Benoits toujours lichent
Et s’graissent les balots.
Vive eul bataillon d’la guiche !
C’est nous qu’est les dos.

(Jean Richepin, Chanson des Gueux)

Brochet

Virmaître, 1894 : Marlou, souteneur (Argot du peuple). V. Barbillon.

Rossignol, 1901 : Souteneur.

France, 1907 : Souteneur, maquereau. Brochet à la mie de pain, apprenti souteneur.

Calypso (faire sa)

Fustier, 1889 : Faire des manières, des embarras. C’est la variante savante de faire sa tète.

Tu peux r’tourner à ton potage !
Ah ! monsieur fait sa Calypso !
En v’la z’un muf !…

(L’entr’acte à Montparnasse)

France, 1907 : Faire des manières. Allusion à la nymphe de ce nom qui flirtait outrageusement avec Télémaque, fils d’Ulysse.

Casquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Donner aveuglément dans tous les pièges.

Halbert, 1849 : Croire un mensonge.

Delvau, 1864 : Donner de l’argent à use femme galante quand on est miche, à un maquereau quand on est femme galante. Casquer, c’est tendre son casque ; tendre son casque, c’est tendre la main : la fille d’amour tend la main, et l’homme qui bande y met le salaire exigé pour avoir le droit d’y mettre sa queue.

En ai-je t’y reçu de l’argent des menesses !… Oui, elles ont casqué, et dru !…

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Donner dans un piège. — Mot à mot : tomber tête baissée dans un casque, c’est à dire dans une enveloppe assez épaisse pour ne rien apercevoir. — De là aussi casquer dans le sens de : donner de l’argent sans voir qu’il est escroqué. V. Cavé.

Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot des filles et des voleurs, qui, comme Bélisaire, vous tendent leur casque, avec prière — armée — de déposer votre offrande dedans.
Signifie aussi : donner aveuglément dans un piège, — de l’italien cascare, tomber, dit M. Francisque Michel.
Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la seconde que de la première, — celle qui est contenue dans cette phrase fréquemment employée par le peuple : J’ai casqué pour le roublard (je l’ai pris pour un malin).

Rigaud, 1881 : Donner de l’argent de mauvaise grâce. — Allusion au casque de Bélisaire dans lequel les âmes sensibles de l’époque déposaient leurs aumônes. — Celui à qui l’on tire une carotte « casque ».

C’est pas tout ça ! Casques-tu, oui ou non ?

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Boutmy, 1883 : v. intr. Payer plus souvent qu’à son tour : faire casquer un plâtre. Par extension, taquiner.

Merlin, 1888 : Abouler, payer pour les autres.

La Rue, 1894 : Payer. Donner dans un piège. Ne pas casquer, refuser.

Virmaître, 1894 : Payer (Argot des filles). V. Billancher.

Rossignol, 1901 : Payer, croire.

C’est une banne pâte, nous allons le faire casquer d’une tournée. — Il casque ; il croit ce que je lui ai dit.

Hayard, 1907 : Payer.

France, 1907 : Payer ; argot populaire.

Un député, occupant, par suite de circonstances spéciales, une très haute position et disposant, de par sa parenté, d’influences considérables, aurait dit ou fait dire à un aspirant au ruban rouge :
— Si vous voulez la décoration, intéressez-vous dans mes affaires pour une somme de…
L’homme aurait casqué, et… aurait été décoré.

(Le Mot d’Ordre)

— Les femmes, vous le savez, je les estime à leur juste valeur et faut vraiment être un vrai pante pour casquer avec elles… Vous savez aussi si je les aime, les pantes… Pourtant il y a des cas où un homme d’honneur est obligé de faire comme eux…

(Oscar Méténier)

Tranquilles, jouissons,
Mangeons, buvons, pissons,
Vivons sans masque,
Jusqu’à satiété,
Car qui, qui Casque ?
C’est la société !

(Jules Jouy)

Mort aux vaches ! Mort aux fripons !
Ceux qui chassent la bête humaine,
Faut-il donc que l’on se démène
Pour aller coucher sous les ponts !
L’œil au guet et l’oreille ouverte,
On se fout un peu des roussins,
On peut se faire des coussins
Avec des paquets d’herbe verte.
On dort mieux sous le bleu du ciel
Quand les megs ont l’âme romaine :
Pas casquer c’est l’essentiel,
La rue apparait large ouverte,
On rigole loin des roussins
Et les mômes ont des coussins
Pour leur tête sur l’herbe verte.

(Edmond Bourgeois)

anon., 1907 : Payer.

Chouffliqueur ou choufflite

Merlin, 1888 : Cordonnier, savetier. On dit aussi choumaque, de l’allemand schumaker.

Choumaque

Delvau, 1866 : s. m. Cordonnier, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute guère qu’il prononce presque bien le mot allemand Schumacher. On dit aussi Choufflite : mais ce mot n’est qu’une corruption du précédent.

France, 1907 : Cordonnier ; anglicisme, du mot shoemaker.

Cocotier

Delvau, 1864 : Homme qui a la chaude-pisse, que les maquereaux et les ouvriers appellent la cocotte.

L’ai-je eue assez de fois, la cocotte ! l’ai-je eue !… à ce point qu’on m’appelait le roi des cocotiers.

(Lemercier de Neuville)

Coup de cul

Delvau, 1864 : Jeu des reins dans lequel excellent les femmes, ce qui nous procure du plaisir et à elles des rentes — quand elles ne sont pas trop prodigues et qu’elles n’ont pas de maquereaux.

Pourtant, si j’en crois mes propres rivales,
Je réveillerais le plus des des morts
D’un coup de ce cul qu’ici tu ravales
Sans en éprouver le moindre remords.

(Anonyme)

Ta fortun’ n’est pas faite :
Allons donc, y pens’-tu !
Encore un coup d’ cul,
Jeannette,
Encore un coup d’ cul.

(É. Debraux)

Débectant

Fustier, 1889 : Ennuyeux, désagréable.

Mentor qui connaissait tout le fourbi, dit alors à Télémaque : C’est débectant, mais au fond, ça ne fait rien…

(A. Leroy : Les mistouf’s de Télémaque)

France, 1907 : Ennuyeux, sale, dégoûtant.

Desgrieux

Delvau, 1864 : Maquereau, amant de cœur d’une femme galante. — Tout le monde a lu le roman de l’abbé Prévost d’Exiles, intitulé Manon Lescaut, et, l’ayant lu, sait que dans ce roman — qui a l’air d’être une histoire arrivée — le chevalier Desgrieux joue le rôle de maquereau, et même un peu d’escroc.

Delvau, 1866 : s. m. Chevalier d’industrie et souteneur de Manons, — dans l’argot des gens de lettres, qui, avec raison, ne peuvent pardonner à l’abbé Prévost d’avoir poétisé le vice et le vol.

Rigaud, 1881 : Aimable et joli souteneur de filles, le frère aîné de M. Alphonse. En souvenir du nom du héros du roman de Manon Lescaut.

France, 1907 : Amant de cœur d’une prostituée, du nom du triste héros du célèbre roman de l’abbé Prévost : Manon Lescaut.

Dig

France, 1907 : Rien. N’y voir que dig, n’y voir que du feu.

… Panpan installait un jeu de petits chevaux de plomb dont il était le constructeur. Dix fois la police avait dérangé ses opérations, contrôlé son pivot. Mais le « hamaque » en était si perfectionné que les agents n’y voyaient que dig.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Dos

d’Hautel, 1808 : Il a bon dos. Se dit d’un homme absent, sur lequel on rejette toutes les fautes ; et quelquefois d’un homme opulent qui peut supporter les frais d’une forte entreprise.
Être dos à dos. Vivre en mauvaise intelligence ; ne remporter ni l’un ni l’autre l’avantage dans un procès.
N’avoir pas une chemise à mettre sur son dos. Être réduit à une extrême indigence.
On mettra cela sur son dos. C’est-à-dire, sur son compte ; on lui fera payer les charges de cette affaire.
Faire le gros dos. Faire le fat ; se donner de l’importance ; faire le riche, le financier, lorsqu’on n’a pas le sou.
On dit d’un homme difficile à manier, et que l’on n’offense jamais impunément, qu’Il ne se laisse pas manger la laine sur le dos.
On dit dans un sens contraire, d’un homme mou et lâche, qui souffre tout sans mot dire, qu’Il se laisse manger la laine sur le dos.
Ils ont toujours le dos au feu et le ventre à la table.
Se dit des gens qui font un dieu de leur ventre ; qui ne respirent que pour manger.
On dit d’un homme ennuyeux et importun, qu’on le porte sur son dos.

Rossignol, 1901 : Souteneur. On dit aussi donner du dos ou du rein, cela regarde les chattes.

France, 1907 : Souteneur, amant d’une fille publique qui se fait entretenir par elle, maquereau enfin. C’est l’abréviation de dos vert, alias maquereau. Aristide Bruant a écrit les paroles et la musique de la Marche des Dos :

Le riche a ses titres en caisse,
Nous avons nos valeurs en jupon,
Et, malgré la hausse ou la baisse,
Chaque soir on touche un coupon.
V’là les dos, viv’nt les dos !
C’est les dos, les gros, les beaux !
À nous les marmites,
Grandes ou petites !
V’là les dos, viv’nt les dos !
 
Il était le personnage le plus connu, du Moulin de la Galette aux Folies-Bergère. Richepin l’avait surnommé l’empereur des dos. Son porte-monnaie était sans cesse garni de pièces jaunes que de gentilles tributaires étaient trop heureuses de lui apporter, après une nuit de travail.

(E. Lepelletier, Le Bel Alfred)

— Oh ! allez ! ne vous gênez pas ! faites comme chez vous ! appelez-moi dos pendant que vous y êtes : pourquoi pas ? Mais si moi, traîne-savates de naissance et d’éducation, je m’étais conjoint avec une gonzesse suiffarde qui m’aurait apporté du poignon à plein les plis de sa pelure blanche, — et ça se fait tous les jours dans la bonne société, — comment donc est-ce que vous m’auriez intitulé ?

(Montfermeil)

anon., 1907 : Souteneur.

Dos vert

La Rue, 1894 : Souteneur.

Virmaître, 1894 : Maquereau. Ce poisson, en effet, est mélangé de plusieurs couleurs sur le dos. L’allusion est transparente. (Argot du peuple).

France, 1907 : Maquereau.
Fernand Varlot, garçon intelligent perdu par la flemme et l’absinthe, qui est devenu, à la suite d’infortunes de police correctionnelle, le poête du « Père Lunette », a chanté ainsi l’une des fresques ornant ce célèbre café :

Les pieds posés sur un dos vert,
Une Vénus de la Maubert,
Mise en sauvage,
Reçoit des mains d’un autre dos
Une cuvette pleine d’eau
Pour son usage.

On dit aussi dos d’azur.

Dos vert ou dos d’azur

Delvau, 1864 : Maquereau, souteneur de filles, parce que le scombre dont on a emprunté le nom pour flétrir ces sortes de gens a le dos d’un beau bleu métallique, changeant en vert irisé, et rayé de noir.

Écoute-moi, dos vert de ces putains sans nombre,
Ombre du grand Thomas qui de Priape est l’ombre.

(Dumoulin)

Je ne suis pas un miché, je suis un dos d’azur.

(Lemercier de Neuville)

Enculeur

Delvau, 1864 : Sodomite ou pédéraste, selon que sa pine s’adresse à un cul féminin ou à un cul masculin, ce qui, en somme, est toujours la même chose — et la même merde.

C’était comme un immense et splendide bazar
Dans lequel enculeurs, enculés, maquerelles,
Maquereaux et putains, tous grouillaient pêle-mêle.

(L. Protat)

Entremetteur

d’Hautel, 1808 : Proxénète, mercure galant, celui qui spécule sur les intrigues amoureuses.

Delvau, 1864 : Pseudonyme décent de maquereau.

Entremetteuse

d’Hautel, 1808 : Commère, femme légère et bavarde qui se mêle dans toutes les affaires, qui fait à-la-fois les mariages et les divorces.

Delvau, 1864 : Pseudonyme décent de maquerelle.

Esbigner, esbignonner

Rigaud, 1881 : Voler, faire disparaître un objet, — dans le jargon du peuple. C’est-à-dire faire partir un objet.

Laronneux, n’crois pas m’esbignonner mon maquereau.

(Le Nouveau Vadé)

Esbigner un porte morningue dans la profonde d’un girondin.

Estomaqué

Delvau, 1866 : adj. Étonné, stupéfait, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Stomaqué.

Rigaud, 1881 : Ému au point de ne pouvoir parler. Mot à mot : étouffé par la contraction de l’estomac.

France, 1907 : Étonné, surpris.

Ah ! si des amis m’avaient tenu un tel langage !… Si Maupassant, Huysmans, Céard m’avaient parlé de la sorte publiquement, j’avoue que j’eusse été quelque peu estomaqué !

(Émile Zola)

Estomaquer

d’Hautel, 1808 : S’estomaquer. Pour se fâcher, se dépiter, prendre de l’humeur ; se trouver offensé d’une légère plaisanterie.

France, 1907 : Étonner, confondre.

— Tu veux sérieusement que j’entre dans la rousse ?
— Je le désire.
— Tu en es ?
— Un peu.
— Je n’aurais jamais cru ça de toi.
— Que veux-tu, on se trompe dans la vie.
— Ah ! François ! tu m’estomaques !

(Marc Mario et Louis Launay)

Sans doute, le peuple s’attendait à être berné par les politiciens, il n’avait qu’une médiocre confiance en eux, mais l’événement a surpassé tout ce qu’il pouvait supposer. Après la commune, après la lutte de vingt-trois ans pour fonder la République démocratique et sociale, se réveiller sous le gouvernement du Casimir-Perrier d’Anzin et du Raynal des conventions !… C’est estomaquant tout de même.

(Édouard Drumont)

Estomaquer (s’)

France, 1907 : Trop manger. Devenir trop gros, trop mastoc.

Être au sac

Fustier, 1889 : Avoir de l’argent.

Les deux amis se tombent dans les abatis l’un de l’autre et Hégésippe qui était au sac propose à Philoclès de venir prendre un petit quelque chose sur le pouce.

(Les mistouf’s de Télémaque)

France, 1907 : Avoir de l’argent.

Faire flanelle

Rossignol, 1901 : Rester des heures dans un débit, devant la même consommation, c’est faire flanelle.

France, 1907 : Aller dans une maison de filles sans consommer la marchandise. Jeu de mot sur flâner.

La maquerelle a généralement en réserve, dans une pièce retirée, deux ou trois gros bouledogues aux crocs puissants pour imposer, au besoin, aux clients par trop tapageurs ou à ceux qui, ayant passé un quart d’heure à faire flanelle, c’est-à-dire à flâner dans les salons sans consommer ni monter avec une femme, refusent de s’en aller et s’entêtent à ne pas vouloir faire marcher le commerce de la maison.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

L’expression s’emploie au figuré pour aller au hasard, errer dans les rues.

Un coin d’chambe, eun’ soupente, eun’ niche,
Eun’ machine oùs qu’on est chez soi,
Ousque quand i’ pleut, on s’en fiche,
Ousqu’on a chaud quand i’ fait froid ;
Quand j’étais p’tit ej’ me rappelle
Que c’était comm’ ça chez moman…
Aujord’hui, forcé d’faire flanelle…
V’là porquoi que j’cherche un log’ment.

(Aristide Bruant)

Faire une passe

France, 1907 : S’accoupler avec un passant payant.

À droite, également peinte sur le mur, se trouve une fille de débauche, plantureuse Vénus, dans le costume d’Ève. Elle vient de faire une passe et, souriante (le miché a dû être généreux), elle s’avance vers son souteneur qui, non moins souriant qu’elle, lui tend gracieusement une cuvette pleine d’eau. Et pour qu’on ne se trompe puis sur le rôle de « l’homme poisson », un superbe maquereau sert de piédestal à la femme.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Faiseur de flanelle

France, 1907 : Amateur qui fréquente les débits de chair humaine sans toucher à la marchandise.

Tous les voyous, tous les faiseurs de flanelle, contre lesquels la maquerelle dépitée lâchait autrefois ses souteneurs, sont maintenant choyés et bien reçus, on leur paye à boire ; on les excite à aller faire du charivari chez la voisine triomphante ; on leur sert même des huitres, à la condition qu’ils iront lancer les coquilles contre les carreaux du lupanar possesseur de la beauté ravie.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Faraud

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Monsieur comme il faut.

Halbert, 1849 : Monsieur.

Delvau, 1864 : Amant de cœur, maquereau.

Monsieur, il faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée.
Qui fit assassiner son homme
Par son faraud…

dit l’auteur de la chanson sur le supplice de la Lescombat.

Delvau, 1866 : s. m. Monsieur, — dans l’argot des voleurs et du peuple, qui ont remarqué que les messieurs avaient assez ordinairement l’air fiérot. A signifié aussi, à l’origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces vers cités par Francisque Michel :

Monsieur, faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud…

Faire son faraud. Se donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s’endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.

Rigaud, 1881 : Monsieur, — dans l’ancien argot. — En patois provençal, faraud désigne un homme bien mis. — Faraude, faraudesse, madame. — Faraudette, mademoiselle.

La Rue, 1894 : Monsieur. Faraudec, mademoiselle. Faraudène, madame.

France, 1907 : Gommeux, petit jeune homme, qui fait ses embarras.

Le calicot, rêveur, pour m’admirer, s’arrête,
Tandis que je vais, crâne et redressant la crête,
Et sonnant du talon, et faisant mon faraud,
Grâce à lui, je suis un jeune homme comme il faut ;
Un jonc en main, un gros partagas à la bouche,
Je m’épanouis sur les trottoirs de Lyon ;
Je suis gommeux, pschutteux, très v’lan, un vrai lion.

(George Bois, Cœur au vent)

Signifiait autrefois amant :

… C’est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud.

On écrivait aussi fareau :

Tout allait bien, quand des fareaux,
Sur l’oreille ayant leurs chapeaux,
Canne en main, cheveux en béquilles,
Entrent sans façon, et les drilles
Dansent sans en être priés.

(J.-J. Vadé)

Farfadet

d’Hautel, 1808 : Nom injurieux que l’on donne à un sot, un petit maître, un fat ; à un homme dont l’humeur est fière et hautaine.

Delvau, 1864 : Nom qu’on donnait au XVIIIe siècle à une variété de maquereaux ; témoin ce passage du Colporteur de Chevrier :

Croirait-on que quand ce guerluchon ne suffit pas, il est dupé lui-même par une troisième espèce appelée farfadet ?

Voir Milord Pot-au-feu.

Favori

Delvau, 1864 : Amant, greluchon ; maquereau, le mâle de toute sultane favorite.

Et les maris, de même
Qu’ messieurs les favoris,
Y sont pris.

(Collé)

France, 1907 : Cheval le mieux placé sur la cote.

Fiacre (jouer comme un)

Rigaud, 1881 : Aux XVIIe et XVIIIe siècles, fiacre désignait un cocher de carrosse public. Jouer comme un fiacre était donc jouer comme un cocher.

Et les fiacres qui mènent ces carrosses sont la plupart des maquereaux, qui connaissent tous les lieux de débauche de Paris.

(Le Roux, Dict. comique, 1750)

L’expression jouer comme un fiacre s’est conservée jusqu’à ce jour.

Fille en carte

France, 1907 : Femme autorisée par la Préfecture à exercer son métier de prostituée. On lui donne aussi le nom de fille soumise. La fille insoumise est celle qui exerce sans autorisation.

Mais à côté des filles à numéro, inscrites pêle-mêle sur un registre que tient la maquerelle, il y a, avons-nous dit, les filles en carte, celles que la Préfecture autorise à exercer leur infâme métier pour leur compte. On les appelle aussi « filles isolées. »

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Fumer ses terres

Delvau, 1866 : Épouser, noble et pauvre, une fille de vilain, riche, — laquelle selon l’expression de Montesquieu, « est comme une espèce de fumier qui engraisse une terre montagneuse et aride ».

Delvau, 1866 : Être enterré dans sa propriété. Argot des bourgeois. Voltaire a employé cette expression.

Virmaître, 1894 : Être enterré dans sa propriété. Épouser une fille riche quand on n’a pas le sou. Déposer dans son jardin ce que l’on dépose pour trois sous dans un châlet de nécessité (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Être enterré dans sa propriété. « C’est l’usage en Corse de fumer ses terres. Se dit aussi d’un gentilhomme nécessiteux qui épouse une fille de vilain cossue. Dans un certain monde, cela s’appelle faire le maquereau. »

Gigolo

Delvau, 1864 : Le mâle de la gigolette — comme le pierrot est celui de Pierrette, comme le maquereau celui de la maquerelle.

Le gigolo est un adolescent, un petit homme… qui tient le milieu entre Chérubin et Don Juan, — moitié nigaud et moitié greluchon.

(A. Delvau)

Delvau, 1866 : s. m. Mâle de la gigolette. C’est un adolescent, un petit homme. Il tient le milieu entre Chérubin et don Juan, — moitié nigaud et moitié greluchon. Type tout à fait moderne, que je laisse à d’autres observateurs le soin d’observer plus en détail.

Rigaud, 1881 : Petit commis de magasin doublé d’un petit amant de cœur dont le métier, le soir, était de faire danser la gigolette.

Si tu veux être ma gigolette, moi je serai ton gigolo.

(Chanson jadis populaire)

Virmaître, 1894 : L’amoureux de la gigolette. Un vieux refrain très populaire, dit :

Si tu veux être ma gigolette
Moi, je serai ton gigolo.

Gigolo s’applique aussi à un individu peu aimable.
— Qu’est-ce qui nous a foutu un gigolo aussi bassinant que toi (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Homme, amant.

J’ai rencontré Julie au bras de son gigolo.

France, 1907 : Jeune homme dépourvu de préjugés et de scrupules, amant de la gigolette.

Est-ce qu’un vigoureux gaillard, — même quadragénaire, — ayant beaucoup retenu, ne sait pas, moralement et physiquement, rendre une maîtresse plus heureuse qu’un gigolo de vingt ans !

(Pompon, Gil Blas)

Ah ! plaignez-moi ! J’ai trop d’amis !
Totor, je te regrette !
J’avais qu’un gigolo, tandis
Que j’suis la gigolette
À trent-six…
Je suis leur gigolette !

(L’Imagier : L. D)

— Tu m’entends, salope, tu m’entends je te l’ai toujours dit et je te le répéterai toujours, tu y auras tout laissé, à tes gigolos, tout, ton avenir, ta fortune, ta gloire, et les frusques qui te trainent encore sur les fesses, et ton talent aussi…

(Jean Richepin)

Greffier

d’Hautel, 1808 : Il est comme le greffier de Vaugirard, il ne peut écrire quand on le regarde.
Ce proverbe vient de ce que le greffier de Vaugirard tenoit son gref dans un lieu obscur, qui n’étoit éclairé que par un œil de bœuf, de sorte qu’on ne pouvoit le regarder sans lui intercepter tout le jour.

Ansiaume, 1821 : Chat.

Ébobi ce greffier-là, nous le sauterons dans une bassine.

un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Chat.

Delvau, 1866 : s. m. Chat, — dans l’argot des faubouriens, qui n’aiment pas les gens à robe noire, et emploient à dessein ce mot à double compartiment où l’on sent la griffe.

Virmaître, 1894 : Chat (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Chat.

France, 1907 : Chat ; corruption de griffier.

C’est la dabuche Michelon
Qu’a pomaqué son greffier
Qui jacte par la venterne
Qui le lui refilera.
Le dabe Lustucru
Lui dit : Dabuch’ Mich’ton,
Votre greffier n’est pas pomaqué ;
Il est dans le roulon
Qui fait la chasse aux tretons,
Avec un bagaffre de fertange
Et un fauchon de satou.

(Chanson argotique de la Mère Michel, citée par V. Michel)

anon., 1907 : Chat.

Lacromuche

Rigaud, 1881 : Souteneur de filles. C’est le mot macro « maquereau » par substitution de L à M et dotation de la désinence argotique muche. Dans l’argot des bals de la barrière du Trône, la plupart très poissonneux, lacromuche sert à désigner un « garçon », un « jeune homme » quelconque.

France, 1907 : Souteneur ; anagramme de macrau avec la finale uche.

Lever le pied

Delvau, 1866 : v. a. Fuir en emportant la caisse.

Virmaître, 1894 : V. Mettre la clé sous la porte.

Rossignol, 1901 : Fuir. Un caissier lève le pied lorsqu’il a levé la caisse de son patron.

Hayard, 1907 : Filer sans payer ses créanciers.

France, 1907 : S’en aller, partir.

Une fille de Bordeaux, qui avait envie de lever de pied, pria tout simplement la maquerelle de l’accompagner pour aller faire un achat quelconque. À peine dans la rue : « Adieu, Madame, lui dit-elle, je file ; maintenant, si vous avez des jambes, faites-le voir. » Et elle se sauva à la course, au grand désespoir de la matrone.

(Dr Jeannel, La Prostitution au XIXe siècle)

— Se laisser battre par un homme !… Est-ce possible ? Moi, ma chère, si mon mari se permettait seulement de lever la main…
— Eh bien ?
— Je lèverais le pied.

À la Bourse.
— C’est singulier, on ne voit plus Gondremark.
— D’autant plus singulier, en effet, qu’il devait justement lever ses titres hier.
— Il aura préféré lever… le pied.

Lupanar

Delvau, 1864 : Bordel. Mot solide… bâti par les Romains ; on s’en sert encore.

J’ai rêvé que j’étais au fond d’un lupanar ;
C’était comme un immense et splendide bazar
Dans lequel enculeurs, enculés, maquerelle,
Maquereaux et putains se ruaient pêle-mêle.

(Louis Protat)

Je suis roublard
Et j’ pourrais écrir’ les mémoires
Du lupanar.

(Lemercier de Neuville)

Mac

Vidocq, 1837 : s. m. — Amant et souteneur d’une fille publique. Il s’est opéré une telle fusion dans nos mœurs, que plusieurs types se sont effacés sans laisser la moindre trace de leur existence. Bientôt le Mac sera un de ceux-là ; il est déjà fossile, bientôt il sera anté-diluvien. Mais cela ne prouve rien en faveur de nos mœurs ; notre belle jeunesse d’aujourd’hui ne vaut guère mieux que celle d’autrefois ; les dehors sont sans doute moins repoussans, mais l’intérieur est le même, et la seule conclusion qu’il soit possible de tirer de ce qui se passe, c’est que le nombre des êtres vicieux est plus grand. Le métier de Mac, autrefois, n’était guère exercé que par des voleurs ou des mouchards. Ces messieurs étaient jadis les seuls sultans des harems publics ; maintenant les prêtresses de Vénus Callipyge ont pour amans des jeunes gens de famille, ils ne volent personne, ils ne rendent aucun service à la préfecture de police, ils ont même de l’honneur ! Ce qui ne les empêche pas d’envoyer leur femme au vague, et d’avoir conservé toutes les traditions du métier, hormis celles qui pouvaient les compromettre. Que l’on ne croie pas cependant que les filles de joie ont gagné à cet échange ; il y avait autrefois entre elles et leurs amans une certaine conformité de périls et d’infortunes qui rendait la communauté plus douce, communauté qui n’existe plus maintenant. Cependant celui qui s’est fait le despote d’une courtisane, à la charge par lui de la défendre envers et contre tous, s’il n’est ni voleur ni mouchard, est bien prêt de devenir tout cela.
Le monde des Macs était autrefois un monde à part. On voyait ces Messieurs, réunis dans les bouges de la Grève et des environs, prêts, au premier signal, à aller jeter par la fenêtre le malheureux qui, pour son malheur, était entré dans un des mauvais lieux qui, à cette époque, infestaient les rues de la Tannerie, de la Vieille-Lanterne, de la Vieille-Place-aux-Veaux, de la Mortellerie.
Les Macs de l’ancien régime étaient tous costumés de la même manière ; grand chapeau à cornes, cravate d’une ampleur démesurée, veste très-courte, pantalon large, bas à coins de couleur, et chaussure des magasins de la mère Rousselle. Une chique énorme et un bâton long et noueux leur servaient de signes de reconnaissance.
Les filles étaient chargées de pourvoir aux besoins et aux plaisirs de MM. les Macs, et, à cet effet, chacune d’elles avait un compte ouvert chez Dupuis, la mère Bariol, la mère Sans-Refus, taverniers en grande renommée à cette époque. Chaque Mac inscrivait sur une ardoise sa dépense, que sa femme était chargée de payer. L’éponge passée sur une ardoise servait de quittance générale. (Voir Rutière).

Delvau, 1864 : Abréviation de maquereau.

Ça m’ fera peut-être rigoler un brin, de changer d’rôle, et de mac devenir miché.

(Lemercier de Neuville)

Après tout, ce n’est pas si bête
D’avoir fait quatre cents binettes.
D’hommes de lettr’s, de peintr’s et de mac ?

(A. Pothey)

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Maquereau, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Apocope de maquereau, souteneur de filles ; et mecque avec changement de l’a en e. — De maque, marchand ; d’où maquignon.

Virmaître, 1894 : Diminutif de maquereau. Quelques-uns écrivent mec, d’autres mecque. C’est mac qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Individu qui vit du produit d’un labeur vaginal.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Abréviation de maquereau.

Mac, macque, macchoux

Larchey, 1865 : Maquereau. — Maca : Maquerelle. — Macchoux est une corruption du mot maquereau. — Mac et maca sont deux abréviations. — Par un hasard singulier, la première de ces abréviations donne la clef même du mot Au moyen âge, le mot maque signifiait : vente, métier de marchand. V. Roquefort. — De là sont venus maquillon ou maquignon et maquerel ou maquereau. Le maquereau n’est qu’un maquignon de femmes. Pendant tout le moyen âge, on a écrit maquerel ou maqueriau. Ce dix-neuvième siècle a oublié la véritable source du mot qu’il a confondu avec celui du poisson, d’où les synonymes de poisson et de barbillon.

Le métier de mac autrefois n’était guère exercé que par des voleurs et des mouchards… maintenant les prêtresses de Vénus Callipyge ont pour amants des jeunes gens de famille.

(1837, Vidocq)

Le macque est le souteneur des filles de la plus basse classe. Presque toujours c’est un repris de justice.

(Canler, 1863)

Une vieille maca : Entremetteuse, femme vieillie dans le vice.

(1808, d’Hautel)

Maca

d’Hautel, 1808 : Une vieille Maca. Terme de mépris. Entremetteuse ; femme vieillie dans le vice et la débauche, et qui vit du commerce honteux de prostitution.

Delvau, 1864 : Maquerelle, entremetteuse, femme vieillie dans le vice.

Rigaud, 1881 : Maquerelle, proxénète. — Mère maca, macquecée, maîtresse d’une maison de tolérance. Maca suiffée, riche matrone.

France, 1907 : Morgue. Abréviation de machabé.

France, 1907 : Tennancière de lupanar. Abréviation de maquerelle ou peut-être de macaque, guenon. On dit aussi maman-maca.

Macaron

Vidocq, 1837 : s. m. — Traître, dénonciateur par nature.

Larchey, 1865 : Dénonciation. — Du vieux mot maque : vente. V. Roquefort. — Un dénonciateur vous vend à la police.

Dans le nez toujours tu auras mes macarons et cabestans.

(Vidocq)

Macaroner : Trahir.

Delvau, 1866 : s. m. Huissier, — dans l’argot des voyous. Traître, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Huissier. Allusion aux panonceaux qui figurent à la porte des huissiers. — Dénonciateur.

La Rue, 1894 : Huissier. Dénonciateur.

France, 1907 : Huissier.

Macaron, dans le peuple, veut dire huissier ; dans l’argot des voleurs, il veut dire traître. Il est vrai qu’il n’y a pas grande différence entre les deux. Un voleur est traître en dénonçant ses complices : un huissier est traître vis-à-vis des malheureux.

(Ch. Virmaître)

France, 1907 : Traître, dénonciateur ; argot des voleurs.

Dans le nez toujours tu auras
Macarons et cabestans.

(Commandements des voleurs)

Cet homme qui criait si fort contre ceux que les gens de sa sorte nomment des macarons s’est un des premiers mis à table.

(Mémoires de Vidocq)

Macrotage, maquereautage

France, 1907 : Situation d’un individu qui vit aux frais d’une femme. Singulière anomalie, le voyou de barrière qui vit aux frais de sa marmite est considéré comme le dernier des hommes, et l’homme de salon qui vit aux frais de sa femme est salué avec tontes les marques de la plus haute considération.

Macrotin

Delvau, 1864 : Apprenti maquereau ; voyou qui se fait la main avec les petites gourgandines dont il vide les poches sans le moindre scrupule, en attendant qu’il puisse exercer sur une plus grande échelle, avec de plus grandes allés.

Oui, c’est un métier commode
Et qui devient à la mode :
Mao, macrotin…
Vive le macrotin !

(L. de Neuville)

Rigaud, 1881 : Apprenti souteneur ; souteneur surnuméraire.

Virmaître, 1894 : Petit maquereau d’occasion qui glane par-ci par-là quelques sous, en attendant qu’il soit assez fort pour avoir une marmite à lui seul. Le petit macrotin commence généralement à être raton et pégriot (Argot des souteneurs). N.

Hayard, 1907 : Jeune souteneur.

France, 1907 : Jeune maquereau, ou simplement maquereau.

L’homme. — Chameau !… Vieille dégoutation !… Et le plus chouette, c’est que c’est elle qui est saoule, justement !
La femme. — Moi ?… Eh ben ! t’en as une santé !
L’homme. — Tu parles s’y faut qu’jen aye une, pour rester de là, collé depuis près de trente berges avec une vieille peau pareille !…
La femme. humiliée, — Vieux macrotin !
L’homme — Comment qu’t’as dit ?
La femme. — Vieux macrotin !
L’homme. — Répète un peu !… Je te refile un marron par le blair, tu verras si c’est d’l’eau d’savon.
La femme. — Vieux macrotin !…

(Georges Courteline)

Magasin de blanc

Delvau, 1864 : Bordel — où l’on dépose en effet des quantités considérables de sperme.

La Rue, 1894 : Prostibulum.

Virmaître, 1894 : Maison de tolérance. Il est assez difficile d’expliquer le pourquoi de cette expression ; elle vient sans doute de ce que dans le peuple, tous ceux qui vivent de la femme sont des mangeurs de blanc. La maquerelle est dans ce cas (Argot du peuple). N.

Major de table d’hôte

Delvau, 1866 : s. m. Escroc à moustaches grises et même blanches, à cheveux ras, à redingote boutonnée, à col carcan, à linge douteux, qui sert de protecteur aux tripots de la banlieue.

Rigaud, 1881 : Pseudo-militaire retraité dont l’emploi consiste à découper la volaille, dans une table d’hôte, et à tricher au jeu après dîner, quelquefois en attendant le dîner, quand les dupes abondent.

La Rue, 1894 : Escroc, ayant l’apparence d’un militaire retraité, qui pérore aux tables d’hôte et triche aux cartes après le dîner.

Virmaître, 1894 : Individu à tout faire, qui est maquereau à l’occasion. Le major a toutes les apparences d’un militaire en retraite ; il porte à la boutonnière une rosette multicolore d’ordres exotiques. Le major de table d’hôte est un rastaquouère de premier ordre (Argot du peuple et des filles).

France, 1907 : Ancien on pseudo-militaire qui préside aux tables d’hôte des tripots auxquelles son extérieur donne un certain air de respectabilité.

Un grand homme ne demeure pas toujours un grand homme, ni un événement un grand événement. Certain jour arrive où les forces que cet homme ou cet événement représentait à notre imagination, et par lesquelles il dominait notre existence, sont épuisées, de telle sorte que sa domination et son prestige cessent d’être réels. Dans l’ordre des faits, dans l’ordre intellectuel aussi, la Révolution française a cessé de nous faire sentir son impulsion, et, pareille à ces vieux héros polonais qui, après avoir étonné le pan-slavisme, ne furent plus, en changeant de milieu, que des majors de table d’hôte, elle doit se contenter d’occuper la place d’honneur dans les toasts des comices agricoles.

(Maurice Barbès)

Maman-maca

Virmaître, 1894 : Maquerelle qui tient une maison de tolérance. Les pensionnaires appellent la tenancière maman, quand elle est vieille, ce qui est fréquent, elles y joignent le mot maca, abréviation de macaque qui, dans le peuple, signifie vieille guenon (Argot des filles). N.

Mangeur de blanc

Delvau, 1864 : Souteneur de filles, maquereau qui vit du sperme dépensé par les autres hommes, avec de l’argent, au profit de sa maîtresse, etc.

Mangeons du blanc ! Mangeons du blanc !
Ça vaut mieux que manger du flan !
Mangeons du blanc jusqu’à l’aurore,
Et que Phoebus nous trouve encore
Mangeant du blanc !

(Lemercier de Neuville)

Je voulais tâter du métier de miché, mais je vois que celui de mangeur de blanc est encore le meilleur.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Souteneur de filles.

La Rue, 1894 : Souteneur.

Virmaître, 1894 : Homme qui vit aux dépens des autres, et particulièrement des femmes qui se livrent à la prostitution. L’allusion est suffisamment claire pour se passer d’explication (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Voir mac.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Amant de cœur d’une fille publique. Dans les maisons de prostitution, on appelle blanc le jeton que la matrone remet à la fille après chaque passe ; ce jeton représente le tarif de la maison, c’est-à-dire la somme versée par le client.

J’arrêtai notamment un individu qui répondait au sobriquet de « Leblanc », sans doute parce qu’il en mangeait, comme on disait dans son monde, et dont la spécialité était de faire l’agent des mœurs.
Il connaissait les misérables de mœurs inavouables qui rôdent le soir aux Champs-Elysées ou sur les boulevards, ces prostitués mâles parmi lesquels se recrutent les plus dangereux bandits.
Leblanc les suivait avec patience, et, dès qu’il les voyait en conversation avec de vieux messieurs bien mis, il intervenait, se disant « agent des mœurs » arrêtait les prétendus délinquants, et ne les relâchait que contre des sommes plus ou moins fortes qu’on lui remettait toujours pour éviter le scandale…

(Mémoires de M. Goron)

Le blanc était une ancienne monnaie qui valait cinq deniers.
Gros-René dit à Marinette dans le Dépit amoureux :

Tiens, encor’ ton couteau. La pièce est riche et rare,
Il te coûta six blancs lorsque tu m’en fis don.

Maqué ou maccé

Rossignol, 1901 : La fille publique qui a un amant ou qui en prend un, est maquée : elle a un mac.

Maque, maquecée

France, 1907 : Maîtresse d’un lupanar ; de maq, abréviation de maquerelle, et cé, femme d’argent.

Maquecée

Delvau, 1866 : s. f. Abbesse de l’abbaye des S’offre-à-tous, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Abbesse d’une maison de tolérance. Vient des deux mots : maq, abréviation de maquerelle, et de cé, femme d’argent ; de là maquecée (Argot des souteneurs). N.

Maquecée, maquerelle

Hayard, 1907 : Tenancière de maison de tolérance.

Maquer (se)

France, 1907 : Se manger, se battre.

Quand i’ nous arriv’ qu’un mèche
S’met à nous r’luquer,
Qu’on voit qu’avec lui y a mèche
D’pouvoir se maquer,
Faut qu’nous l’ayons corps et âme,
Et, si quéqu’cato
La trouv’ mauvaise et réclame,
Nous tirons l’couteau.

(É. Blédort)

Maquereau

d’Hautel, 1808 : Libertin, homme pervers, qui fait l’infâme métier de prostitution.

Delvau, 1864 : Défenseur de beautés faciles qui le payent ; entremetteur.

Le roi fit choix du conseiller Bonneau,
Confident sûr et très bon Tourangeau.
Il eut l’emploi, qui certes n’est pas mince,
Et qu’à la cour où tout se peint en beau,
Nous appelons être l’ami du prince ;
Mais qu’à la ville, et surtout en province,
Les gens grossiers ont nommé maquereau.

(Voltaire, La Pucelle)

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles, — dans l’argot du peuple.
II est regrettable que Francisque Michel n’ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d’autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l’étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n’en seraient pas réduits à la conjecturer. Il y a longtemps qu’on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l’a employée le premier et pourquoi l’a-t-il employée ? Est-ce une corruption du mæchus d’Horace (« homme qui vit avec les courtisanes, » mœcha, fille) ? Est-ce le μακρός grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu’ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d’ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord ? Je l’ignore, — et c’est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, — par aphérèse.

Virmaître, 1894 : Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles. D’autres font dériver cette expression d’aquarius ou d’aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, Maquariolus. et que de là s’est formé le nom de maquereau. D’autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu’il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes. Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui vit aux dépens des autres.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Individu qui vit d’une femme ou de la prostitution d’une ou de plusieurs femmes. Nous disons sans ambages que l’homme sans le sou qui épouse une femme riche, quelle qu’elle soit, est un maquereau.
L’étymologie de ce mot est assez douteuse. D’après les uns, il viendrait de l’hébreu machar, vendre, le maquereau vendant ou trafiquant des faveurs des filles ; d’après d’autres, dit Ch. Virmaître, cette expression viendrait d’aquarius ou d’aquariolus, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, maquariolus, d’où l’abréviation maquereau.
Dessessart, dans son Dictionnaire de polices, et Bulenger affirment que ce mot vient du latin macalarellus, bariolé, parce que, dans les anciennes comédies, les proxénètes portaient des vêtements bizarres, et que, d’après eux, le nom de maquereau a été donné au poisson de mer bien connu, parce qu’il est mélangé, bigarré de plusieurs couleurs sur le dos.

Venez tous, vrais maquereaux
De tous estats, vieux et nouveaux.

(François Villon)

On dit qu’une reine de Crète,
Dont Dédale fut macquereau,
D’une passion indiscrète
Brûla jadis pour un taureau,
Je le crois, certes, puisque Jeanne
Soupire aujourd’hui pour un âne.

(Le sieur Ménard)

On a chanté dans le monde des marlous. Souteneurs à rouflaquettes, soutenus en gris perle ont été de la fête. Ils ont dansé en l’honneur de leur patron ; l’absinthe a eu sur les zincs des éclats d’émeraude, le champagne aurait pu perler dans les coupes de Bohême des grandes prostituées et sur les tables de quelques nobles dames. Depuis toujours il y a eu des poissons dans tous les mondes, des poissons à dos vert et à ventre blanc. Oh ! marlous pour marlous, c’est encore des alphonses. Qu’on l’avoue ou qu’on s’en cache, que ce soit à la Villette, que ce soit à l’Étoile, le rôle est le même si le décor change ; la honte est égale pour le rastaquouère et pour le maquereau.

(Fin de Siècle)

Pour en finir avec ce mot, citons un passage tiré d’un curieux livre, Noel Borguignon, de Gui Barozai, pseudonyme de Bernard de La Monnoye, imprimé à Dijon en 1720 : « Maquereau, injure qu’on apprend aux oiseaux qui parlent ; sur quoi certain curé disait un jour dans son prône qu’il vaudroit bien mieus leur apprendre de bons oremus. On trouve dans Villebardouin qu’en 1200 un des ambassadeurs de Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut pour la guerre sainte, avoit nom Alard Maqueriaus. M. Huet qui a trouvé que Paillard, nom de famille, étoit originairement un nom propre corrompu de Paul, dont on avoit d’abord fait Paulard, ensuite Pauliard et enfin Paillard, n’hésiterait pas à dire que maqueriaus étoit de même originairement un nom propre corrompu de Macaire, dont on avoit fait le diminutif macaireau, prononcé depuis maqueriaus » — ajoutons maquereau.

Maquereau, maquerelle

La Rue, 1894 : Souteneur. Proxénète.

Maquereautage

Delvau, 1866 : s. m. Exploitation de la femme qui exploite elle-même les hommes ; maquignonnage. On prononce Macrotage.

Maquereauter

Delvau, 1866 : v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes oui ne vivant elles-mêmes qu’aux dépens des hommes. On prononce Macroter. Maquereauter une affaire. Intriguer pour la faire réussir.

France, 1907 : Fréquenter les prostituées, vivre à leurs dépens.

Ce qu’il y a d’enquiquinant, c’est que les grosses légumes, pour couper la chique à notre esprit de révolte, ont entrepris de nous avachir en nous infusant leurs vices. Ils ont manœuvré pour nous donner l’envie de louper, de feignasser, de vivre à rien foutre, en maquereautant ou putassant — afin de nous rendre incapables d’agir.

(Le Père Peinard)

Maquereautin

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti débauché, jeune maquereau. On prononce Macrotin.

Rossignol, 1901 : Souteneur qui n’est pas dans l’opulence.

France, 1907 : Jeune souteneur, petit maquereau. On dit aussi macrotin.

C’est un maquereautin rigouillard en rupture de barrières, qui a pris du ventre à fréquenter des légumeux et pas autre chose, mal embouché avec ça : « p;Des façons avec mézigue, qu’il fait à Carnot, en lui tapant sur son ventre factice, ouh là là ! Et ta sœur, est-ce qu’elle fait la planche ?… Pas de magnes, eh ! n’ailles pas te gober, parce que t’es le mec des mecs… »

(Le Père Peinard)

Maquerellage

d’Hautel, 1808 : Trafic honteux de débaucher et de prostituer les femmes.

Delvau, 1866 : s. m. Proxénétisme.

Maquerelle

d’Hautel, 1808 : Féminin de maquereau, dont il a toutes les significations et dans un sens plus étendu encore.

Delvau, 1864 : Grosse dame qui se charge de procurer de l’ouvrage aux petites dames, et qui pousse parfois la complaisance jusqu’à les aller chercher dans leurs famille.

Le troisième privilège des châtrés, c’est qu’ils sont fort renommés en leur fidélité en fait de maquerellage.

(Variétés hist. et litt)

Tenant par acte misérable
Le maquerellage honorable.

(Cabinet Satyrique)

Tant qu’elle conte sa querelle
À une vieille maquerelle.

(Mathéolin)

Et puis dites que les moustiers
Ne servent point aux amoureux,
Bonne maquerelle pour eux
Est ombre de dévotion.

(Cl. Marot)

Aussi n’épargne-t-il pas les mères qui sont maquerelles de leurs propres filles.

(H. Estienne)

Car l’honneur d’une femme souffre beaucoup quand elle est vue avec une maquerelle.

(P. De Larivet)

Delvau, 1866 : s. f. Femme qui trafique des filles. Au XVIIIe siècle on disait Maqua.

Virmaître, 1894 : Maîtresse de maisons de tolérance ou de maisons de rendez-vous, femme qui vit du travail des filles (Argot du peuple), V. Maman-Maca.

Rossignol, 1901 : Tenancière d’une maison de tolérance ou de rendez-vous. Une proxénète est aussi une maquerelle.

France, 1907 : Tenancière de lupanar : femme qui en procure une autre aux hommes ou qui entraîne les jeunes filles à la débauche.

Lorsqu’elles sont ainsi devenues riches, les maquerelles se retirent généralement à la campagne, dans leurs terres. Elles cachent avec soin leur origine, deviennent dames patronnes, dames quêteuses, font des œuvres de piété. Comme presque toutes ces femmes sont dévotes, elles tombent entre les mains des prêtres, pour qui, comme on sait, l’argent n’a pas d’odeur, et qui, tenant par la confession le secret de leur passé, leur soutirent une bonne partie de la richesse qu’elles ont ramassée dans la boue de la prostitution. Il n’est personne qui ignore à Paris la fin édifiante de la fameuse Farcy, maquerelle devenue plusieurs fois millionnaire, qui accaparée par le clergé, fait construire quantité de chapelles, qui fonde dans les séminaires des bourses pour l’instruction des jeunes abbés pauvres, et qui sera peut-être canonisée quelque jour.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

— Va, si je faisions un chapelet de maquerelles, tu ferais bien le pater.

(Vadé)

Et puis, dites que les moustiers
Ne servent point aux amoureux,
Bonne maquerelle pour eux
Est ombre de dévotion.

(C. Marot)

Maquet

France, 1907 : Maquereau.

Son maquet, c’est mon camarade,
I’ veut ben que j’fade
Avec eux,
Aussi j’l’aim’ mon beau-frère Ernesse,
Il est à la r’dresse
Pour nous deux.

(Aristide Bruant, Dans la rue)

Maquignonnage

d’Hautel, 1808 : Tripotage, intelligences secrètes ; commerce illicite ; intrigue contraire à la bienséance et à la probité.

Delvau, 1866 : s. m. Proxénétisme ; tromperie sur la qualité et la quantité d’une marchandise ; abus de confiance.

Rigaud, 1881 : Gredinerie commerciale ; vente à faux poids ; falsification de marchandises ; sophistication.

France, 1907 : Tripotage, tromperie sur la marchandise vendue. Se dit aussi pour maquerellage.

Maquignonnage, pour maquerellage, métier des maquereaux et des maquerelles, qui font négoce des filles de débauche.

(Cholières)

Maquiller

anon., 1827 : Travailler, battre.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Travailler, battre. Maquiller les brêmes, battre les cartes.

Bras-de-Fer, 1829 : Travailler, battre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Faire.

M.D., 1844 : Arranger quelque chose.

un détenu, 1846 : Cameloter, brocantage.

Halbert, 1849 : Chicaner, travailler, battre.

Larchey, 1865 : Agir, machiner.

C’est par trop longtemps boire ; Il est, vous le savez, heure de maquiller.

(Grandval, 1723)

Maquiller un suage : Se charger d’un assassinat. — Maquiller son truc : Faire sa manœuvre. — Maquiller une cambriolle : Dévaliser une chambre. — Maquiller les brèmes : Jouer aux cartes. V. Momir. Ce verbe paraît venir du vieux mot maquillon : maquignon, qui vient lui-même de maque. V. Roquefort et Fr. Michel. — Maquignonner, c’est, en effet, machiner n’importe quoi, pourvu qu’on y gagne.

Larchey, 1865 : Farder. — Même origine que le mot suivant. On sait que les maquignons maquillent à merveille un cheval pour lui donner une meilleure apparence.

Delvau, 1866 : v. a. Faire agir, machiner, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens. Signifie aussi Tromper, tricher, user de supercherie. Maquiller les brèmes. Jouer aux cartes, — dans le même argot. Signifie aussi Tricher à l’écarté. Maquiller son truc. Faire sa manœuvre ; Maquiller une cambriolle. Dévaliser une chambre ; Maquiller un suage. Se charger d’un assassinat. Même argot.

Rigaud, 1881 : Faire ; frauder ; farder ; trafiquer. Dérivé de maquignon.

La Rue, 1894 : Faire. Frauder. Voler. Farder. Trafiquer. Maquiller la brème, préparer un jeu de cartes pour tricher.

Virmaître, 1894 : Se farder le visage.

Pour réparer des nuits l’irréparable outrage.

Quand un ouvrage est raté, on le maquille pour le faire accepter.
Maquiller un tableau. Il existe des peintres spéciaux qui font du vieux avec du neuf. Une toile est fabriquée par un rapin quelconque, une signature de maître figure au bas, le maquilleur lui donne l’aspect de la vétusté, et un amateur naïf l’achète.
Il y a comme cela des Velasquez peints à Montmartre (Argot des filles et des peintres). N.

Rossignol, 1901 : Tripoter, arranger. Celui qui en jouant arrange les cartes, de façon à avoir un beau jeu et gagner, maquille les brêmes.

Hayard, 1907 : Farder, déguiser, changer d’aspect, vendre.

France, 1907 : Travailler, et naturellement voler, le vol étant un travail.

Cambriolle tu maquilleras
Par carouble et esquintement,

disent les commandements des voleurs pour faire pièce à ceux de l’Église.

Qu’est ceci, mes enfants, écoutez-vous vos flames ?
Et perdez-vous ainsi le tems avec des femmes ?
C’est boire trop long-tems, aimer et baléller ;
Il est, vous le savez, heure de maquiller :
Levez-vous, finissez bonne chère et musique,
Partez, et travaillez pour le bien de la clique ;
C’est trop, indignes cœurs, vous devriez rougir
D’un si lâche repos, quand il est tems d’agir.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Maquiller un gayet, donner au moyen de certains procédés l’apparence d’un bon cheval à une rosse ; maquiller le papelard, écrire ; maquiller un suage, préparer un assassinat ; maquiller le vitriol, falsifier de l’eau-de-vie.

— Vieille drogue, tu as changé de litre !… Tu sais, ce n’est pas avec moi qu’il faut maquiller ton vitriol.

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Tromper, falsifier.

J’ai fait par comblance
Gironde larguecapé (maîtresse)
Soiffant picton sans lance,
Pivois non maquillé.

(Winter, forçat, 1829)

Marlou

Clémens, 1840 : Adroit.

un détenu, 1846 : Individu impropre a rien, un fainéant et un voleur adroit, fin, rusé, malin.

Delvau, 1864 : Variété de maquereau, d’homme sans préjugés, qui non-seulement consent à recevoir de l’argent des filles galantes, mais encore en exige d’elles le poing sur la gorge et le pied dans le cul.

La plus sublime de ces positions, c’est celle du marlou.

(Frédéric Soulié)

C’est des marlous, n’y prends pas garde.

(H. Monnier)

Larchey, 1865 : Souteneur. — Corruption du vieux mot marlier : sacristain. — Les souteneurs étaient de même appelés sacristains au dix-huitième siècle. On en trouve plus d’une preuve dans Rétif de la Bretonne.

Un marlou, c’est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bien, dansant la chahu et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers éminents…

(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8)

Par extension, on appelle marlou tout homme peu délicat avec les femmes, et même tout homme qui a mauvais genre.

(Cadol)

Delvau, 1866 : s. et adj. Malin, rusé, expert aux choses de la vie.

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens. Pourquoi, à propos de ce mot tout moderne, Francisque Michel a-t-il éprouvé le besoin de recourir au Glossaire de Du Cange et de calomnier le respectable corps des marguilliers ? Puisqu’il lui fallait absolument une étymologie, que ne l’a-t-il demandée plutôt à un Dictionnaire anglais ! Mar (gâter) love (amour) ; les souteneurs, en effet, souillent le sentiment le plus divin en battant monnaie avec lui. Cette étymologie n’est peut-être pas très bonne, mais elle est au moins aussi vraisemblable que celle de Francisque Michel. Il y a aussi le vieux français marcou.

Rigaud, 1881 : Mauvais drôle, malin. — Souteneur de filles, — dans l’ancien jargon du peuple.

La Rue, 1894 : Souteneur. Filou. Malin, rusé. Front.

Virmaître, 1894 : Individu qui vit de la prostitution des femmes. Marlou vient du vieux mot marlier, avec un changement de finale (Argot des filles).

Rossignol, 1901 : Malin. Un souteneur c’est aussi un marlou.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Souteneurs du vieux mot marlier, sacristain, dénomination que le souteneur portait autrefois. Par extension, quand un homme marié a des rapports intimes avec une femme mariée, on dit que c’est son marlou.

Un marlou, Monsieur le Préfet, c’est un beau jeune homme, fort, solide, sachant tirer la savate, se mettant fort bien, dansant le chahut et le cancan avec élégance, aimable auprès des filles dévouées au culte de Vénus, les soutenant dans les dangers, sachant les faire respecter et les forcer à se conduire avec décence, oui, avec décente et je le prouverai. Vous voyez donc qu’un marlou est un être moral, utile à la société ; et vous venez les forcer à en devenir le fléau, en forçant nos particulières à limiter leur commerce dans l’intérieur de leurs maisons…

(Réclamation des anciens marlous au Préfet le police)

Quand faut aller servir c’tte bon Dieu d’République,
Où qu’tout l’monde est soldat malgré son consent’ment.
On nous envoi’ grossir les bataillons d’Afrique,
À caus’ que les marlous aim’nt pas l’gouvernement.

(Aristide Bruant)

L’rendez-vous d’Alphonse et d’Polyte,
L’tremplin où Nana tient sa cour,
Où l’marlou conduit sa marmite,
C’est l’pont Caulaincourt !

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Souteneur.

Marlousier

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Maquereau.

Halbert, 1849 : Maq…., souteneur de fille de joie.

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti marlou.

Virmaître, 1894 : Malin, rusé, diminutif de marlou (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Souteneur malin et rusé ; gaillard à la coule.

Marmite

d’Hautel, 1808 : Il a le nez fait en pied de marmite. Se dit d’un homme qui a le nez large et épaté.
Un écumeur de marmite. Pour dire, un parasite ; un piqueur d’assiette.
La marmite est bonne dans cette maison. Pour dire, qu’on y fait bonne chère.
La marmite est renversée. Signifie que l’on n’a plus son couvert dans une maison.
On dit aussi qu’Une chose fait bouillir la marmite, ou sert à faire bouillir la marmite, quand elle fournit à l’entretien de la maison.

Delvau, 1864 : Putain, — la femelle naturelle du maquereau, à qui elle fournit de quoi manger, boire et rigoler avec ou sans elle.

Tu es un crâne fouteur… et… si tu y consens, ce n’est pas toi qui me donneras de la braise, c’est moi qui serai ta marmite.

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Fille publique nourrissant un souteneur. — Allusion facile à saisir.

Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage.

(Canler)

Marmite de terre : Prostituée ne gagnant pas d’argent à son souteneur. — La Marmite de fer gagne un peu plus. — La Marmite de Cuivre rapporte beaucoup. — (Dict. d’argot, 1844)

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des souteneurs, qui n’éprouvent aucune répugnance à se faire nourrir par les filles. Marmite de cuivre. Femme qui gagne — et rapporte beaucoup. Marmite de fer. Femme qui rapporte un peu moins. Marmite de terre. Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.

Rigaud, 1881 : C’est ainsi que les dragons appellent leurs casques. — Je récure la marmite pour la revue de demain.

Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un souteneur. Elle fait bouillir la marmite.

Merlin, 1888 : Cuirasse.

La Rue, 1894 : La femme du souteneur. Marmite de terre, qui rapporte peu ; marmite de fer, qui rapporte davantage, marmite de cuivre, qui rapporte beaucoup.

Virmaître, 1894 : D’après M. Lorédan Larchey, c’est une fille publique nourrissant son souteneur. Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage, dit Canler. La marmite de terre est une prostituée qui ne gagne pas de pognon à son souteneur. La marmite de fer commence à être cotée ; elle gagne un peu de galette. La marmite de cuivre, suivant Halbert, c’est une mine d’or. Marmite, d’après Pierre, est une femme qui n’abandonne pas son mari ou son amant en prison et lui porte des secours. Le peuple qui ne cherche ni si haut ni si loin, considère tout tranquillement la femme comme une marmite. Quand elle trompe son mari avec son consentement, elle fait bouillir la marmite. Quand elle fait la noce pour son compte, qu’elle ne rapporte pas, il y a un crêpe sur la marmite (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Fille publique qui nourrit son male et souvent toute sa famille.

Hayard, 1907 : Prostituée qui a un souteneur.

France, 1907 : Maîtresse d’un souteneur ; elle l’entretient, fait bouillir la marmite.

Un souteneur sans sa marmite (sa maîtresse) est un ouvrier sans ouvrage, un employé sans place, un médecin sans malades ; pour lui, tout est là : fortune, bonheur, amour, si ce n’est pas profaner ce dernier mot que de lui donner une acception quelconque à l’égard du souteneur. Or, les contraventions sont nombreuses pour les filles publiques ; la moindre infraction aux règlements de police est punie administrativement d’un emprisonnement plus ou moins long, mais à coup sûr toujours ruineux pour le souteneur qui a les dents au râtelier pendant le temps que sa marmite est à Saint-Lazare.

(Mémoires de Canler)

C’est nous les p’tits marlous qu’on rencont’ su’ les buttes,
Là oùsque le pierrot au printemps fait son nid,
La oùsque dans l’été nous faisons des culbutes,
Avec les p’tit’s marmit’s que l’bon Dieu nous fournit.

(Aristide Bruant)

Un’ marmite,
Un pot quelconqu’ bath ou laid,
Un’ marmite,
Qui n’limite
Pas trop l’fricot, si vous plaît.

(É. Blédort)

On ne saurait trop le répéter, c’est une Gomorrhe épouvantable que Saint-Lazare, et l’on y incarcère, à quelque condition sociale qu’elles appartiennent, toutes les prévenues. De la catin de ruisseau à l’épouse infidèle d’une brute jalouse, toutes les classes s’y peuvent coudouyer ; et dans une même cellule, une adultère du meilleur monde peut connaître ce supplice de tout son être, cette humiliation de toutes ces pudeurs, de toutes ses fiertés, cette atroce sensation de salissure physique et morale, de respirer l’air que respirent et que souillent des marmites de carrefour, d’entendre leurs propos, d’assister à leurs jeux, et quels jeux ! enfin d’être l’objet d’un caprice, d’un « béguin » d’une d’entre elles, et de subir le contact de mains, de lèvres, cherchant ses lèvres, sa gorge, son sexe…

(Léopold Lacour)

Maint’nant elle est chic, à c’que j’crois,
Elle a des bijoux, un’ voiture,
Sur l’boulevard j’la vois parfois :
Sa tête, on dirait d’la peinture,
Le soir, ell’ soupe avec un vieux,
Chez Brébant, où y a tant d’marmites…
P’t’êtr’ bien qu’au fond elle aim’rait mieux
Rev’nir à mes pomm’s de terr’ frites.

(Ch. de Saint-Héaut)

En t’filant la comète eun’ nuit,
Dans l’ombre il aperçut d’vant lui
Eun’ guérite :
Tant pis, qu’i s’dit, j’vas m’engager :
J’pourrai dormir, boire et manger
Sans marmite.

(Aristide Bruant)

anon., 1907 : Femme de mauvaise vie.

Menesse

M.D., 1844 : Ma femme.

un détenu, 1846 : Femme.

Delvau, 1864 : Femelle de l’homme en général — et, en particulier, de l’homme sans préjugés qu’on appelle maquereau.

En ai-je t’y reçu, de l’argent des menesses ! Oh ! là là !…

(Lemercier de Neuville)

Rigaud, 1881 : Prostituée, — dans l’ancien argot. — Femme à voleurs. — Gredine à la fleur de l’âge. — Fille de maison, — dans le jargon des troupiers.

Merlin, 1888 : Femme, maîtresse, catin, — de l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Prostituée. Fille ou femme de voleur.

Virmaître, 1894 : Femme (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Femme. Probablement du grec mènès, mois, lune, soit à cause des pertes mensuelles de la femme, soit à cause de son postérieur appelée lune, à moins que menesse ne vienne de l’allemand mensch, coureuse d’hommes.

Mère abbesse

Delvau, 1864 : Maîtresse d’un couvent de s’offre-à-tous : — Maquerelle.

Sortez vite et rentrez souvent,
Le jour baisse,
Servez votre abbesse ;
Mes filles, malgré pluie ou vent,
En avant, pour l’honneur du couvent.

(Béranger)

France, 1907 : Maîtresse de lupanar.

Momaque

Halbert, 1849 : Petit enfant. On dit aussi moutard.

Delvau, 1866 : s. m. Enfant, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Enfant.

— Elle a du vice cette momaque, et puis elle est assez gentille ! dit le policier en pourléchant ses grosses lèvres sensuelles. Car ce chasseur de femmes était grand amateur du gibier qu’il traquait.

(Edmond Lepelletier)

Môme

Ansiaume, 1821 : Enfant.

Elle est girofle comme si elle n’avoit point fait de mômes.

Delvau, 1866 : s. f. Jeune fille ; maîtresse, — dans l’argot des voleurs, pour qui elle ressemble plus à une enfant qu’à une femme. Ils disent aussi Mômeresse.

Delvau, 1866 : s. m. Petit garçon ; voyou ; apprenti, — dans l’argot des ouvriers. On pourrait croire cette expression moderne ; on se tromperait, car voici ce que je lis dans l’Olive, poème de Du Bellay adressé à Ronsard, à propos des envieux :

La Nature et les Dieux sont
Les architectes des homes
Ces deux (ô Ronsard) nous ont
Bâtis des mêmes atômes.
Or cessent donques les mômes
De mordre les écriz miens…

Rigaud, 1881 : Enfant. — Dans le patois poitevin on appelle un jeune homme, un jeune garçon un momon, un momeur.

Les chants finis, viennent les momons. Ce sont des garçons qui portent à la mariée un présent caché dans une corbeille.

(Ed. Ourliac, Le Paysan poitevin)

Les variantes sont, outre momard, momacque, momignard, mignard.

Ohé ! ohé ! les moutards, les moucherons, les momignards, qui est-ce qui s’ paye le Lazar ?

(A. Joly, Fouyou au Lazary, Chans.)

Môme d’altèque, jeune homme. — Môme, jeune fille, amante précoce, — dans le jargon des voleurs. — C’est ma môme, elle est ronflante ce soir. C’est ma maîtresse, elle a de l’argent ce soir.

Virmaître, 1894 : Petit. On appelle aussi une femme la môme. Il y en a de célèbres : la Môme-Fromage, la Môme-Goutte-de-Sperme, la Môme-Caca. On dit aussi momaque (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Petit, jeune, enfant.

France, 1907 : Fille, maîtresse de souteneur. « C’est ma môme, cette gironde, et ce qu’elle est bath au pieu ! »

— Pi-ouit !… Hop !… hop !… Barrez, les mômes, c’est la rousse : on va vous faire !

(A. Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

France, 1907 : Petit garçon ou petite fille ; du vieux français momme, grimace, d’où momerie.

— Grenipille, la marmaille
Va venir manger tes seins,
Un tas de mômes malsains
Qui grouilleront dans la paille
Sur tes bras pour traversins,
Elle dit : Vaille que vaille !
Je nourrirai mes poussins
D’aumônes ou de larcins,
Je suis enfant de canaille,
J’eus des aïeux assassins.
Et vous, êtes-vous des saints ?
— Grenipille, la marmaille
Va venir manger les seins.

(Jean Richepin)

Elle à douze ans, la pauvre môme,
Elle vend des fleurs chaque soir ;
Elle est pâle comme un fantôme,
Ses grands yeux sont cerclés de noir.

(Paul Nagour)

anon., 1907 : Enfant.

Môme, momaque

La Rue, 1894 : Enfant. Jeune maîtresse. Signifie aussi Éphestion de trottoir. Taper un môme, commettre un vol.

Môme, momignard, momaque

Larchey, 1865 : Petit enfant. — Du vieux mot momme : grimace. Les petits enfants en font beaucoup. — On dit encore momerie. En ce sens momaque et momignard sont les diminutifs dont Le second seul est pris en bonne part.

Les rats dont nous voulons parler sont des mômes.

(Paillet)

Elle entre avec un enfant dans un magasin et en faisant semblant de poser son momignard a terre.

(Id.)

Mordre les lèvres (se)

France, 1907 : Signe d’impatience et de dépit qui se rend encore par cette expression : serrer les lèvres comme un chat qui boit du vinaigre.
Homère dit qu’après un discours du jeune Télémaque, des aspirants à la main de sa mère Pénélope se mordirent les lèvres et gardèrent le silence.

Morue

d’Hautel, 1808 : J’en suis las comme d’une vieille morue. Se dit d’une personne que l’on supporte avec peine, dont on est fatigué, dégoûté.

Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie, qu’on pourrait appeler — si l’ichthyologie ne s’y opposait pas formellement — la femelle du maquereau.

Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu’on vous fait trois francs ; j’en offre un franc, moi, et la marchande m’appelle… — Oui, madame, elle vous appelle… morue !

(Gavarni)

Larchey, 1865 : Femme abjecte.

Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu’on vous fait trois francs ; j’en offre un franc, moi, et la marchande m’appelle… — Oui, madame, elle vous appelle… morue !

(Gavarni)

Delvau, 1866 : s. f. Femme sale, dégoûtante, — dans l’argot des faubouriens. Se dit aussi, comme injure, d’une Femme laide et d’une gourgandine.

Rigaud, 1881 : Femme qui pue ; salope, — dans le jargon des Halles. Épithète dont ces dames gratifient volontiers les bourgeoises qui déprécient la marchandise ou qui, marchandent trop. Mot à mot : qui pue comme une morue.

Rigaud, 1881 : Lot d’ouvrages manuscrits que les anciens colporteurs faisaient imprimer à leurs frais. — Les canards ont eu raison des morues.

La Rue, 1894 : Femme sale ou de mauvaise vie.

Virmaître, 1894 : Terme employé par les femmes des halles pour répondre aux râleuses qui leur offrent un prix dérisoire de leurs marchandises.
— Va donc, morue, faudrait-y pas te foutre du beurre avec et te le porter à ton poussier (Argot du peuple).

France, 1907 : Qualificatif que les voyous et leurs compagnes donnent volontiers à toute femme qui leur déplaît. On connait la charge de Gavarni :

— Vous voyez, Françoise, ce panier de fraises qu’on vous fait trois francs ; j’en offre un franc, moi, et la marchande m’appelle.
— Oui, Madame, elle vous appelle… morue.

 

On dissertait à n’en plus finir sur l’affaire : l’un prouvait qu’on devait fermer les maisons de tolérance ; l’autre en voulait aux maisons de passe ; celui-ci réclamait le célibat des concierges qui, mariés, n’enfantaient que des morues et des maquereaux… Les loges des concierges produisent quatre-vingt-dix-neuf pour cent des filles d’amour.

(Victorien du Saussay, L’École du vice)

Multa cadunt inter calicem supremaque labra

France, 1907 : « Beaucoup de choses tombent entre la coupe et les lèvres. » Locution latine tirée du critique Aulu-Gelle. Nous avons : « Il y a loin de la coupe aux lèvres. »

Nègre

d’Hautel, 1808 : Traiter quelqu’un comme un nègre. Le traiter d’une manière très-rigoureuse ; le maltraiter.

Virmaître, 1894 : Heure de minuit, à laquelle l’obscurité est la plus profonde (Argot des voleurs).

France, 1907 : « Corruption du mot nec, qui lui-même est une abréviation de nec plus ultra. En parlant d’un objet remarquable, on dit : « C’est le nègre ! » Le mot s’emploie au féminin. On dit : « J’ai la pipe négresse », c’est-à-dire la plus belle pipe et non, comme on pourrait le croire, la pipe la mieux culottée. »

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

France, 1907 : Dans l’argot littéraire, c’est un débutant de lettres ou un besoigneux qui travaille pour le compte d’un « littérateur arrivé ». Celui-ci l’appelle son secrétaire, secrétaire dont la fonction est d’écrire moyennant un mince salaire des romans-feuilletons qui le patron signe et dont il empoche le profit. Auguste Maquet fut longtemps le nègre d’Alexandre Dumas père. De nos jours, nombre de romanciers populaires dont on adore sinon les œuvres, mais la fécondité, n’obtiennent cette fécondité que grâce à une dizaine de nègres.

Le nègre se tue à ce métier, qui lui assure le pain quotidien, mais qui donne à l’exploiteur des bénéfices considérables ; un feuilleton qui était payé en moyenne vingt mille francs à d’Ennery lui en coûtait à peine cinq cents. Il n’est personne qui ne connaisse cet étrange commerce. Je pourrais citer les nègres qui sont morts, à bout de surmenage…

(Don Juan)

France, 1907 : Domestique pour les dures besognes, souffre-douleur.

À Paris y a des quartiers
Où qu’les p’tiots qu’ont pas d’métiers
I’s s’font pègre ;
Nous, pour pas crever la faim,
À huit ans, chez un biffin
On est nègre…

(Aristide Bruant)

Nettoyer les lucarnes

Fustier, 1889 : Dessiller les yeux.

Ô Mentor, vous me nettoyez les lucarnes, s’écria Idoménée.

(Les mistouf’s de Télémaque)

France, 1907 : Désiller les yeux de quelqu’un ; lui faire voir ce qu’il ne soupçonnait pas.

La petite soubrette fit tant qu’elle nettoya les lucarnes du baron et lui fit voir clair comme le jour qu’il était archi-cocu.

(Les Propos du Commandeur)

Pauvreté d’un homme (la)

Delvau, 1864 : Son membre, qui est une richesse pour lui — quand il est maquereau.

Il montra toute sa pauvreté.

(Moyen de parvenir)

N’avez-vous pas honte de montrer ainsi votre pauvreté !

(Cervantes)

Pet

d’Hautel, 1808 : Fier comme un pet. Pour dire, hautain, orgueilleux ; qui affecte l’air méprisant et dédaigneux.
Pet en l’air. On appeloit ainsi à Paris, il y a quelques années, une espèce de casaquin que portoient les femmes.
Pet de nonne. Espèce de pâtisserie soufflée.
Un pet à vingt ongles. Manière burles désigner l’enfant dont une fille est accouchée.
On tireroit plutôt un pet d’un âne mort. Se dit d’un homme avare et dur à la desserre.

Clémens, 1840 : Manquer un vol.

Delvau, 1866 : s. m. Embarras, manières. Faire le pet. Faire l’insolent ; s’impatienter, gronder. Il n’y a pas de pet. Il n’y a rien à faire là dedans ; ou : Il n’y a pas de mal, de danger.

Delvau, 1866 : s. m. Incongruité sonore, jadis honorée des Romains sous le nom de Deus Crepitus, ou dieu frère de Stercutius, le dieu merderet. Glorieux comme un pet. Extrêmement vaniteux. Lâcher quelqu’un comme un pet. L’abandonner, le quitter précipitamment.

Virmaître, 1894 : Signal convenu pour prévenir ses complices qu’il y a du danger.
— Pet, pet, v’là les pestailles.
On dit également :
— Au bastringue du Pou Volant, il y aura du pet ce soir (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Danger.

Sauvons-nous, il y a du pet.

France, 1907 : Bruit, tapage, plainte en justice. Faire du pet, causer du bruit, du scandale ; faire le pet, manquer son coup. Il y a du pet, les choses tournent mal ; les voleurs, les escarpes, les souteneurs, pour prévenir d’un danger, crient : Pet ! pet ! comme des collégiens disent : Vesse ! vesse !

— Dis donc, Paul, il parait qu’il y a du pet, ce soir ?
— Je te crois ! Et les maqués du passage ont écopé… Y a Julot qui a voulu défendre sa femme ; on l’a fourré dedans… Un coup de rébellion… Tu sais, avec ses six jugements, il est foutu de passer l’eau. Les gonzesses des Princes osent plus sortir… J’ai été les prévenir.
— Et ma sœur ?’Tas pas vu ma sœur ?

(Oscar Méténier)

Il n’y a pas de pet, tout est tranquille. Cette expression signifie également : C’est bien certain, il n’y a pas d’erreur.

La foi est-elle morte, bon dieu ? ou la putain d’Église va-t-elle se ravigotter, entassant dans son giron les bons bougres en foultitude ?
Y’a pas de pet ! la foi est morte ; le paysan ne croit plus aux balourdises du prêtre, il n’y croit plus et n’y croira jamais !

(Le Père Peinard)

Glorieux comme un pet, vaniteux à l’excès ; lâcher quelqu’un comme un pet, l’abandonner brusquement.

Pistole

d’Hautel, 1808 : Il est cousu de pistoles. Se dit pour exagérer la fortune de quelqu’un.
Pistole de gueux. Liard ; jeton.

Delvau, 1866 : s. f. Cellule à part, — dans l’argot des prisons, où l’on n’obtient cette faveur que moyennant argent. Être à la pistole. Avoir une chambre à part.

Virmaître, 1894 : Pièce de dix francs dans l’argot des maquignons et des bouchers. La pistole, dans les prisons, est une chambre à part où les détenus, par faveur et moyennant une redevance quotidienne, jouissent de quelques douceurs. Sous la Révolution, pour être à la pistole, à la Conciergerie, les prisonniers payaient pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois, et 25 livres 10 sous les mois suivants. Sous la Terreur, les prisonniers payaient 15 livres par nuit. Chaque lit rapportait 22 000 livres par mois. Alboize et A. Maquet qui me donnent ces chiffres dans leur Histoire des prisons de l’Europe, ajoutent que la Conciergerie était le premier hôtel garni de Paris. Les détenus qui sont à la pistole s’appellent des pistoliers (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Pièce de dix francs.

France, 1907 : Pièce de dix francs ; c’est l’ancienne pièces de dix livres tournois. Le mot est encore employé en province.
En terme de prison : être à la pistole, c’est avoir une cellule à part où l’on est nourri à ses frais. Le prisonnier traité de la sorte est appelé pistolier.

Poisson

d’Hautel, 1808 : Il avaleroit la mer et les poissons. Se dit d’un homme affamé qui mange avec beaucoup d’appétit, d’avidité ; d’un goulu.
La sauce vaut mieux que le poisson. Pour dire que l’accessoire vaut mieux que le principal.
Il ne sait à quelle sauce manger le poisson. Se dit par raillerie d’une personne qui a reçu un affront, une injure, et qui hésite sur ce qu’il doit faire.
Un poisson d’avril. Attrape que l’on fait à quel qu’un le premier de ce mois.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Souteneur.

Clémens, 1840 : Qui vit aux dépens d’une femme.

Halbert, 1849 : Souteneur, Amant d’une fille publique.

Delvau, 1864 : Maquereau, souteneur de filles.

Camille Fontallard, des poissons le monarque.

(Dumoulin)

Le perruquier jeune et actif est lui-même un poisson. Depuis un siècle, on l’appelle merlan ; mais quelquefois, souvent même, il cumule, — et ces dames ont des merlans — maquereaux.

Larchey, 1865 : « Jeune, beau, fort, le poisson ou barbillon est à la fois le défenseur et le valet des filles d’amour qui font le trottoir, » — Canler. — V. Mac, Paillasson.

Larchey, 1865 : Verre. — Du vieux mot poçon : tasse, coupe. V. Roquefort. — V. Camphre.

J’n’ suis pas trop pompette, Viens, je régale d’un poisson.

(Les Amours de Jeannette, ch., 1813)

Delvau, 1866 : s. m. Entremetteur, souteneur, maquereau.

Delvau, 1866 : s. m. Grand verre d’eau-de-vie, la moitié d’un demi-setier, — dans l’argot du peuple. Vieux mot certainement dérivé de pochon, petit pot, dont on a fait peu à peu poichon, posson, puis poisson.

Rigaud, 1881 : Mesure de vin, cinquième du litre. Il y a le grand et le petit poisson.

Rigaud, 1881 : Souteneur. Il nage dans les eaux de la prostitution.

La Rue, 1894 : Grand verre d’eau-de-vie. Souteneur.

France, 1907 : Mesure d’un demi-setier ; du vieux français poçon, tasse, dit Lorédan Larchey, mais plutôt parce que le contenu glisse dans le gosier comme un poisson dans l’eau.

Tous les matins, quand je m’lève,
J’ai l’cœur sans sus d’sous ;
J’l’envoie chercher cont’ la Grève
Un poisson d’quat sous.
Il rest’ trois quarts d’heure en route,
Et puis en r’montant,
I’m’lich’ la moitié d’ma goutte !
Qué cochon d’enfant !

(Les Plaintes de la portière)

France, 1907 : Souteneur ; argot populaire. Cette expression est déjà vieille, car d’après le Dictionnaire de Trévoux, on appelait déjà ainsi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle les individus se livrant à cette dégradante industrie ; mais on y ajoutait le mot avril. On lit, en effet, à l’article avril à la date de 1771 : « On appelle poisson d’avril un poisson qu’on nomme autrement maquereau, et, parce qu’on appelle du même nom les entremetteurs des amours illicites, cela est cause qu’on nomme aussi ces gens-là poissons d’avril. »
Les synonymes sont fort nombreux, ce qui prouve quelle place ce monde interlope occupe dans la société moderne. Bornons-nous à citer : Alphonse, Baigne-dans-le-beurre, barbise, barbe, barbillon, barbeau, bibi, benoit, brochet, bouffeur de blanc, casquette à trois ponts, chevalier du bidet, chevalier de la guiche, chiqueur de blanc, costel, cravate verte, dauphin, dos, dos d’azur, écaillé, fish (anglicisme), foulard rouge, guiche, goujon, gentilhomme sous-marin, gonce à écailles, lacromuche, marlou, mac, macque, macquet, macrottin, maquereau, maquignon à bidoche, marloupatte, marloupin, marlousier, marquant, mec, mec de la guiche, meg en viande chaude, monsieur à nageoires, à rouflaquettes, patenté, porte-nageoires, roi de la mer, rouflaquette, roule-en-cul, soixante-six, un qui va aux épinards, valet de cœur, visqueux, etc.

Léon Gambetta, peu flatté,
Nous apparait, décapité,
Dans sa sonnette,
Observant d’un œil polisson
Un autre groupe où le poisson
Porte casquette.

(Chanson du Père Lunette)

Pomaquer

Delvau, 1866 : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs. Être pomaqué. Être arrêté.

Rigaud, 1881 : Perdre, — dans le jargon des voleurs.

Boutmy, 1883 : v. intr. Se faire prendre, se faire pincer. Mot à peu près tombé en désuétude.

La Rue, 1894 : Perdre.

France, 1907 : Perdre ; argot des voleurs.

C’est la mère Michel qui a pomaqué
Son greffier.

(Chanson argotique de la mère Michel)

France, 1907 : Prendre ; argot des voleurs.

— En rangeant les cambrioles on a peut-être laissé se plaquer un gluant de carton, et je voudrais le pomaquer pour ma daronne.

(Jean Richepin)

Ce mot a aussi le sens d’arrêter : « Mon poteau s’est fait pomaquer par la rousse. »

Poseur de lapins

France, 1907 : Individu sans scrupules qui se procure gratis ce que certaines femmes ont coutume de vendre.

Le poseur de lapins se distingue du commun des hommes en ce que, né vertueux, il aime à voir lever l’aurore. Imiter à la perfection le rude accent des princes valaques, faire sonner l’or en ses goussets exclusivement garnis de frêles cuivreries chipées soit à des garçons de bains, soit à des croupiers de tripots, exceller à enjamber, plus léger que le zéphyr lui-même, un jeune corps endormi qui lui barre le chemin : tels sont les talents de société qui le recommandent à l’attention du philosophe maquereaulogiste.

(Georges Courteline)

Lé mot s’emploie aussi dans le sens de fumiste, hâbleur, faiseur de dupes.

Pour faire un candidat potable, il faut foutre les scrupules au rancart ; il faut être hâbleur, épateur, esbrouffeur, posticheur, cajoleur, hypocrite, metteur, poseur de lapins, monteur de bateaux, marchand d’orviétan… Il faut avoir tous les cynismes, nom de dieu !

(Le Père Peinard)

Et ceci démontre à gogo
À quelle blague un Lamartine
Peut en venir quand il tartine
Et quel poseur de lapins fut Hugo !

(Émile Bergerat)


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