Delvau, 1866 : v. a. Rendre balourd, niais, emprunté.
France, 1907 : Rendre balourd, gauche, niais.
Abalourdir
Delvau, 1866 : v. a. Rendre balourd, niais, emprunté.
France, 1907 : Rendre balourd, gauche, niais.
Abêti
Virmaître, 1894 : Lourd, pâteux, nonchalant. Mot à mot : abruti par des pratiques personnelles ou de naissance (Argot du peuple). N.
Abruti de Chaillot
France, 1907 : Lourdaud, tête de pioche. Cette expression est très vieille ; on disait autrefois :
Aheury de Chaliéau,
Tout estourdy sortant du bateau.
Cette expression vient évidemment de l’époque où Chaillot, avant d’être un faubourg de Paris, était un petit village tourné en ridicule par les citadins.
On connait l’air étonné et ahuri des paysans qui arrivent pour la première fois dans une grande ville, et si ceux de Chaillot ont eu les honneurs du proverbe, c’est sans doute pour l’unique raison que Chaliéau rimait à peu près avec bateau, ou qu’il est peut-être le plus ancien village de la Seine.
Quant au mot aheury, il appartient, suivant Ch. Nodier, au patois de Paris et de sa banlieue, et parait être une onomatopée des sons que font entendre les campagnards dans l’ébahissement.
Il convient d’ajouter, avec Lorédan Larchey, que le village de Chaillot fut toujours le point de mire des mauvais plaisants. Quand on parlait d’une Agnès de Chaillot, c’était pour désigner une fille suspecte.
On dit : « À Chaillot, les gêneurs ! »
Alboche
Virmaître, 1894 : Allemand. Autrefois les ouvriers disaient boche, pour qualifier un lourdeau, al a été ajouté pour désigner les Allemands en général (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : On désigne ainsi les Allemands, Luxembourgeois, Alsaciens, tous ceux qui parlent l’allemand.
Hayard, 1907 / France, 1907 : Allemand.
Algonquin
d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris, qui signifie balourd malotru ; homme audacieux et grossier. On se sert particulièrement de ce mot pour désigner un étranger ou un inconnu dont la figure est dure et rebutante, et qui se présente en un lieu avec hardiesse et incivilité.
Âne
d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier les ânes se battent. Locution proverbiale qui signifie que la mésintelligence et la discorde se mettent bientôt dans un ménage où l’indigence se fait sentir.
Un roussin d’Arcadie. Pour dire un baudet ; un âne.
Faire l’âne pour avoir du son. Feindre d’ignorer une chose dont on est parfaitement instruit, à dessein de se moquer ensuite de celui à qui on veut la faire raconter.
Méchant comme un âne rouge. Proverbe qui se dit d’un enfant espiègle et mutin, capable de toutes sortes de malices.
Il y a plus d’un âne à la foire qui s’appelle Martin. Se dit à celui qui, par la ressemblance des noms de deux personnes, a commis quelqu’équivoque.
Brider l’âne par la queue. Faire une chose à rebours ; la commencer par où elle doit finir.
Faute d’un point, Martin perdit son âne. Signifie qu’il s’en est fallu de bien peu de chose, que l’on ne gagnât la partie au jeu.
Chercher son âne quand on est dessus. Chercher une chose que l’on tient sans y prendre garde, comme il arrive quelquefois que l’on cherche son chapeau lorsqu’on le tient à la main ou qu’on l’a sur la tête.
Tenir son âne par la queue. Prendre ses mesures, se précautionner pour ne pas perdre ce que l’on ne possède que d’une manière incertaine.
Un âne bâté. Mot injurieux qui signifie sot, stupide, ignorant.
Sangler quelqu’un comme un âne. Au propre, le serrer dans ses habits à l’étouffer ; au figuré, le traiter avec la dernière rigueur.
C’est le pont ou la poste aux ânes. Pour dire qu’une chose est très-facile à faire lorsqu’on y est habitué ; que ce n’est qu’une routine.
Des contes de peau d’âne. Des discours dénués de vraisemblance : vieilles histoires dont on berce les enfans.
Il est bien âne de nature, celui qui ne peut lire son écriture. Dicton usité en parlant d’un homme excessivement ignorant ; ou de celui qui écrit tellement mal, qu’il ne peut lui-même se déchiffrer.
Elle ne vaut pas le pet d’un âne mort. Se dit d’une personne que l’on méprise extrêmement, et d’une chose à laquelle on n’accorde aucune espèce de valeur.
Monter sur l’âne. Pour dire, faillir, faire banqueroute, mettre la clef sous la porte.
Avoir des oreilles d’âne. Au propre, avoir de grandes oreilles ; et métaphoriquement, être d’une lourde ignorance.
L’âne du commun est toujours le plus mal bâté. Signifie qu’on s’inquiète peu de tout bien qui n’est pas particulier.
Boire en âne. Locution bachique qui équivaut à faire du vieux vin ; ne pas vider son verre tout d’un trait.
Têtu comme un âne, comme un mulet. Extrêmement opiniâtre.
On ne sauroit faire boire un âne, s’il n’a soif. Façon de parler incivile, pour dire qu’il n’est pas aisé de contraindre un obstiné à faire quelque chose contre sa volonté.
Antifer
Rossignol, 1901 : Synonyme de anquiller.
La lourde était bouclée, j’ai antifé de riffe.
Hayard, 1907 : Entrer.
Arçonner une lourde
Clémens, 1840 : Frapper à une porte.
Argouzin
d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux qui équivaut à iroquois, butord, lourdaud, homme stupide et grossier. C’est aussi le nom qu’on donne aux officiers subalternes qui surveillent les galériens.
Avoir mal aux cheveux
Larchey, 1865 : Avoir la tête lourde un lendemain d’ivresse.
Delvau, 1866 : v. n. Avoir mal à la tête, par suite d’excès bachiques. Argot des faubouriens.
B
d’Hautel, 1808 : Être marqué au B. Locution satirique qui signifie être bigle, borgne, bossu, bancal ou boiteux.
Les marqués au B sont tout bons on tout mauvais. Dicton populaire qui signifie que les gens ainsi disgraciés de la nature, ou possèdent de grandes qualités qui les font généralement estimer ; ou sont remplis de défauts qui les rendent insupportables.
Il ne sait ni A B. Pour il est d’une lourde ignorance.
Bâcler
d’Hautel, 1808 : Son affaire sera bientôt bâclée. Pour, sera bientôt expédiée, promptement conclue.
C’est une affaire bâclée. C’est-à-dire terminée, conclue.
Bâcler la lourde. Terme d’argot ; signifie fermer la porte.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Fermer.
un détenu, 1846 : Faire quelque chose.
Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — dans l’argot des voleurs, qui se servent là d’un vieux mot de la langue des honnêtes gens. On dit aussi Boucler.
France, 1907 : Faire une chose hâtivement et sans soin. Bâcler l’ouvrage.
Balancer
Ansiaume, 1821 : Abattre.
Il faut balancer la lourde pour arriver à la malouse.
Bras-de-Fer, 1829 : Remuer.
Vidocq, 1837 : v. a. — Jeter.
Clémens, 1840 : Jeter, refuser.
M.D., 1844 : Jeter.
M.D., 1844 : Renvoyer.
un détenu, 1846 : Chasser, renvoyer d’un emploi.
Larchey, 1865 : Jeter au loin. On sait que l’action de balancer imprime plus de force à une projection. V. Litrer. Balancer, envoyer à la balançoire : Congédier, renvoyer.
Elle m’a traité de mufle. — Alors il faut la balancer.
(Monselet)
Je l’envoie à la balançoire.
(id.)
On dit aussi exbalancer :
Je vais les payer et les exbalancer à la porte.
(Vidal, 1833)
Balancer son chiffon rouge : Parler, remuer la langue. — Balancer sa canne : Devenir voleur. — C’est-à-dire jeter la canne de l’homme qui marche dans l’unique but de se promener. — Balancer ses halènes : Cesser de voler, jeter ses outils de voleur. — Balancer une lazagne : Adresser une lettre. — Balancer ses chasses : Regarder à droite et à gauche. Balancement :
Le conducteur appelle son renvoi de l’administration un balancement.
(Hilpert)
Balançoire : mensonge, conte en l’air.
Non, monsieur ! je n’avais pas fait un accroc. — C’est une balançoire.
(P. de Kock)
Delvau, 1866 : v. a. Donner congé à quelqu’un, renvoyer un employé, un domestique, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi Envoyer à la balançoire.
Rigaud, 1881 : Jeter au loin, renvoyer, envoyer promener.
Quand votre femme vous ennuie… Toc ! on la balance.
(E. Grangé et Lambert-Thiboust. La Mariée du Mardi-Gras)
Rossignol, 1901 : Voir balanstiquer.
France, 1907 : Balancer quelqu’un, le renvoyer, lui donner son congé. Se dit aussi pour se moquer de lui, le berner.
Mais surtout tu te garderas
De l’amour d’un étudiant.
Toujours d’avance tu exigeras
Qu’il fasse tinter son argent,
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.
(Règles de la chasse aux hommes)
Balancer ses alênes
Delvau, 1866 : v. a. Quitter le métier de voleur pour celui d’honnête homme, à moins que ce ne soit pour celui d’assassin.
Virmaître, 1894 : Quitter le métier de voleur. Deux escarpes sont embusquées au coin d’une rue ; de loin, ils voient passer un garçon de recettes, une lourde sacoche sur l’épaule. — Quel dommage, dit l’un, que l’on ne puisse effaroucher son pognon. Je balancerai mes alênes et j’irai vivre honnête dans mon patelin (Argot des voleurs).
Balanceur de tinettes
Virmaître, 1894 : Auxiliaires des prisons qui vident les tinettes. Quand elles sont pleines de mouscaille, elles sont lourdes ; ils impriment un balancement pour les vider : Une, deux et trois. C’est fait. Les troupiers disent : Passer la jambe à Jules. Quand la tinette déborde un loustic s’écrie :
— Prenez-la par les oreilles.
Dans le peuple on dit : Passer la jambe à Thomas (Argot du peuple).
Balouf
Rigaud, 1881 : Excessif. C’est, sans doute, une altération de balourd. — Une raclée balouf, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Hardi, fort.
France, 1907 : Très fort ; argot populaire. La satonnade roule à la balouf, la bastonnade roule terriblement.
Balourd
d’Hautel, 1808 : Un balourd. Terme de mépris ; un ignorant et grossier personnage.
Barbe (en prendre une)
Virmaître, 1894 : Se pocharder. Dans les imprimeries quand un camarade a pris une barbe, on dit aussi qu’il était chargé à cul. Allusion au cheval qui ne peut pas avancer quand sa charge est trop lourde (Argot d’imprimerie).
Barder
un détenu, 1846 : Bâiller, entrebâiller. Exemple : Une poche barde quand elle est pleine de quelques objets.
Rossignol, 1901 : Être lourd.
J’ai coltiné toute la journée des colis qui bardaient.
Bardou
France, 1907 : Lourdaud ; vieux français.
Béotien
France, 1907 : Inintelligent, illettré, ignorant dans les choses de l’art, bourgeois enfin. Dans l’ancienne Grèce, les habitants de la Béotie passaient pour être lourds et grossiers. C’est Louis Desnoyers, auteur des Béotiens de Paris, qui a popularisé ce mot.
Blockaus
Fustier, 1889 : Chapeau de haute forme.
France, 1907 : Ancien schako des soldats d’infanterie et de certains corps de cavalerie, énorme, lourd, disgracieux, qui les faisait ressembler à des redoutes.
Boc, bocard, bocson
Larchey, 1865 : Mauvais cabaret, lieu de débauche. — Vient du vieux mot boque : bouc. V. Roquefort. — Le bouc est l’emblème de la luxure et des querelles. On disait jadis boquer pour frapper.
Montron, ouvre ta lourde, si tu veux que j’aboule et pionce en ton bocson.
(Vidocq)
Bocson
Rigaud, 1881 : Maison de tolérance, lieu mal famé.
La Rue, 1894 : Logis, garni.
France, 1907 : Maison de prostitution, bordel, garni de bas étage ; église, dans l’argot des libres penseurs.
Quand douze plombes crossent,
Les pègres s’en retournent
Au tapis de Montron.
Montron, ouvre ta lourde,
Si tu veux que j’aboule,
Et piausse en ton bocson.
(Mémoires de Vidocq)
Bœuf
d’Hautel, 1808 : Mettre la charrue devant les bœufs. Mettre devant ce qui doit être derrière.
Lourd comme un bœuf. Se dit d’un butord, d’un homme qui marche pesamment.
Saigner comme un bœuf. Pour dire, abondamment.
C’est la pièce de bœuf. Se dit d’une chose dont on fait un usage continuel, ou d’une personne que l’on a coutume de voir journellement et à des heures marquées.
Bœuf saignant, mouton bélant, porc pourri ; tout ne vaut rien s’il n’est bien cuit. Pour marquer le degré de cuisson qui convient à chacune de ces viandes.
Je ne lui ai dit ni œuf ni bœuf. Pour, je ne lui ai dit ni oui ni non ; je ne lui ai adressé aucune injure.
On dit des gens grossiers, sots et stupides ; qu’Ils sont de la paroisse Saint-Pierre-aux-Bœufs, patron des grosses bêtes.
Le bœuf ne doit pas aller avant le char. Pour dire que chacun, selon sa condition, doit se tenir à sa place.
Dieu donne le bœuf et non pas la corne. Signifie que Dieu donne les moyens et les grâces ; mais qu’elles demeurent sans efficacité lorsqu’on ne s’aide pas soi-même par un travail ardent et assidu.
Larchey, 1865 : Monstrueux. — Mot à mot : aussi énorme qu’un bœuf.
Regarde donc la débutante. Quel trac bœuf ! Elle va se trouver mal.
(Ces Petites Dames)
Se mettre dans le bœuf : Tomber dans une situation misérable. Allusion au bouilli qui représente le rôti des indigents. On lit dans une mazarinade de 1649 :
Auprès de la Bastille, Monsieur d’Elbeuf, Dans sa pauvre famille, Mange du bœuf, Tandis que Guénégaud Est à gogo.
Delvau, 1866 : adj. Énorme, extraordinaire, — dans l’argot des faubouriens. Avoir un aplomb bœuf. Avoir beaucoup d’aplomb.
Delvau, 1866 : s. m. Second ouvrier, celui à qui l’on fait faire la besogne la plus pénible. Argot des cordonniers.
Rigaud, 1881 : Énorme, colossal. — Un succès bœuf, un aplomb bœuf ; n’est guère employé qu’avec ces deux mots.
Rigaud, 1881 : Mauvaise humeur, emportement, colère. Dans le jargon des typographes, ce mot est synonyme de chèvre. — Prendre un bœuf, gober son bœuf, avoir son bœuf, se mettre en colère, être en colère.
Rigaud, 1881 : Roi d’un jeu de cartes.
Rigaud, 1881 : Second ouvrier cordonnier. — Ouvrier tailleur qui fait les grosses pièces. — Petit bœuf, ouvrier qui commence une pièce, qui l’ébauche.
Boutmy, 1883 : s. m. Colère, mécontentement ; synonyme de chèvre. V. ce mot. Ajoutons cependant que le bœuf est un degré de mécontentement plus accentué que la chèvre. Le bœuf est une chèvre à sa plus haute puissance. Gober, avoir son bœuf, être très contrarié, se mettre en colère.
Boutmy, 1883 : s. m. Composition de quatre ou cinq lignes qu’un compagnon fait gratuitement pour son camarade momentanément absent. S’emploie presque exclusivement dans les journaux. On disait autrefois tocage.
Fustier, 1889 : Joli, agréable. C’est rien bœuf ! dit le peuple.
La Rue, 1894 : Mauvaise humeur. Prendre un bœuf, se mettre en colère.
France, 1907 : Roi du jeu de cartes, appelé ainsi parce qu’il est le plus gros et le plus puissant du jeu. Avoir son bœuf, être en colère ; être le bœuf, être la dupe dans une affaire ; se mettre dans le bœuf, tomber dans une situation critique, allusion au bœuf bouilli ordinaire des ouvriers et des petits bourgeois. On appelle bœuf un apprenti tailleur en passe de devenir ouvrier et les seconds ouvriers cordonniers.
Boire à tire-larigot
France, 1907 : Boire avec excès. L’Académie dit que, selon quelques-uns, il faudrait écrire à tire la Rigaud. Elle se base sur une anecdote qui remonte au XIIIe siècle, d’après laquelle Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, aurait donné une très grosse cloche à la cathédrale de cette ville, qu’on appela Rigaud, du nom du donateur. Or, comme cette cloche était fort lourde, les sonneurs, qui sont des gens fort altérés d’habitude, l’étaient bien davantage après avoir tiré la Rigaud, et buvaient en conséquence. On a étendu le sens de cette expression. On chante, on crie, on joue à tire-larigot.
Bois dur
La Rue, 1894 : Repris de justice.
France, 1907 : Repris de justice.
Les repris de justice se subdivisent en margotins, cotrets, falourdes et fagots, s’il faut en croire le Roi des grecs, mélodrame de Belot joué en mars 1883. Le point de départ de toutes ces subdivisions ne doit pas être cherché ailleurs que dans fagot.
(Lorédan Larchey)
Boucler
Ansiaume, 1821 : Fermer quelque chose.
La malouse étoit joliment bouclée, grâce à mon bouton si elle est débridée.
Vidocq, 1837 : v. a. — Enfermer les détenus dans leur cabanon.
un détenu, 1846 : Fermer ; boucler une porte, fermer la porte.
Larchey, 1865 : Enfermer. — Vidocq. — Du vieux mot Bacler. V. Roquefort.
Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — même argot [des voleurs]. Boucler la lourde. Fermer la porte.
Rigaud, 1881 : Arrêter. — Boucler un poivrot, arrêter un ivrogne.
Rigaud, 1881 : Fermer. — Boucler la lourde, fermer la porte. — Boucler la position, fermer la malle.
Merlin, 1888 : Mettre à la salle de police, en prison.
La Rue, 1894 : Fermer. Partir.
Virmaître, 1894 : Enfermer. Dans les prisons, on boucle les prisonniers chaque soir dans leurs cellules. On boucle la lourde (fermer la porte) (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Fermer, enfermer ou boucler sa porte. Un militaire mis à la salle de police est bouclé.
Hayard, 1907 : Fermer, enfermer.
France, 1907 : Fermer, emprisonner. Bouclez la lourde, fermez la porte. Se faire boucler, se faire emprisonner.
Il se jette, en hurlant, à la poursuite du voleur. Mais, je t’en fiche ! L’homme était déjà loin. Les sergots, accourus, ont pu seulement boucler la fille.
(Montfermeil)
Boucler son portemanteau, partir ou mourir. Boucler sans carmer, partir sans payer, de carme, argent ; argot des voleurs.
anon., 1907 : Fermer.
Bouliner
d’Hautel, 1808 : Filouter, dérober furtivement.
On lui a bouliné tous ses effets. Pour, on lui a tout emporté.
Ansiaume, 1821 : Faire un trou.
Il a fallu décarrer après avoir bouliné deux heures.
anon., 1827 : Voler.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler. (Voyez Grincher, Sauter, Rincer, Effaroucher.)
Vidocq, 1837 : v. a. — Trouer la muraille.
Halbert, 1849 : Voler.
Larchey, 1865 : Faire un trou ou boulin à la muraille (Vidocq). — C’est pour la même raison qu’on appelle un villebrequin une boulinoire, à cause du mouvement circulaire imprimé à cet instrument.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, — quand cela exige qu’on fasse des boulins (ou trous) aux murs d’une maison ou aux volets d’une boutique. Les escrocs des siècles passés disaient bouler.
Rigaud, 1881 : Feindre une quête pour entraîner le public, — dans le jargon des saltimbanques.
Rigaud, 1881 : Voler en pratiquant un trou à l’aide du vilebrequin, boulinoire, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Percer, voler en pratiquant un trou à l’aide du vilebrequin ou boulinoire.
France, 1907 : Caler des boulins aux lourdes, faire des trous dans une porte ; argot des voleurs.
Bouliner une lourde
Clémens, 1840 : Percer une porte.
Bouton
d’Hautel, 1808 : Cela ne tient qu’à un bouton. Pour, cela ne tient qu’à un fil, ne tient à rien.
On dit aussi d’une chose de peu de valeur, et que l’on méprise, qu’On n’en donneroit pas un bouton.
Ansiaume, 1821 : Passepartout.
Mon bouton débride la lourde on ne peut mieux.
Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce de 20 francs. Terme d’argot usité parmi les marchands de chevaux.
Delvau, 1864 : L’extrémité de chaque téton, qui est d’une sensibilité telle, qu’en le pressant un peu des lèvres ou des doigts on en fait sortir un flot de jouissance.
Ce beau sein sur ma bouche,
Qu’il est pur !
Ce bouton que je touche,
Qu’il est dur !
(Gustave Napaud)
Delvau, 1864 : L’extrémité du clitoris, qu’il suffit de toucher de la langue, du doigt ou de la pine pour ouvrir à la femme la porte des félicités divines. — Voir aussi Sonner le bouton.
Laisse mon bouton. mon tit bouton…
(Henry Monnier)
Tout s’ouvre : le bouton des roses,
Et celui des femmes aussi.
(Parnasse satyrique)
Delvau, 1866 : s. m. Louis d’or. Argot des maquignons.
Delvau, 1866 : s. m. Passe-partout. Argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Passe-partout, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Pièce d’or, — dans le jargon des maquignons.
La Rue, 1894 : Passe-partout.
France, 1907 : Passe-partout ; pièce de vingt francs. Bouton de guêtre, pièce de cinq francs en or ; bouton de pieu, punaise.
Brider
d’Hautel, 1808 : Brider la lourde. En terme d’argot signifie, fermer la porte.
Un oison bridé. Homme ignorant et d’une extrême stupidité.
Cette affaire est scellée et bridée. Pour elle est conclue, terminée.
Brider la figure à quelqu’un. C’est lui appliquer un coup de bâton sur le visage.
Brider l’oie. Tromper soigneusement quelqu’un, abuser de sa bonne foi, de sa simplicité.
Brider. S’opposer, mettre obstacle, contrecarrer.
Brider les volontés, les désirs de quelqu’un.
La bécasse est bridée. Se dit par raillerie d’un sot que l’on engage dans une mauvaise affaire, que l’on a pris pouf dupe. Voyez Âne.
Ansiaume, 1821 : Fermer.
Il faut débrider la marmotte, il a dix plombs de rouget.
anon., 1827 : Fermer.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Fermer. Le boucard est bien bridé, la boutique est solidement fermée.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fermer.
Delvau, 1866 : v. a. Fermer, — dans le même argot [des voleurs]. Brider la lourde. Fermer la porte.
Fustier, 1889 : Interdire, défendre. Argot des marchands forains.
Il m’a expliqué le fonctionnement de son jeu de courses, un divertissement qui, après avoir été bridé, vient d’être débridé depuis qu’on a constaté l’impossibilité de harnaquer.
(Temps, avril 1887)
La Rue, 1894 : Interdire, défendre.
Rossignol, 1901 : Retirer une autorisation. Retirer l’autorisation à un camelot ou marchand quelconque de stationner sur la voie publique pour y débiter sa marchandise, c’est le brider. Un établissement fermé par ordre de la préfecture est bridé.
France, 1907 : Fermer ; argot des voleurs. Brider la lourde, fermer la porte. Se dit aussi pour ferrer un forçat.
Brider la lourde
Ansiaume, 1821 : Fermer la porte.
En débridant la lourde, il n’y a qu’à pésiller la camelotte.
Cadet
d’Hautel, 1808 : Un cadet hupé. Le coq du village ; campagnard qui a du foin dans ses bottes ; garçon jeune, robuste et vigoureux.
Le cadet. Pour dire le derrière.
C’est un torche cadet ; ce n’est bon qu’à torcher cadet. Se dit d’un papier inutile, ou pour marquer le mépris que l’on fait d’un mauvais ouvrage.
Cadet de haut appétit. Voy. Appétit.
Ansiaume, 1821 : Pince pour voler.
Il faut un fameux cadet pour débrider la lourde de l’antonne.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pince en fer (Voyez Monseigneur).
Vidocq, 1837 : s. m. — Pince de voleur.
M.D., 1844 : Instrument avec lequel on casse une porte.
un détenu, 1846 : Principal outil pour casser les portes.
Halbert, 1849 : Outil pour forcer les portes.
Larchey, 1865 : Derrière.
Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet.
(Vadé)
Larchey, 1865 : Individu. — Pris souvent en mauvaise part.
Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc.
(Le Casse-Gueule, chanson, 1841)
Larchey, 1865 : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.
Delvau, 1866 : s. m. Les parties basses de l’homme, « la cible aux coups de pied ». Argot du peuple. Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates. Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu’un ou pour clore une discussion qui leur déplaît : « Tiens, baise Cadet ! »
Delvau, 1866 : s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier. Tu es un beau cadet ! Phrase ironique qu’on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.
Rigaud, 1881 : Apprenti maçon.
Rigaud, 1881 : Derrière. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet, apostrophe injurieuse à l’adresse d’un importun, d’un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadet était sur le tapis et quelquefois à l’air.
Rigaud, 1881 : Pince à l’usage des voleurs, petite pince.
La Rue, 1894 : Petite pince de voleur. Le postérieur. Paquet d’objets votés ; fargué au cadet, chargé du vol.
Virmaître, 1894 : Le postérieur.
— Viens ici, bibi, que je torche ton petit cadet.
— Tu as une figure qui ressemble à mon cadet (Argot du peuple).
France, 1907 : Individu quelconque ; apostrophe adressée à quelqu’un qui vient de faire une bêtise : Vous êtes un fameux cadet. Se dit aussi pour un paquet d’objets volés. Cadet de mes soucis, chose qui n’importe pas et dont je ne m’inquiète nullement.
Les femmes veulent qu’on obéisse, non à ce qu’elles disent, mais à ce qu’elles pensent. Avec elles, il faut sentir et non pas raisonner. Aussi bien la logique est-elle le cadet de leurs soucis. Un jour, une de mes bonnes amies m’a donné là-dessus une leçon dont j’ai fait mon profit. Je veux que vous en ayez votre part.
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Le derrière.
— Monsieur Coquelin cadet ?
Et, debout devant son armoire à glace, en manches de chemise, un bonnet de coton rouge sur la tête, la figure navrée, j’aperçus Cadet !
J’éclatai de rire.
— Pourquoi ce bonnet ? vous êtes malade ?
— J’ai un clou.
— Sur le crâne ?
— Non, plus bas… Ici. Mais ne le dites pas.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’il ne serait pas content… mon homonyme, sur lequel je ne puis plus m’asseoir.
(Lucien Puech, Gil Blas)
Bon pour Cadet, chose de nulle valeur. Baiser Cadet, faire des actions basses, se mettre à plat ventre devant un chef, ce que les faubouriens appellent lécher le cul.
France, 1907 : Pince de voleurs ; paquet d’objets volés.
Caler des boudins aux lourdes
France, 1907 : Faire des trous dans une porte.
Camoufle
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Chandelle. Esquinter la camoufle, souffler la chandelle.
Vidocq, 1837 : s.f. — Chandelle.
Clémens, 1840 : Déguisement, chandelle.
Halbert, 1849 : Chandelle.
Larchey, 1865 : Chandelle (Vidocq). — Camouflet : Chandelier. — Du vieux mot camouflet : fumée.
Delvau, 1866 : s. f. Chandelle, — dans l’argot des voleurs. La camoufle s’estourbe. La chandelle s’éteint.
La Rue, 1894 : Chandelle. Signalement.
Virmaître, 1894 : Chandelle (Argot du peuple). V. Cabombe.
Rossignol, 1901 : Chandelle, bougie.
Ma camoufle est jtourbe, Je n’ai plus de rifle, Déboucle-moi la lourde, Pour l’amour du meg.
Hayard, 1907 : Chandelle.
France, 1907 : Chandelle ; du vieux mot camouflet, fumée.
France, 1907 : Signalement.
Carrouble
Ansiaume, 1821 : Clef.
J’ai une carrouble qui débride la lourde de sa turne.
Clémens, 1840 : Clef.
Casque (avoir le)
Rigaud, 1881 : C’est ce que les filles traduisent par avoir un caprice pour un homme. Mot à mot : être solidement coiffé de quelqu’un, avoir quelque chose comme un béguin d’acier.
Rigaud, 1881 : Éprouver une douleur névralgique à la calotte de la tête, le lendemain d’un excès bachique. — Avoir son casque de pompier, avoir la tête très lourde par suite d’ivresse, comme si l’on portait un casque.
La Rue, 1894 : Avoir la tête lourde par suite d’ivresse. Signifie aussi avoir un caprice.
Virmaître, 1894 : Être malin, savoir profiter des occasions, les saisir aux cheveux, même lorsqu’elles sont chauves. Avoir son casque : avoir bu a en être saturé.
— Il a son casque, il en a plein la peau (Argot du peuple).
Casser une forte ou une lourde
France, 1907 : Voler avec effraction.
Cataplasme
d’Hautel, 1808 : Un cataplasme de Venise. Pour dire, soufflet ; coup appliqué avec la main sur le visage.
Rigaud, 1881 : Capitaine de place, — dans le jargon du régiment. Le mot se renverse ; c’est ainsi qu’on dit : Le cataplasme m’a donné deux jours de planche. Et : Le major m’a fait coller deux capitaines de place au ventre.
Rigaud, 1881 : Soupe très épaisse. — Homme lourd, épais au moral. — Cataplasme de Venise, soufflet.
France, 1907 : Paquet de cartes préparé.
Charrieur cambrousier
Halbert, 1849 : Voleur à l’aide du charlatanisme.
France, 1907 : Voleur maladroit, qui opère lourdement, à la façon des campagnards (cambrousiers). On désigne aussi de ce nom Les charlatans nomades.
Chat
d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas lui qui a fait cela ; non, c’est le chat. Locution bouffonne et adversative qui a été long-temps en vogue parmi le peuple de Paris, et dont on se sert encore maintenant pour exprimer qu’une personne est réellement l’auteur d’un ouvrage qu’on ne veut pas lui attribuer ; ou pour affirmer que quelqu’un a commis une faute que l’on s’obstine à mettre sur le compte d’un autre.
Il a autant de caprices qu’un chat a de puces. Se dit d’un enfant fantasque, inconstant et capricieux, comme le sont tous les enfans gâtés et mal élevés.
J’ai bien d’autres chats à fouetter. Pour, j’ai bien d’autres choses à faire que de m’occuper de ce que vous dites.
Il a de la patience comme un chat qui s’étrangle. Se dit par plaisanterie d’une personne vive, impatiente, d’une pétulance extrême, et qui se laisse aller facilement à la colère et à l’emportement.
Il trotte comme un chat maigre. Se dit d’une personne qui marche rapidement et avec légèreté ; qui fait beaucoup de chemin en peu de temps.
Mon chat. Nom d’amitié et de bienveillance que les gens de qualités donnent à leurs protégés, et notamment aux petits enfans.
Il a un chat dans le gosier. Se dit d’un homme de temps qui avale sans cesse sa salive, et qui fait des efforts pour cracher.
Il le guette comme le chat fait la souris. Pour, il épie, il observe soigneusement jusqu’à ses moindres actions.
Acheter chat en poche. Faire une acquisition, sans avoir préalablement examiné l’objet que l’on achette.
Il a emporté le chat. Se dit d’un homme incivil et grossier qui sort d’un lieu sans dire adieu à la société.
Chat échaudé craint l’eau froide. Signifie que quand on a été une fois trompé sur quelque chose, on devient méfiant pour tout ce qui peut y avoir la moindre ressemblance.
Traître comme un chat. Faussaire, hypocrite au dernier degré.
Elles s’aiment comme chiens et chats. Se dit de deux personnes qui ne peuvent s’accorder en semble ; qui se portent réciproquement une haine implacable.
À bon chat bon rat. Pour, à trompeur, trompeur et demi ; bien attaqué, bien éludé.
À mauvais rat faut mauvais chat. Pour, il faut être méchant avec les méchans.
À vieux chat jeune souris. Signifie qu’il faut aux vieillards de jeunes femmes pour les ranimer.
Jeter le chat aux jambes. Accuser, reprocher, rejeter tout le blâme et le mauvais succès d’une affaire sur quelqu’un.
À lanuit, tous chats sont gris. Pour dire que la nuit voile tous les défauts.
Il a joué avec les chats. Se dit de quelqu’un qui a le visage écorché, égratigné.
Il est propre comme une écuelle à chat. Se dit par dérision d’un homme peu soigneux de sa personne, et fort malpropre.
Bailler le chat par les pattes. Exposer une affaire par les points les plus difficiles.
Il entend bien chat, sans qu’on dise minon. Se dit d’un homme rusé et subtil, qui entend le demi-mot.
Il a payé en chats et en rats. Se dit d’un mauvais payeur ; d’un homme qui s’acquitte ric à ric, et en mauvais effets.
Une voix de chats. Voix sans étendue, grêle et délicate.
Une musique de chat. Concert exécuté par des voix aigres et discordantes.
Elle a laissé aller le chat au fromage. Se dit d’une fille qui s’est laissé séduire, et qui porte les marques de son déshonneur.
Bras-de-Fer, 1829 : Geôlier.
Vidocq, 1837 : s. m. — Concierge de prison.
Larchey, 1865 : Guichetier (Vidocq). — Allusion au guichet, véritable chatière derrière laquelle les prisonniers voient briller ses yeux.
Larchey, 1865 : Nom d’amitié.
Les petits noms les plus fréquemment employés par les femmes sont mon chien ou mon chat.
(Ces Dames, 1860)
Delvau, 1866 : s. m. Enrouement subit qui empêche les chanteurs de bien chanter, et même leur fait faire des couacs.
Delvau, 1866 : s. m. Geôlier, — dans le même argot [des voleurs]. Chat fourré. Juge ; greffier.
Delvau, 1866 : s. m. Lapin, — dans l’argot du peuple qui s’obstine à croire que les chats coûtent moins cher que les lapins et que ceux-ci n’entrent que par exception dans la confection des gibelottes.
Rigaud, 1881 : Pudenda mulierum.
Rigaud, 1881 : Couvreur. Comme le chat, il passe la moitié de sa vie sur les toits.
Rigaud, 1881 : Enrouement subit éprouvé par un chanteur.
Rigaud, 1881 : Greffier, employé aux écritures, — dans le jargon du régiment. Et admirez les chassez-croisez du langage argotique : les truands appelaient un chat un greffier et les troupiers appellent un greffier un chat. Tout est dans tout, comme disait Jacotot.
Rigaud, 1881 : Guichetier, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Guichetier. Couvreur. Enrouement subit. Pudenda mulierum.
France, 1907 : Couvreur. Comme les chats, il se tient sur les toits.
France, 1907 : Enrouement. Avoir un chat dans le gosier ou dans la gouttière, être enroué.
France, 1907 : Guichetier d’une geôle.
France, 1907 : Nature de la femme. Au moment où le fameux Jack l’Éventreur terrifiait à Londres le quartier de Whitechapel, le Diable Amoureux du Gil Blas racontait cette lourde plaisanterie :
« — Tond les chiens ! coupe les chats !
Un Anglais se précipite sur le malheureux tondeur en criant :
— Enfin, je te tiens, Jack ! »
Ce quatrain du Diable Boiteux est plus spirituel :
Prix de beauté de Spa, brune, bon caractère !
Au harem aurait fait le bonheur d’un pacha ;
Aime les animaux félins, tigre ou panthère,
Et possède, dit-on, un fort beau petit chat !
Chez lui, revenant après fête,
Un pochard rond comme un portier,
Faible de jambe et lourd de tête,
Cherchait le lit de sa moitié.
Mais il se glissa près de Laure,
La jeune femme du couvreur…
Et ce n’est qu’en voyant l’aurore
Qu’il s’aperçut de son erreur.
— Que va me dire mon épouse ?
Pensa-t-il. Zut ! Pas vu, pas pris !
Elle ne peut être jalouse,
Car la nuit tous les chats sont gris !
(Gil Blas)
Chat, employé pour le sexe de la femme, n’a aucun sens. Le mot primitif est chas, ouverture, fente, dont on a fait châssis. Les Anglais ont le substantif puss, pussy, pour désigner la même chose, mais ils n’ont fait que traduire notre mot chat.
Chocolat
Fustier, 1889 : Naïf, crédule. Argot des voleurs et principalement des joueurs de bonneteau.
Ils (les bonneteurs) s’associent à trois : celui qui fait le chocolat et qui est chargé de commencer la partie, de l’allumer en jouant ; l’enquilleur ou lourdier qui tient la portière de la voiture, invitant les voyageurs à monter dans le compartiment, et, enfin, le patineur, qui monte lorsqu’il n’y a plus qu’une place et qui doit tenir les trois cartes.
(Temps, 1886)
La Rue, 1894 : Naïf, crédule. Compère du bonneteur.
Cimetière
d’Hautel, 1808 : Il a de l’esprit, il a couché au cimetière. Se dit par raillerie d’un ignorant, d’un homme qui a l’esprit lourd et épais.
Il est à remarquer que le peuple de Paris prononce cimequière, tandis qu’ailleurs, par une contradiction singulière, il dit perrutier, au lieu de perruquier.
Clabaud
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris qui équivaut à balourd, benêt ; homme dont la langue est dangereuse ; grand parleur.
France, 1907 : Compère qui parle haut dans les foules, pérore et attire l’attention des badauds, tandis que ses camarades fouillent les poches. On dit aussi clabaud de cohu.
Coq
d’Hautel, 1808 : La machine coq. Expression baroque et insignifiante ; phrase de convention, dont le peuple se sert pour toutes les choses qu’il ne veut pas nommer publiquement ; le sens que renferme cette phrase ne doit être compris que par celui à qui elle est adressée.
Rouge comme un coq. Celui dont la figure est très-animée, très-haute en couleur.
C’est le coq du village. C’est-à-dire le plus hupé, le plus fin, le plus adroit.
La poule ne doit point chanter avant le coq. Pour dire que la femme ne doit point usurper l’autorité de son mari.
Coq-à-l’âne. Quiproquo, fadaises, jeu de mot.
Coq-en-pâte. Homme lourd et grossier, qui prend ses aises partout où il se trouve, et fait le gros seigneur.
Bras-de-Fer, 1829 : Cuisinier.
Delvau, 1866 : s. m. Cuisinier, — dans l’argot des ouvriers qui ont servi dans la marine, et qui ne savent pas parler si bien latin, coquus.
France, 1907 : Cuisinier ; pris de l’anglais cook, dérivé lui-même du latin coquus. On dit ordinairement maître coq.
Costel ou caustel
Virmaître, 1894 : Souteneur. (Argot des souteneurs).
Balance moi-là et ne sois plus caustel,
Casser des lourdes vaut mieux que… des chats.
Couenne
d’Hautel, 1808 : Peau de Pourceau. On dit grossièrement d’un homme peu industrieux ; d’un nigaud, d’un maladroit, d’un sot, qu’il est couenne ; qu’il est bête comme une couenne.
Se ratisser la couenne. Pour, se raser le visage, se faire la barbe.
Delvau, 1864 : Le membre viril, — une cochonnerie.
Larchey, 1865 : « On dit d’un nigaud, d’un maladroit, d’un sot qu’il est couenne. » — d’Hautel, 1808. — V. Coenne.
Delvau, 1866 : s. et adj. Imbécile, niais, homme sans énergie, — dans l’argot des faubouriens, qui pensent comme Émile Augier (dans la Ciguë), que « les sots sont toujours gras ».
Delvau, 1866 : s. f. Chair, — dans l’argot du peuple. Gratter la couenne à quelqu’un. Le flatter, lui faire des compliments exagérés.
Rigaud, 1881 : Niais.
Est-il couenne, ce petit N… de D… là…, ça lui fait de la peine quand on bat les autres.
(Eug. Sue. Misères des enfants trouvés.)
Rigaud, 1881 : Peau. — Se racler la couenne, se raser.
France, 1907 : Chair. Gratter, racler ou ratisser la couenne, raser. Se dit aussi pour flatter, dans le même sens que passer la main dans le dos.
France, 1907 : Sot, lourdaud, à l’intelligence épaisse comme la peau du porc.
Oui, y a pas d’doute, à ton accent
On voit qu’t’es faubourien pur sang ;
T’es éveillé, t’as pas l’air couenne,
T’es p’t’êtr’ du quartier Saint-Antoine.
(A. Bruant et J. Jouy)
Courtaud de boutanche
Delvau, 1866 : s. m. Commis de magasin, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Lourdaud de boutique. Synonyme de calicot (Argot des voleurs).
France, 1907 : Marchand ou commis marchand, dans l’argot des voleurs, qui n’ont fait que conserver le terme injurieux appliqué jadis par les nobles et les hauts bourgeois à tous les gens de commerce.
Tous les nobles autrefois portaient la robe longue ; les gens du peuple, seuls, avaient une jaquette qui ne descendait pas au-dessous du genou et les seigneurs les désignaient souvent sous le nom de courtaud.
Il n’est crocheteur, ni courtaud de boutique
Qui n’estime à vertu l’art où sa main s’applique.
(Mathurin Regnier, dans ses Satires)
Cube
France, 1907 : Élève de l’École Centrale ou élève de mathématiques spéciales.
Dans la salle se pressaient les parents, les amis et les professeurs des centraux, venus avec la ferme intention d’applaudir — enfin sur une vraie scène — les jeunes cubes en activité.
(La Nation)
Se dit aussi pour lourdaud, imbécile, car de tous temps les savants faisant des mathématiques une étude exclusive ont eu, près des gens de lettres, la réputation de philistins. Voltaire a dépeint ainsi le cube de son temps :
Entends-tu murmurer ce sauvage algébriste,
À la démarche lente, au teint blême, à l’œil triste,
Qui, d’un calcul aride à peine encore instruit,
Sait que quatre est à deux comme seize est à huit ?
Il méprise Racine, il insulte à Corneille ;
Lulli n’a point de sons pour sa pesante oreille,
Et Rubens vainement sous ses pinceaux flatteurs
De la belle nature assortit les couteurs,
Des x, x redoubles admirant la puissance,
Il croit que Varignon fut seul utile en France,
Et s’étonne surtout qu’inspiré par l’amour,
Sans algèbre autrefois, Quenault charmât la cour.
(Stances)
Cul d’âne
France, 1907 : Lourdaud.
Cul de plomb
Delvau, 1866 : s. m. Bureaucrate, — dans l’argot des bourgeois.
Delvau, 1866 : s. m. Employé sans capacité ou sans ambition, destiné à mourir simple expéditionnaire, — dans l’argot des bureaucrates, qui se rêvent tous le titre de chef de division comme bâton de maréchal.
Rigaud, 1881 : Bureaucrate sans activité, sans intelligence. — Couturière.
Virmaître, 1894 : Employé rivé à son fauteuil d’un bout de l’année à l’autre (Argot du peuple).
France, 1907 : Homme lourd et lent ; employé de bureau. Raccrocheuse qui attend les clients au café.
Débâcler
d’Hautel, 1808 : Venir à l’improviste, et en grande compagnie chez quelqu’un ou l’on n’est pas attendu.
Débâcler la lourde. En terme d’argot, veut dire, ouvrir la porte.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Ouvrir.
Rigaud, 1881 : Accoucher.
Rigaud, 1881 : Ouvrir. — Débâcler la guimbarde, ouvrir la porte.
France, 1907 : Accoucher, ouvrir ; corruption de déboucler. Débâcler la roulante, ouvrir une voiture. Débâcler son chouan, ouvrir son cœur. Débâcler la lourde, ouvrir la porte.
Débonder
d’Hautel, 1808 : Au propre, ôter la bonde d’un tonneau. Au figuré et par facétie, faire ses nécessités après s’être long-temps retenu ; ou après une colique douloureuse ; il signifie aussi ouvrir son cœur à quelqu’un ; s’entretenir du sujet de ses chagrins, de ses peines.
Delvau, 1866 : v. n. Alvum deponere, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Se soulager les entrailles.
— Nom de Dieu ! dit Balourdeau, v’là mon ventre qui gargouille, il va falloir me débonder.
(Les Propos du Commandeur)
Déboucleur de lourdes
Fustier, 1889 : Voleur qui a la spécialité de fracturer les portes.
France, 1907 : Voleur avec effraction.
Débrider
d’Hautel, 1808 : Faire quelque chose sans débrider. Sans interruption, tout d’un seul trait.
Ansiaume, 1821 : Ouvrir.
D’un seul coup le dauphin a débridé la lourde.
anon., 1827 : Ouvrir.
Vidocq, 1837 : v. a. — Ouvrir.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 : Ouvrir.
un détenu, 1846 : Ouvrir. Débrider une carrouble ; ouvrir une porte.
Larchey, 1865 : Ouvrir (Vidocq). — Débrider les chasses : Ouvrir l’œil. V. Temps. — Débridoir : Clef.
Delvau, 1866 : v. n. Manger avec appétit, — dans l’argot du peuple, qui assimile l’homme an cheval.
Delvau, 1866 : v. n. Ouvrir, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Crocheter une serrure, ouvrir. — Débrider la margoulette, manger. — Débrider les chasses, ouvrir l’œil, faire attention.
Fustier, 1889 : Autoriser, permettre. Argot des forains. (V. supra, Brider.)
La Rue, 1894 : Ouvrir Manger. Crocheter une serrure. Autoriser.
France, 1907 : Ouvrir : terme de chirurgie. Manger, allusion au cheval que l’on débride pour le faire manger. Crocheter une serrure. Débrider la margoulette, manger. Débrider les châsses, ouvrir les yeux.
Puis dormoit sans desbrider jusques au lendemain huict heures.
(Rabelais)
Débrider avec la carrouble
Ansiaume, 1821 : Ouvrir avec la clef.
J’ai la carrouble qui convient à sa lourde.
Débrider la lourde
Halbert, 1849 : Ouvrir la porte.
Déchanter
d’Hautel, 1808 : Être obligé de rabattre du ton que l’on avoit pris, ou des spéculations que l’on avoit faites ; dire tout le contraire de ce que l’on s’étoit d’abord proposé.
Il y a bien à déchanter. Pour, il en faut bien rabattre.
Delvau, 1866 : v. n. Revenir d’une erreur ; perdre une illusion ; rabattre de ses prétentions, — dans l’argot du peuple, fidèle sans le savoir à l’étymologie (décantare).
Rigaud, 1881 : Être désenchanté, par abréviation.
France, 1907 : Revenir d’une erreur. Voir s’effondrer ses espérances. Devenir modeste à la suite de déceptions. « On a chanté trop tôt victoire, on déchante maintenant. »
Leur vie d’autrefois recommença, morne et lourde après une courte accalmie. Elle avait été reprise d’une de ces fougasses amoureuses qui lui irritaient le sang, à chacune de ces comédies et décevaient Huriaux, comme un renouveau, un retour au bon temps. La fringale passée, il fut bien contraint de déchanter.
(Camille Lemonnier, Happe-chair)
Découragiste
France, 1907 : Individu atteint de cette maladie d’esprit qui fait, suivant le dicton, « jeter le manche après la cognée ». Le découragiste est, dans une société, aussi nuisible et aussi démoralisant que le je-m’en-foutiste.
C’est un produit essentiellement français. Schopenhauer, Hartmann et les autres découragistes n’ont fait que traduire, en l’alourdissant, en l’embrumant, le clair et mélancolique langage de Chateaubriand.
(Edmond Lepelletier)
Défrusquiner
Ansiaume, 1821 : Déshabiller.
En défrusquinant la falourde engourdie j’ai trouvé le filoche.
anon., 1827 : Déshabiller.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Déshabiller. Défrusquiner les momes, voler les habits des enfants.
Bras-de-Fer, 1829 : Déshabiller.
Dégoter, dégotter
France, 1907 : Surpasser.
L’émulation, ce puissant moteur du bien, existe aussi pour le mal. Les jeunes rôdeurs se montent mutuellement la tête. Ils veulent faire parler d’eux, devenir célèbres, dégotter tel ou tel cabot du crime dont le public s’entretient. Ils vont au mal, parce que la route du mal s’ouvre devant eux. Peut-être iraient-ils au bien si la société se préoccupait avec plus d’intelligence de leur en montrer le chemin.
(Paul Foucher)
Bien à tort, le public s’exclame
Sur la finesse de Prado ;
Cet assassin, je le proclame,
N’est qu’un maladroit, un lourdaud.
Sans me faire de la réclame,
Je puis dire, sans vanité,
Que, par mon habileté,
Je l’ai vraiment dégoté !
(Jules Joly)
— Sieds-toi, monsieur ; regarde comme je suis belle ! Et prends-moi, si ça te plaît !
Il s’étendit à plat le ventre sur le divan aux couleurs tapageuses qui, rehaussant cet humble boudoir, lui prêtait, à la clarté molle de deux lampes d’albâtre, une certaine apparence de luxe, et, s’étant étiré les quatre membres, il bâilla, puis il la contempla nonchalamment de cet œil connaisseur avec lequel maquignons et gentilshommes étudient la structure des pur sang.
— Hé ! hé ! bourdonna-t-il, tu dégotes la Médicis et la Milo !
(Léon Cladel, Une Maudite)
Dégourdi
d’Hautel, 1808 : Un dégourdi. Un garçon alerte et éveillé, et très-près regardant sur ses intérêts.
Virmaître, 1894 : Se dit par ironie d’un homme lourd et pâteux.
— J’ai froid, je vais marcher vite pour me dégourdir les jambes.
On dit d’une gamine qui connaît à six ans ce qu’elle devrait ignorer à quinze : elle est dégourdie pour son âge (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Malin. On dit aussi de celui qui est leste : c’est un dégourdi.
France, 1907 : Émancipé, alerte, actif.
Un grand gaillard, propre comme un sou neuf, des guêtres éblouissantes, la vareuse bien tendue sur le ceinturon luisant, le képi sur l’oreille, le teint brûlé, de la moustache à peine, l’air dégourdi d’un faubourien de grande ville.
(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)
France, 1907 : S’emploie ironiquement pour le contraire.
— Allons, espèce d’empoté ! Vous avez l’air d’une andouille ! Avancez donc, bougre de dégourdi !… hurla au jeune engagé le sous-off, en guise d’encouragement.
(Les Joyeusetés du régiment)
Dormir
d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit en plaisantant d’un enfant mutin, espiègle, et difficile à conduire.
Dormir comme un sabot. C’est-à-dire, très profondément, comme le font ordinairement les apathiques, les gens d’un sang lourd et épais ; et par allusion au sabot qui, agité fortement par le fouet d’un enfant, semble ne décrire aucun mouvement, et être tout-à-fait immobile.
Dormir comme une marmotte. Avoir l’air nonchalant, et toujours endormi. On sait que les marmottes dorment six mois de l’année.
Il ne sait s’il dort ou s’il veille. Se dit d’une personne étonnée, surprise, stupéfaite.
Des contes à dormir debout. Histoires ennuyeuses et mensongères.
Dormir la grasse matinée. C’est dormir en paresseux, toute la matinée.
Il ne faut pas réveiller le chat qui dort. Voy. Éveiller.
On dit communément parmi le peuple, dormir un somme, pour faire un somme, prendre un moment de sommeil.
Dormir sans débrider. Dormir la nuit entière sans s’éveiller.
Jeunesse qui veille et vieillesse qui dort, c’est signe de mort.
On dit d’un homme alerte, vigilant, intrigant dans les affaires, que le diable le berce quand il dort.
Il ne dort non plus qu’un jaloux. Pour, il a le sommeil inquiet, agité, fort léger ; un rien suffit pour le réveiller.
Dormir à bâtons rompus. Se réveiller vingt fois dans une nuit.
Le bien vient en dormant. Proverbe qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre ; et qui se dit de certaines gens à qui il arrive des bonnes fortunes qu’elles n’ont pas méritées par leurs travaux.
d’Hautel, 1808 : Qui dort dîne. Se dit par plaisanterie d’une personne qui se laisse aller au sommeil au moment où l’on se met à table.
Drogueur de la haute
Delvau, 1866 : s. m. Escroc habile, qui sait battre monnaie avec des histoires.
Rigaud, 1881 : Escroc qui exploite la crédulité publique au moyen de prétendues souscriptions financières ou patriotiques, de quêtes, de loteries, d’indulgences, de fausses eaux de Lourdes, etc., etc…
Virmaître, 1894 : Voleur du grand monde (Argot des voleurs).
France, 1907 : Escroc beau parleur, qui sait monter le coup aux dupes, leur faire avaler la pilule en la dorant
Emmanché
Rigaud, 1881 : C’est l’équivalent d’empoté, de maladroit, — dans le jargon du peuple. Il ne bouge pas plus qu’une lame emmanchée. C’est un emmanché. — Espèce d’emmanché, remue-toi donc !
Virmaître, 1894 : Individu qui se tient raide comme un pieu. Dans le peuple, on dit qu’il à un manche à balai de cassé quelque part. On emmanche une affaire. Emmanché se dit aussi dans une autre sens.
— J’ai emmanché la gosse (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Individu qu’un autre prend pour un balai.
France, 1907 : Garçon lent, lourd, maladroit.
Empaffes
Ansiaume, 1821 : Draps de lit.
Il l’a abatu et laissé dans ses empaffes, grinchi la malouse et rebridé la lourde.
Vidocq, 1837 : s. m. — Draps de lit.
Delvau, 1866 : s. m. pl. Draps de lit, — dans l’argot des voleurs. V. Empave. Ils disent aussi Embarras, — parce qu’en effet il leur est assez difficile de les emporter.
France, 1907 : Draps de lit ; argot des voleurs.
Empaillé
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, homme sans valeur, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent souvent aussi : Il est à empailler !
Rigaud, 1881 : Homme gauche.
Virmaître, 1894 : Imbécile qui ne remue pas plus que s’il était empaillé dans une vitrine du Musée zoologique (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Imbécile, bon à rien.
Hayard, 1907 : Naïf, simple.
France, 1907 : Homme lent, lourd, de peu d’intelligence et de peu d’énergie.
Encarade
Vidocq, 1837 : s. f. — Entrée.
Rigaud, 1881 : Entrée. Lourde d’en-carade, porte d’entrée, ou encarade tout court.
La Rue, 1894 : Entrée, porte d’entrée.
Encarade ou encarrade
France, 1907 : Entrée ; argot des voleurs. Lourde d’encarrade, porte d’entrée.
Endos
Ansiaume, 1821 : Épaules.
J’ai porsé la falourde engourdie depuis le trimard jusqu’au satou.
Delvau, 1866 : s. m. L’échine du dos, — dans l’argot des voyous.
Rossignol, 1901 : Épaules.
France, 1907 : Échine.
Engainer
Delvau, 1864 : Baiser, la nature de la femme servant de gaine au couteau de l’homme.
Si elle n’ouvre pas bien les cuisses, il est impossible qu’il la puisse bien engaîner.
(Mililot)
Puis Martin juche et lourdement engaîne.
(Cl. Marot)
De sorte que quand il voulut engaîner.
(Moyen de parvenir)
La belle crie, il pousse, à la fin il engaîne.
(Piron)
Envoyer s’asseoir
France, 1907 : Même sens qu’envoyer promener. « C’est fini, nous n’avons plus besoin de vous… Allez vous asseoir. » Allusion à la phrase traditionnelle des magistrats qui viennent d’entendre la déposition d’un témoin.
On ne croit plus aux momeries
Que nous faisions pour les badauds ;
On se moque des singeries
Qui faisaient pâmer les lourdauds ;
Enfin, l’on ne croit plus au diable
Que nous prions matin et soir,
Et ce qui devint pitoyable,
Le bon Dieu nous envoie asseoir !
(Julien Fauque, Les Plaintes des Jésuites)
Épais
d’Hautel, 1808 : Il est lourd et épais. Pour il est dénué, d’intelligence, d’esprit, de sens commun.
Delvau, 1866 : s. m. Le cinq et le six, — dans l’argot des joueurs de dominos.
France, 1907 : Cinq et six du jeu de dominos.
Esquinter
Vidocq, 1837 : v. a. — Fracturer, briser.
Larchey, 1865 : Battre.
Ceux qui veulent se faire esquinter peuvent venir me trouver, je m’appelle Bonne-Lame.
(Vidal, 1833)
Larchey, 1865 : Fracturer (Vidocq). — Roquefort donne avec le même sens les trois verbes d’esquatir, esquacher, esquisar.
Larchey, 1865 : Harasser.
Que dirais-tu si, au lieu d’avoir le fouet à la main, tu étais obligé de t’esquinter comme nous a la limonière ?
(Buchon)
Delvau, 1866 : v. a. Éreinter, battre, — dans l’argot du peuple. S’esquinter, v. pron. se fatiguer à travailler, à marcher, à jouer, à — n’importe quoi de fatiguant. On dit aussi S’esquinter le tempérament.
Delvau, 1866 : v. a. Fracturer, briser, perdre, abîmer, tuer. Signifie aussi : Tromper, enfoncer quelqu’un.
Rigaud, 1881 : Harasser. — Abîmer. Enfoncer. Esquinter une lourde, enfoncer une porte. — Battre, donner des coups de bâton. — Esquinter un pante, frapper un particulier. — S’esquinter le tempérament, travailler au-delà de ses forces, se créer des ennuis.
Rossignol, 1901 : Fatigué. On dit aussi d’un individu qui a reçu beaucoup de coups : il a été esquinté.
Hayard, 1907 : Abimer, médire, être affaibli, fatigué.
France, 1907 : Endommager, éreinter, fatiguer. Battre ; tuer ; voler avec effraction.
— Voulez-vous me rendre un service ?
— Pourvu que ça ne soit pas une course… volontiers ! pas pour moi que je dis ça, mais pour Coco qu’est rudement esquinté…
(Jules Lermina, Le Gamin de Paris)
— Oui, reprit-il en se laissant couler à terre et en nouant autour de ses genoux terreux ses mains velues, ne me vendez pas !… Les chiens m’ont dépisté, j’ai quitté mon trou et je m’ensauvais quand vous m’avez mis en joue… J’étais esquinté… Voilà vingt-quatre heures que je n’ai rien mangé.
(André Theuriet)
Été de la Saint-Martin
France, 1907 : La Saint-Martin tombe le 11 novembre, et généralement, à ce moment de l’automne, il y a encore de beaux jours, phénomène expliqué par la raison que la terre, du 11 au 13 novembre, comme du 10 au 12 août, se meut dans un point de son orbite où elle rencontre des fragments de planètes qu’elle attire et qui, en tombant dans notre atmosphère, s’enflamment et se consument par suite de la prodigieuse vitesse de leur chute. Du 1er au 11, ces fragments de planètes renvoient à la terre la chaleur qu’ils reçoivent eux-mêmes du soleil.
On appelle donc au figuré été de la Saint-Marin les retours de jeunesse que l’on remarque souvent aux personnes qui ont dépassé la cinquantaine, et aussi la dernière beauté des femmes.
Tony Révillon l’a décrit de façon charmante :
« L’homme a dépassé la cinquantaine, ses cheveux ont blanchi ; il n’appartient plus qu’aux lettres, à la science, à la politique, à l’ambition ; ses tendresses sont des tendresses de père.
Il rencontre une jeune femme, il l’aime, et, il retrouve en l’aimant la fraîcheur d’impressions de la jeunesse, les émotions de la vingtième année.
Être aimé, il ne l’espère plus, et cela le rend timide. Aimer, il l’ose encore, et cet amour le réchauffe et le renouvelle. Son pas alourdi devient léger, son regard retrouve la flamme. C’est Booz et Ruth, David et Bethsabée, c’est Diderot et la petite Voland, le baron Gentz et Fanny Essler.
C’est l’été de la Saint-Martin. »
À la Saint-Martin,
L’hiver en chemin,
dit un vieux proverbe.
À la Saint-Martin
Faut goûter le vin,
Nostre dame après,
Pour boire il est prêt,
ajoute le Calendrier des bons laboureurs.
Faire piler du poivre
Larchey, 1865 : Terrasser quelqu’un plusieurs fois en le laissant retomber aussi lourdement qu’un pilon. — Poivre indique la cuisson qu’en ressent la partie contuse.
Falourde
Delvau, 1866 : s. f. Le double-six, — dans l’argot des joueurs de dominos. On l’appelle aussi le Bateau à charbon et l’Ami.
Rigaud, 1881 : Double six d’un jeu de dominos.
Rigaud, 1881 : Repris de justice, malfaiteur. — Falourde engourdie, cadavre d’un malfaiteur.
Fustier, 1889 : Réclusionnaire. Argot des malfaiteurs.
Tous ces filous font partie d’une bande parfaitement organisée, embrigadée ; une véritable association avec ses chefs, ses banquiers, ses professeurs dont le maître suprême est un falourde répondant au surnom de Dragon.
(Temps, 1886)
La Rue, 1894 : Malfaiteur. Réclusionnaire. Forçat libéré. Falourde engourdie, cadavre.
Rossignol, 1901 : Imbécile.
France, 1907 : Double six, aux dominos.
France, 1907 : Forçat libéré.
France, 1907 : Imbécile.
Le mond’ qui fait ces questions-là
C’est un’ falourde !
Par hasard, est-c’ qui prendrait la
Femm’ pour un’ gourde ?
Les gringalets qu’on fait su’ l’tas,
Ça nous méprise…
Qu’on soy’ fait’ au plat par un gas,
Vite, on est prise.
(Blédort)
Falourde engourdie
Ansiaume, 1821 : Cadavre.
Il a fallu exbalancer du trimard les falourdes engourdies.
Clémens, 1840 : Cadavre.
Delvau, 1866 : s. f. Cadavre, — dans l’argot des voyous.
Virmaître, 1894 : Un cadavre. Allusion à la rigidité (Argot du peuple).
France, 1907 : Cadavre.
Falourdes
d’Hautel, 1808 : Dire des falourdes. Gausser, bourder, débiter des mensonges et des gasconnades.
Cela vaut une falourde. Se dit quand on s’est échauffé par un exercice ou par un travail pénible auquel on n’est pas accoutumé.
Ansiaume, 1821 : Corps morts.
Il a exbalancé les falourdes après les avoir défrusquinées.
Fil
d’Hautel, 1808 : Avoir le fil. Être fin, adroit et audacieux ; enjôler, duper le mieux du monde.
Il faut prendre ses précautions avec cet homme ; il a un bon fil, un fameux fil, un vieux fil. Se dit d’un homme rusé, d’un fin matois, d’un entremetteur, qui ne se retire jamais d’une affaire les mains nettes.
Des malices cousues de fil blanc. Pièges maladroits, tours mal combinés, attrapes grossières.
De fil en aiguille. Pour, d’un propos à l’autre.
Donner du fil à retordre. Tourmenter, donner de la peine à quelqu’un, le contrecarrer dans ses projets.
Delvau, 1866 : s. m. Adresse, habileté, — dans l’argot du peuple, qui assimile l’homme à un couteau et l’estime en proportion de son acuité. Avoir le fil. Savoir comment s’y prendre pour conduire une affaire. Connaître le fil. Connaître le truc. On dit aussi d’une personne médisante ou d’un beau parleur : C’est une langue qui a le fil.
Rigaud, 1881 : Au théâtre, toutes les cordes ont reçu le nom de fils. — Descendre un fil, descendre une corde qui supporte les amours dans les féeries.
La Rue, 1894 : Cheveu. Fil bis. Cheveu blanc.
France, 1907 : Adresse. N’avoir pas inventé le fil à couper le beurre, manquer d’intelligence, d’initiative.
France, 1907 : Cheveu. « Le roquentin avait même plus de fil sur la bobine. »
France, 1907 : Cordon de concierge.
— Nous avons nos moyens à nous, dit en ricanant Peau-de-Zébi, nous pouvons venir chez les amis sans déranger personne… pas besoin d’éveiller le lourdier pour lui demander le fil…
(Edmond Lepelletier)
Fin
d’Hautel, 1808 : C’est la fin finale. Manière de parier redondante et railleuse, pour dire qu’une chose, qu’une affaire entamée depuis long-temps est absolument terminée.
Plus fin que lui n’est pas bête. Voyez Bête.
Aimer le linge fin. Expression figurée qui signifie aimer les jolies femmes, être grand partisan du beau sexe.
Fin comme l’amble. Se dit d’un homme très-rusé en affaires.
Il est fin comme Gribouille qui se cache dans l’eau peur de la pluie. Phrase équivoque et piquante dont on se sert en parlant d’un nigaud, d’un homme inepte, dont la maladresse et la balourdise font connoître aisément les tours qu’il veut jouer aux autres.
C’est un fin merle, un fin matois, un fin renard, etc.
Fin contre fin n’est pas bon à faire doublure. Signifie qu’il ne faut rien entreprendre contre quelqu’un d’aussi fin que soi.
C’est un gros fin. Se dit par ironie d’un homme d’une grande simplesse. V. Dague.
Fourlourd
Vidocq, 1837 : s. m. — Malade.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Delvau, 1866 : s. m. Malade, — dans l’argot des prisons.
Rigaud, 1881 : Malade, — dans le jargon des forçats. — Ces messieurs appelaient fourlourde l’infirmerie du bagne.
La Rue, 1894 : Malade.
Fourrer jusqu’à la garde (s’en)
France, 1907 : Manger et boire outre mesure.
Les hommes étaient bien heureux tout de même ! Ils étaient à l’abri de ces accidents ; ils pouvaient batifoler et courir, s’ébaudir à leur aise et s’en fourrer jusqu’à la garde sans jamais risquer pareilles transes, attraper si lourde charge.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Frisser une lourde
Clémens, 1840 : Casser une porte.
Gaffe
Clémens, 1840 : Celui qui fait le guet.
Delvau, 1866 : s. f. Bouche, langue, — dans l’argot des ouvriers. Se dit aussi pour action, parole maladroite, à contretemps. Coup de gaffe. Criaillerie.
Delvau, 1866 : s. f. Les représentants de l’autorité en général, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent probablement leur gaflach (épée, dard). Être en gaffe. Monter une faction ; faire sentinelle ou faire le guet.
Delvau, 1866 : s. m. Gardien de cimetière, — dans l’argot des marbriers.
Delvau, 1866 : s. m. Représentant de l’autorité en particulier. Gaffe à gail. Garde municipal à cheval ; gendarme. Gaffe de sorgue. Gardien de marché ; patrouille grise. On dit aussi Gaffeur.
Rigaud, 1881 : « Cette main est terrible, c’est-à-dire dans l’argot significatif du jeu, une vraie gaffe ! » (A. Cavaillé.) Elle tire tout l’argent des pontes vers le banquier comme ferait une gaffe.
Rigaud, 1881 : Balourdise. Faire gaffe sur gaffe.
Rigaud, 1881 : Patrouille ; gardien, guichetier. — Gaffe des machabées, gardien de cimetière. — Gaffe à gayet, garde municipal à cheval. — Gaffe de sorgue, gardien de nuit dans un marché. — Être en gaffe, être en faction.
La Rue, 1894 : Balourdise. Gardien. Surveillance. Guet. Bouche, langue.
Virmaître, 1894 : Faire le guet pour avertir des complices de l’arrivée de la rousse ou des passants qui pourraient les déranger (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire ou dire une maladresse. Prendre la main de son ami, dessous la table, croyant prendre celle de sa femme, c’est faire une gaffe.
Rossignol, 1901 : Gardien de prison.
Hayard, 1907 : Dire ou faire une bêtise.
France, 1907 : Bouche, langue ; corruption du vieux mot gave. Coup de gaffe, criaillierie. Avaler sa gaffe, mourir.
France, 1907 : Grande fille sèche et maigre. Allusion au harpon appelé gaffe.
… Une grande gaffe chaude, à nez de perroquet, qui n’avait pas trouvé à se marier malgré ses folles envies d’homme, et que les lurons s’amusaient à leurrer de promesses, la pinçant au gras des côtes, toute rouge et les paupières battantes.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
France, 1907 : Maladresse, balourdise, bévue. Faire une gaffe, commettre une maladresse.
Mme Ledouillard. — Mon mari… j’adore mon mari ; c’est extraordinaire, mais c’est comme ça. Et puis, quand par hasard j’ai envie de le tromper, je me dis : Mon Dieu ! si ça allait ne pas être meilleur, ou même moins bien, c’est ça qui serait une gaffe !
(Maurice Donnay, Chère Madame)
La gaffe, ou impair, est certainement une source innocente de rire dont la littérature actuelle a tiré l’effet comique le plus nouveau. Alfred de Musset, que Deschanel n’aime point, doit à l’étude de la gaffe un de ses plus jolis ouvrages, ce délicieux proverbe : On ne saurait songer à tout, que la Comédie-Française ne joue jamais, naturellement.
(Émile Bergerat)
Aux uns et aux autres, la réclame offerte par l’interview ne déplait pourtant pas outre mesure ; mais ils sont gênés par la brusquerie de l’interrogatoire. Les prudents craignent de faire une gaffe et les prophètes se méfient de l’improvisation. Car nous n’avons plus que de faux prophètes, sans délire sacré, des sibylles, pas bien solides sur le trépied.
(François Coppée)
À propos, dis donc à ton frère
De ne pas mettre, en m’écrivant,
Eros, le gosse de Cythère,
Avec un h en commençant.
Alors, pour réparer la gaffe,
Il en met un dans le mot cœur !
Je crois qu’au jeu de l’orthographe
Il ne sort pas souvent vainqueur.
(Jacques Rédelsperger)
Galopée
France, 1907 : Travail hâtif.
Puis commençait la galopée des crocheteurs, bondissant par bandes de quatre de chaque côté des rouleaux, leurs lourdes pinces en arrêt pour saisir au passage la barre de fer, dès sa sortie des cylindres. Et la barre s’allongeait, finissait par ressembler à un énorme serpent écarlate, se tordant dans la fuite et la bousculade du train.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Ganache
d’Hautel, 1808 : Au propre, la mâchoire inférieure du cheval ; au figuré, perruque vieille et crasseuse.
On dit aussi, et fort injurieusement, d’un homme âgé et radotteur, qui a l’esprit lourd et pesant, c’est une vieille ganache.
Larchey, 1865 : « On dit d’un homme âgé et radoteur : C’est une vieille ganache. » — d’Hautel 1808. — Du vieux mot ganache : grosse mâchoire. V. ce mot.
Le père ganache ou le père dindon, ou bien encore le compère, c’est le nom d’un emploi dans lequel le père Brunet et Lepeintre jeune ont excellé. Ce type du vieillard imbécile et crédule est une création de Térence. On lui a donné le nom de ganache, à cause des efforts que fait la mâchoire pour articuler des sons.
(Duflot)
Larchey, 1865 : Ennemi du progrès.
Il déblatérait contre les ganaches de la Chambre.
(G. Sand)
Larchey, 1865 : Fauteuil de forme basse.
Puis s’étant blottie dans une ganache, elle tendit ses jambes.
(Achard)
Delvau, 1866 : s. f. Homme qui ne sait rien faire ni rien dire ; mâchoire. Dans l’argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique, d’Académicien.
Montesquieu toujours rabâche,
Corneille est un vieux barbon ;
Voltaire est une ganache
Et Racine un polisson !
dit une épigramme du temps de la Restauration.
Père Ganache. Rôle de Cassandre, — dans l’argot des coulisses. On dit aussi Père Dindon.
France, 1907 : Fauteuil de forme basse, commode pour les vieillards.
France, 1907 : Vieil imbécile, radoteur.
Ce type du vieillard imbécile et crédule est une création de Térence. On lui a donné le nom de ganache à cause des efforts que fait la mâchoire pour articuler les sons.
(F. Duflot)
Montesquieu toujours rabâche,
Corneille est un vieux barbon,
Voltaire est une ganache
Et Racine un polisson.
(Chant des Hugolâtres)
Godancer
Delvau, 1866 : v. n. Croire à un mensonge ; tomber dans un piège, — dans un godan.
France, 1907 : Croire à un mensonge, à une sottise, à Notre-Dame de Lourdes ou à l’Immaculée Conception.
Godillots
France, 1907 : Souliers et spécialement souliers de soldats, du nom du fondateur de la grande fabrique de chaussures.
Il travaillait, dit le Journal, comme ouvrier maçon, à des réparations au fort de Ham lorsque Louis Napoléon s’en évada. Ce fut lui qui prêta la blouse et le prantalon de toile grossière dont se revêtit le prince, le 25 mai 1846, pour passer devant le corps de garde, une planche portée sur l’épaule dérobant son visage à la curiosité du factionnaire.
Dès le début du troisième empire, la reconnaissance du souverain se manifesta par le don d’une somme importante et la fourniture de plusieurs parties de l’équipement militaire, entre autres des escarpins de troupe, dits godillots.
Mais que devient alors la légende de « Badinguet » ?
À la fin du Directoire, au commencement du consulat, on citait les fortunes criminelles faites par certains fournisseurs aux armées au détriment de nos superbes va-nu-pieds. Les exactions les plus éhontées, les vols les plus scandaleux se commettaient au grand jour, malgré les cris de colère de nos soldats, de nos populations et de nos généraux, et le notaire de Mme de Beauharnais pouvait dire à sa cliente :
— Épousez un fournisseur et non pas un général !
Hélas ! l’état de choses a bien peu changé.
Quant au ministre, il se soucie de tout ça comme de sa première paire de godillots.
(Camille Dreyfus, La Nation)
Un de nos deux compagnons de captivité était une espèce de bohème qu’on avait enrôlé de force et qui, détestable soldat, était toujours réprimandé par les chefs. C’est lui qui, de la distribution des effets, ayant reçu une énorme paire de godillots trop grands et par conséquent très lourds, s’écriait : « Je ne pourrai jamais courir avec ça, s’il fallait battre en retraite ! »
(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)
Moins de cirage aux godillots, plus de savon dans les chambrées ; moins de vexations et plus de discipline ! Et, surtout, que, du général au capitaine, les chefs se fassent voir davantage, s’enquièrent des malades, s’inquiètent de « l’ordinaire », s’occupent du soldat, ne le livrent pas entièrement aux contremaîtres de l’armée.
(Séverine, Gil Blas)
Grain
d’Hautel, 1808 : Un ventre à tout grain. Pour dire un homme peu délicat sur le manger, que les alimens les plus lourds ne peuvent incommoder ; un bélitre, un dissipateur.
Avoir des grains, amasser des grains. Pour avoir ou amasser de l’argent.
Un grain de six balles. Pour dire un écu de six francs.
Être dans le grain. Pour, être en bonne fortune ; avoir le vent en pouppe.
Un Catholique à gros grains. Voyez Catholique.
Il mangeroit cet homme avec un grain de sel. Pour dire, il est bien plus fort que lui ; il lui est infiniment supérieur.
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Écu.
Delvau, 1866 : s. m. Pièce de cinquante centimes, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Pièce de dix sous, — dans l’argot du Temple.
France, 1907 : Pièce de dix sous, dans l’argot des voleurs. Ce mot signifiait autrefois écu.
S’il avoit des grains, on lui raseroit le mynois.
(Vie de Saint-Christophe, 1530)
Griffonnante
France, 1907 : Plume.
Au clair de la luisante,
Mon ami Pierrot,
Refile-moi ta griffonante
Pour broder un mot.
Ma camoufle est morte,
Je n’ai plus de rif,
Déboucle-moi ta lourde
Pour l’amour du mec.
Grinchir
Ansiaume, 1821 : Voler.
Il ne veut grinchir que dans les entonnes, pour moi niberg.
Bras-de-Fer, 1829 : Voler, prendre.
Vidocq, 1837 : v. a. — Voler. J’ai réuni dans cet article quelques détails sur divers genres de vols. Quelques-uns se commettent encore tous les jours ; d’autres n’ont été commis que par ceux qui les ont inventés.
Grinchir au boulon. Le Grinchissage au Boulon a été inventé, dit-on, par un individu dont les antécedens sont bien connus, et qui a pour la pêche une passion pour le moins aussi grande que celle de certain député juste-milieu. Au reste, si l’individu dont je parle n’est pas l’inventeur du Grinchissage au Boulon, il a du moins excellé dans sa pratique, comme il excella par la suite dans la pratique des vols à la Tire et au Bonjour.
Pour Grinchir au Boulon, il ne s’agit que de passer par l’un des trous pratiqués dans la devanture des boutiques, pour donner passage aux boulons qui servent à les fermer, un fil de fer ou de laiton, terminé par un crochet qui sert à saisir l’extrémité d’une pièce de dentelle qu’on amène ainsi à l’extérieur avec une grande facilité.
Il ne s’agirait, pour se mettre à l’abri de ce genre de vol, que de boucher à l’intérieur l’entrée des boulons par de petites plaques de fer.
Grinchir à la cire. Un ou plusieurs individus se rendent chez un restaurateur, déjeunent ou dînent, et s’emparent d’une ou de plusieurs pièces d’argenterie qu’ils collent sous la table au moyen d’un emplâtre de cire ou de poix. Si le maître de l’établissement s’aperçoit du vol qui vient d’être commis à son préjudice, les coupables n’ont rien à craindre, quand bien même ils seraient fouillés. Il est inutile de dire qu’un compère vient quelques instans après leur départ, enlever les pièces d’argenterie.
Le Grinchissage à la Cire fut inventé, il y a vingt années environ, par une jeune et jolie personne, qui le pratiquait de concert avec sa mère, qui était chargée de venir prendre l’argenterie. Ces deux femmes exercèrent paisiblement pendant deux ans ; mais enfin elles subirent le sort de tous les voleurs : elles furent arrêtées et condamnées. Elles confessèrent, durant l’instruction de leur procès, deux cent trente-six vols de cette nature.
Grinchir à la limonade. Un individu dont la tournure est celle d’un domestique, se présente chez un limonadier, auquel il commande dix, douze, ou même quinze demi-tasses pour Monsieur un tel, qui demeure toujours dans la même rue que le limonadier auquel il s’adresse, mais à l’extrémité opposée. Cela fait, il prend les devans et va se poster sur la porte de livraison dont il a indiqué le numéro, et, lorsqu’il voit venir le garçon, il va au-devant de lui, prend la corbeille qu’il porte, et le prie d’aller chercher de l’eau-de-vie qu’il a oublié de commander. Le garçon, sans défiance, abandonne sa corbeille, et s’empresse d’aller chercher ce qu’on lui demande. Ce n’est que lorsqu’il arrive avec le flacon d’eau-de-vie qu’il apprend, du portier de la maison indiquée, qu’il vient d’être la victime d’un audacieux voleur.
Les traiteurs qui envoient de l’argenterie en ville sont aussi très-souvent victimes des Grinchisseurs à la Limonade. Il ne faudrait cependant, pour éviter leurs pièges, que monter toujours dans les lieux indiqués les objets demandés, et de prendre, auprès du concierge de la maison, des renseignemens minutieux.
Cette dernière précaution surtout ne devrait jamais être négligée. Souvent des intrigans louent un appartement, le font garnir de meubles appartenant à un tapissier. Ils se font ensuite apporter une ou deux fois à dîner par le restaurateur voisin, puis enfin une troisième. Mais alors le nombre des convives est plus considérable, et, pour ne point donner naissance aux soupçons, celui des Grinchisseurs qui joue le rôle de l’Amphytrion a soin de demander un garçon pour aider son domestique à servir les convives. Le dîner fini, le domestique, qui est une des principales chevilles du complot, prépare l’argenterie et disparaît avec elle au moment convenu. Pendant ce temps les maîtres passent au salon pour prendre le café, et y amusent le garçon jusqu’à ce qu’ils aient, les uns après les autres, trouvé le moyen de s’évader.
Grinchir à la desserte. Le Grinchissage à la Desserte n’est guère pratiqué qu’à Paris. Un individu, vêtu d’un costume de cuisinier, le casque à mèche en tête et le tranche-lard au côté, qui connaît parfaitement la situation de la cuisine et celle de la salle à manger de la maison dans laquelle il veut voler, s’y introduit à l’heure du dîner, et s’il peut arriver dans la salle à manger avant d’avoir été remarqué, il enlève avec dextérité toute l’argenterie que les domestiques ont laissée en évidence, et trouve le moyen de disparaître sans laisser d’autres traces de son passage que le vol qu’il a commis.
Qu’on se figure, s’il est possible, la surprise extrême du maître de logis ; il veut servir le potage et ne trouve point la cuillère, c’est un oubli de la servante ; il la sonne, elle vient, et après bien des pourparlers on trouve le mot de l’énigme.
Ces vols étaient jadis beaucoup plus fréquens qu’aujourd’hui, par la raison toute simple que les plus fameux Grinchisseurs à la Desserte se sont retirés des affaires, et se sont, je crois, amendés ; l’un s’est fait usurier, et l’autre amateur de tableaux.
Grinchir au voisin. Quoique ce vol ne soit pas de création nouvelle, il se commet encore presque tous les jours, et il n’y a pas bien long-temps que la Gazette des Tribunaux entretenait ses lecteurs d’un Grinchissage au Voisin, dont un horloger de la rue Saint-Honoré venait d’être la victime. Un homme vêtu en voisin, c’est-à-dire, suivant la circonstance, enveloppé d’une robe de chambre, ou seulement couvert d’une petite veste, entre chez un horloger et lui demande une montre de prix, qu’il veut, dit-il, donner à sa femme ou à son neveu ; mais, avant d’en faire l’emplette, il désire la montrer à la personne à laquelle elle est destinée. Il prend la montre qu’il a choisie et prie l’horloger de le faire accompagner par quelqu’un auquel il remettra le prix du bijou, si, comme il n’en doute pas, il se détermine à en faire l’acquisition. Il sort, accompagné du commis de l’horloger, et après tout au plus cinq minutes de marche, ils arrivent tous deux devant la porte cochère d’une maison de belle apparence ; le voleur frappe, et la porte est ouverte. « Donnez vous la peine d’entrer, dit-il au commis de l’horloger. — Après-vous, Monsieur, répond celui-ci. — Entrez, je vous en prie, je suis chez moi. — C’est pour vous obéir, » dit enfin le commis qui se détermine à passer le premier ; à peine est-il entré que le voleur tire la porte et se sauve, et lorsque le commis a donné au concierge de la maison dans laquelle il se trouve, les explications propres à justifier sa présence, explications que celui-ci exige avant de se déterminer à tirer le cordon, le voleur est déjà depuis long-temps à l’abri de toute atteinte.
Grinchir aux deux Lourdes. Un individu dont la tournure et les manières indiquent un homme de bonne compagnie, arrive en poste dans une ville, et prend le plus bel appartement du meilleur hôtel ; il est suivi d’un valet de chambre, et aussitôt son arrivée il a fait arrêter un domestique de louage ; ce noble personnage qui mène le train d’un millionnaire, daigne à peine parler aux hôteliers ; il laisse à son valet de chambre le soin de régler et de payer sa dépense ; mais ce dernier, qui n’additionne jamais les mémoires qu’il acquitte, et qui ne prononce jamais le nom de son maître sans ôter son chapeau, remplit de cette commission à la satisfaction générale. Les voies ainsi préparées, l’étranger fait demander un changeur, qui se rend avec empressement à ses ordres, et auquel il montre une certaine quantité de rouleaux qui contiennent des pièces d’or étrangères ; le changeur examine, pèse même les pièces que l’étranger veut échanger contre des pièces de 20 francs ; rien n’y manque, ni le poids, ni le titre ; le prix de change convenu, on prend jour et heure pour terminer. Lorsque le changeur arrive allèché par l’espoir d’un bénéfice considérable, Monsieur le reçoit dans sa chambre à coucher, assis devant un feu brillant, et enveloppé d’une ample robe de chambre ; le changeur exhibe ses pièce d’or ; les comptes faits, le fripon laisse la somme sur une table, et invite le changeur à passer dans son cabinet pour prendre les pièces étrangères qu’il doit recevoir ; durant le trajet de la chambre à coucher au cabinet, l’or du changeur est enlevé par le valet de chambre ; arrivé au cabinet avec le changeur, le noble personnage a oublié la clé de son secrétaire, il s’absente pour aller la chercher, mais au lieu de revenir, il sort par une seconde porte et va rejoindre son valet de chambre.
Ce n’est point toujours à des changeurs que s’adressent les Grinchisseurs aux deux lourdes. C’est ce que prouvera l’anecdote suivante.
Un individu arrive, en 1812 ou 1813, à Hambourg, son domestique ne parle, dans l’hôtel où son maître est descendu, que des millions qu’il possède et du mariage qu’il est sur le point de contracter, mariage qui doit, dit-il, augmenter encore les richesses de cet opulent personnage. La conduite du maître ne dément pas les discours du domestique, il paie exactement, et plus que généreusement ; l’or paraît ne rien lui coûter. Lorsque cet individu crut avoir inspiré une certaine confiance, il fit demander son hôte, et lorsque celui-ci se fut rendu à ses ordres, il lui dit qu’il désirait acheter plusieurs bijoux qu’il destinait à sa future ; mais, que, comme il ne connaissait personne à Hambourg, il le priait de vouloir bien lui indiquer le mieux assorti, le plus honnête des joailliers de la ville. Charmé de cette preuve de confiance, l’hôtelier s’empressa de faire ce que désirait son pensionnaire, et lui indiqua le sieur Abraham Levy. Le fripon alla trouver ce joaillier, et lui commanda pour une valeur de 150,000 fr. de bijoux.
Le jour de la livraison arrivé, le fripon, quoi qu’indisposé, se lève cependant, et vient en négligé recevoir le joaillier dans son salon. Après avoir attentivement examiné les diverses parures, il les dépose dans un des tiroirs d’un magnifique secrétaire à cylindre, qu’il ferme avec beaucoup de soin, mais sur lequel cependant il laisse la clé ; cela fait, il sonne son valet de chambre pour lui demander la clé d’un coffre-fort qui se trouve là. Le domestique ne répond pas, le noble personnage s’impatiente, sonne encore ; le domestique ne donne pas signe de vie ; il sort furieux pour aller chercher lui-même la clé dont il a besoin.
Un quart-d’heure s’est écoulé, et il n’est pas encore revenu. « Il ne revient pas, dit le joaillier au commis dont il est accompagné, cela m’inquiète. » — Cette inquiétude se comprendrait, répond le commis, s’il avait emporté les bijoux avec lui, mais ils sont dans ce secrétaire, nous n’avons donc rien à craindre ; patience, il peut avoir été surpris par un besoin, en allant chercher son domestique. — « Ce que vous dites est vrai, mon cher Bracmann, c’est à tort que je m’alarme, répond Abraham Levy ; mais, cependant, ajoute-t-il en tirant sa montre, voilà trente-cinq minutes qu’il est parti, une aussi longue absence est incompréhensible ; si nous l’appelions ? » Le commis se range à l’avis de son patron, et tous deux appellent monseigneur ; point de réponse. « Mais la clé est restée au secrétaire, dit encore le joaillier, si nous ouvrions ? — Vous n’y pensez pas, M. Abraham, et s’il rentrait et qu’il nous trouvât fouillant dans son secrétaire, cela ferait le plus mauvais effet. » Le joaillier se résigne encore ; mais enfin, n’y pouvant plus tenir, il sonne après trois quarts d’heure d’attente ; les domestiques de l’hôtel arrivent, on cherche le seigneur qu’on ne trouve plus ; enfin, on ouvre le secrétaire. Que le lecteur se représente, si cela est possible, la stupéfaction du pauvre Abraham Levy lorsqu’il vit que le fond du secrétaire et le mur contre lequel il était placé étaient percés, et que ces trous correspondaient derrière la tête d’un lit placé dans une pièce voisine, ce qui avait facilité l’enlèvement des diamans. On courut en vain après les voleurs qui s’étaient esquivés par la seconde porte de l’appartement qu’ils occupaient, et qui étaient déjà loin de Hambourg lorsque le joaillier Abraham Levy s’aperçut qu’il avait été volé. L’un des deux adroits Grinchisseurs aux deux Lourdes dont je viens de parler est actuellement à Paris, où il vit assez paisiblement. Je crois qu’il s’est corrigé.
Quand on échange des pièces d’or, quand on vend des diamans à une personne que l’on ne connaît pas parfaitement, il ne faut pas perdre de vue sa propriété, ni surtout la laisser enfermer.
Les Grinchisseurs aux deux Lourdes escroquent aussi des dentelles de prix. Une adroite voleuse, la nommée Louise Limé, dite la Liégeoise, plus connue sous le nom de la comtesse de Saint-Amont, loua en 1813 ou 1814, l’entresol de la maison sise au coin des rues de Lille et des Saints-Pères. Cet entresol avait deux sorties, l’une sur l’escalier commun, l’autre donnait entrée dans une boutique qui, alors, n’était pas louée. La comtesse de Saint-Amont fit apporter chez elle un nombre de cartons assez grand pour masquer cette seconde entrée. Tout étant ainsi disposé, elle se rendit chez un marchand, auquel elle acheta au comptant pour 36 à 40,000 francs de dentelles. Le lendemain, un commis lui apporte ses emplettes, qu’elle examine avec le plus grand soin ; cela fait, elle prend le carton qui les contient et le place derrière les siens. Un compère, aposté pour cela, l’enlève et s’esquive. Pendant ce temps, la comtesse assise devant un secrétaire compte des écus. Mais, tout-à-coup elle se ravise et dit au commis : « Il est inutile de vous charger, je vais vous payer en billets de banque » Elle remet les écus dans le sac qui les contenait, et passe derrière les cartons. Le commis entend le bruit que fait une clé en tournant dans une serrure ; il croit que c’est la caisse que l’on ouvre. A ce bruit succède un silence de quelques minutes. Le commis suppose que la comtesse compte les billets de banque qu’il va recevoir. Mais enfin, ne la voyant pas revenir, il passe à son tour derrière les cartons, et découvre le pot aux roses. Les recherches de la police, pour découvrir la fausse comtesse de Saint-Amont, furent toutes inutiles ; on n’a jamais pu savoir ce que cette femme était devenue.
Grinchir à Location. On ne saurait prendre, contre les Grinchisseurs à Location, de trop minutieuses précautions, car on peut citer un grand nombre d’assassinats commis par eux. Lacenaire a commencé par Grinchir à Location. Les Grinchisseurs à Location marchent rarement seuls, et, quelquefois, ils se font accompagner par une femme. Ils connaissent toujours le nombre, l’heure de la sortie, des habitans de l’appartement qu’ils veulent visiter. Ils examinent tout avec la plus scrupuleuse attention, et ne paraissent jamais fixés lors d’une première visite, car ils se réservent de voler à une seconde.
Lorsque le moment de procéder est arrivé, l’un d’eux amuse le domestique ou le portier qui les accompagne, tandis que l’autre s’empare de tous les objets à sa convenance. Un Grinchissage à Location réussit presque toujours, grâce à la négligence des serviteurs chargés de montrer aux étrangers l’appartement à louer.
Les Grinchisseurs à Location servent aussi d’éclaireurs aux Cambriolleurs et Caroubleurs. Ils se font indiquer les serrures qui appartiennent au propriétaire, et celles qui appartiennent au locataire ; ils demandent à voir les clés dont ils savent prendre l’empreinte.
Beaucoup de personnes accrochent leurs clés dans la salle à manger, c’est ce qu’elles ne devraient pas faire ; c’est bénévolement fournir aux voleurs le moyen de procéder avec plus de facilité.
Grinchir à la Broquille. Les Grinchisseurs à la Broquille sont, ainsi que les Avale tout cru et les Aumôniers, une variété de Détourneurs ; et, comme eux, ils exploitent les bijoutiers.
Ces derniers donc, s’ils veulent être à l’abri de leurs atteintes, devront avoir les yeux toujours ouverts, et leur montre ou vitrine toujours close ; mais ces précautions, quoique très-essentielles, ne sont que des prolégomènes qui ne doivent pas faire négliger toutes celles dont les evénemens indiqueraient la nécessité. Par exemple : lorsque quelqu’un se présente dans la boutique d’un joaillier pour marchander des bagues ou des épingles, si le marchand ne veut pas courir le risque d’être volé, il ne faut pas qu’il donne à examiner plus de deux bagues à la fois ; si la pratique désire en examiner davantage, il remettra à leur place les premières avant de lui en remettre deux autres ; les baguiers et pelottes devront donc être faits de manière à contenir un nombre déterminé de bagues ou d’épingles.
Malgré l’emploi de toutes ces précautions, le bijoutier peut encore être volé, et voici comme : Un Broquilleur adroit examine du dehors une épingle de prix placée à l’étalage, et il en fait fabriquer une toute semblable par un bijoutier affranchi ; puis après il vient marchander celle qu’il convoite, et comme le prix, quelque modéré qu’il soit, lui paraît toujours trop élevé, il rend au marchand l’épingle qu’il a fait fabriquer, et garde la bonne ; il est inutile de dire que le numéro, la marque, l’étiquette, et jusqu’à la soie qui l’attache, sont parfaitement imités.
D’autres Broquilleurs savent parfaitement contrefaire les anneaux à facettes dont les bijoutiers ont toujours un groupe à la disposition des acheteurs ; l’un d’eux marchande et achète une bague du groupe, dont il sait adroitement faire l’échange ; le bijoutier accroche à sa vitrine un paquet d’anneaux en cuivre, tandis que le voleur s’esquive avec les anneaux d’or.
Souvent encore deux femmes dont la mise est propre, quoiqu’un peu commune, se présentent pour acheter une chaîne, elles sont long-temps à trouver du jaseron dont la grosseur leur convienne, mais lorsqu’elles se sont déterminées elles veulent savoir combien de tours la chaîne devra faire ; pour en prendre la mesure exacte ; l’une d’elles passe plusieurs tours de jazeron autour du col de sa compagne, et avec une petite paire de cisailles, qu’elle tient cachée dans sa main, elle en coupe un morceau plus ou moins long, qui tombe entre la chemisette et le dos. Cela fait, ces femmes conviennent d’en prendre une longueur déterminée, donnent des arrhes et sortent ; elles recommencent plusieurs fois dans la même journée ce vol qu’elles nomment la Détourne à la Cisaille.
un détenu, 1846 : Voler à l’étalage.
Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage, Vol. V. Parrain.
Delvau, 1866 : v. a. Voler quelque chose. On dit aussi Grincher. Grinchir à la cire. Voler des couverts d’argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).
Grinchir aux deux lourdes
France, 1907 : Faire attendre un cocher de fiacre, où un commis qui vient de vous remettre des marchandises non payées, à une porte pendant que l’on s’esquive par une autre. Le vol se pratique fréquemment dans les maisons qui ont deux entrées.
Grinchissage
Ansiaume, 1821 : Vol.
Le grinchissage de la sorgue dernière n’a pas valu 1 bredoche.
Clémens, 1840 : Voler.
Delvau, 1866 : s. m. Vol. (V. Vidocq, p. 205-220, pour les nombreuses variétés de grinchissage : à la limonade, à la desserte, au voisin, aux deux lourdes, etc.)
Rigaud, 1881 : Filouterie. — Art de filouter ; métier du voleur, pratique du vol. — Maronner un grinchissage, manquer un vol. (Colombey)
Gros-Jean
France, 1907 : Rustre, lourdaud, d’où le proverbe : « Il ressemble à Gros-Jean qui en remontre à son curé. »
Gros-Jean, Gros-Claude, Gros-René se trouvent souvent dans les comédies du XVIIIe siècle, où ils représentaient des paysans ignorants et ridicules.
Guzla
France, 1907 : Sorte de guitare arabe.
Là, dans la rue étroite, grouillante, au seuil des portes basses, sur la chaussée, jusqu’au milieu de la rue, auprès des quinquets fumeux posés sur le pavé, le café lourd de poudre et le tabac de Perse à portée de leur nonchalante main, allongés et recroquevillés sur des tapis, les vieux Turcs en cafetan écoutent, les yeux aux étoiles, de roulement d’un tambourin ou la plainte d’une guzla de Tunis ; et, par les fenêtres ouvertes d’un bouge imbibé d’alcool, dans lequel tempête la joie des matelots du port, s’échappe le cri bizarre, le cri lugubre, dont s’excite, sur une estrade décorée de pavillons et d’oripeaux, la danse du ventre.
(Alexandre Hepp)
Hanneton
d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire).
Ils se tiennent par le cul comme des hannetons. Se dit des gens qui font clique et coterie ; qui sont toujours ensemble.
Il est étourdi comme un hanneton. Se dit d’un jeune écervelé, d’un homme qui agit inconsidérément.
Le peuple n’aspire point l’h, et dit au pluriel, des zannetons.
Delvau, 1866 : s. m. Manie quelconque, idée fixe, — dans l’argot de Breda-Street, où les hannetons hommes viennent d’eux-mêmes s’attacher le fil à la patte. Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu’un ou de quelque chose. Les voyous anglais ont une expression analogue : To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.
Rigaud, 1881 : Monomanie, idée fixe. On dit de quelqu’un qui est tourmenté d’une idée aussi fixe que saugrenue : « Encore son hanneton qui le travaille ». Celui qui a un hanneton dans le plafond est hannetonné, c’est-à-dire qu’il a la tête fêlée.
Boutmy, 1883 : s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue. Avoir un hanneton dans le plafond, c’est avoir le cerveau un peu détraqué. On dit aussi, mais plus rarement Avoir une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte. Le hanneton le plus répandu parmi les typographes c’est, nous l’avons déjà dit, la passion de l’art dramatique. Dans chaque compositeur il y a un acteur. Ce hanneton-là, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet ; car il tourne au profit de l’humanité. Combien de veuves, combien d’orphelins, combien de pauvres vieillards ou d’infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bien-être et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d’autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu’il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer ; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci : Un bon typographe, connu de tout Paris, d’humeur égale, de mœurs douces, avait le hanneton de l’improvisation. Quand il était pris d’un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathétique et l’aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s’étendait lourdement sur le parquet. Un jour qu’il avait improvisé de cette façon et qu’il était tombé mort au milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit d’une bouteille pleine d’eau et en versa le contenu sur la tête du pseudo Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise ». C’est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré et on avouera qu’il frise le coup de marteau. Un autre a le hanneton de l’agriculture : tout en composant, il rêve qu’il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde, sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le O rus, quando ego te aspiciam ? d’Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qu’il préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d’ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu’il cultive ; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l’approche du siège de Paris. Vous voyez d’ici la chèvre ! Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s’en va, et, s’arrêtant à un endroit convenable, se parangonne à l’angle d’un mur ; puis, d’une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute : « Une voiture ! une voiture ! » jusqu’à ce qu’un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé. Autre hanneton. Celui-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les méthodes qu’il croit applicables à son affection. Nous l’avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s’exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir… cocher. Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la pêche à la ligne. Pour lui, le dimanche n’a été inventé qu’en vue de ce passe-temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu’il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné, sur les humides bords des royaumes du Vent, de nombreux rhumes de cerveau.
France, 1907 : Idée baroque, saugrenue on simplement idée fixe, dans l’argot des typographes. Le hanneton est ce que, dans l’argot de tout le monde, on appelle le dada.
À la suite de l’exposé de ce hanneton qui a produit le plus grand effet, une discussion bruyante, raisonnée, mais peu raisonnable, s’engage entre les diverses parties de l’atelier.
(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)
France, 1907 : Personne étourdie, qui va donner tête baissée et sans réfléchir dans tous les potins et toutes les aventures. Maladroit sans réflexion.
Nous disons volontiers de certaines personnes dont les façons étourdies ne nous agréent pas : « C’est un hanneton ! Ce n’est qu’un hanneton ! » En politique, cette espèce de hanneton est très répandue. Les moins mauvais parmi les boulangistes étaient des hannetons. Que de fois on a dit, en parlant de MM. Turquet et Laur : « Pas méchants, mais quels hannetons ! »
(Léon Bernard-Derosne, Gil Blas)
Avoir un hanneton dans le plafond, être un peu timbré.
Hommasse
Delvau, 1866 : adj. Femme que son embonpoint exagéré rapproche trop de l’homme, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Qui sent l’homme, qui tient de l’homme. Expression prise en mauvaise part et appliquée aux femmes. Chacun doit être de son sexe et tout ce qui heurte la nature est une anomalie quand ce n’est pas une monstruosité. Il est aussi ridicule, en effet, à une femme d’avoir un caractère d’homme qu’il l’est à un homme d’avoir un caractère féminin. Suum cuique. C’est pourquoi les désexés sont si haïssables.
Il serait impossible aujourd’hui d’apprécier avec exactitude les raisons pratiques pour lesquelles l’empereur voulut mettre son gouvernement hors de la portée du salon de Mme de Staël… Mais quand on lit les « Dix années d’exil », ou « Les Considérations sur la Révolution Française », écrits ternes, lourds, un peu hommasses, où l’on trouve le stylet de l’ennemi, sans y trouver le style de la femme, on cherche en vain à reconstruire, à l’aide de ses écrits, l’esprit alerte, fin, prime-sautier, attribué par les contemporains à la conversation de l’auteur de Coriane…
(A. Granier de Cassagnac)
Inventer
d’Hautel, 1808 : Il n’a pas inventé la poudre. Se dit d’un homme peu intelligent ; d’un lourdeau, qui n’est capable d’aucune idée ingénieuse.
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