Delvau, 1866 : Être paresseux. On dit aussi Avoir les côtes en long comme les loups, qui en effet ne peuvent pas, à cause de cela, se retourner facilement. Ne pas pouvoir se retourner, ne savoir pas se retourner, c’est la grande excuse des paresseux.
Avoir les côtes en long
Avoir vu le loup
Delvau, 1864 : Se dit d’une fille qui n’est plus vierge, qui connaît depuis plus ou moins de temps les mystères du pantalon de l’homme — d’où elle a vu sortir, la tête en feu, le poil hérissé, son braquemard enragé.
Toujours est-il que le loup, qui rôdait par là depuis quelque temps, sous la blouse bleue et le pantalon de velours épinglé d’un grand gars de notre village, sortit sournoisement du bois des châtaigniers, se montra tout a coup à l’ombre de la haie d’aubépines, et — qu’elle vit le loup.
(A. Delvau)
Delvau, 1866 : Se dit, — dans l’argot du peuple, — de toute fille qui est devenue femme sans passer par l’église et par la mairie.
Avoir vu péter le loup sur une pierre de bois
Virmaître, 1894 : Les Lyonnais emploient cette expression pour dire qu’une fille a perdu tout droit à la fleur d’oranger (Argot du peuple). N.
Aze
d’Hautel, 1808 : Âne ; ouvrier inhabile, celui qui n’entend pas son métier.
L’aze me fiche, si je t’ai compris. Sorte de juron dont on se sert dans le sens de Diable m’emporte ; je veux être pendu ; je veux que le loup me croque, etc.
Rigaud, 1881 : Âne, homme qui n’est pas au courant de son métier. Mot très usité aux XVIIe et XVIIIe siècles et emprunté au provençal.
Un barbier y met bien la main,
Qui bien souvent n’est qu’un vilain,
Et dans son métier un grand aze.
(Scarron, Jodelet maître et valet)
Bâfrer
d’Hautel, 1808 : Faire grande chère ; faire vie qui dure.
Delvau, 1866 : v. n. Manger.
Fustier, 1889 : Manger.
C’était une sorte de vivandière qui bâfrait comme un roulier et buvait comme quatre.
(Huysmans, À vau-l’eau)
France, 1907 : Manger gloutonnement ; « manger… chez les autres », dit le Dr Grégoire.
Quand les loups hurleurs
Attirés par leur fumets,
Les auront bâfrés.
(J. Richepin, La Chanson du sang)
Battre
d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier, les ânes se battent. Voyez Âne.
Ils se battent comme chiens et chats. Pour ils sont toujours à se quereller ; ils vivent dans la plus mauvaise intelligence.
Il vaudroit autant se battre contre un mur. Pour dire que la peine qu’on se donneroit pour faire entendre raison à un obstiné, seroit absolument inutile.
Battre quelqu’un comme plâtre. Le battre fréquemment ; l’abîmer de coups.
Battre le pavé. Mener une vie oisive et vagabonde ; ne faire œuvre de ses dix croigts ; rôder perpétuellement.
Battre le fer. Ferrailler, s’escrimer souvent. On dit d’un homme très-exercé dans une profession, qu’Il y a long-temps qu’il bat le fer.
Battre aux champs. S’esquiver, prendre la fuite, se sauver à toutes jambes.
Il faut battre le fer tandis qu’il est chaud. Signifie qu’il ne faut pas laisser échapper une occasion favorable, lorsqu’elle se présente.
Battre le chien devant le loup. Reprendre d’une faute un subalterne devant un supérieur qui s’en rend fort souvent coupable, à dessein de lui donner indirectement une leçon.
Battre le grand prévôt. Ne savoir que faire ; être d’une apathie, d’une paresse insupportables.
Se battre de l’épée qui est chez le fourbisseur. C. à. d. d’une chose qui est incertaine et éloignée.
Battre la campagne. Avoir le transport ; ne savoir ce que l’on dit ; tenir des propos ridicules.
S’en battre l’œil, les flancs ou les fesses. Se mettre peu en peine du résultat d’une affaire ; n’avoir aucune considération pour quelqu’un ; s’inquiéter nullement de lui être ou non agréable.
Se battre les flancs. Ne savoir que faire, être à charge aux autres et à soi-même.
Battre la semelle. Parcourir les pays étrangers ; voyager, chercher des aventures ; rôder.
Autant vaut bien battu que mal battu. C’est-à-dire qu’il ne faut rien faire à demi, quelle que soit la peine ou le dommage qui doive en résulter.
À battre faut l’amour. Signifie que les mauvais traitemens, les duretés, mettent en fuite l’amour et l’amitié.
Nous avons battu les buissons, et les autres ont pris les oiseaux. Pour dire les autres ont retiré le profit de nos peines et de notre travail. C’est le Sic vos non vobis de Virgile.
Bras-de-Fer, 1829 : Dissimuler.
Rigaud, 1881 : Dissimuler, — dans le jargon des saltimbanques.
France, 1907 : Parler ; argot des voleurs.
— Assez battu, Pâtissier ! dit d’une voix brève Mille-Pattes… il y a assez de Nib-de-Blair dans les environs, il est la Terreur du Pont-de-Flandre, moi l’on me reconnait partout pour la Terreur du Combat, ça suffit avec nous deux… il n’y a pas de place pour toi.
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Beigne
Delvau, 1866 : s. f. Soufflet ou coup de poing, — dans l’argot du peuple, qui emploie ce mot depuis des siècles. On dit aussi Beugne.
Rigaud, 1881 : Soufflet, contusion. — Donner, flanquer, recevoir, encaisser une beigne.
À une lettre près, c’est ainsi qu’on écrivait ce mot au XVIe siècle, et il avait la même signification. On disait mieux : bigne.
(Ch. Nisard, de l’Étymologie française)
Se me dévoyé au iront faire une beigne.
(Anciennes poésies françaises, Eglogue sur le retour de Bacchus)
La Rue, 1894 : Coup. Soufflet.
France, 1907 : Coup ; argot populaire. Recevoir une beigne, être battu.
Et pis, mon p’tit loup, bois pas trop,
Tu sais que t’es teigne
Et qu’quand t’as un p’tit coup de sirop
Tu me fous la beigne.
(Aristide Bruant, Dans la rue)
Bergerie
d’Hautel, 1808 : Enfermer le loup dans la bergerie. C’est enfermer le mal avec la cause qui le produit ; fermer une plaie avant que d’en avoir fast sortir toute la matière nuisible.
Bon
d’Hautel, 1808 : Il est bon, mais c’est quand il dort. Se dit par plaisanterie, en parlant d’un enfant turbulent, espiègle et difficile à conduire.
Il est bon par où je le tiens. Se dit à-peu-près dans le même sens, pour exprimer qu’un enfant a la mine trompeuse ; qu’il est plus dégoisé qu’il le paroît.
Il est bon là. Manière ironique qui équivaut à, il est sans façon, sans gêne ; je l’aime encore bien de cette façon.
Il est bon là. Signifie aussi, il est bien capable de faire face à cette affaire ; il est bon pour en répondre.
Il est si bon qu’il en pue ; il est si bon qu’il en est bête. Se dit trivialement et incivilement d’une personne foible et pusillanime, et qui n’inspire aucun respect.
Il est bon comme du bon pain. Se dit d’une personne qui, par défaut de jugement, ou par foiblesse, se laisse aller à toutes les volontés.
Les bons pâtissent pour les mauvais. Signifie que les innocens portent souvent la peine des coupables.
Les bons maîtres font les bons valets. C’est-à-dire qu’il faut que les maîtres donnent l’exemple de la douceur et de la complaisance à leurs domestiques.
Quand on est trop bon le loup vous mange. Signifie qu’un excès de bonté est toujours nuisible.
À tout bon compte revenir. Veut dire qu’entre honnêtes gens, erreur ne fait pas compte.
Jouer bon jeu bon argent. Jouer loyalement, franchement.
Faire bonne mine et mauvais jeu. Dissimuler les peines, les chagrins que l’on ressent ; le mauvais état de ses affaires.
Avoir bon pied bon œil. Être frais, gaillard et dispos ; prendre garde à tout.
Faire le bon valet. Faire plus que l’on ne commande ; flatter, carresser quelqu’un pour gagner ses faveurs, et en tirer avantage.
Il a une bonne main pour chanter et une bonne voix pour écrire. Raillerie qui signifie qu’une personne n’est habile dans aucun de ces arts.
À bon chat bon rat. Se dit lorsque dans une affaire, un homme fin et subtil rencontre un adversaire aussi rusé que lui.
Ce qui est bon à prendre est bon à rendre. Se dit de ceux qui, provisoirement, et sous un prétexte quelconque, s’emparent du bien d’autrui, sauf à le restituer ensuite, s’il y a lieu. Le peuple, traduit ainsi ce proverbe : Ce qui est bon à prendre est bon à garder, parce qu’on ne rend jamais, ou du moins bien rarement, ce dont on s’est emparé.
Bon jour, bon œuvre. Veut dire que les gens vertueux saisissent l’occasion des grandes fêtes pour faire de bonnes actions ; et les méchans pour commettre leurs crimes.
Mettre quelqu’un sur le bon pied. C’est-à-dire, ne pas lui laisser prendre d’empire sur soi, en agir librement avec lui.
À quelque chose malheur est bon. Signifie que souvent d’un accident il résulte un grand bien.
N’être bon ni à rôtir ni à bouillir ; n’être bon à aucune sauce. C’est n’être propre à aucun emploi ; n’être bon à rien.
Il n’est pas bon à jeter aux chiens. Se dit d’un homme contre lequel on a conçu une grande animadversion ; ou qui, d’une haute faveur, est tombé tout-à-coup dans la disgrace la plus complète.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Se dit à ceux qui allèguent des excuses, des prétextes, pour ne point remplir leurs engagemens.
Un bon Gaulois. Pour dire un homme qui tient aux anciennes modes, aux anciens usages.
S’expliquer en bon Français. C’est parler ouvertement, sans rien déguiser.
Une bonne fuite vaut mieux qu’une mauvaise attente.
C’est un bon diable ; un bon garçon ; un bon enfant ; un bon vivant ; un bon luron. Termes familiers, qui se prennent communément en bonne part, à l’exception cependant du second et du troisième, qui s’emploient quelquefois dans un sens ironique.
Après bon vin bon cheval. Signifie que quand on a fait bonne chère, on se remet en route plus aisément.
Faire bon pour quelqu’un. S’engager à payer pour lui, se rendre sa caution.
Trouver bon ; coûter bon. Approuver tout ; payer quelque chose fort cher.
Tenir bon. C’est résister avec courage et fermeté.
Se fâcher pour tout de bon. Bouder, être sérieusement fâché.
On ne peut rien tirer de cet homme que par le bon bout. C’est-à-dire, que par la rigueur, par les voies judiciaires.
C’est un bon Israélite. Se dit par raillerie d’un homme simple et dénué d’esprit.
Rester sur la bonne bouche. C’est-à-dire, sur son appétit ; ne pas manger selon sa faim.
Faire bonne bouche. Flatter, endormir quelqu’un par de belles paroles.
Garder une chose pour la bonne bouche. La réserver pour la fin, comme étant la plus agréable et la plus facile.
C’est bon et chaud. Pour exprimer que ce que l’on mange est brûlant.
Mon bon. Ma bonne. Noms caressans et flatteurs que les bourgeoises de Paris donnent à leurs maris. Les personnes de qualité se servent aussi de ces mots, par bienveillance ou par hauteur, en parlant à leurs inferieurs.
Larchey, 1865 : Bon apôtre, hypocrite.
Vous n’êtes bons ! vous… N’allons, vous n’avez fait vos farces !
(Balzac)
C’est un bon : C’est un homme solide, à toute épreuve.
Ce sont des bons. Ils feront désormais le service avec vous.
(Chenu)
Pour un agent de police, un homme bon est bon à arrêter.
Être des bons : Avoir bonne chance.
Delvau, 1866 : s. m. Homme sur lequel on peut compter, — dans l’argot du peuple, à qui l’adjectif ne suffisait pas, paraît-il.
Rigaud, 1881 : Agent des mœurs, — dans l’argot des filles et des voleurs. Le bon me fiole, l’agent des mœurs me dévisage.
Boutmy, 1883 : s. m. Épreuve sur laquelle l’auteur a écrit : Bon à tirer, c’est-à-dire bon à imprimer. Cette épreuve est lue une dernière fois, après l’auteur, par le correcteur en seconde ou en bon.
La Rue, 1894 : Homme bon à voler. Agent des mœurs. Le bon me fiole, l’agent me regarde. Avoir bon, prendre en flagrant délit.
France, 1907 : Naïf, bon à voler. Être le bon, être arrêté à bon escient ; vous êtes bons, vous, vous êtes un farceur ; bon jeune homme, garçon candide ; être des bons, avoir bonne chance ; il est bon, il est amusant ; c’est un bon, c’est un homme sur lequel on peut compter. Bon endroit, le derrière, le podex.
Elle reçut un maître coup de soulier juste au bon endroit.
(Zola)
Bon pour Bernard, bon pour les cabinets d’aisance.
Brebis
d’Hautel, 1808 : Douce comme une brebis. Se dit d’une personne d’une grande affabilité, d’une douceur’ extrême.
Il ne faut qu’une brebis galeuse pour gâter tout un troupeau. Signifie qu’il ne faut dans une société qu’une personne vicieuse pour corrompre toutes les autres.
Sur une peau de brebis, ce que tu veux écris. Signifie que l’on fait tout-ce que l’on veut de quelqu’un qui est doux, simple et facile.
Tandis que le loup chie, la brebis s’enfuit. Veut dire que si l’on perd un moment de vue une affaire, elle échappe bientôt.
À brebis tondue Dieu mesure le vent. Pour dire que Dieu proportionne à nos forces les afflictions qu’il nous envoie.
Faire un repas de brebis. C’est-à-dire, manger sans boire.
À brebis comptées le loup les mangent. Signifie qu’il ne suffit pas de bien savoir le compte de ses brebis ou de son argent, il faut encore les, serrer soigneusement, si l’on ne veut pas en être dépossédé.
Cantaloup
Larchey, 1865 : Niais. — V. Melon.
Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, melon, — dans l’argot des faubouriens.
France, 1907 : Niais, facile à duper ; synonyme de melon.
Chaloupe
Larchey, 1865 : Femme dont le jupon se gonfle comme une voile de chaloupe. — « C’te chaloupe ! » crie Un gamin de Gavarni derrière une élégante.
Delvau, 1866 : s. f. Femme à toilette tapageuse, — dans l’argot des voyous. Chaloupe orageuse. Variété de chahut et femme qui le danse.
Chaloupe (faire la)
Rigaud, 1881 : Exécuter un pas de cancan à l’aide d’un tangage furieux du train de derrière.
Vous faites la chaloupe, et c’est une variété du cancan.
(Physiologie du Carnaval, 1842)
Chaloupe orageuse
Larchey, 1865 : Variété pittoresque du cancan. V. Tulipe.
Ils chaloupaient à la Chaumière.
(Les Étudiants, 1864)
Comparaison de la danse au roulis d’une chaloupe.
France, 1907 : Sortie de cancan ou de chahut très accentué.
Chaloupée
France, 1907 : Femme habillée d’une façon excentrique et tapageuse. Faire la chaloupe, avoir une tenue débraillée.
Chalouper
Delvau, 1866 : v. n. Danser le chahut.
Rigaud, 1881 : Marcher en balançant les épaules.
Quant à Henri de Car… tête de dogue aussi sur des épaules trapues et un corps chaloupant !…
(M. Rude, Tout Paris au café)
France, 1907 : Danser la chaloupe.
Chaloupier
France, 1907 : Forçat chargé de déferrer Les condamnés à leur arrivée au bagne, à l’époque où existait la « chaîne ».
On s’empresse de les débarrasser du collier de voyage, opération dangereuse et difficile qui exige beaucoup de sang-froid et d’habitude, et que le moindre faux mouvement de celui qui la pratique ou qui la subit pourrait rendre mortelle. Pour cette opération qu’il redoute, le condamné s’assied à terre, la tête près d’un billot sur lequel est fixée une enclume, et deux anciens forçats, dits chaloupiers, chassent à grands coups de masse et de repoussoir le boulons qui tient le collier fermé.
(A. Dauvin, Les Forçats)
Chasser
d’Hautel, 1808 : On dit populairement de quelqu’un qui a bon appétit, qui aime à manger le gibier que les autres tirent : Il chasse bien au plat.
Un clou chasse l’autre. Signifie qu’ici bas les événemens se succèdent rapidement, que le plus fort chasse continuellement le plus foible.
Bon chien chasse de race. Proverbe qui n’est pas toujours d’une grande vérité, et qui signifie que les enfans ont ordinairement les vertus ou les vices de leurs pères, qu’ils en suivent les exemples.
La faim chasse le loup du bois. Signifie que la nécessité oblige à faire des choses pour lesquelles on avoit une grande aversion.
Leurs chiens ne chassent pas ensemble. Se dit de deux personnes qui vivent en mésintelligence, qui n’ont ni les mêmes principes, ni les mêmes inclinations.
Clémens, 1840 : Détourner quelque chose.
Delvau, 1866 : v. n. Fuir, — dans l’argot des faubouriens.
Chèvre
d’Hautel, 1808 : Le vin fait danser les chèvres. Manière burlesque de dire qu’un vin est dur et détestable à boire, que c’est de la ripopée.
Prendre la chèvre. Ne pas entendre raillerie, bouder, se choquer de peu de chose, se fâcher.
Cette expression autrefois comique, n’est plus maintenant en usage que parmi les imprimeurs où elle a conservé ses acceptions primitives. Ainsi, en terme typographique :
Gober une bonne chèvre. Signifie être très en colère, se fâcher sérieusement.
Ménager la chèvre et les choux. Flatter le fort et l’opprimé ; ménager les intérêts de deux partis opposés.
Où la chèvre est attachée il faut quelle y broute. Voyez Attacher.
La chèvre a pris le loup. Se dit des trompeurs qui tombent eux-mêmes dans leur embûche.
On dit qu’un homme a une barbe de chèvre lorsqu’il n’a de la barbe que sous le menton et par bouquet.
Il aimeroit une chèvre coiffée. Se dit par raillerie d’un homme peu difficile en amour, et à qui toutes les femmes plaisent indistinctement.
Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise humeur, — dans l’argot des ouvriers, et spécialement des typographes. Avoir la chèvre. Être en colère. Gober la chèvre. Être victime de la mauvaise humeur de quel qu’un. Signifie aussi se laisser berner.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on disait, dans le même sens, Prendre la chèvre.
Boutmy, 1883 : s. f. Mécontentement, colère. Gober sa chèvre, c’est s’irriter, se fâcher, poussé à bout par les plaisanteries de l’atelier ou pour toute autre cause. Cette expression est très ancienne. Molière l’emploie en un sens très voisin de celui qu’elle a aujourd’hui, dans Sganarelle ou le Cocu imaginaire (scène XII), pièce représentée en 1660 :
D’un mari sur ce point j’approuve le souci ;
Mais c’est prendre la chèvre un peu bien vite aussi.
France, 1907 : Mécontentement. Gober sa chèvre, se mettre en colère. On dit aussi dans le même sens : avoir la chèvre. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, gober ou prendre la chèvre signifiait : se laisser berner. Ménager la chèvre et le chou, essayer de plaire à deux partis adverses ; jouer le rôle douteux d’ami de tout le monde.
Un vieux diplomate a donné, pour ses étrennes, à un de nos hommes d’État, une charmante chèvre et un superbe chou en sucre, avec ce mot d’envoi : « Ménagez-les bien ! »
(Dr Grégoire, Turlutaines)
Oh ! c’est un rusé compère ; il sait ménager la chèvre et le chou, il est en bons termes avec tout le monde…
(Michel Delines, La Chasse aux juifs)
Chien
d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger. Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache. Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux. Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort. Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.
Halbert, 1849 : Secrétaire.
Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.
Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.
Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.
(d’Hautel, 1808)
N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.
Larchey, 1865 : Compagnon.
Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.
(Biéville)
Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.
Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.
Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.
Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.
Rigaud, 1881 : Avare.
Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.
(A. Tauzin, Croquis parisiens)
Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.
Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.
Notre pion est diablement chien.
(Albanès, Mystères du collège, 1845)
Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.
Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.
La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.
France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :
Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.
Chieur d’encre
Delvau, 1866 : Écrivain, journaliste.
Rigaud, 1881 : Employé de bureau. — Homme de lettres.
Virmaître, 1894 : Écrivain (Argot du peuple). V. Cul de plomb.
France, 1907 : Employé de bureau.
Ce que les Lenavet, les Panadard et les Petdeloup fournissent annuellement à la société de bureaucrates, de nullités, de chieurs d’encre, comme on dit au régiment, de déclassés, de gens propres à tout, c’est-à-dire bons à rien, est incalculable.
(Hector France, Les Va-nu-pieds de Londres)
Contre-coup
Rigaud, 1881 : Contre-maître. — Contre-coup de la boîte, contre-maître de l’usine, de l’atelier.
Virmaître, 1894 : Contre-maître. Quand un ouvrier fait un loup (manque une pièce), c’est le contremaître qui reçoit le contre-coup du patron (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Contre-maître.
France, 1907 : Contremaître. Il reçoit en effet le contre-coup du patron lorsqu’un ouvrier se trompe.
Corbillard à deux roues
Rigaud, 1881 : Personne triste.
Dis donc, ma fille, quitte donc ce corbillard à deux roues et viens avec nous, qui sommes de francs loupeurs !
(Philibert Audebrand)
Coup
d’Hautel, 1808 : Se battre à coup de savatte. C’est-à dire, à coups de pieds, comme le font les crocheteurs et les porteurs d’eau.
Faire les cent coups. Donner dans de grands écarts, faire des fredaines impardonnables, se porter à toutes sortes d’extravagances, mener une vie crapuleuse et débauchée ; blesser, en un mot, les règles de la pudeur, de la bienséance et de l’honnêteté.
Il a été le plus fort, il a porté les coups. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui, n’ayant pas été le plus fort dans une batterie, a supporté tous les coups.
On dit plaisamment d’un homme économe dans les petites choses et dépensier dans les grandes, qu’Il fait d’une allumette deux coups, et d’une bouteille un coup.
Il ne faut qu’un coup pour tuer un loup. Signifie qu’il ne faut qu’un coup de hasard pour abattre l’homme le plus puissant et le plus favorisé de la fortune.
Faire un mauvais coup. Commettre quelque méchante action, quelqu’action criminelle.
Un coup de maître. Affaire conduite avec adresse, habileté.
Faire d’une pierre deux coups. Faire deux affaires en en traitant une.
Faire un mauvais coup. Ne pas réussir ou échouer dans une entreprise.
Un coup de Jarnac. Coup détourné et perfide qui se dirige contre une personne à qui l’on veut du mal.
Caire un coup de sa tête. Pour dire un coup décisif ; ne prendre conseil que de sa propre volonté.
Coup de main. On appelle ainsi un travail de peu de durée, comme lorsqu’on se fait aider par des étrangers dans un moment de presse.
Un coup de désespoir. Action causée par le chagrin, la douleur, la peine.
Avoir un coup de hache. Pour, être timbré ; avoir la tête exaltée.
Les plus grands coups sont portés. Pour dire, le plus fort est fait, le plus grand danger est passé.
Il n’y a qu’un coup de pied jusque-là. Pour dire qu’il n’y a pas loin. On se sert aussi de cette locution ironiquement, et pour se plaindre de l’éloignement d’un lieu où l’on a affaire.
Se donner un coup de peigne. Au propre, se coiffer, se retapper. Au figuré, se battre, se prendre aux cheveux.
C’est un coup d’épée dans l’eau. Pour, c’est un effort infructueux, un travail inutile.
Frapper les grands coups dans une affaire. Mettre tout en œuvre pour la faire réussir.
Discret comme un coup de canon. Homme étourdi et indiscret qui ne peut rien garder de ce qu’on lui confie.
Il fait ses coups à la sourdine. Se dit d’un fourbe, d’un hypocrite, d’un homme dont les actions sont traitres et cachées.
Delvau, 1864 : L’acte vénérien, qui est, en effet, un choc — agréable pour celle qui le reçoit comme pour celui qui le donne.
L’autre jour un amant disait
À sa maîtresse à basse voix,
Que chaque coup qu’il lui faisait
Lui coûtait deux écus ou trois.
(Cl. Marot)
Tu voudrais avoir pour un coup
Dix écus ; Jeanne, c’est beaucoup.
(Et. Tabourot)
Pour l’avoir fait deux coups en moins de demi-heure,
C’est assez travailler pour un homme de cour.
(Cabinet satyrique)
Il faut toujours se faire payer avant le coup.
(Tabarin)
L’homme philosophal que cherche, sans le trouver, la femme, est celui qui ferait réellement les cent coups.
(J. Le Vallois)
Rigaud, 1881 : Manœuvre faite dans le but de tromper. On dit : il m’a fait le coup, il m’a trompé ; c’est le coup du suicide, c’est un faux suicide annoncé pour attendrir la dupe. (L. Larchey)
La Rue, 1894 : Vol. Manœuvre dans le but de tromper. Ne pas en f…iche un coup, ne pas travailler.
Virmaître, 1894 : Procédé secret et particulier (Argot des voleurs).
Danse (la) à plat, la basse danse, la danse du loup
Delvau, 1864 : L’acte vénérien, pendant lequel les deux acteurs se trémoussent en cadence, coups de cul de ci, coups de queue de là, — ce qui les échauffe bien plus que n’importe quelle varsoviana.
L’époux remonte, et Guillot recommence.
Pour cette fois, le mari vit la danse
Sans se fâcher.
(La Fontaine)
Il lui enseigna la danse du loup, la queue entre les jambes.
(Moyen de parvenir)
Je crois que tu ne te ferais point prier de danser le branle de un dedans et deux dehors.
(Tournebu)
La danse est pour les jeunes filles ce qu’est la classe pour les adolescents, une école protectrice de la sagesse, un préservatif des passions naissantes. Le célèbre Locke recommande expressément d’enseigner aux enfants à danser dès qu’ils sont en état de l’apprendre. La danse porte en soi une qualité éminemment réfrigérante et, sur tout le globe, les tempêtes du cœur attendent, pour éclater, le repos des jambes.
(Lemontey)
À quinze ans, la danse est un plaisir, à vingt-cinq ans un prétexte, à quarante ans une fatigue.
(Ad. Ricard)
Danser le branle du loup
France, 1907 : (ou ajoute généralement : la queue entre les jambes). Avoir peur, n’être pas à son aise, à cause de la manière de marcher du loup, qui a constamment la queue entre ses jambes comme un chien effrayé.
Cette expression a aussi une signification obscène, beaucoup plus en usage.
— Je ne connais qu’une danse, répondait un faraud de village à qui l’on demandait de faire le quatrième dans un quadrille.
Et comme un groupe de jeunes campagnardes le regardaient d’un air interrogateur :
— C’est celle du loup, ajouta-t-il cyniquement.
Le mot se trouve dans Béroalde de Verville : « Il lui enseigna la danse du loup la queue entre les jambes. »
Demi-vertu
Delvau, 1864 : Femme qui n’est pas encore fille.
Et ces d’mi-vertus à panache,
Tendres à cent écus par mois.
(É. Debraux)
Delvau, 1866 : s. f. Demoiselle qui est devenue dame de son propre chef, sans passer par l’église ni par la mairie : la chrysalide d’une fille.
Rigaud, 1881 : Personne du sexe faible dont la vertu a subi, une fois au moins, le feu des enchères de l’amour.
France, 1907 : Fille qui a vu le loup.
Dévorant
d’Hautel, 1808 : C’est un dévorant. Pour, c’est un envahisseur, un homme ardent et cupide. Se dit communément d’un ouvrier qui entreprend plus d’ouvrage qu’il n’en peut faire, et souvent au détriment de ses camarades.
Un appétit dévorant ; une soif dévorante. Métaphores, pour un grand appétit ; une altération excessive.
Larchey, 1865 : Compagnon.
Je ne suis pas un dévorant, je suis un compagnon du devoir de liberté, un gavot.
(Biéville)
Delvau, 1866 : s. m. Compagnon du Tour de France, — dans l’argot des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Pour dévoirant, compagnon du devoir.
Terme du compagnonnage qui nous a légué une petite ménagerie assez intéressante ; il y avait le singe, le lapin, le renard de liberté, le loup, etc… c’est-assez logique d’avoir le dévorant.
(Le Sublime)
France, 1907 : Compagnon du devoir ; corruption de dévoirant. C’est le nom que se donnaient les ouvriers faisant le tour de France.
Dieu garde la lune des loups
France, 1907 : Vieux dicton que l’on adressait ironiquement aux bravaches et aux enfonceurs de portes ouvertes qui tempêtent, menacent, crient et s’en tiennent là. Allusion aux hurlements des loups et des chiens, qui, suivant l’expression, aboient à la lune.
Durillon
Delvau, 1866 : s. m. Gibbosité humaine, — dans l’argot des faubouriens, que les bossus feront toujours rire. Ils disent aussi Loupe.
Rossignol, 1901 : Avare. — « Il est tellement durillon qu’il se sert des règles de sa femme pour ne pas en acheter, » On dit aussi dur à la détente.
France, 1907 : Avare, difficile à ouvrir les cordons de sa bourse, dur à la détente.
Aussitôt que le vieux satyre c’est livré à quelques attouchements, l’enfant se met à crier, à pleurer et… il faut payer, sous peine de voir accourir les agents des mœurs… Mais s’il n’y a pas d’agent en vue, cela ne dérange pas pour si peu les chanteurs à l’innocence. C’est la mère qui est aux écoutes et se présente, la colère au visage et… la main tendue. Si le sujet est durillon ! l’amant de la matrone entre en scène, se donne pour inspecteur de police et, dame ! il faut bien s’exécuter !
(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)
France, 1907 : Bosse.
Émile
Delvau, 1864 : Nom donné aux pédérastes que précédemment l’on appelait Tantes (V. ce mot). Les Émiles étaient en société, à Paris, en 1864. Leurs statuts ont été imprimés. La police, avertie de ces réunions, y fit une descente et fit fermer un établissement de marchand de vins de la Barrière de l’École, où ils se réunissaient. De hauts fonctionnaires furent compromis. Une chanson fut faite à cette occasion. Les patients s’habillaient en femme pour recevoir leur Émile. — Un dessinateur avait consenti à reproduire les poses lubriques de toutes ces scènes de sodomie.
Extrait d’une lettre du baron de Heeckeren, sénateur, saisie : « … Je ne pourrai venir à la réunion qu’à minuit, réservez-moi Dupanloup… »
— Duc de Mouchy. Jeune attaché d’ambassade, très connu pour ses goûts non-conformistes…, comme patient… S’habille ordinairement en femme, — Général d’Herbillon (Émile), général de division et sénateur.
Étaient encore acteurs dans la pièce : — Duc de Valmy, secrétaire d’ambassade. — Davilliers (J.-P.-E.), chef du deuxième bureau, première division, ministère de la guerre. Lieutenant d’état-major. Proxénète et mignon. On faisait des cancans sur lui dans son bureau ; indigné de bruits qui ternissaient son honneur, il fut s’en plaindre à son protecteur, le général Castelnau, chef de sa division au ministère. Le général, qui ne voulait pas que son protégé eût la réputation d’une putain, lui promit de faire cesser les bruits qui couraient. Il pria le préfet de police de faire use enquête ; pour toute réponse, le préfet lui montra une photographie représentant son protégé dans l’exercice de ses fonctions.
Plusieurs dénonciations étaient arrivées à la préfecture de police ; la plus drôle est celle d’un propriétaire qui, voyant arriver une masse de soldats dans la maison folichonne, et apprenant qu’on y avait apporté des uniformes de préfets, de sénateur, d’évêques, crut à un complot et en écrivit à la préfecture.
(La Sultane Rozréa, p. 21.)
France, 1907 : Souteneur ; pédéraste.
Empoté
Delvau, 1866 : s. et adj. Paresseux, maladroit, — dans l’argot du peuple, qui trouve volontiers têtes comme des pots tous les gens qui n’ont pas ses biceps et ses reins infatigables.
France, 1907 : Paresseux, maladroit.
Le massier était parti, après deux semaines de traitement, réconforté par les bouillons et le claret séveux des deux sœurs, une grosse fille de cinquante-six ans, sœur Angélina, ragote, empotée dans une graisse pâle et boulante de vieille vierge.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Et s’adressant à moi, cet ivrogne, qui avait trouvé de l’eau-de-vie on ne savait où et s’en était largement gargarisé, écumant de colère me dit :
— Je te croyais plus débrouillard que ça ! bougre d’empoté !
(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)
Il ne s’agit pas d’être empotée de rester là comme une grosse mère, les pieds sur une chaufferette, devant le guichet d’abonnements, et de s’exclamer à chaque malheur nouveau qu’on signale. On n’a pas le temps de s’attendrir, de disserter — il faut se mouvoir !
La mort gratte à la porte de tous les taudis sans feu ; on dirait qu’un troupeau de loups dévorants a envahi nos faubourgs…
(Séverine)
Enfermer
d’Hautel, 1808 : Il ne faut point enfermer le loup dans la bergerie. Signifie qu’il ne faut point guérir le mal au-dehors, et le renfermer en-dedans.
Enfuir
d’Hautel, 1808 : Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voyez Appeler.
Tandis que le loup chie, la brebis s’enfuit. Signifie que, pour peu que l’on perde de temps, on manque l’occasion.
Entre
d’Hautel, 1808 : Entre chien et loup. Signifie sur la brune ; au crépuscule du soir.
Entre bond et volée. Tant d’une façon que de l’autre.
Entre chien et loup
France, 1907 : Expression fort ancienne qui désire ce moment du crépuscule qui n’est plus le jour et pas encore la nuit, mais où il serait impossible de distinguer un chien d’un loup.
Lorsqu’il n’est ni jour ni nuit, quand le vaillant berger,
Si c’est un chien ou loup, ne peut au vrai juger.
Les Arabes appellent cet instant El acheur, le moment précis, disent-ils, où l’on ne peut reconnaître un fil blanc d’un fil noir.
Estomac (avoir de l’)
Delvau, 1864 : C’est-à-dire de la poitrine, avec de gros tétons. — On dit, en plaisantant, d’une femme qui a de gros tétons, qu’elle est poitrinaire.
Le parrain, vieux païen,
Lorgnant la double loupe,
De Suzon qui boit bien,
Remplit souvent la coupe ;
Et le vaurien, touche en servant la soupe,
D’un doigt fripon, l’estomac de Suzon.
(Ch. Colmance)
Étouffoir
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Tripot, lieu où se réunissent les escrocs.
Delvau, 1866 : s. m. Table d’hôte où l’on joue l’écarté, — dans l’argot des voleurs, qui savent que dans ces endroits-là on ferme tout avec soin, portes et fenêtres, de peur de surprise policière.
Virmaître, 1894 : Agence d’affaires ou de renseignements (Argot des voleurs). N.
France, 1907 : Feuille de parchemin que les voleurs au chloroforme appliquent sur la bouche de leur victime endormie pour éviter les aspirations de l’air extérieur. Elle a la forme du bas du masque appelé loup.
France, 1907 : Tripot clandestin. Table d’hôte où des grecs et des filles attirent des dupes, le repas étant toujours suivi de parties de cartes.
Faim
d’Hautel, 1808 : Il a faim, comme la rivière a soif. Pour dire qu’un enfant qui demande à manger n’en a aucun besoin.
La faim chasse le loup hors du bois. Signifie que le besoin oblige les plus fainéans à travailler, ou que, la nécessité contraint à faire les choses pour lesquelles on a le plus d’aversion.
C’est la faim et la soif qui s’épousent. Se ironie de deux personnes également indigentes, qui s’unissent par les liens du mariage.
Faire le lézard
Delvau, 1866 : v. n. S’étendre au soleil et y dormir ou y rêver, — dans l’argot des bohèmes et du peuple.
Virmaître, 1894 : Battre sa flemme sur l’herbe, le ventre au soleil. On dit aussi : manger une soupe à l’herbe (Argot du peuple). V. Loupeur.
Rossignol, 1901 : Se coucher sur l’herbe au soleil.
France, 1907 : Décamper.
France, 1907 : S’étendre an soleil. On dit dans le même sens : prendre un bain de lézard.
Faire un loup
Rossignol, 1901 : Un ouvrier qui a mal débité son bois pour fabriquer un meuble a fait un loup.
Floupin
Virmaître, 1894 : Diminutif de floumann, comme pégriot l’est de pègre. Un floupin est un petit filou qui travaille dans les bas prix.
— Il vole un mouchoir ; le floumann vole des millions (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Petit filou.
Fournaise
Fustier, 1889 : « Ils fabriquaient des pièces de deux francs à l’effigie de la République qu’ils vendaient soixante-quinze centimes à des fournaises ; c’est ainsi qu’on désigne ceux qui écoulent de la fausse monnaie. »
(Figaro, mars 1884)
La Rue, 1894 : Celui qui écoule la fausse monnaie.
Virmaître, 1894 : On sait que les mornifleurs-tarte sont réunis en tierce (par trois). Le mornifleur, le faux monnayeur, le gaffe qui détient la réserve des pièces fausses, et l’émetteur qui écoule les pièces chez les commerçants. L’émetteur se nomme la fournaise. L’allusion est juste, car il est dans le feu, courant à chaque minute le risque d’être pincé. Mot à mot : il est dans la gueule du loup (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Émetteur de fausse monnaie.
France, 1907 : Nature de la femme. Voir Écuellle.
France, 1907 : Voleur chargé d’écouler la fausse monnaie.
Fourrier de la loupe
France, 1907 : Bambocheur, fainéant.
Frangin, fralin
France, 1907 : Frère, camarade, compagnon.
Et, par cela seul que la mécanique sociale qui nous poussait et nous excitait au mal aura été déclanchée, on vivra en frangins, au lien de vivre en loups. En effet, pourquoi ferait-on des vacheries à ses voisins, puisqu’on n’y aura plus le moindre intérêt ? Au lieu d’être comme actuellement, où les misères des uns font le plaisir d’un autre, ce sera l’opposé : le bonheur des uns s’accroitra du bien-être des autres, et plus il y aura de contacts et de frottements entre les bons bougres, et moins il y aura de sujets de discorde.
(La Sociale)
L’offre d’une tournée d’eau-de-vie blanche, dont, stoïque, je bus ma part, acheva la connaissance, et l’un d’eux traduisit l’opinion générale en me saluant du nom de frangin.
(Georce Daniel)
À cette fête que l’on prône,
Allons nous pousser d’l’agrément ;
D’un litre je ferai l’aumône
Pour aider à fair’ le chemin !
Thomas m’répond : Vieux frangin,
C’est dit, rigolons un brin.
(Réal)
Froid de canard
France, 1907 : Le canard est de tous les volatiles celui qui renferme le plus de chaleur animale. Aussi, quand il donne des signes de froid, c’est l’indice certain que le thermomètre est descendu très bas au-dessous de zéro.
On dit dans le même sens et plus généralement : froid de loup.
Gaillard à trois brins
France, 1907 : Vieux matelot, loup de mer.
J’ai travaillé, mangé, gagné mon pain parmi
Des gaillards à trois brins qui me traitaient de mousse.
(Jean Richepin, La Mer)
Garno
Rigaud, 1881 : Garni, par antiphrase, sans doute. — Misérable chambre, misérable cabinet dégarni de meubles ; un lit, une chaise et, quelquefois, une commode, voilà l’ameublement du garno.
Rigaud, 1881 : Hôtel garni. Les garnos de dernier ordre fréquentés par la crapule de Paris ont reçu des noms typiques ; en voici quelques-uns : le Pou volant, le Grand Collecteur, le Chien mort, la Gouape, la Retape, la Carne, la Camarde, la Boîte à Domange, la Débine, le Corbillard, la Loupe, la Gadoue, l’Auberge des Claque-Dents, la Charmante, la Punaise enragée, la Ruine, l’Abattoir, la Pégrotte, la Bérésina, le Choléra, le Grand-Pré, tous noms qui présentent une signification sui generis, qui dégagent une odeur de crime et de vermine.
Rossignol, 1901 : Hôtel garni.
Gelée de loup
France, 1907 : Teinture d’antimoine.
Gloupine
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pinte.
Gouapeur
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Vagabond, homme sans asile.
M.D., 1844 : Homme sans asile.
un détenu, 1846 : Individu mal mis, déguenillé.
Rigaud, 1881 : Vaurien ; gouapeuse, vaurienne.
Virmaître, 1894 : Individu qui ne travaille jamais (Argot du peuple). V. Loupeur.
Graisser la patte
Larchey, 1865 : Remettre une somme de la main à la main, corrompre.
Delvau, 1866 : v. a. Acheter la discrétion de quelqu’un, principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets. On dit aussi graisser le marteau, — mais plus spécialement en parlant des concierges.
France, 1907 : Donner de l’argent à quelqu’un pour le gagner, le mettre dans ses intérêts. Cette expression remonte au moyen âge : on la trouve dans un fabliau du XIIIe siècle, mais elle doit dater de beaucoup plus haut, de l’époque où le clergé s arrogea le droit de percevoir la dîme sur le produit de la vente des chairs de porc. Afin de rendre les agents du clergé moins rigides, les marchands de cochons leur mettaient dans la main un morceau de lard qui, naturellement, la leur graissait. Mais le lard étant pièce à conviction compromettante, on le remplaça par de l’argent. C’était pour percevoir plus facilement cette redevance que la foire aux jambons se tint longtemps sur le parvis Notre-Dame.
Au diable même il faut graisser la patte.
(Béranger)
« – Au galop, cocher ! » Et celui-ci dont la patte avait été préalablement graissée, fouetta. Vingt-cinq minutes plus tard, ayant débarqué dans un lit inaccessible aux bêtes de proies ailées ou non, ils y roucoulaient, ces deux pigeons, à l’abri des loups et des renards, des milans et des buses de la race humaine.
(Léon Cladel, Tragi-comédies)
Le directeur de la colonie était alors un raté de la politique, qui, jadis au quartier Latin, avait bu d’innombrables bocks avec deux ou trois futurs ministres. Ils l’avaient plus tard placé là, comme dans une sinécure. Ce fruit sec était un peu fripon. Il se laissa graisser la patte par les soumissionnaires des travaux exécutés à la colonie, et aussi par les fournisseurs. Les enfants mangèrent de la carne, ce dont personne ne se soucia ; mais l’État fut par trop volé et finit par s’en émouvoir.
(François Coppée, Le Coupable)
L’expression graisser le marteau est plus récente. C’est donner de l’argent an portier d’une maison pour s’en faciliter l’entrée.
Racine, dans les Plaideurs, fait dire à Petit-Jean :
Ma foi ! j’étais un franc portier de comédie :
On avait beau heurter et m’ôter son chapeau,
On n’entrait point chez nous sans graisser le marteau,
Point d’argent, point de Suisse ; et ma porte était close.
Gripper
d’Hautel, 1808 : Voler, filouter.
Être grippé. Avoir la grippe.
On lui a grippé sa montre, son argent, son mouchoir. Pour, on lui a volé, etc.
Delvau, 1866 : v. a. Chiper, et même voler, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Dérober, agripper ; arrêter pour mettre en prison.
Loupiat, Sans-Quartier, Belle-Humeur, La Rondache,
Brise-Mâchoire, Harpin, Berry, Brûle-Moustache,
Tant d’autres dont les noms me sont presque échapés,
Et mille autres encore que la Pousse a gripé.
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Guadeloupe
Rigaud, 1881 : Bouche, — dans l’argot des barrières. Le mot « guadeloupe » rappelle vaguement le mot « gueule ». Charger pour la Guadeloupe, manger.
Gueule
d’Hautel, 1808 : Pour bouche.
Il feroit tout pour la gueule. Se dit d’un homme qui aime excessivement la bonne chère.
Se prendre de gueule. S’injurier, se quereller à la manière des gens du port, des poissardes.
Avoir la gueule morte. Être confondu, ne savoir plus que dire.
Il n’a que de la gueule. Pour, c’est un hâbleur qui ne fait que parler, qui n’en vient jamais au fait quand il s’agit de se battre.
Mots de gueule. Pour, paroles impures, mots sales et injurieux.
La gueule du juge en pétera. Pour dire qu’une affaire amènera un procès considérable.
Il est venu la gueule enfarinée. Voyez Enfariner.
Gueule fraîche. Parasite, grand mangeur, toujours disposé à faire bombance.
Il a toujours la gueule ouverte. Se dit d’un bavard, d’un parleur éternel.
Gueule ferrée ; fort en gueule. Homme qui n’a que des injures dans la bouche.
Larchey, 1865 : Bouche.
Il faudrait avoir une gueule de fer-blanc pour prononcer ce mot.
(P. Borel, 1833)
Gueule fine : Palais délicat.
Un régime diététique tellement en horreur avec sa gueule fine.
(Balzac)
Fort en gueule : Insulteur. — Sur sa gueule : Friand.
L’on est beaucoup sur sa gueule.
(Ricard)
Faire sa gueule : Faire le dédaigneux. — Casser, crever la gueule : Frapper à la tête.
Tu me fais aller, je te vas crever la gueule.
(Alph. Karr)
Gueuler : Crier.
Leurs femmes laborieuses, De vieux chapeaux fières crieuses, En gueulant arpentent Paris.
(Vadé, 1788)
Delvau, 1866 : s. f. Appétit énorme. Être porté sur sa gueule. Aimer les bons repas et les plantureuses ripailles. Donner un bon coup de gueule. Manger avec appétit.
Delvau, 1866 : s. f. Bouche. Bonne gueule. Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.
Delvau, 1866 : s. f. Visage. Bonne gueule. Visage sympathique. Casser la gueule à quelqu’un. Lui donner des coups de poing en pleine figure. Gueule en pantoufle. Visage emmitouflé.
Rigaud, 1881 : Bouche. — Fine gueule, gourmet. — Porté sur la gueule, amateur de bonne chère. — Fort, forte en gueule, celui, celle qui crie des injures. — Gueule de travers, mauvais visage, mine allongée. — Gueule de raie, visage affreux. — Gueule d’empeigne, palais habitué aux liqueurs fortes et aux mets épicés ; laideur repoussante, bouche de travers, dans le jargon des dames de la halle au XVIIIe siècle, qui, pour donner plus de brio à l’image, ajoutaient : garnie de clous de girofle enchâssés dans du pain d’épice. — Gueule de bois, ivresse. — Roulement de la gueule, signal du repas, — dans le jargon du troupier. — Taire sa gueule, se taire. — Faire sa gueule, être de mauvaise humeur, bouder. Se chiquer la gueule, se battre à coups de poing sur le visage. — Crever la gueule à quelqu’un, lui mettre le visage en sang. — La gueule lui en pète, il a la bouche en feu pour avoir mangé trop épicé.
France, 1907 : Bouche.
— Dites-moi, papa, quand je saurai le latin, quel état ne donnerez-vous ? — Fais-toi cuisinier, mon ami : la gueule va toujours. — Mais, s’il y avait encore une révolution ? — Qu’importe !… Fais-toi cuisinier : nous avons vu passer les rois, les princes, les seigneurs, les magistrats, les financiers, mais les gueules sont restées : il n’y a que cela d’impérissable.
(Hoffman)
Dans le quartier Mouffetard :
Monsieur fait une scène horrible à Madame, qui finit par lui dire :
— Veux-tu taire ton bec ?
Alors l’héritier présomptif, qui a jusque-là écouté en silence :
— C’est bien vilain, maman, de dire : ton bec en parlant de la gueule de papa.
Et Grenipille fait souche
De petits Grenipillons.
Adieu les beaux papillons
Qui voltigeaient sur sa bouche
Dont nous nous émerveillions !
Elle aura gueule farouche,
La peau rude en durillons,
Sous les yeux de noirs sillons,
Pauvre mère qui s’accouche
Toute seule en ses haillons,
Ah ! guenilles, guenillons !
Et Grenipille fait souche
De petits Grenipillons.
(Jean Richepin)
— Ainsi, j’ai une vraie princesse pour cliente la fille d’un roi : elle vient chez moi deux fois la semaine, une personne bien distinguée, bien intelligente : malheureusement elle se saoule la gueule, et puis elle a de mauvaises habitudes. Elle faisait l’amour avec un ours, comme je vous le dis, Monsieur, avec un ours tout brun, tout velu : j’avais une peur de c’t’animal ! Je lui avais dit : Ça finira mal, un beau jour il vous mordra ! Ça n’a pas manqué et pas plus tard qu’hier… C’était à prévoir… quand elle se mettait nue, il faisait hou, hou, hou ; de l’antichambre on l’entendait, ça faisait froid.
(Jean Lorrain, Le Journal)
France, 1907 : Visage.
— Contemple encore là, sur le trottoir, devant l’entrée du tribunal civil, je crois, ces bêtes de justice, ces bas clercs d’avoués ou d’hommes d’affaires marrons, les chiens de procédure qui rapportent le papier timbré chez le maître. Hein ! leur trouves-tu assez des gueules de loups-cerviers, des mines de fouines ou des allures de chacals ?
— Ils me dégoûtent trop. Passons de l’autre côté pour ne pas les frôler.
(Félicien Champsaur)
Tas d’inach’vés, tas d’avortons
Fabriqués avec des viand’s veules.
Vos mèr’ avaient donc pas d’tétons
Qu’a’s ont pas pu vous fair’ des gueules ?
(Aristide Bruant)
Pendant qu’sur le bitume
La môm’ fait son turbin,
Chaqu’ gigolo l’allume
Chez le troquet du coin,
Quand elle rentre seule,
N’ayant pas d’monacos,
Ils lui défonc’nt la… gueule,
Les petits gigolos !
(Léo Lelièvre)
— Ah ! sa chiquerie avec Kaoudja a été épatante, c’était à propos d’un môme ! J’y étais et c’est la Goulue qui a écopé… Elle était par-dessous et Kaoudja voulait lui couper le nez avec ses dents. La Goulue criait :
— Ma pauvre gueule ! ma pauvre gueule !
(Oscar Méténier)
Gueuler
d’Hautel, 1808 : Crier à tue-tête, hurler à la manière des bêtes.
Delvau, 1866 : v. n. Crier, gronder. Signifie aussi Parler.
France, 1907 : Crier, invectiver.
Le drôle parlait de me faire passer au conseil pour refus de service. Il gueulait à faire crouler les murs. Des sergents vinrent, je m’expliquai, et tout rentra dans l’ordre.
(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)
— Deux litres tout de suite, chacun le sien ! gueula Jésus-Christ.
(Émile Zola, La Terre)
Et quand il sut jacter nature,
L’entraver comme un marloupin,
Il fit de la littérature ;
Et l’on entendit Montépin
Et Collas et d’autres rengaines
Hurler, crier, sur tous les tons,
Et gueuler comme des baleines…
… Et ce que nous nous en foutons !…
(Aristide Bruant)
Habit vert
France, 1907 : Douanier. Ils sont désignés aussi sous les noms de loup, gabelou et requin.
Les contrebandiers, au nez et à la barbe des habits verts, faisaient descendre, la nuit, dans les souterrains leurs marchandises, pour les porter en ville et les affranchir de l’octroi.
(Mémoires de M. Claude)
Hibou
d’Hautel, 1808 : C’est un vrai hibou. On donne ce nom à un homme qui vit loin de la société, à un sauvage qui ne veut voir personne.
Delvau, 1866 : s. m. Homme d’un commerce difficile et désagréable, — dans l’argot des bourgeois, incapables de comprendre les susceptibilités sauvages d’Alceste, qui préférait la nuit avec son silence solennel au jour avec ses bruits discordants, et le désert avec les loups à la ville avec les hommes.
Virmaître, 1894 : Voleur solitaire qui ne travaille que la nuit (Argot des voleurs). V. Attristée.
France, 1907 : Veilleur de nuit ; argot des collégiens.
France, 1907 : Voleur qui opère nuitamment et seul ; argot des voleurs.
Hurler
d’Hautel, 1808 : Il faut hurler avec les loups. Signifie qu’il faut prendre un ton élevé avec les méchans ; ne pas s’en laisser imposer.
Rigaud, 1881 : « Les tailleurs de pierre compagnons étrangers, les menuisiers et les serruriers du devoir de Liberté ne hurlent pas, non plus que les tailleurs de pierre compagnons passants. Les ouvriers de tous les autres corps d’état hurlent, et ils appellent cela chanter, par la raison qu’ils articulent ainsi des mots qu’eux seuls peuvent comprendre. » (Almanach des métiers, 1852)
Journaleux
France, 1907 : Journaliste d’occasion, méchant plumitif. C’est aussi la désignation méprisante dont les bourgeois et les ouvriers se servent à l’égard des journalistes.
Les journaleux prennent leur mot d’ordre à la Préfectance ; leurs boîtes ne sont d’ailleurs qu’une succursale de la Tour pointue. De sorte, nom de Dieu ! que quand la rousse veut étouffer une saloperie, elle cligne de l’œil aux journaleux, et ça suffit ! De marloupiers à putains on se comprend.
(Le Père Peinard)
Le journaleux dit quelquefois ce qu’il pense, mais il pense rarement ce qu’il dit.
(Dr Grégoire)
Lâcheur
Larchey, 1865 : Homme sur lequel on ne peut compter. — Mot à mot : qui lâche ses amis.
Le lâcheur est la lorette de l’amitié.
(A. Scholl, 1858)
Se lâcher de : Se payer. V. Rotin.
Delvau, 1866 : s. et adj. Confrère qui vous défend mal quand on vous accuse devant lui, et qui même, joint ses propres railleries à celles dont on vous accable. Argot des gens de lettres. Lâcheur ici est synonyme de Lâche.
Delvau, 1866 : s. et adj. Homme qui abandonne volontiers une femme, — dans l’argot de Breda-Street, où le rôle d’Ariane n’est pas apprécié à sa juste valeur.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui laisse ses camarades « en plan » au cabaret, ou ne les reconduit pas chez eux lorsqu’ils sont ivres, — dans l’argot des ouvriers, que cette désertion humilie et indigne. Beau lâcheur. Homme qui fait de cette désertion une habitude.
Rigaud, 1881 : « On appelle ainsi les pilotes qui se chargent de conduire les bateaux depuis Bercy jusqu’au Gros-Caillou, en leur faisant traverser tous les ponts de Paris. » (É. de La Bédollière)
Rigaud, 1881 : Homme qui n’est pas partisan des liaisons amoureuses de longue durée.
Méfie-toi, Nini, c’est mon lâcheur de la semaine dernière.
(Grévin)
Tous les maris sont des lâcheurs.
(Clairville et Siraudin, Le Mot de la fin)
France, 1907 : Homme qui abandonne sa maîtresse, qui quitte ses amis, ses camarades au milieu d’une partie de plaisir ou de coups de poing. Mauvais camarade qui ne prend pas votre défense. A. Scholl a dit : « Le lâcheur est la lorette de l’amitié. »
L’heure s’avançait, amoncelant les craintes ; comme il arrive dans les tempêtes, quand un navire fait eau, beaucoup de passagers quittaient leurs places pour s’enquérir des ceintures de sauvetage et des chaloupes de sûreté. Entre quelques autres, la voix de M. Nisard s’éleva : « Restons sur nos sièges ; l’empereur est prisonnier, c’est une raison pour que nous ne l’abandonnions pas. »
Je sais bien que Nisard ne risquait pas grand’-chose en disant cela et que son dévouement était des plus platoniques. Pas moins vrai que, politique à part, cette protestation de fidélité vaut son prix, dans ce temps où il est déshonorant d’être un lâche, mais où il est très habile d’être un lâcheur.
(De Vogüé, Discours à l’Académie)
Lem (parler en)
Larchey, 1865 : Soumettre chaque substantif à l’emploi d’une même syllabe finale et à la transposition de deux lettres. On peut ainsi parler un français inintelligible pour les profanes. Ce système consiste : 1o à ajouter la syllabe lem à chacun des mots qui viennent à la bouche ; 2o à troquer la lettre l de lem contre la première lettre du mot qu’on prononce.
Et alors que tous les trucs seront lonbem (bons).
(Patrie du 2 mars 1852)
On parle en luch comme en lem. On combine quelquefois les deux.
France, 1907 : Ajouter cette syllabe à tous les mots pour rendre la conversation inintelligible aux pantes en mettant la lettre l au commencement du mot, à la place de la première lettre de ce mot que l’on transporte à la fin suivi de la syllabe em ; ex. : loupsem, soupe.
Lentilles (plat de)
France, 1907 : Visage couvert de taches de rousseur.
— La gosseline est assez gironde, dommage qu’elle ait un plat de lentilles.
— Bah ! ça lui passera quand elle aura vu le loup !
(Les Joyeusetés du régiment)
Libertaire
France, 1907 : Personne qui aime la liberté complète sans distinction d’opinion.
Barsac alla siéger à l’extrême gauche de la Chambre, mais il signifia clairement qu’il n’était ni radical, ni socialiste. Il se nomma : un libertaire. Il entendait par là que, seule, la liberté de chaque individu lui serait chère. Radical il n’était : parce que ce mot ne signifiait rien ; socialiste non plus, parce que le socialisme est un dogme, et que, comme tout dogme, il est faux, n’a rien de réel, parce qu’il serait fatal pour un grand nombre en remplaçant l’autoritarisme ancien par une domination inférieure, parce que c’est une force essayant de se constituer pour asservir l’individu.
(Félicien Champsaur, Le Mandarin)
Socialistes et libertaires nous prophétisent un monde enfin libre et fraternel dans la paix et dans l’harmonie ; mais tous ces précurseurs sont, en général, de terribles individualistes, fort impatients de jouir, de satisfaire leur fameux « moi », et m’ont tout l’air de n’avoir aucune confiance dans le retour de l’âge d’or et dans la réconciliation des loups et des agneaux.
Quelques-uns sont de bonne foi, je le veux bien : mais alors ils étonnent par leur optimisme enfantin. C’est des progrès de la science, c’est de l’instruction intégrale qu’ils attendent l’avènement d’une société meilleure, persuadés qu’ils sont que les machines supprimeront le travail et qu’on peut moraliser les hommes avec des manuels. Et tant de naïveté, n’est-ce pas ? fait de la peine.
(François Coppée)
Lou
Rigaud, 1881 : Pièce manquée, ouvrage abîmé, en terme d’ouvrier du fer. En terme de théâtre, un lou ou loup signifie froid pour froid de loup, et sert à designer un très court intervalle de temps pendant lequel, contre toutes les règles de l’art dramatique, la scène reste vide ; ce qui jette un froid « Pendant que je vais m’habiller, pour éviter un petit froid ce qu’au théâtre nous appelons un lou. » (Clairville et Siraudin)
La Rue, 1894 : Pièce manquée, argot des mécaniciens et des tailleurs.
Lou (faire un)
Rigaud, 1881 : Louter une Pièce. Rendre une pièce impropre à sa destination. Terme des ouvriers du fer.
France, 1907 : Manquer une pièce, faire une sottise. Voir Loup.
Loubet
France, 1907 : Tumeur gangreneuse, charbon de l’homme et des animaux, ce qu’on appelle dans nombre de provinces le mal du loup, que saint Loup à la spécialité de guérir !
Loubete
France, 1907 : Brebis dont la toison a la couleur du poil du loup ; c’est louvet par la substitution basque et pyrénéenne du b au v.
Loufoquerie
France, 1907 : Folie, absurdité, bizarrerie.
Comme loufoquerie conservatrice, la religion du Christ était complète.
Je sais bien que Tolstoï, un chouette écrivain russe, qui n’a pas le militarisme à la bonne, prétend en tirer des conséquences révolutionnaires ; et voici son raisonnement :
« Le Christ a défendu de tuer ; il a défendu de rendre le mal pour le mal ; dès lors, s’il n’y avait que de vrais disciples du Christ, il n’y aurait plus de soldats, plus de guerres, plus d’autorité : autrement dit, si tous les hommes seraient doux comme des moutons, il n’y aurait plus de loups. »
En théorie, c’est peut-être vrai, mais dans la pratique ça change, et l’on voit an contraire que plus le contribuable et le prolo se laissent faire, plus on les tond, plus on les opprime et plus on les égorge.
(Le Père Peinard)
Loulou
Delvau, 1866 : s. m. Petit chien-loup, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : Terme d’amitié, caresse de femme à amant ou d’amant à maîtresse. On dit aussi Gros loulou.
France, 1907 : Chien.
Les chiens chics se recrutent spécialement parmi les danois, les griffons, les caniches et les terriers. Les boules commencent à devenir à la mode et les loulous sont en passe de conquérir leurs lettres de noblesse.
(Brunay)
Les Parisiens ont chansonné M. Lozé, et lui qui était la bonté même, et qui adorait les animaux, où l’a appelé le canicide, parce qu’il rendit, un beau jour, une ordonnance fameuse qui condamnait à mort tous les chiens errants.
La vérité, c’est que s’il aimait les bêtes, il préférait les hommes, et qu’à un moment ou la rage avait fait dans Paris des progrès inquiétants, il aval dû prendre des mesures, à la demande de tous les savants, s’il m’en souvient, sur l’avis de M. Pasteur lui-même. Néanmoins, on ne lui pardonna pas les hécatombes de toutous, et j’eus moi-même bien des lances à rompre en sa faveur vis-à-vis d’amis qui avaient perdu un caniche ou un loulou.
(Mémoires de M. Goron)
Louloutte
Larchey, 1865 : Petite dent. — Allusion aux dents du loup dont on effraie toujours les petits enfants.
France, 1907 : Dent de petit enfant.
Loup
d’Hautel, 1808 : Faire un loup ou des loups. Jargon typographique, qui signifie faire des dettes criardes, devoir au marchand de vin, au boucher, au boulanger, à la fruitière, etc. C’est surtout pour les marchands de vin que les loups sont le plus redoutables.
La faim chasse le loup hors du bois. Pour dire que la nécessité contraint à faire ce à quoi on répugne.
Cette chose est sacrée comme la patte d’un loup. Pour faire entendre qu’il ne faut pas s’y fier.
Il ou elle a vu le loup. Se dit d’une personne qui a beaucoup voyagé, qui a une grande expérience ; et d’une jeune fille qui a eu plusieurs enfans.
Aller à la queue loup loup. Aller les uns après les autres.
Il est comme le loup, il n’a jamais vu père. Se dit d’un enfant naturel ; parce que, dit-on, le loup déchire par jalousie celui qui a couvert la louve.
Marcher à pas de loup. Doucement, dans le dessein d’attraper quelqu’un.
Quand on parle du loup, on en voit la queue. Se dit quand quelqu’un arrive dans le moment où on parloit de lui.
Manger comme un loup. Pour, manger avec excès.
Être enrhumé comme un loup. Avoir un très gros rhume. Voy. Brebis, Bergerie, Chien.
Larchey, 1865 : Dette criarde, créancier. V. d’Hautel, 1808. — Au théâtre, c’est une scène manquée. on dit faim de loup et froid de loup ! pour dire grande faim et grand froid. — ces deux causes font en effet sortir les loups du bois.
Delvau, 1866 : s. m. Absence de texte, solution de continuité dans la copie. Même argot [des typographes].
Delvau, 1866 : s. m. Créancier, — dans l’argot des typographes. Faire un loup. Faire une dette, — et ne pas la payer.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se plaît dans la solitude et qui n’en sort que lorsqu’il ne peut pas faire autrement. Argot du peuple. Malgré le væ soli ! de l’Écriture et l’opinion de Diderot : « Il n’y a que le méchant qui vit seul, » les loups-hommes sont plus honorables que les hommes-moutons : la forêt vaut mieux que l’abattoir.
Delvau, 1866 : s. m. Pièce manquée ou mal faite, — dans l’argot des tailleurs. On dit aussi Bête ou Loup qui peut marcher tout seul.
Rigaud, 1881 : Dette criarde. Créancier nécessiteux que la faim fait souvent sortir des bornes de la modération.
Rigaud, 1881 : Solution de continuité dans un manuscrit envoyé à l’imprimerie.
Boutmy, 1883 : s. m. Créancier, et aussi la dette elle-même. Faire un loup, c’est prendre à crédit, principalement chez le marchand de vin. Le jour de la banque, le créancier ou loup vient quelquefois guetter son débiteur (nous allions dire sa proie) à la sortie de l’atelier pour réclamer ce qui lui est dû. Quand la réclamation a lieu à l’atelier, ce qui est devenu très rare, les compositeurs donnent à leur camarade et au créancier une roulance, accompagnée des cris : Au loup ! au loup !
Fustier, 1889 : Dans l’argot théâtral, défaut que produit un vide dans l’enchaînement des scènes.
Les auteurs ont fort bien senti qu’il y avait là un loup comme on dit en style de coulisse, et ils ont essayé de le faire disparaître…
(A. Daudet)
Virmaître, 1894 : V. Contre-coup.
France, 1907 : Créancier et aussi la créance. Faire un loup, prendre à crédit, principalement chez le marchand de vin.
Le samedi de banque donc, à la porte de l’imprimerie sont embusqués des individus prêts à se jeter sur le passage de l’imprévoyant débiteur. C’est le tailleur, le chapelier, le bottier, le gargotier. Ils sont désignés sous la dénomination pittoresque de loups. Alors on entend crier il toutes parts : Gare aux loups !
(Jules Ladimir, Le Compositeur-typographe)
Quand la réclamation a lieu à l’atelier, ce qui est devenu très rare, les compositeurs donnent à leur camarade et au créancier une roulance, accompagnée des cris : Au loup ! au loup !
(Eug. Boutmy, Argot des typographes)
Faire un loup signifie aussi, dans l’argot des typographes, remplacer un camarade qui désire quitter un moment son travail. Un jeune margeur voulant s’absenter quelques minutes appelle un apprenti : « Viens, Aristide, fais-moi un loup, que je m’esbigne. »
France, 1907 : En architecture, le loup est une erreur commise par l’architecte dans certaine partie d’une construction. Dans l’argot des théâtres, c’est le défaut qui produit un vide dans l’enchainemenut des scènes.
Il me parut que ce silence faisait, comme on dit au théâtre, un loup — c’est un synonyme assez pittoresque de jeter un froid.
(Hugues Le Roux)
Loup (avoir vu le)
Rigaud, 1881 : Signifiait au XVIIe siècle avoir couru bien des dangers ; signifie aujourd’hui avoir couru bien des aventures galantes, en parlant d’une femme. Ces femmes-là n’ont pas besoin de parler du loup pour en voir la queue, et elles courent bien des dangers en s’abandonnant au premier venu.
France, 1907 : Se dit d’une fille qui a eu, comme disaient nos pères, commerce avec un homme. Toute femme qui a entendu sonner l’heure du berger a vu de loup.
On disait autrefois que la vue du loup coupait la parole ou tout au moins provoquait l’enrouement. « N’est-il pas vray que la venue du loup fait perdre ou pour le moins enrouer la voix à celuy qui le regarde, car il me semble que c’est pour cela qu’on dit, quand un homme est enroué, qu’il a veu de loup », dit Fleury de Bellingen.
L’origine de cette vieille légende vient de l’étonnement, du mouvement de stupéfaction que cause la vue subite d’un loup. De là on dit d’une fille qui a perdu sa virginité : « Elle a vu le loup », c’est-à-dire à été surprise, étonnée, et est restée muette.
Dans une idylle de Théocrite, L’Amour de Cynisea, on trouve, il est vrai, une autre origine. L’amant préféré de cette bergère s’appelle Lycos (le loup). Toute la plaisanterie porterait sur l’équivoque ; mais la première explication donnée par nos pères me semble tout aussi rationnelle.
On dit aussi dans le même sens voir la lune.
Le spirituel caricaturiste Caran d’Ache, dans une soirée composée exclusivement d’artistes des deux sexes, fit passer une série d’ombres chinoises. Comme les sujets de ces « ombres chinoises » auraient pu paraître un peu légers à des âmes timorées, Caran d’Ache crut devoir faire précéder son spectacle de l’apparition d’un petit loup. Quelques personnes ayant manifesté leur étonnement à la vue de cette exhibition dépourvue d’intérêt :
— Ceci, Mesdames, dit le satirique dessinateur, est pour m’assurer, avant de procéder à d’autres exercices, que chacune de vous a vu le loup.
Il ne faut pas, quand on est si liées ensemble, que l’une possède ce que l’autre à perdu, que celle-ci ait vu le loup, des bandes de loups, tandis que celle-là en est encore à se demander quel est cet animal et comment il a la queue faite.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Les petites filles de douze ans, de quinze ans, en leur immense majorité, sont mises en demeure de gagner leur vie comme elles pourront. Elles partent, comme le petit Chaperon rouge, avec des tartines dans leur panier, et elles rencontrent le loup, qui me fait qu’une bouchée des tartines et du petit Chaperon.
Ce loup, agile et peu altruiste, c’est l’homme, si ardent à proclamer la liberté pour tous, pour les faibles comme pour les forts.
(Gustave Geffroy)
Loup (connaître le)
Delvau, 1864 : De vue seulement. Avoir été baisée dans une forêt quelconque, ou sur le bord d’un bois… de lit.
Ignorant le masculin,
La novice, humble nonette,
Destine à l’enfant divin.
Certaine fente coquette,
Or, la sœur Marion qui connut le loup,
Dit : vous vous trompez, mais du tout au tout,
À Jésus, faut une quéquette.
(Al. Flan)
Loup (faire un
Rigaud, 1881 : Contracter une dette, — dans le jargon des ouvriers. — Viens-tu prendre un litre ? — As-tu du pèse ? — Non, je ferai un loup.
Loup (tuer le)
France, 1907 : Faire ripaille sans bourse délier. L’origine de cette expression méridionale mérite d’être citée. Elle montre qu’autrefois comme aujourd’hui Messieurs des municipalités savaient dauber les bons contribuables : « Les jurats, les conseillers municipaux d’Ossau ne se réunissaient jamais, pour traiter des affaires communales, sans se livrer, avant, pendant ou après la session, à quelque réjouissante inter pocula. La frairie était d’autant plus copieuse qu’aucun d’eux n’avait à se préoccuper de ce que lui coûterait son écot. Tout se payait sur les fonds de la communauté. Mais ces dépenses n’étant pas au nombre de celles qui pussent être autorisées par les règlements et les lois, on les consignait au budget sous la rubrique fallacieuse « d’indemnités accordées pour la destruction des loups ». Selon que la ripaille avait été plus ou moins forte, on inscrivait que l’indemnité avait été « accordée pour la destruction d’un loup, d’un ours ou d’une ourse ». De là les expressions graduées tuer le loup, faire ripaille ; tuer l’ours, faire grande ripaille ; tuer l’ourse, faire une ripaille pantagruélique. »
(V. Lespy et P. Raymond)
Loup de mer
France, 1907 : Marin aguerri, rompu aux fatigues et aux dangers de son métier.
Par un heureux mélange des préjugés répandus dans le monde et des premières connaissances nautiques, l’élève de seconde classe qui vient enfin de recevoir sa lettre de nomination est seul réellement digne du nom de vieux loup de mer. Il a seize ou dix-huit ans au plus, et sort, ivre de joie, de l’école de marine. Il bourre alors ses phrases de jurons et de termes marins, fume par genre, roule en marchant, parle haut dans les lieux publics et affecte d’y paraître brusque et généreux ; il prend pour modèle Jean Bart à Versailles.
(G. de la Landelle)
Ils avaient de braves figures, hâlées pur l’embrun ; des mains d’honnêtes gens, durcies par la besogne, et, sous un accoutrement de rencontre, on les devinait loups de mer, fleuranut l’algue à dix pas.
(Séverine)
Si les loups de mer sont superbes sur leur navire, sur le dos d’un cheval ils n’ont pas le même prestige. Leur assiette est médiocre. On les voit exécuter sur la selle de leur monture les mêmes mouvements que le roulis et le tangage les obligent à faire sur le pont du vaisseau. À cheval, ils se croient encore à bord, et probablement à bord ils se croient encore à cheval.
Il s’ensuit qu’un très brillant officier de marine fait, sans s’en douter, un déplorable cavalier.
(Adolphe d’Ennery, Jacqueline)
Loup-cervier
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui fait des affaires d’argent ; Boursier, — dans l’argot des gens de lettres.
Virmaître, 1894 : Alors que les boursiers se réunissaient devant Tortoni, on les nommait ainsi. Aujourd’hui, l’expression n’est plus en vogue, mais le boursier est toujours synonyme de loup-cervier (Argot des boursiers).
France, 1907 : Homme de bourse, financier, tripoteur. Le mot est du président Dupin.
Loup-garou
d’Hautel, 1808 : Un loup garou. Homme qui a l’humeur farouche, qui ne veut faire société avec personne.
Loup-phoque
Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui est hannetonné. Ce mot a été nouvellement introduit dans l’atelier typographique. L’orthographe que nous donnons ici est-elle exacte ? Nous ne savons ; peut-être est-ce loup-foc ou loufoc.
Loupate
Rigaud, 1881 : Pou, — dans le jargon des voyous ; emprunté au jargon des boucliers. Déformation argotique en late.
France, 1907 : Pou.
Loupe
Larchey, 1865 : Fainéantise, flânerie.
Ma salle devient un vrai camp de la loupe.
(Decourcelle, 1836)
Louper : Flâner, rôder comme un loup errant. — Mot de la même famille que chat-parder.
Quand je vais en loupant, du côté du Palais de Justice.
(Le Gamin de Paris, ch., 1838)
Loupeur : Flâneur, rôdeur.
Que faisaient-elles au temps chaud, ces loupeuses ?
(Lynol)
Delvau, 1866 : s. f. Paresse, flânerie, — dans l’argot des ouvriers, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. Ici encore M. Francisque Michel, chaussant trop vite ses lunettes de savant, s’en est allé jusqu’en Hollande, et même plus loin, chercher une étymologie que la nourrice de Romulus lui eût volontiers fournie. « Loupeur, dit-il, vient du hollandais looper (coureur), loop (course), loopen (courir). L’allemand a Läufer… le danois lœber… ; enfin le suédois possède lopare… Tous ces mots doivent avoir pour racine l’anglo-saxon lleàpan (islandais llaupa), courir. »
L’ardeur philologique de l’estimable M. Francisque Michel l’a cette fois encore égaré, à ce que je crois. Il est bon de pousser de temps en temps sa pointe dans la Scandinavie, mais il vaut mieux rester au coin de son feu les pieds sur les landiers, et, ruminant ses souvenirs de toutes sortes, parmi lesquels les souvenirs de classe, se rappeler : soit les pois lupins dont se régalent les philosophes anciens, les premiers et les plus illustres flâneurs, la sagesse ne s’acquérant vraiment que dans le far niente et le far niente ne s’acquérant que dans la pauvreté ; — soit les Lupanarii, où l’on ne fait rien de bon, du moins ; soit les lupilli, qu’employaient les comédiens en guise de monnaie, soit le houblon (humulus lupulus) qui grimpe et s’étend au soleil comme un lézard ; soit enfin et surtout, le loup classique (lupus), qui passe son temps à rôder çà et là pour avoir sa nourriture.
Rigaud, 1881 : Bamboche, paresse, flânerie. — Bambocheur, fainéant, flâneur. — Camp de la loupe, réunion de vagabonds.
C’était, — c’est peut-être encore — une guinguette du boulevard extérieur, près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d’un côté, par un pâtissier nommé Laflème, et, de l’autre, par un marchand de vin nommé Feignant.
(A. Delvau)
La Rue, 1894 : Bamboche, flânerie, paresse. Loupeur, bambocheur, flâneur.
France, 1907 : Paresse, bamboche ; du hollandais looper, coureur. Enfants de la loupe, ouvriers bambocheurs ; bande de vagabonds.
Les Enfants de la loupe et les Filendèches habitaient de préférence l’extérieur des carrières, leurs fours à briques ou à plâtre.
(Mémoires de M. Claude)
Au coin de la rue des Montagnes, un bonhomme avait loué un terrain vague ; il avait fait planter des pieux sur lesquels il avait cloué des planches à bateaux ; il avait planté du gazon dans l’intervalle des tables, afin que les buveurs pussent cuver leur vin à l’aise ; puis, à la barrière en planches qui servait de porte, il avait barbouillé ces mots : Au Camp de la Loupe, tenu par Feignant.
Il faut croire que les loupeurs étaient nombreux, car il gagna un joli pécule.
(Charles Virmaître, Paris oublié)
Loupe (camp de la)
Delvau, 1866 : s. m. Réunion de vagabonds. C’était une guinguette du boulevard extérieur, alors près de la barrière des Amandiers. Cette guinguette était flanquée, d’un côté par un pâtissier nommé Laflème, et, de l’autre, par un marchand de vin, nommé Feignant…
Loupel
Vidocq, 1837 : s. m. — Pouilleux. Terme des Floueurs parisiens.
Delvau, 1866 : s. m. Avare ; homme tout à fait pauvre, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Pouilleux. — Dans le patois du Midi pel signifie pou ; lou pel le pou.
La Rue, 1894 : Pouilleux. Avare.
France, 1907 : Avare, pouilleux. C’est le mot pou déformé par le largonji.
Louper
Delvau, 1866 : v. n. Flâner, vagabonder, — dans l’argot des ouvriers.
Rigaud, 1881 : Vagabonder, paresser, bambocher. — Tirer une loupe, courir de mauvais lieux en mauvais lieux.
La Rue, 1894 : Regarder. Faire des dettes. Flâner.
France, 1907 : Faire des dettes, des loups.
France, 1907 : Flâner, courir les cabarets, les bals publics, au lieu d’aller à l’atelier.
Loupeur
Delvau, 1866 : s. m. Flâneur, vagabond, ouvrier qui se dérange.
Virmaître, 1894 : Désigne le voleur qui, à la tombée de la nuit, vole des diamants chez les bijoutiers au moyen d’une loupe à deux branches (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Mauvais ouvrier qui flâne, qui tue le temps en loupant pour attendre l’heure de la sortie et qui a plus souvent les yeux fixés sur la pendule que sur son ouvrage. En 1848, un marchand de vins, boulevard de Belleville, avait pris pour enseigne : Au camp de la loupe, tenu par Feignant (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Un individu peu courageux au travail, qui n’aime qu’à flâner, est un loupeur.
Loupeur, loupeuse
Rigaud, 1881 : Vaurien, drôlesse ; bambocheur, bambocheuse.
France, 1907 : Fainéants, débauchés.
La salle Colbus a une physionomie toute particulière parmi les bals de Paris. Sa clientèle est étrange et redoutable. Escarpes et souteneurs s’y rencontrent avec les bohèmes de la Villette, les loupeurs des fortifs, les rôdeurs du boulevard dit extérieur.
(Edmond Lepelletier)
— C’est drôle que ça fasse toujours plaisir de parler du temps où l’on était malheureux. Nom d’un chien ! je suis contente de me retrouver avec toi, tout de même ! Tu te souviens à l’école, chez les sœurs, tu faisais mes devoirs. J’étais rien loupeuse ! Et puis les pommes vertes que j’apportais et que nous allions manger dans les lieux…
(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)
Rôdeurs, loupeurs, souteneurs, filles se pressaient autour des tables, retentissantes du choc des verres et du tumulte des conversations. Toutefois, dans cette cohue patibulaire, pas une blouse, pas un prolétaire. Tous gens comme il faut, portant le vêtement de drap bourgeois. Telle est la sévère étiquette du lieu (le caveau des halles).
(Louis Barron, Paris étrange)
Loupeuse
Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie qui, n’aimant pas le travail honnête et doux de l’atelier, préfère le rude et honteux travail de la débauche.
Loupiat
Delvau, 1866 : s. m. Fainéant, Loupeur, — dans l’argot des faubouriens.
France, 1907 : Fainéant, chevalier de la loupe.
Loupiau
Rigaud, 1881 : Jeune, — dans le jargon des voleurs.
Loupion
Delvau, 1866 : s. m. Chapeau d’homme, rond. Même argot [des faubouriens].
France, 1907 : Chapeau d’homme.
Loupiot
La Rue, 1894 : Enfant.
Virmaître, 1894 : Enfant (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Enfant.
France, 1907 : Enfant, c’est-à-dire pouilleux. De pou, déformé par le largonji.
— Ça te chagrine tant que ça, dis, d’avoir un loupiot ? Ben vrai, moi, ça m’amuse ! Je suis content, tiens ! Et puis je suis un bon garçon ! C’est pas parce qu’on a jamais passé devant M. le maire qu’on s’en aime moins ! Il est à moi ce môme-là, puisque c’est moi qui l’ai fait ! On le reconnaîtra, et puis ça fera la rue Michel.
(Oscar Méténier)
Loupruse
Delvau, 1864 : Gourgandine chaude comme une louve, et aimant à courir après les hommes.
Louvart
France, 1907 : Jeune loup ; terme de chasse.
Louvetier
Rigaud, 1881 : Ouvrier qui doit partout où on a voulu lui faire crédit ; ouvrier qui demande du crédit à tout le monde et qui ne paye personne.
Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui fait des dettes, qui a des loups. Ce terme est pris en mauvaise part, car le typo auquel on l’applique est considéré comme faisant trop bon marché de sa dignité.
France, 1907 : Dans l’argot des typographes, c’est celui qui fait des dettes, qui a des loups. « Ce terme, dit Eug. Boutmy, est pris en mauvaise part, car le typo auquel on l’applique est considéré comme faisant trop bon marché de sa dignité. »
Lune (voir la)
France, 1907 : Se dit d’une fille qui perd sa virginité. On dit aussi voir de loup.
La petite a beau avoir de la dentelle, elle n’en verra pas moins la lune par le même trou que les autres.
(Émile Zola, L’Assommoir)
Lurette (belle)
Fustier, 1889 : Longtemps : Corruption de belle heurette, il y a belle heure que…
France, 1907 : Longtemps. Belle lurette, qui n’a aucun sens, est une corruption de belle heurette. « Il y a belle heurette que la petite Manon a vu le loup. »
Pour ses débuts comme avocat bêcheur, y a de ça belle lurette — c’était en 1883 — il fit administrer à Louise Michel et au fiston Pouget une bonne demi-douzaine d’années de réclusion.
Et le jean-fesse est, par la suite, resté digne de ce cochon de début.
(Père Peinard)
Ah ! il y a belle lurette que l’Europe observe les progrès de notre décomposition, qu’elle est fixée sur notre pourriture sociale. Le Parlement en est déjà un produit assez significatif.
(Jules Delahaye, La Libre Parole)
Manger
d’Hautel, 1808 : Manger l’ordre. Perdre mémoire de ce dont on avoit été chargé ; oublier totalement une commission.
Quand on est trop bon, le loup vous mange. Signifie que rien n’est plus pernicieux que l’excès de la bonté.
Elle mange comme un moineau. Se dit d’une femme qui fait la petite bouche, la sobre, ou qui est réellement d’une très-petite dépense sur la nourriture.
Cela se laisse manger. Pour dire qu’une chose sans être excellente, est fort agréable au goût.
Il en mangeroit deux comme lui. Pour marquer la supériorité d’une personne, et abaisser le mérite de quelqu’un qui exerce la même profession.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que quelqu’un a fait l’ouvrage le plus facile en premier : que le commencement de sa vie a été plus heureux que n’est la suite.
Manger dans la main de quelqu’un. Pour, abuser de la bonté, de la complaisance de quelqu’un.
Manger de la vache enragée. Éprouver les angoisses de la faim, de la soif, et toutes les douleurs de la misère et de la fatigue ; apprendre à être sage à ses dépens.
N’as-tu pas peur qu’il te mange. Pour qu’as-tu à craindre ? pourquoi ne lui parlerois-tu pas ?
Se manger l’ame ; ou le blanc des yeux. Pour, se quereller ; vivre en mauvaise intelligence ; se disputer sans cesse sur des riens.
Manger quelqu’un des yeux. Le regarder avec affectation.
Manger quelqu’un de caresses. Lui faire de grandes amitiés ; le cajoler, lui faire des complimens à n’en plus finir.
Manger la moitié de ses mots. Bredouiller ; ne pas prononcer d’une manière intelligible ; serrer les dents en parlant.
Cela ne mange point de pain. Se dit de bijoux, ou d’effets quelconques dont on fait l’acquisition, afin de ne pas mal employer son argent ; pour faire entendre que ces objets ne coûtent rien à garder, et qu’on trouvera bien moyen d’en tirer parti au besoin. Se dit aussi, et dans le même sens, des papiers que l’on regarde comme inutiles, mais que quelques circonstances peuvent rendre nécessaires.
Manger son pain à la fumée du rôt. Voy. Fumée.
Manger son pain dans sa poche. Vivre heureux ; vivre dans l’aisance, sans y faire participer qui que ce soit.
Manger son blé en herbe, ou vert. Manger avance le bénéfice d’une affaire ou d’une spéculation ; vivre sur le crédit d’une succession qui n’est pas encore ouverte ; dépenser avec prodigalité, et généralement faire un mauvais usage de sa fortune.
Voilà ce que les rats n’ont pas mangé. Se dit ironiquement en montrant quelque chose que l’on avoit gardé secrètement.
Il sait bien son pain manger. Pour, il a soin de sa personne ; il sait vivre.
Ansiaume, 1821 : Révéler, déposer.
Mon camarade d’affaires ne mangera pas, mais j’ai le taff.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Dénoncer, avouer. Manger le morceau, avouer le crime.
Delvau, 1866 : v. a. Subir, avoir, faire, — dans l’argot du peuple. Manger de la misère. Être besogneux, misérable. Manger de la prison. Être prisonnier. Manger de la guerre. Assister à une bataille.
La Rue, 1894 : Faire chanter. Mangeur, maître chanteur (V. Chanter). Faire manger, faire profiter du produit d’une filouterie.
Maquereauter
Delvau, 1866 : v. a. et n. Vivre aux dépens des femmes oui ne vivant elles-mêmes qu’aux dépens des hommes. On prononce Macroter. Maquereauter une affaire. Intriguer pour la faire réussir.
France, 1907 : Fréquenter les prostituées, vivre à leurs dépens.
Ce qu’il y a d’enquiquinant, c’est que les grosses légumes, pour couper la chique à notre esprit de révolte, ont entrepris de nous avachir en nous infusant leurs vices. Ils ont manœuvré pour nous donner l’envie de louper, de feignasser, de vivre à rien foutre, en maquereautant ou putassant — afin de nous rendre incapables d’agir.
(Le Père Peinard)
Marloupatte
France, 1907 : Souteneur.
Ce marloupatte pâle et mince
Se nommait simplement Navet ;
Mais il vivait ainsi qu’un prince…
Il aimait les femmes qu’on rince.
(Jean Richepin)
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