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Médaillard

France, 1907 : Appellation dédaigneuse que les artistes qui n’ont reçu aucune récompense au Salon donnent à ceux de leurs confrères plus protégés ou plus méritants.

Pauvres clercs

France, 1907 : Le nom de clerc s’appliquait pendant le moyen âge, non seulement à tout individu qui étudiait ou avait étudié, mais à tous ceux qui fréquentaient les universités, ce qu’aujourd’hui l’on nomme les étudiants. Actuellement, cette sorte de privilège de suivre les cours aux universités est réservée à la bourgeoisie, ou tout au moins aux familles qui peuvent subvenir aux frais de l’éducation et de l’entretien de leur fils. Il n’en était pas ainsi autrefois et les pauvres clercs, les étudiants sans sou ni maille, abondaient à Paris. Comment vivaient-ils ? D’aumônes la plupart, et d’autres de moyens illicites et que punissait la corde. À l’instar de François Villon, dont le nom signifie voleur, plusieurs se faisaient escrocs et coupeurs de bourses. C’est pour subvenir aux besoins des plus méritants et des plus pauvres que nombre de bourses furent créées dans différents collèges. En tout cas, leur indigence était devenue proverbiale et l’on disait pour exprimer grande misère : Famine de povres clercs.

Pion

d’Hautel, 1808 : Damer le pion à quelqu’un. Lui jouer quelque mauvais tour, le supplanter dans une affaire ; l’emporter sur lui avec une supériorité marquée, le contraindre à céder ; le forcer à s’avouer vaincu.

Halbert, 1849 : Ivre.

Delvau, 1866 : s. m. Maître d’études, — dans l’argot des collégiens, qui le font marcher raide, cet âge étant sans pitié.

Rigaud, 1881 : Ivre ; de pier, boire. Être pion, être gris.

Rigaud, 1881 : Maître d’étude. Le souffre-douleur d’un collège, d’un pensionnat. La plupartdu temps, c’est un pauvre diable de bacho qui pioche un examen en faisant la classe, en menant les élèves à la promenade, en allant les conduire au lycée.

Quelle est l’étymologie du mot pion ? Un collégien nous fait savoir que généralement on le considère comme un diminutif d’espion

(Albanès, Mystères du collège)

La Rue, 1894 : Maître d’études. Être pion, être ivre.

France, 1907 : Ivre ; argot des voleurs, du vieux français pier, boire.

France, 1907 : Maitre d’étude, surveillant.
Nombre de célébrités littéraires ont débuté dans la vie par le métier ingrat de pion. Qu’il suffise de citer Alphonse Daudet, Jules Vallés, Pierre Larousse. Edmond About trace le portrait suivant de ce dernier, pion chez Jauffret, vers 1847 :

J’ai connu des maîtres d’étude bien méritants, un entre autres qui avait pris du service chez mon cher et vénéré chef d’institution, M. Jauffret. C’était un petit homme trapu, à barbe fauve, aux yeux pétillants, un piocheur renfermé, ténébreux, fortement soupçonné de couver des idées subversives. Il en avait au moins une, subversive ou non, et il la mena à bonne fin, sans autre ressource qu’une volonté de fer. Ce pion rêvait de publier un dictionnaire comme on n’en avait vu, une encyclopédie populaire, et on n’en a pas eu le démenti. Il a laissé non seulement une fortune, mais une œuvre. Exegit monumentum.

 

Ces Parisiens me semblent éreintés, malingres, gringalets. Tout cela, faute d’exercices physiques, manque de liberté. On voit de grands collégiens barbus s’en aller en promenade deux par deux, conduits par un maître qu’ils appellent le pion. De grandes filles de vingt ans n’osent sortir sans être accompagnées de leur mère ou de leur servante. C’est à crever de rire ! Quelle différence avec la liberté dont on jouit dans la grande Amérique !

(Hector France, Les Mystères du monde)

Ce qui fait la force de l’enseignement des jésuites, c’est qu’ils n’ont pas de pions. Ceux d’entre eux qui sont chargés de la surveillance des élèves ne sont certes pas les égaux des professeurs intellectuellement parlant, mais ils sont leurs égaux et dans la congrégation et aux yeux du monde.
Il faut que l’enfant ne méprise plus le pion, il faut qu’il l’aime et le respecte.

(Alex. Tisserand, Voltaire)

Vivent les vacances
Denique tandem !
Et les pénitences
Habebunt finem.
Les pions intraitables
Vultu barbaro
S’en iront au diable
Gaudio nostro !

(Vieille chanson de collège)

Par extension, l’on donne le nom de pion aux professeurs et aux normaliens.

Les héros de Mürger nous avaient précédés d’une dizaine d’années dans la vie. Ils exerçaient encore une certaine fascination sur la génération à laquelle j’ai appartenu, car dès mes premiers pas dans le journalisme, je n’eus pas à me louer d’être tombé à bras raccourcis sur la bohème et les attardés qui la chantaient encore.
Une même révolution a emporté et les bohèmes de Mürger, et les pions de l’École. Pions ! c’était le sobriquet dont on nous affublait. Je ne connais pas beaucoup les cénacles de 1897 ; je sais seulement qu’ils ne sont pas tendres pour les Rodolphe, les Millet et les Schaunard et autres habitués du café Momus à qui ils ne ressemblent guère.
J’imagine que nos jeunes universitaires ne doivent pas avoir meilleure idée de nous, qui, au sortir de l’École, bornions nos ambitions à vieillir honorablement dans le professorat, et qui n’avions que deux soucis au monde : piocher ferme et rire dru. C’est l’Université, elle-même, qui nous a poussés dehors, par les épaules, et ne nous a laissé d’autre ressource que la célébrité.

(Francisque Sarcey)

Pistonner

Delvau, 1866 : v. a. et n. Diriger, protéger, aider.

Delvau, 1866 : v. a. Ennuyer, tracasser, tourmenter.

France, 1907 : Aider, favoriser quelqu’un, le faire valoir. « Pistonner, dit Léon Daudet, dans l’argot morticole signifie pousser ses élèves aux examens, en dépit de toute justice. » Ce n’est pas seulement aux examens de médecine, c’est partout, dans toutes les carrières, les administrations, l’armée et la magistrature que l’on pistonne et que des incapables passent sur le dos de méritants. Il en fut toujours ainsi, et rien n’indique, la chose étant très humaine, que cet abus aura une fin.

Le marchand de vin sera toujours ménagé tant qu’il restera le grand électeur, tant qu’à son comptoir, au moment des élections, des crédits lui seront ouverts à l’aile des fonds secrets pour faire boire à pleins verres les citoyens sans argent, disposés à voter pour les candidats patronnés et pistonnés par ce courtier en révolution, qui se charge d’apporter l’unique solution du problème social : la réforme de la société… en la supprimant en détail par l’abus et la fraude.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Pour remplacer Mme Wasly, le service du personnel fit choix d’une fraîche et sémillante veuve, une Juive, nommée Mme Forbach, qui passait pour une des commises les plus hautement protégées, les plus fortement pistonnées de toute l’administration.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Poussier

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Halbert, 1849 : Poudre ou lit.

Larchey, 1865 : Poussière. — Poussier : Lit. — La poussière n’y manque pas.

Je lui paie son garni de la rue Ménilmontant, un poussier de quinze balles par mois.

(Monselet)

Poussier : Monnaie (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Lit d’auberge ou d’hôtel garni de bas étage, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Monnaie, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Lit, — dans le jargon du peuple ; probablement parce qu’il n’est pas fait souvent.

Rigaud, 1881 : Monnaie de cuivre, — dans le jargon des voleurs.

Merlin, 1888 : Lit militaire, méritant fort bien ce nom : poussière dessus, poussière dedans, en guise de paille. On dit aussi plumard et panier.

La Rue, 1894 : Monnaie de cuivre. Lit. Tabac à priser. Fausse monnaie. Poudre. Pouce, main.

Virmaître, 1894 : Lit malpropre. Poussier, chambre pauvre, en désordre.
— Comment peux-tu vivre dans un pareil poussier ?
Synonyme de taudis (Argot du peuple).

France, 1907 : Argent ; argot des voleurs.

France, 1907 : Lit ; argot populaire.

C’est le terme. Au pavé, les gueux. Bon débarras !…
Empile vivement dans la charrette à bras
Ton poussier disloqué, les deux chaises de paille,
Tes poêlons, tes outils, tes guenilles, canaille !

(André Gill)

Passer sur le poussier le temps entre les appels, les pansages et les manœuvres, filer l’amour profane avec les bonnes d’enfants ou les demoiselles de comptoir, faire les yeux en coulisse à toute femme que l’on suppose de bonne volonté, poursuivre dix lièvres à la fois et revenir bredouille, errer à la recherche du camarade qui doit vous rincer la dalle, avoir sans cesse envie de boire sans être pris de la moindre soif, chercher constamment la femme et être saoul d’amour, tuer les heures du soir à jouer son café dans d’interminables parties de rams et les jours où l’on touche le prêt ou le mandat, fruit des épargnes amassées péniblement par la mère pour procurer quelques douceurs au pauvre enfant, rentrer ivre à la caserne et finir la fête au bloc.
Cette vie, toute douce qu’elle soit, devient fatigante à la longue.

(Hector France, L’Homme qui tue)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique