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Bonjour (vol au)

Vidocq, 1837 : (Voir ci-dessous Bonjourier, ou chevalier grimpant.).

Delvau, 1866 : s. m. Espèce de vol que son nom désigne clairement. Le chevalier d’industrie, dont c’est la spécialité, monte de bonne heure dans un hôtel garni, où on laisse volontiers les clés sur les portes, frappe au hasard à l’une de celles-ci, entre s’il n’entend pas de réponse, et, profitant du sommeil du locataire, fait main basse sur tout ce qui est à sa portée, — quitte à lui dire, s’il se réveille : « Bonjour, Monsieur ; est-ce ici que demeure M. *** ? »

France, 1907 : Vol appelé ainsi à cause de l’heure matinale choisie par le voleur, qui s’introduit de grand matin dans les hôtels garnis où l’on laisse d’ordinaire les clés sur les portes, frappe au hasard et, ne recevant pas de réponse, entre. En cas d’absence ou de sommeil du locataire, il fait main basse sur tout ce qui est à sa convenance.

Bonjour (voleur au), bonjourier

Larchey, 1865 : « Voleur s’introduisant de grand matin dans les maisons où les bonnes laissent les portes entr’ouvertes et dans les hôtels garnis dont les locataires ne ferment pas leurs chambres. » — Canler. — Allusion ironique à l’heure matinale choisie par le voleur ; il vous souhaite en quelque sorte le bonjour.

Bonjourier

Delvau, 1866 : s. m. Voleur au Bonjour. On dit aussi : Chevalier grimpant, — par allusion aux escaliers que ce malfaiteur doit grimper.

La Rue, 1894 : Voleur dans les chambres d’hôtel.

Virmaître, 1894 : Vol au bonjour. Ce vol se pratique dans les chambres d’hôtels. Le bonjourier monte lestement les escaliers comme s’il allait faire une visite, généralement le matin à l’heure à laquelle les gens dorment encore ; il voit une clé sur la porte, il entre doucement. Si le dormeur s’éveille, il lui souhaite le bonjour et s’excuse de s’être trompé de porte ; au cas contraire, il vole rapidement ce qui lui tombe sous la main et s’esquive. Il y a six mois, on arrêta une bande de bonjouriers qui avaient la spécialité de voler les souliers des locataires. Ils avaient sous le bras une serviette d’avocat gonflée de vieux journaux ; ils les jetaient dans un coin du couloir et les remplaçaient par les bottines et les souliers (Argot des voleurs).

Cambrioleur

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui dévalise les chambres, principalement les chambres de domestiques, en l’absence de leurs locataires. Cambrioleur à la flan. Voleur de chambre au hasard.

La Rue, 1894 : Dévaliseur de chambres.

Virmaître, 1894 : Vol à la cambriotte. Ce vol fut célébré par B. Maurice :

Travaillant d’ordinaire,
La sorgue dans Pantin,
Pour mainte et mainte affaire,
Faisant très bon chopin.
Ma gente cambriotte,
Rendoublée de camelotte,
De la dalle au flaquet.
Je vivais sans disgrâce,
Sans regout ni morace,
Sans taf et sans regret.
Le quart-d’œil lui jabotte :
Mange sur tes nonneurs ;
Lui tire une carotte.
Lui montrant la couleur.
L’on vient, l’on me ligotte,
Adieu, ma cainbriotte,
Mon beau pieu. mes dardants.
Je monte à la Cigogne.
On me gerbe à la grotte,
Au tap et pour douze ans.

France, 1907 : Voleur dont la spécialité est de faire main basse dans les appartements ou les villas en l’absence des propriétaires. Cambrioleur à la flan, voleur de chambres au hasard.

On estime, à la Sûreté, que sur vingt-cinq mille individus n’ayant à Paris d’autre moyen d’existence que le vol, dix mille au moins sont des cambrioleurs, soit professionnels, soit occasionnels.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Case

Delvau, 1864 : La nature de la femme, — dans laquelle se trémousse si agréablement le petit oiseau à longue queue que les savants appellent penis et les ignorants, pine.

Des autres perroquets il diffère pourtant,
Car eux fuient la cage, et lui, il l’aime tant,
Qu’il n’y est jamais mis qu’il n’en pleure de joie.

(Cabinet satyrique)

Elle le prit de sa main blanche,
Et puis dans sa cage le mit.

(Regnard)

Lisette avait dans un endroit
Une cage secrète :
Lucas l’entrouvrit, et tout droit
D’abord l’oiseau s’y jette.

(Collé)

Delvau, 1866 : s. f. Maison, logement quelconque, — dans l’argot du peuple, qui parle latin sans le savoir. Le patron de la case. Le maître de la maison, d’un établissement quelconque ; le locataire d’une boutique, d’un logement.

France, 1907 : Habitation, lieu où l’on demeure : du latin casa. Le patron de la case, le chef de l’établissement.
C’est aussi, au masculin, l’abréviation de casino.

Travaille dans les rups bastringues,
Au case avec tes belles fringues,
Monte vite un chaud reversy…
Pour si peu t’auras pas Poissy…

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

Chambrelan

d’Hautel, 1808 : Terme de mépris. Ouvrier qui travaille en chambre ; ou locataire qui n’occupe qu’une chambre.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier en chambre ; locataire qui n’occupe qu’une seule chambre, — dans l’argot du peuple.
On dit aussi Chamberlan, et ce mot, comme l’autre, est la première forme de Chambellan. Les gens du bel air ont donc tort de rire des petites gens, — qui parlent mieux qu’eux, puisqu’ils parlent comme Villehardouin, comme Joinville, comme Froissard, qui parlaient comme les Allemands (Kämmerling ou Chamarlinc).

Comemensal (vol au)

Vidocq, 1837 : Il est de ces vérités qui sont devenues triviales à force d’être répétées ; et parmi elles, il faut citer le vieux proverbe qui dit que : Pour n’être jamais trompé, il faut se défier de tout le monde. Les exigences du proverbe sont, comme on le voit, un peu grandes ; aussi n’est-ce que pour prouver à mes lecteurs que je n’oublie rien, que je me détermine à parler du vol au commensal ; seulement, je me bornerai à rapporter un fait récemment arrivé à Saint-Cloud.
Paris est environné d’une grande quantité de maisons bourgeoises habitées par leurs propriétaires ; ces propriétaires, durant la belle saison, louent en garni les appartemens dont ils ne se servent pas, et si le locataire paie cher et exactement, si son éducation et ses manières sont celles d’un homme de bonne compagnie, il est bientôt un des commensaux de la famille. Bon nombre de vols et d’escroqueries commis par ces hommes distingués, devraient cependant avoir appris depuis long-temps aux gens trop faciles, le danger des liaisons impromptu, mais quelques pièces d’or étalées à propos font oublier les mésaventures du voisin, surtout à ceux qui sont doués d’une certaine dose d’amour-propre, qualité ou défaut assez commun par le temps qui court.
Dans le courant du mois d’avril 1836, un individu qui prétendait être un comte allemand (ce qui au reste peut bien être vrai, car tout le monde sait que rien, en Germanie, n’est plus commun que les comtes et les barons), arriva à Saint-Cloud et prit le logement le plus confortable du meilleur hôtel de la ville ; cela fait, il visita un grand nombre d’appartements garnis, mais aucun ne lui plaisait ; enfin il en trouva un qui parut lui convenir : c’était celui que voulait louer un vieux propriétaire, père d’une jeune et jolie fille ; le prix de location convenu, le noble étranger arrête l’appartement ; il paie, suivant l’usage, un trimestre d’avance, et s’installe dans la maison.
Le comte se levait tard, déjeunait, lisait, dînait à cinq heures, il faisait quelques tours de jardin, puis ensuite il rentrait chez lui pour lire et méditer de nouveau ; cette conduite dura quelques jours, mais ayant par hasard rencontré dans le jardin Mme L… et sa fille, il adressa quelques compliments à la mère, et salua respectueusement la demoiselle : la connaissance était faite. Bientôt il fut au mieux avec ses hôtes, et il leur apprit ce que sans doute ils désiraient beaucoup savoir : il était le neveu, et l’unique héritier, d’un vieillard qui, par suite de malheurs imprévus, ne possédait plus que soixante et quelques mille francs de rente.
« On ne saurait trop faire pour un homme qui doit posséder une fortune aussi considérable, se dit un jour M. L…, monsieur le comte est toujours seul, il ne sort presque jamais, il doit beaucoup s’ennuyer ; tâchons de le distraire. » Cette belle résolution une fois prise, M. L… invita le comte à un grand dîner offert à un ancien marchand d’écus retiré, qui avait conservé les traditions de son métier, et qui savait mieux que personne ce que peut rapporter un écu dépensé à propos. Cette réunion fut suivie de plusieurs autres, et bientôt le comte, grâce à ses manières empressées, à son extrême politesse, devint l’intime ami de son propriétaire. Le comte avait dit qu’il attendait son oncle, et des lettres qu’il recevait journellement de Francfort, annonçaient l’arrivée prochaine de ce dernier ; l’oncle priait son neveu de lui envoyer la meilleure dormeuse qu’il pourrait trouver, de lui choisir un logement, etc. Comme on le pense bien, le gîte de l’oncle fut choisi dans la maison de M. L…, l’époque de son arrivée étant prochaine. Le comte, sur ces entrefaites, demande la jeune personne en mariage, les parens sont enchantés, et la jeune fille partage leur ravissement.
M. R***, l’ami de la famille, est mis dans la confidence ; le comte lui demande des conseils, et parle d’acheter des diamans qu’il destine à sa future ; mais comme il ne connaît personne à Paris, il craint d’être trompé, M. R*** conduit lui-même le comte chez un bijoutier de ses amis, auquel il le recommande. Un comte présenté par M. R***, qui a été payeur de rentes trente-six à quarante ans, et qui doit certainement connaître les hommes, devait inspirer de la confiance, enfin M. le comte achette des boucles d’oreilles superbes, qu’il remet à sa prétendue ; il fait tant et si bien, qu’il obtient pour 16 à 18,000 fr. de diamans sans argent ; le bijoutier, qui croyait voir dans M. le comte une ancienne connaissance de M. R***, livra aveuglément. Mais il fallait reprendre les boucles d’oreilles données à la prétendue. Le comte dit à la demoiselle : « Il me semble que les boucles d’oreilles qu’on vous a remises ne sont pas aussi belles, à beaucoup près, que celles que je vous destinais. » Il les examine : « C’est infâme, dit-il, d’avoir ainsi changé les diamans ; il y a plus de 1,500 fr. de différence ; je ne puis souffrir cela, etc. »
Il doit aller au-devant de son oncle, il emprunte 7 à 800 fr. au beau-père, qui, pour ne pas fatiguer M. le comte, porte les 800 fr. dans ses poches ; mais, arrivé à Paris, le comte prit la peine de le décharger de ce fardeau, et ne revint plus.
Il emporta 16 à 18,000 fr. au bijoutier, 800 fr. à son beau-père en herbe, et 800 fr. au traiteur.
Il est inutile d’ajouter que l’oncle d’Allemagne n’était qu’un compère qui s’est prêté à cette manœuvre.

Coup de l’oreiller

France, 1907 : Verre de vin ou de liqueur que l’on prend avant de se coucher.

Dans cette boîte à mouches, le père Capoulade versait tous les soirs le coup de l’oreiller à ses cent cinquante locataires. Le bon Auvergnat logeait d’abord des pensionnaires, des habitués à poste fixe, journaliers, maçons, musiciens ambulants, chanteurs de cours, puis des personnes en « camp volant », rôdeurs aux abois, claque-patins s’offrant une nuitée de lit pour leur fête. La disposition du garni était si ingénieuse qu’on ne pouvait monter aux chambres sans passer par le cabaret et le père Capoulade avait un œil expert qui soupesait les poches, jugeait à première vue quels gens aimeraient mieux faire de la dépense que montrer des papiers.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Demi-récolte

Virmaître, 1894 : Personne petite, naine, chétive. On dit dans le peuple :
— Sa mère devait être concierge, un locataire aura demandé le cordon au bon moment (Argot du peuple). V. Bas du cul.

France, 1907 : Personne chétive.

Dévider son chapelet

Virmaître, 1894 : Les portières se chargent de cette opération en cancanant sur les locataires (Argot du peuple).

Es

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Escroc, proprement dit, est une des nombreuses variétés de la grande famille des chevaliers d’industrie, Faiseurs et autres. Son nom même devrait être donné à ces derniers ; car, quelle que soit la manière dont ils procèdent ; le seul nom qui convienne à leurs exploits est celui d’escroquerie. Au reste, la catégorie des Escrocs est la plus nombreuse de toutes. Ce serait une entreprise difficile, pour ne pas dire, impossible, que d’énumérer les diverses manières de commettre le délit prévu par l’article 405 du Code Pénal ; les débats révèlent tous les jours de nouvelles ruses aux bénévoles habitués des tribunaux correctionnels. Mais les plus coupables ne sont pas ceux que frappe le glaive de Thémis ; aussi je ne les cite que pour mémoire ; je veux seulement m’occuper des grands hommes. La prison n’est pas faite pour ces derniers, ils se moquent des juges, et ne craignent pas le procureur du roi ; tous leurs actes cependant sont de véritables escroqueries. Quel nom, en effet, donner à ces directeurs de compagnie en commandite et par actions, dont la caisse, semblable à celle de Robert Macaire, est toujours ouverte pour recevoir les fonds des nouveaux actionnaires, et toujours fermée lorsqu’il s’agit de payer les dividendes échus ? Quel nom donner à ces fondateurs de journaux à bon marché, politiques, littéraires, ou des connaissances inutiles, qui promettent au public ce qu’ils ne pourront jamais donner, si ce n’est celui d’Escroc ? Nommera-t-on autrement la plupart des directeurs d’agences d’affaires, de mariages, déplacement ou d’enterrement ? oui, d’enterrement, il ne faut pas que cela vous étonne.
Je viens de dire que la qualification d’Escroc devait être donnée à ces divers individus ; il me reste maintenant à justifier cette allégation. Cela ne sera pas difficile.
Vous voulez, pour des raisons à vous connues, vendre ou louer, soit votre maison des champs, soit votre maison de ville ; vous avez, par la voie des Petites-Affiches, fait connaître vos intentions au public, et vous attendez qu’il se présente un acquéreur ou un locataire. Vous attendez vainement. Mais, s’il ne se présente ni acquéreur ni locataire, tous les matins votre portier vous remet une liasse de circulaires par lesquelles Messieurs tels ou tels vous annoncent qu’ils ont lu ce que vous avez fait insérer dans les Petites-Affiches, qu’ils croient avoir sous la main ce qui vous convient, et qu’ils terminent en vous priant de passer chez eux le plus tôt qu’il vous sera possible.
Vous vous déterminez enfin à voir un de ces officieux entremetteurs, et vous vous rendez chez lui. L’aspect de son domicile vous prévient d’abord en sa faveur. Avant d’être introduit dans son cabinet, on vous a fait traverser des bureaux dans lesquels vous avez remarqué plusieurs jeunes gens qui paraissaient très-occupés, et vous avez attendu quelques instans dans un salon élégamment meublé ; dans le cabinet de l’agent d’affaires, vous avez remarqué des gravures avant la lettre, des bronzes de Ravrio, des tapis ; aussi vous l’avez chargé de vendre ou de louer votre propriété, et vous lui avez remis sans hésiter un instant la somme plus ou moins forte qu’il vous a demandée, et qui est, à ce qu’il dit, destinée à le couvrir des premiers frais qu’il faudra qu’il fasse. Il vous a remis en échange de votre argent une quittance ainsi conçue :
« Monsieur *** a chargé Monsieur ***, agent d’affaires à Paris, de vendre ou de louer sa propriété, sise à ***, moyennant une somme de *** pour % du prix de la vente ou location, si elle est faite par les soins du sieur *** ; dans le cas contraire, il ne lui sera alloué qu’une somme de ***, pour l’indemniser de ses frais de démarches, publications et autres, dont il a déjà reçu la moitié ; l’autre moitié ne sera exigible que lorsque la propriété du sieur *** sera louée ou vendue. Fait double, etc., etc. »
Comme il est facile de le voir, l’adroit agent d’affaires a reçu votre argent et ne s’est engagé à rien, et vous ne pouvez plus vendre ou louer votre propriété sans devenir son débiteur. Un individu, nommé G…, qui demeure rue Neuve-Saint-Eustache, exerce à Paris, depuis plusieurs années, le métier dont je viens de dévoiler les ruses. Il a bien en quelques petits démêlés avec dame Justice, mais il en est toujours sorti avec les honneurs de la guerre, et il n’y a pas long-temps que, voulant vendre une de mes propriétés, il m’a adressé une de ses circulaires, en m’invitant à lui accorder le confiance dont il était digne.
L’agent d’affaires qui s’occupe de la vente des propriétés de ville et de campagne, fonds de commerce, etc., etc., n’est qu’un petit garçon comparativement à celui qui s’occupe de mariages. Le créateur de cette industrie nouvelle, feu M. Villiaume, aurait marié, je veux bien le croire, le doge de Venise avec la mer Adriatique, mais ses successeurs, quoique disent les pompeuses annonces qui couvrent la quatrième page des grands et petits journaux, ne font luire nulle part le flambeau de l’hyménée, ce qui ne les empêche pas de faire payer très-cher à ceux qui viennent les trouver alléchés par l’espoir d’épouser une jeune fille ou une jeune veuve dotée de quelques centaines de mille francs, le stérile honneur de figurer sur leurs cartons.
Ceux des individus dont je viens de parler, qui ne dépensent pas follement ou ne jouent pas l’argent qu’ils escroquent ainsi, acquièrent en peu de temps une brillante fortune, achettent des propriétés, deviennent capitaines de la milice citoyenne, chevaliers de la Légion-d’Honneur, électeurs, jurés, et condamnent impitoyablement tous ceux qui comparaissent devant eux. (Voir Suce-larbin.).
Les Escrocs auvergnats se sont à eux-mêmes donné le nom de Briseurs. Les Briseurs donc, puisqu’il faut les appeler par leur nom ; se donnent tous la qualité de marchands ambulans. Ils n’ont point de domicile fixe. Ils font passer à leur femme, qui réside en Auvergne, le fruit de leurs rapines, et celle-ci achette des biens que, dans tous les cas, les Briseurs conservent ; car, il faut remarquer qu’ils sont presque tous mariés sous le régime dotal, ou séparés de biens.
Lorsque les Briseurs : ont jeté leur dévolu sur un marchand, le plus intelligent, ou plutôt le plus hardi d’entr’eux, s’y présente, choisit les marchandises qui lui conviennent, achette et paie. Quelques jours après, il adresse au marchand son frère ou son cousin, qui se conduit de même. Cela fait, le premier revient, achette encore, paie une partie comptant, et, pour le surplus, laisse un petit billet à trois ou quatre mois de date. Mais quinze ou vingt jours sont à peine écoulés, qu’on le voit revenir, il demande si l’on a encore le billet, le reprend et ne demande qu’un léger escompte qu’on s’empresse de lui accorder.
Ce manège dure quelques mois, et si les Briseurs jugent le marchand bon, ils ne se lassent pas de le nourrir, ils lui amènent des parens, des amis, les crédits se montent, et, tout-à-coup vient la débâcle, et l’on apprend alors, mais trop tard, que l’on a été trompé.
Tous les membres d’une famille de l’Auvergne sont quelquefois Briseurs. Je puis, pour ma part, en citer sept ou huit qui portent le même nom.
Il faut remarquer que la brisure est héréditaire dans plusieurs familles de l’Auvergne. La bonne opinion que l’on a de ces enfans des montagnes facilite leurs escroqueries. Ces hommes paraissent doués d’une épaisseur et d’une bonhomie qui commande la confiance, aussi ils trouvent toujours des négocians qui se laissent prendre dans leurs filets ; cela prouve, si je ne me trompe, que personne n’est plus propre qu’une bête à tromper un homme d’esprit : ce dernier se laisse prendre plus facilement que tout autre ; car il compte sur sa supériorité et ne peut croire qu’un homme auquel il n’accorde que peu ou point de considération ait l’intention et le pouvoir de mettre sa perspicacité en défaut.
Les marchandises escroquées par les Briseurs sont, pour la plupart, achetées par des receleurs ad hoc, à 40 ou 50 pour % de perte. Au moment où j’écris, il existe à Paris plusieurs magasins garnis de marchandises brisées.
Les Briseurs changent entre eux de passeport, ce qui permet à celui qui est arrêté de prendre le nom de Pierre, lorsqu’il se nomme François, et que c’est François que l’on cherche.

Larchey, 1865 : Escroc (Vidocq). — Abréviation.

Delvau, 1866 : s. m. Apocope d’Escroc, — dans l’argot des voyous, qui se plaisent à lutter de concision et d’inintelligibilité avec les voleurs. Ils disent aussi Croc, par aphérèse.

Rigaud, 1881 : Escroc, — dans l’ancien argot ; le mot sert aujourd’hui à désigner un tricheur, vulgo grec.

France, 1907 : Abréviation d’escroc.

Essuyer les plâtres

Delvau, 1866 : v. a. Habiter une maison récemment construite, dont les plâtres n’ont pas encore eu le temps de sécher. Se dit aussi, ironiquement, des Gandins qui embrassent des filles trop maquillées.

Rigaud, 1881 : Habiter une maison nouvellement construite. Lorsqu’on eût bâti le quartier Saint-Georges, les loyers des maisons y furent cotés à très bas prix, pour attirer les locataires. Les filles plus ou moins entretenues s’y réfugièrent, furent baptisées lorettes et essuyèrent pas mal de plâtres. De cette époque date la locution. Aujourd’hui, l’essuyage des plâtres est plus cher : il s’opère rue Maubeuge avec le concours des lorettes du jour, nommées biches, cocottes, etc… — Essuyer les plâtres signifie encore, en termes galants, obtenir les premières faveurs d’une belle.

France, 1907 : Entrer dans une maison nouvellement construite et dont les murs ne sont pas encore secs. Embrasser une femme dont le visage est maquillé.

Expulser un locataire gênant

Virmaître, 1894 : Péter (Argot du peuple).

Franc

d’Hautel, 1808 : Il est franc comme l’osier. Pour, il est sans détour d’une sincérité à toute épreuve.
Être franc du collier. Être exempt de payer sa part dans un écot. Cela s’entend aussi d’un homme sans malice ; qui va tout à la bonne.
Prendre ses coudées franches. Se mettre à son aise ; ne se gêner en rien.
Franc et le féminin franche, se joignent souvent à une épithète injurieuse pour lui donner plus de force : c’est un franc libertin, une franche bégueule ; pour dire un libertin avéré, une femme décidément bégueule.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faux. Franc mitou, faux malade.

Clémens, 1840 : Celui qui voit tout, et ne dit rien.

Halbert, 1849 : Bas.

Delvau, 1866 : s. m. Complice, — dans l’argot des voleurs. Franc bourgeois. Escroc du grand monde. Franc de maison. Receleur d’objets volés — et même de voleurs.

Rigaud, 1881 : Complice. — Endroit fréquenté par des voleurs. Tapis franc, cabaret fréquenté par des voleurs. — Franc de campagne, affilié à une bande de voleurs et chargé d’aller aux renseignements, à la découverte des affaires.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Bon, agréable. Pas d’exercice, demain ! cest franc ! (Ginisty : Manuel du parfait réserviste)

La Rue, 1894 : Bas, sans préjugé. Complice. Mensonge. Voleur sûr, éprouvé ou affilié à une bande. Tapis-franc, lieu hanté par les affranchis (voleurs). C’est franc, c’est silencieux (ce n’est pas suspect).

France, 1907 : Complice sur qui l’on peut se fier.

Richelot. — C’est Jean-Louis, un bon enfant ; sois tranquille, il est franc.
Le locataire. — Tant mieux ! il y a aujourd’hui tant de railles cuisiniers, qu’il n’y a plus de fiat du tout.
Lapierre. — Calme ! calme ! J’en réponds comme de moi. C’est un ami et un français.
Le locataire. — Puisque c’est comme ça, je m’en rapporte… Là-dessus, buvons la goutte.

(Marc Mario et Louis Launay)

Goguenot

Clémens, 1840 : Pot de nuit, baquet.

Larchey, 1865 : « Grand quart, vase de fer-blanc de la contenance d’un litre dont se munissent les troupiers d’Afrique. Il va au feu, sert à prendre le café, s’utilise comme casserole et comme gobelet. » — De Vauvineux.

Larchey, 1865 : Baquet servant de latrines portatives.

La meilleure place, la plus éloignée de la porte, des vents coulis et du goguenot ou thomas.

(La Bédollière)

Delvau, 1866 : s. m. Baquet-latrine, — dans l’argot des prisons et des casernes. On dit aussi Goguenaux.

Delvau, 1866 : s. m. Vase de fer-blanc, — dans l’argot des troupiers d’Afrique, qui s’en servent comme casserole et comme gobelet.

Merlin, 1888 : Gobelet, marmite en Afrique ; baquet, latrine, en France ; dans l’artillerie, les mortiers.

Virmaître, 1894 : Pot de chambre. Le locataire de la table de nuit (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Pot de chambre.

France, 1907 : Baquet qui sert de latrines. On appelle les balayeuses de rues hirondelles à goguenot.

France, 1907 : Récipient de fer-blanc dont se servent les troupiers d’Afrique pour faire la soupe ou le café.

Grinchir

Ansiaume, 1821 : Voler.

Il ne veut grinchir que dans les entonnes, pour moi niberg.

Bras-de-Fer, 1829 : Voler, prendre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler. J’ai réuni dans cet article quelques détails sur divers genres de vols. Quelques-uns se commettent encore tous les jours ; d’autres n’ont été commis que par ceux qui les ont inventés.
Grinchir au boulon. Le Grinchissage au Boulon a été inventé, dit-on, par un individu dont les antécedens sont bien connus, et qui a pour la pêche une passion pour le moins aussi grande que celle de certain député juste-milieu. Au reste, si l’individu dont je parle n’est pas l’inventeur du Grinchissage au Boulon, il a du moins excellé dans sa pratique, comme il excella par la suite dans la pratique des vols à la Tire et au Bonjour.
Pour Grinchir au Boulon, il ne s’agit que de passer par l’un des trous pratiqués dans la devanture des boutiques, pour donner passage aux boulons qui servent à les fermer, un fil de fer ou de laiton, terminé par un crochet qui sert à saisir l’extrémité d’une pièce de dentelle qu’on amène ainsi à l’extérieur avec une grande facilité.
Il ne s’agirait, pour se mettre à l’abri de ce genre de vol, que de boucher à l’intérieur l’entrée des boulons par de petites plaques de fer.
Grinchir à la cire. Un ou plusieurs individus se rendent chez un restaurateur, déjeunent ou dînent, et s’emparent d’une ou de plusieurs pièces d’argenterie qu’ils collent sous la table au moyen d’un emplâtre de cire ou de poix. Si le maître de l’établissement s’aperçoit du vol qui vient d’être commis à son préjudice, les coupables n’ont rien à craindre, quand bien même ils seraient fouillés. Il est inutile de dire qu’un compère vient quelques instans après leur départ, enlever les pièces d’argenterie.
Le Grinchissage à la Cire fut inventé, il y a vingt années environ, par une jeune et jolie personne, qui le pratiquait de concert avec sa mère, qui était chargée de venir prendre l’argenterie. Ces deux femmes exercèrent paisiblement pendant deux ans ; mais enfin elles subirent le sort de tous les voleurs : elles furent arrêtées et condamnées. Elles confessèrent, durant l’instruction de leur procès, deux cent trente-six vols de cette nature.
Grinchir à la limonade. Un individu dont la tournure est celle d’un domestique, se présente chez un limonadier, auquel il commande dix, douze, ou même quinze demi-tasses pour Monsieur un tel, qui demeure toujours dans la même rue que le limonadier auquel il s’adresse, mais à l’extrémité opposée. Cela fait, il prend les devans et va se poster sur la porte de livraison dont il a indiqué le numéro, et, lorsqu’il voit venir le garçon, il va au-devant de lui, prend la corbeille qu’il porte, et le prie d’aller chercher de l’eau-de-vie qu’il a oublié de commander. Le garçon, sans défiance, abandonne sa corbeille, et s’empresse d’aller chercher ce qu’on lui demande. Ce n’est que lorsqu’il arrive avec le flacon d’eau-de-vie qu’il apprend, du portier de la maison indiquée, qu’il vient d’être la victime d’un audacieux voleur.
Les traiteurs qui envoient de l’argenterie en ville sont aussi très-souvent victimes des Grinchisseurs à la Limonade. Il ne faudrait cependant, pour éviter leurs pièges, que monter toujours dans les lieux indiqués les objets demandés, et de prendre, auprès du concierge de la maison, des renseignemens minutieux.
Cette dernière précaution surtout ne devrait jamais être négligée. Souvent des intrigans louent un appartement, le font garnir de meubles appartenant à un tapissier. Ils se font ensuite apporter une ou deux fois à dîner par le restaurateur voisin, puis enfin une troisième. Mais alors le nombre des convives est plus considérable, et, pour ne point donner naissance aux soupçons, celui des Grinchisseurs qui joue le rôle de l’Amphytrion a soin de demander un garçon pour aider son domestique à servir les convives. Le dîner fini, le domestique, qui est une des principales chevilles du complot, prépare l’argenterie et disparaît avec elle au moment convenu. Pendant ce temps les maîtres passent au salon pour prendre le café, et y amusent le garçon jusqu’à ce qu’ils aient, les uns après les autres, trouvé le moyen de s’évader.
Grinchir à la desserte. Le Grinchissage à la Desserte n’est guère pratiqué qu’à Paris. Un individu, vêtu d’un costume de cuisinier, le casque à mèche en tête et le tranche-lard au côté, qui connaît parfaitement la situation de la cuisine et celle de la salle à manger de la maison dans laquelle il veut voler, s’y introduit à l’heure du dîner, et s’il peut arriver dans la salle à manger avant d’avoir été remarqué, il enlève avec dextérité toute l’argenterie que les domestiques ont laissée en évidence, et trouve le moyen de disparaître sans laisser d’autres traces de son passage que le vol qu’il a commis.
Qu’on se figure, s’il est possible, la surprise extrême du maître de logis ; il veut servir le potage et ne trouve point la cuillère, c’est un oubli de la servante ; il la sonne, elle vient, et après bien des pourparlers on trouve le mot de l’énigme.
Ces vols étaient jadis beaucoup plus fréquens qu’aujourd’hui, par la raison toute simple que les plus fameux Grinchisseurs à la Desserte se sont retirés des affaires, et se sont, je crois, amendés ; l’un s’est fait usurier, et l’autre amateur de tableaux.
Grinchir au voisin. Quoique ce vol ne soit pas de création nouvelle, il se commet encore presque tous les jours, et il n’y a pas bien long-temps que la Gazette des Tribunaux entretenait ses lecteurs d’un Grinchissage au Voisin, dont un horloger de la rue Saint-Honoré venait d’être la victime. Un homme vêtu en voisin, c’est-à-dire, suivant la circonstance, enveloppé d’une robe de chambre, ou seulement couvert d’une petite veste, entre chez un horloger et lui demande une montre de prix, qu’il veut, dit-il, donner à sa femme ou à son neveu ; mais, avant d’en faire l’emplette, il désire la montrer à la personne à laquelle elle est destinée. Il prend la montre qu’il a choisie et prie l’horloger de le faire accompagner par quelqu’un auquel il remettra le prix du bijou, si, comme il n’en doute pas, il se détermine à en faire l’acquisition. Il sort, accompagné du commis de l’horloger, et après tout au plus cinq minutes de marche, ils arrivent tous deux devant la porte cochère d’une maison de belle apparence ; le voleur frappe, et la porte est ouverte. « Donnez vous la peine d’entrer, dit-il au commis de l’horloger. — Après-vous, Monsieur, répond celui-ci. — Entrez, je vous en prie, je suis chez moi. — C’est pour vous obéir, » dit enfin le commis qui se détermine à passer le premier ; à peine est-il entré que le voleur tire la porte et se sauve, et lorsque le commis a donné au concierge de la maison dans laquelle il se trouve, les explications propres à justifier sa présence, explications que celui-ci exige avant de se déterminer à tirer le cordon, le voleur est déjà depuis long-temps à l’abri de toute atteinte.
Grinchir aux deux Lourdes. Un individu dont la tournure et les manières indiquent un homme de bonne compagnie, arrive en poste dans une ville, et prend le plus bel appartement du meilleur hôtel ; il est suivi d’un valet de chambre, et aussitôt son arrivée il a fait arrêter un domestique de louage ; ce noble personnage qui mène le train d’un millionnaire, daigne à peine parler aux hôteliers ; il laisse à son valet de chambre le soin de régler et de payer sa dépense ; mais ce dernier, qui n’additionne jamais les mémoires qu’il acquitte, et qui ne prononce jamais le nom de son maître sans ôter son chapeau, remplit de cette commission à la satisfaction générale. Les voies ainsi préparées, l’étranger fait demander un changeur, qui se rend avec empressement à ses ordres, et auquel il montre une certaine quantité de rouleaux qui contiennent des pièces d’or étrangères ; le changeur examine, pèse même les pièces que l’étranger veut échanger contre des pièces de 20 francs ; rien n’y manque, ni le poids, ni le titre ; le prix de change convenu, on prend jour et heure pour terminer. Lorsque le changeur arrive allèché par l’espoir d’un bénéfice considérable, Monsieur le reçoit dans sa chambre à coucher, assis devant un feu brillant, et enveloppé d’une ample robe de chambre ; le changeur exhibe ses pièce d’or ; les comptes faits, le fripon laisse la somme sur une table, et invite le changeur à passer dans son cabinet pour prendre les pièces étrangères qu’il doit recevoir ; durant le trajet de la chambre à coucher au cabinet, l’or du changeur est enlevé par le valet de chambre ; arrivé au cabinet avec le changeur, le noble personnage a oublié la clé de son secrétaire, il s’absente pour aller la chercher, mais au lieu de revenir, il sort par une seconde porte et va rejoindre son valet de chambre.
Ce n’est point toujours à des changeurs que s’adressent les Grinchisseurs aux deux lourdes. C’est ce que prouvera l’anecdote suivante.
Un individu arrive, en 1812 ou 1813, à Hambourg, son domestique ne parle, dans l’hôtel où son maître est descendu, que des millions qu’il possède et du mariage qu’il est sur le point de contracter, mariage qui doit, dit-il, augmenter encore les richesses de cet opulent personnage. La conduite du maître ne dément pas les discours du domestique, il paie exactement, et plus que généreusement ; l’or paraît ne rien lui coûter. Lorsque cet individu crut avoir inspiré une certaine confiance, il fit demander son hôte, et lorsque celui-ci se fut rendu à ses ordres, il lui dit qu’il désirait acheter plusieurs bijoux qu’il destinait à sa future ; mais, que, comme il ne connaissait personne à Hambourg, il le priait de vouloir bien lui indiquer le mieux assorti, le plus honnête des joailliers de la ville. Charmé de cette preuve de confiance, l’hôtelier s’empressa de faire ce que désirait son pensionnaire, et lui indiqua le sieur Abraham Levy. Le fripon alla trouver ce joaillier, et lui commanda pour une valeur de 150,000 fr. de bijoux.
Le jour de la livraison arrivé, le fripon, quoi qu’indisposé, se lève cependant, et vient en négligé recevoir le joaillier dans son salon. Après avoir attentivement examiné les diverses parures, il les dépose dans un des tiroirs d’un magnifique secrétaire à cylindre, qu’il ferme avec beaucoup de soin, mais sur lequel cependant il laisse la clé ; cela fait, il sonne son valet de chambre pour lui demander la clé d’un coffre-fort qui se trouve là. Le domestique ne répond pas, le noble personnage s’impatiente, sonne encore ; le domestique ne donne pas signe de vie ; il sort furieux pour aller chercher lui-même la clé dont il a besoin.
Un quart-d’heure s’est écoulé, et il n’est pas encore revenu. « Il ne revient pas, dit le joaillier au commis dont il est accompagné, cela m’inquiète. » — Cette inquiétude se comprendrait, répond le commis, s’il avait emporté les bijoux avec lui, mais ils sont dans ce secrétaire, nous n’avons donc rien à craindre ; patience, il peut avoir été surpris par un besoin, en allant chercher son domestique. — « Ce que vous dites est vrai, mon cher Bracmann, c’est à tort que je m’alarme, répond Abraham Levy ; mais, cependant, ajoute-t-il en tirant sa montre, voilà trente-cinq minutes qu’il est parti, une aussi longue absence est incompréhensible ; si nous l’appelions ? » Le commis se range à l’avis de son patron, et tous deux appellent monseigneur ; point de réponse. « Mais la clé est restée au secrétaire, dit encore le joaillier, si nous ouvrions ? — Vous n’y pensez pas, M. Abraham, et s’il rentrait et qu’il nous trouvât fouillant dans son secrétaire, cela ferait le plus mauvais effet. » Le joaillier se résigne encore ; mais enfin, n’y pouvant plus tenir, il sonne après trois quarts d’heure d’attente ; les domestiques de l’hôtel arrivent, on cherche le seigneur qu’on ne trouve plus ; enfin, on ouvre le secrétaire. Que le lecteur se représente, si cela est possible, la stupéfaction du pauvre Abraham Levy lorsqu’il vit que le fond du secrétaire et le mur contre lequel il était placé étaient percés, et que ces trous correspondaient derrière la tête d’un lit placé dans une pièce voisine, ce qui avait facilité l’enlèvement des diamans. On courut en vain après les voleurs qui s’étaient esquivés par la seconde porte de l’appartement qu’ils occupaient, et qui étaient déjà loin de Hambourg lorsque le joaillier Abraham Levy s’aperçut qu’il avait été volé. L’un des deux adroits Grinchisseurs aux deux Lourdes dont je viens de parler est actuellement à Paris, où il vit assez paisiblement. Je crois qu’il s’est corrigé.
Quand on échange des pièces d’or, quand on vend des diamans à une personne que l’on ne connaît pas parfaitement, il ne faut pas perdre de vue sa propriété, ni surtout la laisser enfermer.
Les Grinchisseurs aux deux Lourdes escroquent aussi des dentelles de prix. Une adroite voleuse, la nommée Louise Limé, dite la Liégeoise, plus connue sous le nom de la comtesse de Saint-Amont, loua en 1813 ou 1814, l’entresol de la maison sise au coin des rues de Lille et des Saints-Pères. Cet entresol avait deux sorties, l’une sur l’escalier commun, l’autre donnait entrée dans une boutique qui, alors, n’était pas louée. La comtesse de Saint-Amont fit apporter chez elle un nombre de cartons assez grand pour masquer cette seconde entrée. Tout étant ainsi disposé, elle se rendit chez un marchand, auquel elle acheta au comptant pour 36 à 40,000 francs de dentelles. Le lendemain, un commis lui apporte ses emplettes, qu’elle examine avec le plus grand soin ; cela fait, elle prend le carton qui les contient et le place derrière les siens. Un compère, aposté pour cela, l’enlève et s’esquive. Pendant ce temps, la comtesse assise devant un secrétaire compte des écus. Mais, tout-à-coup elle se ravise et dit au commis : « Il est inutile de vous charger, je vais vous payer en billets de banque » Elle remet les écus dans le sac qui les contenait, et passe derrière les cartons. Le commis entend le bruit que fait une clé en tournant dans une serrure ; il croit que c’est la caisse que l’on ouvre. A ce bruit succède un silence de quelques minutes. Le commis suppose que la comtesse compte les billets de banque qu’il va recevoir. Mais enfin, ne la voyant pas revenir, il passe à son tour derrière les cartons, et découvre le pot aux roses. Les recherches de la police, pour découvrir la fausse comtesse de Saint-Amont, furent toutes inutiles ; on n’a jamais pu savoir ce que cette femme était devenue.
Grinchir à Location. On ne saurait prendre, contre les Grinchisseurs à Location, de trop minutieuses précautions, car on peut citer un grand nombre d’assassinats commis par eux. Lacenaire a commencé par Grinchir à Location. Les Grinchisseurs à Location marchent rarement seuls, et, quelquefois, ils se font accompagner par une femme. Ils connaissent toujours le nombre, l’heure de la sortie, des habitans de l’appartement qu’ils veulent visiter. Ils examinent tout avec la plus scrupuleuse attention, et ne paraissent jamais fixés lors d’une première visite, car ils se réservent de voler à une seconde.
Lorsque le moment de procéder est arrivé, l’un d’eux amuse le domestique ou le portier qui les accompagne, tandis que l’autre s’empare de tous les objets à sa convenance. Un Grinchissage à Location réussit presque toujours, grâce à la négligence des serviteurs chargés de montrer aux étrangers l’appartement à louer.
Les Grinchisseurs à Location servent aussi d’éclaireurs aux Cambriolleurs et Caroubleurs. Ils se font indiquer les serrures qui appartiennent au propriétaire, et celles qui appartiennent au locataire ; ils demandent à voir les clés dont ils savent prendre l’empreinte.
Beaucoup de personnes accrochent leurs clés dans la salle à manger, c’est ce qu’elles ne devraient pas faire ; c’est bénévolement fournir aux voleurs le moyen de procéder avec plus de facilité.
Grinchir à la Broquille. Les Grinchisseurs à la Broquille sont, ainsi que les Avale tout cru et les Aumôniers, une variété de Détourneurs ; et, comme eux, ils exploitent les bijoutiers.
Ces derniers donc, s’ils veulent être à l’abri de leurs atteintes, devront avoir les yeux toujours ouverts, et leur montre ou vitrine toujours close ; mais ces précautions, quoique très-essentielles, ne sont que des prolégomènes qui ne doivent pas faire négliger toutes celles dont les evénemens indiqueraient la nécessité. Par exemple : lorsque quelqu’un se présente dans la boutique d’un joaillier pour marchander des bagues ou des épingles, si le marchand ne veut pas courir le risque d’être volé, il ne faut pas qu’il donne à examiner plus de deux bagues à la fois ; si la pratique désire en examiner davantage, il remettra à leur place les premières avant de lui en remettre deux autres ; les baguiers et pelottes devront donc être faits de manière à contenir un nombre déterminé de bagues ou d’épingles.
Malgré l’emploi de toutes ces précautions, le bijoutier peut encore être volé, et voici comme : Un Broquilleur adroit examine du dehors une épingle de prix placée à l’étalage, et il en fait fabriquer une toute semblable par un bijoutier affranchi ; puis après il vient marchander celle qu’il convoite, et comme le prix, quelque modéré qu’il soit, lui paraît toujours trop élevé, il rend au marchand l’épingle qu’il a fait fabriquer, et garde la bonne ; il est inutile de dire que le numéro, la marque, l’étiquette, et jusqu’à la soie qui l’attache, sont parfaitement imités.
D’autres Broquilleurs savent parfaitement contrefaire les anneaux à facettes dont les bijoutiers ont toujours un groupe à la disposition des acheteurs ; l’un d’eux marchande et achète une bague du groupe, dont il sait adroitement faire l’échange ; le bijoutier accroche à sa vitrine un paquet d’anneaux en cuivre, tandis que le voleur s’esquive avec les anneaux d’or.
Souvent encore deux femmes dont la mise est propre, quoiqu’un peu commune, se présentent pour acheter une chaîne, elles sont long-temps à trouver du jaseron dont la grosseur leur convienne, mais lorsqu’elles se sont déterminées elles veulent savoir combien de tours la chaîne devra faire ; pour en prendre la mesure exacte ; l’une d’elles passe plusieurs tours de jazeron autour du col de sa compagne, et avec une petite paire de cisailles, qu’elle tient cachée dans sa main, elle en coupe un morceau plus ou moins long, qui tombe entre la chemisette et le dos. Cela fait, ces femmes conviennent d’en prendre une longueur déterminée, donnent des arrhes et sortent ; elles recommencent plusieurs fois dans la même journée ce vol qu’elles nomment la Détourne à la Cisaille.

un détenu, 1846 : Voler à l’étalage.

Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage, Vol. V. Parrain.

Delvau, 1866 : v. a. Voler quelque chose. On dit aussi Grincher. Grinchir à la cire. Voler des couverts d’argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).

Hôtel de la modestie

Delvau, 1866 : s. m. Hôtel garni, mauvaise auberge, — dans l’argot des faubouriens, qui savent que les locataires de ces maisons-là n’ont pas le droit de faire les fiers. Ils disent aussi Être logé à l’enseigne des Haricots.

France, 1907 : Mauvaise auberge ouverte aux bourses médiocres.

La semaine des quatre jeudis

Virmaître, 1894 : On dit d’une personne sale et crasseuse qu’elle se débarbouille la semaine des quatre jeudis, c’est-à-dire jamais. Un paresseux ne travaille jamais que cette semaine-là.
— Quand allez-vous me payer mon terme ? demande un propriétaire à son locataire.
— La semaine des quatre jeudis.
Cette expression est synonyme de remettre aux calendes grecques (Argot du peuple). N.

Locataire

d’Hautel, 1808 : C’est un mauvais locataire, de qui il faut donner congé. Locution basse et burlesque dont on sert pour excuser quelqu’incongruité, et en donnant essor à un vent importun.

Lorette

Delvau, 1864 : Femme entretenue par Monseigneur Tout-le-Monde, et qui habite volontiers dans les environs de l’église de notre dame de Lorette. D’où son nom, qui lui a été donné par Nestor Roqueplan.

Je suis coquette
Je suis lorette
Reine du jour, reine sans feu ni lieu !
Eh bien ! J’espère
Quitter la terre
En mon Hotel… Peut-être en l’Hotel-Dieu

(G. Nadaud)

Larchey, 1865 : « C’est peut-être le plus jeune mot de la langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. l’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs. À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main. Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre. Le mot a une vingtaine d’années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection, — le quartier Notre-Dame-de-Lorette.

Rigaud, 1881 : Femme galante, femme entretenue. M. Prudhomme l’appelle « la moderne hétaïre ». Le mot a été créé en 1840 par Nestor Roqueplan.

Comme Vénus aphrodite de l’écume des flots, la lorette était née de la buée des plâtres malsains, là-haut, dans les quartiers bâtis en torchis élégants, la petite Pologne des femmes. Roqueplan s’était fait son parrain ; Balzac son historien ; Gavarni sa marchande de mots et de modes.

(Les Mémoires du bal Mabille)

Qu’est-ce que la lorette ? C’est la loi du divorce rétablie et, pour plus d’un mari, je le dis avec tristesse, la patience du mariage… La lorette n’est ni fille, ni femme, à proprement parler. C’est une profession c’est une boutique.

(Eug. Pelletan, La nouvelle Babylone)

Elle a un père à qui elle dit : Adieu papa ; tu viendras frotter chez moi dimanche. — Elle a une mère qui prend son café quotidien sur un poêle en fonte.

(Ed. et J. de Goncourt)

Il y a mille et une manières, en apparence de devenir lorette, mais au fond c’est la même. Une pauvre fille que l’on vend, une pauvre fille que l’on trompe.

(Paris-Lorette)

Une lorette, parlant d’un entreteneur pour lequel elle a du goût, dit : « Mon homme » ; l’entreteneur qu’elle considère et respecte est son monsieur ; quant à l’entreteneur pur et simple, quoi qu’il fasse, et quoi qu’il donne, il n’est jamais qu’un mufle.

(Idem)

Aujourd’hui les lorettes célèbres de 1840 ont vieilli. Elles comptent leur dépense avec leurs cuisinières, prennent l’omnibus quand il pleut, et élèvent des oiseaux. La lorette pure est maintenant un type évanoui, une race disparue.

(Paris à vol de canard.)

France, 1907 : Femme galante d’un certain luxe de tenue. Le mot a été mis à la mode par Nestor Roqueplan, vers 1840, à cause du nombre considérable de ces filles dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. « L’ensemble des rues de ce quartier, écrivait-il, s’appelle le quartier des Lorettes, et, par extension, toutes ces demoiselles reçoivent dans le langage de la galanterie sans conséquence le nom de lorettes. » Le quartier est à peu près resté le même, mais le mot n’est plus guère employé que par les provinciaux.

Lorette, dit Balzac, est un mot décent inventé pour exprimer l’état d’une fille ou la fille d’un état difficile à nommer et que, dans sa pudeur, l’Académie a négligé de définir, vu l’âge de ses quarante membres. Quand un nom nouveau répond à un cas social qu’on ne pouvait pas dire sans périphrase, la fortune de ce mot est faite. Aussi la lorette passa-t-elle dans toutes les classes de la société, même dans celles où ne passera jamais une lorette.

Les lorettes habitent invariablement rue Notre-Dame-de-Lorette, rue Bréda, rue du Helder, rue Taitbout, rue Neuve-des-Mathurins ou rue Richer. Elles ne traversent jamais la Seine et s’écartent peu de la zone des boulevards. Elles savent Barême par cœur, jouent à la Bourse, roulent équipage, éclaboussent ceux qui vont à pied, et m’admettent dans leur salon que les hommes du meilleur monde… Elles ont les hommes en profond mépris et m’estiment que les coupons de la Banque de France.

(Ces Dames. — Physionomies parisiennes)

L’autre jour, j’ai entendu faire la définition suivante d’une lorette par la petite fille d’une portière de la place Vintimille :
— Une lorette, a-t-elle dit, c’est une dame qu’a une chemise sale, emprunte dix sous à mon papa, porte des jupons bariolés comme des drapeaux, ses bijoux au clou quand elle en a, et des plumes à son chapeau. À quarante ans, elle est ouvreuse aux Délassements-Comiques.
J’ai interrogé l’enfant terrible dans le but de savoir de qui elle tenait des renseignements aussi exacts.
— Monsieur, m’a-t-elle répondu naïvement, je le sais mieux que vous, puisque c’est arrivé à ma sœur.

(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)

Enfin, dans la catégorie des clandestines, c’est-à-dire parmi des filles dont l’insoumission à la police des mœurs est continuelle, toutes, depuis la riche lorette jusqu’à la pierreuse, sont dans la nécessité de se faire protéger. On conçoit alors que la position sociale des souteneurs doit varier autant que celle dans laquelle les filles se sont elles-mêmes placées.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Mendiant à la lettre

France, 1907 : Tout de mendiants se disent journalistes qu’on ne saurait être étonné qu’un journaliste ait la fantaisie de se dire mendiant. Toutefois, ce n’est pas pour se donner les émotions neuves de la mendicité que notre élégant confrère Hugues Le Roux, coiffé pour la circonstance d’un feutre roussi, vêtu d’un long paletot dit « cache-misère », découvrant du linge douteux, la barbe inculte, la moustache tombante, est allé sonner aux portes dans diverses maisons du quartier Marbeuf. L’ingénieux chroniqueur voulait savoir, par expérience personnelle, combien peut recueillir dans sa matinée un mendiant à la lettre, c’est-à-dire un mendiant qui, muni d’une lettre de demande et de quelques recommandations plus ou moins authentiques, vient solliciter la charité à domicile.
Hugues Le Roux (nous dit Paul Foucher à qui nous empruntons l’amusant récit de cette odyssée) a gravi quelques étages et a rapporté de son expédition douze francs et un vieux pantalon. Inutile d’ajouter qu’il a envoyé l’argent à une bonne œuvre (celle de l’Enfance abandonnée) et qu’il est néanmoins prêt à le rendre de sa poche aux donataires, si ceux-ci en manifestaient le désir. Quant au pantalon, il paraît qu’il a trouvé un locataire.

Cette expérience démontre que le métier de mendiant à la lettre peut rapporter à celui qui l’exerce habilement les vingt-cinq francs par jour d’un député. Elle démontre aussi que nous ouvrons notre bourse avec trop de facilité et que c’est un peu notre faute si les mendiants volent les pauvres.

(Les Annales politiques et littéraires)

Pétard

Vidocq, 1837 : s. m. — Haricot.

Clémens, 1840 : Éveil, se faire de la bile.

un détenu, 1846 : Un sou.

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, esclandre.

N’bats pas l’quart,
Crains l’pétard,
J’suis Bertrand l’pochard !

dit une chanson populaire.

Delvau, 1866 : s. m. Derrière de l’homme ou de la femme. Se dit aussi pour Coup de pied appliqué au derrière.

Rigaud, 1881 : Derrière. — Haricot. Le haricot est tantôt un musicien, tantôt un pétard, tantôt exécutant, tantôt musique. Allusion compréhensible, même pour les enfants.

Fustier, 1889 : Argot des artistes et des gens de lettres. Succès bruyant.

Pourquoi ce qui n’avait pas réussi jusqu’alors, a-t-il été, cette fois, un événement de librairie ? ce qu’on appelle, en argot artistique, un pétard.

(Gazette des Tribunaux, 1882. )

Fustier, 1889 : Sou.

À droite, un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin.
C’est la qu’on verse
Le rhum, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.

(Gaulois, 1882)

La Rue, 1894 : Un sou. Soumet. Haricot. Postérieur. Bagarre.

Virmaître, 1894 : Le derrière.
— Crois-tu qu’elle est bien en viande ? Quel riche pétard ! On en mangerait une tranche.
L’allusion se devine ; souvent il tire des feux d’artifice (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Sou. C’est une corruption du mot patard, expression employée par François Villon. En Suisse, il y a des siècles, patard était une monnaie divisionnaire ; en terme de mépris, on disait : un patard de vache (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Le derrière.

Rossignol, 1901 : Sou.

Rossignol, 1901 : Tapage, bruit.

Avez-vous fini de faire du pétard, on n’entend que vous.

France, 1907 : Bruit, tapage.

Comment, v’là d’jà ménuit qui sonne !
Ej’ croyais pas qu’l’était si tard,
C’est vrai qu’on rencont’ pus personne
Et qu’on n’entend pus grand pétard.
Vrai, si j’étais propriétaire,
J’irais ben m’coucher un moment…
Mais je n’suis mêm’ pas locataire…

(Aristide Bruant)

Faire du pétard, faire du bruit, récriminer, protester vigoureusement, causer du désordre.

Autrefois, elle était fantasque,
Capricieuse, et f’sait du pétard,
Ne r’gardant pas à faire un’ frasque,
Encor moins à faire un cornard.
Mais maintenant on peut sur elle
Se reposer de tout souci,
Comme un pigeon dessous une aile…

(Henri Bachmann, La Femme mûre)

Faire un pétard est, en terme littéraire et artistique, produire une œuvre sensationnelle, qui heurte les idées courantes, choque les préjugés bourgeois, et l’on ne se doute pas du nombre de bourgeois que contient le monde artistique et littéraire. En littérature, Nana, d’Émile Zola, fut un pétard ; en peinture, la Salomée de Henri Regnault en fut un également.

Si je fais du théâtre, ce sera pour être joué, et, tout en le faisant comme je comprends qu’il doit être, — l’image de la vie. Je ne casserai aucune vitre, ne lancerai aucun pétard.

(Émile Zola)

France, 1907 : Le derrière, maître Luc, ce que l’intellectuel Armand Silvestre admire le plus chez la femme.

Le timbré s’est fait une théorie bien à lui sur les différents types de femmes. Il prétend qu’il faut être, et il est, lui, gourmand avec les brunes, gourmet avec les blondes, glouton avec les rousses, et goinfre avec les châtaines bien capitonnées, aux tétons fermes et abondants, aux croupes plantureuses et charnues, car l’adjudant apprécie la quantité au même titre que la qualité.
— J’aurais dû rentrer dans l’artillerie ou le génie, dit-il quelquefois, car j’adore les pétards, moi !

(Le Régiment)

Je les ai vus égayant
La foules ivre d’allégresse :
Chacun d’eux, certe, est bruyant
Étincelant, flamboyant,
Mais, je le confesse,
Rentré chez moi sur le tard,
Je me suis dit à moi-même :
« Ces pétards, nom d’un pétard !
Ne valent pas le pétard
De celle que j’aime ! »

(Gil Blas)

France, 1907 : Pièce d’un sou ; corruption du vieux français patard.

— J’aimerais mieux encore turbiner d’achar du matois à la sorgue pour affurer cinquante pétards par luisant que de goupiner.

(Mémoires de Vidocq)

À droite un comptoir en étain
Qu’on astique chaque matin :
C’est là qu’on verse
Les rhums, les cognacs et les marcs
À qui veut mettre trois pétards
Dans le commerce.

(Chanson du Père Lunette)

France, 1907 : Soufflet. Ça claque.

Pipelet

Larchey, 1865 : Portier. Du nom d’un portier ridicule des Mystères de Paris.

Si vous avez un mauvais portier, envoyez-le-moi : je suis le grand redresseur de torts, le Cabrion des pipelets.

(Privat d’Anglemont)

Chapeau Pipelet : Chapeau tromblon. — Même origine.

Delvau, 1866 : s. m. Concierge, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une injure, depuis la publication des Mystères de Paris d’Eugène Sue. Chapeau-Pipelet. Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en porte, dans le roman d’Eugène Sue, la victime de Cabrion.

France, 1907 : Concierge. C’est le nom d’un portier des Mystères de Paris d’Eugène Sue.

À part quelques calicots rétrogrades et quelques vagues paltoquets venus des plus lointaines provinces, personne, à l’heure actuelle, ne manifeste aucune haine contre les pipelets. Ces jeux sont surannés — et ce qui, surabondamment, le prouve, c’est la modération dont font preuve, à l’endroit des humbles gardiens de nos immeubles, les bardes des calés-concerts eux-mêmes.

(Georges Auriol)

Voir quelques extraits des chants d’un des bardes auxquels il est fait allusion ci-dessus :

Écoutez, des aïeux, l’avis plein de prudence :
Que vos pieds, armés de chaussons,
Sur l’escalier criard se posent en cadence,
Et, muets comme des poissons,
Descendez dans la nuit obscure,
Si Pipelet, sombre, a guetté,
Ne lui tapez sur la figure
Qu’à la dernière extrémité !
Du rez-d’-chaussé’ jusqu’en haut,
Sur les pip’lets délétères
Nous cogn’rons et, s’il le faut,
Nous ouvrirons les portières,
On les déménagera,
Les malheureux locataires ;
On les déménagera,
Le concierge en crèvera.

(Jules Jouy)

Pistolier

France, 1907 : Prisonnier à la pistole. Voir ce mot.

Le régime alimentaire est le même pour les locataires des cellules que pour les hôtes de la salle commune. Mais le cantinier passe une fois par jour faisant ses offres de service. On peut se procurer ainsi de la charcuterie, du chocolat, du tabac et des portions au prix de 60 centimes. Un perruquier s’offre à barbifier et à tondre les pistoliers, nom des locataires des cellules. Certains détenus, condamnés pour diverses causes à des peines n’excédant pas un an, remplissent par tolérance, sous le nom d’auxiliaires, des services domestiques. Ils peuvent être utilisés par les pistoliers pour balayer leur cellule, faire leur lit et autres menus ouvrages. Ces auxiliaires sont vêtus de la casaque et du pantalon de couleur grise, qui est la livrée des établissements pénitentiaires.
Chaque adoucissement au régime se paie. Il faut aussi de l’argent en prison. Là, comme partout dans cette terrible société, la devise désespérante est : « Malheur aux pauvres ! »

(Edmond Lepelletier)

Portanche

Vidocq, 1837 : s. m. — Portier. Le nombre de vols commis à l’aide d’effraction diminuerait de beaucoup si les propriétaires étaient un peu moins parcimonieux, et si surtout ils tenaient plus la main à ce que leurs portiers ou concierges fissent plus exactement leur service.
La plupart des logis ou logemens occupés par les concierges, sont placés sous des renfoncemens d’escaliers, ou dans des endroits obscurs, ce qui permet aux voleurs de s’introduire dans la maison sans être vus.
Les portiers, en général, ne sont pas payés assez généreusement ; les propriétaires choisissent ordinairement pour gardiens de leurs maisons des individus qui exercent un état quelconque : c’est un tort. Le bottier ou le tailleur s’occupe de son travail, et tire le cordon sans regarder les gens qui entrent ou qui sortent ; aussi l’on a volé mille fois dans l’intérieur d’une maison de laquelle on a sorti des paquets énormes, sans que le portier se soit aperçu de rien.
Les propriétaires, par mesure de sûreté d’abord, et ensuite par humanité, ne devraient jamais prendre pour concierge des individus exerçant un métier ou une profession quelconque, mais bien ceux que des événemens imprévus auraient mis dans l’impossibilité de travailler, ou bien qui ne le sauraient pas ; les premiers peuvent devoir leur existence à leur travail, et n’ont besoin, pour exister, du secours de personne ; l’humanité, au contraire, impose à tout le monde le devoir de pourvoir aux plus pressans besoins des seconds ; leur soin unique, si de préférence à tous les autres on leur donnait les places de concierge, serait d’approprier la maison ; ils pourraient aussi suivre dans l’escalier les personnes qui viendraient demander un locataire, et qui ne seraient pas connues. J’ai, à l’article Bonjouriers, indiqué quelques précautions à prendre pour se mettre à l’abri de l’atteinte des voleurs, et je ne crains pas de le répéter : si l’on joignait un portier vigilant et spécialement occupé des devoirs de sa place, à l’emploi de ces moyens, le nombre de vols diminuerait sensiblement, et bientôt il serait réduit à zéro.
Les Faiseurs-industriels, les chevaliers d’industrie, les escrocs, louent ordinairement dans une maison de belle apparence, un appartement meublé seulement de quelques ballots de foin et d’une caisse à jeun ; cet appartement, qui n’est composé que de deux ou trois pièces, est seulement destiné à leur servir de bureau, ils n’y logent jamais ; lorsqu’ils viennent louer, ils donnent au concierge 10 ou 20 francs, ce qui ne manque pas de le bien disposer en faveur des nouveaux locataires ; le concierge est chargé de recevoir les lettres adressées aux Faiseurs, et ceux-ci ont soin de ne payer leur note que lorsqu’elle se monte à 4 fr. 25 ou 8 fr. 75, et d’abandonner au concierge l’appoint d’une ou deux pièces de 5 francs ; enfin, ils emploient tous les moyens propres à les faire gagner. Le portier qui gagne peu et qui n’est pas généralement estimé, est très-sensible au don de quelques pièces de 5 francs et aux bons procédés ; aussi donne-t-il d’excellens renseignemens aux négocians qui viennent lui en demander, et quelquefois, sans qu’il s’en doute, il sert de compère aux Faiseurs-industriels.
Les propriétaires qui, bien certainement, ne veulent pas être complices du mal que causent au commerce les Faiseurs-industriels, devraient intimer à leurs concierges l’ordre formel de prendre des renseignemens positifs sur toutes les personnes qui viendraient habiter la maison dont ils sont les gardiens, et régler leurs paroles sur ce qu’ils auraient appris.

Delvau, 1866 : s. m. Portier, — dans l’argot des voleurs.

France, 1907 : Portier ; argot des voleurs.

Rebour

Vidocq, 1837 : s. m. — Déménagement furtif. Beaucoup de gens ont contracté l’habitude de ne jamais payer de loyers, et ils sont prêts à traiter d’aristocrate, d’ogre, d’homme barbare, leur propriétaire, lorsqu’il leur demande le montant des loyers échus. Si le prêtre doit vivre de l’autel, le propriétaire doit vivre de sa maison. Aussi, je crois devoir leur indiquer quelques-unes des ruses employées par ceux qui déménagent sans payer.
Un individu annonce au portier, quelques jours avant celui du déménagement, qu’il attend une certaine quantité de caisses pleines de marchandises. Au jour indiqué, les caisses arrivent en effet, et le portier, selon l’ordre qu’il en a reçu, les fait monter chez le locataire. Celui-ci vide les caisses qui ne contiennent que des pierres et de la paille, démonte ses meubles et les met à la place des pierres. Cela fait, il referme artistement les caisses, qui sortent de la maison comme elles y étaient entrées.
Le déménagement à Rebours proprement dit, s’exécute de cette manière. Le locataire introduit chez lui, à l’insu du portier, trois ou quatre commissionnaires qui lui sont dévoués. L’un prend le lit, l’autre le secrétaire, le troisième la commode, et ainsi chargés, ils descendent l’escalier à reculons, et dans le plus profond silence. Arrivés à proximité de la loge du portier, le plus éloigné crie à ses camarades : « Eh ! chacrebleu, che n’ai pas ici que nous avons affaire. — Je te dis que c’est ici, lui répond un autre, che reconnais bien l’escalier. — Et non. — Et si. » Grande dispute. Le portier met la tête à son carreau et demande aux commissionnaires ce qu’ils désirent. « N’est-ce pas ici le no 32, lui demande l’un d’eux. — C’est ici le no 30, répond le portier. — Mille pardons, Monsieur, nous nous étions trompés de numéro, voilà tout. »

Rebours

d’Hautel, 1808 : Le contre-sens d’une chose.
À rebours. Les personnes sans éducation disent habituellement à la rebours.

Delvau, 1866 : s. m. Déménagement clandestin, — dans l’argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55)

Rigaud, 1881 : Déménagement furtif. Mot à mot : déménagement à rebours.

La Rue, 1894 : Déménagement furtif.

France, 1907 : Déménagement clandestin.

Un individu, inconnu du concierge de la maison, se charge sur le dos la malle que l’on veut emporter et descend l’escalier à rebours, en faisant beaucoup de bruit. Le concierge l’interpelle et, croyant qu’il monte, lui demande où il va : « Chez M. A… » répond l’homme. Naturellement A… est inconnu comme locataire. « Ce n’est pas ici ! » L’individu fait demi-tour et s’en avec la malle.

(Georges Delesalle)

Visser

France, 1907 : Être vissé, c’est être interdit, suffoqué, ne savoir plus que répondre.

En attendant sa fille qu’elle avait cru jusqu’alors l’innocence même, lui déclarer sans détour que depuis plus de six mois elle couchait avec son beau locataire, la mère Badoure en resta vissée.

(René de Nancy)

France, 1907 : Faire taire, clouer le bec.

— Et ta mère, qu’a-t-elle répondu ?
— Rien, ça l’a vissée.

(Henri Lavedan, Leurs Sœurs)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique