d’Hautel, 1808 : C’est de l’algèbre pour lui. Locution métaphorique qui équivaut à, il ne comprend rien à ce travail, il y est tout-à-fait inhabile.
Algèbre
Aller où le roi ne va qu’à pied
Larchey, 1865 : Ce rappel à l’égalité est de tous les temps. On disait au dix-septième siècle :
C’est à mots couverts le lieu où l’on va se décharger du superflu de la mangeaille…
Scarron, qui n’a pas dédaigné de donner l’hospitalité à cette métaphore éminemment philosophique, ajoute :
C’est ce qu’on nomme à Paris, chez les personnes de qualité, la chaise percée ; car depuis environ vingt ans la mode est venue de faire ses nécessités sans sortir de sa chambre, et cela par un pur excès de propreté.
Allumette ronde (attraper une)
Rigaud, 1881 : Ressentir les premiers effets de l’ivresse ; une des nombreuses métaphores pour désigner la manière d’être d’un homme soûl. À des degrés divers, on dit : Avoir sa cocarde, avoir son plumet, être dans les vignes, dans les brindezingues, avoir son compte, son affaire, sa pointe, un coup de soleil, un coup de jus, un coup de sirop, être tout chose, éméché, parti, lancé, paf, pochard, soûlot, soulard, gavé, poivre, poivrot, raide comme balle, raide comme la justice. Voici, d’après M. Denis Poulot (le Sublime), les marches de l’échelle alcoolique, dans l’argot des ouvriers mécaniciens : 1o Attraper une allumette ronde : il est tout chose ; 2o Avoir son allumette-de marchand de vin : il est bavard et expansif ; 3o Prendre son allumette de campagne, ce bois de chanvre soufré des deux bouts : il envoie des postillons et donne la chanson bachique ; 4o Il a son poteau kilométrique : son aiguille est affolée, mais il retrouvera son chemin ; 5o Enfin le poteau télégraphique, le pinacle : soulographie complète, les roues patinent, pas moyen de démarrer ; le bourdonnement occasionné par le vent dans les faïences est cause du choix.
Amandes de pain d’épice
Delvau, 1866 : s. f. pl. Dents noires et rares. Argot des faubouriens. L’expression a été employée par le duc de Grammont-Caderousse qui, le soir de la Ire représentation du Cotillon, au Vaudeville, avait cassé trois dents à un quidam.
Rigaud, 1881 : Grandes dents d’anglaise. Pour que rien ne se perde dans la langue métaphorique de l’argot, on appelle, par contre, « dents d’anglaise » les amandes de pain d’épice.
France, 1907 : Dents noires et sales.
Âne
d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier les ânes se battent. Locution proverbiale qui signifie que la mésintelligence et la discorde se mettent bientôt dans un ménage où l’indigence se fait sentir.
Un roussin d’Arcadie. Pour dire un baudet ; un âne.
Faire l’âne pour avoir du son. Feindre d’ignorer une chose dont on est parfaitement instruit, à dessein de se moquer ensuite de celui à qui on veut la faire raconter.
Méchant comme un âne rouge. Proverbe qui se dit d’un enfant espiègle et mutin, capable de toutes sortes de malices.
Il y a plus d’un âne à la foire qui s’appelle Martin. Se dit à celui qui, par la ressemblance des noms de deux personnes, a commis quelqu’équivoque.
Brider l’âne par la queue. Faire une chose à rebours ; la commencer par où elle doit finir.
Faute d’un point, Martin perdit son âne. Signifie qu’il s’en est fallu de bien peu de chose, que l’on ne gagnât la partie au jeu.
Chercher son âne quand on est dessus. Chercher une chose que l’on tient sans y prendre garde, comme il arrive quelquefois que l’on cherche son chapeau lorsqu’on le tient à la main ou qu’on l’a sur la tête.
Tenir son âne par la queue. Prendre ses mesures, se précautionner pour ne pas perdre ce que l’on ne possède que d’une manière incertaine.
Un âne bâté. Mot injurieux qui signifie sot, stupide, ignorant.
Sangler quelqu’un comme un âne. Au propre, le serrer dans ses habits à l’étouffer ; au figuré, le traiter avec la dernière rigueur.
C’est le pont ou la poste aux ânes. Pour dire qu’une chose est très-facile à faire lorsqu’on y est habitué ; que ce n’est qu’une routine.
Des contes de peau d’âne. Des discours dénués de vraisemblance : vieilles histoires dont on berce les enfans.
Il est bien âne de nature, celui qui ne peut lire son écriture. Dicton usité en parlant d’un homme excessivement ignorant ; ou de celui qui écrit tellement mal, qu’il ne peut lui-même se déchiffrer.
Elle ne vaut pas le pet d’un âne mort. Se dit d’une personne que l’on méprise extrêmement, et d’une chose à laquelle on n’accorde aucune espèce de valeur.
Monter sur l’âne. Pour dire, faillir, faire banqueroute, mettre la clef sous la porte.
Avoir des oreilles d’âne. Au propre, avoir de grandes oreilles ; et métaphoriquement, être d’une lourde ignorance.
L’âne du commun est toujours le plus mal bâté. Signifie qu’on s’inquiète peu de tout bien qui n’est pas particulier.
Boire en âne. Locution bachique qui équivaut à faire du vieux vin ; ne pas vider son verre tout d’un trait.
Têtu comme un âne, comme un mulet. Extrêmement opiniâtre.
On ne sauroit faire boire un âne, s’il n’a soif. Façon de parler incivile, pour dire qu’il n’est pas aisé de contraindre un obstiné à faire quelque chose contre sa volonté.
Arcat (monter un)
Larchey, 1865 : Écrire de prison à un provincial, et lui demander une avance sur un trésor enfoui dans son pays et dont on promet de lui révéler la place. La lettre qui sert à monter l’arcat s’appelle lettre de Jérusalem, parce qu’on l’écrit sous les verrous de la Préfecture. Vidocq assure qu’en l’an VI, il arriva de cette façon plus de 15.000 fr. à la prison de Bicêtre. Vient d’arcane : mystère, chose cachée.
Rigaud, 1881 : Mystifier dans le but de voler. — Il y a une dizaine d’années, plusieurs personnes reçurent des lettres d’arcat, écrites par des prisonniers espagnols et dans lesquelles, en retour d’une certaine somme, on s’engageait à révéler l’endroit où l’impératrice Eugénie, en quittant la France, avait caché ses bijoux. Arcat vient d’arcane, mystère.
Cette fois c’est Midhat-Pacha qui, exilé, avant de s’embarquer pour Brindisi, confia à l’auteur de la lettre, son prétendu secrétaire, une cassette contenant une dizaine de millions. C’est toujours le même roman de la cassette enterrée, des plans qui serviront à la retrouver et qui sont dans une malle saisie qu’il faut dégager et qui exige une certaine somme qu’on demande aux destinataires de la lettre.
(Petit Journal du 14 sept. 1878)
L’arcat ou lettre de Jérusalem était pratiquée au XVIIIe siècle, avec tout autant de succès que de nos jours. Nous en trouvons un exemple relaté dans le Paris métamorphosé de Nougaret, (an VII)
La Rue, 1894 : Écrire de prison à une dupe, une Lettre de Jérusalem pour demander une avance d’argent sur un prétendu trésor enfoui dont on promet de révéler la place.
Archet
d’Hautel, 1808 : Faire grincer l’archet. Jouer du violon à la manière des ménétriers ; cette métaphore n’est usitée qu’en parlant d’un croque-note, d’un mauvais musicien.
Il a passé sous l’archet. Se dit d’un réprouvé, d’un homme chargé d’opprobre et d’infamie, sur lequel la justice a déployé en différentes circonstance toute sa sévérité.
Ardillon
d’Hautel, 1808 : Pointe de métal attachée à la chape d’une boucle ; le peuple dit, par corruption, Arguillon.
Delvau, 1864 : Le membre viril, soit parce qu’il pique, soit parce qu’il brûle.
Au lieu de sentir lever son ardillon, il se sentait plus froid qu’à l’ordinaire.
(D’Ouville)
Je sens ton ardillon… Ah ! je le sens… Chien ! chien ! tu me brûles…
(Baron Wodel)
Argent
d’Hautel, 1808 : On donne vulgairement à ce précieux métal, des noms plus bizarres les uns que les autres. Voici les principaux : de l’Aubert ; du Baume ; de la Mazille ; du Sonica ; des Sonnettes. Tous ces mots servent alternativement à désigner l’or, l’argent, le cuivre, en tant que ces métaux sont monnoyés, et qu’ils ont une valeur nominale.
L’argent est rond c’est pour rouler. Se dit pour excuser les folles dépenses et les prodigalités d’un bélître, d’un dissipateur.
Vous ne faites argent de rien. Reproche obligeant et bourgeois que l’on adresse à un convive qui ne fait pas honneur à la table, ou qui semble ne pas manger de bon appétit.
Manger de l’argent. Expression métaphorique, qui équivaut à dissiper, dépenser avec profusion, se ruiner.
Il a mangé plus gros que lui d’argent. Se dit par exagération d’un homme dépensier et prodigue, dont la jeunesse a été fort déréglée.
Faire argent de tout. C’est-à-dire, faire toutes sortes de commerce ; se procurer de l’argent de tout ce qui tombe sous la main. Se prend aussi en bonne part, et signifie être d’une humeur égale et facile, s’accommoder aux circonstances les plus désagréables.
Il y va bon jeu bon argent. Pour il agit avec franchise et loyauté ; ses intentions sont remplies de droiture.
C’est de l’argent en barre. Et plus communément, C’est de l’or en barre. Se dit pour vanter la Solvabilité de quelqu’un ; et signifie que ses promesses valent de l’argent comptant.
Il est chargé d’argent comme un crapaud de plumes. Façon de parler burlesque, qui signifie qu’un homme est absolument dépourvu d’argent.
Mettre du bon argent contre du mauvais. Faire des dépenses pour une chose qui n’en vaut pas la peine ; plaider contre un insolvable.
Point d’argent point de suisse. C’est-à-dire, rien pour rien.
Bourreau d’argent. Prodigue, dissipateur ; panier percé.
Qui a assez d’argent a assez de parens. Proverbe qui n’a pas besoin d’explication.
Jeter l’argent à poignée, ou par les fenêtres. Le dépenser mal à propos, et sans aucune mesure ; en faire un mauvais usage.
Qui a de l’argent a des pirouettes. C. à d. qu’avec ce maudit métal on obtient tout ce qu’on veut.
Il veut avoir l’argent et le drap. Se dit d’un usurier, d’un homme rapace qui veut tout envahir.
Il a pris cela pour argent comptant. Se dit par raillerie d’un homme simple et crédule que l’on est parvenu à tromper par quelque subterfuge.
Argent comptant porte médecine. Pour dire que l’argent comptant est d’un grand secours dans les affaires.
C’est de l’argent changé. Dicton des marchands, pour persuader aux chalands que la marchandise qu’ils achettent est à très-bon compte, et qu’ils n’y gagnent rien.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Signifie que de belles paroles, de beaux discours, ne suffisent pas pour remplir les engagemens, que l’on a contractés envers quelqu’un.
N’être point en argent. Gallicisme qui signifie, être gêné, n’avoir point de fonds disponibles.
Armer
d’Hautel, 1808 : Armé jusqu’aux dents. Se dit par métaphore, d’un homme peureux et poltron, qui s’arme plus que ne l’exige sa sûreté personnelle.
Assommoir
Delvau, 1866 : s. m. Nom d’un cabaret de Belleville, qui est devenu celui de tous les cabarets de bas étage, où le peuple boit des liquides frelatés qui le tuent, — sans remarquer l’éloquence sinistre de cette métaphore, que les voleurs russes semblent lui avoir empruntée, en la retournant pour désigner un gourdin sous le nom de vin de Champagne.
Rigaud, 1881 : Débit de liqueurs, comptoir de marchand de vin.
Les assommoirs sont des mines à poivre ou boîtes à poivre.
(Le Sublime)
J’entrerai en face, au petit assommoir.
(Ad. d’Ennery, Les Drames du cabaret, 1864)
Merlin, 1888 : Cabaret où l’on vend de la mauvaise eau-de-vie, ou cette boisson même.
Virmaître, 1894 : Boutique où l’on vend des liqueurs vitriolées qui assomment les buveurs. Le premier assommoir, bien avant celui du fameux Paul Niquet, fut créé vers 1810, rue de la Corderie, près du Temple, par un nommé Montier. Cet empoisonneur charitable avait fait établir dans son arrière-boutique une chambre spéciale pour les assommés ; la paille servait de litière, des pavés servaient d’oreillers. Cette chambre s’appelait la Morgue (Argot du peuple).
France, 1907 : Cabaret. — Voir Abreuvoir.
Attendre l’omnibus
France, 1907 : Lorsqu’un voleur fait le guet à une heure indue et dans quelque endroit isolé, il répond aux agents qui l’ont surpris et lui demandent ce qu’il fait là, qu’il attend l’omnibus. Tout le monde sent la justesse et l’ironie de cette expression. Rien ne rappelle, en effet, l’attitude du voleur qui se tient aux écoutes, pendant que ses complices font leur main, comme celle du bourgeois ou de la bourgeoise qui attend l’omnibus.
Le président. — Vous êtes accusés d’avoir assassiné un invalide qui rentrait à l’hôtel.
Boulard. — De quoi ?… C’est pas vrai… Ah !
Le président. — Que faisiez-vous sur l’esplanade des invalides à une heure du matin ?
Boulard. — De quoi ?… J’attendais l’omnibus… Ah !
(Alph. Karr, Les Guêpes)
Et en attendant l’omnibus, cet honnête coquin tuait l’invalide… pour lui voler son nez d’argent ! Il paya ce nez de sa tête.
Les voleurs ainsi surpris s’excusaient autrefois en disant qu’ils cherchaient leur chien. On les appelait chercheurs de barbet.
(Oudin, Curiositez françoises)
Toute invention nouvelle est la source de quantité d’expressions qui passent bientôt du sens propre dans le sens figuré, et donnent lieu à une foule de métaphores. C’est par là que les langues s’enrichissent, que les idées s’étendent et deviennent plus claires, parce qu’on a plus de mots pour les exprimer. C’est au goût à faire le choix de ces mots et à les appliquer.
(Ch. Nisard)
Attrape-science
Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.
Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.
France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.
Auber ou aubert
France, 1907 : Argent ; argot des voleurs. Ce mot date de loin et ne serait qu’un jeu de mots du moyen âge où la maille était une monnaie et le haubert une cotte de mailles. Avoir de l’aubert était donc, comme dit Charles Nisard, être couvert de mailles ou d’argent. Le nombre de mots pour désigner le « vil métal » est considérable et prouve le rôle important qu’il joue dans le monde d’en bas comme dans celui d’en haut. Nous avons : achetoires, beurre, bille, braise, carle, cercle, cigale, cuivre, dale, douille, face, galette, graisse, huile, jaunet, médaille, métal, mitraille, monacos, monarque, noyaux, patard, pèze, philippe, picaillon, pimpion, quantum, quibus, rond, roue de derrière, roue de devant, sine qua non, sit nomen, sonnette, thune, vaisselle de poche, etc.
Plus d’aubert nestoit en fouillouse.
(Rabelais)
Baguenaudier
d’Hautel, 1808 : Au propre, l’arbuste qui, produit les baguenaudes, gousses remplies d’air que les enfans s’amusent à faire claquer en les pressant entre leurs doigts. Métaphoriquement, homme oisif, musard et paresseux.
Bassinet (cracher au)
Rigaud, 1881 : Donner de l’argent de mauvaise grâce. Autrefois à l’église, et encore aujourd’hui, les offrandes, au moment de la quête, sont déposées dans un plat de métal, dans un bassin. — Cracher au bassinet. Avouer, se décider à parler.
Une fois ! deux fois ! tu ne veux pas cracher au bassinet ?
(J. Lermina, Les Chasseurs de femmes, 1879)
Berlauder
Delvau, 1866 : v. n. Flâner, aller de cabaret en cabaret. Argot des faubouriens. Cette expression est certainement le résultat d’une métathèse : on a dit, on dit encore, berlan pour brelan, berlandier pour brelandier, — et berlauder pour brelander.
France, 1907 : Corruption de brelander, courir de cabaret en cabaret ; argot populaire.
Beurre
d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.
Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.
Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.
Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.
(Chansons, Avignon, 1813)
Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).
Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.
Rigaud, 1881 : Argent.
La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.
Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.
France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.
Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.
(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)
Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.
Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.
(Germinal)
Blanc
d’Hautel, 1808 : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin. Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.
M.D., 1844 : Connu.
Delvau, 1866 : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.
Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].
Rigaud, 1881 : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.
Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.
(L. Festeau, Le Tapageur)
Rigaud, 1881 : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.
Hayard, 1907 : Argent.
France, 1907 : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants trouvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.
L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.
(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)
Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.
France, 1907 : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.
Bordel
d’Hautel, 1808 : Terme bas et de mépris dont on évite soigneusement l’emploi dans la bonne compagnie, et qui ne se dit au propre que d’un lieu de débauche et de prostitution ; et au figuré d’un tripot, d’une maison où tout est désordre et confusion.
Delvau, 1864 : Couvent de femmes qui ont fait vœu de lubricité. C’est le ganea (γάνος, joie) des Anciens, ordinairement situé loin de la ville, et la Borde (petite maison) des Modernes, située aussi dans la campagne, loin des regards indiscrets.
L’on envoie au conscience au bordel, et l’on tient sa contenance en règle.
(P. Charbon)
Misérable Philis, veux-tu vivre toujours
Un pied dans le bordel, l’autre dans la taverne ?
(Mathard)
Cependant vengeons-nous
Sur la grosse Cateau, qui tient bordel infâme.
(La Fontaine)
Delvau, 1866 : s. m. Prostibulum, — dans l’argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d’autres :
Miex ne voulaist estre mesel
Et ladres vivre en ung bordel
Que mort avoir ne le trespas.
dit l’auteur du roman de Flor et Blanchefleur.
Delvau, 1866 : s. m. Petit fagot de deux sous, — dans l’argot des charbonniers.
Rigaud, 1881 : Bruit, vacarme. — Faire un bordel d’enfer, faire beaucoup de bruit.
Rigaud, 1881 : Petit fagot de deux sous, — dans le jargon des charbonniers. — Petit paquet de linge sale, — dans le jargon des blanchisseuses. — Faire un bordel, laver un paquet de linge à soi appartenant.
Fustier, 1889 : Outils, instruments, objet quelconque.
France, 1907 : Débit de chair humaine.
On appelait autrefois borde une cabane, une maisonnette, et même une petite métairie, située à l’extrémité d’une ville. Le bordelier était l’hôte qui l’habitait. On en a fait depuis le mot bordel, parce que les lieux de prostitution étaient placés dans les faubourgs. Du saxon bord, maison.
(Glossaire de Rabelais)
Jeunes gens, défiez-vous des bordels, craignez la vérole et les sergots.
On m’a fait du bordel un bien sombre tableau… — Des Pontmartin !… laissez dire les imbéciles ; Tous les métiers sont bons en ces temps difficiles.
(Albert Glatigny)
Braise, braiser, abouler de la braise
Delvau, 1864 : De l’argent, dans le langage des filles, parce que ce métal brille comme charbon allumé — surtout lorsque c’est de l’or, — et que c’est avec cela qu’on les chauffe.
Cadratins
Boutmy, 1883 : s. m. pl. Petits parallélépipèdes de même métal et de même force que les caractères d’imprimerie, mais moins hauts que les lettres de diverses sortes. Ils servent à renfoncer les lignes pour marquer les alinéas et portent sur une de leurs faces un, deux ou trois crans. Jeu des cadratins. On joue avec ces petits prismes rectangulaires à peu près comme avec les dés à jouer. Les compositeurs qui calent, et même ceux qui ne calent pas, s’amusent quelquefois à ce jeu sur le coin d’un marbre. Quand le joueur n’amène aucun point, on dit qu’il fait blèche. Il va sans dire que l’enjeu est toujours une chopine, un litre ou toute autre consommation. Les typographes appellent aussi cadratin le chapeau de haute forme, désigné dans l’argot parisien sous le nom si juste et si pittoresque de tuyau de poêle.
Cancans (faire des)
France, 1907 : Bavarder sur le compte d’autrui, faire des commérages, débiter des médisances. Quelques étymologistes, Littré entre autres, font remonter l’origine de ce mot à une dispute de professeurs de la Sorbonne, qui, au temps du célèbre Ramus, n’étaient pas d’accord sur la manière de prononcer les mots latins quisquis, quanquam. Les uns voulaient que l’on prononçât kiskis, kankan, les autres kouiskouis et kouankouam, ce qui reste conforme à la tradition. Ramus, s’étant moqué de la première façon, affecta dans le cours de la discussion, de dire plusieurs fois kankan en appuyant sur le ton nasillard. Les partisans de kankan protestèrent avec énergie ; il y eut, comme dans toutes les contestations littéraires, beaucoup d’aigreur et d’amertume, de paroles oiseuses et inutiles, si bien qu’un des assistants impatienté s’écria : « Voilà bien des cancans pour rien. »
L’avis de Ramus l’emporta ; ses élèves dirent quanquam malgré l’anathème dont la Sorbonne menaça quiconque oserait prononcer ainsi, et l’on ne conserva la prononciation de kankan que pour se moquer des sorbonnistes.
Tout cela est fort naturel et très croyable, mais on trouve dans le vieux français, bien antérieurement à la dispute de Ramus, le mot caquehan, assemblée tumultueuse, querelle bruyante, qui n’est lui-même qu’une onomatopée de bruit incessant que font entre eux les canards et les oies. L’imagination populaire, dit avec raison Maurice Lachâtre, aura saisi quelque ressemblance entre ces cris fatigants et la voix chevrotante de vieilles femmes occupées à médire, et il n’en a pas fallu davantage pour faire passer cette métaphore dans la langue usuelle.
Tout autour de l’espace réservé aux ébats choréographiques, sur les banquettes de velours rouge fané les mères potinent, rapprochant dans de traitresses confidences leurs bonnets enrubannés. Ce qu’il se dit de scélératesses, sur ces banquettes rouges, de cancans perfides ! ce qu’il s’y détruit de réputations !
(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)
Cas
d’Hautel, 1808 : Mettre des si et des cas dans une affaire. Signifie, hésiter, tâtonner, barguigner ; être dans l’incertitude ; ne savoir à quoi se décider.
Tous vilains cas sont reniables. Parce qu’il est de la foiblesse humaine de nier les fautes que l’on a commises.
On dit faire son cas. Pour se décharger le ventre ; faire ses nécessités.
Delvau, 1864 : Le membre viril aussi bien que la nature de la femme.
Un capucin, malade de luxure,
Montroit son cas, de virus infecté…
(Piron)
Je croyois que Marthe dût être
Bien parfaite en tout ce qu’elle a ;
Mais, à ce que je puis connoître,
Je me trompe bien à cela,
Car, bien parfaite, elle n’est pas
Toujours en besogne à son cas.
(Berthelot)
Qui a froid aux pieds, la roupie au nez, et le cas mol, s’il demande à le faire, est un fol.
(Moyen de parvenir)
Mon cas, fier de mainte conquête.
En Espagnol portoit la tete.
(Régnier)
Il avoit sa femme couchée près de lui, et qui lui tenoit son cas à pleine main.
(Brantôme)
Les tétons mignons de la belle,
Et son petit cas, qui tant vaut.
(Marot)
Le cas d’une fille est fait de chair de ciron, il démange toujours ; et celui des femmes est de terre de marais, on y enfonce jusqu’au ventre.
(Brantôme)
La servante avait la réputation d’avoir le plus grand cas qui fût dans le pays.
(D’Ouville)
Delvau, 1866 : s. m. La lie du corps humain, les fèces humaines, dont la chute (casus) est plus ou moins bruyante. Faire son cas, Alvum deponere. Montrer son cas. Se découvrir de manière à blesser la décence.
France, 1907 : Le derrière, où ce qui en sort. Montrer son cas, faire son cas.
Et parce qu’un ivrogne a posé là son cas,
Pourquoi, mèr’ Badoureau, faire autant de fracas !
Cela pourra servir d’enseigne à votre porte
Il a l’odeur du cuir ; il est vrai qu’elle est forte.
(Vieux quatrain)
Les écrivains du XVIe siècle appellent cas ce que Diderot a plus tard appelé bijou. Au chapitre LXIV du Moyen de parvenir, l’auteur s’adresse aux femmes qui se font un revenu de leur cas. « Je vous dis que vous mesnagiez bien vos métairies naturelles. »
Cé
Clémens, 1840 : Argent.
Larchey, 1865 : Argent. V. Chêne.
La Rue, 1894 : Argent (métal). Tout de cé, très bien.
France, 1907 : Argent. Attache de cé, boucle d’argent. Bogue de cé, montre d’argent. Tout de cé, très bien. De cé, sérieusement.
Le prince en ruolz se présenta dans une famille et épousa de cé une riche héritière : puis, le lendemain même de son mariage, il prit la fuite avec la dot se montant à plusieurs millions.
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)
Céladon
Delvau, 1866 : s. m. Vieillard galant, — dans l’argot des bourgeois, dont les grand’mères ont lu l’Astrée. On dit aussi Vieux céladon.
France, 1907 : Vieillard galant. Amant qui a passé l’âge d’aimer ou ridicule et langoureux, Celadon est un berger de célèbre pastorale allégorique d’Honoré d’Urfé qui eut un grand succès pendant le XVIIe siècle. Ce personnage, qui joue un rôle important dans cette œuvre volumineuse et illisible de nos jours, passe sa vie aux pieds de sa bergère, attentif à exécuter ses ordres, débitant des phrases langoureuses, et exprimant de grands sentiments. Honoré d’Urfé a tiré ce nom des Métamorphoses d’Ovide.
Changeur
Delvau, 1866 : s. m. Le Babin chez lequel les voleurs vont, moyennant trente sous par jour, se métamorphoser en curés, en militaires, en médecins, en banquiers, selon leurs besoins du moment.
Rigaud, 1881 : Filou partisan du libre échange qui, dans les restaurants, les cafés, troque son affreux pardessus contre un pardessus tout flambant neuf. En été cet honnête industriel en est réduit à l’échange du chapeau.
Rigaud, 1881 : Loueur de costumes pour messieurs les voleurs. Le changeur tenait une garderobe variée, grâce à laquelle sa clientèle pouvait se travestir selon les besoins du crime. Encore une industrie disparue, encore un industriel sur le pavé.
La Rue, 1894 : Marchand d’habits fournissant aux voleurs des vêtements pour se déguiser.
Virmaître, 1894 : Le fripier chez lequel les voleurs vont se camoufler moyennant un abonnement : tout comme les avocats chez le costumier du barreau. Ils trouvent là tous les costumes nécessaires pour leurs transformations (Argot des voleurs).
France, 1907 : Marchand d’habits qui fournit de déguisements les voleurs.
Chasseur
d’Hautel, 1808 : Un bon chasseur ne chasse jamais sur ses terres. Signifie qu’un homme adroit ne se livre à aucun écart dans les contrées, qu’il habite.
Clémens, 1840 : Celui qui vole son camarade.
Fustier, 1889 : Domestique, petit groom qui, dans les cafés et restaurants bien tenus, est à la disposition des consommateurs, pour faire leurs commissions.
France, 1907 : Sorte de jeu de billard joué généralement dans les sous-sols des cafés. Le nombre des joueurs est illimité et le droit de cagnotte se monte à dix pour cent. C’est un plateau de métal percé de trous où il faut faire arrêter la bille. Chaque trou est désigné par un nom de gibier et celui où l’on gagne est le trou du chien.
Chiasse
d’Hautel, 1808 : Au propre, écume des métaux, excrémens de la mouche et du ver. On dit aussi figurément par mépris de quelqu’un ou de quelque chose dont on veut diminuer la valeur, C’est de la chiasse. N’est-ce pas une belle chiasse ? C’est la chiasse du genre humain.
Delvau, 1866 : s. f. Chose de peu de valeur ; marchandise avariée. Même argot [du peuple]. Chiasse du genre humain. Homme méprisable.
Delvau, 1866 : s. f. Diarrhée, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des faubouriens, disrespectueux de la femme en général et en particulier.
Virmaître, 1894 : Vieille fille publique. C’est le dernier degré de l’abaissement (Argot des souteneurs).
France, 1907 : Diarrhée. Vieille fille publique. Se dit aussi de choses ou de marchandises avariées ou sans valeur.
anon., 1907 : Diarrhée.
Chien
d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger. Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache. Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux. Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort. Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.
Halbert, 1849 : Secrétaire.
Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.
Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.
Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.
(d’Hautel, 1808)
N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.
Larchey, 1865 : Compagnon.
Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.
(Biéville)
Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.
Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.
Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.
Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.
Rigaud, 1881 : Avare.
Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.
(A. Tauzin, Croquis parisiens)
Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.
Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.
Notre pion est diablement chien.
(Albanès, Mystères du collège, 1845)
Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.
Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.
La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.
France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :
Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.
Cinq
d’Hautel, 1808 : Vous en avez cinq lettres. Manière précieuse de dire à quelqu’un vous en avez menti.
Donner une giroflée à cinq feuilles à quelqu’un. Métaphore burlesque qui signifie appliquer un soufflet à quelqu’un.
On dit aussi dans le même sens, Donner cinq et quatre, la moitié de dix-huit.
Mettre cinq et retirer six. Se dit par plaisanterie des gens mal élevés, qui mettent les cinq doigts au plat et qui en retirent quelque bon morceau que l’on compte pour le sixième.
Citron
d’Hautel, 1808 : Jaune comme un citron. Expression métaphorique, pour exprimer qu’une personne a la jaunisse, ou toute autre maladie qui altère sa couleur naturelle.
Larchey, 1865 : Note aigre.
Trois citrons à la clef.
(Nadar)
Rigaud, 1881 : Tête, — dans le jargon des voleurs.
Virmaître, 1894 : Se dit d’un individu qui n’a jamais à la bouche que des paroles amères pour tous (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : La tête.
Ne te casse pas le citron à chercher, tu ne trouveras pas.
Hayard, 1907 : Tête.
France, 1907 : Tête. Note aigre, aiguë.
Clair
d’Hautel, 1808 : Tu n’es pas fils de vitrier, on ne voit pas clair à travers ton corps. Locution métaphorique et plaisante pour dire à quelqu’un qui se met devant votre jour, qu’il s’en ôte, afin que l’on puisse voir clair.
C’est tout clair ; c’est clair et net. Expression adverbiale très-usitée dans la mauvaise conversation, et qui équivaut à c’est entendu, c’est évident ; rien n’est plus véritable.
Clair comme de l’eau trouble. Expression contradictoire, pour dire qu’une affaire est très-embrouillée.
Faire de l’eau claire. Prendre de la peine inutilement, faire de fausses démarches.
Larchey, 1865 : Œil. — Allusion à l’éclat du regard.
Allumez vos clairs et remouchez.
(Balzac)
Rigaud, 1881 : Œil, — dans le jargon des voleurs. — Souffler ses clairs, dormir.
Cliché
Larchey, 1865 : Invariable. — Synon. de Stéréotypé et emprunté comme lui à certains procédés d’impression.
Tel est le discours cliché que le vénérable baron Taylor a en réserve pour toutes les circonstances.
(Figaro)
Delvau, 1866 : s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée, — dans l’argot des gens de lettres.
Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Avoir la cliché. Le petit vin d’Argenteuil donne la cliché.
Boutmy, 1883 : s. m. Réplique ou propos qui est toujours le même. Tirer son cliché, c’est avoir toujours la même raison à objecter ou dire constamment la même chose.
France, 1907 : Banalité ressassée à la tribune ou dans la presse. Tirer son cliché, répéter toujours la mème chose.
Un paquet tout fait, que chacun se repasse de confiance, sans avoir jamais eu l’indiscrétion de l’ouvrir. C’est le paletot, l’écaille du lieu commun.
(Dr Grégoire, Turlutaines)
Qu’est-ce qui a jamais su ce que c’était, au fond, qu’un honnête homme ? On condamne, tous les jours, en police correctionnelle, des gens arrivés à la limite de la vie et qui, la veille encore de l’arrêt, passaient pour « d’honnêtes gens ! » Ainsi des « femmes fidéles » dont la vertu n’attend que la découverte de l’adultère : ainsi des « amies dévouées » dont une trahison ferait déchirer le masque demain ; ainsi des « politiques habiles » qui sont toujours à la veille de faire quelque abominable sottise. Autant de clichés qui ne demandent qu’à être démentis par les événements. Feuilles mortes, feuilles mortes que le vent emporte sur les allées humides du bois, vous êtes l’image de toutes ces choses, dans le fragile néant où nous sommes nous mêmes emportés.
(Armand Silvestre)
Closier
France, 1907 : Métayer ; vieux mot.
Rouge, les yeux brillants, le front ceint de verveines,
Par le chemin qui mène aux granges du closier,
La bien-aimée accourt émue, et les mains pleines
De grands coquelicots et de fleurs de fraisier.
(André Theuriet)
Coire
Halbert, 1849 : Ferme ou métairie.
Delvau, 1866 : s. f. Ferme, métairie, — dans l’argot des voleurs.
La Rue, 1894 : Ferme. Chef de bande.
Virmaître, 1894 : Ferme ou métairie (Argot des voleurs).
France, 1907 : Chef. Corruption de coëre.
— Je rencontrai des camarades qui avaient aussi fait leur temps ou cassé leur ficelle. Leur coire me proposa d’être des leurs ; on faisait la grande soulasse sur le trimar.
(Victor Hugo)
France, 1907 : Ferme où métairie.
Con
Delvau, 1864 : Métaphoriquement, Imbécile. Les vers suivants commentent cette acception particulière et impertinent :
Qu’ça soit étroit, qu’ça soit large,
Qu’ça soit gris, noir, blanc ou blond,
Qu’ça bande ou bien qu’ça décharge,
Rien n’a l’air bêt’ comme un con.
Fustier, 1889 : Monosyllabe injurieux que le peuple a constamment à la bouche et qu’il emploie à propos de tout et à propos de rien.
France, 1907 : Nature de la femme, du latin cunnus. Ce mot est le synonyme de lâche, d’imbécile. Con comme la lune, triple idiot.
Conter fleurette
France, 1907 : Débiter des riens aimables, faire des compliments aux jeunes femmes et aux jeunes filles.
On sent, Claudine, en te contant fleurette,
Qu’il est plus doux, plus piquant pour l’amour
De chiffonner ta simple collerette,
Que les clinquants d’une riche toilette
Dont sont chargés tous nos tétons de cour.
Cette locution est fort ancienne : en voici l’origine :
Les jardiniers faisaient le commerce des roses qu’ils vendaient fort cher à la cour de Philippe Le Bel et de Louis le Hutin, ainsi qu’aux couples qui fréquentaient leurs treilles ombragées de rosiers. La locution conter fleurette trouve là son origine, parce que de hautes dames, des damoiselles et des damoiseaux de la Cité venaient au milieu des roses danser de belles caroles et se chuchotaient à l’oreille.
Cette explication est, en effet, conforme à Bescherelle, Littré et quelques autres savants, qui pensent que c’est par une métaphore facile à saisir que des propos galants ont été assimilés à une petite et jolie fleur. Littré ajoute que nous avions le mot fleureter, babiller, dire des riens, que les académiciens out supprimé, et dont les Anglais ont fait flirt (prononcer fleurt), verbe que les jeunés misses aiment tant à conjuguer. Ce qui confirmerait dans cette opinion, c’est que les Latins se servaient de la même expression : rosas loqui, — dire des roses, — qu’ils tenaient eux-mêmes des Grecs, lesquels l’avaient prise des Persans, qui, peut-être, l’avaient empruntée aux Babyloniens, etc. ; l’on pourrait remonter ainsi jusqu’aux flirtations de notre mère Eve.
Cependant, je suis d’avis que Bescherelle, Littré et les autres se trompent, et voici pourquoi :
Conter fleurette s’écrivait, au XIIIe siècle, cunter des flurettes, c’est-à-dire compter de petites pièces de monnaie d’argent appelées ainsi à cause d’une fleur marquée an revers. Comment est-on arrivé à changer le sens primitif de cette expression ? Est-ce parce que ces pièces ayant, à la suite d’une refonte ou de faux monnayages si communs alors, perdu de leur valeur, l’on disait des gens à parole dorée, des hâbleurs, des gascons : « Ils comptent des fleurettes » — ils veulent faire passer pour de bon aloi des pièces qui ne valent rien ? Ou bien compter des fleurettes à une jeune fille, c’est-à-dire lui glisser dans la main de petites pièces d’argent, était-il, en ces siècles cyniques et grossiers, un moyen immoral de fondre sa vertu ?
Je suis assez disposé pour cette seconde version, laissant à un plus érudit le soin de la certifier.
Corde (avoir la ou tenir la)
France, 1907 : Argot des courses ; le cheval qui est du côté de la corde à un avantage sur les autres, d’où, métaphoriquement, trouver la note qui plait au public, avoir la vogue.
Cosaque
Larchey, 1865 : Brutal, sauvage, maladroit.
Rigaud, 1881 : Poêle à chauffer. En souvenir des bonnets à poils des Cosaques.
France, 1907 : Bonbon enveloppé de papier de métal.
France, 1907 : Homme brutal et mal élevé. Manger en cosaque, manger gloutonnement et malproprement. Un appétit de cosaque, un estomac de cosaque.
Cou
d’Hautel, 1808 : Il sera pendu par son cou. Phrase explétive, usitée parmi le peuple, pour dire simplement qu’une personne se conduit de manière à se faire pendre.
Il s’est cassé le cou dans cette affaire. Métaphore pour dire, il s’est blousé dans cette affaire ; cette affaire l’a perdu entièrement.
Prendre ses jambes à son cou. Se sapper, fuir avec une grande vitesse.
Un cou de grue. Un grand cou, qui donne ordinairement un air niais et stupide.
Coucher
d’Hautel, 1808 : Va te coucher, tu souperas demain. Se dit par impatience à un enfant dont on ne peut sur-le-champ contenter les désirs.
Faire coucher quelqu’un. Expression métaphorique qui signifie réduire au silence, soit par menaces, soit par des paroles malignes et choquantes, un homme dont les propos étoient indécens, railleurs ou trop familiers. C’est dans ce sens que l’on dit en plaisantant de celui que l’on a fait taire : Bonsoir, il est couché.
Si vous n’en voulez pas, couchez-vous auprès. Se dit par vivacité à une personne qui refuse une offre juste et convenable.
Coucher à la belle étoile, à l’enseigne de la lune. Coucher dans la rue, au bel air.
Coucher en joue. Viser, épier, considérer quelqu’un, dans une intention quelconque.
Coucher dans son fourreau. C’est-à-dire tout habillé.
Comme on fait son lit on se couche. Signifie que l’on est heureux ou malheureux, suivant l’ordre que l’on met dans sa conduite.
Coucher gros. Hasarder beaucoup au jeu.
Coucher gros. Signifie aussi se ruiner en vaines promesses.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui s’attarde volontairement dans une maison où il ne devrait jamais même mettre les pieds.
France, 1907 : Client passager d’une nuit dans une maison de prostitution ou chez une fille. « Madame, j’ai un coucher, crie, du haut de l’escalier, Aspasie à la matrone. »
Coude
d’Hautel, 1808 : Lever le coude. Expression métaphorico-bachique, qui signifie être fort adonné au vin ; sabler d’importance.
Halbert, 1849 : Permission.
Delvau, 1866 : s. m. Permission, — dans l’argot des voyous. Prendre sa permission sous son coude. Se passer de permission.
Coudre
d’Hautel, 1808 : Il faut coudre la peau du renard avec celle du Lion. Vieux proverbe qui signifie qu’outre la force, il faut encore, joindre la prudence, la ruse et la finesse en traitant avec ses ennemis.
Des malices cousues de fil blanc. Voyez Malice.
Il a le visage cousu de petite vérole. Pour dire il en est extrêmement marqué.
Coudre la bouche à quelqu’un. Acheter sa discrétion par des présens.
Il est cousu d’or. Expression métaphorique qui se dit d’un millionnaire, ou d’un homme qui a un habit galonné sur toutes les coutures.
Avoir le visage cousu. C’est-à-dire, avoir le visage cicatrisé, maigre et décharné.
Crin
d’Hautel, 1808 : Il est comme un crin. Expression métaphorique, pour dire qu’un homme est fort irrité, qu’il est enflammé de colère.
Crin. Se dit aussi pour cheveux.
Se prendre aux crins. Se prendre aux cheveux, en venir aux mains, se battre à toute outrance.
Delvau, 1866 : s. m. Personne désagréable d’aspect et de langage. — dans l’argot du peuple. Être comme un crin. Être de mauvaise humeur.
France, 1907 : Personne désagréable, irritable, grincheuse. On dit vulgairement : Elle est comme un crin où un bâton merdeux.
Cuit
Larchey, 1865 : Perdu.
Cuits, cuits ! les carlistes, ils seront toujours cuits.
(Métay, 1831)
Rossignol, 1901 : Près de la mort, ou mort. Il est cuit, il n’a pas longtemps à vivre.
France, 1907 : Attrapé, condamné.
Danser (ne pas savoir sur quel pied)
France, 1907 : Être embarrassé, ne savoir que faire.
Chaque préfet de police apporte des idées nouvelles, un caractère différent, des plans qui anéantissent tout ce qu’a créé son prédécesseur, et que son successeur mettra de côté comme absurdes. Que d’innovations n’avons-nous pas vu annoncer comme des merveilles, et que ont été reconnues comme impraticables, dès les premiers essais : les commissaires de nuit, les visites de postes, etc. ! Tous les deux ans, cette malheureuse administration est obligée de se métamorphoser de fond en comble… On ne sait jamais, comme on dit, sur quel pied danser.
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)
Déboulonner
Rigaud, 1881 : Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.
Rigaud, 1881 : Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d’un ouvrage.
Déjeûner
d’Hautel, 1808 : Il n’en a pas pour un déjeûner. Métaphore qui se prend en bonne part, en parlant d’un ouvrier fort habile à l’ouvrage ; et en mauvaise part en parlant d’un dissipateur.
Déjeûner de clerc. Déjeûner sec et de courte durée.
Dessus
d’Hautel, 1808 : Par-dessus l’épaule ; tu l’auras par-dessus l’épaule. Expression métaphorique qui veut dire, point du tout, jamais.
En avoir cent pieds par-dessus la tête. Être fatigué, dégoûté de quelque chose.
Il a des affaires par-dessus les yeux. Pour, il est accablé d’occupations.
Halbert, 1849 : Amant en titre.
France, 1907 : Amant payant. Celui qu’on montre.
Dévider
Larchey, 1865 : Avouer. V. Bayafe. — On dit communément dévider son chapelet. — Dévider à l’estorgue : Mentir. — Dévideur : Bavard (Vidocq).
Delvau, 1866 : v. a. et n. Parler, et, naturellement, bavarder. Dévider à l’estorgue. Mentir. Dévider le jar. Parler argot. On dit aussi Entraver le jar.
Rigaud, 1881 : Parler. C’est dévider le fil d’un discours dans le langage métaphorique et précieux. — Dévider le jars, parler argot.
La Rue, 1894 : Parler. Dévidage à l’estorgue, mensonge, acte d’accusation. Dévidage d’amiches, dénonciation d’amis.
Rossignol, 1901 : Parler.
France, 1907 : Parler, mentir. Dévider le jars, parler argot.
Les mots rigolbocheurs, épars
De tout côtés dans le langage,
Attrape-les pour ton usage,
Et crûment dévide le jars.
(André Gill, La Muse à Bibi)
Dévider son chapelet, commérer, bavarder sans relâche en disant du mal du prochain. Dévider une retentissante, casser une sonnette. Dévider son peloton, parler sans prendre haleine, faire une confession.
Dévorant
d’Hautel, 1808 : C’est un dévorant. Pour, c’est un envahisseur, un homme ardent et cupide. Se dit communément d’un ouvrier qui entreprend plus d’ouvrage qu’il n’en peut faire, et souvent au détriment de ses camarades.
Un appétit dévorant ; une soif dévorante. Métaphores, pour un grand appétit ; une altération excessive.
Larchey, 1865 : Compagnon.
Je ne suis pas un dévorant, je suis un compagnon du devoir de liberté, un gavot.
(Biéville)
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon du Tour de France, — dans l’argot des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Pour dévoirant, compagnon du devoir.
Terme du compagnonnage qui nous a légué une petite ménagerie assez intéressante ; il y avait le singe, le lapin, le renard de liberté, le loup, etc… c’est-assez logique d’avoir le dévorant.
(Le Sublime)
France, 1907 : Compagnon du devoir ; corruption de dévoirant. C’est le nom que se donnaient les ouvriers faisant le tour de France.
Dos vert ou dos d’azur
Delvau, 1864 : Maquereau, souteneur de filles, parce que le scombre dont on a emprunté le nom pour flétrir ces sortes de gens a le dos d’un beau bleu métallique, changeant en vert irisé, et rayé de noir.
Écoute-moi, dos vert de ces putains sans nombre,
Ombre du grand Thomas qui de Priape est l’ombre.
(Dumoulin)
Je ne suis pas un miché, je suis un dos d’azur.
(Lemercier de Neuville)
Dresser
d’Hautel, 1808 : Dresser une batterie. Tendre un piège ; se mettre en mesure pour assurer le succès d’une affaire.
Cela fait dresser les cheveux de la tête. Métaphore de mauvais goût. Pour, cela fait horreur.
Un bon oiseau se dresse de lui-même. Signifie que lorsqu’on est né avec des dispositions, l’instruction est bien moins pénible.
Delvau, 1864 : Venir en érection.
Enfin tant que nous sommes,
Combien de membres d’hommes
Nous avons fait dresser.
(Cabinet satyrique)
Droguer
d’Hautel, 1808 : Ce verbe construit avec faire, signifie être retenu malgré soi dans un lieu où l’on n’est pas à son aise ; y attendre quelqu’un ; planter le piquet.
Il m’a fait droguer plus d’une heure dans la rue. Pour, il m’a fait attendre pendant long-temps ; il m’a fait niaiser ; lambiner ; bayer aux mouches.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mendier.
Halbert, 1849 : Demander.
Larchey, 1865 : Attendre infructueusement : — Métaphore empruntée au jeu de la drogue.
Vous droguez nuit et jour autour de sa maison.
(G. Sand)
Il m’a fait droguer plus d’une heure dans la rue.
(d’Hautel, 1808)
Larchey, 1865 : Dire. V. Girofle.
Delvau, 1866 : v. n. Attendre, faire le pied de grue, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : v. n. Demander, — dans l’argot des voleurs, qui savent qu’on attend toujours, et quelquefois longtemps, une réponse.
Rigaud, 1881 : Attendre depuis longtemps, faire le pied de grue. — Faire droguer, faire attendre.
Rigaud, 1881 : Mendier. (1829.)
La Rue, 1894 : Dire. Demander. Attendre.
Virmaître, 1894 : Demander. Allusion à droguer, attendre.
— Voilà deux heures que ce pierrot-là me fait droguer pour la peau (Argot du peuple et des voleurs).
Hayard, 1907 : Attendre.
France, 1907 : Attendre en faisant les cent pas.
France, 1907 : Demander ; argot des voleurs.
Eau
d’Hautel, 1808 : L’eau va toujours à la rivière. Signifie que la fortune favorise presque toujours les gens qui n’en ont pas besoin ; qu’il suffit que l’on soit riche pour que les biens, les dignités, les honneurs viennent en profusion.
Faire de l’eau ; lâcher de l’eau. Pour dire uriner, pisser.
Il n’y a pas de l’eau à boire à être honnête homme. Maxime odieuse, que les fripons, pour le malheur de la société, ne mettent que trop souvent en pratique.
Cette entreprise est tournée en eau de boudin. C’est-à-dire, n’a point réussi ; s’en est allée en fumée.
Donner de l’eau bénite de cour. Flatter, caresser quelqu’un ; lui faire des politesses basses et exagérées.
Mettre de l’eau dans son vin. Devenir plus doux, plus traitable après s’être d’abord très-emporté.
Un médecin d’eau douce. Médecin sans expérience, qui vous inonde de tisannes et de remèdes infructueux.
Les eaux sont basses. Pour dire que l’on est à sec d’argent, ou, que quelque chose, s’épuise, tire à sa fin.
Tout s’en est allé à veau-l’eau. Signifie, toute sa fortune s’est dissipée, dispersée ; a été engloutie, dans de folles dépenses.
Après l’eau, c’est ce qu’il déteste le plus. Pour exprimer le haut degré d’aversion qu’un ivrogne porte à quelque chose.
Nager entre deux eaux. Être dans l’irrésolation et l’incertitude, être de tous les partis.
Il est revenu sur l’eau. Se dit d’un négociant qui étoit ruiné, et que l’on voit reparoître dans le commerce ; d’un homme qui, après avoir été disgracie, reparoit subitement dans des emplois honorables.
Faire venir l’eau au moulin. Pour, faire venir de l’argent à la maison.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Voyez Casser.
Nager en grande eau. Être bien dans ses affaires, après y avoir été fort gêné ; être sur le pinacle ; être en faveur dans les emplois.
Laisser courrir l’eau. Se peu soucier de ce qui se passe, être fort indifférent sur les affaires publiques.
Il est heureux comme le poisson dans l’eau. Signifie qu’un homme a tout ce qui peut le satisfaire.
Il n’y a pas de quoi boire de l’eau. Se dit d’un ouvrage mal payé ; d’un travail pénible et ingrat ; d’un métier qui donne à peine les moyens de subsister à celui qui le professe.
Battre l’eau. Travailler inutilement ; sans fruit.
Gare l’eau ! Cri que l’on fait entendre pour avertir les passans que l’on va jeter quelque chose par les fenêtres.
Il se mettroit dans l’eau jusqu’au cou pour le servir. Se dit d’un homme extrêmement attaché à quelqu’un ; et qui lui est tout-à-fait dévoué.
Il ne trouveroit pas de l’eau à la rivière. Se dit d’un idiot, d’un homme sans capacité, qui ne trouve pas les choses les plus simples ; pour lequel tout devient une affaire.
Pêcher en eau trouble. Profiter des désordres, publics, ou de la discorde d’une famille pour s’enrichir.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. Lui faire croquer le marmot ; le tenir dans l’incertitude et l’anxiété sur ce qu’on lui fait espérer.
C’est le feu et l’eau. Se dit de deux personnes qui se détestent mutuellement.
Boire de l’eau comme un canard. C’est-à dire en grande quantité.
C’est une goutte d’eau dans la mer. Métaphore qui se dit d’un secours trop foible pour tirer quelqu’un d’un grand embarras.
Il se noyeroit dans un verre d’eau. Pour dire qu’un homme est malheureux dans ses entreprises ; que les choses les plus probables deviennent incertaines pour lui.
Cela lui est aussi facile que de boire un verre d’eau. Signifie que le service qu’on demande à quelqu’un, ne tient absolument qu’à sa bonne volonté, à son obligeance.
Ils, ou elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit de deux personnes qui ont entr’elles une ressemblance parfaite.
Il n’y a pas de l’eau à boire. Se dit d’un ouvrage auquel on ne peut trouver son compte, même en travaillant beaucoup.
On dit d’un avare, d’un parent intraitable, d’un égoïste, qu’il vous verroit tirer la langue d’un pied, qu’il ne vous donneroit pas un verre d’eau.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que lorsqu’on a éprouvé quelque grande perte ; quelque grand malheur, on se tient sur ses gardes.
Il faut qu’il fasse voir de son eau. Pour, il faut voir ce qu’il sait faire pour que l’on puisse juger de son mérite.
Un buveur d’eau. Nom que les enfans de Noé donnent par mépris à un homme tempérant et flegmatique, qu’ils supposent, par cela même n’être pas habile aux affaires.
Rompre l’eau à quelqu’un. Le contrarier dans ses desseins, dans ses entreprises.
Porter de l’eau à la mer. Faire des cadeaux à des gens fortunés ; à ceux qui n’ont aucun besoin.
Il ne gagne pas beau qu’il boit. Se dit d’un paresseux, d’un mauvais ouvrier, dont le gain est si médiocre qu’il suffit à peine aux premières dépenses.
Éloquent
d’Hautel, 1808 : Il n’y a rien de plus éloquent que l’argent comptant. En effet, ce pernicieux métal arrange les affaires les plus inextricables ; il change en amitié la haine la plus invétérée ; ouvre les portes de fer ; humanise les cours les plus farouches et les plus altiers ; enfin c’est un tyran que tout le monde adore, et dont ici bas on se fait un bonheur d’être l’esclave.
Éloquent. Mot équivoque et satirique qui signifie qu’une personne a l’haleine mauvaise, que sa bouche exhale une odeur désagréable.
Employer le vert et le sec
France, 1907 : Recourir à toutes sortes de moyens pour réussir. Métaphore prise de ceux qui, pour alimenter un feu, y mettent tout ce qu’ils trouvent, le bois vert comme le bois sec.
Faire un trou dans la lune ou à la lune
France, 1907 : Se sauver avec la caisse.
On disait autrefois : faire un trou à la nuit, métaphore prise des lieux clos, fermés de murailles, d’où l’on ne pouvait s’esquiver qu’en pratiquant un trou dans la porte ou dans le mur. On ouvrait ainsi une trouée à la nuit.
Didier Loubens donne de ce dicton une explication plus probante : « Autrefois le terme des contrats et des paiements était ordinairement fixé à la lune qui précède et détermine la fête de Pâques avec laquelle commençait l’année, sous la troisième race de nos rois jusqu’au reigne de Charles IX. C’est pour ce motif que les débiteurs qui ne payaient pas plus à l’échéance de la pleine lune que s’il n’eût pas été pleine lune, furent supposés faire une brèche ou un trou à la lune. »
Ficelle
d’Hautel, 1808 : Être ficelle. Métaphore populaire qui signifie friponner avec adresse.
Un ficelle. Escroc ; homme fort enclin à la rapine. En ce sens, ce mot est toujours masculin.
Larchey, 1865 : Chevalier d’industrie.
Cadet Roussel a trois garçons : L’un est voleur, l’autre est fripon. Le troisième est un peu ficelle.
(Cadet Roussel, chanson, 1793, Paris, impr. Daniel)
Larchey, 1865 : Procédé de convention, acte de charlatanisme. M. Reboux a publié, en 1864, Les Ficelles de Paris.
M. M…, pour animer la statuaire, emprunte a la peinture quelques-uns de ses procédés ; je n’oserais l’en blâmer, si l’austérité naturelle de ce grand art ne repoussait point les ficelles.
(Ch. Blanc)
Mais il n’est pas en relation avec les directeurs, et d’ailleurs il n’est pas outillé pour le théâtre ; il ne connaît pas les ficelles de la scène.
(Privat d’Anglemont)
Ferdinand lui indiqua plusieurs recettes et ficelles pour différents styles, tant en prose qu’en vers.
(Th. Gautier, 1833)
Delvau, 1866 : adj. et s. Malin, rusé, habile à se tirer d’affaire, — dans l’argot du peuple, qui a gardé le souvenir de la chanson de Cadet-Rousselle :
Cadet Rousselle a trois garçons,
L’un est voleur, l’autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle…
Cheval ficelle. Cheval qui « emballe » volontiers son monde, — dans l’argot des maquignons.
Delvau, 1866 : s. f. Secret de métier, procédé particulier pour arriver à tel ou tel résultat, — dans l’argot des artistes et des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Filou prudent. Un homme ficelle se prête à toutes les malhonnêtetés qui échappent à l’action de la loi.
Rigaud, 1881 : Mensonge transparent, petite ruse. — Ruses d’un métier.
À la ville, ficelle signifie une ruse combinée maladroitement. — Au théâtre, ficelle exprime un moyen déjà employé, connu, usé, qui sert à amener une situation ou un dénoûment quelconque mais prévu.
(J. Noriac, Un Paquet de ficelles)
Tous les métiers ont leurs ficelles. Connaître toutes les ficelles d’un métier, c’est le connaître à fond, en connaître toutes les ruses, tous les fils qui le font mouvoir.
La Rue, 1894 : Ruse, malice. Secret de métier.
Virmaître, 1894 : Être ficelle, malin, rusé, employer toutes sortes de ficelles pour réussir dans une affaire.
— Je la connais, vous êtes trop ficelle pour ma cuisine.
— Vous ne me tromperez pas, je vois la ficelle (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Rusé.
France, 1907 : Escroc, chevalier d’industrie.
Cadet Rousselle a trois garçons :
L’un est voleur, l’autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle,
Il ressemble à Cadet Rousselle,
Ah ! ah ! ah ! mais vraiment,
Cadet Rousselle est bon enfant.
(Chanson populaire, 1792)
La femme. — Et tantôt, deux heures avant de mourir, il me le disait encore : « Le portefeuille est là… tout ce qu’il y a dedans, ça sera pour vous. » Vieille canaille ! vieille ficelle !
L’homme. — Et voilà deux ans qu’il nous la répète, cette phrase-là. C’est avec ça qu’il nous a lanternés, parbleu ! Il s’est fait soigner pendant deux ans à l’œil…
(Maurice Donnay)
France, 1907 : Truc de métier, ruse, procédé, charlatanisme.
Aussi me semble-t-il même superflu de dénier à M. Ohnet les qualités de composition qu’on lui à reconnues. Je veux bien qu’il soit maître dans l’art de charger un roman comme les anarchistes chargent une bombe, avec de gros clous, de la menuaille et des poudres détonantes. Sa mèche est une ficelle.
(Le Journal)
Saluons ! C’est ici que trône et règne majestueusement la ficelle ; voici le restaurant. — Flanqué de deux mensonges, sa vitrine et sa carte, il vous attend entre deux pièges : payer trop ou manger mal ; défilé des Thermopyles, dans lequel tant d’étrangers succombent !
(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)
Le monde est une corderie,
Car la ficelle est notre amie ;
On voit que, dans chaque métier,
L’homme veut devenir cordier,
C’est le refrain du monde entier.
Ficelle, ficelle,
Méthode la plus belle.
Sans ficelle on n’a pas
Le bonheur ici-bas.
(Émile Durafour, Les Ficelles du monde)
Fille de joie
Delvau, 1864 : Femme qui exerce un triste métier, celui qui consiste à être à la disposition du premier venu.
D’une fille de joie
Il fut enfin la proie.
(Théophile)
Le major l’avait fait mener au refuge où on enferme les filles de joie.
(D’Ouville)
Soupant, couchant chez des filles de joie.
(Voltaire)
Mais ce refrain banal rarement apitoie,
Hormis l’adolescent, qui ne peut croire au mal
Et cherche encor l’amour dans la fille de joie,
Ignorant que la rouille a rongé le métal.
(Henry Murger)
Fion
d’Hautel, 1808 : Mot vulgaire dont le sens est fort borné, et qui équivaut à-peu-près à poli, retouche, le dernier soin que l’on donne à un ouvrage, afin de le perfectionner.
Il faut lui donner encore un petit fion. Pour il faut encore ajouter à cet ouvrage, quelqu’ornement, quelqu’embellissement pour qu’il soit parfait ; il faut y mettre la dernière main.
Larchey, 1865 : Élégance.
Un François enseignoit à des mains royales à faire des boutons, quand le bouton étoit fait, l’artiste disoit : À présent, Sire, il faut lui donner le fion. À quelques mois de là, ce mot revint dans la tête du roi ; il se mit à compulser tous les Dictionnaires françois, Richelet, Trévoux, Furetière, l’Académie françoise, et il n’y trouva pas le mot dont il cherchoit l’explication. Il appela un Neuchatelois qui était alors à sa cour, et lui dit : Dites-moi ce que c’est que le fion dans la langue françoise ? — Sire, reprit le Neuchatelois, le fion c’est la bonne grâce… Graves auteurs, graves penseurs, naturalistes, politiques. historiens, vous n’êtes pas dispensés de donner le fion à vos livres ; sans le fion vous ne serez pas lus. Le fion peut s’imprimer dans une page de métaphysique, comme dans un madrigal à Glycère. Académiciens qui parlez de goût, étudiez le fion, et placez ce mot dans votre Dictionnaire qui ne s’achève point.
(Mercier, 1783)
Delvau, 1866 : s. m. Dernière main mise à un ouvrage, — dans l’argot des ouvriers et des artistes. Coup de fion. Soins de propreté, et même de coquetterie.
Rigaud, 1881 : Élégance. — Coup de fion, dernier coup de main donné à un ouvrage.
Hayard, 1907 : Postérieur.
France, 1907 : Dernière main mise à un ouvrage. Donner le coup de fion, achever, parachever une œuvre.
C’est là qu’on se donne le coup de fion. On ressangle les chevaux, on arrange les paquetages et les turbans, on époussette ses bottes, on retrousse ses moustaches et on drape majestueusement les plis du burnous. Il s’agit de bien paraître et de faire noblement son entrée.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Fourgat
Vidocq, 1837 : s. m. — Marchand, receleur en boutique, en magasin, ou seulement en chambre, chez lequel les voleurs déposent et vendent les objets volés. Ils entrent par une porte, reçoivent le prix des objets qu’ils ont apportés, et sortent par une autre. Plusieurs négocians de Paris, en apparence très-recommandables, sont connus pour acheter habituellement aux voleurs ; mais, comme il n’a pas encore été possible de les prendre, personne ne s’est avisé de leur dire que le métier qu’ils faisaient n’était pas des plus honnêtes. Comme on le pense bien, les marchandises achetées par les Fourgats ne conservent pas long-temps leur physionomie primitive ; les bijoux d’or ou d’argent sont immédiatement fondus, le chef d’une pièce de drap est enlevé ou détruit ; certains Fourgats savent, en moins de vingt-quatre heures, dénaturer assez un équipage entier, voiture, harnais, chevaux même, pour qu’il soit impossible à celui auquel il appartenait primitivement de le reconnaître. Un bruit populaire, dont je ne garantis pas l’exactitude, accusait autrefois certain joaillier, maintenant retiré du commerce, d’avoir en permanence dans ses ateliers, des creusets dans lesquels il y avait toujours des matières en fusion, où toutes les pièces de métal dont l’origine pouvait paraître suspecte, étaient mises aussitôt qu’elles étaient achetées. Les Fourgats choisissent ordinairement leur domicile dans une rue où il est difficile d’ établir une surveillance. Ils sont bons voisins, complaisans, serviables, afin de se concilier la bienveillance de tout le monde.
La destinée de l’homme qui travaille sans capitaux, quel que soit d’ailleurs le métier qu’il exerce, est d’être continuellement exploité par ceux qui possèdent. Les voleurs subissent la loi commune, ils volent tout le monde, mais, à leur tour, ils sont volés par les Fourgats, qui ne craignent pas de leur payer 100 francs ce qui vaut quatre fois autant. Aussi les Fourgats habiles font-ils en peu de temps une très-grande fortune ; et si, durant le cours de leur carrière, il ne leur est pas arrivé quelques mésaventures, leur fille épouse un notaire ou un avoué qui a besoin d’argent pour payer sa charge ; et tandis que ceux aux dépens desquels ils se sont enrichis pourrissent dans les prisons et dans les bagues, les Fourgats, pour la plupart, vieillissent et meurent au milieu des aisances de la vie, et une pompeuse épitaphe apprend à ceux qui passent devant leur tombe, qu’ils fouillent la cendre d’un honnête et excellent homme.
Il faut établir une distinction entre les Fourgats et les marchands qui achètent aux Faiseurs. Ces derniers, quelle que soit la profession qu’ils exercent, s’arrangent de tout ce qu’on leur présente. Ainsi, un apothicaire achète des sabots, un savetier des lunettes et des longues vues, etc., etc.
Delvau, 1866 : s. m. Receleur, — dans le même argot [des voleurs].
Virmaître, 1894 : Receleur qui achète les objets volés (Argot des voleurs). V. Meunier.
Rossignol, 1901 : Recéleur.
Fumer, fumer sans tabac
Larchey, 1865 : Bouillir d’impatience. Qui bout fume.
J’ai cent mille fois, étant au bivouac, Fumé sans tabac.
(Duverny, 1815)
L’époux dit : Ma femme entêtée À la mod’ va se conformer, Et cela va me faire fumer.
(Metay, Chansons)
Gant jaune
Larchey, 1865 : « Il n’y a plus que deux classes d’hommes en France… ceux qui portent des gants jaunes et ceux qui n’en portent pas. Quand on dit d’un homme qu’il porte des gants jaunes, qu’on l’appelle un gant jaune, c’est une manière concise de dire un homme comme il faut. C’est en effet tout ce qu’on exige pour qu’un homme soit réputé comme il faut. » — Alph. Karr, 1841.
Rigaud, 1881 : Fashionable de 1840.
France, 1907 : Homme distingué, monsieur chic, celui qui tente les filles. C’était, sous Louis-Philippe, le suprême bon ton de porter des gants jaunes.
Mais voici que, tout à coup, ce jeune homme métamorphose ses mœurs et amende la coupe de ses habits : il devient gant jaune, casse intrépidement l’angle de son faux col et se permet à la boutonnière l’œillet rouge républicain.
(Arnould Frémy)
Gelée
d’Hautel, 1808 : Un beau plat de gelée. Expression métaphorique, pour dire une belle gelée, un froid vif et serré.
Gobe-la-lune
France, 1907 : Personne simple, crédule et facile à duper.
Comme nous avions raison de protester, nous autres, les artistes et les poètes, dès qu’il a été question d’édifier ce chenet monstrueux (la Tour Eiffel) ! Nous soulevâmes, je m’en souviens, l’indignalion de tous les jobards, de tous les gobe-la-lune, hypnotisés devant le « chef-d’œuvre de la métallurgie ». Eh bient ! il est réalisé le prodige, et il est abominable, et il ne sert absolument à rien.
(François Coppée)
Gogo
d’Hautel, 1808 : Avoir de tout à gogo. Pour avoir abondamment tout ce que l’on peut désirer ; être très à son aise ; être à même de se procurer les jouissances de la vie.
Larchey, 1865 : Dupe, homme crédule, facile à duper. — Abréviation du vieux mot gogoyé : raillé, plaisanté. V. Roquefort. — Villon paraît déjà connaître ce mot dans la ballade où il chante les charmes de la grosse Margot qui…Riant, m’assit le point sur le sommet, Gogo me dit, et me lâche un gros pet.
C’est en encore ces gogos-là qui seront les dindons de la farce.
(E. Sue)
Avec le monde des agioteurs, il allèche le gogo par l’espoir du dividende.
(F. Deriège)
Delvau, 1866 : s. m. Homme crédule, destiné à prendre des actions dans toutes les entreprises industrielles, même et surtout dans les plus véreuses, — chemins de fer de Paris à la lune, mines de café au lait, de charbon de bois, de cassonnade, enfin de toutes les créations les plus fantastiques sorties du cerveau de Mercadet ou de Robert Macaire. À propos de ce mot encore, les étymologistes bien intentionnés sont partis à fond de train vers le passé et se sont égarés en route, — parce qu’ils tournaient le dos au poteau indicateur de la bonne voie. L’un veut que gogo vienne de gogue, expression du moyen âge qui signifie raillerie : l’autre trouve gogo dans François Villon et n’hésite pas un seul instant à lui donner le sens qu’il a aujourd’hui. Pourquoi, au lieu d’aller si loin si inutilement, ne se sont-ils pas baissés pour ramasser une expression qui traîne depuis longtemps dans la langue du peuple, et qui leur eût expliqué à merveille la crédulité des gens à qui l’on promet qu’ils auront tout à gogo ? Ce mot « du moyen âge » date de 1830-1835.
Rigaud, 1881 : Niais, nigaud ; abréviation et redoublement de la dernière syllabe de nigaud. Gogo pour gaudgaud. — Quelques écrivains l’ont, par raillerie, employé comme synonyme d’actionnaire. C’est le nom d’un actionnaire récalcitrant dans la pièce de Robert-Macaire.
La Rue, 1894 : Niais, dupe.
France, 1907 : Homme crédule, dupe, proie des gens d’affaires et des lanceurs d’affaires ; du vieux français gogaille, sottise, simplicité, « Paris est peuplée de gogos. » M. Gogo est un personnage de Robert Macaire et passa dans la circulation à l’époque de la grande vogue de cette pièce, c’est-à-dire de 1830 à 1835, mais le mot existait déjà depuis longtemps, puisqu’on le trouve dans une ballade de François Villon, où, raconte-t-il, la grosse Margot,
Riant, m’assit le poing sur le sommet,
Gogo me dit, et me lâche un gros pet.
En 1844, Paul de Kock donna un roman sous le titre : La Famille Gogo, et sous le même titre, en 1859, un vaudeville en cinq actes.
Avez-vous vu jouer Robert Macaire ? ou avez-vous lu ? Car il y a, sous des titres divers, Robert Macaire, pièce, et Robert Macaire, roman. Avant même que l’inventeur de cette extraordinaire et féroce bouffonnerie, inventeur resté mystérieux, — je ne m’en tiens pas aux auteurs qu’affirmait l’affiche ou la couverture, et, en tout cas, ils ont eu pour collaborateur quelqu’un qui avait plus de génie que Benjamin Entier et même que Frédérick-Lemaître. M. Tout-le-Monde ! — avant même que cette atroce farce eût popularisé Gogo, le type, sous d’autres noms, en était banal au théâtre ; car la bêtise crédule est une des formes éternelles de l’humanité. Les dieux le savent bien, et les financiers aussi.
(Catulle Mendès)
Vers minuit, la partie commençait à devenir sérieuse ; à peine si la rumeur du boulevard produisait une légère émotion parmi les membres présents, pour la plupart desquels le mot de patrie n’existe pas, car la patrie pour eux, c’était le pays où l’on peut, le plus impunément, détrousser le gogo d’une façon quelconque.
(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)
Attaquer une diligence,
En ce temps de chemins de fer,
Impossible. On met, c’est moins cher
Monsieur Gege dans l’indigence,
On pousse d’infectes valeurs,
Des métaux on annonce l’ère…
C’est bien mesquin. Tout dégénère
Aujourd’hui, — même les voleurs.
(Don Caprice, Gil Blas)
Les aventures d’Arton, aussi bien dans le monde de la finance que dans le monde galant, sont banales, et mille Parisiens les ont vécues. Seulement, lui les a vécues toutes ensemble. Il brassait les affaires comme il embrassait ses maîtresses, vingt-deux à la fois. Ce fut un type. Il a sombré — tandis que plusieurs de ses collègues en escroquerie, plusieurs de ceux qui, dans cette gigantesque odyssée du Panama, se sont enrichis avec la bonne galette des gogos, tiennent aujourd’hui le haut du pavé, font de la poussière, commanditent celui-ci, asservissent celui-là, bavardent avec les ministres et consentent à ce que certains députés et certains journalistes ramassent les miettes de leur table.
(Pédrille, L’intransigeant)
Gongorisme
France, 1907 : Affectation, recherche du style ; de Gongora, poète espagnol du XVe siècle, créateur d’un genre faux, maniéré, compliqué de métaphores, d’hyperboles et d’archaïsme, où la pensée disparait sous le cliquetis des mots, dans un langage obscur, précieux et énigmatique. L’école décadente actuelle fait du gongorisme.
Boutonné dans son vêtement grave, avec ses cheveux blancs ras, sa longue barbiche, et son air militaire, vénérable et gongorique, il est magnifique à la barre. Il vous fait l’effet d’y relever la conscience humaine, et c’est avec respect que le présent l’interroge.
(Gil Blas)
Goutte
d’Hautel, 1808 : Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit par métaphore de deux sœurs, de deux personnes qui ont une ressemblance frappante.
C’est une goutte d’eau dans la mer. C’est-à dire, un point imperceptible dans cette affaire.
Aux fièvres et à la goutte, les médecins ne voient goutte. Pour le malheur du genre humain, ce ne sont pas à ces deux fléaux seuls que se bornent leur ignorance et leurs bévues.
Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner le sperme.
Elle sucerait bien la goutte
De quelque gros vit raboulé,
Mais je veux qu’un goujat la foute
Avec un concombre pelé.
(Théophile)
Larchey, 1865 : Ration d’eau-de-vie que les soldats boivent habituellement le matin avant l’appel, et les ouvriers avant l’heure du travail. — Allusion à la petite dose (goutte) d’alcool qu’on prend ou qu’on est censé prendre.
J’appelais ma mère qui buvait sa goutte au P’tit trou.
(Rétif, 1783)
Mais pourvu qu’on paie la goutte aux anciens, N’est-ce pas, colonel ?
(Gavarni)
Delvau, 1866 : adv. Peu ou point. N’y voir goutte. N’y pas voir du tout. On dit aussi N’y entendre goutte.
Delvau, 1866 : s. f. Petit verre d’eau-de-vie, — dans l’argot des ouvriers et des soldats. Marchand de goutte. Liquoriste.
Rigaud, 1881 : Mesure d’eau-de-vie de la capacité d’un décilitre. Prendre la goutte, boire un verre d’eau-de-vie. — Bonne goutte, bonne eau-de-vie. — Pour le peuple tout bon cognac, fût-il à vingt francs la bouteille, est de la bonne goutte.
France, 1907 : Petit verre de liqueur spiritueuse ; latinisme, de gutta ; boire la goutte, payer la goutte.
C’était notre coutume à Saumur de boire tous les matins la goutte avant de monter à cheval.
Il y a la goutte à boire là-bas !
Il y a la goutte à boire !
(Marche des chasseurs à pied)
Grabuge
d’Hautel, 1808 : Pour vacarme, désordre, sédition, tumulte, zizanie, querelle.
Delvau, 1866 : s. m. Trouble, vacarme, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Querelle, confusion, tapage ; de l’italien garbuglio.
Une autre étymologie est également donnée à ce mot.
Sur la pointe nord-ouest de la Crète est située la petite île de Grabuja, qui fut le théâtre de luttes fréquentes entre les Turcs et les Vénitiens après que ces derniers eurent perdu la Crète, d’où grabuge, querelle.
— Y a du grabuge à note maison, par rapport à moi et ma mère, à cause de vous. J’étais après à lire vote lettre… ma mère entrit sur le champ : alle me dit bonnement : Quoiqu’c’est qu’çà qu’tas là ? Moi j’dis, rien. Ah ! dit-elle, c’est queuque chose. Rien, j’vous dis. J’parie, dit-elle, qu’c’est queuque chose. Pardi, sa mère, j’dis, c’est rien ; et puis quand ça serait queuqu’chose, j’dis, ça n’vous f’rait rien. Là dessus alle m’arrachit vote lettre, et puis alle lisit l’écriture tout du long. Ah ! Ah ! se mit-elle à dire, c’est donc comme ça qu’vous y allez avec vote Jérôme ? Ah ! le chenapan ! il l’attrap’ra ! c’est pour ly ! on les garde ! et toi, chienne ! v’là pour toi.
(Vadé)
Quelle morale ! Et comment le populaire s’y reconnaitrait-il ? Je sais bien qu’il a la vue fatiguée par le travail, la sciure du bois et les poussières des métaux… mais ce n’est tout de même pas une bête ! Quand il sera bien imbu de cette idée : que la législation est presque uniquement établie à son seul usage ; qu’on veut une loi pour le peuple comme on lui veut une religion, afin de le mieux maintenir en servitude, mais que les dirigeants s’abstiennent volontiers de l’une et passent la jambe à l’autre, peut-être y aura-t-il du grabuge.
(Séverine)
Gras (il y a)
Larchey, 1865 : Voir Graisse, Train.
Faire tant d’embarras, Quand dans le gousset y n’i a pas gras.
(Metay, Chansons)
Rigaud, 1881 : Il y a de l’argent.
M. Vervelle présentait un diamant de mille écus à sa chemise. Fougères regarda Magus et dit : — Il y a gras !
(Balzac)
Virmaître, 1894 : Il y a beaucoup d’argent.
— Nous pouvons nettoyer le gonce, il y a gras dans sa cambrousse.
C’est de cette expression, gras, qu’est née celle de dégraisseur (le garçon de banque), pour exprimer qu’il enlève le gras (Argot des voleurs). N.
Gras-double
Larchey, 1865 : Feuille de plomb (Vidocq). — Allusion à la facilité avec laquelle on la roule. — Gras-doublier : Voleur de plomb. C’est sur les toits qu’il exerce ordinairement. V. Limousineur.
Delvau, 1866 : s. m. Gorge trop plantureuse, — dans l’argot des faubouriens. L’analogie, pour être assez exacte, n’est pas trop révérencieuse ; en tout cas elle est consacrée par une comédie de Desforges, connue de tout le monde, le Sourd ou l’Auberge pleine : « Je ne voudrais pas payer madame Legras — double ! » dit Dasnières en parlant de l’aubergiste, femme aux robustes appas. Castigat ridendo mores, le théâtre ! C’est pour cela que les plaisanteries obscènes nous viennent de lui.
Delvau, 1866 : s. m. Plomb volé et roulé, — par allusion à la ressemblance qu’il offre ainsi avec les tripes qu’on voit à la devanture des marchands d’abats. Les voleurs anglais, eux, disent moos, trouvant sans doute au plomb une ressemblance avec la mousse.
Rigaud, 1881 : Feuille de plomb, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Seins aussi vastes que fugitifs, — dans le jargon des voyous.
La Rue, 1894 : Plomb en feuille volé sur les toits. Le voleur l’enroule autour de lui.
Rossignol, 1901 : Plomb.
France, 1907 : Appas féminins volumineux et mous.
France, 1907 : Plomb volé et généralement roulé pour être emporté plus aisément. Les voleurs disent pour cette opération : ratisser du gras-double.
— Et quelle est la clientèle de l’établissement ?
— Il y a un peu de tout, des voleurs, des filles, des souteneurs, et même des honnêtes gens… Oh ! elle n’est pas ordinaire la clientèle au père Moule-à-Singe !…
— Un joli nom !… et quel est ce père Moule-à-Singe ?
— Un recéleur, marchand de gras-double principalement…
— Du gras-double ? Oh ! c’est une spécial de tripes à la mode de Caen… On en dit les Parisiens fort friands…
— Ça n’est pas cela du tout… Le gras-double, c’est le plomb qu’on arrache aux chéneaux et aux gouttières, les tuyaux qu’on brise, les boutons de porte qu’on scie, les ferrures qu’on détache… tout le métal de construction qu’on vole s’appelle du gras-double…
(Edmond Lepelletier)
Grisette
d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.
Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.
Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.
Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).
France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.
France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :
Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.
(Joconde)
Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.
(Ibid.)
Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :
De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.
Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.
(Joseph Caraguel)
— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »
(H. de Latouche, Grangeneuve)
Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?
— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !
(A. Glatigny)
Gueule noire
France, 1907 : Surnom que se donnent eux-mêmes les ouvriers métallurgiques.
Il faisait partie de ce que l’on appelle dans l’anarchie les gueules noires, c’est-à-dire les corporations des ouvriers du fer, serruriers, maréchaux ferrants, etc.
(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)
Les gueules noires, dans tous les centres, ont organisé des syndicats ; et chaque ouvrier versant un sou par jour pour l’entretien d’un compagnon — un véritable chef — que les métallurgistes ont choisi, les groupes, on le voit, suivent une direction établie.
(Auguste Marin)
Jaune
d’Hautel, 1808 : Jaune. Terme métaphorique et injurieux, pour bête ; sot, imbécile.
Dire des contes jaunes ou bleus. Dire des choses incroyables, des mensonges.
Jaune comme de l’or. Se dit de toute chose qui a cette couleur.
On lui fera voir son béjaune. Signifie qu’on fera voir à quelqu’un qu’il n’est qu’un ignorant.
Halbert, 1849 : Été.
Larchey, 1865 : Eau-de-vie.
Estaminet dit poétique, espèce de paradis perdu dans le jaune et le petit bleu.
(La Maison du Lapin blanc, typ. Appert)
Lapin blanc, que me veux-tu ? Avec ton jaune et ton camphre, Tu déranges ma faible vertu.
(Id.)
Rire jaune : Rire forcément. — Aimer avec un jaune d’œuf : Tromper. — Allusion à la couleur jaune qui est celle du cocuage.
Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des chiffonniers.
Delvau, 1866 : s. m. Été, la saison mûrissante, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Eau-de-vie. — Jaunier, ivrogne.
Rigaud, 1881 : Été, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Été. Eau-de-vie.
France, 1907 : Eau-de-vie ; argot des chiffonniers.
Lapin blanc, que me veux-tu ?
Avec ton jeune et ton camphre
Tu déranges ma vertu.
(La Maison du Lapin blanc, 1858)
France, 1907 : Été ; argot des voleurs.
France, 1907 : Or.
Jonc
d’Hautel, 1808 : Droit comme un jonc. Se dit en bonne part d’une personne qui est de grande taille, et qui a un beau maintien.
On dit aussi en mauvaise part d’un glorieux, d’un hautain qui ne s’incline jamais, qu’Il se tient droit comme un jonc. Voy. Jais.
anon., 1827 : Or.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Or. Une boc de jonc ou d’orient, une montre d’or.
Bras-de-Fer, 1829 : Or.
Vidocq, 1837 : s. m. — Or.
M.D., 1844 : De l’or.
un détenu, 1846 : Or. Une tocante de jonc : une montre en or.
Halbert, 1849 : Or.
Larchey, 1865 : Or (Vidocq). — Allusion à la couleur jaune du jonc. V. Bogue.
Delvau, 1866 : s. m. Or, — dans l’argot des voleurs, qui appellent ainsi ce métal, non, comme le veut M. Francisque Michel, par corruption de jaune, mais bien parce que c’est le nom d’une bague en or connue de tout le monde, et qui ne se porte qu’en souvenir de l’anneau de paille des gens mariés par condamnation de l’Officialité.
Rigaud, 1881 : Or, — dans l’argot des voleurs. En terme d’orfèvre c’est un anneau d’or, une bague sans chaton.
Virmaître, 1894 : Or (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Or. Tout ce qui est or est du jonc.
Hayard, 1907 : Or.
France, 1907 : Or ; argot des voleurs. Un bobe de jonc, une montre d’or.
anon., 1907 : Or.
Maquereau
d’Hautel, 1808 : Libertin, homme pervers, qui fait l’infâme métier de prostitution.
Delvau, 1864 : Défenseur de beautés faciles qui le payent ; entremetteur.
Le roi fit choix du conseiller Bonneau,
Confident sûr et très bon Tourangeau.
Il eut l’emploi, qui certes n’est pas mince,
Et qu’à la cour où tout se peint en beau,
Nous appelons être l’ami du prince ;
Mais qu’à la ville, et surtout en province,
Les gens grossiers ont nommé maquereau.
(Voltaire, La Pucelle)
Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles, — dans l’argot du peuple.
II est regrettable que Francisque Michel n’ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d’autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l’étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n’en seraient pas réduits à la conjecturer. Il y a longtemps qu’on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l’a employée le premier et pourquoi l’a-t-il employée ? Est-ce une corruption du mæchus d’Horace (« homme qui vit avec les courtisanes, » mœcha, fille) ? Est-ce le μακρός grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu’ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d’ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord ? Je l’ignore, — et c’est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, — par aphérèse.
Virmaître, 1894 : Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles. D’autres font dériver cette expression d’aquarius ou d’aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, Maquariolus. et que de là s’est formé le nom de maquereau. D’autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu’il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes. Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Celui qui vit aux dépens des autres.
Hayard, 1907 : Souteneur.
France, 1907 : Individu qui vit d’une femme ou de la prostitution d’une ou de plusieurs femmes. Nous disons sans ambages que l’homme sans le sou qui épouse une femme riche, quelle qu’elle soit, est un maquereau.
L’étymologie de ce mot est assez douteuse. D’après les uns, il viendrait de l’hébreu machar, vendre, le maquereau vendant ou trafiquant des faveurs des filles ; d’après d’autres, dit Ch. Virmaître, cette expression viendrait d’aquarius ou d’aquariolus, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, maquariolus, d’où l’abréviation maquereau.
Dessessart, dans son Dictionnaire de polices, et Bulenger affirment que ce mot vient du latin macalarellus, bariolé, parce que, dans les anciennes comédies, les proxénètes portaient des vêtements bizarres, et que, d’après eux, le nom de maquereau a été donné au poisson de mer bien connu, parce qu’il est mélangé, bigarré de plusieurs couleurs sur le dos.
Venez tous, vrais maquereaux
De tous estats, vieux et nouveaux.
(François Villon)
On dit qu’une reine de Crète,
Dont Dédale fut macquereau,
D’une passion indiscrète
Brûla jadis pour un taureau,
Je le crois, certes, puisque Jeanne
Soupire aujourd’hui pour un âne.
(Le sieur Ménard)
On a chanté dans le monde des marlous. Souteneurs à rouflaquettes, soutenus en gris perle ont été de la fête. Ils ont dansé en l’honneur de leur patron ; l’absinthe a eu sur les zincs des éclats d’émeraude, le champagne aurait pu perler dans les coupes de Bohême des grandes prostituées et sur les tables de quelques nobles dames. Depuis toujours il y a eu des poissons dans tous les mondes, des poissons à dos vert et à ventre blanc. Oh ! marlous pour marlous, c’est encore des alphonses. Qu’on l’avoue ou qu’on s’en cache, que ce soit à la Villette, que ce soit à l’Étoile, le rôle est le même si le décor change ; la honte est égale pour le rastaquouère et pour le maquereau.
(Fin de Siècle)
Pour en finir avec ce mot, citons un passage tiré d’un curieux livre, Noel Borguignon, de Gui Barozai, pseudonyme de Bernard de La Monnoye, imprimé à Dijon en 1720 : « Maquereau, injure qu’on apprend aux oiseaux qui parlent ; sur quoi certain curé disait un jour dans son prône qu’il vaudroit bien mieus leur apprendre de bons oremus. On trouve dans Villebardouin qu’en 1200 un des ambassadeurs de Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut pour la guerre sainte, avoit nom Alard Maqueriaus. M. Huet qui a trouvé que Paillard, nom de famille, étoit originairement un nom propre corrompu de Paul, dont on avoit d’abord fait Paulard, ensuite Pauliard et enfin Paillard, n’hésiterait pas à dire que maqueriaus étoit de même originairement un nom propre corrompu de Macaire, dont on avoit fait le diminutif macaireau, prononcé depuis maqueriaus » — ajoutons maquereau.
Métal
Larchey, 1865 : Argent.
Et t’as pas de métal.
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot du peuple, qui, sans s’en douter, se sert de la même expression qu’Horace : Metallis potior libertas (La liberté vaut tout l’or du monde).
Métaux
Delvau, 1866 : s. m. pl. L’argent ; or, argent ou cuivre, — dans l’argot des francs-maçons.
Mots à queue
Virmaître, 1894 : C’est une plaisanterie d’atelier fort amusante. C’est un homme de l’artichaud Colas. On en a fait des à-peu-près tout aussi drôles sur les heures. Il est une heure, (teneur) de livres. Deux heures, (deux sœurs) de charité. Trois heures, (toiseur) vérificateur. Quatre heures, (cardeur) de matelas. Cinq heures, (zingueur) plombier. Six heures, (ciseleur) sur métaux. Sept heures, (cette heure) est la mienne. Huit heures, (huîtres) d’Ostende. Neuf heures, (neveu) de son oncle. Dix heures, (diseur) de bonne aventure. Onze heures, (on se) réunira à la maison mortuaire pour midi (Argot des ateliers).
Oignon
Vidocq, 1837 : s. f. — Montre.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Montre (Vidocq). — Allusion de forme. — Aux petits oignons : Très-bien. — On sait combien le peuple aime ce légume. — On dit par abréviation : Aux petits oignes ! — V. Aux pommes. — Il y a de l’oignon : Il y a du grabuge. — Allusion aux pleurs que l’oignon fait verser.
S’prend’ de bec c’est la mode,
Et souvent il y a de l’oignon.
(Dupeuty)
Rigaud, 1881 : Montre d’argent épaisse et large.
La Rue, 1894 : Grosse montre démodée. Aux petits oignons, très bien.
Virmaître, 1894 : Montre énorme. Argot du peuple qui dit : ognon.
— Ton ognon marque-t-il l’heure et le linge ? (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Grosse montre.
France, 1907 : Argent. « Tu peux l’épouser, elle à de l’oignon. » L’expression est très ancienne ; on la trouve dans les vieux poètes :
Ainsi parloyent les compaignons
Du bon maistre Françoys Villon,
Qui n’avoyent vaillant deux ougnons,
Tentes, tapis ne pavillon.
(Les Repenes franches)
Les Dannois jadis et Saxons
À vous, Anglois, firent grans armes ;
Ils n’y gagneront deux oygnons,
Non obstant leurs grans vuaquarmes.
(Robert Gaguin, Le Passe-temps d’oysiveté)
France, 1907 : Bruit, tapage, grabuge. « Il a de l’oignon » est le refrain d’une chanson populaire fort en vogue sous le consulat et les premières années de l’empire. Cette expression s’emploie aussi pour dire qu’il y a quelque chose de désagréable, que des difficultés vont surgir, métaphore tirée de ce que les vapeurs d’oignons piquent les yeux et arrachent les larmes.
Le comte Jaubert raconte que, l’empereur Napoléon Ier rentrant un jour aux Tuileries de très mauvaise humeur, le suisse dit tout bas à son voisin : « Il paraît qu’il y a de l’oignon. » L’empereur, qui l’avait entendu, se dirigea vers lui et lui dit : « Eh bien ! oui, il y a de l’oignon ! » Le malheureux faillit tomber à la renverse.
On disait autrefois, quand on se jouait de quelqu’un, qu’on lui baillait de l’oignon :
— Par nostre Dame ! on m’a baillé de l’oignon, et si ne m’en doubtoye guères…. Le dyable emporte la gouge… !
(Les Cent Nouvelles nouvelles)
France, 1907 : L’anus, autrement dit le trou de balle ; argot des souteneurs. On dit aussi oignon brûlé.
France, 1907 : Montre épaisse, telle qu’on les faisait autrefois, ce qui leur donnait quelque similitude avec un oignon.
Ongles croches ou crochus
France, 1907 : On dit d’un avare ou d’un voleur qu’il a les ongles crochus ; métaphore qui s’explique d’elle-même.
Or
d’Hautel, 1808 : C’est une pluie d’or. Se dit des pluies qui tombent au commencement du printemps après quelques jours de sécheresse, et qui fertilisent les campagnes.
La pluie d’or. On appelle ainsi ce maudit métal auquel rien, ou du moins presque rien ne résiste en ce monde.
C’est de l’or en barre. Pour exprimer que les effets ou la promesse de quelqu’un valent de l’argent comptant.
Il vaut son pesant d’or. Se dit d’un homme distingué par ses connoissances et ses talens ; et d’un subalterne précieux par son zèle, son activité, et son assiduité à remplir ses devoirs.
Il parle d’or. Se dit de quelqu’un qui, par un raisonnement juste et des paroles pleines de sens, satisfait ceux à qui il parle.
Tout ce qui reluit n’est pas or. Signifie qu’il ne faut pas se fier aux apparences ; que les choses qui paroissent les meilleures ne sont souvent rien moins que bonnes.
Un marché d’or ; une affaire d’or. Pour dire très-avantageux ; très-lucrative.
Il a coûté plus d’or qu’il n’est gros. Se dit d’un homme dont la jeunesse a été très-coûteuse ; à qui on n’a rien négligé pour donner une brillante éducation.
On dit aussi d’un dissipateur, qu’il a mangé plus d’or qu’il n’est gros.
Juste comme l’or. Se dit d’un poids fort égal.
Oranges
France, 1907 : Coups de poing. « Payer des oranges », donner des coups de poing.
France, 1907 : Les seins d’une jeune fille ou d’une femme, quand ils sont petits et durs. On dit aussi des oranges sur l’étagère.
Les sœurs Souris, dont l’aînée avait été surnommée la Reine des Amazones, en égard à certaine opération chirurgicale qui lui avait enlevé une des oranges de son étagère.
(Paul Mahalin)
La marchande braille à la ronde,
Son visage dur et grognon
Ne fait pas songer à Mignon,
Mais sa gorge est petite et ronde :
Elle a des luisants de métal
Et je laisserais, ô mégère,
Les oranges de ton étal
Pour celles de ton étagère !
(Rimes bruxelloises)
Ordon
France, 1907 : Terme de métallurgie. Ensemble des pièces de charpente qui soutient les marteaux dans les forges de bois.
Oreille (se faire tirer l’)
France, 1907 : Se faire prier ; consentir de mauvaise grâce à une démarche, à un acte, une obligation. Cette expression n’était autrefois nullement une métaphore, on tirait autrefois l’oreille des témoins pour leur rappeler la mémoire. Un article d’une loi romaine, dit Ch. Nisard, consacrait cette coutume bizarre. « Si tu veux, y est-il dit, qu’il se rende à ton appel, atteste-le ; s’il ne s’y rend pas, prends-le par l’oreille. » La loi ripuaire et une infinité d’autres chez les nations établies au-delà et en deçà du Rhin ont reçu des Romains cette même coutume, et l’ont maintenue en l’exagérant. Ainsi, on ne tirait pas seulement l’oreille aux démons, on leur tirait les cheveux et on leur donnait des claques par-dessus le marché.
Respecter de l’épousée
Les ineffables pudeurs,
Et te mettre à la croisée
Pour modérer les ardeurs ;
C’est une erreur sans pareille.
L’innocence, de nos jours,
Se fait peu tirer l’oreille
Quand il s’agit des amours.
(Gavroche)
Pailler, paillier
France, 1907 : Tas de paille, meule de foin. Chenil. Grange, basse-cour d’une métairie où il y a de la paille, du foin. Hangar formé de perches recouvertes de paille. Mauvais lit.
C’est un coq sur son pailler, c’est un individu qui se sent chez lui et qui par conséquent parle et agit en maître. On dit aussi être sur son pailler.
Il est bien fort, bien fier sur son pailler, il est fort, fier, dans le lieu qu’il habite près de ceux qui peuvent prendre son parti, le soutenir. Voltaire, parlant des juges qui ont condamné La Barre, Calas, Sirven, s’exprime ainsi :
Je voudrais que les gens qui sont si fiers et si rogues sur leurs paillers voyageassent un peu dans l’Europe, qu’ils entendissent ce que l’on dit d’eux, qu’ils vissent au moins les lettres que les princes éclairés écrivent sur leur conduite.
(Glossaire du Centre)
Pêche à quinze sous
Delvau, 1866 : s. f. Lorette de premier choix, — dans l’argot des cens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du demi-Monde d’Alexandre Dumas fils.
Rigaud, 1881 : Pécheresse du dessus du panier… de la prostitution. — Métaphore du cru Dumas fils, tonneau du Demi-Monde.
Je sais bien qu’on n’a encore aujourd’hui qu’une médiocre estime pour le panier des pêches à quinze sous.
(Ed. Texier, Les Choses du temps présent)
N’étaient-elles pas plus sympathiques, ces filles de Paris… que toutes ces drôlesses, pêches à quinze sous de Dumas fils ?
(Maxime Rude)
France, 1907 : Prostituée de premier choix ; la fleur du panier de Vénus.
Cette expression appartient à Alexandre Dumas fils.
C’était à la Comédie-Française, le soir de la reprise du Derni-Monde. On voyait là tout le champ familier des nobles et purs castors et même une jolie variété de pêches à quinze sous.
(Dubut de Laforest)
Perdues (à bûches)
France, 1907 : « Mode de transport des bois par le flottage dans les ruisseaux du Morvan. Voyager à bûches perdues, un peu au hasard, sans se presser, en faisant des détours, en zigzags, comme dit Topffer, l’auteur des Nouvelles Genevoises. La métaphore « voyager à bûches perdues » a été recueillie dans une conversation de salon en Morvan : le sens propre fourni par l’industrie du pays est sans doute le seul que connaissent les vrais Morvandiaux. »
(Jaubert, Glossaire du centre de la France)
Péter la châtaigne (faire)
Rigaud, 1881 : Métamorphoser une fille en femme.
Petit crevé
France, 1907 : Petit jeune homme élégant, oisif et nul.
Ces parasites sociaux ont existé de tout temps. L’antiquité grecque et romaine après les Medes, les Perses et les Égyptiens a fourni ses contingents de jeunes riches inutiles. On trouve chez les Grecs, dit le Courrier de Vaugelas dans son étude sur les Métamorphoses du fat à travers les âges, le kinaïdos ou mignon, qui s’épilait les jambes ; le kelidonios, aux joues enduites de vermillon, aux yeux peints, au regard mobile ; le hierogamos, paré pour les noces sacrées ; le kalos, genre Alcibiade ; le néanios ou neaniskos, petit jeune homme.
Les Romains avaient, eux, les bene barbati ou belles barbes, portant des gants et des tuniques longues jusqu’au talon ; les barbatuli, blancs-becs, dont s’entourait Catilina ; les formosuli, jeunes gens bien tournés qui marchent sur la plante des pieds, effleurant à peine le sol ; les forosi, élégants adorateurs de leur propre ventre ; les delicati, les précieux ; les gloriosi, les fanfarons ; les lepidi, les agréables ; les comatuli, les cincionatuli, les petits bouclés, les petits frisés ; les cirrati, les pommadins ; les calamistrati ; les trossuli ou petits-maîtres, dont la vague dura plus de trois cents ans.
On voit que nos petits crevés, nos boudinés, nos faucheurs ne proviennent pas d’une génération spontanée. En cela comme pour beaucoup de choses nous ne faisons que recommencer l’antiquité.
Pendant qu’aristos et millionnaires, mâles et femelles, godaillaient au bazar de la Charité, étalant leurs falbalas et se foutant du pauvre monde autant qu’un poisson d’un parapluie, voilà que la fatalité s’abat sur eux !
L’incendie les mange !
Et alors, dans ce grand bazar d’où, avec de la présence d’esprit, y aurait en mèche de sortir sans grands avaros, voilà que les petits crevés de la haute se sont fichus à cogner dur sur les femmes, à coups de canne, afin de leur passer sur le corps.
(Le Père Peinard)
Phénix est la femme oisive et sage
France, 1907 : Ce dicton, tiré d’une maxime de Pythagore, corrobore cet autre parfaitement vrai que « l’oisiveté est la mère de tous les vices », car une honnête femme n’est jamais oisive. « Femme qui ennuy file, disaient nos pères, (femme désœuvrée) porte chemise vile. » Et encore : « Fille oisive, au mal est pensive. » On appelle phénix une chose rare, extraordinaire ; un sonnet sans défaut, comme disait Boileau, et la femme en question, plus rare encore à trouver que le susdit sonnet.
Le phénix était un oiseau fabuleux adoré par les Égyptiens. Ils le figuraient de la grandeur d’un aigle, la tête surmontée d’une huppe. Il n’y en avait jamais qu’un à la fois et toujours le même, car après avoir vécu 500 ans il volait sur les bords du Nil, se préparait un nid de plantes aromatiques qu’il exposait au soleil, l’allumait lui-même en battant des ailes, se posait dessus et se consumait. Mais de ces cendres naissait un ver qui se transformait peu à peu en un phénix semblable au premier. Ovide, dans ses Métamorphoses, raconte tout cela et fort sérieusement. Hérodote est le premier écrivain qui ait parlé du phénix. Sous ces fables ridicules se cachait le symbole de l’immortalité de l’âme.
C. de Méry a donné en vers la traduction d’Ovide :
Un oiseau merveilleux, unique dans le monde,
Ressuscite et renait de sa cendre féconde ;
C’est le phénix. Nourri dans des bois odorans
Et des sucs de l’amour et des pleurs de l’encens,
Il dédaigne du grain la pâture grossière.
Après cinq cents étés, terme de sa carrière,
Au sommet d’un palmier, à l’aide de son bec,
Il se bâtit un nid, ramasse du bois sec,
Y joint l’épi du nard, la myrrhe, la cannelle.
Couché sur ce bûcher, où la flamme étincelle,
Il meurt dans les parfums : sa tombe est son berceau.
Du phénix qui n’est plus, naît un phénix nouveau,
Qui vit cinq cents étés, et qui meurt pour revivre,
Quand l’âge à son essor a permis qu’il se livre,
De son nid suspendu dégageant le rameau,
Il l’enlève, et, chargé de ce pieux fardeau,
Au temple où du soleil on admire l’image,
Des cendres de son père il apporte l’hommage.
Pichet
Delvau, 1866 : s. m. Litre de vin.
France, 1907 : Litre de vin. En vieux français, c’est un vase, pour le vin, de terre ou de métal. Dans les Pyrénées, on appelle bouteille de piché une bouteille qui contient deux litres.
— Qu’avez-vous donc ? me demanda-t-elle, on dirait que vous êtes ivre. Ivre ? Pourquoi ? C’est à peine si, à l’auberge où nous déjeunâmes, vous avez bu deux pichets de petit vin légers ; et il me souvient que, dans nos folies nocturnes, vous videz sans être incommodé quatre bouteilles du plus capiteux bourgogne…
(Catulle Mendès)
France, 1907 : Petit vin suret ; on dit aussi pichnet ; argot populaire.
Pied
d’Hautel, 1808 : Donnez un coup de pied jusqu’à cet endroit. Manière de parler métaphorique, pour engager quelqu’un à se transporter dans un lieu.
Il a un petit pied, mais les grands souliers lui vont bien. Se dit par raillerie d’une personne qui a le pied gros et mal fait, et qui a la prétention de se chausser en pied mignon.
Mettre les pieds dans le plat. Pour, ne plus garder de mesure ; casser les vitres.
J’en ai cent pieds par-dessus la tête. Pour, je suis dégoûté de cette affaire ; je donnerois volontiers tout au diable.
Il a trouvé chaussure à son pied. Pour dire, il a rencontré ce qu’il lui falloit ; et, dans un sens contraire, il a trouvé à qui parler ; quelqu’un qui lui a résisté.
Déferré des quatre pieds. Battu à plattes coutures.
Il se trouvera toujours sur ses pieds. Signifie qu’un homme industrieux et laborieux, quelque chose qui arrive, trouvera toujours de quoi subsister.
Il croit tenir Dieu par les pieds. Se dit pour exagérer le contentement de quelqu’un.
Il a eu un pied de nez. Se dit d’un homme qui a été trompé dans ses espérances ; qui a reçu quelque mortification.
La vache a bon pied. Pour dire qu’un plaideur est riche ; qu’il peut satisfaire aux frais d’un procès.
Elle n’a point de pieds. Se dit d’une chose que l’on attend, et qui n’arrive pas comme on le désire.
Tenir le pied sur la gorge à quelqu’un. Lui faire des propositions déraisonnables ; le tenir avec beaucoup de sévérité.
Il fait cela haut le pied. Pour, d’une manière supérieure, avec habileté, perfection.
Elle sèche sur pied. Se dit d’une personne consumée par le chagrin et la tristesse.
Il voudroit être à cent pieds sous terre. Se dit d’un homme qui est dégoûté de la vie ; qui mène une vie malheureuse.
C’est un pied d’Escaut, un pied plat, un pied poudreux. Se dit d’un misérable, d’un chevalier d’industrie, d’un homme obscur, sans moyens, sans fortune, et qui ne jouit d’aucune considération.
Chercher quelqu’un à pied et à cheval. Le chercher partout.
Faire rage de ses pieds tortus. Intriguer ; se donner beaucoup de mouvement pour la négociation d’une affaire.
Les petits pieds font mal aux grands. Se dit d’une femme qui se trouve souvent mal dans sa grossesse.
Quand on lui donne un pied, il en prend quatre. Se dit d’un homme entreprenant, qui abuse de la liberté qu’on lui a donnée.
Faire le pied de derrière. Saluer avec le pied ; faire des révérences à n’en plus finir.
Faire le pied de grue. C’est-à-dire, le soumis, l’hypocrite, le tartuffe ; s’humilier devant quelqu’un dont on veut tirer parti.
Faire le pied de veau. Flatter, caresser, cajoler quelqu’un qui est puissant ; lui marquer de l’obéissance, de la soumission.
Il ne faut pas lui marcher sur le pied. Se dit d’une personne susceptible qui se pique de la moindre des choses, et que l’on n’offense pas impunément.
Être en pied. Pour dire, être sur ses gardes ; être en mesure ; être en fonds ; être bien dans ses affaires.
Faire pieds neufs. Mettre un enfant au monde ; accoucher.
Mettre quelqu’un au pied du mur. Le réduire au silence ; le confondre ; le mettre hors d’état de répondre.
Au pied de la lettre. Pour dire, à proprement parler.
Des pieds de mouches. On appelle ainsi une écriture mal formée, difficile à lire.
Disputer sur des pieds de mouches. C’est-à dire, sur des bagatelles.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. Le contraindre à faire son devoir.
Aller de son pied gaillard. Voyager lestement et sans frais.
Vous êtes encore sur vos pieds. Pour dire, vous êtes encore en état de faire ce qu’il vous plaira.
Vidocq, 1837 : Les Tireurs adroits avaient autrefois l’habitude, en partageant avec les Nonnes et les Coqueurs, de retenir, sur la totalité du chopin, 3 ou 4 francs par louis d’or. Plusieurs Tireurs qui existent encore à Paris, et qui sont devenus sages, avaient l’habitude de prélever cette dime.
Halbert, 1849 : Sol.
Fustier, 1889 : Part. Ce à quoi on a droit.
Mon pied ! ou je casse ! Ma part ou je te dénonce.
(Humbert, Mon bagne)
La Rue, 1894 : Part. En avoir son pied. En avoir suffisamment.
Hayard, 1907 : Partage.
France, 1907 : Part, affaire ; argot faubourien. En avoir son pied, en avoir assez ; ça fait le pied, ça fait l’affaire ; il y a pied, il y a moyen. Mon pied, ou je casse, ma part ou ça va se gâter.
Pigoche
Delvau, 1866 : s. f. Morceau de cuivre, et ordinairement Écrou avec lequel les gamins font sauter un sou placé par terre, en le frappant sur les bords. Jouer à la pigoche. Faire sauter un sou en l’air. C’est l’enfant qui le fait sauter le plus loin qui a gagné.
France, 1907 : Jeu de sous. La pigoche est un morceau de cuivre ou un bouton de métal avec lequel on fait sauter un sou posé par terre en le frappant sur les bords.
Nous arrachons tout, les boutons
Des portes et des pantalons,
Pour la pigoche.
(De Chatillon)
Plongeon
d’Hautel, 1808 : Faire le plongeon. Expression métaphorique qui signifie, s’échapper, se dérober, devenir tout-à-coup invisible.
Porc-épic
Ansiaume, 1821 : Le St. Sacrement.
Il a grinchi le porc-épic et le gobelot de l’antonne des Andelys.
Delvau, 1866 : s. m. Le Saint-Sacrement, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Saint-Sacrement, — dans le jargon des voleurs. Allusion aux rayons de métal qui environnent l’hostie. (Fr. Michel)
La Rue, 1894 : Saint-sacrement.
Virmaître, 1894 : L’ostensoir. Allusion aux rayons qui l’entourent (Argot des voleurs).
France, 1907 : Le saint-sacrement ; argot des voleurs. Allusion à l’auréole métallique qui entoure le réceptacle de l’hostie comme autant de piquants.
Pousser des cris de Mélusine
France, 1907 : Pousser des cris perçants. Allusion à la légende de la fée Mélusine condamnés à devenir chaque samedi moitié femme, moitié serpent. Surprise par son mari, le comte Raimondin de Lusignan, dans cette singulière métamorphose, elle poussa un cri perçant, s’envola par la fenêtre et disprarut. Une tradition conservée dans la famille de Lusignan relate que chaque fois qu’un malheur menace la famille, que la mort doit frapper un de ses membres, Mélusine apparait au-dessus de la grande tour du château et pousse des cris aigus.
Proverbes érotiques
Delvau, 1864 : En voici seulement quelques-uns des plus connus :
Le cas d’une fille est fait de chair de ciron, il démange toujours.
(Brantôme)
Le cas d’une femme est de terre de marais, on y enfonce jusqu’au ventre.
(Brantôme)
Un con bien ménagé, à Paris surtout, vaut mieux que deux métairies.
(Moyen de parvenir)
Un cul de putain
Au soir et au matin
Ne sera sans merde.
(Anciens Fabliaux)
Une femme ira plus pour un coup de vit qu’un âne pour dix coups de bâton.
(Moyen de parvenir)
Les femmes sont anges à l’église, diables en la maison, singes au lit.
(Moyen de parvenir)
Toute belle femme s’étant essayée au jeu d’amour ne le désapprend jamais.
(Brantôme)
Par commun proverbe on dit,
Qu’on connaît femme à la cornette
S’elle aime d’amour le déduet.
(G. Coquillard)
Plus vous couvrirez une femme, plus il y pleuvra.
(Tabarin)
Femme qui fait ses cuisses voir,
Et se montre en sale posture,
À tout homme fait à savoir
Que son con demande pâture.
(Théophile)
La femme a semence de cornes.
(Leroux de Lincy)
Quand femme dit souvent hélas,
Elle demande ailleurs soulas.
(Leroux de Lincy)
Le four est toujours chaud, mais la pâte n’est pas toujours levée.
(Moyen de parvenir)
Il vaut mieux dépuceler une garce que d’avoir les restes d’un roi.
(Brantôme)
Froides mains, chaudes amours.
(Leroux de Lincy)
Mais, belles, sachez qu’un beau manche
Réchauffe aussi bien qu’un manchon.
(Théophile)
L’oisiveté est mère de paillardise.
(Le Synode nocturne des tribades)
L’amour est le chemin du cœur
Et le cœur l’est du reste.
(Mademoiselle de Soudéry)
Et quand on a le cœur
De femme honnête, on a bientôt le reste.
(Voltaire)
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