Larchey, 1865 : « Il exige deux compères ; celui qui fait l’américain et celui qui lui sert de leveur ou de jardinier. Le leveur lie conversation avec tous les naïfs qui paraissent porter quelque argent. Puis on rencontre l’américain qui leur propose d’échanger une forte somme en or contre une moindre somme d’argent. La dupe accepte et voit bientôt les charrieurs s’éloigner, en lui laissant contre la somme qu’il débourse des rouleaux qui contiennent du plomb au lieu d’or. » — Canler.
Charriade à l’américaine
Charriage à l’américaine
France, 1907 : Canler, dans ses mémoires, explique ainsi ce genre de vol, appelé aussi vol au change : « Il exige deux compères : celui qui fait l’Américain, un faux étranger qui se dit Américain, Brésilien et, depuis quelque temps, Mexicain ; et celui qui lui sert de leveur où de jardinier. Le leveur lie conversation avec tous les naïfs qui paraissent porter quelque argent. Puis on rencontre l’Américain, qui leur propose d’échanger une forte somme en or contre une moindre somme d’argent. La dupe accepte et voit bientôt les charrieurs s’éloigner, en lui laissant, contre la somme qu’il débourse, des rouleaux qui contiennent du plomb au lieu d’or. »
Crincrin
France, 1907 : Violon.
Quand une femme voulait une perruche, elle n’avait qu’à s’adresser au capitaine Courtebaisse, et si elle ne se dérobait pas, si elle consentait à lui donner quelques heures de rêve, quelques secondes de jouissance, si elle lui frôlait le cou de ses bras nus qui sentaient bon, le vieux arrivait, le lendemain, avec son aumône accoutumée. Il donnait lui-même la première représentation, dialoguait avec son oiseau, l’excitait, chantait en même temps que lui, si drôlement que la femme battait des mains, se roulait sur son lit, était plus heureuse d’être payée en cette monnaie, que s’il avait éparpillé des bank-notes sur la cheminée. Et toujours, à la fin, l’on refermait les volets et l’on recommençait la fête interrompue, l’on s’embrassait avec des rires fous, tandis que la perruche, effarée par ces brusques ténèbres, sacrait, glapissait tout son répertoire, vite, vite, comme on débite les psaumes, à vêpres, un dimanche de printemps, où le violonaire rôde sur la place avec son crincrin sous le bras.
(Mora, L’Éleveur de perroquets)
Enleveur
Delvau, 1866 : s. m. Acteur qui joue ses rôles avec beaucoup d’aplomb.
France, 1907 : Acteur qui joue ses rôles avec verve et aplomb.
Gandin
Delvau, 1864 : Imbécile bien mis qui paie les filles pour qu’elles se moquent de lui avec leurs amants de cœur. Il reste une consolation aux gandins qui grappillent dans les vignes amoureuses après ces maraudeurs de la première heure, c’est de se dire :
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
(A. Delvau)
Nous soupions au sortir du bal. Quelques gandins,
Portant des favoris découpés en jardin,
Faisaient assaut d’esprit avec des femmes rousses.
(Th. De Banville)
Larchey, 1865 : Dandy ridicule. Du nom d’un personnage de vaudeville.
L’œillet rouge à la boutonnière, Les cheveux soigneusement ramenés sur les tempes comme deux gâteaux de pommade, le faux-col, les entournures, le regard, les favoris, le menton, les bottes ; tout en lui indiquait le parfait gandin, tout, jusqu’à son mouchoir fortement imprégné d’essence d’idiotisme.
(Figaro, 1858)
Delvau, 1866 : s. m. Amorce, paroles fallaces, — dans l’argot des marchandes du Temple. Monter un gandin. Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.
Delvau, 1866 : s. m. Coup monté ou à monter, — dans l’argot des voleurs. Hisser un gandin à quelqu’un. Tromper.
Delvau, 1866 : s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des drôlesses, — et qui n’y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit d’enfer. Le mot n’a qu’une dizaine d’années. Je ne sais plus qui l’a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.
Rigaud, 1881 : Dandy dégénéré. Homme à la mise recherchée, prétentieuse et ridicule. D’où vient-il ? Est-ce de gant ? Est-ce de l’ancien boulevard de Gand ? Est-ce du nom d’un des personnages — Paul Gandin — des Parisiens de la Décadence, de Th. Barrière ? Est-ce de gandin, attrape-nigaud, en retournant la signification : nigaud attrapé ? Est-ce de dandy, avec changement du D en G, addition d’un N et réintégration de l’Y en I ? Je ne sais. — Le gandin s’éteignit en 1867, en laissant sa succession au petit-crevé qui creva en 1873, en léguant son héritage au gommeux, qui le léguera à un autre, et ainsi de suite jusqu’à la consommation des siècles.
Rigaud, 1881 : Duperie, attrape-nigaud. Hisser un gandin à un gonse, tromper un individu. — Monter un gandin, — dans le jargon des revendeurs du Temple, signifie chauffer l’article, harceler le client pour lui faire acheter quelque chose.
Rigaud, 1881 : Fort, — dans le jargon des barrières. Il est rien gandin.
Fustier, 1889 : Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple.
Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. À présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai ! c’est pas gandin !
(Fournière, Sans métier)
La Rue, 1894 : Duperie. Coup monté. Riche oisif.
France, 1907 : Riche oisif, jeune fainéant dont le père a travaillé sa vie durant pour qu’il passe la sienne à ne rien faire, parasite social. C’est le successeur et l’imitateur des lions du temps de Louis-Philippe, qui succédèrent eux-mêmes aux dandys et aux fashionables de la Restauration, aux beaux de l’empire, engendrés par les incroyables et les muscadins du Directoire, fils des petits maîtres de la fin du règne de Louis XV, descendants des talons rouges et des roués de la Régence, neveux des marquis de Louis XIV. Le nom de gandin parait pour la première fois en 1854 dans une pièce de Théodore Barrière, Les Parisiens, porté par un élégant ridicule, mais il ne se répandit guère dans le publie avant 1858. Gandin vient-il du boulevard de Gand, devenu le boulevard des Italiens et qui était la promenade habituelle des jeunes et riches oisifs, ou, suivant quelques étymologistes, du patois beauceron gandin, dont les éleveurs de la Beauce désignent le jeune mouton ? La bêtise, la simplicité, la passivité du mouton adolescent qui suit pas à pas celui qui le précède, et les instincts moutonniers, l’épaisse imbécillité de ces jeunes abrutis qui se copient tous en habits, en langage et en gestes offrent quelque créance à la seconde version. Cependant le public parisien ignore le patois de la Beauce, gandin adolescent mouton est inconnu sur le boulevard, et pour cette raison nous nous en rapporterons à la première.
Cigare aux dents, lorgnon dans l’œil,
Chaussé par Fabre, habillé par Chevreuil,
Un de ces élégants dont l’esprit reste en friche,
Nommés gandins hier, cocodès aujourd’hui,
Et qui nonchalamment promènent leur ennui
Depuis la Maison d’Or jusques au Café Riche…
(J.-B. de Mirambeaux)
Adieu, gandins infects, drôlesses éhontées, vous tous, abrutis qui, depuis ma majorité, n’avez cessé de jeter un froid dans mon existence. Je vous lâche !
C’était à l’Ambigu, la jeune X… des Folies Dramatiques se pavanait dans une avant-scène en compagnie de plusieurs crétins, tous gandins, et plus bêtes les uns que les autres, par conséquent.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais jeune homme à sa Nini)
On l’emploie adjectivement dans le sens de beau, élégant.
— Il est pourtant gandin, mon panier, insiste le gitane avec le plus pur accent du faubourg Antoine ; étrennez-moi, Monsieur, ça vaut une thune et à deux balles je vous le laisse.
(Jean Lorrain)
Jardinier
Delvau, 1866 : s. m. Complice de l’Américain dans le vol au charriage. C’est lui qui est chargé de flairer dans la foule l’homme simple à dépouiller.
Rigaud, 1881 : Compère du voleur à l’américaine.
La Rue, 1894 : Compère du voleur à l’américaine. Racoleur des maisons de jeu.
Virmaître, 1894 : Nom donné au complice des voleurs à l’américaine (Argot des voleurs).
France, 1907 : Voleur chargé par ses complices de chercher une dupe.
Les vols au charriage où plutôt à la mystification, presque tous commis au préjudice des émigrants en passage à Paris, nécessitent le concours de trois compères. Le premier remplit le rôle de leveur, de jardinier, c’est le charrieur. Sa mission consiste à trouver le « pigeon » pourvu d’argent et qu’il croit bon à dévaliser. Il le lève et le jardine.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Lever les petits clous
Boutmy, 1883 : v. Composer. Un bon leveur est un ouvrier qui compose habilement et vite.
Leveur
Delvau, 1866 : s. m. Lovelace de bal ou de trottoir.
Delvau, 1866 : s. m. Pick-pocket.
Rigaud, 1881 : C’est le compère du voleur à l’Américaine, celui qui est chargé de lever, c’est-à-dire de dénicher la dupe et de lier conversation avec elle. Le leveur était autrefois désigné sous le nom de jardinier.
France, 1907 : Coureur de femmes.
Un vieux Monsieur rend visite à une famille qu’il n’a pas vue depuis une douzaine d’année.
La maman appelle au salon sa fille, jolie personne de seize à dix-huit ans.
— Reconnais-tu Monsieur ? lui demande-t-elle.
La fillette fait un mouvement de surprise.
— Oui ! oui, très bien !
— Quelle mémoire ! Tu avais cinq ou six ans au plus quand il est venu nous voir pour la dernière fois.
— Mais, maman, je l’ai revu hier soir, réplique l’ingénue en regardant le vieux leveur… il m’a suivie quand j’allais chez ma tante, me demandant si je voulais aller souper avec lui.
France, 1907 : Pickpocket.
Leveur (bon)
Rigaud, 1881 : Compositeur d’imprimerie qui lève vite la lettre.
Mousquetaire gris
Delvau, 1866 : s. m. Pou, — dans l’argot du peuple, qui aime les facéties.
Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Pou.
Virmaître, 1894 : Pou. Allusion à la couleur de cet horrible animal que pourtant certains adorent. Un amateur marchande un pou à un chiffonnier ; il lui offre d’un pou magnifique un prix dérisoire. L’éleveur le remet délicatement dans sa chemise en lui chantant le refrain célèbre : Tu n’en veux pas ! J’l’remets dans ma chemise. Ça n’mange pas d’pain. (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Pou.
Relever le chandelier
Fustier, 1889 : Argot de souteneurs. Vivre de la prostitution d’une fille.
France, 1907 : Se faire entretenir par une fille. Le releveur s’empare de l’argent placé par le client sous le chandelier.
Releveur de chandelier
Virmaître, 1894 : Quand un miché monte avec une fille, il ne lui donne pas toujours l’argent de la main à la main ; discrètement, avant de se mettre en chantier, il fait sa mise sous le chandelier ; aussitôt partis, le souteneur arrive et relève la monnaie qui est sous le chandelier (Argot des souteneurs).
Releveur de chandelier, de fumeuse
La Rue, 1894 : Souteneur.
Releveur de fumeuse
Fustier, 1889 : Souteneur.
France, 1907 : Souteneur ; argot des filles.
Releveur de pesoche
Virmaître, 1894 : Garçon de banque qui la relève les 1er, 15 et 30 de chaque mois. La pesoche est le sac où il enferme la monnaie (Argot des voleurs).
Releveur de pésoche
Rigaud, 1881 : Garçon de recette.
Releveur de pézoches
France, 1907 : Garçon de recette ; argot des voyous.
Saute dessus (le prendre au)
France, 1907 : Terme de souteneurs de filles, de pédérastes et d’agents signifiant qu’on intervertit tout à coup les rôles, qu’on saute enfin dessus celui qui vous poursuit, qui vous sollicite ou qui s’est laissé entraîner à des sollicitations à la débauche. C’est une façon de chantage fort usitée chez les pédérastes.
Quelques pédérastes réunissent à la fois le double rôle de leveur et de chanteur. Après avoir provoqué à la débauche celui qui a eu le malheur de les aborder, ils changent tout à coup de ton, le prennent, comme ils disent, au saute dessus, et, se donnant pour des agents de l’autorité, le menacent d’une arrestation qu’ils consentent à grand’peine à ne pas faire, si leur discrétion n’est largement rétribuée.
(Ambroise Tardieu, Étude sur les attentats aux mœurs)
Tétart
France, 1907 : Chevreau de lait ; argot des bouchers.
Dans le commerce de la boucherie, les chevreaux de lait sont appelés tétarts ; les autres se nomment broutards. Les premiers ont de trente à quarante jours, les autres de trois à quatre mois ; ils arrivent généralement dépouillés dans les villes, parce que l’éleveur fait plus d’argent avec leur peau qu’avec leur viande.
(Dr Félix Brémond, Dictionnaire de la table)
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