La Rue, 1894 : Lupanar.
Abbaye des s’offre à tous
Balançoires
Delvau, 1864 : Simagrées que fait une fille qui ne veut pas être baisée, mais qui veut bien être payée ; promesses de jouissances qu’elle fait au miché racolé par elle.
Car je connais ces balançoires,
Je suis roublard,
Et j’ pourrais écrir’ les mémoires
Du lupanar.
(Lemercier de Neuville)
Change
Rigaud, 1881 : Trousseau fourni par les maîtresses de maison de tolérance à leurs pensionnaires, — dans le jargon des filles. Rendre son change, laisser ses nippes quand on passe d’une maison dans une autre.
France, 1907 : Substitution d’un jeu de caries prépare à celui qui est sur la table.
Méfiez-vous d’un banquier qui, après avoir pris une poignée de cartes pour servir les tableaux, se démène, fouille dans ses poches, prend son porte-billets, son mouchoir, son étui à cigares, assujettit sa chaise, se penche vers ses voisins, parle au croupier en se penchant sur la table, fait une réclamation bruyante, se querelle avec un ponte, froisse les cartes, se plaignant de leur mauvaise qualité, demande du feu en se tournant un peu de côté, etc., etc. Tout ce manège est pour dérouter l’attention et opérer le change de la poignée de cartes qu’il tient dans la main, afin de les remplacer par d’autres cartes qu’il a sur lui et qui sont « séquencées. »
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)
France, 1907 : Vêtement de ville que les maîtresses de lupanar prêtent à une fille qui passe d’une maison dans une autre.
La plupart entrent au bordel ne possédant ni bas, ni souliers, ni chemises. Lorsque c’est à la prison où à l’hôpital qu’elles ont été recrutées, la dame de maison qui les a retenues est obligée de leur envoyer de quoi se couvrir ; et quand elles passent d’un lupanar à un autre, elles ne peuvent le faire qu’avec les vêtements appartenant à la maîtresse qu’elles quittent. Les filles ont une expression pour désigner ce trousseau lorsqu’elles le renvoient à sa propriétaire ; elles disent alors « quelles rendent leur change. »
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Charriage au pot
Larchey, 1865 : Il débute de la même façon que le précédent. Seulement l’américain offre à ses deux compagnons d’entrer à ses frais dans une maison de débauche. Par crainte d’un vol, il cache devant eux dans un pot une somme considérable. Plus loin, il se ravise et envoie la dupe reprendre le trésor après lui avoir fait déposer une caution avec laquelle il disparaît, tandis que le malheureux va déterrer un trésor imaginaire.
Virmaître, 1894 : Ne demande pas non plus un grand effort d’imagination : un pot et un imbécile aussi bête que lui suffisent. Deux voleurs abordent un individu à l’air naïf. Après quelques stations dans les cabarets, ils lui offrent de le conduire dans un bocard éloigné. En chemin, ils avisent un terrain vague, l’un des deux voleurs exprime à ses compagnons la crainte d’être volé car il porte sur lui une grosse somme. Devant eux il la cache dans le pot qu’il enterre. Plus loin il se ravise et dit au naïf d’aller déterrer l’argent caché, mais auparavant il lui fait donner ce qu’il a sur lui. Le naïf part, ne trouve que des rouleaux de plomb dans le pot et quand il revient les voleurs sont loin (Argot des voleurs).
France, 1907 : Même procédé que celui « à l’américaine », avec cette différence que l’Américain propose à ses compagnons une partie de lupanar. Craignant d’être volé, il met son or et un paquet de bank-notes, en présence de sa dupe, dans un vase ou une boîte qu’on enfouit en quelque coin ou qu’on cache dans une armoire. Mais, à la porte du lupanar ou dans le lieu même, le charrieur se ravise. Il feint l’ivresse ainsi que son complice et offre de régaler les filles et a besoin de son argent. Il demande à la dupe d’aller le chercher. Mais attention ! hé ! hé ! Il y a là une grosse somme ! En outre, il faut payer le champagne comptant. La dupe laisse sa bourse en gage, court au trésor, le rapporte essoufflé ! Les charrieurs ont levé le siège, et le pot ne contient que des billets de la banque de Sainte-Farce et des jetons.
Clapier
Delvau, 1864 : Grand con où peuvent se loger lapin et la pine.
Je les ai furetés tous deux, ces clapiers-là, j’en connais peu d’aussi logeables.
(A. de Nerciat)
Mais au clapier de qui les bords
Sont couverts de nouvelle mousse.
(Cabinet satyrique)
Delvau, 1866 : s. m. Maison mal famée, où l’on élève du gibier domestique à l’usage des amateurs parisiens. L’expression se trouve dans beaucoup d’écrivains des XVe et XVIe siècles.
France, 1907 : Lupanar de has étage, bordel hanté par de pauvres filles vieilles ou laides, épave de la prostitution et à bout de ressources.
J’ai l’honneur de vous prier, Monsieur le préfet, de ne pas confondre l’établissement que je veux monter avec ceux déjà existants dans la capitale, avec ces mauvais clapiers dont la situation, la malpropreté et l’espèce de femmes qui les habitent, sont faites pour écarter tous les honnêtes gens, ainsi que le peu de sûreté qu’on y trouve, tant individuelle que pour la santé, parce qu’on n’y trouve que la lie des femmes qui fréquentent sans choix et indistinctement toutes les classes d’hommes qui osent les aborder.
(Lettre d’une dame de maison au préfet de police)
Couvent
Delvau, 1864 : Bordel, où s’enferment volontairement les vierges folles.
France, 1907 : Prison on lupanar.
Le gros numéro 49 est un lupanar. Ce couvent laïque est connu dans le Quartier Latin sous la dénomination de : La Botte de Paille.
(Macé, Mon Premier crime)
On dit aussi couvent de Vénus.
Vous avez vu, sans doute, un commissaire
Cherchant de nuit un couvent de Vénus.
(Voltaire)
Défringué
La Rue, 1894 : Débraillé.
France, 1907 : Débraillé.
Quant à moi, je soutiens que ce fut la paresse
Qui fit au lupanar coucher ces Danaé,
Dont les seins, dégagés d’un fichu denoué,
Attendent, s’allongeant sur le bord de leur couche,
Des hommes avinés, au regard morne et louche,
Jupiters défringués, qui, tout crottés et soûls,
Pour payer des baisers, font pleuvoir des gros sous.
(Barrillot, La Mascarade humaine)
Faiseur de flanelle
France, 1907 : Amateur qui fréquente les débits de chair humaine sans toucher à la marchandise.
Tous les voyous, tous les faiseurs de flanelle, contre lesquels la maquerelle dépitée lâchait autrefois ses souteneurs, sont maintenant choyés et bien reçus, on leur paye à boire ; on les excite à aller faire du charivari chez la voisine triomphante ; on leur sert même des huitres, à la condition qu’ils iront lancer les coquilles contre les carreaux du lupanar possesseur de la beauté ravie.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Fesses (magasin de)
France, 1907 : Lupanar.
Glace (passer devant la)
Rigaud, 1881 : Perdre au jeu des consommations dans un café. Autrefois on annonçait les consommations et on payait soi-même au comptoir. Allusion à la glace qui est derrière la dame de comptoir, et devant laquelle le consommateur était forcé de passer. — C’est à tort, je crois, que dans la Fille Elisa, M. E. de Goncourt a donné à l’expression le sens contraire. D’après lui, passer devant la glace, c’est « une expression qui désigne l’entrée de faveur accordée, par la maîtresse d’une maison, à l’amant d’une fille. » Personne n’ignore que ces demoiselles corrompent bien des choses, mais cette expression n’a pas été corrompue jusqu’ici, même en passant par leur bouche.
La Rue, 1894 : Passer devant le tribunal. Perdre au jeu dos consommations. Partir sans payer une fille parce qu’on est son amant de cœur.
France, 1907 : Passer au comptoir pour payer des consommations perdues au jeu ; sortir d’un lupanar sans payer, parce qu’on est l’amant de cœur d’une fille.
Gougnotte
Delvau, 1864 : « Fille ou femme qui abuse des personnes de son sexe », dit M. Francisque Michel — qui, par pudeur, manque de clarté ; la gougnotte est une fille qui ne jouit qu’avec les filles, qu’elle gamahuche ou qui la branlent ; une gougnotte préfère Sapho à Phaon, le clitoris de sa voisine à la pine de son voisin.
Delvau, 1866 : s. f. « Femme ou fille qui abuse des personnes de son sexe, — d’où le verbe gougnotter, » dit Francisque Michel. On dit aussi Gusse.
La Rue, 1894 : Lesbienne, disciple de Sapho. Femme dégradée qui recherche les individus de son sexe. Synonymes : Gusse ou gousse, magnuce, chipette, puce travailleuse ponifle, satin, etc.
Virmaître, 1894 : Femme qui déteste les hommes et qui a des mœurs à part. On dit aussi gousse (Argot des filles). V. Accouplées.
France, 1907 : Créature adonnée au vice qui rendit les Lesbiennes célébres ; on dit aussi gousse.
Les personnes qui ont vu les choses de près sont unanimes à déclarer que, dans les lupanars de la plus haute classe, l’espèce des marlous jouant le rôle d’amants des pensionnaires est totalement inconnue, et que toutes les filles, sans exception, sont des tribades ; c’est le nom qu’on donne aux femmes qui se signalent par cette passion contre nature ; on dit aussi gougnottes, mais en style familier.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Sur sa lèvre un sourire essayant d’être acerbe
Passe niaisement rêveur ;
Une gougnotte, en ce tambour-major imberbe,
Seule trouve quelque saveur.
(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)
L’autre soir, deux cocottes de grande marque se sont prises au chignon dans un cabaret de nuit.
Et savez-vous la cause de cette bataille ? Vous croirez peut-être que ces dames se sont battues pour un jeune homme brun ou blond, ou bien pour un « boïard » enlevé par l’une des deux à sa camarade ?
Nullement. La cause en est beaucoup plus compliquée. Ces dames sont amoureuses, toutes deux, d’une blonde enfant pleine de charmes qui s’appelle Jeanne.
La petite Jeanne, qui n’a aucun goût pour visiter Lesbos, envoya promener ses aspirantes peu platoniques, ce qui ne les a pas empêchées de se jeter des carafes sur la tête et de se crier l’une à l’autre : « Oui, tu n’es qu’une g… ! »
(Gil Blas)
Great attraction
France, 1907 : Grade attraction. Encore un de ces anglicismes introduits sans raison dans notre langue, et qui ne sont qu’une superfétation inutile et grotesque.
Aussi est-elle d’une tartuferie des plus écœurantes. On ne s’imagine pas le langage doucereux et les manières pleines d’affabilité des teneuses de lupanar à l’égard de celle de leurs femmes qui est l’étoile, le great attraction de la maison. Ce sont des flatteries, des cajoleries dont il est impossible de se faire une idée.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Gros numéro
Delvau, 1864 : Bordel.
Delvau, 1866 : s. m. Prostibulum.
Rigaud, 1881 : Maison de tolérance.
France, 1907 : Lupanar.
Institutrice
Rigaud, 1881 : Maîtresse d’une maison de tolérance, — dans le jargon du peuple.
France, 1907 : Matrone d’un lupanar.
Loupe
Larchey, 1865 : Fainéantise, flânerie.
Ma salle devient un vrai camp de la loupe.
(Decourcelle, 1836)
Louper : Flâner, rôder comme un loup errant. — Mot de la même famille que chat-parder.
Quand je vais en loupant, du côté du Palais de Justice.
(Le Gamin de Paris, ch., 1838)
Loupeur : Flâneur, rôdeur.
Que faisaient-elles au temps chaud, ces loupeuses ?
(Lynol)
Delvau, 1866 : s. f. Paresse, flânerie, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s’en est allé jusqu’en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. « Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper (coureur), loop (course), loopen (courir). L’allemand a Läufer… le danois lœber… ; enfin le suédois possède lopare… Tous ces mots doivent avoir pour racine l’anglo-saxon lleàpan (islandais llaupa), courir. »
L’ardeur philologique de l’estimable M. Francisque Michel l’a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler : soit les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s’acquérant vraiment que dans le far niente et le far niente ne s’acquérant que dans la pauvreté ; — soit les Lupanarii, où l’on ne fait rien de bon, du moins ; soit les lupilli, qu’employaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s’étend au soleil comme un lézard ; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.
Rigaud, 1881 : Bamboche, paresse, flânerie. — Bambocheur, fainéant, flâneur. — Camp de la loupe, réunion de vagabonds.
C’était, — c’est peut-être encore — une guinguette du boulevard extérieur, près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d’un côté, par un pâtissier nommé Laflème, et, de l’autre, par un marchand de vin nommé Feignant.
(A. Delvau)
La Rue, 1894 : Bamboche, flânerie, paresse. Loupeur, bambocheur, flâneur.
France, 1907 : Paresse, bamboche ; du hollandais looper, coureur. Enfants de la loupe, ouvriers bambocheurs ; bande de vagabonds.
Les Enfants de la loupe et les Filendèches habitaient de préférence l’extérieur des carrières, leurs fours à briques ou à plâtre.
(Mémoires de M. Claude)
Au coin de la rue des Montagnes, un bonhomme avait loué un terrain vague ; il avait fait planter des pieux sur lesquels il avait cloué des planches à bateaux ; il avait planté du gazon dans l’intervalle des tables, afin que les buveurs pussent cuver leur vin à l’aise ; puis, à la barrière en planches qui servait de porte, il avait barbouillé ces mots : Au Camp de la Loupe, tenu par Feignant.
Il faut croire que les loupeurs étaient nombreux, car il gagna un joli pécule.
(Charles Virmaître, Paris oublié)
Lup
France, 1907 : Abréviation de lupanar, dont se servent les jeunes gens timorés, clients de ces établissements, mais dont la pudeur s’effarouche du nom.
La majeure partie des écrivains contemporains considèrent bordel comme un terme grossier et se gardent bien de l’écrire ; ils se servent du mot lupanar (ce qui, par parenthèse, revient exactement au même), ou ils mettent un b qu’ils font pudiquement suivre de plusieurs points. C’est de l’enfantillage. Ce ne sont pas les mots qu’il faut supprimer, ce sont les institutions immorales. Si le bordel est tellement honteux qu’on ne puisse en écrire le nom en toutes lettres sans manquer à la bienséance, eh bien ! qu’on le fasse disparaître et qu’il n’en soit plus question.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Lupanar
Delvau, 1864 : Bordel. Mot solide… bâti par les Romains ; on s’en sert encore.
J’ai rêvé que j’étais au fond d’un lupanar ;
C’était comme un immense et splendide bazar
Dans lequel enculeurs, enculés, maquerelle,
Maquereaux et putains se ruaient pêle-mêle.
(Louis Protat)
Je suis roublard
Et j’ pourrais écrir’ les mémoires
Du lupanar.
(Lemercier de Neuville)
Maca
d’Hautel, 1808 : Une vieille Maca. Terme de mépris. Entremetteuse ; femme vieillie dans le vice et la débauche, et qui vit du commerce honteux de prostitution.
Delvau, 1864 : Maquerelle, entremetteuse, femme vieillie dans le vice.
Rigaud, 1881 : Maquerelle, proxénète. — Mère maca, macquecée, maîtresse d’une maison de tolérance. Maca suiffée, riche matrone.
France, 1907 : Morgue. Abréviation de machabé.
France, 1907 : Tennancière de lupanar. Abréviation de maquerelle ou peut-être de macaque, guenon. On dit aussi maman-maca.
Maison (être en)
France, 1907 : Compter dans le personnel d’un lupanar.
— Not’ fille elle est ben placée à Paris.
— Elle est en condition ?
— Non, elle est en maison.
(Les Propos du Commandeur)
Si a veut pas s’faire eun’ raison,
Un matin j’y jambonne l’blaire,
Et pis après je m’fais la paire
Et j’prends eun’ gonzess’ en maison.
(Aristide Bruant)
Maison à gros numéro
Delvau, 1864 : C’est le Lupanar des anciens et le Bordel des modernes. Sur le premier étaient peintes les armes parlantes du dieu de Lampsaque — une pine gigantesque et ses deux agréments. Sur le second est peint un énorme numéro qui engage les passants libertins à y entrer.
C’est l’infecte maison ou l’effroi se promène,
L’auberge dont l’enseigne est un gros numéro.
(A. Glatigny)
Maison de passe
France, 1907 : Maison où l’on accueille les personnes de différents sexes qui s’y donnent rendez-vous.
Un grand nombre de maisons de passe sont sous la coupe de la polie. Ce sont des maisons tolérées par l’administration, à qui elles rendent de fréquents services en dénonçant les prostituées inscrites qui viennent s’y cacher.
(Dr Jeannel)
Eh quoi ! une malheureuse que la faim, la misère poussent sur le trottoir est exposée, à chaque minute, à être ramassée dans une de ces rafles qui, de temps à autre, soulèvent de dégoût le cœur de Paris, et, dans ces lupanars autorisés, où la gargote du jour se transforme la nuit en maison de tolérance, à moins que ce ne soit — pis encore ! — en maison de passe, la police laisse, sous son œil bienveillant, avec la fameuse permission de 3 heures du matin, se pratiquer le marchandage de chair humaine le plus éhonté, le plus révoltant qui se puisse imaginer.
(La Nation)
Maison de société ou à gros numéro
France, 1907 : Lupanar. Fille de maison, prostituée pensionnaire d’un lupanar. Maîtresse de maison, tenancière d’un lupanar.
Maison hospitalière
France, 1907 : Mot employé par les gens le bon ton pour désigner un lupanar ou une maison de passe.
Un soir, après un diner copieux entre anciens camarades de collège, diner faussement cordial, où les hommes les plus graves, à force d’évocations enfantines, prennent des allures et des aspects de vieux gamins, — Combarailles, Citronnet et le gros Frédéric, avec deux ou trois copains encore, tous absolument gris, s’en furent achever la soirée dans une maison hospitalière des alentours de la Bibliothèque nationale.
(Maurice Montégut, Gil Blas)
Maque, maquecée
France, 1907 : Maîtresse d’un lupanar ; de maq, abréviation de maquerelle, et cé, femme d’argent.
Maquerelle
d’Hautel, 1808 : Féminin de maquereau, dont il a toutes les significations et dans un sens plus étendu encore.
Delvau, 1864 : Grosse dame qui se charge de procurer de l’ouvrage aux petites dames, et qui pousse parfois la complaisance jusqu’à les aller chercher dans leurs famille.
Le troisième privilège des châtrés, c’est qu’ils sont fort renommés en leur fidélité en fait de maquerellage.
(Variétés hist. et litt)
Tenant par acte misérable
Le maquerellage honorable.
(Cabinet Satyrique)
Tant qu’elle conte sa querelle
À une vieille maquerelle.
(Mathéolin)
Et puis dites que les moustiers
Ne servent point aux amoureux,
Bonne maquerelle pour eux
Est ombre de dévotion.
(Cl. Marot)
Aussi n’épargne-t-il pas les mères qui sont maquerelles de leurs propres filles.
(H. Estienne)
Car l’honneur d’une femme souffre beaucoup quand elle est vue avec une maquerelle.
(P. De Larivet)
Delvau, 1866 : s. f. Femme qui trafique des filles. Au XVIIIe siècle on disait Maqua.
Virmaître, 1894 : Maîtresse de maisons de tolérance ou de maisons de rendez-vous, femme qui vit du travail des filles (Argot du peuple), V. Maman-Maca.
Rossignol, 1901 : Tenancière d’une maison de tolérance ou de rendez-vous. Une proxénète est aussi une maquerelle.
France, 1907 : Tenancière de lupanar : femme qui en procure une autre aux hommes ou qui entraîne les jeunes filles à la débauche.
Lorsqu’elles sont ainsi devenues riches, les maquerelles se retirent généralement à la campagne, dans leurs terres. Elles cachent avec soin leur origine, deviennent dames patronnes, dames quêteuses, font des œuvres de piété. Comme presque toutes ces femmes sont dévotes, elles tombent entre les mains des prêtres, pour qui, comme on sait, l’argent n’a pas d’odeur, et qui, tenant par la confession le secret de leur passé, leur soutirent une bonne partie de la richesse qu’elles ont ramassée dans la boue de la prostitution. Il n’est personne qui ignore à Paris la fin édifiante de la fameuse Farcy, maquerelle devenue plusieurs fois millionnaire, qui accaparée par le clergé, fait construire quantité de chapelles, qui fonde dans les séminaires des bourses pour l’instruction des jeunes abbés pauvres, et qui sera peut-être canonisée quelque jour.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
— Va, si je faisions un chapelet de maquerelles, tu ferais bien le pater.
(Vadé)
Et puis, dites que les moustiers
Ne servent point aux amoureux,
Bonne maquerelle pour eux
Est ombre de dévotion.
(C. Marot)
Mère abbesse
Delvau, 1864 : Maîtresse d’un couvent de s’offre-à-tous : — Maquerelle.
Sortez vite et rentrez souvent,
Le jour baisse,
Servez votre abbesse ;
Mes filles, malgré pluie ou vent,
En avant, pour l’honneur du couvent.
(Béranger)
France, 1907 : Maîtresse de lupanar.
Nonnerie
France, 1907 : Lupanar.
Numéro (fille à)
France, 1907 : Pensionnaire de lupanars.
Il y a trois classes de prostituées : 1o les filles à numéro ou filles de bordel ; 2o les filles en carte ou filles isolées ; 3o les filles insoumises ou les clandestines.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Numéro (gros)
France, 1907 : Lupanar, à cause du numéro de grandes dimensions que sert à le distinguer des maisons voisines.
— Nous arrivons, dit la salutiste, à la place que le gentleman nous avait indiquée. La maison avait une belle apparence et tout à fait respectable, mais tous les volets étaient fermés, sans doute à cause du soleil… C’est extraordinaire comme les Parisiens craignent le grand air et le soleil… Il n’y avait pas écrit sur la porte : « Pension de famille », mais il y avait un très gros numéro qu’on pouvait voir de très loin.
— C’est là ! me dit le révérend Jobson.
Nous sonnons, continua la salutiste, et une servante à la mine effrontée nous ouvre et paraît un peu surprise de nous voir, moi particulièrement ; elle n’avait sans doute jamais vu de salutistes.
— Qu’est-ce que vous désirez ? demanda-t-elle.
— Deux chambres à coucher, répondit le révérend.
L’effrontée nous regarde comme si nous arrivions de la lune et se met à rire, probablement de l’accent de mon compagnon. Les Français sont toujours prêts à se moquer des Anglais et ça me donnait sur les nerfs, les rires de cette méchante fille, parce que je voyais les passants s’arrêter derrière nous et rire aussi comme des imbéciles, peut-être à cause de mon saint uniforme… C’est un peuple si léger ! Et j’entendais derrière moi :
— Elle est bien bonne ! Voici un Angliche et sa femme qui vont chercher une chambre dans un gros numéro !
(Hector France, La Vierge russe)
Ogresse
Bras-de-Fer, 1829 : Femme qui loue des effets aux filles.
Vidocq, 1837 : s. f. — Les filles publiques nomment ainsi les revendeuses qui leur louent la pièce qui manque à leur toilette, au besoin même la toilette toute entière ; elles ne pouvaient vraiment choisir un nom plus caractéristique, et qui exprimât mieux l’idée qu’elles voulaient rendre ; rien, en effet, ne peut être comparé aux Ogresses ; elles sont plus voraces que le boa constrictor, plus inhumaines que la hiène, plus âpres à la curée qu’un chien de basse-cour ; aussi ce n’est que forcées par la nécessité que les tristes filles de joie s’adressent à elles ; mais comme la nécessité est presque toujours assise à leur porte, les Ogresses reçoivent tous les jours de nombreuses visites, et tous les jours leur bourse s’arrondit.
Plus de 15,000 filles de joie sont inscrites sur les registres de la préfecture de police, et parmi elles l’on compte à peine quelques centaines de parisiennes, encore sont-elles en carte, c’est-à-dire qu’elles exercent pour leur propre compte ; les autres se prostituent au bénéfice des maîtresses de maison ; ce sont celles-là que l’on nomme filles d’amour ou en numéro ; elles ne possèdent rien en propre, ni robes, ni chemises, ni bas ; aussi madame, qui connaît leur misère, madame, que la police protège, et qui souvent n’a qu’un mot à dire pour envoyer ses pensionnaires passer quelques mois à Saint-Lazare, les mène tambour battant et règne despotiquement sur son petit royaume ; mais il lui arrive quelquefois ce qui arrive aux souverains absolus : son peuple, las de souffrir, lève enfin la tête et se soustrait à sa domination ; l’Ogresse alors est, pour la fille qui a quitté l’empire de sa souveraine, une seconde providence ; elle lui loue, moyennant trois ou quatre francs par jour, une toilette qui peut bien valoir, estimée au plus haut prix, de 30 à 40 francs, et que la pauvre fille garde quelquefois des mois entiers de sorte qu’elle se trouve avoir payé le double de ce qu’ils valent, des objets qui, en définitive, ne lui appartiennent pas.
Le métier des Ogresses est bien ignoble, sans doute, et les Ogresses sont des femmes bien méprisables, mais cependant sans elles les pauvres créatures dont je viens de parler seraient quelquefois très embarrassées, et plus d’une bien certainement s’est dit, en remettant à l’Ogresse sa rétribution quotidienne, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Halbert, 1849 : Tavernière de tapis-franc ou maison galante.
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse de tapis-franc, de maison borgne, — dans l’argot des voleurs, qui ont sans doute voulu faire allusion à l’effroyable quantité de chair fraîche qui se consomme là dedans.
Delvau, 1866 : s. f. Marchande à la toilette, proxénète, — dans l’argot des filles, ses victimes.
Rigaud, 1881 : Cabaretière, propriétaire d’un garni à la nuit et à la corde. — Revendeuse à la toilette, vendeuse et revendeuse de chair humaine plus ou moins fraîche.
La Rue, 1894 : Maîtresse d’hôtel borgne. Cabaretière. Marchande à la toilette. Proxénète.
Virmaître, 1894 : Femme friande de chair fraîche appartenant à son sexe (Argot des filles). V. Accouplées.
Virmaître, 1894 : La procureuse ou la proxénète, bouquetière ou marchande à la toilette ; elle donne cent sous aux filles quand elle touche vingt francs, elle leur vend mille francs ce qui vaut cent francs. Mot à mot : l’ogresse les mange toutes crues (Argot des filles).
Hayard, 1907 : Tenancière de caboulot. Proxénète.
France, 1907 : « Femme friande de chair fraîche appartenant à son sexe. » (Ch. Virmaître)
France, 1907 : Tenancière d’un débit de bas étage, maîtresse d’un lupanar, d’un hôtel borgne, marchande à la toilette, proxénète.
Pantes (boîte à)
France, 1907 : Lupanar.
Panuche
Rigaud, 1881 : Femme à son aise, femme heureuse, — dans le jargon des voleurs et des filles. À Saint-Lazare, les filles insoumises appellent ainsi les femmes de maison qui, à leur tour, les traitent de connasses, connassons, niaises, petites niaises. Aux yeux de l’insoumise, le sort de la panuche en traitement est le sort le plus beau, le plus digne d’envie. « Madame » s’intéresse à elle, « madame » lui envoie argent, vin de Bordeaux et friandises. Et puis, quand Saint-Lazare lui aura refait une santé, ne retrouvera-t-elle pas tout de suite toilettes fraîches, bon souper, bon gîte et le reste ?
La Rue, 1894 : Femme bien mise. Femme de maison.
Virmaître, 1894 : Femme élégamment mise, L. L. Panuche est la maîtresse d’une maison de tolérance (Argot des souteneurs). V. Maman-maca.
Hayard, 1907 : Femme élégante.
France, 1907 : Prostituée, argot des souteneurs, ou maîtresse de lupanar.
Polonais
Delvau, 1866 : s. m. Épouvantail dont on menace les perturbateurs dans les maisons suspectes, mais tolérées. Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de faire descendre le Polonais, le tapage s’apaise comme par enchantement. « Et le plus souvent, dit l’auteur anonyme moderne auquel j’emprunte cette expression, le Polonais n’est autre qu’un pauvre diable sans feu ni lieu, recueilli par charité et logé dans les combles de la maison. »
Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, dans l’argot du peuple. L’expression, quoique injurieuse pour une nation héroïque, mérite d’être conservée, d’abord parce qu’elle est passée dans le sang de la langue parisienne, qui s’en guérira difficilement ; ensuite parce qu’elle est, à ce qu’il me semble, une date, une indication historique et topographique. Ne sort-elle pas, en effet, de l’ancienne rue d’Errancis, — depuis rue du Rocher, — au haut de laquelle était le fameux cabaret-guinguette dit de la Petite-Pologne, et ce cabaret n’avait-il pas été fondé vers l’époque du démembrement de la Pologne ?
Rigaud, 1881 : Petit fer à repasser les dentelles, — dans le jargon des blanchisseuses.
Fustier, 1889 : Souteneur. — Sorte de fer à repasser. Argot des blanchisseuses.
La Rue, 1894 : Souteneur.
France, 1907 : lvrogne ; argot populaire. D’après Alfred Delvau, cette expression viendrait non du vice d’ivrognerie attribué à tort à une nation malheureuse, mais d’un cabaret guinguette appelé la petite Pologne, ouvert dans la rue des Errancis, aujourd’hui rue du Rocher, et fort achalandé vers le milieu du XIXe siècle.
France, 1907 : Personnage imaginaire chargé de maintenir le bon ordre dans les lupanars. Cette expression n’eut cours qu’après le démembrement de la Pologne, où nombre de pauvres Polonais expulsés en étaient réduits à tous les expédients pour vivre.
Quand la dame du lieu, à bout de prières, parle de faire descendre le Polonais, le tapage s’apaise comme par enchantement.
(Alfred Delvau)
France, 1907 : Petit fer dont se servent les dames.
Elle promenait doucement, dans le fond de la coiffe, le polonais, un petit fer arrondi des deux bouts.
(Émile Zola, L’Assommoir)
Putain
d’Hautel, 1808 : Courtisane, prostituée, fille publique.
Miroir à putain. Expression libre dont on se sert par mépris, en parlant d’un damoiseau à belle tournure.
Delvau, 1864 : Professeur femelle de philosophie horizontale.
Il m’est comme aux putains malaisé de me taire.
(Régnier)
De toutes ses putains la Lebrun entourée.
(L. Protat)
J’avais résolu
Pour n’être plus libertin,
De prendre une honnête femme
Qui ne fût pas trop putain.
(Collé)
Les marbres de nos Tuileries,
Eux-mêmes se sentent atteints
Par toutes les galanteries
Que nous débitons aux putains.
(Parnasse satyrique)
Et tu m’laisses… — Faut-y pas t’tenir compagnie ? Merci ! — Sans rien et les manches pareilles ! Eh ben, c’est gentil ! — Pas l’temps. — Me v’là putain pour l’honneur.
(H. Monnier)
Auquel les grandes dames et princesses faisant état de putanisme étudiaient comme un très-beau livre.
(Brantôme)
Tu as voulu me pourchasser,
Mâtine, pour te putasser.
(Théophile)
Toutes estes, serez ou fustes,
De fait ou de volonté putes.
(Jean de Meung)
Car aussi bien que vous j’eusse fait l’amour, et j’eusse été pute comme vous.
(Brantôme)
Pute, où avez-vous tant été ?
Vous venez de vo puterie.
(Anciens Fabliaux)
Delvau, 1866 : s. f. Femme qui vend l’amour — ou qui le donne trop facilement. Argot du peuple. L’expression est vieille, comme la légèreté du sexe féminin. Il n’est peut-être pas un seul poète français — un ancien — qui ne s’en soit servi. Putain comme chausson. Extrêmement débauchée. On dit aussi en parlant d’un homme dont l’amitié est banale : C’est une putain. Avoir la main putain. Donner des poignées de main à tout le monde, même à des inconnus.
La Rue, 1894 : Femme dévergondée. Putain comme chausson, femme extrêmement dévergondée.
Virmaître, 1894 : Femme qui va à tous, soit à l’œil, soit par métier. La putain est vieille comme le monde ; depuis le lupanar antique elle existe. Malgré la brutalité de cette expression, on la retrouve chez tous les poètes anciens. Le Dict des rues de Paris, par Guillot (1270), publié en 1754 par l’abbé Fleury.
Y entrai dans la maison Luce
Qui maint en la rue Tyron,
Des Dames hymnes vous diron,
Une femme vi destrecié
Pour toi pignier qui me donna
Au bon vin ma voix a donné
Où l’on trouve bien por denier
Femmes, par son cors solacier
Où il a maintes tencheresses
Qui ont maint homme pris au brai. (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Mot bien français.
France, 1907 : Femme ou fille qui trafique de ses charmes, et, dans l’argot des bourgeoises, toute femme qui a un amant.
Le moindre petit froid au cu
Maudissait cent fois le cocu
Comme aussi sa putain de femme
Qui causait cette guerre infâme.
(Scarron, Virgile travesti)
Comme il était fils de putain,
I’savait pas beaucoup d’latin,
Ni d’aut’ chose ;
I’savait juste assez compter
Pour savoir c’que peut rapporter
La p’tit’ Rose.
(Aristide Bruant)
Quart (faire le)
France, 1907 : Station que font les filles sur la voie publique pour raccrocher les hommes. Cette expression, qui est une allusion au service des marins appelé quart, vient de l’autorisation donnée autrefois par la police aux filles de lupanar de parcourir un certain espace devant leur maison, de 7 à 11 heures du soir. On dit aussi : battre son quart.
Lorsque je bats mon quart, mon macq boit ma recette au café.
(Mémoires de M. Claude)
Rabatteurs
Virmaître, 1894 : Individus qui font le métier de rabattre les filles pour les hommes et les hommes pour les filles. On peut lire la monographie curieuse de cette catégorie d’individus dans Trottoirs et Lupanars (Argot des souteneurs). N.
Sacristain
Vidocq, 1837 : s. m. — Mari ou amant d’une Macquecée.
Larchey, 1865 : Mari de maquerelle (Vidocq). V. Marlou.
Delvau, 1866 : s. m. Mari de l’abbesse du couvent des S’offre-à-tous, — dans l’argot des filles.
Rigaud, 1881 : Mari, amant d’une matrone de maison de tolérance, — dans l’ancien jargon du peuple.
La Rue, 1894 : L’homme de la matrone d’une maison autorisée.
Virmaître, 1894 : Maître d’une maison de tolérance. Mot à mot : il est le sacristain de l’abbaye dont sa femme est l’abbesse, puisque c’est elle qui, d’après le règlement, est la propriétaire du livre (Argot des souteneurs).
France, 1907 : Tenancier d’un lupanar.
Thé (maison de)
France, 1907 : Lupanar du Japon, appelé ainsi parce qu’on y consomme, outre quantité de jeunes filles et jeunes femmes, quantité de tasses de thé.
Au Japon, tout dernièrement encore, avant les réformes, les parents pauvres envoyaient leurs filles passer une année ou deux dans… une maison de thé (l’équivalent du bateau de fleurs chinois)… le temps de gagner leur dot, et, quand un mari avait à se plaindre de sa femme, il avait le droit de la renvoyer pendant quelques semaines dans la même maison, en manière de punition.
(Mémoires de Goron)
Tolérance
France, 1907 : Lupanar. Abréviation policière de maison de tolérance.
Pendant qu’elles déjeunent on dînent, s’il arrive un client dans la tolérance, la maitresse envoie chercher la première venue. La chose terminée, la fille retourne achever son repas.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Vadrouillant, vadrouillard
France, 1907 : Flâneur allant de cabaret en cabaret, de taverne en lupanar.
Certainement, en quittant le service, vous ne serez pas embarrassés pour gagner votre pain, si votre père ou un oncle d’Amérique ne vous en a pas mis déjà sur la planche ; mais que de fois, plus tard, les chemineaux, les rouleurs, les loupeurs, les vadrouillards, tous ceux qui se seront enquillés dans la grande armée des mendigots et des greffeurs — et il y en aura plus de quatre parmi vous, quelle que soit leur condition sociale actuelle en dehors de la caserne — que de fois tous ces vagabonds, tous ces miséreux regretteront, sainte Gamelle ! ton parfum et ta clémente température, qui réchauffe les mains en hiver et les sentiments en été !
(Marc Mario, La Vie au régiment)
Vadrouille
Delvau, 1866 : s. f. Drôlesse ; fille ou femme de peu.
La Rue, 1894 : Basse prostituée. Aller en vadrouille, aller raccrocher dans la rue.
Virmaître, 1894 : Cette expression dans la marine signifie : brosse à plancher. Elle s’applique aux filles qui traînent dans les ports de mer (Argot des souteneurs).
Virmaître, 1894 : Faire une vadrouille, en pousser une. Vadrouiller : se déranger de ses habitudes, rôder dans des milieux auxquels on n’est pas habitué (Argot du peuple).
France, 1907 : Prostituée de la dernière catégorie, racoleuse des boulevards extérieurs. Charles Virmaître, dans Paris oublié, donne la gamme de la prostitution : « Vingt sous, dit-il, c’est une fille publique, une vadrouille, une pierreuse, cent sous, une fille de lupanar ; vingt francs, une boulevardière, de Montmartre à la Madeleine ; cinq louis, une horizontale, et enfin cinq cents francs, une femme qu’on salue et que certains imbéciles épousent. »
Le mot s’emploie adjectivement :
Blanche Rebus, qui l’avait à moitié timbré pendant cinq ou six semaines, qu’il avait regrettée plus que toutes les camarades, qui lui avait laissé dans toute la peau la brûlure de ses baisers savants et luxurieux. Il la revoyait si vadrouille, si excitante avec ses hanches rondes, sa croupe frissonnante, sa nuque blanche où l’on avait envie de mordre comme en un fruit mûr et son air effronté de moineau parisien, la bouche gourmande, les prunelles rieuses, le nez relevé comme d’une imperceptible chiquenaude…
(Mora, Gil Blas)
Veilleur de mort
France, 1907 : « En argot de lupanar, on appelle veilleurs de morts les jeunes vauriens qui emploient leur soirée à mettre sens dessus dessous les maisons de tolérance. Ils sont la terreur des maquerelles, et les pertes qu’ils leur font subir sont les revers de la médaille du proxénétisme. »
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
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